Bonjour!

L'OS prévu au départ aurait presque pu s'arrêter au chapitre précédent mais ça aurait été dommage, non? Je me suis dit que je n'avais pas assez creusé. La scène de départ de cette fic est l'étreinte au milieu du chaos, bravo à ceux qui avaient trouvé. (ou celle, l'unique, la seule?)

Merci pour vos reviews.

La suite...


Chapitre 3

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Le chemin de retour a été éprouvant pour le cuistot trop imbu de sa personne pour se laisser porter mais impossible de lui faire changer d'avis, autant se heurter à un mur. Sous la suie et le sang, il était vraiment très pâle, transpirant, essoufflé comme après une course mais il s'est accroché à ma taille, grimacé à chaque pas mais aucune plainte n'est sortie de sa bouche. Il souffrait, le cachait tant bien que mal mais refusait de baisser les bras, seuls quelques jurons fleuris franchissaient ses lèvres quand la douleur devenait trop insupportable. Quelque part, j'étais fier de lui en cet instant.

Une fois à bord, j'ai voulu le conduire à l'infirmerie mais il m'a arrêté.

« Attends, je vais aller prendre une douche avant, j'ai des morceaux de verre partout.

- Très bien. Besoin d'aide?

- Non. »

En s'accrochant aux murs, il est entré dans la salle d'eau et je me suis adossé à la porte, épiant les bruits à l'intérieur, prêt à intervenir en cas de besoin. Je l'attendais, un peu soucieux. Il avait été bien silencieux tout le long du trajet et il n'avait pas besoin de le dire, je sentais qu'il allait mal et ça n'avait rien à voir avec ses blessures.

Je m'inquiétais car je ne savais pas si je serais capable de l'aider. Trancher de l'acier, je savais faire, le reste, c'était moins sûr et je m'en voulais. La communication n'était pas mon fort et avec lui, c'était pire. Par contre, nous pensions de la même façon: l'honneur, la fierté, toujours aller de l'avant. Mais cette fois, il s'était retrouvé dans une situation irréelle, incapable de réagir. La déflagration avait dû le sonner, il avait été protégé par tout ce qui était tombé sur lui mais ses jambes, si fortes soient-elles, avaient été rendues impuissantes. Et il n'avait été alors qu'un autre gisant, une fille accrochée à lui, si près et si loin à la fois. Ils avaient dû se parler puis elle était morte. Il tenait la main d'une fille morte qu'il n'avait pu aider, le pire du pire pour lui. J'étais un guerrier, lui un chevalier.

Ce n'était pas dur de deviner ses pensées, j'avais eu les mêmes au décès de Kuina. Impuissant, je n'avais rien pu faire, juste pleurer mais ça ne m'avait fait aucun bien. Je n'étais qu'un gosse, je m'étais laissé sombrer et sans son père, je ne me serais peut-être pas relevé. Il aurait d'ailleurs peut-être mieux valu. Je m'étais endurci au possible, autant physiquement que moralement, je ne vivais que pour une chose, devenir le meilleur sabreur du monde et je me foutais bien du comment pour y parvenir, seule la fin comptait.

Jusqu'à ce que je rencontre ce diable de cuistot. Personne ne savait m'atteindre comme lui, me faire sortir de mes gonds, me donner envie de lui, de sa présence. S'il était mort aujourd'hui, je crois que je me serais laissé crever. Alors je le comprenais et je savais qu'il avait mal. Il paraît qu'on appelle ça la culpabilité du survivant. Nous ressentions la même douleur mais serions-nous capables de la partager? Rien n'était moins sûr.

J'ai entendu l'eau ruisseler, un si long moment que j'ai cru devoir entrer pour voir si tout se déroulait sans problème. Puis un ''putain'' bien acide est parvenu jusqu'à moi, j'ai souri, il râlait, c'est que tout allait bien. Il m'a interpellé de l'autre côté de la porte, il savait donc que j'étais là.

« Marimo, va me chercher des fringues, s'il te plait. »

Eh bien, une formule de politesse, il faisait un bel effort.

« Et ne fous pas le bordel dans mes tiroirs! »

Ah ben non! J'ai vaguement répondu puis suis allé dans sa chambre.

Là, j'ai eu un moment de pause, les yeux rivés sur le lit. C'était là que je... Merde, comment j'avais pu être aussi con?! J'admets qu'il prenait autant son pied que moi, qu'il n'avait jamais dit non mais pourquoi je m'étais conduit ainsi, toujours froid, toujours brutal alors que j'aurais voulu que ce soit autrement? Pourquoi? Même à moi, cette situation ne convenait pas alors à lui... Je ne pouvais pas le toucher sans lui faire mal, sans tenter de le soumettre. J'avais réussi cette fois-là et c'était bien le seul combat dont j'avais honte.

Ce qui était arrivé aujourd'hui était peut-être un signe du destin. Il fallait que ça change, que je fasse les choses autrement, quel qu'en soit le prix à payer pour mon orgueil. Le choix était là, tout arrêter pour ne plus le blesser ou alors ignorer ma foutue fierté et lui montrer enfin qu'il n'était pas qu'un coup. Je l'avais dépersonnalisé, traité comme un objet, lui aussi en fait. Mais quand je l'avais tenu dans mes bras, j'avais su qu'il était devenu bien plus que cela, il m'avait changé à mon insu. C'était la première fois qu'on partageait un geste de douceur, c'était inédit et j'avais aimé, vraiment aimé. Pendant un instant, on avait laissé tomber nos barrières. Est-ce que lui aussi avait apprécié ce moment? Je n'étais sûr de rien. Et si je savais ce qu'il attendait de moi, ce serait plus simple. Penser comme lui... un défi à lui tout seul.

J'ai pris des vêtements à la hâte, filé chercher les miens et suis retourné sur le pont. Devant la porte, soudain hésitant, j'ai frappé. Il a beuglé direct.

« T'attends quoi pour entrer? Tu veux pas les faire passer sous la porte pendant que tu y es?! »

J'ai soupiré, m'astreignant à un calme tout relatif et j'ai tourné la poignée. Mon envie de lui en coller une direct s'est estompée rapidement quand j'ai constaté son piteux état. Une serviette autour des reins, il était coupé de partout, des bleus, des bosses, sa cheville droite était terriblement enflée et rouge et ses cheveux clairs se teintaient d'écarlate à nouveau, la plaie réveillée par le jet.

« Tu saignes. »

Simple constat alors que je lui posais une serviette propre sur la tête qu'il a pressé dessus aussitôt.

« Merci. »

Je préférais quand il m'engueulait car là, sa voix était si lasse qu'elle m'a serré le cœur. Étrange sensation alors que d'habitude, je gardais un sang-froid à toutes épreuves. Presque un besoin vital quand je me trouvais en sa présence, rester fort, plus que lui, quitte à le rabaisser mais là, je n'en avais aucune envie.

Je connaissais son corps, je le trouvais beau, depuis toujours. Je n'étais pas du genre à m'extasier devant qui que ce soit, homme ou femme, mais lui, je lui avais toujours trouvé quelque chose de spécial, d'impalpable et aussi d'énervant, continuellement tiré à quatre épingles. Et j'adorais la couleur de sa peau si pâle que je savais douce, pourtant, je n'en connaissais que le grain de ses hanches auxquelles je m'agrippais quand on... Bref!

Mais là, de le voir aussi abîmé, lacéré, meurtri de partout, ce n'était pas une attirance sexuelle que je ressentais alors qu'il était pratiquement à poil mais un besoin de le protéger, de le réparer, de lui rendre son apparence qui faisait de lui celui avec qui j'avais tout le temps envie de cogner, de jouer, de me défouler. Il avait l'air fragile et j'en étais totalement déstabilisé au point d'en perdre mes vieux réflexes, comme me foutre de sa gueule.

« Cook, ça va?

- Ouais. Je vais à l'infirmerie.

- Donne-moi cinq minutes, je te rejoins. »

Il a pris ses vêtements, parti en s'accrochant aux murs et j'ai filé sous la douche, me contentant d'enfiler un pantalon en ressortant.

OOOOooooOOOOooooOOOO

Je m'étais assis sur le lit de l'infirmerie après avoir seulement réussi à enfiler mon caleçon, ma jambe droite étendue sur le matelas, l'autre pendante. Ma cheville me lançait terriblement au point que j'avais cru ne jamais parvenir jusque-là. Ma vue s'était brouillée plusieurs fois et j'avais vraiment dû me secouer pour ne pas m'affaler sur le plancher. J'avais mal partout, j'étais mal, à en avoir la nausée.

J'étais resté longtemps sous la douche, les images se bousculaient derrière mes paupières closes. L'explosion, je ne m'en souvenais même pas, je ne me rappelle que de mon réveil, si douloureux que j'ai failli hurler. Quand j'avais voulu bouger, je n'avais pas pu, ne sentant plus mes jambes, j'ai même pensé qu'elle n'étaient plus là, je sentais la douleur mais je connaissais celle du membre fantôme, celle que les amputés ressentent, les connexions nerveuses ou un truc du genre. Et j'avais alors une trouille bleue.

Autour de moi, le chaos, des flammes, de la fumée et le pire, les gens qui hurlaient. Le temps a passé, lent, les voix se sont tues, une à une, devenant geignements puis silence. Autour de moi, il y avait quantité de bouteilles vides en plastique, j'inspirais l'air à l'intérieur, j'avais mouillé un morceau de ma chemise pour respirer à travers, diminuant les inhalations de fumée. Je trouvais n'importe quel moyen pour survivre jusqu'à ce que je réalise que je ne faisais que prolonger mon agonie. Quand Manon n'a plus réagi à mes appels, j'ai abandonné. Je ne voulais pas mourir seul, je voulais partir avec elle, avec tous ceux qui m'entouraient. De toutes façon, sans mes jambes, je ne serais plus pirate, ni cuisinier, mes rêves seraient hors d'atteinte alors à quoi bon? Zeff avait vécu ça, je ne voulais pas connaître la même chose.

Pour la première fois, je n'avais pas eu confiance en mes compagnons, ces pirates qui ne laissaient jamais tomber, pas comme moi. Et le jet chaud n'avait pas réussi à me laver de cette indignité. Alors j'avais coupé l'eau et tenté de reprendre le contrôle de moi-même, gueulant après le Marimo. Et là, je l'attendais, celui qui ne me respecterait plus quand il saurait à quel point j'avais été pitoyable. On ne respecte pas les lâches, encore moins lui.

Zoro n'a pas tardé, la peau encore humide. Pour un peu et il serait arrivé avant moi, quelle pitié! Il a farfouillé dans les placards, sortant des compresses et du désinfectant. Bordel, j'avais déjà l'air assez faible, il n'allait pas jouer les infirmières en plus!

« File-moi ça, je vais me débrouiller. »

Et bien-sûr, il m'a ignoré, imbibé un gros morceau de coton et s'est assis sur un tabouret en face de moi.

« C'est à moi que Chopper a laissé les instructions, je fais, tu te laisses faire et tu fermes ta gueule pour une fois! »

Je n'ai pas eu la force de répondre, soudain pris d'une envie de vomir. J'ai juste fermé les yeux et prié pour que mon estomac ne se répande pas sur les genoux du sabreur, ça aurait été complet.

« Respire, calmement. »

J'étais mortifié qu'il se soit aperçu de mon malaise mais sa voix, grave et douce, m'a rasséréné presque immédiatement. J'inspirais, expirais à chacune de ses intonations et mon intérieur a retrouvé un semblant de quiétude.

« Bouge pas, je vais te chercher de l'eau. »

Il est revenu bientôt avec un verre et une poche de glace qu'il a posée sur ma cheville. J'ai grimacé au contact du froid mais bientôt, ça m'a fait du bien. Les quelques gorgées d'eau ont fini de me soulager. Il a repris son matériel et désinfecté chaque plaie avec précision et minutie, un peu comme lorsqu'il s'occupait de ses lames. Il était si précautionneux que je le trouvais attendrissant. Il n'était jamais comme ça avec moi, ce serait peut-être la dernière fois. La mélancolie a eu aussitôt raison de moi, j'avais besoin de lui dire, qu'il soit mon confesseur, rien qu'un instant.

« Zoro, t'aurais dû être là à ma place.

- Merci, sympa!

- Non, je veux dire... j'ai rien fait, je n'ai aidé personne. Si ça avait été toi, tu aurais sauvé des gens, Manon serait vivante.

- Manon?

- La demoiselle à qui je tenais la main. Je n'ai rien fait et elle est morte. »

Il a planté son regard vert dans le mien, les sourcils froncés et soupiré.

« Tu dis n'importe quoi.

- Non, je sais bien que non. Tu as bien essayé par le passé de te couper les jambes pour lutter, tu l'aurais encore fait.

- Elle avait un morceau de verre planté dans le bide, qu'est-ce que tu crois que j'aurais pu faire de plus que toi? Si j'avais eu mes sabres, j'aurais tranché, je me serais dégagé et quoi? Moi, j'aurais tout pété et elle serait morte seule, ce n'est pas moi qui lui aurais tenu sa putain de main. Alors arrête tes conneries! »

Il avait raison, il avait tort, je m'en voulais trop pour penser avec logique. Je tergiversais la tête basse quand il a posé sa main sur ma joue et j'ai sursauté. Son visage se rapprochait du mien, dangereusement. J'ai eu envie de fuir mais j'étais hypnotisé par sa bouche, celle qui me traitait de tous les noms, celle qui souriait en coin quand il se moquait, celle qui riait, jamais avec moi.

Ses lèvres se sont posées sur les miennes, chaudes, humides, hésitantes, presque timides. Venant de lui, c'était plutôt étonnant. Et délicieux. J'ai juste fermé les yeux, entrouvert la bouche et on s'est embrassés, doucement, délicatement. Dehors, le vent faisait claquer les voiles, les vagues se brisaient sur la coque, ce n'était que des murmures par rapport aux battements de mon cœur qui résonnait dans mes oreilles. C'était bon, il sentait bon. Son odeur me rendait ivre, son goût me tournait la tête.

Quand sa langue a rencontré la mienne, ça a été meilleur que tout et j'ai enroulé mes bras autour de son cou. J'ai découvert la sensation d'avoir ses cheveux courts qui effleuraient mes doigts, chatouillaient ma peau. Ils étaient si doux que j'ai eu envie de les saisir, de caresser cette nuque que je ne touchais jamais, trop dangereux dans un combat, hors de question que je le blesse; et inaccessibles lors de nos ébats.

La poche de glace a valsé, il a entouré ma taille, tiré contre lui et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je me suis retrouvé assis à califourchon sur ses cuisses, torse contre torse, peau contre peau. La sienne était si brûlante par rapport à la mienne glacée, il me réchauffait, il m'embrasait. Je sentais rouler les muscles puissants de ses épaules sous mes doigts, lui m'encerclait sans mal, moi si frêle par rapport à lui, sa main flattant ma colonne vertébrale, l'autre dans mes cheveux. Il ne forçait rien, était juste tendre, rassurant. Le baiser s'est approfondi, puis ralenti, puis accéléré...

Puis il a fallu à nouveau respirer, j'aurais préféré ne plus le faire que me séparer de lui. Alors, j'ai juste niché mon nez dans son cou, redoutant le moment où tout cesserait, où nos regards se croiseraient, où on s'enverrait des horreurs à la figure, où il me détesterait à nouveau, comme avant, comme toujours. Je ne voulais pas voir ses yeux, risquer d'y déceler de la moquerie, du sarcasmes ou que sais-je encore. Sa main allait et venait dans mon dos et je crois que j'ai fini par somnoler, totalement vidé.

Je me suis réveillé en sursaut quand je me suis senti soulevé de terre.

« Bouge pas, on va aller se coucher, les autres ne sont sans doute pas près de revenir. »

Il savait que je détestais l'infirmerie, il était pareil et mon état ne nécessitait pas que j'y reste. Je me suis contenté d'obéir, le corps brisé, l'âme mutilée, accroché à lui comme si ma vie en dépendait et il m'a porté ainsi jusqu'à ma chambre, allongé sur mon lit et bordé comme un enfant. Mais lorsque je l'ai vu partir vers la porte, mon cœur a semblé louper un battement.

« Reste. »

Ma voix n'aurait pu être plus plaintive. J'étais pathétique, affligeant, j'avais eu peur de mourir, j'avais peur de vivre, j'avais peur de tout. J'avais perdu mon honneur en n'aidant personne, ma dignité en cessant de croire en mes amis. Et surtout, j'avais peur de le perdre, lui, qu'il me déteste, me dédaigne. Perdre cet instant éphémère, ce premier baiser, celui qui compte, qui faisait déjà partie du passé, qui n'avait sans doute aucun avenir. Et j'en étais malheureux à en crever.

Il a semblé hésiter, est revenu vers le lit, je me suis décalé, laissé de la place. Aussitôt allongé, il m'a pris dans ses bras et posé sur son torse. J'ai souri, son palpitant était aussi agité que le mien, je le sentais cogner sous ma paume. Son odeur était exquise, indéfinissable, elle m'enveloppait, me rassurait. Il a doucement embrassé mon front, un fantôme de baiser. J'étais bien, si bien que je me suis endormi aussitôt.

Au matin, je me suis réveillé, le corps perclus de douleurs. J'étais seul, il était parti.

OOOOooooOOOOooooOOOO

(à suivre)


Voili, voiloù!

Suspens redondant? Pas tant que ça, c'est compliqué entre eux. Le sujet est qu'un événement peut tout changer, mais à quel point?

Alors, reviews? C'est gentil de me mettre en favori ou en follow, mais ça n'empêche pas alors de laisser un petit mot, histoire de savoir ce qui vous a plu... pour une prochaine histoire, si je suis assez en verve.

À tantôt.