Commentaires de l'auteur: Merci pour tout vos commentaires, ça me fait très plaisir! Désolé pour le retard sur ce chapitre, normalement, j'essaie de publier tout les vendredis soirs mais mon ordinateur m'a lâché et je n'ai donc pas eut l'occasion d'écrire la suite. J'ai pût récupérer mon vieil ordi (celui qui a cinq ans... ewwww) et heureusement, je n'avais encore rien écris quand mon ordi est décédé, donc pas de pages perdues, ouf! Eh bien eh bien, continuons donc!

.:3:.

Elle fixait le crâne depuis environ quarante minutes, posé par terre sur un vulgaire tissu. Ses grands yeux vert ne quittaient pas la masse d'ivoire sculptée à forme humaine, presque paralysée par la frayeur qui la prenait aux tripes. Chrona était méconnaissable, Maka n'avait pas envie d'admettre que ce soit une partie de son corps qui gisait à même le carrelage froid. Elle pouvait sentir son âme vaciller de temps en temps lorsqu'elle se remémorait ces instants qu'elle avait passé avec son amie: le première fois qu'elles s'étaient rencontrées, la lame damnée semblait désorienté, puis après leur combat dans les sous sols de Shibusen, elle s'était sentie apaisée et une douce Chrona était née, gentille Chrona, loyale Chrona qui aurait protégé Maka jusqu'au bout, tenant tête à Arachnée. Puis une fois encore, son esprit avait été ravagé par Medusa qui l'avait rendue plus seule et haineuse qu'elle ne l'avait jamais été.

La meister avait beaucoup serré le poing, grincé des dents, mais elle n'avait pas pleuré de tout son saoul. Le fragile oiseau de cristal avait explosé en tombant au sol avant même de se fissurer. Elle s'était sentie tellement impuissante lorsque Maître Shinigami lui avait annoncé que Chrona était ajoutée à la liste noire de Shibusen, mais elle fut bien naïve de croire qu'elle pourrait encore la résonner.

Le soleil illumina le crâne d'ivoire auquel il manquait la mâchoire du bas, révélant à Maka sa vraie couleur. Il était parcouru de fibres noires se promenant ça et là, prenant la forme de ronces partant du sommet du crâne de Chrona. Plusieurs dents manquaient et une fissures avait donné à l'œil droit des allures de ballon au bout de son fil, à l'endroit où Black*Star lui avait planté son couteau ninja. Un coup de jus traversa les cottes de la meister quand elle y repensât, comme si quelqu'un s'amusait à les lui casser à petit coups de marteau. Elle s'était fait blesser de toute part, comme si tous avaient laissé leur griffe sur son corps pour témoigner du rôle qu'ils avaient eu dans sa capture. Mais quand ce fût le tour de Maka, celle ci ne porta le dernier coup. Elle prit la lame damnée dans ses bras pour la porter au vaisseau et la ramener à Shibusen.

Naïvement, elle avait cru la sauver mais certains pensèrent à tort qu'elle voulait la juger sur terre. Comme elle regrettait de ne pas l'avoir tuée ce jour là, lui évitant ainsi d'avantage de souffrances inutiles. Mais il avait fallu qu'elle soit égoïste alors que la seule chose que demandait Chrona était de mourir...

Des coups secs retentirent à la porte et firent se détourner le regard de Maka. Soul lui demanda s'il pouvait entrer. La jeune femme se releva d'un bond et enroula le crâne dans le tissus avant de le poser soigneusement dans la malle sous son lit. Sa main se saisit de la clef et elle entrouvrit la porte.

« Oh, tu es déjà prête, je croyais que tu dormais encore. murmura Soul, surpris. »

Mais son visage se perdit dans la confusion, elle était couverte de poussière et de sable, ses cheveux étaient décoiffés et ses bottes noires étaient blanches de saleté. Mais avant qu'il ne puisse poser une seule question, elle prit la parole.

« C'est tout?

-Je crois, oui... »

Sur ce, elle ferma la porte et Soul entendit la clef tourner dans la serrure. Elle se regarda dans son miroir et épousseta rapidement son uniforme mais certaines tâches persistèrent alors elle entreprit de se recoiffer de la façon la plus impeccable qu'elle pouvait pour combler la négligence de son uniforme. Elle crût entendre un soupir rauque qui la pétrifia, provenant de derrière. Tout en essayant de garder son calme, elle balaya la pièce du regard pour vérifier qu'il n'y avait rien. Fébrilement, elle continua de coiffer ses cheveux blonds cendrés comme si rein ne s'était passé puis se dépêcha de sortir de la pièce en claquant la porte.

Son partenaire était déjà partit sans faire de bruit, ce qui agaça Maka qui se gratta nerveusement le cou. Elle prit son sac et sortit sans même manger quelque chose. Elle marcha dans les grandes rues de Death City où le froid fouettait violemment son visage, traversant la route de temps en temps avec une grande envie de faire demi-tour. Quand elle arriva devant les marches de son école, elle inspira profondément pour se donner du courage. Elle n'avait pas envie d'y aller. Si elle avait eu le choix, elle serait partie.

« Alors Va-t'en. » murmura une voix.

Maka se retourna brusquement. Elle était seule dans la rue mais elle jura avoir entendu quelqu'un parler. Habituellement, les marches de Shibusen étaient emplies de jeunes meisters bruyants, mais aujourd'hui, il n'y avait pas âmes qui vive. Elle entama sa montée en gardant une main sur son cou avec une impression de malaise. C'était devenu un tic, comme pour s'assurer que ses bandages étaient toujours là et que personne ne pouvait voir ce qu'il y avait en dessous. Quand elle leva les yeux au ciel, elle constata que de gros nuages noirs emplis de foudre stagnaient au dessus de Death City. Secrètement, elle espérait qu'il y aurait un gros orage dans la journée, rien que pour refréner les sentiments mielleux qu'ils avaient tous lorsque le soleil pointait dans le ciel.

Lorsqu'elle arriva dans la grande cour de Shibusen, Maka aperçu Tsugumi balayant les pavés. Elle l'observa un moment avant de marcher vers elle. Le bruit de ses talons avertirent la japonaise qui releva la tête.

« Bonjour Mlle Albarn, dit elle en souriant.

-Bonjour. Pourquoi est-ce que tu balayes la cour?

-Oh, eh bien, par ma faute, une sorcière s'est échappée de sa cellule, ce matin. Alors on m'a punie. »

Maka fronça les sourcils, encore une de ces punitions stupides. Elle ouvrit la bouche pour témoigner son avis mais un vent glacé s'engouffra dans ses cheveux et la coupa.

« Est-ce que vous allez bien?

-Oui. Ne t'en fais pas, manque de sommeil. Et puis le froid aussi.

-Le froid? dit Tsugumi, intriguée.

-Dis-moi, tu ne rates aucun cours en balayant maintenant?

-Non, beaucoup de nos professeurs sont absents aujourd'hui, ils ont une sorte de séminaire à la Nouvelle Orléan. »

Maka fronça les sourcils, espérant secrètement que Marie-sensei soit absente et qu'on la laisse donc rentrer chez elle.

« Je dois y aller Harudori, au revoir. soupira-t-elle froidement.

-Oui, au revoir Mlle Albarn ! Passez une bonne journée »

La blonde faillit sourire à ces propos. L'arme n'était pas polie, elle dégorgeait juste d'une gentillesse exquise, comme Tsubaki. Mais l'une comme l'autre étaient loin de Maka à présent. Elle tourna les talons et passa la porte d'entrée de Shibusen pour se diriger dans la salle des professeurs. Elle y vit Nygus qui lui fit comprendre que Marie n'était pas là mais précisa qu'elle reviendrait dans quelques heures et que la jeune meister devait rester ici. Alors Maka erra dans Shibusen, un peu énervée. Elle ne pouvait pas aller en cours car le jeudi était désormais banalisé pour elle afin qu'elle consacre la journée à s'entraîner à contrôler ses pulsion avec Marie. Cependant, elle était soulagée de pouvoir aller se reposer dans un coin de l'école pour dormir un peu, épuisée par sa nuit mouvementée. Elle se coucha et repensa à ce jour où Shinigami l'avait déclarée instable, il y avait de cela quelque semaines. Il n'avait pas précisé qu'elle devrait se séparer de Soul et cela l'avait un peu contrariée, elle n'aimait pas apprendre des choses sur le tas. Certes, elle n'aurait plus l'occasion de partir en mission avant longtemps, mais elle était agacée par la légèreté qu'employait Shinigami.

Maka passa la main sur ses bandages et fronça les sourcils, les sentant poisseux. Elle se redressa puis regarda sa main teintée de sang après avoir touché son cou. Précipitamment, elle se dirigea vers les toilettes et entra, poussant la porte nerveusement. Elle se regarda dans le miroir et se rendit compte qu'elle était couverte de sang. Sa main tremblante enleva les bandages qui couvraient sa blessure et qui s'emmêlèrent vite. Elle avait du mal à les enlever, pourtant il fallait qu'elle voit ses cicatrices pour s'assurer qu'elle n'était pas en plein cauchemar. D'un geste hystérique, elle en vint à se débattre dans tout les sens pour se défaire du tissus rouge sang jusqu'à ce qu'il tombe à terre. Ses yeux émeraudes fixèrent son pâle reflet éclairé d'une pâle lumière blafarde diffusée par les néons trônant au dessus des éviers. Du sang coulait à flots le long de son cou, menaçant sa vie. Maka sût ce qui n'allait pas: un fil barbelé lui entourait son cou blanc et lui tailladait la chair. Elle essaya de les retirer mais ils lui lacérèrent la peau et firent couler le sang plus vite et en plus grande quantité. Plus ses mains essayaient de les enlever, plus ils se resserraient. Paniquée, la blonde essaya de crier mais aucun son ne daigna sortir de sa bouche. Elle heurta le mur pour y glisser lentement, s'étouffant dans son propre sang. Un grande ombre noire se dressa devant elle, la fixant avec curiosité. Elle s'agenouilla devant elle et Maka pût ainsi voir son visage maigre et maladif.

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Elle était dans un salon avec son père qui téléphonait, ne prêtant pas attention à elle. Ses yeux se promenaient sur le jardin qui s'étendait derrière la fenêtre, appréciant la beauté des arbres et des fougères sauvages. Son cerveau n'aurait pas pût dire combien de temps elle resta comme ça, à fixer la nature, assise sur un fauteuil blanc. Mais cette gifle que lui donna son père eut le don de la réveiller une fois pour toute. Elle se tourna vers lui, le regard dédaigneux, ce regard qu'elle jetait à un ennemi qui croyait l'avoir battu et qu'elle perdrait avec le temps, quand elle aura fuit tout ses espoirs et tout ses rêves. Spirit la fixait, ses yeux bleus brûlant de rage.

« Comment? Comment est-ce que tu as pût faire ça?! Qu'est-ce que j'aurais fais s'ils avaient décidés de te tuer? Tu es la seule qui compte pour moi et tu décides de te lancer dans une mission suicide... Mais qu'est-ce qui t'es passé par la tête?! »

Maka le fixa sans mot dire puis regarda ses genoux sur lesquels étaient posés ses mains. Elle se leva mais son père la repoussa sur son fauteuil, ce qui l'aurait étonné en temps normal car ce regain d'autorité n'était pas son genre, étant une créature plutôt tranquille. Mais là, elle ne dit rien, ne pensa rien. Elle ne savait pas ce qui allait suivre et n'en avait cure, pour tout dire. Chrona était morte; ou pour formuler cela correctement: elle avait tué Chrona. Maka avait essayé de la protéger de ceux qui voulaient l'exécuter, mais c'était elle, au final, qui l'avait achevé. Elle n'avait pas pût la protéger d'elle même, de ce poison qui coulait dans ses veines et elle s'en voulait au point de vouloir mourir.

« Maka, reprit Spirit, moi aussi j'ai rencontré ce genre d'épreuve. Des amis à moi sont morts et ça m'a fais souffrir, mais tu as fait tout ce que tu pouvais pour la sauver. Ce n'est pas ta faute si les choses ont fini ainsi, crois-moi. »

La jeune fille le toisa, rien n'était comparable à ce qu'elle avait vécue. Il n'avait pas eu à faire ce qu'elle avait fait. Alors, tandis que Spirit se retournait pour prendre sa tête dans ses mains, sa fille saisit un ouvre lettre et le fit glisser entre ses mains. Elle ne voulait plus avoir à subir ce sentiment de culpabilité, plus jamais. Elle aurait voulut dire à son père qu'elle l'aimait, au fond, et que même si elle lui en voulait, elle avait conscience de ses actes malgré ses gestes maladroits. Mais c'est justement parce qu'elle lui en voulait qu'elle fit cette chose égoïste sans mot dire, aussi égoïste qu'il l'avait été pendant toute ces années. En une fraction de seconde elle planta la lame dans sa gorge et appuya tout en étirant sa blessure. Du sang gicla sur le fauteuil blanc et elle vit Spirit se précipiter sur elle pour lui enlever l'ouvre lettre qu'elle avait dans les mains.

Elle ne fit pas ça par peur des représailles de Maître Shinigami à propos du massacre qu'elle avait fait la veille. Elle voulait juste retrouver la paix et partir loin d'ici, en silence, doucement. Et quand elle se réveilla, elle constata que ce silence était resté accroché à elle mais que la paix avait disparue. La vérité était que Maka était morte ce jour là, de bien des façon. Mais pendant quelque temps, son âme avait quitté son corps et quand elle y était revenue, Maka s'était trouvé différente. Et c'est pour cela que Chrona s'accrochait à elle, la meister voyageait entre la vie et la mort depuis tant d'années.

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Un sursaut la réveilla violemment et elle toucha sa gorge, effrayée. Ses mains cherchaient des fils de fer mais ne trouvaient rien. Elle était allongée sur le banc où elle s'était reposée avant de sentir son sang couler, saine et sauve. Des gouttes d'eau tombaient sur la paroi de la fenêtre encrée dans le mur sur lequel Maka était adossée, faisant un bruit que la jeune femme se plaisait à trouver apaisant. Encore chamboulée par ce rêve violent, elle ramena ses genoux contre sa poitrine et réchauffa son âme. Ses yeux ne se fermèrent pourtant, pas, par crainte de revivre une autre vision sanglante. Les lumières automatiques s'allumèrent et des bruits de talons secs arrivèrent dans sa direction, indiquant que sa tranquillité était finie. Marie passa à côté d'elle sans la voir, semblant anxieuse. Maka reposa ses pieds par terre et la fixa doucement, le bruit de ses talons alertèrent son professeur qui se retourna et sourit.

« Maka! S'exclama-t-elle, je suis si heureuse de te voir. Tu sais que je t'ai cherché partout?

-Ah bon? mentit la jeune femme.

-Mais ça va maintenant, je t'ai trouvé! Tu es prête pour ta première leçon de self-contrôle?

-Si on veut. »

Marie lui sourit et lui attrapa la main pour la guider vers la salle d'entraînement qu'elle avait réservé.

« Marie-sensei, pourquoi êtes-vous en retard?»

La blonde sursauta, soudainement embarrassée.

« Ne me dites pas que vous vous êtes encore perdue?

-Perdue... perdue... C'est un bien grand mot... disons plutôt que j'ai emprunté un détour quand j'ai pris ce nouveau chemin pour aller à Shibusen!»

Maka se retint de se frapper le front contre la paume de sa main, son comportement résumait à lui seul les défauts de Shibusen. Elle arrivèrent dans la salle et sans plus attendre, Marie se tourna vers elle.

« Passons, j'aimerais mieux oublier ça. Je vais faire ce pourquoi on nous a mis en équipe. Tout d'abord, prend mes mains. Je vais faire quelque chose qui risque de te choquer, mais c'est nécessaire.

-Qu'allez-vous faire?!

-Je peut juste te dire que ce ne sera pas douloureux. »

La jeune meister obéit et plaça ses mains dans les paumes chaudes de son professeur. D'un seul coup, elle se sentit étrange, comme flottante. Marie venait d'entrer dans une sorte de transe et sondait l'âme de Maka.

« Pour t'aider, il me faut la permission d'entrer dans ton âme. Veux-tu bien? »

Marie n'eut aucune réponse, au lieu de cela, elle se retrouva dans un salon tout de noir meublé. Maka était assise sur un canapé de la même couleur, fixant Marie. Cette dernière vint s'asseoir à côté d'elle et la regarda.

« Es-tu consciente que j'aurais accès à tout tes sentiments, à présent?

-Je le sais. répondit Maka.

-Bien. »

Marie regarda autours d'elle, le décor était sombre et angoissant. C'était un salon aux allures victoriennes et dont les murs étaient pleins à craquer de tableaux étranges. Il y avait des hommes à tête animales, des photo anciennes de rituels séparatifs d'âmes ainsi que des clichés de morts. Même s'ils n'étaient pas terrifiants au premier abord de par leur couleur ou leur qualité, c'était les détails qui faisaient froid dans le dos. Les murs n'étaient pas droits ou symétriques, le plancher grinçait, la salle tanguait et le lustre accroché au plafond grésillait. Marie voyait de la folie partout où elle posait les yeux. Mais elle ne fût pas effrayée, trop inquiète pour Maka.

La jeune fille semblait plus pâle qu'en temps normal, fantomatique. L'arme savait que c'était à cause de ce qu'il s'était passé quelques années auparavant: les âmes des personnes revenues de la mort changeaient à tel point qu'il était difficile de la reconnaître. Voilà pourquoi Soul et elle ne s'entendaient plus: elle n'était plus la même à l'intérieur. Mais Marie ne pensait pas que cela soit la raison principale, un tel changement avait été fait à cause d'un autre facteur, la mort n'avait fait que l'accentuer.

Elle avait du mal à croire que l'âme de Maka soit ainsi, tellement sombre. Mais il n'y avait rien d'étrange, pas de surnaturel, aucun démon n'était revenu d'entre les morts à sa place. Son élève avait juste beaucoup changée.

« En premier lieu, il faudrait que tu arrêtes de faire tanguer cette salle. Tu en es capable?

-Oui, mais pas longtemps. Je n'arrive pas à me concentrer sur autre chose lorsque je le fais, et après, j'ai mal à la tête.

-Mais tu arrives à te sentir mieux ?

-Je ne sais pas vraiment... »

Maka se concentra et ferma les yeux tandis que la pièce se stabilisait lentement. Mais à peine rétablie à la normale, Marie fût prise d'une violente nausée et dût mettre sa main devant sa bouche. Elle avait l'impression de perdre l'équilibre et qu'elle était sur un bateau en pleine tempête. Les murs se tordirent encore plus et de longs filets de sang gouttèrent du plafond. Maka elle-même se mit à verser une larme de sang. L'arme, prise de panique, ne comprit pas ce qu'il se passait. La meister la fixa froidement et quand la pièce tangua de nouveau, Marie se sentit mieux. Elle lança un regard à son élève, intriguée et désorientée.

« Je n'arrive pas à tenir longtemps.

-Parce que tu ne t'entraînes jamais, soupira Marie, les yeux fermés. »

Son cœur battait tellement fort qu'elle crut qu'il allait exploser dans sa cage thoracique. Mais d'où lui provenait ces symptômes? Maître Shinigami l'avait prévenue, mais elle ne croyait pas Maka aussi impure. Elle savait comment s'y prendre avec Stein mais le cas de Maka était différent: sa folie était bien plus ambiguë. Des sentiments passèrent dans son cœur, violents et douloureux. Ils n'étaient pas provoqué par la folie, c'était ce que la meister ressentait naturellement, la haine, le mépris, la rage, la vengeance, de l'animosité, de la solitude, de la rancœur, de l'aversion, du dégoût, de la répulsion; tout ces sentiments qui n'allaient tellement pas avec la jeune fille qu'elle avait connue. Le seul sentiment qui ne la fit pas pâlir expliquait tout les autres, cela lui fit comprendre pourquoi son comportement était agressif et incompris. La tristesse était le maître de cette danse macabre. Maka avait du chagrin.

Marie regarda son élève, les yeux emplis d'incompréhension.

« Pourquoi ne dis-tu rien?

-Certaines choses valent mieux ne pas être dites.

-Mais Maka, pourquoi crois-tu que nous sommes ici? Tous ceux qui t'aiment se font du soucis pour toi, ton père ne te reconnaît plus, Soul te fuis pour échapper à cette ombre que tu es devenue. »

Marie prit son visage entre ses mains, atteinte par ce sentiment qui la détruisait.

« Tu deviens un fantôme mais il n'est pas trop tard. Je peut te sauver alors s'il te plais, ne fuis pas.

-J'aimerais bien... Mais pas tant qu'elle me poursuit. »

Marie fronça les sourcils en voyant Maka se mordre les lèvres, en ayant trop dit.

« Quoi? Qui te poursuit?

-Elle est là, je n'arrive pas à lui échapper. Je crois qu'elle veut me tuer, elle m'en veut. »

Un craquement fébrile retentit alors que le visage de Maka se fissurait, comme une poupée abîmée.

« Je crois qu'elle m'observe, elle a dût s'accrocher à moi alors que j'étais dans le noir... »

Le lustre grésilla une ultime fois et fini par s'éteindre définitivement. Elles se retrouvèrent dans le noir le plus total, à l'intérieur de l'âme de Maka. Une plainte s'éleva non loin de là, quelque part dans la pièce. Une respiration rauque résonnait et des bruits de pas se rapprochaient, associés à des objets tombant au sol.

« Maka, murmura Marie, où es-tu? »

Aucune réponse ne se manifesta. L'arme tremblait en entendant les bruits se rapprocher et retentir de plus en plus fort. Au moment où la lumière se ralluma, Marie entrevit une grande ombre derrière Maka, tentant de la saisir de ses longues mains décharnées. L'arme eut juste le temps de rompre le lien avant qu'il n'arrive quoique ce soit. Elles étaient de retour dans la salle d'entraînement, éclairée par la lumière blanche des grands néons pendus au plafond. La meister la fixa calmement, agenouillée au sol. Mais Marie ne pouvait s'empêcher d'être encore sous le choc de ce qu'elle venait de vivre. Elle en était sûre à présent: son travail serait long et difficile.

La meister se dressa sur ses jambes et releva doucement son professeur qui tituba. Puis elle la regarda dans les yeux et la lâcha. Se séparer ainsi de l'âme d'un autre à ce stade était très dangereux, comparable au fait de débrancher la tour d'un ordinateur alors qu'il est encore allumé.

« Vous allez bien, Marie sensei?

-Oui, merci. Notre leçon est finie pour aujourd'hui, tu pourras rentrer après m'avoir accompagné en salle des professeurs. Je ne pourrais pas marcher seule. »

La puissance de l'âme de Maka était à la hauteur d'un ange déchu, ce qui fascinait et terrifiait Marie en même temps. Elle ne savait pas encore comment elle allait s'y prendre pour l'apaiser, ni pour lui apprendre à contrôler sa folie. Mais le plus étrange était cette ombre qui avait voulu l'attraper, elle redoutait que ce soit ce à quoi elle pensait. Elle décida que la prochaine fois, elle ne resterait pas plus de dix minutes pour éviter un quelconque problème.

Une fois arrivées devant la porte de la salle des professeurs, Maka laissa le soin à un autre de s'occuper de Marie puis s'en alla. Il faisait nuit dehors et elle était sûre qu'il ferait froid. Quand elle passa la porte, Maka aperçu l'ombre noire assise sur les remparts de la cour qui entourait Shibusen. Sans faiblir, elle fixait la meister, le visage dans l'ombre. La jeune femme la regarda quelque secondes puis passa son chemin et descendit les escaliers. Elle traversa les rues sombres et vides de Death City, marcha sous les lampadaires et rasa les murs en repensant à ce que Marie lui avait dit plus tôt.

Ses oreilles perçurent un bruit, des petits pas irréguliers qui courraient. La meister sentit son sac partir alors qu'un enfant le lui arrachait. Surprise, elle le suivit en marchant jusqu'à ce qu'il saute d'un muret et atterrisse lourdement en bas. Elle le rejoignit tranquillement en bas, sans aucun mal. En revanche, le petit garçon qui jouait les pit-pockets rampait difficilement, la jambe brutalement tordue. Maka le retourna sur le dos avec son pied, quelque peu contrariée, et lui sourit.

« Il n'est pas un peu tard pour être dehors? »

Maka décida qu'elle n'aimait pas le regard plein de dédain qu'il lui lança et elle entreprit de lui apprendre ce qu'il coûte de troubler un meister qui est occupé à penser.

« Tu fais partie de cette bande d'orphelins que Shibusen avait essayé de réinsérer, non? Je t'ai déjà vu. Tu as quel âge?

-Qu'est-ce que ça peut te faire?

-Je veux juste t'aider. Tu vole souvent les gens comme ça?

-Je fais que ça, j'ai pas le choix, non?

-Tu l'as eu, Shibusen t'a laissé une chance.

-Tu parles! Je ne pouvais pas faire ce que je voulais, je préfère être libre. »

Maka haussa un sourcil, le gamin devait avoir environ douze ans et il était irrécupérable en somme. Elle en avait assez des personnes profitant grassement de Shibusen qui leur tendait la main pour les accueillir, aussi stupide soit son école. Elle protégeait ce genre d'individu alors que d'autres plus honnêtes tremblaient à ce moment. Ce gosse ne savait pas la chance qu'il avait eu de se voir offrir une opportunité, et dire qu'en tuant le grand dévoreur, Maka avait sauvé la vie de ce genre de personne dédaigneuse. C'est à cause de cela qu'elle détestait l'humanité tout entière. Si elle le laissait partir, il vagabonderait encore. Et quand il grandira, il se retrouvera sur la liste de Shinigami suite à une mauvaise rencontre.

Les temps était durs et Maka ne voulait pas se retrouver avec le risque de devoir se débarrasser d'un parasite de plus lorsqu'elle n'aurait pas le temps. Elle décida de le tuer tout de suite. Elle prit sa tête entre ses mains et d'un geste rapide, elle lui brisa la nuque qui céda dans un craquement qui aurait glacé le sang de n'importe qui. Elle se redressa sur le corps de l'enfant qu'elle contempla, il était bien plus beau une fois mort. Son corps commença à se disloquer et son âme fût mise à nu.

Les yeux de la meister s'écarquillèrent et elle repensa à ce qu'elle avait dit à Soul quelque années auparavant. Elle lui avait demandé quel goût avait une âme, et il lui avait répondu ''aucun'' d'un sourire ''c'est juste que j'adore la sensation de la sentir descendre dans ma gorge''. Maka sourit et saisit l'âme pure du garçon. Ses yeux la contemplèrent longuement, puis, après une interminable attente, elle ouvrit la bouche.