Goût

Note aux lecteurs: vous êtes en veine, je me sens inspirée pour cette série. Voici donc, bien plus tôt que je ne le pensais, le troisième volet de mon histoire. Même si ce n'est pas vraiment une histoire. Plus une série de tableaux. Ce troisième volet est dédié à ma chère Fabula comata, qui m'a donné de précieuses indications et m'a encouragée à poursuivre la série :) Bonne lecture!


Les Chocogrenouilles ont un goût d'enfance. Draco, lorsqu'il laisse fondre un de ces bonbons sur sa langue, voit ressurgir dans la brume des souvenirs la blondeur de sa mère, la finesse de ses mains sur le sachet de sucreries, les perles délicates à ses oreilles, sa voix douce et son parfum discret de maman. Il sait que ces images ne sont pas réelles, il sait que sa mémoire a enjolivé le tableau, que le sucré du chocolat trompe ses sens. Il sait que ce goût qui colle au palais n'est pas exact, mais il préfère de loin le souvenir cacaoté à la réalité.

Le jus de citrouille a un goût de fête. Les fêtes à Poudlard, la cérémonie de la Répartition, le repas de Noêl, le festin d'Halloween, la fête de fin d'année. Bien sûr, le broc de jus de citrouille était présent à tous les repas, bien sûr, il n'était en rien un mets festif, mais dans sa mémoire, Draco voit Poudlard comme une immense salle des fêtes, où le moindre petit-déjeuner est un banquet. Et même s'il sait que ce n'est pas la vérité, il préfère de loin fermer les yeux lorsqu'il goûte un jus de citrouille.

La cerise lui offre les lèvres de sa femme. Sucrée, acidulée, rouge, offerte et aimante, il préfère ne pas trop y songer. Il aime Astoria, mais pas autant qu'il l'aime lui, et ça lui fait mal de l'admettre. L'idée d'être infidèle à celle qu'il aime tant lui répugne. De même, il préfère ne pas penser au goût légèrement salé des larmes de son fils, lorsqu'il vient se réfugier dans ses bras parce qu'il a peur, et qu'en père aimant, il embrasse sa joue ronde en caressant ses cheveux d'ange.

Mais penser à l'acidité de sa peau, à ce goût fort, pas désagréable mais loin d'être doux, qu'il trouve au creux de son cou certains soirs dans le noir. Mais penser à l'amertume de sa bouche et de sa langue, lorsqu'il l'embrasse entre deux portes, à l'aveuglette, dans quelque recoin obscur. Penser à son goût, à lui, le met au supplice.

« Harry... » chuchote-t-il à son oreille. « Embrasse-moi. »