Et voilà la suite que vous attendiez tous avec impatience (ou pas). Merci pour vos Reviews en tout cas ^^


En arrivant à son cabinet le lendemain, Kyle trouva sa secrétaire déjà en plein travail. Elle arrivait toujours un peu avant lui pour régler les affaires de dernière minute. Il la salua poliment et traça directement jusqu'à son bureau.

- Attendez ! fit-elle alors qu'il allait sortir.

- Oui ?

- Il y avait une lettre étrange dans la boîte ce matin, sans timbre ni destinataire. Une petite enveloppe prune qui portait le logo de Cartman Company. Vous la voulez tout de suite ou vous préférez attendre le reste de votre courrier ?

- Montrez-la-moi s'il vous plaît.

Sarah poussa une pile de papier et lui tendit l'enveloppe. Il la remercia et s'en alla la lire dans son bureau. Il la décacheta et en sorti une petite carte noire avec une courte inscription en lettres dorées :

Invitation

24/01 23H

Et au dos une adresse dans Manhattan, apparemment. Cette carte portait assurément la griffe de Cartman et son premier réflexe fut de la jeter dans la corbeille à papier. Puis il se mit au travail.

Plus la journée avançait, plus son regard se portait dans la corbeille. La carte semblait y scintiller sournoisement. Ne pouvant plus tenir, il la reprit entre ses mains et l'étudia de plus près. Cartman attendait sans doute qu'il se rende à l'adresse indiquée le 24 janvier. Or c'était le samedi qui venait, dans trois jours exactement. Le téléphone le sortit de ses pensées :

- Votre femme, indiqua la secrétaire.

- Allo ?

- Kyle ! Tu as encore beaucoup de travail ?

La voix de Chani trahissait son exaspération.

- Je peux m'arranger, pourquoi ?

- J'ai un problème avec l'ordinateur de bord de la maison, la cuisine est complètement HS.

- Je vois. Bon, je rentre tout de suite, de toute façon, j'ai terminé.

- Merci, tu es adorable, déclara la jeune femme, rassurée.

Il raccrocha, et sortit immédiatement aider sa femme. Ce coup de fil était arrivé à point nommé, lui rappelant qu'il valait mieux ne pas jouer avec le feu.

Il n'y repensa plus jusqu'à samedi soir. Il avait défendu un client lors d'un long procès et avait fait des heures sup' à son cabinet pour clore le dossier, il était donc tard, environ 21H. Il avait téléphoné à sa femme pour lui dire qu'il serait très en retard et qu'elle ne devrait pas l'attendre pour manger. Il décida donc d'aller dans un restaurant qu'il connaissait bien. Il en sortit à 22H30 et fut surpris du vent glacial qui balayait la ville. Il enfonça ses mains dans ses poches et y trouva une carte. Il la sortit et découvrit que c'était l'espèce d'invitation étrange de Cartman. Il avait du la mettre machinalement dans sa poche en quittant son bureau.

A cet instant, il se demanda sérieusement s'il devait y aller. En effet, il avait un peu réfléchi et avait regretté d'avoir refusé un contrat avec Cartman Company, une des plus grandes entreprises de finance du monde. Il y avait un paquet d'argent à se faire et Kyle, malgré ce qu'il aimait raconter, avait un goût certain pour l'argent. Après tout, il était bien capable d'avoir une relation strictement professionnelle avec Cartman, ce n'était pas comme s'il ressentait encore quoi que ce soit pour lui. Oui, pendant dix ans il avait eu le temps de le détester et de tuer consciencieusement tous les sentiments qu'il avait pu éprouver. C'était décidé, il ne passerait pas à côté du procès de sa vie pour une malheureuse histoire d'amourette de lycéen. Il donna la carte à un chauffeur de taxi et lui demanda de trouver l'adresse.

La voiture le déposa devant un vieil immeuble en brique rouge, d'à peine plus de 4 étages, qui avait du être très prisé quelques années plus tôt. A présent, il passait complètement inaperçu. Kyle regarda l'heure, il était bientôt 23H, il n'était pas trop en avance. Il toqua à la porte (pas d'interphone) et une petite fente s'ouvrit. Il entendit « Invitation » alors il passa sa carte dans le trou et attendit. La porte finit par s'ouvrir et dès qu'il entra on l'immobilisa et on lui banda les yeux. Le jeune homme protesta mais il était maintenu par deux personnes, sûrement des hommes à forte carrure et il ne faisait pas le poids.

Il crut comprendre qu'ils prenaient l'ascenseur, peut-être vers le bas. Ensuite on le guida sur quelques dizaines de mètres puis on le poussa dans une pièce. Kyle trouvait tout cela très louche et il commençait à s'inquiéter. Il arracha son bandeau et découvrit une petite pièce entièrement capitonnée, recouverte de velours pourpre et noir. A part devant la porte, des canapés Chesterfield étaient appuyés contre les murs et une table en bois foncé trônait au milieu. Cela faisait très salon de discussion vintage, là où les hommes fumaient et badinaient sans leurs femmes. Kyle était seul, il ne savait pas vraiment ce qu'il devait faire. Il s'assit sur un canapé, celui en face de la porte, et attendit.

Peu de temps après, Cartman entra, suivi d'un serveur qui déposa du whisky et des cigares. Cartman le salua et s'assit à son tour.

- Alors, comment tu trouves mon club privé ? s'enquit-il en souriant.

- Pour ce que j'en ai vu…

- Il est illégal et secret. Seuls les invités y ont accès. J'en ai quelques uns du même type répartis dans la ville. Si tu as eu les yeux bandés c'est pour que tu ne puisses pas retrouver le chemin si jamais tu comptes nous dénoncer à la police.

- Je sais où se trouve l'immeuble.

- Oui mais en revanche tu pourras toujours revenir et chercher comment venir ici, c'est une entrée cachée. Mais passons. Cigare ?

- Non, merci.

- Tu ne fumes pas alors ?

- Non.

Cartman opina et alluma un cigare pour lui-même. Ensuite, il leur servit du whisky et se laissa aller contre le dossier confortable du canapé :

- Alors, tu es venu, murmura-t-il. Je dois t'avouer que j'avais des doutes après ta réaction la dernière fois…

- Je venais juste pour te dire que je ne résiliais pas notre collaboration, si ça t'intéresse toujours.

Cartman sourit :

- C'est donc ça… Eh bien oui ça m'intéresse toujours. Mais ce n'était pas pour ça que je t'ai fait venir.

- Je m'en doute… Mais il est hors de question qu'il se passe quoi que ce soit de non professionnel entre nous, prévint Kyle en se raidissant.

- Comme tu voudras.

L'avocat n'y croyait pas une seconde. Cartman qui cédait ? Juste impossible. Cependant, il resta courtois et discuta aimablement avec lui de tout et de rien, du cours de la Bourse comme des canards de Central Park. Avec le temps le caractère de Cartman s'était tempéré, sa vision des choses était moins radicale et, après tout, assez pertinente. Parler avec lui n'était somme toute pas désagréable. Puis au fil de la conversation ils arrivèrent à en parler de leurs vieux amis :

- Au fait, tu vois toujours Stan ? demanda Cartman.

- Il habite à Phoenix alors c'est difficile de se voir souvent mais en général je vais passer quelques jours là-bas en été avec ma femme et ma fille.

- Il devient quoi ?

- Il travaille dans une boîte d'informatique. Très bien payé pour pas grand-chose, sourit Kyle. Son histoire avec Mandy a bien marché puisqu'ils sont toujours ensemble, mais elle ne veut pas se marier. Quant à un enfant, elle veut attendre aussi.

- Ça ne m'étonne pas d'elle. C'est une fille intelligente, c'est pour ça qu'elle m'a toujours énervé.

- Tu veux dire que se marier et avoir un enfant à notre âge est stupide ? grogna Kyle.

- Ouais. Et Kenny ?

- Après la fac il est resté à Denver. Depuis, il fait son petit trafic, j'évite de trop m'en mêler.

- Vraiment ? Il ne s'est toujours pas retrouvé en taule ?

- Non.

- Il est doué. Il faudrait que je le retrouve tiens, déclara Cartman pensivement.

Kyle se frotta les yeux. Il était fatigué et le whisky lui montait à la tête :

- Il est tard, je devrais être rentré chez moi depuis longtemps.

- Tu ne l'as pas prévenue que tu venais ici ?

- Je n'avais pas vraiment prévu de venir jusqu'au dernier moment, se justifia le Juif. Pourquoi tu souris ?

- Si tu ne lui as pas dit c'est que tu te sens coupable, analysa le jeune homme, et dans ce cas-là…

- Quoi ? Je ne me sens pas…

Trop tard, Cartman avait juste eu besoin de se pencher pour l'embrasser. Un long frisson parcourut son échine, l'alcool lui embuait l'esprit. Cartman se recula tout en restant tout près de lui. Il semblait presque l'interroger de son regard sombre. Sans doute rouge comme une écrevisse trop cuite Kyle était paralysé. Cartman sentait le whisky et le cigare, l'odeur de l'interdit.

Voyant que son nouvel avocat ne le repoussait pas, le jeune homme d'affaire comprit qu'il avait gagné pour cette fois. Il caressa doucement son visage puis l'embrassa encore, plus brutalement, parce qu'il en crevait d'envie depuis bien trop longtemps. Il fut surpris de constater que Kyle répondit à son étreinte, refermant ses bras dans son dos, le serrant contre lui et lui rendant son baiser. Alors Cartman arrêta de se maîtriser et défit la cravate de son ami, ouvrit sa chemise et redécouvrit son torse.

- Tu m'as manqué, souffla-t-il en touchant la peau brûlante.

- Cartman…

Alors qu'il détachait la ceinture de Kyle, il sentit quelque chose vibrer dans sa poche. Son putain de portable. Il le sortit et regarda qui appelait Kyle à cette heure-ci :

- Chani, grogna-t-il.

Il fit mine de décrocher pour l'envoyer paître mais Kyle, affolé, lui arracha le Smartphone des mains et répondit lui-même en le repoussant un peu :

- Allo ?

- Où es-tu ? Je me fais un sang d'encre ! Il est presque une heure du matin ! Tu vas bien ?

Kyle sentit la culpabilité l'écœurer. Il s'éclaircit la gorge :

- Oui, ne t'en fait pas. J'ai eu beaucoup de travail.

- J'ai appelé Sarah, ta secrétaire, et elle m'a dit que tu étais sorti du bureau à 21H ! Où es-tu ?

- Je…

Eric qui était assez près pour entendre la conversation le regardait comme s'il était débile. Il articula sans un bruit « Mais dis-lui la vérité putain ! Elle va se douter de quelque chose sinon ! ». Kyle hocha la tête :

- J'ai croisé un vieil ami au restaurant, Eric Cartman, il m'a invité à boire un verre et on n'a pas vu le temps passer.

- Eric Cartman ? Celui de la finance ?

- Oui.

- Tu le connais ? C'est quoi cette histoire ? fit-elle, incrédule, comme s'il ne pouvait pas avoir ce genre de relations.

- On était en primaire et au lycée ensemble.

- Tu ne m'en as jamais parlé, c'est bizarre.

Cartman fit une petite grimace.

- C'est parce que je n'y pensais plus, répondit Kyle. Enfin, je rentre dans une demi-heure d'accord ?

- Bon. Invite-le à dîner avec nous la semaine prochaine, j'aimerais bien voir de qui il s'agit… A tout à l'heure.

Elle raccrocha. Kyle soupira, sa femme était assez jalouse, il le savait bien et elle le soupçonnait d'être avec une autre. C'était d'ailleurs pour cette seule raison qu'elle voulait s'assurer qu'il était bien ami avec Cartman en l'invitant chez eux. Ce dernier lâcha en souriant :

- Dimanche soir ça me va. J'ai hâte de rencontrer ta petite famille.

- Hors de question, trancha Kyle.

- Tu préfères que ta femme croie que tu la trompes ?

- Elle me fait confiance.

- Pas tant que ça visiblement…

- Ça ne te regarde pas !

- Si, puisque c'est avec moi que tu la trompes. J'ai mon mot à dire, je ne veux pas de scandale. Tu imagines si elle venait à l'apprendre...

Kyle lui envoya un coup de poing dans la mâchoire :

- Je ne trompe ma femme avec personne, c'est clair ?

Cartman ne perdit pas son sourire arrogant. Il passa son index le long du torse nu du jeune homme et chuchota d'un ton ironique :

- Ah oui, j'ai dû mal comprendre.

Puis il l'embrassa dans le cou, lui caressa le visage et murmura :

- Il va falloir que tu y ailles si tu ne veux pas être en retard. Tu as mon numéro pour me confirmer la date de notre petit dîner en famille.

L'avocat baissa les yeux, penaud :

- Non, je ne veux pas. Ça serait trop bizarre.

- Tu crois que ça m'enchante de me taper un dîner avec ta feuj de femme ? Mais si ça peut te laver de tout soupçon c'est un mal pour un bien. Ça m'ennuierait vraiment si elle t'empêchait de sortir en croyant que tu vas chez une femme.

Kyle le regarda longuement, bouffé par la culpabilité. Il eût pourtant été persuadé de ne plus lui céder. Pourquoi est-ce qu'il replongeait toujours ? Et si vite, en plus. Il retrouvait ses vieux démons et ça ne lui plaisait pas du tout. Au contact de Cartman, il se découvrait des faiblesses qu'il ne soupçonnait pas. Il était marié, père d'une petite fille, et assis, la chemise ouverte, entre les jambes d'un homme. C'était dégoûtant. Révoltant. Mais pourtant c'était réel. Il aimait réellement l'ambiance enivrante de la pièce, le regard sombre de Cartman et sa bouche... Peu à peu, il voyait un cruel dilemme se dessiner devant lui.

- Qu'est-ce que je vais faire ?

- Fais moi confiance, conseilla Cartman d'une voix douce. Je m'occupe de tout, ça va bien se passer. Allez, je te raccompagne à l'entrée.

Il lui banda les yeux à nouveau, sans manquer de remarquer que c'était très sensuel, puis il le ramena dehors, où un taxi l'attendait déjà. Il le salua d'un geste de la main et rentra dans l'immeuble.

Lorsque Kyle rentra chez lui, il encaissa le regard accusateur de sa femme.

- Alors, ton « Eric Cartman », il va bien ? grinça-t-elle.

- Oui, je lui ai proposé de venir à la maison dimanche de la semaine prochaine.

Chani parut tout à coup se radoucir. Elle l'embrassa et se rallongea dans le lit.

- Alors c'est vrai ? Tu étais avec un ami ?

- Bien sûr. Tu me crois n'est-ce pas ?

- On va dire que oui. Tu sens le cigare. Les femmes ne fument pas le cigare. Donc tu es présumé innocent jusqu'à ce que je sois sûre que tu ne mentais pas.

Kyle sourit et s'allongea en la serrant dans ses bras. Si elle savait que ce n'était pas une femme qu'elle devait craindre…

Toute la semaine qui suivit, Chani établit tout de même une surveillance un peu plus étroite autour de son mari. Elle était consciente qu'il était beau et qu'il en attirait plus d'une, et ça, elle ne le supportait pas. Elle avait fait un effort en gobant son histoire d'ami d'enfance mais elle ne le laisserait plus sortir comme bon lui semblait sans la prévenir. Elle l'appelait au bureau pour vérifier s'il respectait ses horaires et elle allait souvent le chercher elle-même le soir, soit pour aller au restaurant, soit pour simplement rentrer à la maison.

Kyle lui avait fait remarquer que c'était un peu excessif, qu'elle n'avait aucune raison de ne pas lui faire confiance. Elle avait volontiers admis qu'il avait toujours été un partenaire modèle. Ils avaient donc fait un marché. Si Cartman était vraiment un ami d'enfance, et elle s'en apercevrait vite, alors tout redeviendrait normal. Mais ce n'était pas une raison pour qu'il serve d'alibi à la moindre de ses sorties, un homme d'affaire devait sans doute être trop occupé pour ce genre de chose. Kyle se souvenait d'avoir songé à ce moment là que Cartman pouvait prendre le temps libre qu'il souhaitait, et qu'il ne s'en privait sûrement pas. Mais il n'avait rien dit.

C'était le jour J. Cartman arriva à 19H, très ponctuel. Il était au volant de son énorme Hummer qu'il gara dans la grande cour. Le couple sortit l'accueillir. Chani portait une robe Dior couleur chair avec une discrète parure en or. Elle avait relevé ses cheveux en un épais chignon soigné. Kyle avait l'impression qu'elle brillait d'elle-même, avec sa peau dorée. Elle était très belle. Lui avait opté pour une chemise prune foncé, une veste classique et un pantalon à pinces assorti. Cartman, fidèle à lui-même, était vêtu d'un costume sombre très sophistiqué, veston, cravate et boutons de manchette en or. Ses vêtements, sans doute du sur mesure, soulignaient sa silhouette ciselée avec élégance. Son long manteau en cuir était le dernier must et il ressemblait ainsi à une gravure de mode. Entre sa femme qui resplendissait et Cartman qui en imposait, Kyle se sentait un peu ridicule, comme s'il était en sous-vêtements.

Affichant son sourire mondain très subtilement ironique, Cartman salua en premier Chani puis il serra la main de Kyle. La jeune femme, qui avait juste jeté une veste sur ses épaules pour sortir accueillir son invité, proposa de vite rentrer se mettre au chaud. Après un dernier coup d'œil circulaire au grand jardin, Cartman entra.

- Quelle jolie maison, commenta-t-il d'un ton courtois.

Chani sauta sur l'occasion pour parler d'architecture moderne, sujet qu'elle affectionnait particulièrement, et Cartman lui donnait volontiers la réplique. Kyle connaissait l'histoire de la maison et des meubles par cœur et la conversation l'ennuyait terriblement. Il servit l'apéritif puis s'assit en les regardant parler avec consternation. On se serait cru dans une série tv des années 50, tous les deux jouaient leurs rôles respectifs d'hôte charmante et d'invité modèle à la perfection. Le jeune avocat failli même leur demander s'il les dérangeait.

Au bout d'une bonne dizaine de minutes, il se décida à entrer dans la conversation :

- Cartman, tu n'as pas eu trop de mal à trouver la maison ?

Pitoyable… A croire qu'il n'avait rien d'intéressant à dire. L'intéressé le fixa une fraction de seconde qui voulait dire « T'es stupide ou quoi ? » puis il répondit :

- J'ai un GPS, comme tout le monde.

- Ah, oui.

- Alors, dites moi, vous vous connaissez depuis quand ? demanda Chani pour dissiper le malaise.

- Depuis la maternelle, répondit Cartman. Je suppose que vous connaissez Stan March et Kenny McCormick.

- Oui.

- Eh bien nous étions toujours fourrés ensemble tous les quatre.

- Vraiment ? s'étonna la jeune femme. Pourtant Kyle ne m'a jamais parlé de vous quand il me racontait son enfance.

- J'en suis au moins aussi surpris que vous.

- Et pourquoi vous appelle-t-il par votre nom ?

- C'est une habitude, je pense.

- Oui, ça a toujours été ainsi, renchérit Kyle. Ça n'a pas de connotation péjorative.

- Ah bon ? J'ai toujours cru que si, lâcha Cartman.

- Bien sûr que non. Pour moi c'est comme si c'était ton prénom, sauf que je ne me vois pas t'appeler Eric du jour au lendemain, c'est tout.

- Hum.

Cartman se tourna à nouveau vers Chani :

- Kyle m'a parlé de votre fille, Neîma, n'est-ce pas ?

- Oh oui, elle est dans la salle de jeux avec la nourrice, répondit-elle.

- Je serais curieux de la rencontrer.

- Je vais la chercher, ne bougez pas vous deux.

La jeune femme posa son verre et sortit de la pièce. Cartman se pencha vers Kyle :

- Elle est plus sexy que je l'imaginais, je te l'accorde.

- Ne parle pas d'elle comme ça.

- Tu préfères elle ou moi ?

- Quelle question ! Elle, bien sûr.

- Hum. Ta maison est petite, mais c'est mignon. Très cocoon.

- Ma maison n'est pas si petite que ça, c'est toi qui a une vision démesurée, grogna l'avocat.

- Tu es complètement asocial Kyle. Heureusement que ta femme est là parce que on se ferait chier à mort sinon.

- Ta gueule. C'est juste que la situation est trop étrange, je ne sais pas quoi dire… J'ai peur de faire une gaffe.

- Mais quand même, tu exagères. Dire que tu ne lui as jamais parlé de moi, ça me ferait presque mal au cœur, chuchota Cartman d'un ton désinvolte.

- Tu n'as pas de cœur…

- C'est pas faux.

Les talons hauts de Chani retentirent dans le couloir. Instinctivement, Kyle s'éloigna un peu de Cartman et se tint bien droit, non sans un regard moqueur de ce dernier. La jeune femme apparut avec une petite fille de deux ans aux longs cheveux roux dans les bras. Enfin, aussi longs que peuvent être les cheveux d'une fille de deux ans, soit un peu plus bas que les épaules. Elle avait le teint pâle de Kyle avec les tâches de rousseur en plus. Dans sa petite robe, elle ressemblait à une poupée. La maman se rassit en face des deux hommes, la petite sur les genoux.

- Quelle jolie princesse ! minauda Cartman. Je m'appelle Eric, je suis un ami de ton papa. Enchanté.

Intimidée, Neîma le fixa de ses grands yeux noisette sans mot dire. Puis elle finit par esquisser un petit sourire.

- Elle est adorable. Elle te ressemble Kyle.

Ce dernier faillit s'étouffer avec le canapé au saumon qu'il mangeait. Il toussa un peu en faisant les gros yeux à son ami :

- Ah, c'est les cheveux, sans doute, balbutia-t-il.

- Oui, j'aime bien les roux. Ils ont quelque chose de spécial, insista Cartman d'un ton lourd de sous-entendu.

Chani ne saisit évidemment pas l'allusion et elle renchérit :

- Tout à fait d'accord avec vous. Je leur trouve un petit côté mystique.

- Oui, très attirant…

- Bon ! Coupa Kyle, brusquement, et si nous passions à table ?

Cartman sourit, il s'amusait follement en fin de compte :

- Bonne idée, je meurs de faim.


Haha, Cartman me fait bien rire. Pauvre Kyle, il est un peu nouille en ce moment, je trouve. Il faut que je fasse quelque chose pour le rendre un peu moins passif...