Chapitre 3: La clef des songes
Le vent, chargé des senteurs naturelles qu'il transporte avec lui, est froid ce soir. Mais je les sens toutes, la terre que je viens de retourner, le bois du tronc d'arbre contre lequel je me suis soulagée plus tôt dans la journée... Ce vent, qui soulève les feuilles et fait danser les branches de l'arbre sous lequel je me tiens, exacerbe chaque cellule de mon être. Insensible au froid, je me tapis dans la neige.
Dans le carré sombre qui se découpe au-dessus de moi brille la lune. Belle et ronde, pleine et entière. Comme toujours. L'appel est instantané, instinctif. Je l'entends par-delà les collines qui se situent pourtant à plusieurs mètres de là. Le signal ?
Je m'ébroue dans la nuit pour me débarrasser des particules de neige qui finissent par me recouvrir à force de rester immobile, préférant ma position à celle du reste de la meute. La chasse sera bonne ce soir, je le sais. Mais je n'ai pas envie d'y participer. Ne suis-je pas un loup solitaire ?
La sensation familière m'effleure soudainement. On m'observe.
Je dresse aussitôt les oreilles et scrute les environs. Rien dans les buissons. Si. Une proie de petite taille qui provoque au buisson un bref sursaut. Mais je la laisse s'échapper à travers le feuillage... Elle ne m'intéresse pas. Il y a une présence avec moi. Elle me guette et surveille le moindre de mes mouvements. Je la sens. Son envie profonde de se lier à moi. Je retrousse les babines et grogne, les griffes plantées dans la terre et l'herbe que j'arrache, traçant des sillons profonds à travers le tapis de neige. Tout à coup, je pousse un hurlement bestial en direction des prunelles qui m'observent. Et la nuit retrouve sa froideur habituelle.
Je ne veux pas qu'elle me regarde.
Comme un arrachement.
La sensation que j'éprouvais s'apparentait à celle d'un membre absent que l'on s'efforce vainement de remuer. Lorsque l'on sait pertinemment que quelque chose est là, tangible, invisible à l'œil nu tout autour mais pourtant si présent à l'intérieur de soi. Une sensation de vide, béant, la certitude d'une place à combler, d'une évidence mal questionnée, d'une énigme non résolue, d'un chemin bancal, inachevé, d'une racine arrachée à sa terre.
J'appuyai mon front contre le miroir de la salle de bains. Je n'avais pas besoin d'ouvrir les yeux pour constater l'absence de reflet que j'y trouverais. Pour constater l'absence tout court. Je refermai le placard à pharmacie que j'avais ouvert sans raison. Aucun médicament ne pourrait soulager la sensation de manque qui m'enserrait.
Pur réflexe de ma vie d'humaine, je levai les yeux vers la surface réfléchissante. Elle me renvoya l'image de la serviette grise qui s'accrochait toujours au meuble qui ne lui était pourtant pas destiné à l'origine. Malgré mes allées et venues récurrentes dans l'appartement depuis des mois, je n'avais eu ni l'envie ni le courage de la ranger. Encore moins celui de l'utiliser.
Mon téléphone se mit à vibrer dans la poche du jean que je portais. Je ne répondis pas. Je lâchai les rebords du lavabo que je serrais sans m'en rendre compte, puis quittai la salle de bains pour me rendre dans le salon. Je ne m'arrêtai pas dans la chambre. J'avais découvert récemment que mes rêves s'accentuaient lorsque je m'endormais dans ce lit. Lorsque je fermais les yeux, à la recherche de la moindre parcelle de sensation que je parvenais à retenir parmi toutes celles qui dérivaient irrémédiablement vers les affres de l'oubli.
Lorsque je la percevais de manière plus ou moins diffuse, selon les instants, à travers nos rêves.
Les rêves éthériques — car c'est ainsi que ce phénomène se nomme pour nous les vampires — se produisent lorsque le lien du sang atteint un niveau de connexion tel que les deux parties parviennent à se percevoir à travers leurs rêves. J'étais encore jeune vampire à l'époque où j'avais eu mon premier rêve éthérique.
Avec Samuelle.
Notre lien ne datait pas de plus d'un mois lorsque j'expérimentai le phénomène pour la première fois, mais il avait été suffisamment profond pour pouvoir me lier à elle de manière intense. L'expérience avait été surprenante, cependant. Incapable de me dissocier d'elle par moi-même, j'avais bien failli me perdre dans les méandres de mon propre esprit. Sans l'aide et l'expertise de Samuelle pour me guider, je me serais probablement perdue dans les rêves. En d'autres termes, je ne me serais jamais réveillée.
À travers les siècles, des accidents avaient déjà eu lieu. Des vampires, coincés dans leurs propres rêves, incapables de se réveiller, finissant à l'état végétatif, comateux pour les mortels. Endormis pour nous. Et fatalement, sans apport de sang pour se nourrir... La perte de soi d'abord, la dessiccation ensuite, puis enfin, la mort.
C'était l'un des risques inhérents au lien du sang, risque considérablement accru si l'une des deux parties était humaine. Pour les mortels qui parvenaient à se réveiller, c'était la folie assurée. Une incapacité totale à distinguer le rêve de la réalité. Perdus entre deux mondes pour le reste de leurs vies. C'était un peu ironique, car d'une certaine manière, ils nous ressemblaient un peu ainsi... à ceci près que notre espérance de vie avoisinait l'éternité.
J'ouvris légèrement l'unique fenêtre du salon, chassant le souvenir douloureux de notre première fois. La ruelle était déserte, mais je m'attardai plus que nécessaire pour vérifier de nouveau que j'étais bien seule. Malheureusement, je l'étais. Aucun signe de Shaw. Je refermai doucement la fenêtre.
Depuis plusieurs semaines, je la percevais à un degré particulièrement élevé durant mes rêves éthériques. Et ce constat me perturbait. Parce qu'il n'était pas normal pour nous d'en avoir. Pas depuis la coupure de notre lien. Je clignai des yeux en observant le salon vide de toute présence autour de moi. Le lien n'existait plus pour elle, certes. Mais pour moi...
Je levai les yeux au plafond.
Il n'avait jamais cessé de vibrer. Je retenais mon désir, j'empêchai mes pensées de convoler vers elle autant que possible. Je ne pouvais pas me permettre de risquer sa vie simplement à cause de mon désir égoïste de demeurer avec elle d'une manière ou d'une autre. Je n'avais aucun moyen de savoir si les rêves éthériques l'affectaient. Shaw avait bel et bien coupé notre lien, mais il ne l'était pas pour moi. Il ne le serait jamais, compte tenu de sa nature spécifique qui lui conférait la douce et atroce particularité d'exister pour l'éternité. Ce n'était pas le cas pour Shaw. Ça ne l'était plus.
Mais lorsque je dormais... Je soupirai, à la fois de fatigue et d'énervement. C'était la seule explication logique à laquelle j'avais abouti. Mes défenses mentales s'affaiblissaient lorsque je m'endormais. Je ne possédais pas la maîtrise absolue de Samuelle pour manipuler le lien du sang, encore moins celle de la conduite des rêves éthériques. Pour le dire plus clairement, je devenais vulnérable lorsque je sombrais dans le sommeil, et je créais ainsi un canal entre elle et moi durant nos rêves. Un canal qui l'exposait, tout comme moi, au risque de ne jamais se réveiller.
Je m'appuyai contre le mur, osant un regard discret vers la fenêtre. L'obscurité s'étiolait peu à peu, annonçant le lever du jour imminent. Je fronçai les sourcils. Malgré l'hiver et sa compassion involontaire pour les vampires, le soleil parvenait toujours à percer le ciel de ses rayons. Inévitablement. Bien à l'abri derrière le mur, je contemplai silencieusement le lent éveil du jour.
Mon premier rêve éthérique avec Shaw avait eu lieu peu après mon jugement au Paladium. Je me trouvais encore à Albany, n'ayant pas reçu la grâce qui me soustrairait définitivement à l'exécution. Celle-ci avait juste été délayée par Samuelle. Harold, appuyé par le Conseil des Huits, avait insisté pour que je sois jugée une seconde fois suite à la disparition de Shaw, disparition pour laquelle il m'avait tenue pleinement responsable. Sans même m'avoir questionnée au préalable. Certes, je ne méritais peut-être pas la médaille de l'honnêteté suprême, mais je n'avais jamais œuvré contre mon clan. Pas... directement, en tout cas...
Quoi qu'il en soit, Harold avait obtenu gain de cause. J'avais dû supporter un second jugement, à huis clos cette fois-ci, uniquement entendue par les membres du Conseil ainsi que Samuelle. Si le conflit d'intérêt n'avait jamais été formulé de façon explicite par Harold vis-à-vis de Samuelle, il fut clairement sous-entendu par d'autres à mon égard.
Mais elle était la Devineresse.
Sa parole avait valeur de foi, en toute circonstance. Ce fut ainsi que je gagnai ma grâce, et avec elle le droit de me mouvoir à ma guise de nouveau. Bien entendu, la protection de Samuelle, ou passe-droit pour certains, ne faisait que m'isoler davantage des autres. Cet isolement ne me touchait pas plus qu'il ne le fallait, mais Samuelle...
Ce n'était pas le genre de vie qu'elle avait souhaité pour moi. Ma nature anti-sociale m'avait valu un aller simple pour le monde de la nuit. Quelle meilleure candidate qu'une jeune femme isolée, sans famille, farouchement méfiante de la race humaine et amoureuse de la nuit ? J'avais toujours été seule. Toujours. Avant Samuelle.
Et maintenant Shaw.
J'appuyai durement mon front contre le mur du salon tandis que le jour, un peu gris, se levait. J'avais mis du temps à mettre le doigt sur ce qui me taraudait. Je dépensais une énergie considérable à contrôler mes émotions envers Shaw, ceci afin de ne pas lui faire prendre le moindre risque. Je ne voulais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit à cause de mon manque de maîtrise. À cause de moi.
Mais dans le même temps...
Je brûlais d'envie de la retrouver. De la revoir. De la sentir près de moi, ne serait-ce qu'à quelques mètres. Dans mes tentatives de me rassurer sur ma faiblesse, je m'en persuadais. Tous les jours. Si je souhaitais la retrouver, c'était uniquement pour vérifier qu'elle allait bien. Malgré l'assurance de Samuelle qu'elle veillait sur elle. Non, je voulais le voir par moi-même. C'était l'unique moyen pour moi d'effacer tous mes doutes.
Bien sûr.
Alors forcément, le jour où la grâce me fut finalement octroyée... je m'étais endormie au petit matin, l'assemblée avait duré jusqu'à l'aube. Après l'habituel sursaut de terreur qui me tétanisait lorsque le souvenir des flammes remontait en moi, drapée dans la petite couverture du lit de la chambre d'hôte, j'avais laissé mon esprit se détendre pour la première fois depuis des jours.
Et comme des rubans finalement relâchés au gré du vent, mes pensées s'étaient aussitôt envolées vers elle.
Elle était en train de dormir. Sur le dos, comme je l'avais déjà vu faire tant de fois. Son estomac, bien rempli visiblement, se soulevait au rythme de ses respirations. Elle était au chaud. Je le savais, pas seulement en voyant l'épaisse couverture de fourrure qui lui recouvrait la moitié du corps, mais parce que je la ressentais également sur moi. Très chaude, confortable, rassurante et un peu lourde. Elle rêvait aussi. Son sommeil était agité. Elle ne me percevait pas. Et moi, je savais que ce rêve n'en était pas un. Pas un simple rêve en tout cas. Je sentais les poils de la couverture de fourrure sous mes doigts, la dureté du matelas dans mon dos, la chaleur émanant du feu de bois qui brûlait non loin d'elle, de moi, de nous...
Je n'arrivais pas à me départir d'elle, ni de moi-même. Ici, nous ne formions plus qu'un.
Le vent avait bruissé, et elle s'était crispée tout à coup. Moi aussi par la même occasion, dans la chambre d'hôte froide et vide du Paladium. Et elle... c'était une sensation des plus étranges. Je la voyais endormie dans sa couverture de fourrure, mais je me percevais également dans les draps fins qui me recouvraient. Lorsque je me concentrais sur moi-même, ma conscience de son environnement s'effilochait. Je m'étais accrochée furieusement à la sensation de la fourrure sous mes doigts, à l'image des siens qui s'y étaient aggripés tandis qu'elle commençait à remuer plus vivement dans son sommeil.
Je m'étais éveillée dans la minute qui avait suivi. Très frustrée, les mains refermées sur le drap que j'avais fini par déchirer partiellement. L'absence était encore plus insupportable lorsque sa présence était à la fois si perceptible et si irréelle...
Par la suite, d'autres rêves éthériques m'étaient venus, car bien évidemment, je m'étais activement employée à les provoquer. Ils étaient ma seule prise, mon seul lien avec elle. Puisque l'autre... Je quittai le mur du salon et me dirigeai à pas lents vers la chambre. La lumière du soleil n'était pas agressive dans cet appartement. Hasard fortuit, mais il constituait une excellente protection contre le soleil.
Le jean fut le premier vêtement que j'enlevai. Il glissa lentement le long de mes cuisses, puis mes jambes. Je le ramassai pour le déposer sur l'un des rares meubles de la pièce, une vieille commode en bois. J'ôtai le t-shirt à manches courtes qui me moulait le haut du corps, l'abandonnant sur le blouson de cuir que je portais habituellement et qui attendait sur une chaise près de la commode. Pieds nus sur la moquette, je me dirigeai prudemment vers la fenêtre de la chambre. Après m'être assurée que les volets étaient bien tirés, je me glissai finalement sous les draps.
Le tissu était doux contre ma peau. Je n'avais pas spécialement froid, à vrai dire je ne ressentais plus la température de la même manière depuis ma transition. Cela faisait donc bien longtemps que je n'avais pas ressenti le froid à proprement parler, mais si la température baissait suffisamment, je pouvais tout à fait le sentir.
Non, ce n'était qu'une habitude, une question de confort. Physiquement, le contact des draps était agréable. Psychologiquement, le drap était comme une seconde peau. Une couche protectrice, un habillement diurne pour moi qui avais conservé cette habitude de dormir presque nue sous les draps.
J'essayai de me détendre au maximum. Inutile de me débattre contre moi-même. Ce matin, comme tant d'autres avant lui, je ferais tout pour la rejoindre. J'ignorai de nouveau les vibrations de mon portable qui me parvenaient depuis le sommet de la commode. Les tiroirs, probablement peu remplis connaissant Shaw, offraient une désagréable caisse de résonance qui rendait les vibrations encore plus perceptibles à l'oreille. Je me forçai au calme.
À l'intérieur de moi, je maudissais ma faiblesse.
Il était bien beau de me convaincre toute la nuit qu'entretenir désespérément toute forme de lien avec elle, si infîme fut-il, constituait un danger pour elle si je m'abandonnais aux rêves éthériques dès les premiers rayons du jour.
Et pourtant...
Je me retournai sur le ventre, et respirai lentement contre le drap. La fenêtre était ténue pour nous. Shaw n'était pas comme moi. Son cycle de sommeil était forcément différent du mien, moi qui ne pouvais sortir qu'à la faveur de la nuit. M'endormir trop tôt, ou trop tard, pouvait empêcher la connexion de se former si elle ne dormait pas en même temps que moi. L'aube était le moment idéal, j'avais fini par le comprendre au fur et à mesure de mes tentatives.
«Shaw...»
Je l'appelai doucement, comme si le simple fait de le faire me permettrait de l'atteindre par-delà l'espace et le temps. Mais tout ce que j'obtins en retour fut l'horrible sensation de manque résultant de son absence, violente et réelle, elle.
Je me levai soudainement, me retrouvant instantanément dans la cuisine grâce à la vitesse inhérente à ma race. Par colère, par dépit, par fatigue, à court de solution ou en quête de réponse, j'attrapai une bouteille de bière sur la table basse du salon et la brisai entre mes doigts. Le sang perla à divers endroits sur la paume de ma main, mais je n'y prêtai aucune attention.
De façon totalement futile, j'arrachai les pages du premier magazine qui me tomba sous la main. Bientôt, la table basse vola à travers le salon, victime d'un inutile coup de pied balancé sans aucune autre raison que la persistance de ma frustration. Je m'apprêtais à faire de même avec l'une des bières restée sur le comptoir de la cuisine quand je me rendis compte de l'absurdité, et surtout de l'inutilité de mes actions. Je me mis à rire involontairement, les cheveux en bataille, la bretelle de mon soutien-gorge à moitié descendue sur mon épaule nue, ma main en sang s'accrochant toujours au tesson de la bouteille.
J'étais ridicule.
Ce n'était pas comme cela que je parviendrais à résoudre la situation. Je ne pouvais plus me permettre de vivre ainsi, oscillant en permanence entre deux états, basant mon rythme de vie sur le sien sans pour autant être capable de communiquer réellement: vivre avec elle m'était interdit, vivre sans elle m'était impossible.
Quel choix me restait-il ?
J'avalai ma salive tandis que je me dirigeais vers la cuisine et ouvrit le robinet. L'eau qui s'écoula dans l'évier charria avec elle les débris de verre qui s'étaient logés sous ma peau et que ma nature vampirique commençait déjà à rejeter. Le filet d'eau qui tournoyait dans l'évier était légèrement rougeâtre, mais transparent par endroits. Incertain de sa couleur.
Tout comme moi.
Qu'allais-je bien pouvoir faire pour y remédier ? Continuer à l'appeler dans mes rêves semblait futile, mais j'avais désespérément besoin de conserver une forme de lien avec elle. Je pouvais continuer en secret, après tout, mon esprit n'était lui soumis à aucun engagement. Je pouvais bien faire ce que je voulais dans mes rêves, c'était bien l'un des seuls espaces de liberté qui me restait.
Ma main, entièrement guérie, se referma sur le robinet et je coupai l'arrivée d'eau. Derrière moi, le soleil n'était pas encore apparu. L'aube s'attardait aujourd'hui... Lasse de réfléchir dans le vide, je m'approchai du canapé et le tirai sans efforts. Il émit un crissement qui raya un peu le parquet. Tant pis pour les voisins. Désormais bien protégée des rayons éventuels, je me laissai doucement tomber sur le canapé. Mes yeux se fermèrent presque aussitôt.
Il était amusant de voir à quel point on pouvait s'endormir rapidement lorsqu'on ne forçait pas le sommeil à venir à soi.
Et nous nous retrouvâmes.
Le sang sur ma main.
Je me suis coupée avec du verre juste avant. Mais je ne ressens pas la douleur. Ce que je ressens, c'est le vide. De l'agacement, de la frustration, une très forte colère. Contre quoi ? Contre qui ? Moi-même, mais pas seulement. Je suis lasse, lasse de subir les contrecoups d'une situation que je n'ai pas choisi et qui m'impose des contraintes qui m'étouffent.
Je ne suis pas faite pour vivre ainsi. Les loups ne vivent pas comme cela.
Ils sont libres et fiers, indépendants. Ils n'obéissent qu'à leur meute. Mais ne suis-je pas dans une meute ? Celle de ceux qui ne chassent que la nuit, qui se nourrissent du sang de leurs victimes ? Exactement ce que je viens de faire.
Car le sang sur ma main n'est pas le mien.
Lentement, mes griffes se rétractent et mes crocs suivent. Je prends conscience du sang dans ma bouche. Le cadavre à mes pieds ne dira plus rien, maintenant. J'observe le ciel en plissant légèrement des yeux. L'aube. Le jour ne va pas tarder à se lever. Je me crispe soudainement.
La présence m'observe encore.
Sans un mot, je me baisse pour attraper les pieds du cadavre. Ils sont minuscules. Je le traîne sans peine dans la neige vers les buissons les plus proches. À l'abri des regards indiscrets. À l'abri des prunelles indiscrètes. J'observe les petites jambes qui ne bougent plus tandis que j'entraîne le cadavre plus profondément dans la forêt. Il n'y a pas une once de culpabilité en moi. Il n'y a rien. Je ne ressens aucune émotion. Pas même après avoir tué l'enfant.
Ending theme: Wolf & I (Oh Land)
