Note : Un chapitre long, pour compenser le prochain qui sera relativement court. Pas de quoi se réjouir, vous allez quand même piaffer devant la fin, lol. Certaines scènes en italique (que je recommande de lire en écoutant du Moby) devraient vous embrouiller, avec un peu de chance vous les comprendrez mieux vers la fin du chapitre. Quelques personnages de Shippuuden (Next Gen) continuent de se glisser dans l'histoire, faites comme moi et ignorez-les.

Pour ce qui est des RIDERS, je pensais avoir été suffisamment claire, mais apparemment certaines personnes ont tendance à zapper les introductions. Les riders sont des deux-roues que j'ai inventé de toutes pièces et dont la description se trouve au tout début du prologue. Merci de retourner y jeter un œil si, pour une raison quelconque, elle vous a échappé.

Je pars demain en vacances dans les Pyrénées, donc il est très peu probable que la suite arrive avant le dimanche 27 juillet. Dans tous les cas, sachez que j'ai tendance à poster sur mon blog un amuse-gueule du chapitre à venir quelques jours avant de le publier ici. Pour les amateurs, l'adresse est sur mon profil. Voilà, à dans dix jours, je vous laisse les clés, pensez à éteindre la lumière en sortant. ;)


Chapitre 2 : Plus dure sera la chute


Je crois pour ma part qu'il ne peut y avoir de "rider de légende" sans "paire de légende". Dans ce sport, les jeunes loups solitaires qui croient s'acheter un bon partenaire et se hisser au sommet sans rien devoir à personne ne se préparent que pour une longue chute vers la réalité.

Sarutobi A., dit « Le Professeur », dans une interview pour le « Monde des Riders »


Ainsi commença le séjour impromptu de Naruto à Ta no Kuni.

Il partageait désormais son temps entre le petit hôtel pas trop cher qu'il avait déniché à quelques kilomètres du centre-ville, le hall de l'hôpital, et le parc tout proche où il prit l'habitude de déjeuner.

Le second jour, il recroisa l'infirmière de la veille. Elle s'immobilisa en l'apercevant et il leva les yeux de son magazine, souriant lorsqu'il la reconnut.

« Oh, bonjour ! Vous ne courez pas, aujourd'hui ? »

« Ah, non, pas encore » avoua-t-elle en riant. « Hum, si vous me permettez cette question, vous attendez un rendez-vous ? »

« Euh… Non. »

« Oh. C'est que Joseph me disait tout à l'heure que vous étiez resté là une bonne partie de l'après-midi d'hier, et comme vous revoilà aujourd'hui… »

Comment expliquer ça ? Naruto gigota un peu, mal à l'aise. Elle devait se demander s'il était un clodo cherchant un abri ! Tout à fait franchement, il s'en faisait un peu l'impression, à vivre ainsi au crochet de ses amis…

« Un… ami à moi est hospitalisé ici. »

« Oh, vous lui rendez visite ? »

« Oui. Enfin, non, on m'a dit que les visites n'étaient pas autorisées. »

Elle le fixait d'un regard insistant, et il baissa les yeux. A sa grande surprise, elle s'assit près de lui.

« C'est gentil à vous de vous inquiéter autant pour lui, mais si vous ne pouvez pas le voir, vous ne devriez peut-être pas passer vos journées à l'hôpital ? Je suis sûre qu'il préfèrerait que vous restiez chez vous et que vous veniez le voir dès que ce sera possible. »

Naruto eut un rire embarrassé.

« En fait, c'est plutôt compliqué. Je viens d'assez loin, alors… »

« Vraiment ? D'où ? »

« De Hi no Kuni. »

Elle eut un faible "Oh", visiblement surprise.

« Vous êtes étudiant ? »

Il hocha la tête.

« Vous devez beaucoup tenir à lui pour tout mettre en parenthèses dès qu'il ne va pas bien. »

Naruto s'éclaircit la gorge sans répondre, mal à l'aise.

« Ecoutez, je dois y aller » fit-elle en se levant. « Mais si vous me donnez son nom, je peux peut-être aller prendre de ses nouvelles… »

« Vous feriez ça ? » s'exclama-t-il, surpris.

Elle lui sourit avec la même gentillesse que la veille.

« Son nom ? »

« Sasuke Uchiwa. »

Elle fronça les sourcils, pensive.

« Uchiwa… Ce n'est pas ce jeune homme qui… »

« Ne me demandez pas si je suis un fan ! » ne put-il s'empêcher de s'indigner devant son regard calculateur. « Il n'y a que les gens qui ne le connaissent pas pour vénérer un enfoiré pareil ! »

Il regretta immédiatement ses mots. La pauvre n'y était pour rien, elle avait même proposé de l'aider ! Mais sa réponse sembla au contraire la faire rire.

« C'est bon, admettons que je vous croie » dit-elle d'un air joueur. « A moins que vous ne cachiez des bouquets de fleurs ou des messages d'amour enflammé sous votre blouson, vous n'avez pas l'air d'un fan éploré. »

Naruto détourna le regard sans pouvoir s'empêcher de rougir. Pourquoi tous ces gens imaginaient-ils toujours le pire ? Cet enfoiré devait tout de même avoir quelques fans susceptibles de s'intéresser plus à sa carrière qu'à sa plastique !

« Je vais voir ce que je peux faire. Je repasse dès que j'ai un moment, d'accord ? »

« Je ne bouge pas ! » répondit-il, ragaillardi. « Merci beaucoup ! »

Elle s'éloigna et il s'enfonça dans son siège, souriant. Ce n'était pas grand-chose, mais il avait enfin une chance d'apprendre dans quel état se trouvait Sasuke. Et qui plus est, il pourrait relayer les nouvelles à Sakura, ce qui lui donnait au moins l'impression de n'être pas si inutile que ça.

Il se remit à tuer le temps, dénichant une grille de mots croisés dans un journal et un crayon à papier qui avait vu de meilleurs jours dans une poche de son blouson. Il ne relevait la tête que dans l'espoir d'apercevoir l'infirmière, ou lorsque les portes du hall s'ouvraient pour laisser passer de nouveaux arrivants.

C'est lors d'une de ces occasions qu'il revit le couple. Surpris, il les suivit des yeux tandis qu'ils suivaient le même trajet que la veille. Leur pause au comptoir fut cette fois brève, et ils disparurent bientôt vers une autre partie du bâtiment.

Haussant les épaules, il revint à sa grille. "La fin du repas" ? Ben, le dessert, évidemment. Pourquoi n'y avait-il que trois cases ? Le crétin qui avait rédigé ce machin ne savait de toute évidence pas compter. Un bout de langue coincé entre les lèvres, il s'appliqua à rajouter quatre cases là où il en trouva la place.

Les marges devenaient dangereusement pleines lorsque l'infirmière fit sa réapparition.

« Tadam ! » s'exclama-t-elle en se plantant devant lui.

Il lui adressa un sourire radieux et dégagea le siège à côté de lui pour qu'elle puisse s'asseoir.

« Vous avez encore couru partout » remarqua-t-il lorsqu'elle s'y laissa tomber, visiblement essoufflée.

« Oui, c'est une mauvaise habitude » avoua-t-elle en riant. « Je stresse beaucoup trop. Mais bref, je me suis renseignée sur votre ami. »

Devant son changement de ton, Naruto redevint sérieux.

« Il a une fracture ouverte à l'avant-bras droit, ainsi que deux côtes cassées et bon nombre d'autres fêlées. L'une des côtes avait en fait percé un poumon et il a fallu intervenir d'urgence, mais son état est maintenant stable. On a plus d'inquiétude pour sa commotion cérébrale, et le coma léger dans lequel il est plongé. »

Naruto déglutit. C'était une chose de savoir qu'il était en soin intensif, mais une autre de s'entendre dire exactement ce qui aurait pu le tuer.

« Il va… s'en sortir, non ? »

Elle lui adressa un sourire plein de compassion.

« Votre ami est un battant, il a fait beaucoup de chemin en peu de temps. Il y a toujours un risque de rechute, mais on a bon espoir qu'il se réveille bientôt. »

Il poussa un énorme soupir, réalisant seulement à cet instant la présence du poids qui s'allégeait sur ses épaules.

« Merci beaucoup ! Euh… »

« Shizune » se présenta-t-elle avec un sourire, et il se rendit compte un peu tard que c'était écrit noir sur blanc sur son badge.

« … Shizune » reprit-il sans se démonter. « Moi, c'est Naruto. Merci beaucoup, tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir d'entendre ça ! »

Elle parut un peu étonnée de s'entendre soudain tutoyée, mais Naruto n'en remarqua rien. Il s'interrogeait déjà sur la facilité avec laquelle il avait parlé ainsi.

Il avait réagi par réflexe en se précipitant ici, et il l'avait accepté. Mais ressentir un tel soulagement pour quelqu'un qui lui avait clairement fait comprendre qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec lui ? Ce salaud se moquait bien de lui, c'était évident ! S'il avait ne serait-ce qu'un peu regretté ce qu'il lui avait dit, il lui aurait envoyé une lettre, ou quelque chose. Alors pourquoi ne pouvait-il pas ignorer aussi facilement que lui leur passé commun ? Pourquoi ne pouvait-il pas tout oublier et agir comme s'il ne le connaissait pas ? C'était injuste !

Une main sur son épaule le tira de sa frustration.

« Naruto, ça va ? »

Il sourit à Shizune, se reprochant de l'avoir inquiétée.

« Oui oui, pas de problème ! »

« Bon… Je retourne travailler, alors. »

« Je t'en prie, je ne voudrais pas que tu sois forcée de courir encore plus à cause de moi ! »

Elle rit devant son sourire espiègle et repartit. Naruto répondit à son signe de la main, puis tira son portable de sa poche. Se rappelant la mise en garde muette de l'infirmier de la veille, il se promit d'appeler Sakura le soir même.


La terre poussiéreuse file sous les roues. Les parois du canyon défilent de part et d'autre. Le vent se précipite contre son corps. Un silence cotonneux emplit ses oreilles.

Il resserre sa prise sur les hanches devant lui, se penche vers la droite. Il pourrait toucher le sol en tendant la main.

Un virage, puis un autre.

Le ciel bleu en un long ruban au-dessus de sa tête.

La vitesse, toujours. La machine entre ses jambes qui le pousse toujours plus loin, le porte toujours plus haut.

Au loin, la sortie du défilé. La lumière.

Il n'a d'yeux que pour le soleil, toujours. Plus haut, plus loin, plus vite.

Et puis, le choc.

La peur dans sa poitrine, comme une boule qui grandit et l'écrase.

Son corps dans les airs, et pendant un instant, il vole.

Puis il retombe, les ailes brisées.

Noir.


Le couple passait quasiment tous les jours.

C'était devenu l'un des repères de sa nouvelle routine quotidienne. Lever à neuf heures, petit-déjeuner à l'hôtel, flâner jusqu'à l'hôpital en essayant de ne pas espérer trop fort, passer la matinée à feuilleter des magazines qui se ressemblaient tous. S'il avait de la chance, une courte discussion avec Shizune. Déjeuner dans le parc, puis rebelote jusqu'à ce que la ville commence à s'endormir.

Et inévitablement, quelque part entre une grille de sudoku et un tour du quartier pour se dégourdir les jambes, le couple.

Naruto les attendait, à présent, bien qu'il était rare qu'ils viennent deux fois à la même heure. Il en retirait au moins une vague impression de familiarité, même s'il ne connaissait ni leurs noms, ni leurs vies. Juste deux visages parmi le cortège d'infirmiers et de médecins.

Il y avait d'autres malades, bien sûr, ou des gens venus pour accompagner ou visiter de la famille ou des amis. Naruto s'amusait à leur inventer une vie, lorsque les pages fanées d'un magazine de mode peinaient à retenir son attention. Mais la plupart d'entre eux ne revenaient pas, ce n'était que des ombres de passage, et leurs visages s'effaçaient de son esprit dès qu'ils quittaient l'hôpital.

Mais le couple, ces deux-là étaient différents. Naruto les observait jour après jour, ne pouvait s'empêcher de sourire lorsqu'il les apercevait, comme si c'était une victoire de ne pas avoir manqué leur passage.

Mais au fur et à mesure du temps, son sourire devint froncement de sourcils. La femme était pareille à elle-même, marchant de son pas volontaire, sachant très exactement où se rendre… mais il lui semblait parfois voir une lueur de peur dans son regard, et il se tournait alors vers l'homme. Lui non plus ne semblait guère changer, si ce n'était peut-être que sa toux était plus rauque, plus fréquente.

Naruto ne comprenait pas. Il venait quotidiennement à l'hôpital, il fallait bien qu'il aille mieux un jour ou l'autre, non ? Après tout, il pouvait encore marcher, et sa maladie n'était apparemment pas assez grave pour qu'il soit gardé en observation.

Mais le sixième jour, la femme ressortit seule.

Naruto faillit manquer son second passage, tant elle marchait vite. La tête baissée, la mâchoire serrée, elle franchit les portes presque en courant. Naruto fronça les sourcils et retourna à son journal, sans pouvoir se départir d'un mauvais pressentiment.

Elle revint moins d'une heure plus tard, un sac de voyage à l'épaule, et au lieu de se diriger vers les salles d'examen, disparut en direction de l'ascenseur.

Naruto s'agita sur sa chaise, jeta le journal sur la table où il l'avait trouvé. Se sentant inexplicablement agité, il résista à l'envie d'aller acheter un encas au distributeur dans le simple but de s'occuper les mains. Les friandises de ce genre entraient dans la catégorie des dépenses inutiles, et il était bien décidé à économiser au maximum de ses moyens dans l'espoir de rembourser au moins en partie ses amis, même s'il devait pour cela perdre trois kilos avant de rentrer.


La terre gorgée d'eau de pluie file sous les roues. Un cortège infini d'arbres défile de part et d'autre. Le vent se précipite contre son corps. Un silence cotonneux emplit ses oreilles.

Le dos qui lui fait face a changé. Les épaules sont moins larges, la silhouette plus compacte, la couleur de la veste plus criarde.

Il resserre sa prise sur les hanches devant lui, baisse les yeux sur ses mains. Ce sont des mains pâles, mais trop petites. Des mains qui ne sont plus les siennes. Les mains d'un enfant.

Il se penche vers la droite.

Un virage, puis un autre.

Le ciel gris se devine à peine à travers les frondaisons. Il ne voit pas le soleil. Pourquoi ne voit-il pas le soleil ? La machine entre ses jambes ne le pousse jamais assez loin, ne le porte jamais assez haut.

Ses mains glissent. Le casque devant lui pivote pour le regarder. Il ne voit pas ses yeux.

Le choc.

La peur dans sa poitrine, comme une boule qui grandit et l'écrase.

Son corps dans les airs, et pendant un instant, il vole.

Puis il retombe, les ailes brisées.

Noir.


Lorsque Shizune pénétra dans le hall et se dirigea droit vers lui, Naruto sut immédiatement que quelque chose clochait.

Il aimait beaucoup l'infirmière et les quelques conversations qu'il avait eues avec elle l'avaient conforté dans l'idée qu'il s'agissait d'une personne adorable, compatissante et toujours prête à rendre service. Seuls deux défauts venaient noircir ce tableau et lui laissaient penser qu'elle n'était pas exactement la candidate idéale pour son travail : son stress quasiment permanent, et son incapacité totale à garder la tête froide lorsqu'elle devait annoncer de mauvaises nouvelles.

Aussi le sourire tremblant qu'elle lui adressa en approchant ne le trompa pas une seconde. Bondissant de sa chaise, il se sentit pâlir à une vitesse alarmante. Il put seulement l'empoigner par les épaules et planter son regard dans le sien, sachant que tout effort pour prononcer un seul son aurait été vain.

Shizune baissa les yeux et le repoussa gentiment vers son siège. Il s'y laissa tomber sans protester, ni cesser de dévorer son visage du regard. Elle s'assit près de lui et posa une main sur son bras, sachant bien que ses piètres capacités d'actrice l'avaient encore trahie et que tourner autour du pot ne servait plus à rien.

« Il a fait une rechute. »

Il ne dit rien, mais son regard la suppliait de continuer. Elle déglutit.

« Son état est stable pour l'instant, mais on ignore si cela risque de se reproduire. En fait, c'est son deuxième accès de tachycardie en quelques jours. Je suis désolée de ne pas te l'avoir dit la première fois, mais je pensais sincèrement que ça ne valait pas la peine de t'inquiéter, et après tout ce temps sans autre problème, je… »

Elle s'interrompit quand Naruto se pencha en avant et posa lourdement ses coudes sur ses genoux.

« C'est bon, Shizune » soupira-t-il, et elle fut soulagée de voir qu'il reprenait des couleurs. « C'est déjà sympa de ta part de me tenir au courant. Merci de me l'avoir dit. »

Elle jeta un coup d'œil rapide autour d'elle, sachant qu'elle n'avait pas beaucoup de temps avant de devoir retourner travailler. Elle se leva et posa une main réconfortante sur son épaule.

« Je suis sûre qu'il ira mieux bientôt » dit-elle de son ton le plus convaincant.

Elle fut un peu surprise lorsqu'il hocha docilement la tête.

« Oui » acquiesça-t-il en lui adressant un sourire. « C'est un acharné, il ne laissera pas tomber aussi facilement. »

Elle répondit à son sourire, mais ne put s'empêcher de remarquer qu'il était bien moins large que d'habitude.

Elle fit la promesse de revenir le voir à sa pause, il la taquina comme si de rien n'était et lui rappela de ne pas en faire trop. Elle s'éloigna finalement, à moitié rassurée mais sachant qu'elle ne pouvait rien faire de plus.

Naruto fit le tour du hall du regard, une ombre de sourire s'attardant sur ses lèvres comme s'il avait oublié de l'en détacher. Son expression sonnait creux. Il se secoua et se dirigea vers les toilettes, se passa rudement de l'eau sur le visage.

Bien sûr que Sasuke n'allait pas laisser tomber aussi facilement ! C'était déjà la deuxième fois qu'il se retrouvait dans cette situation, non ? Sasuke avait la tête et les os solides. Il était trop têtu pour ne pas se réveiller, et une fois que ce serait fait, il remonterait sur un rider comme si de rien n'était.

Il n'avait pas peur, lui, jamais. Pourquoi aurait-il peur de remonter en selle ? Les chutes n'arrivaient jamais par sa faute, de toute façon. Ceci dit, il n'aurait qu'un cadavre à blâmer cette fois. L'image floue qu'il avait aperçue à la télévision, celle du pilote étendu sans vie à plusieurs mètres du rider, lui revint en mémoire, anormalement vive. Une terreur glacée lui étreignit le cœur.

Il jura et donna un formidable coup de poing sur le bord de l'évier, sentant le choc se répercuter désagréablement dans tout son bras. Quel pleutre et quel égoïste il faisait ! De quel droit osait-il tout ramener à lui-même ? Un homme était mort, et Sasuke était peut-être mourant !

Il ne savait même pas ce qu'il faisait là. Pour la énième fois, il se demanda pourquoi il n'avait pas rebroussé chemin dès qu'on lui avait interdit la visite. Qu'est-ce qu'il espérait ? Que Sasuke guérirait, lui pardonnerait, et que tout redeviendrait comme avant ? Il n'avait même pas le courage de remonter sur un rider ! Sasuke serait probablement dégoûté d'avoir côtoyé quelqu'un d'aussi faible.

'Et qu'est-ce que ça peut bien faire, ce que ce connard pense de moi ? Je n'ai pas besoin de lui ! J'ai ma vie, maintenant, et il n'y a pas sa place. Et s'il n'y a pas de place pour moi dans la sienne, tant mieux !'

Cela sonnait puéril à ses propres oreilles et il refusa d'y penser plus longtemps. Il arracha une feuille de papier du distributeur et s'essuya rageusement le visage. Il resterait jusqu'à ce que Sasuke se réveille, plus il filerait d'ici et retournerait à sa petite vie. Il remercierait ses amis, promettrait de les rembourser, et bosserait nuit et jour pour rattraper son retard en cours et se montrer reconnaissant de la patience du professeur Iruka.

Son reflet hocha la tête d'un air déterminé et il sourit, quittant finalement les toilettes d'un pas assuré.

Il s'immobilisa brutalement.

La jolie jeune femme aux longs cheveux était assise sur l'une des chaises en plastique rouge du hall. Elle était seule. Ses bras étaient refermés sur son buste, son visage caché derrière ses mèches sombres, et ses épaules courbées secouées de sanglots silencieux.

C'était comme si un coup de poing venait de le frapper à l'estomac. Naruto resta planté là, soudain incapable de respirer.

Déglutissant avec difficulté, il se dirigea en automatique vers le comptoir et ne fut pas surpris d'y voir la vieille peau qui l'avait accueilli le premier jour. Elle faisait mine de se concentrer sur ses documents, ignorant complètement la femme qui pleurait à quelques mètres d'elle, et lui adressa un regard peu amène lorsqu'il approcha.

Naruto ne gaspilla pas sa salive, et se contenta de s'approprier la boîte de mouchoirs qui traînait près de son coude.

« Je vous emprunte ça. »

« Hé ! Mais… »

Faisant mine de ne pas l'entendre, il lui tourna le dos. La jeune femme ne releva pas la tête lorsqu'il s'assit près d'elle. Il tira quelques mouchoirs de la boîte et les lui tendit muettement. Ses sanglots s'interrompirent un instant, puis elle les accepta et les passa sur ses joues d'un geste tremblant.

Elle se plia soudain en deux et enfouit son visage dans ses mains, et ses pleurs devinrent plus déchirants que jamais. Naruto l'attira gentiment contre lui et la laissa s'agripper à sa veste. Il repoussa patiemment les cheveux qui venaient se coller à ses joues humides et lui tendit mouchoir après mouchoir.

Il ne savait pas quoi dire, mais il avait au moins l'impression de faire quelque chose. Sakura lui avait dit un jour qu'il était très doué pour consoler les gens. Qu'il sympathisait toujours si fortement avec tout le monde que c'était naturel pour lui. Naruto n'était pas convaincu. Il se sentait tellement inutile aujourd'hui ! C'était peut-être arrogant, mais il aurait voulu pouvoir toujours rendre le sourire à tout le monde d'un coup de baguette magique.

Ca, pour faire le pitre et dire des bêtises, pas de doutes, il était doué. Mais que disait-on à quelqu'un qui venait de perdre un être cher ? Il ne pouvait pas sympathiser, il n'avait jamais connu ça. Les seules personnes qu'il avait perdu étaient ses parents, et il était si jeune quand c'était arrivé qu'il n'avait aucun souvenir d'eux.

Les mots de Shizune revinrent soudain le frapper comme un poignard en plein cœur, et l'image du corps du pilote brisé s'imprima sur ses rétines. Le visage de Sasuke s'y superposa. Il avait eu l'air si pâle, sur cet écran, tellement fragile…

La terreur s'empara à nouveau de lui, mais cette fois, ce n'était pas pour lui-même que son cœur semblait si froid dans sa poitrine.

Il ferma les yeux et lutta, mais malgré tous ses efforts, une larme s'échappa. Il la sentit glisser sur sa peau, suivit son parcours sur sa joue, jusqu'à ce qu'elle atteigne son menton et tombe parmi les cheveux de la jeune femme.

Sasuke lui avait dit un jour, se souvint-il soudain, que pleurer était pour les faibles et les petits garçons perdus.

Un unique sanglot vint secouer ses épaules, et deux larmes suivirent la première.

Peut-être qu'il était faible. Mais peut-être bien aussi qu'il n'était rien d'autre qu'un petit garçon perdu, un petit garçon de treize ans courant sous la pluie qui venait de perdre son meilleur ami.

Il ne sut jamais combien de temps ils restèrent là tous les deux, elle pleurant dans ses bras et lui la berçant sans mot dire ; elle fermant les yeux sur ce qu'elle avait perdu, et lui qui ne voyait plus rien d'autre que ce qui lui échappait petit à petit.

Elle qui maudissait un point final, et lui des points de suspension.

C'est une main sur son épaule qui le tira de sa rêverie macabre, et il leva la tête. L'homme qui s'était penché vers eux portait un bonnet de tissu sur ses cheveux bruns un peu trop longs, et un cure-dents dépassait de la poche de poitrine de sa chemise. La jeune femme se redressa en le voyant.

« Genma ! » haleta-t-elle.

Il prit ses mains tremblantes, l'aida à se relever et passa un bras autour de ses épaules. Il tourna un regard perçant vers Naruto.

« Merci. »

Il ouvrit la bouche comme pour ajouter autre chose, mais sembla se raviser.

« Merci » répéta-t-il.

Il y avait aussi du chagrin dans ses yeux. Naruto hocha la tête avec un faible sourire. Genma se détourna, entraînant son amie avec lui, mais elle s'arrêta brusquement. Se tournant à nouveau vers Naruto, elle lui prit spontanément les mains et dit d'une voix hachée :

« J'espère… que tout ira bien pour cette personne. »

Il croisa ses yeux rouges pleins de sincérité, et sa gorge se ferma à nouveau.

« Merci » parvint-il tout juste à croasser.

Elle lui adressa un sourire à travers ses larmes, puis se dirigea d'un pas lent vers la sortie. Genma attrapa le sac qui avait reposé à ses pieds et la suivit, adressant un dernier signe de tête à Naruto avant de disparaître.

Cette nuit-là, Naruto ne dormit pas. Etendu sur le lit étranger d'une chambre d'hôtel, il fixa le plafond plongé dans le noir et pensa à un petit garçon de treize ans courant sous la pluie. Et dans ses pensées, ce petit garçon grandissait, grandissait, mais ne cessait jamais de courir.


La terre file sous les roues. Le vent se précipite contre son corps. Un silence cotonneux emplit ses oreilles.

Il ne relève pas les yeux, ne veut pas voir ce qui l'entoure. Il est las, si las…

Le soleil n'a jamais paru si loin, son éclat si faible. Il veut toujours s'envoler, le saisir au creux de sa main… Mais ses ailes brisées l'écrasent de leur poids, et il n'a plus la force de les soulever.

La machine entre ses jambes n'écoute pas, ne sait rien, elle continue sa course implacable. Elle se penche vers la droite et il se raidit, s'accrochant de toutes ses forces aux hanches devant lui.

Ses mains sont celles d'un adulte, son cœur s'affole comme celui d'un enfant.

Le casque devant lui pivote pour le regarder.

A travers la visière, deux yeux d'un bleu surréel viennent transpercer son âme. Il oublie de respirer, attend le choc.

Et puis les yeux lui sourient.

Il se détend sans le vouloir. La machine entre ses jambes ronronne comme un énorme chaton, approbatrice.

Le choc ne vient pas.

Le soleil apparaît au-dessus de l'horizon, et il est si proche soudain…

La lumière.

Sasuke ouvrit les yeux.


Apparemment, le fait qu'elle pousse ce chariot avec tout l'enthousiasme d'un gastropode en fin de vie était digne de figurer dans les archives de l'hôpital.

Shizune esquissa un énième sourire crispé en direction d'une autre de ses collègues qui avait brutalement cessé toute activité pour la regarder passer d'un air bovin. C'était donc si rare de ne pas la voir courir d'un bout à l'autre du bâtiment ? Voilà qui ferait bien rire Naruto.

Excepté qu'elle ne verrait plus Naruto se moquer de son stress de sitôt, se rappela-t-elle avec amertume. Ce qui la ramenait exactement à la raison de son comportement inhabituel.

Dire qu'à peine un jour plus tôt, elle s'était tant réjouie d'avoir une excellente nouvelle à apprendre au jeune homme… Le réveil de son ami, ce n'était pas rien !

Mais après ça, tout s'était détraqué. Oh, Naruto avait eu l'air soulagé, bien sûr, si soulagé qu'elle avait vraiment cru qu'il allait s'évanouir lorsque ses jambes avaient brutalement refusé de le porter. Pourtant dès qu'il avait absorbé la nouvelle, il s'était fait très distant. Mise mal à l'aise par son expression absente, Shizune avait cru bien faire en lui disant que les visites seraient sans doute bientôt autorisées, mais à sa grande surprise, il avait bondi comme un diable et refusé avec véhémence d'en profiter.

Il avait même été jusqu'à quitter l'hôpital sur-le-champ. Il était temps qu'il rentre chez lui, avait-il dit, puisque tout allait bien. Tout juste lui avait-il laissé son numéro de téléphone en s'excusant copieusement pour son départ brutal, la priant instamment de le contacter si jamais elle passait à Hi no Kuni.

Shizune s'en voulait, mais elle se sentait bizarrement seule, tout à coup. Naruto avait une manière d'attirer les gens à lui, une chaleur naturelle qui laissait sa marque dans la vie de toute personne qui l'avait un jour côtoyé. Ou bien c'était juste elle qui réagissait ainsi, mais par une intuition quelconque, elle en doutait.

Si encore elle n'avait eu qu'à s'arranger de la disparition de ce jeune homme bizarre qui était sorti de sa vie aussi vite qu'il y était entré, elle aurait poussé un soupir de regret et repris sa routine sans rechigner.

Mais elle commençait à se dire que la raison derrière le départ étrange de Naruto n'était peut-être pas si mystérieuse que cela, après tout.

Sasuke Uchiwa était absolument odieux.

Depuis son réveil, il n'avait eu que regards noirs et critiques cinglantes pour le personnel hospitalier, quand il ne les ignorait pas purement et simplement. Il semblait constamment d'humeur exécrable, et avait tant malmené une infirmière qui avait voulu l'empêcher de se lever qu'elle avait éclaté en sanglots. Non pas qu'il ait été capable de se lever au bout du compte, bien entendu, étant donné son état.

Shizune était d'ordinaire tolérante, mais même elle ne pouvait tout mettre sur le compte du choc de l'accident et laisser couler.

Impossible de blâmer Naruto pour sa réaction dans ces conditions. Qui aurait voulu pouvoir rendre visite à une personne aussi exécrable, après tout ?

Malheureusement, cette question avait trouvé sa réponse à peine une heure auparavant, lorsqu'un homme à l'expression peu avenante et une femme aux cheveux roux flamboyants s'étaient présentés à la réception.

D'après ce qu'elle avait entendu d'eux, Shizune trouvait très crédible le fait que ces deux-là soient amis avec l'Uchiwa, par opposition au lien que Naruto s'était déclaré avec le rider. Comment quelqu'un d'aussi gentil pourrait-il apprécier une personne comme Sasuke Uchiwa ? Il devait y avoir eu erreur sur le sujet…

Et évidemment, les autres infirmières savaient qu'elle s'était renseignée sur lui pendant son coma, ce qui faisait apparemment d'elle l'une de ses "fans". Et qui la désignait donc d'office pour s'occuper de lui.

Inutile de préciser qu'elle était d'humeur très sombre lorsqu'elle arrêta finalement son chariot devant la chambre 210, s'étant déjà atermoyé auprès de tous ses autres patients autant que sa conscience le lui permettait.

Elle se baissa pour saisir un plateau repas, un énorme soupir aux lèvres, mais s'immobilisa en percevant des éclats de voix violents derrière la porte fermée.

« Comment ça, pas tout de suite ?! La saison ne s'est pas arrêtée parce que tu es tombé, Sasuke ! Si tu ne remontes pas très vite… ! »

« Je sais ! Tu crois pouvoir me donner des ordres ? N'oublie pas ta place, Suigetsu ! Je n'ai pas de compte à te rendre. »

« Mais… »

« Ca me fait horreur de dire ça, Sasuke, mais pour une fois je suis d'accord avec lui. Tu viens d'arriver en national, ce n'est pas le moment d'hésiter ou tu vas te faire broyer ! Suigetsu peut te servir de pilote, mais il faut reprendre l'entraînement sérieusement et ça risque déjà de prendre… »

« Ca suffit ! Sortez. Sortez ! »

« Non mais… »

« Sasu… »

« Dehors ! Dégagez ! »

La porte s'ouvrit à la volée et Shizune sursauta, prise en faute. L'homme aux cheveux pâles qui sortit de la chambre la fusilla du regard avant de s'éloigner à grandes enjambées. La jeune femme rousse apparut dans l'encadrement.

« Tu sais que je suis de ton côté, Sasuke ! » plaida-t-elle encore. « Si tu m'expliquais pourquoi tu prends tant de risques… »

« Karin. »

Son ton devait être assez explicite, car elle se tut et fit volte-face à contrecœur. Apercevant Shizune, elle vint se planter devant elle et siffla :

« Vous avez intérêt de prendre soin de Sasuke, si vous tenez à la réputation de cette baraque ! Le plus tôt il sera sur pied, le mieux ça vaudra pour vous. »

Shizune ne sut rien répondre, médusée, mais Karin s'éloignait déjà, la tête haute. Est-ce que ces gens réalisaient que leur ami avait passé plusieurs jours dans le coma et bien failli y rester ? Même le blessé lui-même se comportait comme si c'était la faute du personnel s'il ne pouvait pas encore marcher. Il avait deux côtés cassées et un bras dans le plâtre, bon sang !

Prenant finalement son courage à deux mains, elle saisit un plateau et entra. Sasuke Uchiwa l'ignora. Assis très raide dans son lit, il regardait par la fenêtre avec une expression de colère intense. Sa main libre était crispée sur les draps au point que ses jointures en étaient blanches.

Shizune jugea préférable de laisser le plateau sur la table de chevet et de s'éclipser sans un mot, et referma la porte derrière elle avec un soulagement non feint.

Parfait ! Elle allait enfin pouvoir respirer. Du moins jusqu'au dîner…


« Mais enfin… »

« C'est bon, Sakura. Tu sais bien que ça ne donnerait rien de bon si j'allais voir cet enfoiré, de toute façon. »

Il y eut un bref silence à l'autre bout de la ligne, et Naruto en profita pour fourrer son dernier T-shirt dans son sac. Le reste de sa garde-robe entassée sur le couvre-lit suivit le même chemin. Tiens, il n'avait qu'une seule chaussette bleue ?…

Il se baissait pour jeter un œil sous le lit lorsque Sakura répondit finalement.

« Je sais bien mais… Tout de même… Enfin, si tu penses que c'est la meilleure chose à faire. »

Un soupir suivit son abdication.

« Yep ! Ne te fais pas de souci Sakura » répondit-il, plissant les yeux pour percer la pénombre sous le meuble. « Les médecins disent qu'il est hors de danger, de toute façon. J'ai fini mon caprice, je rentre ! Et tu verras qu'il réapparaîtra à la télé en un rien de temps, ce type rebondit mieux qu'un kangourou. »

« … Naruto… »

Un peu d'amertume avait dû filtrer dans sa voix malgré tous ses efforts, et il se traita mentalement d'imbécile.

« Hé, comment va tout le monde ? » s'empressa-t-il d'ajouter. « Je vous manque ? Dis à Kiba que j'ai pas oublié que je dois l'écraser au bras de fer, ok ? »

Sakura ne lui répondit pas tout de suite, et il aperçut enfin la chaussette fuyarde.

« Peu importe » abandonna-t-elle avec un soupir irrité. « J'ai laissé la clé de ta nouvelle porte dans ta boîte aux lettres. Ne te perds pas en route. »

Et elle raccrocha aussi sec.

Naruto eut un sourire soulagé, puis se laissa tomber à plat ventre avec un grognement. Evidemment, la maligne était allée se planquer au centre du lit…

Il rampa jusqu'à ce qu'elle soit à sa portée, ignorant gracieusement le troupeau entier de moutons de poussière qui était venu squatter les lieux. Ce n'était pas comme s'il pouvait se payer un hôtel quatre étoiles, et les moutons de poussière étaient de toute façon des créatures sensibles qui avaient autant droit à la vie que les baleines à bosse. Seulement personne ne parlait jamais des droits des moutons de poussière. Heureusement pour eux, Naruto faisait partie de ces bonnes âmes qui se faisaient un plaisir de leur donner un toit sous lequel vivre, comme son appartement pouvait en témoigner.

Il récupéra sa chaussette avec un sourire de triomphe, et s'apprêtait à se tirer de là lorsque la Macarena retentit soudain à plein volume à dix centimètres de son oreille. Il bondit et se fendit promptement le crâne contre le sommier, le lit tout entier tressautant sous la force du choc.

Gémissant d'agonie, il entrouvrit un œil au prix d'efforts surhumains et fusilla du regard son téléphone portable, qui s'égosillait joyeusement dans sa main libre.

Comme la torture ne prenait pas fin et ne faisait qu'aggraver sa migraine infernale, il accepta la communication et fit dans un murmure mourant :

« …lô ? »

« Naruto ? » s'exclama une voix féminine paniquée, et ses accents trop aigus lui arrachèrent une nouvelle grimace. « Naruto, c'est bien toi ? Oh mon dieu, je t'en prie, dis-moi pas que tu n'as pas déjà quitté la ville ! Il faut absolument que tu fasses quelque chose, à ce rythme-là… Je ne sais pas quoi faire, il n'écoute rien ni personne, cet acharné ! Oh mon dieu, faites que… »

Naruto replaça enfin la voix familière et se raidit.

« Shizu… Ouaille ! » beugla-t-il en se redressant sans y penser. « Shizune, c'est toi ? Je ne comprends rien à ce que tu dis, qu'est-ce qui se passe ? C'est Sasuke, c'est ça, il a encore fait une rechute ?! »

« Une rechute ? Oh non, il se porte on ne peut mieux… Enfin, pour l'instant ! Tu aurais pu me prévenir qu'il était aussi ingérable, ton ami. Il n'en fait plus qu'à sa tête, et moi je… ! »

« Mais attends, je ne comprends rien ! Il y a un problème ou quoi ? »

« Bien sûr qu'il y a un problème ! Il ne devait sortir que dans deux semaines. Il a encore un bras dans le plâtre et ses côtes sont loin d'être guéries ! Et en plus, il paraît que le quartier n'est pas sûr la nuit ! J'ai bien essayé d'appeler la sécurité, mais… »

« Attends, attends Shizune » l'interrompit-il en riant.

Il s'était entre-temps extirpé du dessous du lit, le T-shirt froissé et maculé de poussière.

« T'es pas en train de me dire que cet idiot est sorti de l'hôpital, hein ? » dit-il, se moquant déjà de lui-même pour avoir tout compris de travers. « Parce que dans son état, de toute façon… Euh. Shizune ? »

Le silence persistant à l'autre bout de la ligne fit naître une fine pellicule de sueur sur son front.

« Shizune ? »

« C'est… ce que je disais, non ? » lui répondit-elle d'une voix presque inaudible. « Enfin je suis presque sûre de l'avoir dit, mais peut-être que je n'ai pas vraiment pris les choses dans l'ordre et que… »

« Il est SORTI ?! »