Yo,
Réponse à la review:
Clairaice: Merci pour ton retour. Il s'agit d'une panthère noire mais née albinos. Je partage ton goût pour les félins ! Pour le portable, c'est vraiment l'idée évoquée dans le chapitre précédent: ils savaient qu'il ne l'utiliserait pas. Et je te laisse découvrir par la suite comment les "problèmes puent à plein nez", bonne lecture !
Bonne lecture à tous, j'apprécierai toujours un retour !
Renji s'éclipsa sur l'ordre de Grimmjow et le jeune trader se retrouva seul dans son bureau et ses angoisses. Il repensa tout à coup à son père, mort il y a peu. La maladie l'avait emporté mais Grimmjow avait toujours été persuadé que c'était son travail qui l'avait atteint jusque dans sa santé. Et il lui avait légué toute cette pression…
Il se souvenait maintenant de lui-même, quelques années plus tôt, sortant diplômé de la meilleure école de commerce du Japon, fier de ses capacités, prêt à reprendre l'entreprise familiale. Et il se voyait maintenant, seul dans un bureau silencieux, le fantôme de son père appuyé sur ses épaules et un ennemi inconnu à ses trousses. Bien loin de l'idéal qu'il s'était fait plus jeune.
Il se leva soudain, préférant agir que penser et se dirigea vers le mur de gauche du bureau où s'alignaient quelques tableaux abstraits. Il se stoppa face à l'un d'eux et souleva le cadre qui pivota soudainement sur le côté, dévoilant un boîtier de sécurité. Après avoir tapé un code à six chiffres, il put abaisser trois leviers près des étiquettes « Bureau principal », « Chambre 1 » et « Service de renseignement ». Aussitôt, il entendit un bruit sourd et remarqua avec soulagement que des plaques en titane s'abaissaient lentement sur les fenêtres et le plongèrent bien vite dans l'obscurité la plus totale.
La nuit pourrait être longue. Ne connaissant pas son ennemi, il ne pouvait pas se permettre de manquer de sécurité. À l'évidence, il ne pouvait pas non plus former un plan d'action et la seule chose intelligente à faire était de se terrer dans son trou et d'observer ce qu'il se passerait.
Rassuré, il quitta son bureau et se dirigea lentement vers la porte de la chambre qui était déjà gardée par deux hommes ce qui confirma l'efficacité de son agent principal. D'un seul regard, il fut compris de ces derniers et l'un s'attela de suite à déverrouiller la porte. À peine le son d'un léger grincement se fit entendre que Grimmjow et les deux gardes virent la gracieuse panthère apparaître dans le couloir, depuis on ne sait quel endroit où elle pouvait s'être reposée. Elle longea les murs jusqu'à renifler au chambranle de la porte. Puis elle s'engouffra dans l'obscurité la plus totale.
À sa suite, Grimmjow pénétra une nouvelle fois dans sa chambre confortable à la moquette pourpre et s'assura bien vite que les plaques de titane avaient recouvert là aussi les fenêtres de la pièce tout comme son bureau. Il alluma une lampe sur la commode et remarqua que le lit était occupé par le jeune homme qui avait certainement préféré s'endormir après ses vains efforts, ainsi que sa panthère qui venait à peine de se coucher au pied, de tout son long.
Grimmjow sourit, assez attendri par cette image, et passa sa main sur la tête de l'animal, plongeant son regard dans le sien:
— On dirait que je n'ai pas à te donner l'ordre de le protéger, tu l'as compris toute seule…
La panthère, comme pour lui répondre, cligna des yeux avant de pousser sa tête vers la main de son maître pour avoir plus de caresses. Grimmjow laissa la douce fourrure de sa panthère l'apaiser avant de s'asseoir au chevet du lit, sur un fauteuil en rotin. Il patienta seulement quelques instants car, lorsque la panthère descendit du lit pour aller se poster aux pieds de son maître, elle bougea légèrement le corps du jeune homme mais cela suffit à le réveiller. Ichigo se frotta les yeux comme un enfant et déplia ses jambes pour s'étirer. Puis il s'assit sur le lit et vit Grimmjow sur la chaise.
Aussitôt, par peur du « sort qui lui était réservé » comme il lui avait dit plus tôt dans la soirée, Ichigo fut secoué de peur et tomba du lit, de l'autre côté du bleuté, à force de reculer pour s'éloigner de son kidnappeur. Il continua ainsi jusqu'à frapper son dos contre le mur le plus proche.
— N'aie pas peur, j'te ferai aucun mal.
Grimmjow remarqua que le jeune homme s'était recroquevillé sur lui-même en ce coin de la chambre et qu'il regardait par des coups d'œil, l'air interloqué, la fenêtre qui se trouvait tout près. Il avait l'air plus misérable et fatigué que tantôt. Il l'entendit parler d'une petite voix :
— C'est quoi ça ? Pourquoi on ne voit plus rien ?
— Ce sont des plaques de titane aux fenêtres que j'ai abaissées.
— Alors ça y est ? Vous avez décidé de m'enfermer complètement dans votre prison, que je sois complètement coupé du monde… c'est ça le sort que vous m'avez choisi ?
— Tu…
— Me tuer… serait plus humain... Vous êtes véritablement un monstre...
Grimmjow fut quelque peu désemparé par cette remarque acerbe mais ne montra rien et conserva un visage neutre. Ce gamin était apeuré mais lui vouait aussi une haine noire. Pendant quelques secondes, il ne put pas lui répondre, trop occupé à l'observer avec attention, la tête dans ses bras croisés sur ses genoux, n'entendant de lui que des sanglots étouffés suivis d'un « fais chier, merde… » presque imperceptible. Il dériva son regard pour reprendre de l'appui et ainsi répondre posément:
— Tu ne vas certainement pas me croire si j' te dis que j' te garde ici pour te protéger et que cette chambre n'est pas une prison dans laquelle je vais t'enfermer pour toujours…
Ichigo leva un peu sa tête pour le regarder, les yeux encore peu habitués à la pénombre. Il ne pouvait pas discerner si l'homme se moquait de lui ou pas.
— Qu…Quoi ?
— Ici, tu es en sécurité, c'est tout ce que tu as à savoir.
— Mais… Qu'est-ce que vous êtes en train de raconter encore ?! Je peux savoir quel danger il y aurait dehors ?!
Grimmjow se leva soigneusement avec son élégance naturelle, et se rapprocha d'Ichigo, contournant le lit. Ce dernier se mit sur ses pieds sans attendre, détestant être dans une position d'infériorité face à cet homme. Ils se retrouvèrent donc bien vite face à face.
— T'as intérêt à bien écouter, j' le répéterai pas deux fois; commença Grimmjow d'un ton solennel; Tu es en danger parce que ton père adoptif a servi de pion pour un homme qui se veut être mon adversaire. Il est trop tôt pour que j'en sache plus mais garde bien en tête que cet homme est certainement beaucoup plus dangereux et sans pitié que moi et qu'il n'hésitera pas à te tuer après Urahara pour sa propre sûreté.
Grimmjow put remarquer petit à petit que le jeune homme devenait plus pâle et que son regard se vidait de colère pour un sentiment plus anxieux, aussi désemparé qu'inquiet.
— Attendez… Vous voulez dire que… Kisuke est en danger de mort ?
— C'est une option, je n'en sais pas plus, je t'ai dit.
— Vous mentez.
Grimmjow n'eut alors pas le temps de répondre, bien que blessé par cette remarque, qu'Ichigo vint le saisir au col de sa chemise ainsi qu'à ses cheveux et le jeta par terre avant de bondir sur lui. Assis sur le bassin de son agresseur, il se mit à le frapper du plus fort qu'il pouvait, entraîné par la colère et le chagrin.
— Vous mentez ! Vous en savez plus et vous refusez de m' le dire ! C'est vous qui avez mis Kisuke en danger ! Pourquoi ? Pourquoi ! Rendez-nous notre vie ! Vous n'avez pas l' droit de nous faire ça ! Pas le droit !
Grimmjow, lui, le laissa faire quelques secondes, faisant preuve de compassion, ce qui l'étonna d'ailleurs lui-même. Puis il saisit ses poignets, rendant le jeune rouquin impuissant au-dessus de lui, le visage rougi et les yeux gonflés de larmes.
— Calme-toi Ichigo; s'exclama-t-il, articulant chacun de ses mots comme pour mieux se faire comprendre; Je n'y suis pour rien, je te le jure ! Je n'ai rien fait qui puisse lui porter préjudice ! Regarde-moi et vois si je mens !
Ichigo plongea alors dans ses yeux océan qui luisaient dans toute cette obscurité. Et il ressentit les mêmes effets que la première fois dans le sous-sol. Cette impression de calme immédiat et de sécurité, cette haine douloureuse qui s'enfuyait irrémédiablement. La peur prit plutôt le dessus. L'inquiétude concernant son parent. Où se trouvait Urahara ? Que pouvait-il faire pour le sauver ? Pourrait-on seulement le sauver ? Le jeune homme se laissa tomber de peur sur le côté, par terre. Il se sentait étrange. Il avait de plus en plus de mal à respirer et ne contrôlait plus son corps qu'il voyait trembler de toutes parts. Il n'arrivait ni à parler ni même à penser correctement.
— Gamin ? Hey… qu'est-ce qu'il y a ?
Grimmjow, en comprenant que quelque chose de bien anormal se passait, courut à la porte de la chambre et hurla presque à ses hommes d'aller chercher un médecin sur le champ. Puis il retourna auprès du corps tremblant et releva doucement les mèches orangées de son front pour pouvoir apercevoir ses yeux. Ils étaient grands ouverts, plongés dans le vide.
— Ichigo ? Tu m'entends ? Calme-toi, respire… Respire Ichigo, tout va bien… Ça va passer…
Mais Ichigo ne voyait ni n'entendait plus rien si ce n'était sa respiration haletante et bruyante. Il n'y avait que cette phrase qui résonnait dans sa tête « Kisuke va peut-être mourir. ». Et devant la façade de ses yeux vitreux, défilait une foule de souvenirs d'époques différentes. Il se rappelait les jeux de cache-cache avec Kisuke dans la maison, l'odeur du magasin de bonbons après l'école, le vendredi après-midi, la chaleur du sable quand il l'avait emmené pour la première fois à la mer, leurs rires quand ils jouaient aux jeux-vidéos pendant les week-end pluvieux, le goût du bœuf mariné que Kisuke réussissait si bien à cuisiner chaque dimanche et encore tant et tant… ses encouragements aux compétitions d'aïkido, la quiétude du cimetière où ils venaient parfois offrir un bouquet à ses parents et la douceur des yukatas que tout deux portaient pendant les matsuris estivaux. Il revoyait tout. Et le tout défilait avec cette unique phrase dans sa tête : « Kisuke va peut-être mourir. ». Peut-être que cet être si cher à ses yeux allait disparaître à jamais. Alors il serait seul. Et cette pensée fut la dernière chose qui lui vint en tête.
OoOoOoOoOoOoOo
Quand Ichigo ouvrit les yeux, il était une nouvelle fois entouré de draps à l'odeur si singulière et différente de ses habitudes. Il ne prit pas la peine de pousser un cri de peur, de regarder où il était ou de sauter du lit pour courir à la porte. Il savait où il était. Mais il ne savait pas ce qu'il devait faire.
Il finit par écarter la couverture qui le recouvrait et s'assit sur le rebord. De ce point de vue, il put constater avec étonnement que la porte de la chambre contre laquelle il s'était tant de fois écrasé pour tenter de l'ouvrir la veille, cette même porte, était ouverte, entrebâillée, laissant une lumière blanche pénétrer dans la pénombre de la chambre.
Il se leva et s'approcha de la sortie. Il ne savait plus quoi croire. Il avait l'impression que des jours s'étaient passés et sa notion du temps était complètement déréglée comme une horloge défaillante. Il ne savait plus s'il avait faim ou non, s'il était fatigué ou en pleine forme, s'il dormait ou s'il était éveillé… Si cette porte ouverte était un piège ou non.
Il s'approcha silencieusement. Il essaya de faire le moins de bruit possible, préparé à une attaque possible de n'importe où. Mais il atteint la poignée dans un calme inouï et ouvrit plus largement. Il passa sa tête dans l'entrebâillement de la porte et y vit un couloir. La moquette d'un rouge sombre brillait sous les flashs des spots accrochés au mur. Ichigo prit quelques minutes pour acclimater ses yeux à cette lumière si forte. Puis il fit un pas. Personne. Rien ne se passa. Alors il se mit à marcher.
Un peu plus loin, il y avait une autre porte sur le côté gauche. Elle était assez massive, noire, fermée, intimidante. Il continua et remarqua que le couloir tournait sur la droite. Il s'élargissait en un grand hall dans lequel l'ascenseur aux lourdes portes blindées, au fond, attira le regard du prisonnier. Il commença à avancer, hypnotisé par cette porte de sortie qui s'ouvrait à lui, à cette possible fuite qui lui tendait les bras.
— Hop là, la belle au bois dormant est enfin réveillée !
Il sentit, en entendant cette voix qu'il reconnut, une main postée sur son torse dans le but de stopper net son avancée. Il tourna la tête sur la droite pour voir la personne qui l'avait interpellé et fut terrifié d'avoir vu juste. C'était l'homme aux multiples tatouages, avec les cheveux rouges en épis et toujours habillé en noir. En le voyant, il eut l'impression de revivre ce moment de pure horreur qu'il avait subi dans ce sous-sol à être frappé de ses mains pour un stupide interrogatoire qui ne menait à rien.
— Vous…
Maintenant qu'il avait mieux repris conscience et qu'il s'était reposé, Ichigo avait envie de lui sauter dessus et de sauvagement se venger des mauvais traitements qu'il avait reçus. Mais, là, tout de suite, ce fut la peur qui le prit au cou et le paralysa. Il ne put que reculer de quelques pas et se prit maladroitement le pied dans l'autre avant de tomber par terre. Il entendit son bourreau ricaner de sa chute et le vit s'accroupir face à lui.
— N'aie pas si peur, petite biche effarouchée, je ne vais pas te faire de mal tu sais…; sourit-il comme un dément.
— Vous m'avez frappé et menacé de mort !
— Du calme, du calme, je devais te faire parler, c'étaient les ordres. Et puis je n'aurais pas tiré, si ça peut te rassurer. Tu es trop précieux pour le patron, on dirait !
— Q-Quoi ?!
— Peu importe. On ne s'est pas présenté et on risque de se voir plus d'une fois alors…
Il tendit sa main droite au jeune homme toujours à terre :
— Je m'appelle Renji Abaraï, je suis le bras droit du patron et accessoirement celui qui dirige ses hommes.
— Alors je suppose que c'est vous qui m'avez enlevé; dit-il sans présenter sa main en retour.
— Je n'ai fait que donner l'ordre, petit.
— Ne m'appelez pas comme ça ! J'ai un prénom !
— Et bien présente-toi, je prends la peine de le faire, tu pourrais au moins avoir la politesse de t'exécuter en retour; dit-il en souriant moqueusement.
— Il ne me semble pas que ça soit utile, vu que vous connaissez apparemment tout sur mon compte.
À ces mots, Ichigo se releva sans l'aide de Renji, et ce dernier en fit de même. Ichigo était moins effrayé mais avait tout de même remarqué la corpulence massive de Renji, ses épaules bien plus larges que les siennes et sa taille qui le dépassait d'une tête.
— C'est vrai. Je t'ai certainement connu avant que toi tu ne me connaisses, Ichigo.
— Et maintenant que vous m'avez enlevé, je croupis ici au lieu de rechercher mon tuteur.
— Tch. Je ne fais qu'obéir aux ordres du patron. Tu ne devrais pas essayer de le fuir.
— Mais… !
— Il a raison.
Ichigo se retourna soudainement d'où la voix grave avait surgi. Grimmjow était là, quelques mètres derrière eux, légèrement appuyé sur le chambranle de sa porte noire de bureau qu'il venait d'ouvrir, bras et jambes croisés.
Et soudain, Ichigo ressentit à la vue de cet homme une colère insoutenable. Une sorte de haine bouillonnante en lui, prenant source à la peur qu'il éprouvait aussi depuis qu'il avait débarqué en ces lieux.
Cet homme l'avait peut-être aidé quand il s'était écroulé sous l'angoisse de la disparition de Kisuke mais ceci ne serait jamais arrivé sans lui et son monde d'affaires perfide et cruel. Il s'avança donc d'un pas décidé jusqu'à lui, les yeux rouges de colère, et il ne réfléchit pas plus longtemps, il ne pensa ni au garde du corps qui était encore là, ni à la taille de Grimmjow supérieure à la sienne, ni à son attaque si prévisible, ni au propre mal qu'il pourrait se faire. Il voulait juste faire jaillir la colère qu'il ne pouvait plus contenir. Que sa douleur apaise la sienne.
Il n'eut le temps que pour un seul coup de poing, visé en pleine mâchoire, que le bleuté se prit sans esquiver alors qu'il l'avait bien vu arriver. Cette passivité énerva d'autant plus Ichigo mais il ne put pas le frapper une nouvelle fois que Renji vint déjà le saisir au torse pour l'éloigner de Grimmjow.
— Lâche-moi, putain ! Je n'en ai pas fini avec ce connard !
Mais Renji le tint toujours fermement. Ses cris et ses gestes se firent plus rares après quelques tentatives pour sortir de l'emprise de l'homme et sa fatigue finit par le calmer.
À ce moment-là, il vit Grimmjow retrouver son correct équilibre et simplement passer une main sur sa mâchoire comme pour s'assurer que tout allait bien. Indubitablement, cela blessa l'orgueil d'Ichigo de savoir que son attaque n'avait donné aucun résultat concluant.
— J'comprends ta colère; dit Grimmjow calmement mais après ce qu'il s'est passé, tu pourrais avoir besoin de mon aide.
— Votre aide ?! Vous me séquestrez ici, et j'aurais besoin de votre aide ?! vociféra Ichigo du ton le plus ironique qui soit.
— Va le dire à ton tuteur, il semble plus reconnaissant que toi.
Ichigo eut envie de crier à nouveau avant d'entendre dans sa tête les mots qu'avait prononcés l'homme aux cheveux bleus. Il le regarda dans les yeux. Il ne mentait pas et son regard si profond semblait… peiné ?
Renji le lâcha soudain et Ichigo avança sans même s'en rendre compte, le cœur battant, jusqu'à la porte. Il balaya alors le bureau du regard et ses yeux se posèrent sur le canapé, le même où on l'avait posé la veille. Mais cette fois, c'était bien Kisuke Urahara qui était là, allongé sur le canapé, une couverture grise sur ses jambes, le regard fatigué et perdu vers le plafond.
— On l'a retrouvé ainsi il y a une heure environ. Entre, je t'en prie; murmura Grimmjow, l'encourageant à aller retrouver son parent.
Ichigo regarda à nouveau le patron des lieux, prenant conscience du ton presque triste qu'il avait et, n'y comprenant plus rien, accourut à genoux au bord du canapé où reposait son père de substitution.
— I-chigo…
C'était bien réel. Cette voix, il l'aurait reconnue entre mille. Même s'il trouva qu'elle était plus rauque et éreintée que d'habitude. Celle de son tuteur, celle de la seule famille qui lui restait. Ses yeux s'humidifièrent, sans qu'il ne puisse se contrôler. Le voir dans cet état le terrifia. Il avait l'air si mal en point, si affaibli. Ses joues étaient plus creuses qu'à l'habitude, des hématomes apparaissaient sur ses bras et sa pommette gauche, ses cheveux d'une blondeur dorée naturelle prenaient une teinte plus sombre, ses mains étaient ensanglantées, maigrement pansées, et ce souffle… Sa respiration était éreintante comme si on avait posé un poids immense sur son torse amaigri. Sa poitrine se relevait difficilement à chaque inspiration et l'expiration se faisait en un bruit terrifiant qui résonnait dans le silence de la pièce.
Ichigo comprit petit à petit, aussi rapidement que son esprit ne pouvait l'admettre, que Kisuke n'allait pas bien… Pas bien du tout… Il chercha le regard de Grimmjow qui fut sans appel : il confirmait ce que son cerveau criait dans sa tête. Urahara était dans un tel état que le meilleur des médecins n'aurait rien pu faire. Sentant les larmes couler sur ses joues, il prit la main de l'homme aussi délicatement qu'il pouvait. Plus aucune énergie n'émanait d'elle.
— Kisuke... Qu'est-ce que… tu as fait ? J'ai eu si peur…
L'homme tourna la tête et sourit en voyant son fils d'adoption. Il perdit un instant ses yeux dans les siens avant de prendre la parole en murmurant :
— Ichigo… Ne pleure pas… Tout va bien maintenant… Je n'ai jamais voulu… te faire de la peine… ou t'inquiéter… Je voulais que tu aies une vie heureuse… tu le mérites tellement, mon garçon…
Ichigo entendait avec peine ses mots entrecoupés de douloureuses pressions qui semblaient bloquer jusqu'à sa respiration le corps du pauvre malade qui, en ces instants les plus pénibles, fermait ses yeux et serrait ses dents comme pour mieux surmonter la souffrance.
— Kisuke… Pourquoi ?...
C'était la seule question d'Ichigo qui voulait à présent comprendre la cause de toutes leurs misères et de l'état dans lequel on venait de retrouver l'homme. Urahara prit une grande respiration -aussi grande qu'il pouvait à vrai dire- et répondit sincèrement :
— Je t'ai menti mon garçon… J'en suis tellement désolé… Je ne t'ai jamais avoué la vérité sur notre situation… sur le magasin… Je crois que je n'en avais pas la force… j'ai été faible…
— Non, non… Ne dis pas ça… ce n'est pas vrai Kisuke…
— J'ai vraiment fait ce que cet homme t'a dit… J'ai volé… Je voulais qu'on s'en sorte… qu'on reste ensemble… Si je faisais faillite, tu m'aurais été retiré… je voulais tenir la promesse de tes parents… alors, j'ai signé un pacte avec… ce monstre… je devais faire ce « travail » en échange… et voilà où j'en suis à présent…
— Qui t'as fait ça ?! Qui ?! Je lui ferai payer, tu verras !
— Il est trop dangereux… Il m'aurait déjà détruit de l'intérieur si je ne t'avais pas eu dans mon cœur… Tu dois faire attention Ichi'… reste loin de lui…
— Mais tu dois être vengé !
— Ichi… ce que je veux… n'est pas la vengeance… mais l'assurance que tu resteras en vie…
— J'y veillerai.
Ichigo se retourna vers Grimmjow. C'était bien lui qui venait de parler. Et Ichigo ne comprit plus rien. Il avait tant insulté son parent, il aurait dû être satisfait de le voir dans cet état fatal !
Face à son air interrogateur, Grimmjow s'approcha du duo et expliqua au plus jeune :
— Il m'a ramené l'argent et a dû se sacrifier pour retrouver son honneur et te revoir… Je me suis trompé sur son compte… C'est le moins que je puisse faire…
Sa dernière phrase eut l'air de s'adresser spécialement à Urahara et ce dernier acquiesça faiblement. À nouveau, Ichigo ne réussit pas à tout comprendre et il chercha en son tuteur des réponses, lui tenant fermement la main.
— J'ai vu quel genre de monstre c'est, Ichi'… Et je ne veux pas qu'il s'approche de toi… Reste près de ceux qui peuvent te protéger… Lorsque j'ai pris conscience de la personne que c'était, j'ai voulu racheter ma faute… m'enfuir…. Te retrouver… quelqu'un m'a aidé… Il m'a dit que si je faisais ce choix… Il valait mieux en finir seul que d'être rattrapé et de connaître les pires tortures…
— Qu'est…Qu'est-ce que… tu as fait ? trembla Ichigo.
Urahara ne fit que sourire. Ce genre de sourire d'adieux d'une personne qui ne veut pas causer de soucis à autrui. Mais ce sourire, Ichigo le détesta net et l'inquiéta encore plus. Non, ça ne pouvait pas être vrai… Pas juste après avoir retrouvé la seule famille qui lui restait…
— Un poison efficace mais qui met longtemps à s'installer dans l'organisme. Il n'y a plus rien à faire, le processus est déjà allé trop loin; déclara Grimmjow d'un ton froid et clinique.
— Tu-tu… tu vas… mourir ? Non… Kisuke…; pleura Ichigo.
— C'est le seul moyen pour que je parte en paix, Ichi'… sinon il me retrouvera et ça sera bien pire… ne t'en fait pas… ça ne fait pas mal… Tout va bien se passer…
Ichigo pleurait sans honte, caressant de sa main libre le visage pâle et creusé de son père adoptif.
— Pourquoi tu me laisses seul ?... Je ne veux pas…
— Tu n'es pas seul, Ichigo… Et je serai toujours là pour toi… juste ici…; dit-il en pointant un doigt tremblant sur la poitrine du garçon.
Ichigo tremblait, impuissant, en regardant avec désespoir son tuteur partir petit à petit, avoir le souffle de plus en plus court. Cette vision le hanterait jusqu'à la fin de sa vie et ne fit qu'attiser une sombre haine profonde envers le monstre qui avait obligé son parent à se suicider.
— Kaien… Shiba… il peut vous aider…
Grimmjow hocha la tête. Ichigo ne bougeait plus, il aurait voulu que le temps se fige car il savait très bien ce qui allait se passer mais ne voulait absolument pas le vivre et il ne savait pas comment profiter des derniers instants.
— Ichi', je t'ai toujours aimé comme… un fils…
— Kisuke…
Et soudain, les yeux d'Urahara prirent une teinte rouge et devinrent opaques, le nez se mit à saigner et ses veines à transparaître au niveau de la gorge, d'un bleu saisissant sur un teint blanc cadavérique. Ses mains, que tenaient Ichigo fermement, devinrent encore plus molles, et finalement, le vieil homme tressauta violemment, crachant un peu de sang, se tordant de douleur une dernière fois.
La seconde suivante, Kisuke n'était plus.
Ichigo, après s'être longuement arrêté sur l'image du corps éteint face à lui, cacha son visage entre ses mains pour pleurer la nouvelle et dernière disparition d'un membre de sa famille. La première chose qu'il se demanda fut ce qu'il allait advenir. Il n'avait plus personne pour l'aider. Et la solitude pesait déjà trop lourd dans son cœur.
— Ichigo. Viens, ne reste pas là; chuchota le bleuté.
Grimmjow dut réitérer sa phrase pour s'assurer d'être entendu. Mais, même après cela, Ichigo ne bougea pas. Grimmjow s'avança donc pour poser une main qu'il voulait un tant soit peu réconfortante sur son épaule et se répéta une nouvelle fois.
— Laissez-moi tranquille…; susurra Ichigo.
— Ça ne sert à rien Ichigo. Tu te fais plus de mal qu'autre chose.
Ichigo sentit alors les deux mains de Grimmjow tirer sur ses épaules pour l'écarter de Kisuke. Il avait besoin de chaleur, de réconfort et la seule personne qui était là, il devait l'avouer, était son propre kidnappeur. Mais pourtant, là, tout de suite, il s'en fichait. Et il s'effondra dans les bras de Grimmjow, la tête contre son torse. Il avait senti ses bras se refermer dans son dos.
Ichigo n'entendit qu'un claquement de doigt et comprit que l'ordre qui avait été donné à Renji était d'emporter le défunt. Et il se serra un peu plus encore contre le corps du bleuté.
