Chapitre 3 : l'héritier
Depuis la chute de la royauté, il était un lieu, déjà connu par le passé pour ses rencontres marginales, qui à présent était le summum des soirées mondaines. Le palais royal. Même si la noblesse avait disparue en tant que caste, beaucoup disparités existaient encore parmi le partage des richesses entre les « gens du peuple » et les anciens nobles.
En cette nouvelle nuit de fête, bon nombre de personnalités de Paris s'était donné rendez vous. Certains étaient des anciens nobles, d'autres étaient des nouveaux riches qui avaient fait fortune en profitant de cette période de chaos en vendant des denrées rares ou des armes. Sous des apparences honnêtes, ces hommes s'étaient enrichis du malheur des petits gens. Enfin, la dernière partie des invités représentait les hommes d'influence importante auprès du gouvernement, des politiciens ou des journalistes.
Parmi ces personnalités, se trouvait un journaliste de renom, connu pour sa participation active à la révolution : Bernard Châtelet. A présent, ce grand nom du peuple avait troqué son habit de révolutionnaire, pour une sacoche contenant de plumes, papier et croquis. Il était devenu, en une dizaine d'année, la « voix du peuple ». Le journaliste avait accepté l'invitation à cette soirée exceptionnelle en raison de l'évènement que tous attendaient impatiemment. En ces temps difficiles, loin des innombrables bals de l'ancienne reine, chaque gens de haute position sociale attendait avec impatience la moindre nouveauté, ou distraction. Ce soir l'évènement s'annonçait de taille : le retour de l'héritier du Général de Jarjayes à Paris. Le fils de l'ancien général de la garde royale, revenait enfin des Amériques. On disait que le jeune Oscar Jarjayes avait fait fructuer les biens familiaux en développant avec succès une flotte maritime ; le mettant à la tête d'une colossale fortune.
Personne n'avait revu le jeune homme depuis le terrible assassinat de ses parents. A l'époque, le garçon, à peine âgé d'une dizaine d'années, avait fait les titres de la gazette parisienne : le meurtre d'un des couples les plus proches de Marie Antoinette, avait permis de vendre les journaux de manière très profitable. Le jeune Oscar, seul survivant de cette tragédie, s'était exilé aux Amériques. Dans cette effervescence, chaque invité attendait avec impatience l'entrée du jeune Jarjayes, mais ironie du sort : l'un des hommes les plus riches de Paris était totalement inconnu de la population… personne ne savait à quoi il ressemblait !
Bernard, comme tous, regardait ces hommes et ses femmes faire des hypothèses, des plus sérieuses aux plus saugrenues, quand il croisa un regard bleuté qui l'observait. Un jeune homme, sans doute d'une vingtaine d'années, le regardait, un sourire au coin des lèvres, se moquant apparemment de tout ce tapage organisé pour cet immigrant. Intrigué par la lueur de ses yeux, le journaliste s'approcha du garçon pour faire connaissance ; il l'avait vu arriver à la soirée quelques heures auparavant, remarqué par sa chevelure blonde peu commune. Il était simplement adossé à une colonne, comme spectateur de la soirée, regardant, écoutant les personnes présentes.
BERNARD : bonsoir
INCONNU : bonsoir
BERNARD : vous paraissez vous ennuyer ce soir
INCONNU : est ce pour cette raison que vous venez me voir ?
BERNARD : pardonnez moi de vous déranger, mais je n'ai pas l'honneur de vous connaître, et je me permettais de venir faire connaissance. Je m'appelle Bernard Châtelet, je suis journaliste à la Gazette de Paris.
INCONNU en lui tendant la main : enchanté, j'ai entendu beaucoup de bien à votre sujet, vos articles sont très intéressants
BERNARD : je vous remercie, je suis flatté que vous lisiez mes écrits…. Vous êtes ?
INCONNU : désolé, je suis Oscar Jarjayes
BERNARD surpris par la nouvelle : vous êtes Oscar Jarjayes ?
OSCAR : oui pourquoi ?
BERNARD : vous vous rendez compte que ces gens attendent votre arrivée depuis des heures ?
OSCAR : mais je suis là…
Le journaliste trouvait cet Oscar Jarjayes étrange : il était arrivé parmi les premiers invités de la soirée mais n'avait jamais manifesté sa présence. Il s'était contenté d'observer les hommes et les femmes qui assistaient à ce rassemblement, discrètement, sans dire un mot.
BERNARD voulant profiter de l'occasion de faire plus ample connaissance avec cet étranger : souhaitez vous que je vous présente quelques personnes ?
OSCAR : pourquoi pas
Fier de ce rôle, Bernard Châtelet présenta le jeune héritier de Jarjayes à la plupart des invités de la fête. Il fut, à bon nombre de reprises, félicité pour sa perspicacité d'avoir su reconnaître Oscar alors que les autres n'avaient même pas prêté attention au jeune homme. Enfin le journaliste se rapprocha d'un homme, les cheveux châtain clair parsemés de quelques fils argentés, portant un uniforme militaire. Oscar en conclut aisément qu'il s'agissait d'un membre de la police parisienne. A leur approche, le soldat se tourna et sourit généreusement en voyant son ami.
BERNARD : Victor… je voudrais te présenter quelqu'un… voici Oscar Jarjayes
GIRODELLE : honoré, je suis Victor Girodelle, capitaine de police.
OSCAR en serrant la main tendue : enchanté de vous rencontrer
Ainsi, voici le fameux Victor Girodelle, pensait Oscar. Avec Bernard Châtelet, ils avaient été deux des piliers de la prise de la bastille d'après ce qui se disait. En effet quatre hommes avaient marqué ce tournant dans l'histoire de France : Maximilien de Robespierre, Bernard Châtelet, Victor Clément de Girodelle, et un dernier qui s'était retiré, loin de ces combats, loin de cette violence.
