Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas, tout est de la splendide Stephenie Meyer.
Note de l'auteure : Tout d'abord, on m'a demandé si mon histoire comporterait du Bella/Edward. Je l'ai bel et bien marqué, ce n'est pas histoire de vous faire chier… disons que cette fic sera un… rectangle amoureux ? haha, ça sonne mal, mais c'est vrai. Ça va tourner autour de Bella, Jasper, Jacob et Edward, mais comme dans toutes les histoires d'amour, ça va prendre des tournures bizarres par endroit et elle finira avec l'un d'eux. Je pense que c'est assez évident, mais si vous l'avez pas deviné, haha. Bref, si vous avez d'autres questions, hésitez pas, j'y répondrai dans la mesure du possible. Merci de vos reviews, c'est sensationnel que vous me donniez votre avis. :) Sur ce, bonne lecture ! Donnez-moi vos commentaires, bons ou mauvais !
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L'avion cahotait dans le ciel, tordu en tous sens à cause du vent fort auquel nous faisions face. J'étais dans la section de la première classe, vidant d'un trait ma vodka-canneberge à peine commandée. Mes yeux étaient vitreux, j'avais le mal de vivre. Je n'aurais pu expliquer la raison de cet émoi, mais mon cœur et ma tête me hurlaient que la solution se trouvait en un simple nom de famille, Cullen. Revoir l'un d'eux me serait difficile, voir impossible. Certes, Jasper ne m'avait rien fait, mais le simple lien l'unissant à cette famille me rendait la tâche inhumaine. Je chassai cette pensée de mon esprit, demandant aussitôt à l'hôtesse un verre de martini aux pommes. Elle esquissa un sourire sans poser de questions, partant vers l'arrière de la carlingue chercher l'alcool qui calmerait mes nerfs. Je soupirai, posant ma tête sur le coussin. Il ne restait que peu de temps avant l'atterrissage, durant toutes ces heures de vol j'avais tenté de me modeler un personnage, une raison de me rendre en Suisse pour rencontrer Jasper. J'aurais aussi bien pu dire la vérité et parler du travail, mais un pressentiment en moi me disait que cela le ferait fuir. Non seulement s'était-il brusquement éclipsé du monde de la mode, mais il avait aussi changé de pays pour se rendre dans une ville éloignée où son nom n'existait pas. Mes tempes me faisaient mal tant j'avais réfléchi tout ce temps. Pourtant, aucun plan digne de ce nom ne m'était venu en tête… Toutes mes idées étaient d'une simplicité imbécile, n'importe qui verrait mon jeu. Je ne pouvais prétexter des vacances, car de ce que m'avait dit l'équipe de vol, la ville de Lugano avait bien une artère touristique, mais les conditions n'étaient pas du genre à me plaire et Jasper le saurait.
« Mademoiselle, voici votre martini aux pommes. Autre chose ?
-Non, ce ne sera pas nécessaire, merci. »
Je hochai la tête vers elle, attendant qu'elle parte pour vider d'une gorgée l'alcool mixte qui s'éviderait dans mon corps en moins de deux. J'avais tendance à perdre la tête sous les effets de la boisson, mais je saurais m'y faire et puis… je pouvais bien m'amuser un peu avant de partir à la conquête d'une famille que je n'avais pas vu depuis au moins 8 ans. Tournant la tête vers le hublot, je me surprise à contempler la vue splendide des bois de la Suisse. De hautes montagnes s'élevaient et déchirant la cime des arbres par-endroit, les toits rouge vif de belles maisons scintillaient sous le soleil. Ces demeures implantées à même la forêt m'intriguèrent, curieusement j'y vis une ressemblance avec Forks et cette seule pensée me fit trembler. J'inspirai une dernière fois et esquissai soudainement un sourire. Je venais de trouver un plan blindé que Jasper n'aurait jamais de mal à croire… Satisfaite, je pris une position plus confortable dans l'appui-tête et me laissa aller vers le sommeil.
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Le taxi s'arrêta devant moi et ce fut un homme aigri par l'âge, dont le crâne ne contenait plus tellement de cheveux et aux dents un peu jaunis, qui m'accueillit d'un large sourire. Je me dis soudain que ce n'était peut-être pas une si bonne idée d'avoir appelé cette voiture… Mon mal de tête était violent et je me maudis d'avoir bu tant pour si peu. Je ne pourrais sans doute même pas le rencontrer avant demain puisque j'avais une tonne de réservation à faire et de personnes à contacter. Replaçant vite mes cheveux, j'entrai dans l'automobile et tendit d'avance un billet vers le chauffeur. Il me regarda, incrédule.
« Je ne sais pas comment vous faites dans votre pays, mais on paie à l'arrivée et non au départ ici !
-Je sais, mais ceci est un pot-de-vin. Je vous paie pour que vous ne dites rien à personne de ma venue, faites comme si je n'existais pas.
-Bien, bien… grommela l'homme en me fixant du rétroviseur. Et vous allez où Dame Invisible ?
-Je vais à Lunago, en réalité.
-Lunago ?! Il y a plus de 180km entre ces deux villes, vous êtes complètement folle.
-Je n'aime pas les trains et j'ai beaucoup d'argent à dépenser, alors amenez-moi. Je ne ferai pas de chichi, je ne vous parlerai pas et vous pourrez même mettre un poste de radio merdique que je ferai semblant d'écouter. Sur ce, allons-y. Et que je ne vous vois pas dire le moindre mot sur mon accent américain très sexy, je l'ai entendu mille fois en voyage, ce ne serait pas très original. »
L'homme se renfrogna dans son siège, sur le bord de faire une crise de nerfs. Il avait sans doute déjà vu des clientes difficiles mais ça c'était avant de me rencontrer. J'étouffai un petit rire dans ma main, regardant le paysage de Genève avec bonheur. Je savais que ma demande était exigeante, mais les taxis avaient le don d'au moins être privés, dans un train on m'aurait vu de toutes parts et je préférais ne pas faire courir le bruit de ma présence. Prévention extrême mais parfois utile, sait-on jamais. Ce ne serait pas la première fois que je me ferais incarcérer en prison sur la faute des autres; heureusement l'argent achète tout, même et surtout un juge. La vue que j'avais de cette petite voiture était incroyable. Les rues bordées de fleurs sur les balcons, des dalles de pierre constituant la route de cette ville que nous traversions… Cela prit peu de temps avant que je ne ferme les yeux et tombe assoupie. La journée fut éreintante et la secousse constante du banc m'emmena vers le pays des songes.
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Lorsque j'ouvris les yeux, j'aperçus une autoroute se prolongeant sur de longues distances. Le chauffeur semblait d'une humeur plus reposée et il chantait même sur un hymne m'étant inconnu qui passait à la radio. Je lui souris malgré son apparence douteuse et je sentis tout de suite l'atmosphère se détendre d'un cran. Il baissa le volume de la chanson et ouvrit la bouche, se décidant à me poser les questions qui avaient du lui trotter dans la tête :
« Je sais que ça ne me regarde pas, mais pourquoi cette discrétion ? Vous savez… des clients j'en ai eu et des vedettes aussi, qui se cachaient sous des lunettes de soleil, posaient des rideaux sur mes fenêtres et tout le flafla, mais vous ne ressemblez pas à ces personnes.
-Cela ne vous regarde pas en effet. Disons simplement que… selon mes suppositions, il y a peut-être certaines personnes qui ne tiennent pas à me voir ici. Et si par malheur elles m'apercevaient, ce serait plus simple de prétexter que je n'étais pas là si aucune âme qui vive ne m'a vu.
-C'est logique, fit l'homme en hochant la tête. Et je ne vous demanderai rien de plus, je ne veux pas vous troubler. Est-ce pour le travail ou… sentimental ?
Le dernier mot lui redonna cet air neutre qu'il abordait avant que je ne lui sourisse. Je devinai aisément que l'amour avait été dur avec lui, sûrement beaucoup ces dernières années… Cela dit sans sarcasme et mauvaise blague.
« Travail, je n'ai pas d'attache, les hommes sont un vrai foutoir.
-Je suis d'accord avec vous, mais dans l'autre sens, haha.
-Vous êtes un rigolo, vous. »
Il émit un rire et nous discutèrent un peu le long de la route. Je ne pourrais dire si cela prit des heures, mais j'eus du bon temps et ne vit pas tant le temps passer. Enrick avait longtemps travaillé dans le cinéma selon ses dires, mais on l'avait renvoyé il y a quelques années pour être remplacé par un jeune blond aux yeux bleus, un vrai champ de combat, comme aux États. Il fallait toujours se dépasser et vaincre les autres autour de nous pour survivre; pas étonnant que le taux de suicide ne cesse d'augmenter. C'est sur cette pensée que mon chauffeur se gara, me souhaitant bonne chance pour la suite. Je lui payai les quelque 600 francs suisse que je lui devais et partis, la tête baissée vers la première auberge que je verrais. Enrick m'avait dit qu'elle serait constituée de briques rouges et que sa façade de bois poli serait décorée de couronnes de fleurs jusqu'à l'écœurement. J'eus un sourire lorsque je l'aperçus. De grands arbres créaient de l'ombre sur le chemin de pierres et comme il l'avait dit, des centaines voir des milliers de pétales de marguerites ornaient la clôture. Tout ce blanc me fit tourner un peu de l'œil et c'est étourdie que je me rendis vers l'entrée, me massant les tempes tout en marchant. Il n'y avait personne à l'accueil et je pris place sur une petite chaise précaire dans l'entrée. Je soupirai, j'espérais ne pas devoir attendre trop longtemps, il me tardait de prendre un bain et de téléphoner à Manuel… J'attendis encore quelques minutes et remarqua alors qu'il y avait du bruit à la cuisine. Devrais-je y aller ou non ? Ne me posant plus la question, je me levai et c'est à pas feutrés que j'avançai vers l'endroit où devaient être tout le personnel. J'entendis des cris et me figeai à quelques mètres du seuil de la pièce.
« Le mariage doit être réussi, ce sont de gros clients !
-Je sais, mais il n'y a personne pour accueillir durant ce temps… Je sais que nous serons payés cher pour ce mariage mais perdre des clients n'est pas bon pour notre réputation.
-D'accord, vas-y alors Alice. Je m'occuperai de tout. »
Alice ?! Une panique sourde et glacée me prit. Je ne pouvais pas rester ici, ce serait beaucoup, beaucoup trop risqué… Je pris quelques secondes pour réfléchir et me mit à courir, atteignant rapidement la clôture pour ensuite m'engouffrer dans la rue à un rythme infernal. Mes pieds me faisaient mal comme jamais, j'avais la circulation complètement arrêtée à cause de mes talons hauts. Quelle idée aussi de mettre des souliers aussi sexy dans une ville où le danger sommeillait partout ! Bon, j'y allais fort. Je m'arrêtai et entrai dans une ruelle sombre, prenant le temps de respirer calmement. Au loin, terrés dans la noirceur totale, deux hommes se retournèrent pour me dévisager. Avec contenance je retournai vers la lumière, préférant ne pas jouer avec le feu dans un endroit inconnu. Des gouttes de sueur perlaient contre mon front, je n'avais pas couru aussi vite depuis longtemps ! Je m'accrochai au mur quelques instants, pour reprendre mon souffle et continuai ma marche, cherchant une nouvelle auberge où, je l'espère, il n'y aurait pas de Cullen dissimulés partout. Une trentaine de minutes plus tard, j'atteignis une petite maison simple et coquette où je demandai une chambre.
Ils acceptèrent tout de suite, heureux d'avoir une cliente. Et c'est dans un anglais boiteux qu'ils discutèrent avec moi en me menant vers la chambre. Ce que j'y vis m'horrifia. Les couvertures étaient pleines de trou de mites, ça se voyait à l'œil nu, puis la décoration était bien trop rustique pour une fille de la ville comme moi… Sur ma table de chevet trônait la Bible et je pus réprimer un sentiment de trahison, moi qui ne croyait en rien mis à part ma propre loi. Je pris place sur le lit, le matelas était bien trop dur, j'avais l'impression d'être allongée sur du bois. Mes yeux se fermèrent d'eux-même et je dus refouler les larmes qui cognaient contre ma paupière. Je me sentis soudainement très ridicule. De plus, il n'y avait pas de téléphone dans la chambre. Curieuse, je descendis les escaliers, allant retrouver le petit couple dans le vestibule.
« Excusez-moi de vous déranger… Je voulais seulement savoir, y a-t-il un téléphone avec lequel je pourrais communiquer avec les Etats-Unis ?
Tous deux me regardèrent, ne semblant pas comprendre ce que je venais de dire.
-Mais Mademoiselle, il faudra vous rendre à l'ambassade pour ça… Nous n'avons qu'un téléphone public au coin de la rue, répondit le petit homme.
-Mon mari plaisante, Mademoiselle ! Vous devrez simplement acheter des billets de communication internationale... C'est assez simple, il suffit de vous rendre au dépanneur.
-Est-ce loin ? J'aimerais bien téléphoner à mon patron…
-Non, c'est au bout de la rue, vous trouverez bien, ajouta la dame aux cheveux blancs.
-Merci beaucoup, c'est aimable de votre part. »
J'avais changé de chaussure, optant pour celles que j'utilisais lors de mes rares match de tennis. Au-dehors, il faisait un temps radieux et j'admirai les arbres qui s'élevaient de la cours des deux charmants mariés. Ça n'avait pas le luxe de l'auberge des Cullen, mais au moins je pourrais y rester sans que toute la ville ne s'en rende compte, ce serait apprécié. Je trouvai rapidement le dépanneur et y achetai assez de billets pour pouvoir faire au-delà d'une centaine d'appels, car au fond, je ne savais pas pour combien de temps je resterais…
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Le matin venait de poindre à Lugano, éveillant la ville au grand complet. Je vis au loin une boulangerie dont les lumières étaient allumées et je devinai l'odeur alléchante qui devait provenir de leurs fourneaux. De ma fenêtre j'apercevais une bonne partie de la rue et cela serait utile pour m'orienter… J'avais décidé de rendre visite à Jasper peu après le déjeuner (petit-déjeuner pour vous, français :D) et de mettre en place le plan auquel j'avais convenu. Je m'habillai malgré les courbatures le long de mon dos, le lit avait été atroce et la nuit terriblement courte. Enfilant un long cardigan gris que j'agençai avec une robe noire, je me sentis belle et ce quand j'oubliais la douleur me parcourant chaque pore de la peau. Je descendis les marches dont le vieux bois craquait et je vis le petit couple attablé dans la cuisine. Il y avait des croissants et des fruits frais. Je mangeai rapidement, les laissant seuls tous les deux. Une sorte de peur croissante venait de me prendre. Je pris enfin conscience à qui j'aurais à faire, à tous les souvenirs tapis dans mon esprit qui sortiraient alors, me faisant atrocement mal. J'aurais tant voulu éviter cette histoire, mais un retour en arrière n'était plus possible. Je hélai un taxi, demandant qu'il m'amène vers la via Nassa, rue où les boutiques les plus raffinées de Lugano se trouvaient. Je tenais à voir d'abord s'il avait une boutique à cet endroit ou si la mode ne faisait vraiment plus partie de sa vie… Je descendis, arpentant la rue sans me préoccuper le moins du monde des regards que les hommes avaient sur moi.
Hier, j'avais eu le temps de téléphoner à Manuel et à Jacob, me laissant aller et leur racontant tout ce qui s'était passé… L'un avait ri de mes déboires tandis que l'autre s'était emporté. Mon ami d'enfance hurlait presque lorsque je dus lui avouer que mon article serait sur l'un d'eux. En moins de deux, il me rappela tous ces atroces souvenirs que nous avions tous deux rayés de nos vies, il me rappela les conditions qui nous firent quitter Forks en vitesse. J'avais pleuré au téléphone et il s'était excusé, mais je ne pouvais cacher le fait que c'était vrai. Ils avaient laissé une empreinte sur notre cœur, sur notre vie. Lorsque j'avais raccroché, la discussion avait pris un autre tournant et il me raconta les nouvelles succursales qu'il construisait, je lui souhaitai bonne chance et que j'espérais le revoir bientôt. Seulement, le début de la discussion me revenait toujours, étant dur à oublier. Des flash me prirent soudainement.
Deux mains blanches s'agrippent à mon cou, une lame argentée passe lentement, effleurant ma peau jusqu'à la faire saigner. Des petits gémissements venant de ses lèvres. Attachée contre la tête de lit, je hurle de douleur mais un ruban étouffe ma voix. Je souffre, je me meure, je saigne…
Un tremblement me prit, que j'eus du mal à contenir. Ces souvenirs n'étaient pas les plus beaux que j'ais en mémoire, ce n'est pas pour rien que j'avais quitté Forks et sa grisaille. J'y avais souffert, vraiment. J'avais tout fait pour ne plus y penser, ne plus voir son regard perdu à me contempler lors de cet instant. Une larme roula contre ma joue. C'est aussi à cet endroit que se terminait l'allée des boutiques et je n'avais pas vu le nom de Jasper nul part… Je me décidai à devoir lui faire face, à présent, il n'y avait pas d'autres solutions. Je plissai ma robe, essayant de faire bonne impression. J'attrapai le premier taxi et partit en direction du coin un peu plus banlieusard où il habitait. Lorsque la voiture se gara, mon estomac n'était plus qu'un nœud et j'avais mal au cœur tant le stress me gagnait. Sa maison était simple, décorée de végétation ça et là, je vis de biais un jardin à l'arrière et un étang d'eau. C'était mignon, pas extravagant comme ce dont j'avais l'habitude, mais coquet. Je marchais lentement vers l'entrée, redoutant l'instant où je devrais cogner. Je n'eus même pas à le faire car une silhouette gracile sortit de sa maison, un sac dans une main et des clés dans l'autre. Je le fixai, ne pouvant bouger et c'est là qu'il remarqua ma présence. Tous deux, nous avancions lentement, incertains. Plus j'approchais, plus je remarquais la perfection de ses boucles blondes et ses traits toujours aussi figés dans cette émotion de vague lassitude. Il était habillé d'un pull gris et son pantalon était déchiré par endroit, ayant été usé jusqu'à la fin des coutures. Je l'observai ainsi un instant, ne remarquant pas sa proximité. C'est sa voix qui me tira de mes pensées. Ah vraiment, aucun doute là-dessus, il était gay, gay, gay. Plus gay que mon coiffeur.
« Isabella ? C'est toi ?
-Euh… Oui. Jasper ! Je suis heureuse de te revoir.
-Vraiment ? J'aurais cru le contraire… après, bon… »
Un silence suffoquant pris place et tous deux nous regardâmes dans la direction opposée, gênés. Je n'osais me l'avouer, mais il m'intimidait, pour une raison qui ne me venait pas à l'esprit. Je ne pus dire si des minutes s'étaient écoulées, mais ma patience avait des limites. Heureusement, il fut le premier à reprendre la discussion, les traits tirés. Je remarquai enfin la fatigue qui semblait habiter son corps et son âme.
« Puis-je t'inviter à entrer chez moi ? Tu as sans doute des choses à me dire pour être venue jusque en Suisse…
-En effet, c'est assez important. »
Il m'amena vers le salon, me proposant de déposer mon cardigan sur la patère puisqu'il faisait assez chaud à l'intérieur. Je refusai, ne voulant pas donner l'impression que je resterais longtemps, même si au fond, je resterais longtemps. Il me fit un petit sourire, sans doute pour sembler accueillant et me proposa thé ou café. J'acceptai, j'en profiterais pour observer l'intérieur de sa maison. La première chose accrochant mon regard fut les portraits où Jasper apparaissait, chaque fois, une sorte de joie enfantine se peignait sur ses traits, joie qui n'existait plus, à ce que je pouvais voir… Puis, il y eut d'autres clichés, provenus de magazine que j'avais déjà feuilleté et vers la droite, les photos de l'une des plus belle femme que j'avais jamais vu vinrent s'ajouter. Ses cheveux bruns cascadaient sur ses épaules, son regard aux teintes de vert brillait sous la lumière du soleil, ses lèvres d'un rose de pêche semblaient quêter les baisers. Une brusque rage de comprendre me prit, je devais savoir qui elle était. Lorsque Jasper entra de nouveau, les bras chargés d'un plateau argent, je ne pus m'empêcher de le questionner.
« Je sais que ça ne me regarde pas, mais… qui est cette femme sur les portraits là-bas ?
-Ah, tu l'as vu. J'ai été marié à elle durant 5 ans.
-Pardonne-moi, cela va sonner étrange mais j'ai toujours cru que… tu étais gay.
-Moi ? Gay ? s'enquit-il en riant franchement. Je ne sais pas où tu as pris ça, mais non. Contrairement aux apparences, j'aime bien les femmes. »
Eh merde.
