Hello!

Voilà le 2eme chap de The Swan. J'espère qu'il vous plaira et que les reviews seront au rendez-vous lol. Le prochain chapitre de douce tenebre est en préparation, comme le nouveau Top of the Pop (si si, déjà lol)

Merci à toutes, jvous aime!!


2. September in the rain

"Julia"

Je m'appelle Julia Benett. Est-ce qu'il y a quelque chose à ajouter? Pas grand chose, je crois...Je suis ce qu'on appelle une fille "dans la moyenne", il me semble. Je ne suis ni belle, ni moche, ni idiote, ni intelligente, ni riche, ni pauvre...Je suis simplement au milieu. Au milieu de quoi? Des autres, tout simplement...Je ne suis jamais tombée dans l'oubli, mais je ne me suis jamais faite remarquer pour quoi que ce soit. Je fais ce qu'on me dit, du mieux que je peux...Et surtout, je vis de la façon dont j'ai envie. Mis à part mes parents, pour qui j'ai beaucoup de respect, je ne laisse strictement personne influencer mes opinions, mes choix...J'aime l'idée d'être quelqu'un d'entier, même si c'est simplement pour se situer "dans la moyenne".

Physiquement, comme je l'ai déjà dit, je n'ai rien de foncièrement beau ou laid. J'arrive avec peine à mesurer plus d'un mètre cinquante, et si je ne suis pas maigre, je ne me plaindrais pas de quelques kilos supplémentaires. Comme toute ma famille, je suis blonde, d'un blond très clair, et j'ai les yeux bleus. Je ne suis pas du genre à me maquiller, ni à passer des heures à me coiffer, je laisse donc tomber mes anglaises natuellement. Comme la plupart des filles du nord de l'europe, j'ai la peau très blanche. Ca ne me pose pas vraiment de problèmes, si ce n'est les quelques rougeurs qui accompagnent les mois de juillet...Et pour finir sur mon style vestimentaire, là encore, je ne me démarque pas. Je porte l'uniforme de Poudlard de la façon la plus correcte qui soit, et le week-end, je me contente des vêtements moldus les plus simples.

Si une chose me met à part des autres êtres humains, ce sont mes pouvoirs magiques. Je suis une sorcière. Ho bien sur, je suis loin d'être la seule, mais tout de même, on n'en croise pas tous les jours. J'ai connu le monde de la magie dès ma naissance, puisque tout le monde est déjà sorcier, chez moi. Mon père porte un de ces noms connus dans tout le monde magique, et il s'est fait une joie de m'enseigner durement ce qui faisait de moi une bonne sorcière. Comme pas mal d'enfants du royaume-uni, je suis entrée à Poudlard l'automne qui a suivi mon onzieme anniversaire. Je ne me suis jamais promise de me placer dans le peloton de tête, mais simplement de travailler assez pour être respectée en tant que sorcière. Et le choixpeau magique, sans faire trop de suspense, m'a envoyée à Serdaigle.

Ca fait déjà trois ans, et quelques jours, que je vis entre les murs de ce chateau, sans m'en lasser. Je viens d'avoir quatorze ans. Pendant ces trois années, je me suis faite trois amis. Un par année, respectivement. D'abord Bob (ou plutot Robert) Johnson. Par un parfait hasard, on s'est retrouvé tous les deux dans le même compartiment, le jour de notre entrée en première année. On a fait connaissance comme la plupart des autres enfants, et quand on s'est retrouvés dans la même maison, on s'est vite liés d'amitié. En deuxième année, j'ai connu Lizzy (ou plutot Elizabeth) McAree. Bien que dans la même maison, on ne partageait pas le même dortoir, et donc on n'allait rarement plus loin que se dire le bonjour. C'est quand on s'est retrouvées partenaires en cours de potions qu'on a découvert nos atomes crochus. Et pour finir, j'ai fait connaissance avec Rita Moralez il y a quelques mois, quand elle est venue me demander si je pensais qu'elle avait une chance de sortir avec Bob.

Elle a largement sa chance, mais malheureusement, elle n'est toujours pas sortie avec. Autant vous dire qu'à ce jour, ils son mes meilleurs amis. Avec Lizzy et Rita, on forme une bande vraiment inséparable, et surtout incroyablement fidèle. Ca change des amitiés qu'on a l'habitude de voir au collège...Bob et moi sommes restés très proche, et j'irai même jusqu'à dire qu'il est la personne à qui je me confie le plus et le plus facilement. Il ne s'est pas autant lié aux autres filles, même s'il les apprécie énormément. Le seul secret que j'ai pour lui, j'ai fait la promesse à Rita de ne jamais lui avouer, et vous devez savoir de quoi je veux parler...

Pour autant, nous ne sommes pas le genre d'amis qui vont crier au traitre dès qu'un de nous parle ou déjeune en compagnie de quelqu'un d'autre. Pour moi, et je suppose que c'est la même chose pour eux, aimer quelqu'un (même par amitié), ça exige de vouloir le voir libre et heureux, et donc de ne pas l'enfermer dans une cage. Personnellement, j'aime me retrouver seule à certains moments, et j'ai vite fait de suffoquer si une personne se colle un peu trop à moi. Ca doit surement être une des raisons pour lesquelles je n'ai jamais eu de relations amoureuses...Je dois être trop difficile à gérer et à comprendre.

Cette histoire d'amis rencontrés au fur et à mesure des années est assez amusante, surtout quand on sait qu'à cette quatrième rentrée, j'ai fait la connaissance d'une autre personne. Drago Malfoy. Ho bien sur, je connaissais déjà Malfoy de vue, et de réputation! En particulier depuis l'an passé, quand il a été nommé préfet et a fait partie de la brigade créee par Ombrage, cette pie. Je ne sais pas vraiment quoi penser de ce garçon. Avant de lui parler, je le considérait comme un abruti prétentieux, comme la plupart des élèves qui ne sont pas de Serpentard. Pourtant, quand on a commencé à discuter, il m'a semblé qu'il n'était pas du tout celui qu'il voulait paraitre. Qui sait? C'est peut-être quelqu'un d'intéressant...

En fait, tout a commencé le jour de la rentrée scolaire, dans le Poudlard Express. Je me frayais un chemin entre les élèves, et j'ai fini par lui rentrer dedans. Je n'ai vu qu'une couche de cheveux platine et lisse, et il m'a fallut quelques secondes pour réaliser, grâce à l'uniforme de Serpentard, que c'était Drago Malfoy que j'avais bousculé. Je suis loin de craindre tous ces Serpentards imbus de leur sang, mais je voulais éviter une altercation en plein milieu de cette foule d'élève. Je me suis donc excusée brièvement, et je suis partie, sans entendre de réponse.

Bien sur, on s'est croisé dans le chateau, presque chaque jour depuis. Mais je crois qu'il n'y fait pas attention, car je n'ai jamais croisé son regard. En plus, Pansy Parkinson, une Serpentard de sixième année, est toujours pendue à son bras. Comme elle aussi est de sang pur, j'imagine qu'elle va rapidement devenir sa fiancée, si ce n'est pas déjà fait. Si elle savait les histoires peu catholiques qu'on raconte sur son amour dans les dortoirs de filles, elle se précipeterait peut-être moins sur sa bague. Enfin, peut-être qu'elle est très jalouse, et que c'est pour cette raison que Drago n'ose pas me regarder ou me parler en sa présence, allez savoir...

La seule fois où on a vraiment pu discuter, j'étais assise au bord du toit de la tour d'astronomie. Je sais bien que ça a l'air d'un comportement suicidaire, mais ce n'est pas du tout ça! Depuis toute jeune, je suis passionée et émerveillée par la meteo. Je me rends compte que ça a l'air idiot, mais c'est comme ça. J'adore observer le ciel quand il est perturbé par les éléments, ou pas. Quand j'avais moins d'onze ans, je pouvais m'adonner à cette contemplation quand ça me chantait, mais depuis Poudlard, mon temps libre est plus restreint. Alors quand il y a de l'orage, j'aime bien monter ici l'observer. Tout comme j'aime me prélasser dans le parc sous le soleil, ou passer des heures à fixer le lac gelé et les arbres enneigés de la foret interdite.

D'ailleurs, ce soir encore, le temps est à l'orage. J'ai fini les cours à vingt et une heures. J'ai ensuite dû aller me doucher, manger, faire mes devoirs, et c'est seulement maintenant, à presque vingt trois heures, que je peux me reposer sur le toit de la tour. Nous passons vraiment le mois de Septembre sous la pluie...Personnellement, ça ne me gêne pas, mais j'en connais qui râle du matin au soir, tout ça pour quelques gouttes d'eau tombées du ciel. Apparemment, aucun autre élève que moi n'a compris que s'il faisait beau temps en permanence, la vie disparaitrait de cette planète.

Je monte les marches de cette échelle trop instable, jusqu'à ce que ma tête dépasse le niveau du sol. Je me hisse pour me retrouver assise, et découvre mon visiteur. Drago est debout, me tournant le dos, paraissant observer le ciel, lui aussi. Il doit être là depuis un moment, car ses cheveux et ses vêtements sont complètement trempés. Il m'entend me relever et se retourne plus vite qu'un lynx. Sa peau blanche, ses yeux de metal, son expression froide, ses cheveux platine. Il est vraiment beau.

Bonsoir.

Salut. Me répond-il.

Je remarque qu'il n'est pas sur le bord de la tour, mais en plein centre, en sécurité. Je ne comprends pas qu'il puisse autant craindre le vide. Pour tomber, il faudrait se jeter ou glisser, c'est simplement une question d'inattention. De grosses gouttes s'abattent déjà sur mon visage. Pour le dégager, je repousse mes cheveux en arrière, et je vois les narines de mon voisin se dilater. Je dois encore sentir le shampoing à plein nez.

Qu'est-ce que tu fais ici? Ma question n'a rien d'un agression, c'est une simple curiosité. C'est tout de même étrange de trouver Drago Malfoy sur ce toit alors que deux semaines plus tôt, il m'ordonnait presque d'en descendre. Il hausse les épaules avec un léger sourire.

Je guette l'orage. J'hausse les sourcils. Et je vérifiais que tu ne te jette pas dans le vide. Je lève les yeux au ciel.

Je t'ai déjà dit que je ne compte pas me suicider...

Si tu comptais le faire, tu ne me le dirais pas non plus...Je soupire. Il n'a pas tord, mais je ne vais pas me faire chaperonner toute l'année sous pretexte que j'aime la hauteur.

Je te jure que je ne vais pas me suicider. Il hausse les épaules. Tu dois certainement avoir mieux à faire que venir ici simplement pour me surveiller. Il éclate d'un petit rire faux.

En fait, je suis en ronde. Donc je suis obligé de passer par ici, j'ai simplement fait d'une pierre deux coups.

Okay. Donc il essaye de me blesser. Il est très mal tombé. Non seulement il en faut beaucoup plus pour m'atteindre, surtout de la part d'un inconnu, mais en plus, même si je suis blessée, je sais très bien le cacher. Je souris donc. Sans m'asseoir par terre, je retire mes chaussures et ma veste, et les laisse au sol. Il m'observe sans dire un mot, ses mains toujours enfoncées dans les poches. Comme je le fais toujours, je m'asseois au bord du toit. Je ne vais pas changer mes habitudes parce qu'il est là.

Tu comptes rester là combien de temps? Je le lui demande gentiment.

Aucune idée. Peut-être cinq minutes, peut-être jusqu'à ce que tu partes, peut-être même toute la nuit. J'hausse les sourcils. Je sais ce qu'il essaye de faire. Il veut m'énerver et me faire partir.

Tu n'as pas une ronde à terminer?

J'ai tout mon temps...

Ce n'est peut-être pas ce que pense Pansy Parkinson. J'ajoute cette phrase tout bas. Il est d'abord un peu supris, peut-être que je sache qu'ils sont ensemble, puis il revet son sourire narquois.

Elle est très patiente, avec moi. J'hausse les épaules. Je crois que c'est encore un peu de provocation. La marque de fabrique de Malfoy, à ce que je vois. Je n'entre pas dans ce genre de petits jeux. Bien au contraire, c'est en passant par dessus, et en attanquant plus en profondeur, qu'on fait partir ce genre de mal. Et toi, tu ne devrais pas être avec tes copines?

Il y a des choses qu'on ne fait pas ensemble. Il me fixe d'un regard sous-entendu que je ne relève pas. En général, j'aime être seule, quand je viens ici, ils le savent. Son regard se fait plus dur, sûrement parce que j'ai laissé entendre qu'aucune présence n'était requise ici à part la mienne.

Ils?

Ce n'est pas parce que je suis une fille que je ne connais que des filles, tu sais...C'est à moi de prendre un regard hautain, histoire de lui renvoyer la pareille. Ca a l'air de l'amuser.

Le tonnerre gronde, ce qui me fait lever la tête et plisser le front. La présence de Malfoy m'empêche de me concentrer sur le but de ma venue ici: l'orage. Les nuages sont aussi épais que des boules de coton anthracites, et les éclairs qui les traversent régulièrement sont à chaque fois plus impressionant. Le vent ne doit pas être très fort, en bas, mais ici, à des dizaines de mètres au-dessus du sol, il me glace la gorge. Un frisson me parcourt, et en grelotant, je sens mes fesses qui glissent légèrement vers le bord. Calmement, je ressere mes mains sur la bordure, gardant ainsi mon équilibre. J'ai senti Drago faire un mouvement rapide derrière moi, sans me toucher.

Bon, assez joué maintenant, descends de là avant de tomber.

Je me retourne vers lui avec un regard qui n'a rien d'un signe d'obeissance. Je ne suis pas une de celles de son harem, je ne me plierai pas à ses ordres. Il a l'air tendu, il doit encore croire que je peux tomber à n'importe quel moment. Il faut que je tente quelque chose pour lui prouver le contraire. Il est à seulement trois mètres derrière moi, mais ça aurait été trop s'il avaitfallut me rattraper. Du moins sans utiliser la magie. Je descends du rebord et m'avance vers lui, le coton de mes bas s'alourdissant à chaque pas sur le sol mouillé.

Tu as peur du vide? Pour me répondre, il éclate d'un rire léger et moqueur. Très bien.

Je lui tends ma main ouverte. Il la regarde un instant, surpris. Il hésite, puis plonge ces yeux d'acier dans l'ocean des miens. Il a beau jouer les durs, je le bats facilement au jeu du regard persuasif. Sa main touche la mienne, réchauffant ma peau. Je ne la serre pas trop, mais assez pour l'obliger à me suivre. Il a l'air de plus en plus tendu, sûrement à cause du vide. Toujours en lui tenant la main, je monte sur le rebord, droite comme un I, et lui fais signe de me suivre. Après une certaine hésitation, il monte à son tour.

Tu as ta baguette? Il acquiesce. Tu peux la sortir? Lentement, il s'exécute. J'ai presque l'impression de voir perler la sueur sur son front pâle. J'ai la mienne aussi. Pour le lui prouver, je la sors de mon chemisier.

Super. Et maintenant? Il tente de garder ses airs froids et prétentieux, mais il ne me trompe pas.

Maintenant, même si on tombe, l'autre peut nous rattraper. Il me regarde comme si j'étais folle.

Tu crois que tu pourrais y arriver? Ca ressemble plus à un défi qu'à une question.

Si je veux sauver ma vie, j'ai plutôt intérêt à me demander si Tu pourrais y arriver...

Mes parents et mes amis m'ont souvent dit que j'avais un don pour "évaluer" les gens. Sans fausse modestie, je dois bien avouer que c'est vrai. C'est peut-être parce que j'aime les autres, et que je leur donne beaucoup d'importance, que j'y arrive aussi bien. N'importe qui en est capable, en fait, il suffit simplement de savoir écouter, et observer ceux qui nous entourent. On arrive vite à cerner leurs personnalités, et à déceler leurs petites faiblesses. Celle de Drago n'a pas été bien difficile à trouver.

Il y a quelqu'un en qui tu as confiance? Il ne réflechit même pas, ne prend même pas le temps de réviser chaque personne qu'il connait pour savoir si oui ou non, il lui accorde sa confiance. Au lieu de ça, il me lance le même sourire narquois et insupportable.

Il ne faut faire confiance à personne. Je crois surtout qu'il n'à même pas confiance en lui, et que c'est pour ça qu'il a du mal à faire confiance aux autres. Je hoche la tête, pensante.

Et si moi je te disais que je te fais confiance? Il pouffe.

Tu ne me connais même pas. J'hausse les épaules.

Je n'ai pas besoin d'être ta meilleure amie pour avoir confiance en toi...

Je ne lui laisse pas le temps de me répondre, sinon, on risque de s'engager dans une discussion de sourd, sans fin et sans intérêt. Je sais ce que j'ai à faire. Lui prouver qu'un être humain peut avoir confiance en un autre, même sans être amis. Et en même temps, peut-être que lui montrer que quelqu'un lui fait confiance l'incitera à croire en lui-même. Ca pourrait surement lui permettre de devenir moins désagréable et prétentieux.

La seule chose, c'est d'agir vite. S'il comprend ce que je veux faire avant que j'ai commencé, il m'en empêchera forcément. Alors en moins de deux, je range ma baguette dans mon chemisier, j'ouvre mes bras en croix, en prenant bien soin de placer le droit devant le torse de Drago. Je souffle intérieurement, et sans plus réfléchir, je me jette dans le vide. Je ne sais pas exactement combien de mètres me séparent du sol, mais il y en a surement dix fois la hauteur suffisante pour me fracasser le crane. Toujours à plat dans le vide, je sens l'air me battre le visage à une vitesse folle, douloureuse. Ca me donne froid, et sol qui se rapproche trop vite me terrifie. Je voudrais crier, mais je me l'interdis. D'abord parce que ça attirerait l'attention sur moi, et ensuite parce que j'ai confiance. Il va me remonter.


"Drago"

Je ne suis pas très vieux. Je n'ai que seize ans, donc vu par un adulte, je suis même un gamin. Pourtant, j'ai déjà vu pas mal de choses dans ma vie, assisté à pas mal de scènes et connu pas mal de gens. Des esclaves, des moins-que-rien, des égaux, des supérieurs, et un jour on me présentera Le grand supérieur. Mais je jure devant toutes les puissances divines qui existent s'il y en a que jamais, mais alors vraiment jamais, je n'ai connu quelqu'un d'aussi fou que Julia Benett. Nous étions tranquillement en train de discuter de confiance, quand elle s'est balancée dans le vide.

Elle ne crie pas, et moi non plus. Ce n'est pas normal, qu'elle ne crie pas, elle doit être morte de peur ou d'une crise cardiaque...J'espère que non. Comment je vais expliquer ça au directeur, moi? En tout cas, si je ne cries pas, ce n'est pas parce que je ne suis pas impressioné par la scène. Bien au contraire. Déjà que mon coeur bat à mille quand je suis près d'elle, mais je crois bien que là j'ai explosé tous les records. Mon cerveau a malencontreusement arrêté de fonctionner, ma bouche s'est assechée et ma gorge s'est nouée. Je ne sais plus quoi faire. Je ne sais plus rien en fait.

Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi. Il doit me rester deux secondes, au grand maximum, avant qu'elle ne percute le sol. Je suis planté là, au bord de la tour, ma baguette à la main, les yeux écarquillés. Et je regarde le dos de son chemisier et les volants de sa jupe plissée se gonfler au gré du vent. Elle croit que je vais la sauver, mais elle se trompe. Elle a tord de faire confiance à quelqu'un comme moi. Elle a même tord de faire confiance à quelqu'un, simplement.

Pas que je veuille la laisser s'exploser la cervelle, mais l'adrenaline a eu raison de moi. J'ai la drôle d'impression d'être un nouveau né. Je ne sais plus rien, et je comprends à peine les images que mes yeux détectent. J'essaie de leur trouver un sens mais je ne réussi à en sortir qu'un charabia de pensées à moitié incompréhensibles. Quel sortilège pour faire remonter les suicidaires, déjà? Non, ce n'est pas le Crucio, c'est logique...

C'est en pleine réflexion que je m'aperçois que Julia va toucher le sol. Du mois d'ici, c'est ce qu'on croirait. Ho Merlin! Ca y est, j'entends un début de cri, elle a du comprendre que je ne pourrais pas la sauver. Bientot, elle va heurter la terre ferme. Combien de chances qu'elle s'en sorte? Proche de zéro. Qu'elle s'en sorte sans être handicapée à vie? Zero. Tout à coup, une image me frappe. Je vois le joli minois de Julia, entouré des mêmes boucles blondes, mais complètement déformé. Par ma faute. Et comme par magie, je reprends mes esprits.

ACCIO, JULIA!!

Je suis figé, baguette en l'air. Lentement, je vois le petit corps se retourner, se dresser, et remonter jusqu'à moi. Je ne lache pas la pression, de peur qu'elle ne retombe. La Julia qui revient à moi est un peu plus pâle que celle qui s'est lancée, mais dès que nos yeux se trouvent, elle arbore le même petit sourire craquant. Comment peut-elle être sereine alors que quelques secondes plus tôt, elle a frolé la mort? En tout cas quel courage...Je me demande pourquoi ils ne l'ont pas collée avec Potter, celle là. Remarquez, ça vaut mieux...

Perdu dans mes pensées, je ne m'aperçois pas que son corps se rapproche de plus en plus. Je ne sais qu'une chose: elle doit remonter. Et elle remonte si bien que son corps finit par être propulsé vers ce qui l'a appelé: ma baguette. Je me retrouve donc avec Julia à moitié tombée sur moi, que je rattrape en encerclant son dos de ma main libre. Ca parait anodin, comme contact, mais pour moi ça ne l'est pas du tout. Elle sent bon le pain d'epice et la rose, et je sens presque la douceur de sa peau à travers le chemisier trempé.

Merci. Ni trop vite, ni trop lentement, elle s'écarte de moi. Tu vois? On peut avoir confiance aux autres...

Et là, j'ai pété une durite. Il m'a fallut quelques secondes pour réaliser ce qui vient de se passer. Cette espèce de folle a sauté de la plus haute tour du chateau, avec aucune autre assurance que moi, tout ça pour me prouver qu'on peut faire confiance aux gens qu'on ne connait pas. Je me mets à trembler de rage, et je vois rouge. C'est sûrement ce qu'on appelle le contre-coup. Peu importe. Sans pouvoir contrôler mes gestes, je me jette sur elle et l'attrape par les épaules. Elle est surprise, et ne sourit plus.

T'es malade, t'entends?! T'aurais pu te tuer!! Elle me repousse, mais je resserre ma prise.

Apparemment, tu n'as pas compris. Je n'aurais pas pu me tuer puisque j'avais confiance en toi, je savais que tu allais me remonter. Elle parle toujours de la même voix douce et calme. Et maintenant lâche moi, s'il te plait, tu me fais mal...

Je mets quelques secondes avant de lui obéir. Mes mains encerclent ses bras, et je peux sentir sa chair se gonfler de chaque côté de la pression que j'exerce. Un instant, le visage encore tendu, je m'autorise à me perdre dans ses grands yeux. Ils sont d'un bleu angélique, comme sur les peintures des églises catholiques. Sa peau si blanche est illuminée par des pommettes hautes, et sa bouche rosée, qui ne sourit pas, forme un bouton de rose parfait. A ce moment, j'ai une furieuse envie de l'embrasser. Prendre ses lèvres pour goûter à la perfection. Mais justement, je n'ose pas y toucher, comme si l'embrasser pourrait faire s'arrêter de tourner la terre. Elle est dangereuse, comme tout ce qu'on associe à une divinité.

S'il te plait? A sa seconde demande, je la libère de mon emprise. Elle ne se recule pas, mais masse légèrement son bras. Je passe une main derrière ma nuque, gêné. Tu devrais avoir un peu plus confiance en toi, ça aiderait. Je ris jaune.

La plupart des gens pensent le contraire, tu sais...Elle plante ses pupilles dans les miennes, inquisitrice.

Non. Les gens veulent que tu arrête d'être aussi imbu de toi, et de tes origines. Mais avoir confiance en tes capacités et en tes choix ne te rendra jamais moins sympathique. Sa remarque sur mon sang m'interpelle.

Est-ce que tu es de sang pur? Elle me fixe de bas en haut, comme si elle se demandait si je valais la peine qu'elle réponde à ma question. Elle hôche finalement la tête.

Bonne nuit, Drago. Je lui adresse un simple signe de la main avant qu'elle n'empreinte l'échelle.

A nouveau seul sous la pluie, je m'approche du vide. Comment est-ce qu'on peut se laisser tomber de cette hauteur sans vouloir mourir? Je ne connais pas très bien Julia, mais plus je lui passe de temps avec elle, plus je la trouve étrange. D'habitude, les filles de sang-pur sont hautaines, froides et narcissique. Elles passent leur temps à se moquer des sang de bourbe et à défiler dans les dortoirs des sang-pur masculins. Mais elle, c'est un être complètement à part. Elle est au-dessus de tout, elle est mieux que tout ce que j'ai connu avant. Julia.