3.

Le Cyberlabe s'était posé dans la prairie d'une planète inhabitée. En Navette de Commandement, le jeune Capitaine roux du Magnificent l'avait rejoint, Lothan sur ses talons.

- Vous ne vous tenez jamais en orbite ? aboya d'entrée le jeune rouquin balafré du Magnificent.

- Nous n'avons pas de navette, répondit l'autre grand rouquin, les mains sur les crosses des pistolets à protons magnétisés à ses cuisses. Notre Futur Comet suffit à désigner ce qu'il est, aux amis et aux ennemis, il doit être vu !

- Je ne le connais pas plus que vous…

- Je ne recherche pas la gloriole. Mes actes parlent pour moi. Beaucoup ont ouï mon nom, mais ils ne me reconnaissent souvent que sur ma montre aux neuf planètes et sa pile atomique. Je fais mon job, et j'apprécie seulement le sentiment de justice et du devoir accompli.

- Joli discours. Mais je sais que ce n'est que la vérité, j'ai téléchargé vos exploits, Capitaine Flam. Et je sais que nous œuvrons pour la même cause.

Flam croisa les bras.

- Pour faire mon devoir, j'ai besoin de vos infos, Capitaine Xendris. Je vous prie.

Anthénor inclina positivement la tête.

- J'ai transféré mes Archives sur les Ryordans au serveur de votre Professeur Simon.

- Il est déjà en train de les étudier, renseigna Grag demeuré à bord du Cyberlabe. Veillez à ce que Limaille ne s'égare pas.

- Qui ? tiqua Anthénor.

- La bestiole rose à ma boîte de conserve préférée, informa Mala. Il bouffe tout ce qui est métal.

Le jeune rouquin balafré releva le sourcil.

- Vous avez vos bestioles de compagnie ?

- Oui, moi j'ai Frégolo qui peut copier n'importe quoi, vous voyez là dans l'herbe, le croisement entre escargot et tortue ?

- Il est mignon.

- Mala peut aussi prendre n'importe quelle apparence, intervint Flam qui se sentait soudain très mis de côté de la conversation, devinant dans son dos la blonde Joan Landor s'énerver que l'on traite ainsi le rouquin de sa vie !

Anthénor se frotta le bout du nez, gloussa et désigna du menton son Second Mécanoïde.

- Il peut se transformer en ça ?

- Non, pas en un être mécanique. Uniquement de la chair malléable.

- Et ce Frégolo, il peut le faire ?

- Uniquement en quelque chose de sa taille.

- Formidable… C'est cela l'équipe de choc intergalactique que l'on m'a vantée ?

- Et c'est vous le protecteur des univers, un gamin de vingt-cinq ans ?

Et soudain, les deux rouquins éclatèrent de rire, tendant spontanément la main pour une complicité amicale et de guerriers.

Anthénor sourit.

- Nous avons les mêmes objectifs, nous ne pouvons que nous comprendre.

- Et si nécessaire, nous serons toujours là l'un pour l'autre.

Les deux hommes eurent un signe d'acquiescement.

- Mais espérons que nous ne nous reverrons jamais pour les combats, nous avons chacun le nôtre, conclut Flam. Honoré d'avoir fait votre connaissance, Capitaine Xendris. Adieu.

- Adieu l'Equipe Comète.

Et le jeune rouquin balafré tourna les talons.


Dans sa Navette, Anthénor se tourna vers Lothan presque figé dans sa pose, bien que sous ce dehors détaché tous ses senseurs soient opérationnels au possible.

- Tu me pardonnes de t'avoir traité de « ça » ? Mais ce rouquin au brushing parfait me courrait sur le haricot !

- J'avais capté d'entrée, Capitaine. Je ne vous en veux nullement. Je comprends. Cela m'a même amusé !

- Merci, Loth.

- A tes sautes d'humeur, Anthie !

Anthénor expira paisiblement.

- Et je ne moquerai plus jamais du héros de la Terre, car il est un pur guerrier, son équipe est polyvalente au possible et il réunit à la fois la force et l'intelligence scientifique.

- Tu l'admires ?

- Je le respecte.

Mais ce fut avec un infini soulagement qu'Anthénor retrouva son bord, son environnement, son équipage, ses amis.

Depuis son appartement, Anthénor avait appelé son père.

- Toi et moi avons un allié de plus dans notre guerre.

- On avait d'autres compagnons avant ce Capitaine Flam ?

- Ne répète pas ça à Warius, il te ratatinerait ! pouffa le jeune rouquin balafré.

- Désolé, je l'avais oublié sur ce coup. Nous ne sommes plus seuls. On va composer notre propre ligne de défense ! Bien joué, fiston ! Tes intentions ?

- Je poursuis ma Mission. Et j'ai une nouvelle Base Pirate à atomiser. Par contre je vais devoir traverser la Ligne des Perturbations.


Albator bondit sur ses pieds, empoignant sa barre en bois.

- Tu vas y laisser tes esprits !

- Je dois le faire, et puis c'est tout !

- Anthie, ce à quoi tu t'exposes…

- Je le sais. A bientôt, papa, quand j'aurai passé la Ligne des Perturbations !

Ayant mis fin à la communication, le jeune homme ne put voir la mine dévastée de son père.