John sentait une douce chaleur lui monter aux joues. Le verre de vin posé devant lui était à moitié vide, et ce n'était pas le premier. L'assiette qui avait quelques minutes plus tôt contenus un succulent plat, était maintenant vide.

John se laissa aller sur le dossier de sa chaise. Un immense sentiment de bien être l'envahissait. Il se laissa aller une seconde à fermer les yeux. Il ne put retenir un petit rire niais quand il s'aperçut que sa tête tournait. Il avait décidément bu trop de vin.

Il rouvrit enfin les yeux, pour rencontrer le regard de Sherlock. Une lueur amusée dansait dans les yeux du détective. Une lueur qu'il n'était pas habituel d'apercevoir. Ses yeux étaient habituellement froid, ne laissant filtrer aucune émotion, analysant, décortiquant, sans jamais laisser transparaître quelconque sentiment.

L'alcool avait donc un effet sur Sherlock Holmes. Il abaissait (un peu) ses barrières.

John sourit. Il était d'humeur joueuse après ces quelques verres. Il avait envie de tester Sherlock. De tester sa possessivité. Sa jalousie.

«Je ne t'ai pas encore raconté mon rendez-vous de ce week-end, non ? »

Sherlock leva les yeux au ciel.

« Sans vouloir t'offenser John, je n'en ai positivement rien à faire de ton rendez-vous avec cette chère... quel était son nom déjà ?. »

John ne prit pas la peine de répondre à cette provocation.

« Mais c'est le rôle des amis Sherlock. Des meilleurs amis se racontent tout. En particulier les histoires de filles... »

Une moue presque dégoûtée se dessina sur le visage de Sherlock. « Les histoires de filles... », répétât-il d'une voix perplexe, comme si il n'avait jamais entendu ces mots de toute sa vie.

«Je m'intéresse à ce que tu fais. Tes travaux, tes expériences, tes déductions... je t'écoutes et j'essaie de comprendre. En temps que mon meilleur ami, et colocataire …. et collègue, tu dois en faire autant ».

John scruta le visage de son ami. Impénétrable. L'innocente lueur amusée était partie et John se sentit soudain coupable. Sherlock passait une bonne soirée, pourquoi se sentait-il le besoin de venir l'ennuyer avec ses histoires, en sachant que cela agacerait le détective ?

N'était ce pas lui qui montrait de la possessivité en faisant ça ? Pourquoi avait-il tant besoin de provoquer Sherlock ? Pourquoi avait-il tant besoin de preuves d'affection ? Il savait déjà que lui et Sherlock avaient une relation quelque peu hors du commun. Il savait qu'il était le seul ami de Sherlock, la personne qui comptait le plus dans sa vie. Alors que voulait-il de plus ?

Mais à sa grande surprise, Sherlock acquiesça.

« D'accord, tu as raison. Je dois aussi m'intéresser à tes « hobbies »... Même si tu ne peux pas nier que les miens sont de loin les plus intéressants et enrichissants.. »

John saisit au vol l'occasion de changer de sujet. Cette soirée allait être agréable pour tous les deux. Personne n'allait parler de choses déplaisantes et John réussirai à faire réapparaître la lueur dans les yeux de Sherlock.

Il esquissa donc une moue : « Sans vouloir t'offenser, je ne penses pas que des hobbies tels que les tiens soient plus sains que les miens. Et par tes hobbies j'entends toutes tes expériences avec les têtes, les yeux dans le frigo, les doigts que tu brûle au chalumeau dans notre cuisine... La cravache, et toutes ces choses là ».

Sherlock se retenait visiblement de sourire.

« Mais qui à parlé de hobbies « sains » John ?. J'ai uniquement mentionné « intéressant et enrichissants . »

John gloussa d'une manière un peu ridicule et Sherlock fronça les sourcils.

« Tu as un peu trop bu John, nous ferions mieux de rentrer. »

Pour toute réponse John leva la bouteille et rempli le verre de Sherlock. Et, sans le quitter du regard, prit son propre verre dans sa main, se rassit un peu plus profondément et confortablement dans sa chaise et bu une longue gorgée.

Les lèvres de Sherlock se retroussèrent. Il allongea le bras, enroula ses long doigts autours du verre et le porta à sa bouche, sans jamais quitter John des yeux. Il avait compris le message. Et la lueur commençait à réapparaître. Bien. Très bien

Ils passèrent le reste du dîner à parler d'enquêtes, à se remémorer des souvenirs communs. Ils rirent beaucoup et John sentait son cœur se gonfler d'affection à chaque fois qu'il parvenait à arracher un rire franc et bruyant à son meilleur ami. Sherlock montra à John une cicatrice sur son avant bras et lui raconta une histoire incroyable impliquant une enquête en Écosse qui avait bien failli mal finir, un tueur en série machiavélique qui avait réussi à surprendre Sherlock et un corps à corps final qui aurait bien pu coûter la vie au détective. John se laissa aller à raconter quelques souvenirs d'Afghanistan et Sherlock l'écouta sans rien dire. Le médecin lui en fut reconnaissant pour ça. La discussion dériva ensuite sur l'enfance, celle de John particulièrement car Sherlock semblait plutôt mal à l'aise avec cette période de sa vie. Il conta tout de même un ou deux souvenirs d'enfance avec Mycrofy et leurs incessantes disputes, et Mommy qui essayait de canaliser ces deux petits génies. C'était attendrissant. Ils ne parlèrent pas de l'adolescence. Sherlock conta ensuite ses premières enquêtes en tant que détective consultant. A un moment, il fit une allusion à la drogue et son regard s'assombrit, mais il enchaîna tout de suite avec Baker Street et Miss Hudson. John avait déjà entendu cette histoire mais il s'en fichait. Il buvait les paroles de Sherlock. A trente-deux ans, cet homme avait déjà vécut tellement de choses extraordinaires...

John sourit en se remémorant une phrase qu'il avait entendu dans un film : « Les choses extraordinaires n'arrivent qu'aux personnes extraordinaires ».. Bien sûr, ce n'était pas vraiment juste mais cela s'appliquait parfaitement à Sherlock. A personne extraordinaire, vie extraordinaire. Et John était content de faire partie de cette vie.

…...

Les deux amis étaient en proie à un fou rire quand ils poussèrent la porte de leur appartement. L'alcool aidant, ils avaient utilisé le temps du retour à pied pour critiquer ouvertement tous les membres de Scottland Yard, en insistant tout particulièrement sur Anderson.

John essayait tant bien que mal de juguler le rire qui lui montait dans la gorge et de reprendre son souffle. Il fit quelques pas dans l'appartement, se tenant le ventre et régulant sa respiration pour ne pas rire. Mrs Hudson n'apprécierait pas d'être réveillée par des gloussement à cette heure ci.

Sherlock avait déjà retrouvé son sérieux, bien qu'un reste de sourire puisse être encore décerné sur ses lèvres. Il retira son manteau et délaça ses chaussures vernies. Puis il entreprit de faire glisser sa veste de ses épaules, dévoilant un peu plus la forme de son corps longiligne, peu caché par la chemise blanche de designer très serrée, comme le détective avait l'habitude d'en porter.

Le regard de John fut immédiatement attiré. Cette chemise était vraiment bien coupée. Elle mettait en valeur la finesse de Sherlock, et lui donnait une classe et une prestance certaines...

John passa furtivement la main sur son visage. L'alcool lui montait décidément trop à la tête.

Il enlevait son manteau pour le placer sur l'accoudoir de son fauteuil quand Sherlock se retourna.

« Un dernier verre ?», proposa-t-il, les yeux brillants.

Mais le regard de John était fixé sur le renflement présent sur la poitrine de son ami, discernable sous le tissu blanc, causé par le bandage qui protégeait ses points de suture. John se rappelait soudain qu'il avait oublié de vérifier l'état de la blessure du détective aujourd'hui. Il devait être à environ la moitié du temps de cicatrisation et le médecin exigeait de pouvoir examiner la blessure tous les jours pour être sûr que tout se déroulait bien.

Sherlock avait ,bien sûr, suivit le cheminement des pensées dans la tête de John.

« Nous sommes tous les deux un peu éméchés, je pense que ce n'est pas nécessaire d'examiner mes points ce soir. Cela attendra demain. »

John secoua la tête ce qui eut pour effet de troubler sa vision mais il fit de son mieux pour ne pas le faire paraître.

« Ce n'est pas quelques verres qui vont m'empêcher de vérifier ta cicatrisation et de changer ton bandage... Ce n'est l'affaire que de quelques secondes. »

Sherlock resta un moment immobile puis il vint s'asseoir à côté de John, qui avait pris place dans le canapé. Il entreprit de déboutonner sa chemise.

Quand il arriva à mit chemin, John avança ses mains et agrippa gentiment le coin supérieur gauche du bandage qu'il entreprit d'enlever précautionneusement.

Sherlock avait fini de déboutonner sa chemise et il la fit glisser sur ses épaules, révélant entièrement son torse.

Le souffle de John s'accéléra. (Réaction sûrement dû à la vue de la blessure sur la poitrine de son ami).

Le médecin entreprit de se concentrer, de ne penser qu'aux points de suture qui, ma foi, ne présentaient aucunes anomalies... Mais il ne parvenait pas faire abstraction du reste... pour la première fois depuis qu'il auscultait Sherlock.

Le corps fin, mais athlétique... La peau claire, presque laiteuse. Les côtes presque visibles. Les épaules La façon dont sa poitrine se soulevait puis s'abaissait à chaque respiration. Le cou interminable. Le creux à la base de la gorge...

« Parfait... », murmura John dans un soupir. Sa tête bourdonnait. Il sentait son cœur battre à la chamade dans sa poitrine. Le médecin sentit venir un début de vertige.

« Hein ? ».

John leva enfin les yeux, sortit de sa transe. Il inspira profondément. Il se sentait comme étourdit.

Son regard rencontra celui de Sherlock. Le détective le fixait avec attention, les sourcils légèrement froncés.

John fuit le regard de son ami. Il s'éclaircit la gorge. Sa tête bourdonnait toujours.

« Je disait que la cicatrisation est ,jusque là... parfaite. »

Sherlock esquissa un sourire.

John entreprit de fixer un nouveau bandage en prenant bien soin de ne pas effleurer les points de suture de son ami.

Lorsqu'il eu finit, Sherlock reboutonna sa chemise.

« Bon, je réitère ma proposition : Un dernier verre ? ».

John avala sa salive bruyamment. Soudain il se sentait très fatigué. Ses épaules lui paraissaient lourdes, ses paupières se fermaient toutes seules. Une pression invisible était descendue sur lui, l'oppressant. Il se sentait nauséeux. Mais par dessus tout, il se sentait extrêmement mal à l'aise. Il ne souhaitait plus qu'une chose : fuir cette pièce, se réfugier dans son lit et dormir, ne plus penser à rien.

Le médecin passa sa main dans son cou.

« Non merci. Je crois que je vais aller me coucher. Je suis épuisé. »

John put lire clairement l'once de déception qui passa dans les yeux du détective mais celui-ci se reprit rapidement et retrouva son contrôle habituel, son regard froid et calculé. Toutefois John devinait que son ami se demandai s'il avait fait quelque chose qu'il ne fallait pas. Son intelligence lui permettait sans aucun doute de déceler la gêne de John. Mais comment pouvait-il comprendre à quoi était due cette gêne, quand John lui même ne la comprenait pas ? Il pensait sans doute que son comportement en était la cause, ce qui était totalement faux. Mais Sherlock ignorait tout des comportements sociaux et penserai sûrement avoir commis une erreur.

« Très bien. Dans ce cas, bonne nuit John ».

Le grand brun tourna les talon dans l'idée de regagner sa chambre.

John sentit aussitôt qu'il devait dire quelque chose. Ce n'était pas souvent que Sherlock s'ouvrait de la manière dont il l'avait fait ce soir. John pouvait s'estimer chanceux d'être celui qui réussissait à amadouer et à baisser les défenses du grand détective et sociopathe Sherlock Holmes. Et même s'il se sentait extrêmement mal à l'aise en cet instant, il souhaitait que des soirées comme celle là se reproduisent.

« Heu...Sherlock ? »

La main du détective se figea à deux centimètres de la poignée de sa chambre. Il se retourna lentement, le regard indéchiffrable.

« Sherlock, je voulais te dire, heu...merci. Pour ce soir. C'était très... agréable et je voulais te dire que... je.. enfin... voilà.. tu es... tu es un bon ami, Sherlock, malgré tout ce que certaines personnes ont pu te dire .. Un très bon ami.»

Un sourire se dessina lentement sur les lèvres du génie. Il hocha la tête.

« Bonne nuit », ajouta John avant de rejoindre sa chambre.

Note de l'auteur : Je voulais remercier tous ceux qui m'ont laissé des reviews. Cela me fait extrêmement et sincèrement plaisir, et c'est une motivation pour l'écriture.

J'espère que ce chapitre n'est pas trop « plat ». Je n'ai pas vraiment eu d'inspiration ces dernières semaines et j'ai réellement mit un temps fou pour écrire...

Anyway, encore merci et n'hésitez pas à me donner vos avis(même négatifs).