10 novembre, 21 h.
Lisbon est au volant de sa voiture, la radio allumée avec ''Chasin' Echoes'' de The Lonely Biscuits en fond. Elle ne sait pas si elle aime cette chanson.
Après cette longue journée, une de plus, Lisbon se rend chez elle. Elle a envie de dormir, et, en se remémorant sa fatigue, elle pense à ces dernières nuits passées aux côtés de Jane, après qu'il l'ait demandé en mariage le soir d'Halloween, ils ne se sont plus quittés. Sauf devant leurs collègues.
Ils ne peuvent pas se montrer, car c'est interdit, même si Rigsby et Van Pelt en ont fait l'expérience.
Mais aussi pour Pike. Lisbon ne veut pas lui faire du mal. Lui et Jane l'ont demandé en mariage, et Lisbon a choisi Jane.
Peut-être que le mariage est un peu de trop, mais ça n'engage qu'une signature sur un papier et qu'une bague au doigt après tout. Et deux êtres.
Au fond, le mariage n'est que le bouquet final d'une histoire d'amour. Enfin, presque. Après, il y a les enfants, puis le divorce.
Lisbon se trouve idiote de penser à ça. Rien n'est encore fait. Mais, elle sait qu'elle est amoureuse depuis longtemps et elle ne voudrait en aucun cas gâcher ça.
Finalement, elle aime bien cette musique.
En arrivant chez elle, la lumière est allumée. ''Jane a encore gardé les clés'' elle dit, en aparté.
Elle ferme la portière de sa voiture, et se dirige vers l'entrée. Elle entre-ouvre la porte ''Jane ?'' elle s'écrie. Au cas où ce ne serait pas lui.
Personne ne répond. Elle ferme la porte et le cherche dans les différentes pièces de la maison.
Mais, aucune trace de lui.
Quand elle rejette un coup d'œil dans le salon, elle se rend compte que quelqu'un est assis dans le canapé, dos à elle. Il ne ressemble pas du tout à Jane. Elle a le cœur qui bat à cent à l'heure.
''Salut, il faut qu'on parle'' dit l'homme.
10 novembre, 21h05.
Après être allé acheter des sushis dans la boutique du coin, Jane décide de rendre visite à Teresa Lisbon, sa future femme, si tout se passe bien.
Il a le sourire aux lèvres en pensant à elle. Il monte dans sa voiture, doucement, comme pour profiter de sa tranquille et heureuse vie.
Jane est serein. Il ne se pose plus de questions, maintenant qu'il a eu sa réponse. Il faut arrêter de penser aux choses sans importance. C'est sa politique.
Mais ça ne l'empêche pas d'imaginer ce qu'ils pourront faire, lui et Teresa, de quoi est-ce qu'ils parleront, comment sera-t-elle habillée, comment sonnera le rire de Lisbon aux oreilles de Jane. Est-ce qu'elle a pensé à lui aujourd'hui, même s'ils ont travaillé ensemble.
Devant la maison de Lisbon, Jane est tout enjoué. Il n'a qu'une hâte : L'embrasser, ce qu'il n'a pu faire que le matin même, en secret.
La lumière est allumée, cela signifie qu'elle est là.
Il se recoiffe un peu avec l'aide du rétroviseur.
Sur le pas de la porte, Jane vérifie qu'il n'a rien oublié : La nourriture dans sa main droite, et le bouquet de roses dans l'autre.
Il sonne.
- Pike ? Qu'est ce que tu fais là ?! S'écrie Lisbon en sursautant.
- Je te l'ai dit, je veux te parler, répond Pike, en se levant.
- Comment tu... Comment as-tu pu rentrer ?!
- Quand tu m'as laissé tes valises à l'aéroport. J'ai pris un double des clés.
- Mais pourquoi ça ?! Insiste Teresa, perdue.
- Bonne question, je ne voulais peut-être pas que tu me quittes sans explications. Si je suis là, c'est pour que tu m'expliques. Pourquoi tu m'as promis que tu viendrais, que tu deviendrais ma femme... Alors que... Tu as choisi Jane un jour plus tard ? Demande Pike, les larmes aux yeux.
- Pike, écoute, je n'ai jamais voulu te faire du mal...
- Non, arrête ! ''je suis désolé'' à chaque fois qu'on vous raconte quelque chose de triste, c'est tout ce qu'on trouve à dire, l'interrompt Pike.
- Si tu ne veux pas de mes explications, je te prie de t'en aller, répond Teresa en croisant les bras.
Pike ne dit rien.
- J'ai dit oui pour la mutation parce que mes collègues m'encourageaient à le faire, ils disaient que ça me ferait du bien. Et puis, j'ai hésité, je ne voulais pas laisser Jane, d'une part car nous avons toujours travaillé ensemble, et qu'on est un binôme. Mais aussi parce que je n'étais pas certaine de mes sentiments pour lui. Je ne voulais pas faire le mauvais choix.
Puis, il y a eu la fausse lettre qu'il a envoyé, remettant en cause toute une enquête. Ca a été le mensonge de trop. Je n'ai jamais aimé son côté espiègle. Mais la vérité c'est qu'il a fait ça pour moi, à la place de me le dire... Il a tout fait pour qu'on se retrouve dans cet hôtel où m'aurait peut être avoué ses sentiments. C'est là que j'ai fait mes paquets et que je suis partie pour l'aéroport, dans le but de te rejoindre. J'étais perdue. J'ai accepté pour oublier Jane. Je lui en voulais.
Et, quand il m'a rejoint pour me dire tout ce qu'il avait sur le cœur, je n'ai pas pu laisser passer l'occasion, celle que j'attendais depuis longtemps. Je ne pouvais pas refuser une vie comme celle ci. Je ne me serais pas sentie à mon aise, dans un autre endroit, avec toi, mariée, je ne te connais pas assez, Pike. Je m'en suis rendue compte trop tard.
Et j'en suis désolée. Jane peut faire des plans farfelus parfois, mais il sait aussi se servir de ça pour se dévoiler, finit Teresa.
Ça sonne à la porte. Pike a les yeux qui brillent. Sa gorge se resserre.
Lisbon le regarde, désolée, et va ouvrir. Elle est étonnée et extremement gênée. ''Ah, Jane'' fait-elle.
- Tu n'es pas contente ? Demande Jane, tout souriant, lui tendant le bouquet de fleurs.
- Oh, c'est gentil mais...
- Mais quoi ? Tu n'avais pas prévu ça ? Ca tombe bien, moi non plus, il explique en riant : Jane..., lui dit Lisbon en lui montrant Pike.
- Pike ?! S'écrie Jane.
- Jane ?! Je...
Pike devient de plus en plus rouge, comme énervé.
Jane, reviens plus tard, lui dit Teresa, doucement.
- Qu'est ce qu'il fait là ? Disent Jane et Pike en parlant l'un de l'autre.
- Tu l'as invité ? Demande Jane à Teresa.
- Non, mais je lui dois mes explications.
- Tu as dit qu'il comprendrait, Teresa, dit Jane.
- Oui, mais rien n'est facile, lui explique Teresa.
- Bon, je vais vous laisser, vous devez avoir beaucoup à vous raconter, n'est ce pas, dit Pike, tremblant et nerveusement.
- Pike... dit Teresa.
- Au revoir, Lisbon, répond Pike.
Pike bouscule Jane, et rejoint sa voiture qu'il prend, pour s'en aller.
Ils ne sont désormais que tous les deux, Jane et Lisbon.
Lisbon est assise sur le canapé, la tête tenue par sa paume de main. Elle a l'air pensif.
- Allez, ne t'en fais pas, il s'en remettra, dit Jane.
- Et si j'avais choisi Pike, tu t'en serais remis ? Mets toi à sa place, Jane... dit Teresa.
Jane soupire et s'installe à ses côtés. Il la cajole et lui caresse le dos.
-Je vais te préparer du thé, c'est ma recette contre les migraines, dit Jane.
-Non, merci, répond Teresa.
- Je sais que ''non'' signifie ''Oui, s'il te plaît mon Jane adoré''.
Teresa essaie de ne pas sourire.
Quand Jane lui rapporte une tasse de thé, Teresa la prend entre ses deux mains et le boit doucement.
Il pose sa main sur la cuisse de Teresa ''Je nous ai acheté de superbes sushis !'' intervient Jane.
''C'est gentil'' répond Teresa. ''Non, c'est normal'' il dit.
Elle sourit.
Elle se dirige vers la cuisine pour y déposer sa tasse à présent vide, et pour ramener la nourriture que Jane a acheté. Elle jette un coup d'œil au bouquet de roses qu'il lui a offert, et le met dans un vase qu'elle rempli d'eau du robinet.
En se retournant pour poser le vase sur la table, Jane la surprend, et l'empêche d'avancer ''Tu ne m'as même pas embrassé ce soir'' dit Jane, essayant de lui faire pitié.
Teresa sourit en coin se penche vers lui pour déposer un baiser sur ses fines lèvres.
Il est content. ''Je vais pouvoir dormir tranquillement, maintenant'' répond Jane à ce baiser.
Elle lève les yeux au ciel, comme pour se moquer de ses caprices, quand même mignons.
Après avoir posé le vase de roses sur la table de la cuisine, elle dit à Jane de s'installer et le remercie pour les fleurs.
''Pour quelqu'un qui n'aime pas le kitsch, j'aurais pensé que tu ne m'aurais pas acheté des roses, comme tous les hommes font'' elle lui dit, pour blaguer.
''Bon, je n'avais pas assez d'argent, voilà'' répond Jane, en riant un peu, avec Teresa.
Il réussi à la faire sourire. Il fut un temps où Jane rendait les gens contents, alors qu'il n'arrivait pas à se soigner lui même. Aujourd'hui, il inspire la bonne humeur, en étant de bonne humeur.
Ce soir, ils ne finissent même pas leur plat qu'ils en entament un autre : L'amour.
