Le soleil me réchauffait doucement le visage et je réalisais que c'était le matin. Le poids de ta tête sur mon ventre me fit sourire. Je glissais mes doigts à travers tes cheveux dorés qui reflétaient le soleil. Tu t'étais alors réveillé et m'avais regardé, l'air d'un imbécile heureux.
- 'hayo, Sasuke, m'avais-tu murmuré d'une voix rauque d'avoir trop crié.
- Oyaho, Naruto.
Je ne pouvais m'empêcher de sourire niaisement. J'étais trop heureux, simplement.
- On a de la chance d'être dimanche hein, on peut flâner un peu.
Tu t'étais blotti de plus belle contre moi en prononçant ses mots. Je profitais de ta chaleur, t'enveloppant de mes bras comme un cocon.
- Mh, t'avais-je répondu. T'as faim?
- Pourquoi tu demandes, tu le sais que j'ai tout le temps la dalle.
Un autre sourire apparut sur mon visage et je me levais, un peu courbatu par cette nuit d'amour torride. Mon sourire s'élargit d'autant plus lorsque j'ai pensé à toi, quand tu te lèverais de ce lit. Tu le fis quelques secondes plus tard, voulant me suivre à la cuisine et bon sang, ta tête valait une petite fortune. Tes lèvres formèrent un « oh my god » silencieux et ta façon de te tenir debout démontrait parfaitement que tu avais plutôt mal à un endroit facile à deviner.
- 6 fois, c'était peut-être exagéré, tu trouves pas?
Je pouffais, me tenant les côtes.
- Tu l'as cherché...t'es trop beau.
J'avais répliqué en passant un bras dans ton dos nu et en t'embrassant doucement. De t'avoir si près de moi à nouveau me comblais à un tel point que...
- Ah non! T'auras rien avant une bonne semaine!
Avec toi, mon masque impassible disparaissait, je n'arrivais pas à le tenir en place. C'est ainsi que tu me vis complètement dépité, bouche bée en plus. La honte.
- T-t-t-t'es fou? Je tiendrai jamais UNE SEMAINE! avais-je presque crié et tu t'étais enfui vers la cuisine, vêtu de ton seul caleçon.
Hélas, les beaux jours ont toujours une fin et c'est ainsi que nous nous retrouvâmes au lycée pour la première fois en tant que couple. Tu avais encore dormi chez moi, j'avais un bleu gigantesque sur l'épaule qui prouvait ta réticence à refaire la même chose que le samedi. Enfin bref, nous étions échevelés, cernés, épuisés mais de bonne humeur.
- Hey les mecs, vous avez fait quoi ce week-end? Demanda un brun nommé Kiba.
Celui-ci était plutôt pote avec toi et je me retrouvais à le côtoyer, mais tu connais ma relation avec les autres, froide et distante.
- Rien de spécial, avais-tu dit en regardant le plancher.
J'hochais la tête, apitoyé par tes mensonges trop évidents.
- À voir vos tronches, on croirait que vous avez fait la fête non-stop pendant trois jours, fit Shikamaru d'un ton blasé.
Ce type il était toujours blasé. Le maître absolu des paresseux et des feignants, le grand manitou des geeks, le boss du dernier château de Mario World des « jemenfoutistes ». Vous voyez le genre?
- C'est à peu près ça, rétorquais-je en reprenant mon rôle de glaçon national.
- Y'avait un rave? Ou ça? Demanda Ino la truie qui passait par là.
- Dans ma chambre. Par contre, nous n'étions que deux.
Les gens nous entourant se turent étrangement et me regardèrent comme si j'étais un alien.
- Ben quoi? déclarais-je d'un ton léger avant de leur tourner le dos et d'aller voir ailleurs si j'y étais.
J'avais le don de mettre les gens mal à l'aise et confus... Je ne me suis jamais privé de m'en servir, ça m'amusait.
Mais y'a toujours quelqu'un qui coupe mes retraites en urgence et ça gâche vraiment la beauté de ce moment. À mon avis, hein.
Cette fois, ce fut Sakura la folle qui m'avait sauté dessus comme une..et bien... Une folle... En criant « Sasuke-kuuuuuuun! » de sa voix stridente et agaçante.
Jamais je n'aurais douté que tu allais faire ton coming-out de cette façon. Tu avais agrippée cette succube rose qui s'accrochait à moi, tu l'avais levée, déposée plus loin et lui avais dit très fort:
- Si tu remets tes pattes sur lui, t'auras affaire à moi. Il est à moi, c'est clair?
Un « ooooh » collectif, des yeux exorbités, des chuchotements.
Haha. Ça aussi, c'était amusant.
L'annonce de ton homosexualité fit le tour de l'école dans le temps de le dire. Nous étions constamment assailli de menaces et de « kya » par des fanes débiles ou des crétins homophobes. Le lycée n'était plus du tout une partie de plaisir pour nous deux. J'avais perdu la solitude dont j'avais besoin. Et nous n'arrivions pas à nous retrouver seuls tout les deux. Que ce soit sur le toit de l'école ou même dans les toilettes des filles (clin d'oeil à Hamano-chan x3), y'avait TOUJOURS quelqu'un pour me foutre la haine en nous interrompant. Plus le temps passait, plus je devenais frustré. La première semaine fut certainement la plus pénible, béni fut le week-end ou nous nous retrouvions enfin.
- Sasuke? M'avais-tu demandé en rapportant les pop-corn.
Mes yeux laissèrent le film qui apparaissait à l'écran et se posèrent sur toi.
- Mh?
- Ça va? T'as l'air bizarre.
- Si moi j'ai l'air bizarre, je me demande bien de quoi toi t'as l'air, fis-je en t'observant de la tête aux pieds.
Tu portais un bonnet ridicule, un bas de pyjama avec... des... dinosaures dessus et enfin, des pantoufles en laine faites par une mémé. Tu avais sans aucun doute deviné mes pensées car tu grognas un faible:
- Le ridicule ne tue pas, Teme.
- Mettre un bonnet et un pyjama avec des ptérodactyles dessus à seize ans va quand même au delà du ridicule, non?
Tu ne m'avais pas répondu et tu t'étais assis le plus loin de moi sur le sofa. Tu boudais en mangeant tes pop-corn férocement... Ça me fit rire. T'étais trop mignon. Je ne pus te résister et m'étais allongé de tout mon long, espérant tes genoux en tant que coussin. Tu ne m'avais pas refusé ça mais tu m'avais mis ton bol sur le nez quand je fus installé.
- J'ai l'air d'une table? demandais-je, légèrement vexé.
- C'est ce qui arrive aux ennemis des dinosaures.
Je pouffais, t'enlevais ton foutu bol de mais soufflé, le déposais sur le sol et t'attirais vers moi pour te voler un baiser.
- Tu sais quoi?
- Nan?
- Je t'aime.
Ton sourire revînt en même temps que ta bonne humeur. Je t'aimais pour ça, ta joie de vivre, ton sourire omniprésent... Même quand ça allait mal. Et j'avais deviné que quelque chose te tracassait.
- T'as quelque chose à me dire, Naruto?
- Peut-être bien.
J'avais haussé un sourcil, ne quittant pas tes orbes azures du regard.
- Je me demandais si il n'y avait pas un moyen d'arrêter tout ce qui se passe au lycée. Ça t'agaces, je le sais mais...
- On joue à un jeu?
Tu m'avais toisé d'un air suspicieux mais m'avais laissé parler.
- Lundi, on arrive, et on se dispute devant tout le monde. Tu me plaques méchamment, je m'en vais l'air en colère et le soir on se retrouve et on fait l'amour comme des bêtes.
- Tu voudrais qu'on fasse semblant de ne plus sortir ensemble?
- Si ça peut régler ce problème, pourquoi pas?
- Je suis pas sûr que ce soit une bonne idée...
- Bah déjà, si t'éclates de rire en plein milieu de notre violente rixe, ça le feras pas.
Tu plantas tes yeux dans les miens, peu convaincu.
- On peut toujours essayer...
Lundi, 16 avril.
Des éclats de voix retentirent dans notre lycée... C'était ta voix qui perçait le silence. Et c'était après moi que tu levais le ton. Je m'y attendais, mais ça me fit un choc quand même. Je n'avais pas envie de me disputer avec toi, mais c'était pour une bonne cause... La paix. Précieuse et convoitée paix.
- T'es qu'un enfoiré! Tu ne penses qu'à toi!
Un couteau s'enfonçant dans mon coeur.
Nan, je n'aimais pas ce nouveau jeu que j'avais moi-même inventé.
- Et alors? C'est pas toi qui pense à moi!
J'avais répliqué et un goût d'amertume envahi ma bouche.
- QUOI?
- T'as bien compris!
Mon plan marchait malgré tout... Des tas de gens nous entouraient, curieux.
- Va te faire foutre connard!
Je ne sais pas si c'était pour faire réaliste, mais tu m'avais foutu une baffe en pleine gueule. J'encaissais, sans broncher, mais à l'intérieur, tout s'effondrait.
- Nous deux c'est fini, Naruto.
J'étais en colère. Ce jeu... Non ça faisait trop mal pour être un jeu.
Je m'étais frayé un passage entre les enflures surexcités qui avait observé notre altercation et m'étais rendu jusqu'aux toilettes. J'avais ouvert l'eau froide à fond et m'était aspergé le visage. Quand je regardais dans le miroir, je remarquais que ma joue avait encore la trace de ta main... Tu y étais allé un peu fort. Je me maudissais d'être aussi stupide. Ce jeu était ridicule... Encore plus que ton pyjama.
- Raaaah!
Je m'apprêtais à sortir mais je fonçais dans quelqu'un. Je m'excusais en baissant la tête et je n'avais pas tout de suite remarqué à qui j'avais affaire. Il s'appelait Kakuzu, il était prof d'économie. Il n'avait d'intérêt que pour l'argent, ce type... Et en plus, il avait une sale gueule.
- Tiens, c'était toi que je cherchais justement...
J'étais un peu surpris.
- Pourquoi?
Il avait fermé la porte. Je m'étais demandé pourquoi... Naïvement.
- Qu'est-ce que vous faîtes, Sensei, m'étais-je enquis.
Mais je connaissais déjà la réponse. Le sensei en question m'avait poussé contre le mur avec force. Il était beaucoup plus grand que moi, beaucoup plus musclé aussi. Bref, il était un homme fait, et moi un frêle adolescent. Il me fit les poches impunément et jeta mon portable dans la toilette. J'avais quelques billets et il les prit aussi.
- Faut être con pour dépouiller un de ses élèves.
Il me fit ce genre de sourire que tout psychopathe garde dans sa manche.
- Les petits emmerdeurs égocentriques comme toi ne méritent que ça, et encore... Je me trouve trop gentil.
Ouais, d'accord, je l'avais ridiculisé devant la classe entière. Mais était-ce une raison pour me fracasser le crâne contre un mur? Je ne crois pas. Il m'avait agrippé le visage d'une de ses mains gigantesques et avait voulu m'éclater la tête comme une pastèque. Je ne m'étais pas évanoui, mais j'avais vachement mal et je sentais mon propre sang me couler dans le cou.
- Vous ne vous en sortirez pas indemne, sensei. Vous serez puni.
J'avais pris mon ton le plus menaçant et m'étais redressé pour paraître plus imposant malgré les étourdissements qui faillirent me faire chuter. Il avait éclaté de rire, me laissant un peu désemparé.
- Crétin. Tu me dénonces et je défonce ton petit ami le blond.
J'eus du mal à garder mon calme. Tu étais mon seul point faible... Et c'était lâche de s'en prendre à toi!
Je me rappelais soudain un détail... Si petit, si minuscule qu'il avait failli me filer entre les doigts... Ce Kakuzu, il avait déjà tenté de me faire du charme... Il était jaloux!
- Je ne suis plus avec lui. Ce n'est qu'un petit con sans intérêt.
J'avais espéré qu'il te laisserait tranquille avec ça...
- Si tu veux le garder intact, t'auras quelque chose à faire.
Merde.
- Je ne suis pas ton esclave, pauv' débile.
- Ah? D'accord.
Il s'apprêtait à sortir. Mon coeur ne fit qu'un bond. Il allait s'en prendre à toi! Je le rattrapais par un bout de manche.
- Attendez...
Je marchais sur ma dignité en faisant ça mais tu étais bien plus important.
- Que dois-je faire?
Il dévoila toutes ses dents en un sourire carnassier qui me donna la chair de poule. Puis il défit sa braguette.
- Astique moi ça mon bonhomme, on verra après.
- Sasuke? T'es là?
Ta voix venait du hall. Je tirais la chasse et me rinçait la bouche vite fait. Je sortais de la salle de bain et me retrouvais face à toi.
- T'es malade? M'avais-tu demandé en penchant la tête vers la gauche.
- Mh. Surement, sinon je suis enceinte.
J'étais déprimé, dégouté et malgré tout j'arrivais à te faire sourire. C'était l'important.
J'allais m'allonger sur mon lit, encore tout nauséeux.
- C'est pour ça que t'es parti si tôt?
- Oui...
Tu vîns t'allonger près de moi, me volant un baiser au passage.
- T'as quelque chose dans les cheveux, bouges pas.
Ta main vînt se poser en plein sur ma blessure et je ne pus retenir un gémissement.
- Mais! Qu'est-ce que c'est ? T'es tombé? Comment tu t'es fait ça?
- En rentrant, j'ai pris une douche. Je pensais que ça me ferait me sentir mieux et j'ai glissé...
C'est le premier mensonge que je t'ai dit, et cela me fit mal. Je n'avais pas envie de te mentir mais je n'avais pas le choix...
- Il faut aller à l'hosto, tu fais peut-être une commotion cérébrale!
- Nan. Dès que je me lève j'ai envie de gerber.
- Raison de plus pour y aller.
- Né, Naruto, est-ce que tu m'aimes?
- Cette quoi cette question débile?
Tu étais choqué, mais j'avais besoin de me faire rassurer que je n'allais pas donner ma fierté et ma dignité contre un amour non-réciproque.
- Répond.
- Bien sûr que je t'aime! T'es idiot de penser le contraire!
Je t'ai souris doucement. Rien ne m'empêcherait de te protéger.
Rien.
J'avais revu Kakuzu plusieurs fois par la suite. Il me rétrogradait au rang d'esclave, il me faisait faire des choses immondes. Par contre, il n'était jamais allé plus loin que la fellation. Cette fois-là, ce fut différent. Il m'avait fait appeler, sans que je sache que c'était lui, évidemment, dans un bureau après les cours. J'avais cogné, ouvert la porte et mes yeux se posèrent sur lui. Ce salopard de vieux pervers. Je m'étais retenu de ne pas refermer la porte et de m'en aller en voyant son sourire malsain. Je savais que ça n'apporterait que du mal si je faisais ça. J'avais donc pénétré dans la pièce, le poids de ma honte me faisait courber le dos. Il s'était levé, m'avait contourné en me scrutant comme un prédateur et avait fermé la porte à clé.
- J'espère que t'es pas pressé, on en a pour une heure au moins.
Je serrais les dents. Si je disais quoique ce soit, je savais qu'il serait encore plus dur avec moi.
- T'as ce que je t'ai demandé?
Je grognais la réponse et sortit de mes poches une liasse de billets. En plus de m'arracher mon honneur, je ne pourrais pas inviter Naruto au cinéma ce week-end et je n'avais plus un rond pour payer mes courses.
- C'est tout?
Il m'avait fait levé la tête d'une main.
- Oui, j'ai plus rien.
- Demain, t'en demanderas plus à tes parents.
- J'ai pas de parents. Tu devras te contenter de ça.
Il me gifla du dos de la main puissamment. Son mécontentement me donnait la trouille. Je frottais ma joue. Je me sentais misérable de ne rien pouvoir faire contre lui.
- Puisque c'est comme ça, tu vas payer en nature.
Mon coeur rata un battement, ma gorge se serra. Je ne fis que baisser les yeux, impuissant face à cette situation.
Je ne sais plus trop comment j'ai fait pour revenir chez moi en un seul morceau, mais j'y étais parvenu. J'avais eu du mal à enfiler la clé dans la serrure tant mes mains tremblaient. J'avais tout laissé dans l'entrée et abandonnais mes vêtements le long du couloir qui menait à la salle de bain. J'avais pris une douche, glacée, et m'étais frotté si fort que ma peau était rouge vif. Des larmes avaient peut-être coulées en même temps que l'eau sur mon visage. J'avais frappé le mur quand je vis que l'eau se teintait de rouge dans le fond de la douche.
Je n'allais pas pouvoir caché ça à Naruto.
- Enfoiré! avais-je hurlé.
J'étais resté longtemps sous cette pluie froide. J'essayais de m'engourdir, d'oublier. Impossible. Quand je sortis enfin, la sonnerie du téléphone retentit. Je n'avais pas envie de répondre mais j'allais quand même voir qui m'appelait.
Ton nom apparaissait sur l'écran. Mon coeur se tordit douloureusement.
- Oui?
- Sasuke? T'as fait quoi de ton portable, depuis ce matin que je tente de t'appeler!
- Je l'ai perdu.
- Oh. Ça te dit d'aller manger des ramen?
- Non.
- Ah... Euh... T'es sûr?
- J'ai pas de quoi payer et j'ai envie d'être seul...
- T'es encore malade?
- Peut-être.
- Bon, alors je passerai te voir tout à l'heure. Je t'aime!
Et il avait raccroché avant que je ne puisse répondre.
- Moi aussi, je t'aime.
Ma voix était cassée, faible. Je me sentais vraiment comme le pire idiot du monde.
