Si ma vie avait son propre AU… Je serais non seulement écrivain, mais aussi informaticienne de génie. Pour pouvoir enfin maîtriser ces foutus logiciels de montage vidéo ! J'aimerais tellement partager avec vous ces dizaines de scénario de vidéos qui me trottent dans la tête à chaque fois que j'écoute mes musiques préférées. Mais pour l'instant, je n'ai guère plus que ma plume pour vous inviter dans mes pensées… Enjoy !

Revenons-en à NDE. Vous êtes toujours plus nombreux à manifester votre enthousiasme pour cette fic, c'est un vrai bonheur. Merci à tous !

Lettre ouverte aux revieweurs : les potins, les réponses à vos questions, les petits détails de fabrication, c'est par ici et c'est pour tout le monde !

Merci en particulier à ThaleX (Rassure-toi, Josh ne risque pas de revenir, je le déteste autant que toi. Mais à l'image de la cigarette, il représente la « déchéance » psychique de Kate, son épuisement, ses faiblesses de femme et d'humaine. Une manière de vous sensibiliser à ce personnage remanié. En tout cas, merci et bonne lecture, à bientôt !), Manoon (voilà ma beeelle, ta curiosité va être transitoirement satisfaite ! Bisous), NothingBeatsLife (l'idée t'a séduite et je suis heureuse que tu m'en aies fait part. Tant mieux pour toi si tu apprécies Jenny, car elle aura un second rôle somme tout assez important tout au long de la fic. J'attendrai ton avis avec impatience. A bientôt !), CrazySerie76 (tu es bluffé(e) et j'en suis ravie. En espérant que la suite continuera de te surprendre et de te captiver. A bientôt !), Audrey 1986 et Lacritique (merci à vous deux… voilà la suite que vous attendiez !), Shoukapik (ton pseudo me donne faim à chaque fois que je le vois, c'est étrange… Merci en tout cas de tes commentaires ! A bientôt !), Tournesol (en tant que lectrice comme en tant qu'auteur, je n'aime pas les écrits faciles où tout semble expliqué dès le départ. Nous ne sommes pas des mômes de maternelle, une lecture est tellement plus passionnante lorsqu'elle nous amène à réfléchir et à nous questionner, ne trouves-tu pas ? En tout cas, c'est comme ça que je fonctionne, et j'espère continuer à te donner l'envie de lire en dépit de l'étrangeté de mes écrits. Merci à toi, à bientôt !), HeliosDeNoierie (Et bienvenue sur mes pages ! Moi aussi je trouve que la lecture est bien plus agréable ici. Mais ce qui est dommage c'est que je n'ai pas accès au point-virgule sur ce site anglophone, ce qui est parfois un peu contraignant lorsqu'on ose utiliser la langue de Molière. Bon blablas à part, merci de tous tes compliments ! Je suis ravie de te savoir ainsi conquise par cet AU. Lol pour Femme de loi, ce n'est pas voulu car je n'ai jamais regardé cette série ! J'espère que la suite te conviendra. A bientôt !), L'ange demoniaque (ça faisait longtemps ! Ravie de retrouver, merci !), DrWeaver (oui j'étends au maximum mon champ d'action. Merci de tes remarques, j'espère que la suite te plaira !), Castle-BB156-Bones (merci !), Lilice (que de questions, j'ai visiblement atteint mon objectif. Pour le moment je continue d'installer le décor de la fic – Kate, son entourage, la back-story – mais bientôt l'histoire ne va cesser de s'entremêler avec la série originale selon des processus bien précis qui caractériseront la fic NDE. J'espère avoir plus tard ton avis sur la question ! A bientôt !), IFON91 (merci !), Madoka ayu (merci de me consacrer de ton temps, j'espère que tu continueras d'aimer. A bientôt !), ciliega (Te revoilà, ça faisait longtemps ! Toi qui lis The Secret, tu reconnaitras peut-être en NDE le côté étrange et un peu angoissant de certains chapitres de The Secret, notamment le 11 « Endless Night » et le 12 « Rising Sun » où Kate et Rick vivaient tour à tour des rêves très étranges, à la frontière du réel. Ce n'est pas une coïncidence puis que NDE a commencé à se profiler dans ma tête tandis que j'écrivais ces passages l'été dernier. L'idée de propulser Kate dans ce genre de situation me plaisait bien mais de là à en faire une fic… Lol ça a fini par me dépasser, et nous voilà aujourd'hui, sur cette page, pour le deuxième chapitre ! Merci de ta review construite, tu as raison ce sont toujours mes préférées. J'espère en mériter une autre signée de ta plume très bientôt !), Flo (une autre fan de Fringe, youpi ! Et pour la longueur des chapitres, je suis contente que ça te convienne, car moi j'ai honte en les trouvant aussi court ! Tu as dû te rendre compte en lisant the Secret que j'étais plus du genre 25 pages… Mais bon, j'essaie de changer mes habitudes pour toucher un public plus large, moins patient. En contrepartie, les publications de NDE seront peut-être un peu plus fréquentes ? Euh, je vais essayer ! Merci de tes commentaires sur toutes mes pages. A bientôt !)

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Chapitre 2

Un connard de journaliste !

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Les battements sourds de son propre cœur. Lents. Trop Lents.

Elle entrouvre les yeux, peine à fixer son regard. Ses paupières sont plus lourdes que du plomb. Vertige. Nausée.

Douleur. Elle vrille son dos, son abdomen, se répercute dans tout son corps, l'élance à chaque respiration laborieuse. Trop laborieuse. Même respirer l'épuise. Cela devrait lui faire peur.

Et pourtant, elle s'en contrefout. Presque. Elle inspire encore. Ça fait mal…

Les murs, le sol, tout bouge. Sa tête dodeline au rythme de cette danse macabre et saoule que subit le monde. Un gémissement de freins, un crissement de roues, et elle comprend. Elle est dans une voiture.

Des alarmes stridentes, les notes d'une sirène étouffée qui plane, quelque part à l'extérieur. Une ambulance.

Son cœur qui bat, furieusement, désespérément.

- Eh, accroche-toi, gamine. Tu m'entends ? Accroche-toi, t'as toute la vie devant toi. T'as tenu bon jusque-là, alors ne laisse pas tomber.

Le secouriste à sa gauche la surplombe, la fixe dans les yeux. Comme pour lui communiquer sa volonté. Reste. Reste en vie.

Elle bat des paupières par réflexe. Des larmes coulent sur ses tempes. La mort. La mort a frappé… Alors à quoi bon ?

Elle tremble, n'en peut plus de respirer. N'en peut plus de vivre. Ça suffit.

Elle ferme les yeux, entend les alarmes qui gémissent soudain plus fort. Mais plus son cœur. Non, plus son cœur.

- On la perd ! Accélère !

Rugissement de moteur. Cacophonie des sirènes. Et soudain, quelque chose effleure sa main droite. Ça ne peut pas être le secouriste, puisqu'il est en train de lui faire un massage cardiaque dans un dernier sursaut d'espoir.

Une main prend la sienne. Chaude. Douce. Apaisante.

Masculine. Familière.

- Reste avec moi, Kate…

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« Reste avec moi… »

- On y est, ma petite dame. Ça fera 33 dollars.

Kate se réveilla en sursaut, recroquevillée sur la banquette arrière, la tête appuyée contre le montant de la portière. Les yeux arrondis de stupeur, elle fixa sans comprendre le chauffeur de taxi. Certainement habitué, l'homme lui rendit un regard bovin, profondément désabusé.

- 33 dollars pour la course, répéta-t-il avec morgue.

Elle se redressa aussitôt, se frotta un œil avant de fouiller dans son sac à main à la recherche de son portefeuille. La nausée, qui avait fini par disparaître au cours de la journée, l'étreignit avec force, tant et si bien qu'une fois la course payée, elle rassembla ses affaires et sortit du taxi sans un mot, de peur de rendre son maigre déjeuner sur les tapis du taximen. L'homme, accoutumé à ce genre d'impolitesses, ne s'en formalisa pas. Indifférent, il la regarda tituber sur le trottoir avant de hausser les épaules et de s'éloigner dans un ronronnement de moteur. Encore une qui finissait bien la soirée, tiens…

Désormais seule sous la lumière crue d'un réverbère, Kate prit plusieurs longues inspirations. L'air froid de novembre lui brûla la gorge, et elle toussa avec véhémence. La nausée passa enfin mais sa migraine, qui ne l'avait guère quitté depuis le matin, se renforçait même au fur et à mesure que les heures tournaient. Elle aurait donné n'importe quoi pour une bonne dose d'ibuprofène. Malheureusement, dans son état, prendre un anti-inflammatoire était très risqué, son médecin néphrologue ne cessait de le lui répéter depuis qu'elle avait 19 ans. Elle maudit donc Josh et son bourbon pour la énième fois de la journée, enfila son manteau en frissonnant et choisit de s'en griller une pour faire passer – transitoirement – son mal de tête. Mais lorsqu'elle avisa son paquet de cigarettes presque vide, elle soupira et le rangea finalement, préférant garder ses ultimes réserves pour le lendemain matin – ou même cette nuit, si comme trop souvent le sommeil la fuyait. De toute manière, si elle débarquait chez Maddie en sentant le tabac à plein nez, son amie lui ferait un bon sermon… Et elle n'aurait pas tout à fait tort.

Résignée, elle se dirigea vers le coin de la rue, là où s'élevait, impérial, le fameux Q3. Ses esprits retrouvés, elle pensa au songe curieux qu'elle avait fait le temps du trajet en taxi. Jusque-là, et avec le procès de Coonan qui avait été l'un des piliers majeurs de son quotidien des derniers mois, c'était bien souvent l'agression et sa lente agonie dans la ruelle qui hantaient ses courtes nuits de sommeil. Mais voilà longtemps qu'elle n'avait pas rêvé de l'après. L'ambulance, les flashes de reprise de conscience au bloc, son réveil difficile, les excuses incessantes de sa mère et le visage mortifié de Madison, sa propre horreur lorsqu'elle avait compris que tout cela était bien plus encore qu'un cauchemar, et que jamais son père ne passerait la porte de sa chambre d'hôpital…

Elle fronça les sourcils au rappel de cette présence qu'elle avait ressentie lors de ce dernier rêve. Une main qui prenait la sienne… Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle était pourtant seule avec le secouriste dans l'ambulance. Un quidam anonyme avait appelé les secours en l'entendant crier, et on l'avait ramenée in extremis à l'hôpital. Ce n'était que bien plus tard, une fois sortie du bloc et gardée sous coma artificiel, que sa mère et Maddie avaient pu la rejoindre et la veiller. Jusqu'à ce moment-là, elle avait été seule. Désespérément seule, à osciller entre vie et mort tandis que les médecins farfouillaient dans son corps, tentant le tout pour le tout pour réparer les dégâts de la lame experte de Coonan…

Elle ferma brièvement les yeux, refusant de céder à l'horreur des quelques bribes de souvenirs qu'elle avait ramenés du bloc. Des bruits de chair, d'os et de métal claquant sur les plateaux métalliques, les voix chargées de tension des chirurgiens et des infirmières… À l'époque, lorsqu'un patient arrivait exsangue et en état de mort clinique à l'hôpital, s'assurer qu'il était proprement endormi n'était pas la priorité absolue, et ce malgré ses éventuels sursauts de conscience. Cruel, mais réaliste.

De nouveau nauséeuse, elle se concentra sur l'impression étrange et familière qu'on lui avait pourtant tenu la main dans l'ambulance. Une présence masculine, semblerait-il. Son père ? Elle secoua la tête, riant de ses propres questionnements. Comment les spécialistes appelaient-ils ça, déjà ? Les EMI, ou expériences de mort imminente. Near-Death Expérience en anglais… Elles rassemblaient des gens qui à l'approche de leur mort, croyaient ressentir la présence d'êtres chers déjà disparus, partaient à la rencontre d'un monde lumineux et serein, ou encore s'extériorisaient de leur enveloppe charnelle et voyaient tout ce qui se passait autour de leur corps, parfois à des dizaines de mètres de là. On frôlait l'ésotérisme pur…

La perspective de ne pas avoir été tout à fait seule dans cette ruelle ou sur ce brancard lui était curieusement douce. Malheureusement, n'ayant rien de concret pour s'ancrer dans le réel, la sensation de son rêve s'estompait déjà, et n'en demeurait plus qu'un souvenir sans saveur. À l'image d'une impression de déjà-vu, elle lui était venue de manière fulgurante, et s'était évaporée tout aussi subitement.

Kate ne pouvait dire si les EMI existaient bien. Elle, en tout cas, n'en avait vécu aucune ni tandis qu'elle mourait à l'insu de tous dans cette ruelle sombre, ni pendant son coma artificiel. Tout n'avait été qu'obscurité, froideur, oubli. Inconscience.

Inexistence. Des heures, des jours de vie que Coonan lui avait volés…

Lorsqu'elle revint à elle, sa démarche pensive l'avait conduite jusque devant le Q3, dont l'enseigne, superbe calligraphie de métal argenté, venait tout juste de s'éteindre maintenant que les derniers clients étaient partis. Songeuse, Kate tira sa main droite de sa poche, la scruta avec attention, comme si le secret d'un tel rêve pouvait y être inscrit. N'était-ce donc qu'une idée, qu'une fixation de l'esprit, pour qu'elle puisse soudain sentir comme une douce chaleur sur le dos de sa main ? Elle ne se savait pas aussi influençable…

Elle leva la tête vers le ciel, et à sa stupeur, le nuage de pollution qui noyait en permanence le ciel de New-York semblait s'être estompé pour laisser deviner quelques étoiles en plus de la lune. L'avenue était déserte et silencieuse, et elle se sentit tout à coup très seule. L'étrange chaleur sur sa main persistait cependant, et son cœur battit un peu plus vite.

- Papa ? souffla-t-elle, si bas qu'elle-même l'entendit à peine.

Mais la chaleur s'estompa. Au même moment, la porte vitrée du Q3 s'ouvrit, et Maddie apparut sur le seuil, étonnée.

- Kate ? Qu'est-ce que tu fais dehors à marmonner ? Ça gèle ! Entre !

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Silencieux, Javier Esposito regardait l'homme par-delà la vitre sans tain. En ce qui le concernait, c'était devenu une habitude, presque un rituel. Que le futur interrogé soit un témoin, un simple suspect ou un dangereux criminel, il prenait toujours quelques minutes pour l'observer à son insu.

Etudier ses attitudes alors que la personne en question patientait et se croyait seule, ses mimiques qui changeaient au fil de ses pensées, pour les comparer ensuite à ses réactions une fois l'interrogatoire commencé.

Prendre la mesure de sa patience ou de son éventuelle nervosité.

Analyser la façon dont il contemplait son propre reflet dans le – faux – miroir de la salle d'interrogatoire. Fuyait-il son propre regard ou le fixait-il sans la moindre hésitation ? Craignait-il d'ailleurs d'être observé ? Se sentir coupable au point de « ne pas pouvoir se regarder en face » n'était pas qu'une expression, Esposito l'avait compris au fil du temps.

Ces quelques minutes d'observation ne résolvaient pas une enquête à elles seules, bien entendu. Mais elles étaient parfois riches d'enseignement.

Parfois. En l'occurrence, observer Richard Rodgers ne lui apprit pas grand-chose, peut-être parce qu'il le connaissait déjà – de réputation. Peut-être aussi parce que l'homme, visiblement ailleurs, ne laissait cependant rien filtrer de ses pensées. Depuis qu'il s'était assis dans cette petite salle d'interrogatoire, enroulé dans une couverture qu'on lui avait gracieusement fournie suite à son plongeon involontaire dans l'Hudson, le journaliste n'avait pas bougé d'un pouce. Le visage neutre et exempt d'émotions, il fixait la chaise face à lui sans la voir, tant et si bien qu'au bout de quelques minutes, le lieutenant avait commencé à avoir de sérieux doutes : ne s'était-il pas endormi les yeux ouverts ? Lorsqu'il bossait dans les Forces Spéciales, il avait eu un collègue capable de ce petit tour de force. Pas très utile, mais franchement déroutant.

Esposito croisa les bras et eut un soupir, renfrogné. Un journaliste qui s'introduisait dans les locaux de la police pour dégotter des informations toutes fraiches, ça n'était pas si rare. Mais quel intérêt avait donc quelqu'un comme Rodgers à aller fouiller dans des archives vielles d'au moins quinze ans, lui dont les chroniques d'actualité, anti-gouvernementales et incendiaires, faisaient trop souvent polémique ? Non pas qu'il était un chroniqueur d'envergure, mais il avait indéniablement de bonnes sources et un flair aiguisé pour dénicher le scandale du moment. En critiquant régulièrement le système judiciaire et politique de New-York au travers de faits divers, Rodgers était devenue une sorte de star locale. Sa plume acérée et politiquement incorrecte lui avait fait de nombreux ennemis parmi la police et dans les hautes sphères new-yorkaises du pouvoir.

Comme pour illustrer ses pensées, Rodgers, jusque-là atone, eut un très léger sourire. Non pas cynique, amusé ou méprisant comme celui qu'il n'avait cessé d'afficher sur les quais, mais insolite, à la fois doux et amer. Les yeux vagues, il semblait perdu dans de lointains souvenirs. Esposito se frotta le menton, intrigué. Intéressant…

- Lieutenant ? Voilà tout ce qu'on a sur lui.

L'interpellé quitta des yeux sa « proie » et se saisit du dossier que lui tendait Danny. Le jeune homme, dernière recrue en date au 12e, s'abîma à son tour dans une observation silencieuse du suspect. Esposito parcourut le document en diagonale, à peine surpris par la liste impressionnante des griefs en tous genres dont avait été accusé le controversé Richard Rodgers, qui par ailleurs n'en était pas à sa première intrusion dans des locaux de la police. Diffamation, ivresse sur la voie publique, outrage à agent, calomnies, attentat à la pudeur, atteinte à la vie privée, violation de domicile… Bref, la plupart des accusations qu'on retrouvait sur le CV de tout journaliste extrémiste ou paparazzi déterminé qui se respecte. L'ensemble régulièrement étagé sur plus de dix ans.

- Tu l'as lu ? demanda Esposito tout en continuant de remonter la vie palpitante et plutôt anarchique de Richard Rodgers.

- Oui, chef. Un homme fort sympathique, ironisa Danny. Mais ce que je trouve le plus intéressant, c'est ce qu'il a fait avant les quinze dernières années.

Esposito abordait à son tour ladite époque, et fronça les sourcils, se fit plus attentif à sa lecture. Danny sut à son expression qu'il ne s'était guère trompé : ils tenaient quelque chose.

- Ce type en a bavé, lieutenant, hasarda-t-il au bout de quelques minutes.

Sa lecture achevée, Esposito referma d'un coup sec le dossier.

- Et alors ? Moi aussi. Et pourtant je ne gagne pas ma vie en emmerdant le monde.

Danny eut un léger acquiescement. Pur produit de la faculté de police et issu d'une famille plutôt aisée, il était cependant aussi brillant et travailleur que simple et humble, conscient que ce qu'il avait entrevu du monde judiciaire et criminel, assis bien sagement sur les bancs de la fac, les gars comme Esposito l'avaient appris à la dure, à l'école de la rue, quand ils n'avaient pas dix ans. Danny était passé directement sous-lieutenant grâce à un diplôme son chef quant à lui avait gravi un à un les échelons et s'était hissé jusqu'au rang supérieur à la seule force de ses bras et de son expérience…

- Te vexe pas, mais j'y vais seul cette fois.

Danny l'avait supposé et ne discuta guère. De toute manière, avec son boss face à un énergumène comme Richard Rodgers, il préférait rester derrière la vitre, à écouter de toutes ses oreilles, guetter chaque réaction de l'un comme de l'autre en toute impunité.

Et compter tranquillement les points.

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- M. Richard Rodgers. C'est plutôt une surprise.

L'interpellé se contenta de fixer Esposito sans mot dire. Ce dernier posa son dossier sur la table entre eux et s'assit, tout en constatant que le sourire sardonique de Rodgers était de retour.

- Alors ? demanda-t-il tout en croisant les doigts sur la table devant lui, parfaitement décontracté. Toujours rien à me dire ?

L'air tout aussi détendu, Rodgers haussa les épaules, pencha brièvement la tête sur le côté. Et pour la première fois, prit la parole.

- Avec tout ce que contient mon dossier, j'imagine que vous avez une assez bonne idée de mes activités. Je ne vois pas ce que je pourrais ajouter d'autre.

Esposito eut un sourire de façade, en réalité surpris. Venant d'un journaliste à la réputation aussi sulfureuse, il ne s'était pas attendu à une telle diction, quasi-parfaite, qu'aucun accent n'entachait en dépit de ses origines modestes. Dans le choix de ses mots, le rythme de ses phrases, on retrouvait aisément le délié de sa plume – le côté piquant en moins… pour le moment.

- Bah, lâcha le lieutenant en désignant ledit dossier d'une moue dédaigneuse. Des mots et des mots. On peut écrire et en retenir ce qu'on veut. Vous savez ce que c'est.

- Pas sûr. Les rapports de police sont tenus pour être factuels. Tout ce que je suis incapable de faire, selon beaucoup de spécialistes.

Esposito ne répondit pas immédiatement, ayant perçu comme une once d'animosité dans certains de ces mots. Presque de la hargne.

- Des spécialistes… Vous voulez dire, des gens de mon milieu ? Des flics ?

Le sourire narquois de Rodgers s'élargit, mais ses yeux bleus demeurèrent froids.

- Qui sait ? La vérité n'est pas toujours bonne à dire, d'après vos supérieurs, mais je me fais un devoir de la faire circuler.

- Il y a vérité et vérité, Rodgers.

- Peut-être. Mais on dit aussi qu'il n'y a qu'elle qui blesse, lieutenant.

Esposito ne rétorqua pas, conscient qu'ils s'engageaient dans un débat stérile qui ne l'avancerait en rien dans son enquête. Une seule chose était certaine : pour être aussi manipulateur et bluffeur, Rodgers devait être un sacré bon joueur de poker.

- Revenons à la raison de votre effraction dans ce hangar. Vous vivez dans le présent, Rodgers. L'actualité est votre gagne-pain. Alors que faisiez-vous au milieu de ces archives ?

Rodgers haussa une nouvelle fois les épaules. Leva les yeux vers le plafond, ostensiblement.

- C'est plutôt calme en ce moment. Je cherchais quelques bonnes vieilles histoires oubliées. Genre squelettes au fond du placard. En politique, ce sont les meilleures.

- Dans des archives de la police qui remonte en moyenne à une trentaine d'années ? Vous cherchez quoi, à traîner dans la boue le doyen de New-York ?

Rodgers resta de marbre, sourire narquois de mise. Esposito se recula sur sa chaise et lui rendit son regard scrutateur. Tant pis, il était temps de reprendre le contrôle. Frapper fort.

- C'est pour Alexis, Rodgers ? Vous vouliez trouver son dossier ?

Aussitôt il sut qu'il avait touché juste : le sourire effronté du journaliste fondit comme neige au soleil, et il cilla, plusieurs fois. Croisa les bras, baissa la tête. Pas très subtil, le Ricky.

- Que s'est-il passé, Rick ? Où est Alexis ?

Les yeux bleus de Rodgers se firent glacés. Il déglutit, comme soudain à la recherche de ses mots.

- Vous le savez très bien, gronda-t-il en désignant son dossier. Tout est écrit là, noir sur blanc.

- C'est à vous que je demande, Ricky.

- Pas de familiarités, lieutenant.

Un silence pesant tomba. Sans détacher son regard perçant de celui insondable du journaliste, Esposito se leva de sa chaise avec lenteur, contourna la table d'un pas égal et empli d'assurance. Un jour, sa femme lui avait dit que lorsqu'il faisait cela, il exhalait une aura étrange, féline, redoutable, tel un fauve qui aurait ferré sa proie. L'expérience des Forces Spéciales, peut-être. Ou a fortiori celle de la rue – gouvernée par l'unique loi de la jungle.

En apparence, Rodgers ne fut nullement impressionné, continuant de fixer droit devant lui. Le lieutenant s'y attendait un peu : lorsqu'on connaissait le parcours de ce Richard Rodgers, on devinait qu'il ne pouvait avoir peur d'un simple homme. Après tout, il naissait une certaine forme de sagesse lorsqu'on vivait ce que ce journaliste avait traversé : ce n'est souvent pas l'adversité qui représente un danger, mais bien nos propres démons intérieurs.

Ceux du passé. Ceux de la haine et du remords. Qu'est-ce qu'un homme seul face à ses propres fautes ? Un homme comme ce Rodgers : quelqu'un qui cherche éternellement à les effacer.

Sa proie désormais acculée, Esposito ne la quittait pas des yeux.

- Les documents les plus récents datent de quinze ans tout juste. Ça concorde. C'est pour ça que vous vous êtes introduit dans ces archives ? Vous vouliez rendre justice tout seul ?

Pas de réponse.

- Cela remonte à si longtemps. Où que puisse être Alexis, ne pensez-vous pas qu'elle mérite la paix ?

- N'insultez pas ma fille, gronda Rodgers. Espèce de…

Avec une rapidité fulgurante qui lui était propre, Esposito fit mine de se jeter sur lui, plaqua violement ses mains sur la table, son visage stoppé à quelques centimètres de celui de Rodgers. Qui n'avait pas frémi.

- Je n'insulte pas votre fille. En revanche, c'est vous que je traite de voleur et de vandale, Rodgers. Votre intrusion, et avec les antécédents que vous vous trainez, ça peut vous valoir dans les trois ans de prison minimum. Davantage si on découvre que vous avez substitué la moindre feuille de papier à ces archives. Avouez ce que vous êtes venu foutre dans ce hangar, et le substitut du procureur sera peut-être clément.

Les deux hommes s'étudièrent ainsi en chien de faïence pendant quelques interminables secondes. Puis Rodgers reprit d'une voix sourde.

- Je veux un avocat.

La phrase magique. Esposito avait désormais les poings liés, de manière officielle. Cependant, il ne bougea guère.

- Je n'en ai pas les moyens, mais le commis d'office me conviendra, poursuivit Rodgers. Tant que vous me foutez la paix, lieutenant.

Dans sa bouche, l'appellation n'avait jamais été aussi chargée de haine et de mépris. Tout à coup désinvolte, Esposito ramassa son dossier et retourna à la porte, non sans un dernier regard hautain en arrière.

- Alors bonne chance avec le proc', Rodgers. Vous allez en avoir besoin.

Et sans se préoccuper de la réponse du journaliste, il quitta la pièce. À nouveau seul, Richard Rodgers peina longtemps à reprendre contenance, son sourire définitivement envolé.

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Esposito quitta la salle d'interrogatoire et fila droit vers la salle de repos, sans jeter le moindre coup d'œil aux bureaux de l'étage, pour ainsi dire désert à cette heure plus que tardive. Il alla ouvrir le frigo, fouilla dans le vieux bac à légumes et en sortit une bouteille de bière, cachette – pas vraiment – secrète que leur supérieur Roy Montgomery faisait probablement semblant d'ignorer tant que ses subordonnés n'abusaient pas de la boisson pendant le service.

- Pas très fructueux, mais… riche d'enseignement, je pense.

Esposito eut un rire amer et lança une bouteille que Danny, appuyé contre l'embrasure de la porte, rattrapa au vol.

- Tu déconnes ? C'était un véritable plantage en règle.

Il décapsula sa bouteille et prit une longue gorgée, l'esprit encore entièrement tourné vers le précédent interrogatoire.

- Mais face à un roi de l'esquive comme lui, c'était couru d'avance.

- Et maintenant ?

- On ne peut plus rien faire, on rassemble les preuves et on transmet le dossier au bureau du proc'. Rodgers aura son avocat commis d'office, et il sera poursuivi pour les charges les plus évidentes.

- C'est tout ? s'étonna Danny en décapsulant sa propre bouteille. Pas de nouvelle tentative, rien ?

Esposito lui adressa un regard désabusé.

- T'es pas dans une série télévisée, le bleu. Dans la vraie vie, on ne joue pas au cowboy. Les règles sont les règles.

- Mais on peut très bien trouver d'autres moyens de pression, non ? D'autres indices pour alimenter les poursuites que lancera le procureur, non ?

Son supérieur partit d'un grand rire.

- Si tu veux aller éplucher tous les cartons du hangar pour savoir si ce fouineur a bien piqué un dossier, je t'en prie ! Tu as carte blanche. Moi j'ai mieux à faire. Arrêter de vrais meurtriers, par exemple, et pas un pauvre type comme lui.

Danny se fit songeur. Il prit le dossier que son supérieur avait jeté sur la table, le feuilleta d'un œil absent avant de s'arrêter sur une photographie.

- D'ailleurs… Vous y êtes allé sacrément fort. À propos de cette gamine, Alexis…

Sur le point de prendre une nouvelle gorgée, Esposito hésita un court instant, avant de finalement porter le goulot à ses lèvres.

- Faut ce qu'il faut. Va pourtant falloir qu'il s'y habitue.

- Pourquoi ?

- Nous, simples flics, on ne peut plus rien contre lui, mais le procureur, c'est une autre histoire. Elle peut mener quelques interrogatoires plus ou moins formels, sous couvert de préparer l'audience au tribunal, quand il devra être jugé d'ici quelques semaines. Et la connaissant, elle ne va pas s'en priver pour l'intimider.

- Et alors ?

Esposito eut un soupir amusé.

- On voit que tu débarques, toi. Faudra que tu rencontres celle en charge du 12e. Ça, ce serait riche d'enseignement.

- Une Proc'… Beckett, c'est ça ?

- Madame le Procureur. Elle n'avait que 28 ans quand elle a accédé à ce poste, et crois-moi ce n'est pas donné à n'importe qui. Encore moins à New-York. Cette femme en veut, et à l'audience, elle le fera chialer comme un bébé si cela peut la conduire à gagner le procès.

Sur l'instant, Danny se demanda si son chef était sérieux ou s'il n'était pas plutôt en train de lui monter un bateau monumental, le genre de légende urbaine qu'on servait aux nouveaux pour qu'ils perdent plus facilement leurs moyens le jour où ils devaient présenter une affaire au procureur en question. Mais le lieutenant Esposito avait l'air sérieux, tout autant que s'il était sur le point d'aller mener un nouvel interrogatoire.

- Qu'importe ce qu'a pu vivre cet homme. Tu le sauras très vite : Kate Beckett, elle a traversé cent fois pire.

Danny ne répliqua pas : il sentait que cette histoire sur le procureur Kate Beckett était de ces sombres affaires que tout le monde connaissait au District, mais dont on rechignait à raconter les détails sordides aux petits nouveaux comme lui. Pensif, il s'absorba dans sa contemplation de la deuxième photographie du dossier de Richard Rodgers, celle d'une toute petite fille, aux longs cheveux roux et aux joues constellées de tâches brunes, dont les yeux rieurs semblaient contempler les merveilles d'un autre temps, désormais révolu.

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Ne cherchez pas dans la série originale, Danny est un des rares personnages OC de cet AU – je sais, c'est paradoxal pour un Alternative Universe – et il a principalement été conçu pour donner la réplique à notre cher Esposito, qui doit bien se débrouiller tout seul en l'absence de son grand ami Ryan - qui je vous rassure, ne devrait tarder à apparaître lui aussi. Et oui, la relation qu'il aura avec Jenny sera différente mais plutôt intéressante à découvrir.

Un rêve étrange qui ouvre nos perspectives, le personnage toujours plus torturé de Kate, et celui de Rick qui doit vous paraître beaucoup plus complexe que prévu… Il y a en a des choses à dire !

Alors n'hésitez pas, exprimez-vous…

Merci d'avoir lu. A très bientôt !

Elenthya