Chapitre 3 : Say my name de Within Temptation
Elle s'avança sans faire de bruit, c'était un rêve, une illusion, il ne pouvait pas être là, c'était impossible. Tous les jours depuis trois mois, elle venait ici, reprendre du courage, pleurer aussi. Elle s'approcha de lui. Il semblait à milles lieux de là, perdu dans ses sombres pensées, comme elle l'était elle-même il y a quelques instants. Elinor s'assit à ses côtés et posa sa main sur celle du Colonel. Il sursauta et la regarda.
_ Etes-vous un rêve ? demandèrent-il en même temps.
_ Non. Fut la réponse simultanée.
Elinor garda la main du Colonel dans la sienne. Elle n'arrivait plus à parler, sa voix était bloquée, la boule de chagrin se faisait plus grosse que jamais. Elle avait mal. Elle le regarda longuement, lui aussi semblait avoir passé une mauvaise nuit, il semblait avoir souffert. Le mariage de Marianne sans aucun doute. Songea-t-elle. Il n'avait pas changé, il était tel qu'il était dans ses rêves, triste et mélancolique. Comme elle aurait aimé le soulager de sa peine. Lui dire qu'il pourrait toujours compter sur elle. Mais les mots ne sortaient pas. Elle attendait qu'il parle le premier. Qu'il l'appelle, pour confirmer qu'il n'était pas un rêve.
Say my name
Prononces
mon nom
So
I will know you're back you're here again
Ainsi je saurai que
tu es revenu que tu es là à nouveau
For a while
Pour un instant
Oh let us share
Oh
laisses nous partager
The
memories that only we can share
Les souvenirs que
nous seuls pouvons partager. .
Together
Ensemble
Se serait plus facile s'il parlait le premier. Elle pourrait contenir ses larmes. Assise près de lui, les souvenirs remontaient avec plus de force que d'habitude. Embellis par des détails qu'elle avait oubliés. Comme cette petite ride au front, cette mèche qui barrait son front et cette autre grisonnante. De petits détails qui lui font mal et en même temps la rendent heureuse.
Tell me about
Parles
moi
The
days when you weren't here
Des jours où tu
n'étais pas là
How we were separated
Quand nous etions
separés. .
***
Christopher la regarda, elle était là, il pouvait sentir sa maintenir la sienne. Sentir la chaleur de son corps près du sien. Il sentait aussi sa tristesse, ses doutes. Il aurait voulu la rassurer lui dire qu'il n'était pas un rêve, mais les mots ne venaient pas, ils restaient bloqués. Il se contentait de tenir sa main. De la regarder, de la caresser doucement.
You touch my hand
Tu touches ma
main
These colors come alive
Ces
couleurs prennent vie
In
your heart and in your mind
Dans
ton coeur et ton esprit
I
cross the borders of time
Je
longe les bords du temps
Leaving
today behind to be with you again
Oubliant aujourd'hui pour être à nouveau avec toi. .
Il ne voulait pas partir. Il voulait rester près d'elle. Il savait où était sa place mais le pouvait-il. Elle avait souffert de son départ lui avait-on dit, mais était-ce parce qu'elle n'avait plus d'épaule sur qui s'appuyer, de personne à qui parler et surtout qui pouvait la comprendre. Il la regarda, elle fixait le sol, Mais le pouvait-il ? Pouvait-il vraiment rester ?
_ Je me rappelle la première fois où je vous ai croisé ici. Dit-elle doucement en le regardant. Vous en souvenez-vous ?
Il hocha la tête. Oh oui, il s'en souvenait, il était venu pour pouvoir reprendre du courage. Un soir après une journée chez Sir John, il l'avait trouvée assise sur ce même tronc à cette même place, elle pleurait, ils avaient parlé. Et chaque jour, ils se retrouvaient là et ils parlaient, se soutenant mutuellement. Reprenant courage et parfois un peu goût à la vie. Il devait partir, mais son regard l'en empêchait. Une lueur y brillait. Espoir ? Amour ? Joie ? Tristesse ? Doute ? Colère ? Souffrance ? Il ne saurait le dire. Il resta assis là à tenir sa main, à regarder devant lui en s'abîmant dans la souffrance de son passé.
We breath the air
Nous
respirons cet air
Do
you remember how you used to touch my hands ?
Te rappelles-tu
comment tu touchais mes mains ?
You're
not aware
Tu
ne te rends pas compte
Your
hands keep still
Tes mains tiennent
encore. .
You just don't know
that I am here
Tu ne sais juste pas
que je suis là
***
C'était comme un rêve. Il était là à ses côtés. Elle savait dorénavant où était sa place, à côté de lui. Pour le soulager de son passé, pour le rendre heureux et l'aimer… Oui, l'aimer N'aimer que lui et pour toujours. Quand elle le regardait, ses trois mois ne semblaient pas avoir existé. Et pourtant, elle le sentait près à partir. Près à fuir. Il avait peur, il avait mal, elle le sentait. Tout comme elle, elle avait peur du futur, de son départ qu'elle sentait inexorable, elle avait mal. Elle voulait qu'il reste, mais elle ne savait pas comment le faire rester. Et, il aimait encore Marianne, sinon… Elle n'aimait plus Edward, elle s'en était détachée, mais lui ? S'était-il détaché de Marianne ? Elle ne savait pas. Elle avait peur…
It hurts too much
Ca
heurte tellement
I
pray now that soon you're released
Je prie à présent
pour que bientôt tu sois libéré
To where you
belong
De ce dont auquel tu appartiens. .
Elle l'attendrait. Il semblait si désemparé… Si triste. Si seul aussi. Trop de chaîne le retenaient, le rendaient malheureux. Il avait trop souffert et avait peur de souffrir de nouveau. Elle en avait conscience.
***
Il tenait sa main. Il ne pouvait pas s'en séparer tout comme il ne pouvait pas briser le lien qui s'était construit depuis ce matin. Un lien invisible. Mais fait de quoi ? Amour ? Amitié ? Il ne savait. Elle l'aimait toujours, sinon, elle ne souffrirait pas. Elle était toujours attachée à cet homme. Il n'avait donc aucune chance. Il devait partir, il devait rompre ce lien et s'enfuir. Oui, car c'était bien çà, une fuite. Son départ n'était qu'une fuite. Rien d'autre que çà. Il n'avait plus le courage de se battre. Il l'aimait, çà, il le savait, il n'en doutait pas mais elle ? Non, elle ne pouvait pas l'aimer. Il devait partir…. Il ne voulait pas être rejeté encore une fois. Mais il restait là à la regarder, à la tenir.
You touch my hand
Tu touches ma
main
These colors come alive
Ces
couleurs prennent vie
In
your heart and in your mind
Dans
ton coeur et ton esprit
I
cross the borders of time
Je
longe les bords du temps
Leaving
today behind to be with you again
Oubliant aujourd'hui pour être à nouveau avec toi. .
Il aurait voulu qu'il parle, qu'elle prononce son nom pour être sûr que ce n'était pas un rêve, qu'elle lui parle. Mais, elle ne disait rien. Elle se contentait de regarder et de caresser la main qu'elle avait prise dans les siennes. C'était comme dans son rêve. Ils étaient là, ils attendaient. Qu'attendaient-ils ? Ils ne sauraient le dire. Peut-être que l'un d'eux parle. Il ne voulait parler. Il avait peur de briser le rêve. De se réveiller comme toutes les nuits en sursaut dans ce lit vide ; Il ne voulait pas qu'elle parte. Il voulait qu'elle reste là. S'ils avaient pu arrêter le temps, ils l'auraient fait juste pour prolonger le plaisir qu'ils avaient à être ensemble. Ensemble…. Un si petit mot pour une réalité… si réalité il y a. Christopher ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il lui prit le visage et l'attira à lui. Il plongea ses yeux bleus dans les émeraudes de Elinor.
Say my name
Prononces mon nom...
***
Elinor le laissa faire. Ils venaient de quitter la clairière, ils étaient dans leur bulle, dans leur monde… Elle se perdait dans les yeux de Christopher. Elle pouvait y lire tout ce qu'il n'osait lui avouer. Ses yeux étaient l'exact reflet des siens.
_ Ne partez pas… S'il vous plait. Restez… Christopher.
Il se leva. Elle aussi.
_ Je vous en prie, ma vie me semble insipide sans vous…
_ Elinor…
Il soupira.
_ Vous trouverez un jeune homme qui vous aime, vous oublierez Mr. Ferrars.
_ Ce n'est pas lui. Mon cœur ne lui appartient pas. Restez. Je vous en prie…
_ Vous devriez partir, on vous attend.
Il monta sur son cheval.
_ Christopher !
_ Je vous en prie…. Je ne le supporterais pas. Ces trois mois je les vécus comme un enfer. Je voyais les autres rire, mai je… Je vous en supplie. Ne partez pas..
***
C'est avec tristesse que Christopher la vit pleurer. Y avait-il donc un espoir ? Un mince espoir. Il repensa à ce que Sir John lui avait dit : « J'ai vu la peine que vous avez créée à cette demoiselle. Elle s'accroche à chaque lettre de vous que je reçois » Y'avait-il donc un espoir ? La possibilité que cet amour soit partagé le remplissait de joie mais il ne voulait pas y céder. Non, c'était hors de question. Et pourtant….
Il descendit de cheval et lui tendit une chaîne avec un St Christophe. Elle la prit étonnée.
_ Je reviendrais la cherche. Je vous le promets.
Il la serra brièvement dans ses bras et posa un baiser sur son front.
_ Quand ?
_ …
_ Colonel….
_ Christopher, rectifia-t-il. Je ne sais pas. Je pars la journée…
Il repartit cette fois sans se retourner. Ce n'est qu'une fois hors de vue, qu'il arrêta son cheval ; Les larmes lui brouillaient la vue. Il ne pourrait revenir…. Et pourtant. Oh, comme c'est tentant… Rester là avec elle. Mais, il ne le pouvait pas…. Il reviendrait, il le savait. Une part de lui refusait de voir souffrir Elinor.
Une fois ses larmes séchées, il reprit son chemin et rentra à Delaford. De là, il alla directement à Londres. Il avait besoin de se vider la tête, d'oublier le visage baigné de larmes d'Elinor.
***
La journée fut un enfer. Encore un. Il avait fallu mentir, encore, trompé, simuler. Elle n'en pouvait plus ; Sir John avait voulu lui parler, mais elle s'arrangeait pour s'occuper et se tenir éloigné de lui. Elle ne supportait plus rien. Tout lui était indifférent à présent. Tout. A chaque claquement de porte, elle se retournait mais ce n'était pas lui. La chaîne qu'elle portait à son cou était son espérance, son espoir, son rêve.
