Bonjour !
Comme prévu voilà la suite de cette fic :)
Merci à mes fantastiques bêtas Nalou et Nauss, et merci à Malya, Elie Bluebell, Electre1964 et nikkouyoku pour les super reviews :D
Bonne lecture à tou(te)s !
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« …'lut » marmonna Greg en entrant dans la cuisine, encore mal réveillé.
Sherlock ne prit pas la peine de répondre, le nez dans un mug et les yeux fixés sur une liasse de feuilles agrafées. Greg haussa les épaules et chercha la cafetière.
« Sur la table », indiqua Sherlock d'une voix traînante, sans relever le regard.
Le policier arqua un sourcil, mais la cafetière était effectivement en évidence, pleine, et visiblement encore chaude. La vapeur s'échappait, indolente, par le bec verseur. Gregory s'en servit une tasse, et se laissa tomber sur une chaise avec un grognement. La première gorgée de café qu'il s'octroya fut comme une brûlure lente, la chaleur se répandant dans son corps, et l'amertume riche du breuvage envahissant ses sens. Il ferma les yeux pour la savourer, ressentir pleinement son véritable réveil, le brouillard se dissiper dans son esprit. Il reposa son mug et s'étira, faisant rouler ses épaules nues vers l'arrière.
« Merci pour le café, Sherlock.
- Je ne l'ai pas fait pour toi. Je n'avais pas envie d'attendre que tu te lèves pour pouvoir déjeuner », répliqua l'intéressé.
Greg eut un mince sourire amusé. Maintenant qu'il était sorti de son état encore à moitié ensommeillé, il remarqua que la cuisine était dans un désordre notable. Placards ouverts, boîte de muesli entamée et laissée en vrac sur le plan de travail avec la bouteille de lait… Le policier masqua un soupir, et observa Sherlock qui mangeait d'un air distrait, absorbé par sa lecture. Somme toute, le frère de Mycroft était un grand enfant… Un génie, certes, et sans doute loin de la pureté et de l'innocence des plus jeunes, mais il y avait en lui une touche de maladresse, une incompréhension des règles de la société qui le faisaient paraître bien plus ingénu qu'il ne devait l'être réellement. Sherlock était un mélange improbable, un gosse capricieux et un esprit torturé tout à la fois, avec des yeux qui pouvaient s'illuminer d'une joie toute enfantine, et la seconde d'après, porter le regard vide de celui qui en a trop vu.
Mais là, tout de suite, son regard n'exprimait que la plus profonde concentration, et Greg l'observa un moment avant de tiquer. La liasse qui se trouvait entre les mains du jeune homme lui était familière…
« Qu'est-ce que tu lis ? demanda-t-il, appréhendant de déjà connaître la réponse.
- Le dossier de l'affaire Mills-Benson. Vous avez vraiment fait le travail à moit- hé !
Greg s'était levé et avait arraché les feuilles à Sherlock d'un geste brusque.
- Tu n'as pas le droit de lire ça, c'est confidentiel ! s'exclama-t-il, agacé, en agitant le dossier.
Sherlock haussa un sourcil.
- Dans ce cas, pourquoi l'avoir laissé traîner sur la table ?
- Parce… parce que je suis chez moi, et que je laisse ce que je veux où bon me semble ! J'ai travaillé là-dessus hier soir, et je l'ai laissé tel quel, ça n'était pas une invitation à lire ! J'ai accepté de t'héberger, ça ne t'autorise pas à fouiner !
Sherlock se leva, abandonnant son bol vide, et saisit sa sacoche de cours.
- Je dois y aller, répliqua-t-il, visiblement peu désireux de relever les remontrances du policier. Je dis ça comme ça, hein, mais vous feriez bien d'interroger à nouveau Benson. Il ment à propos de ses relations avec Mills. »
Sans plus d'explications, il quitta l'appartement, laissant en plan un Greg sidéré. Le policier secoua la tête et rangea le dossier dans sa chemise cartonnée avant de s'attaquer au rangement de la cuisine.
Quelques jours plus tôt, il avait trouvé Sherlock en train de l'attendre devant sa porte. Le jeune homme lui avait expliqué que certains de ses camarades de classe avaient décidé de le prendre pour cible, et avaient menacé de lui rendre visite pour lui faire passer un sale quart d'heure. Il avait donc besoin d'un endroit où passer quelques jours le temps que l'affaire se tasse, n'osant pas retourner dans son propre appartement. Lorsque Greg lui avait demandé pourquoi ils en avaient après lui, Sherlock avait simplement éludé la question en disant que les gens n'aiment que rarement ceux qui sont différents d'eux, et ajouté que Mycroft était au courant et allait faire en sorte d'éviter de regrettables débordements.
Greg avait accepté, faute de réel prétexte pour refuser. Il ne pouvait pas décemment le laisser à la rue ni le renvoyer à un appartement où l'attendait un potentiel passage à tabac.
Leur cohabitation avait été maladroite au début, mais il avait suffi de deux ou trois soirs pour qu'ils s'habituent à la présence de l'autre, et somme toute, Greg ne trouvait pas désagréable d'avoir quelqu'un avec qui discuter en rentrant chez lui. Lorsqu'il s'était fait cette réflexion, il avait brutalement culpabilisé. Ce n'était pas la faute de Mycroft s'il était souvent absent, et c'était mesquin de lui en vouloir. Et de toute façon, la compagnie de Sherlock était très différente…
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Sherlock resta chez Greg pendant presque deux semaines. Il aurait pu rentrer chez lui bien plus tôt – il avait estimé le danger à trois ou quatre jours maximum – mais étrangement, il appréciait la présence de Greg, et pas seulement pour les repas que celui-ci lui offrait chaque soir. Ce fut le retour de déplacement de Mycroft qui le poussa à retrouver son propre appartement et sa solitude, appréhendant les trois semaines pendant lesquelles son frère serait à Londres.
Le silence le surprit lorsqu'il ferma la porte derrière lui, embrassant d'un regard son studio que le désordre faisait paraître plus petit encore. Il s'était habitué aux sifflotements de Greg, ses pas, sa voix imperceptiblement rocailleuse, à sa présence tout simplement. Le logement qu'il retrouvait était vide malgré les meubles et les objets, vide d'une chaleur humaine dont Sherlock ne pensait pas qu'elle viendrait un jour à lui manquer.
Vaguement agacé à l'idée de voir son indépendance vaciller, il saisit son violon poussiéreux, et commença à jouer après un nettoyage sommaire. Il se perdit dans les notes, à peine engourdi après une longue période sans jouer, et ne s'arrêta que quand le voisin commença à cogner contre le mur, la nuit tombée depuis longtemps.
Pendant quelques jours, Sherlock résista à l'envie de retourner chez Greg. Il en avait envie, ne serait-ce que pour échanger quelques mots sur une ancienne affaire, ou peut-être pour provoquer Mycroft – tu vois, je suis chez moi ici. J'y vis presque plus que toi… –mais il ne parvenait pas à savoir comment Greg réagirait, et se refusa à tenter le diable. Sans doute le policier préférait-il rester en tête à tête avec Mycroft… mais après huit jours de silence radio, Sherlock retrouvait son vieil ennemi l'ennui, et il se décida à envoyer un message à Greg. Il était à court d'affaires classées, et commençait à redouter sérieusement les conséquences de l'inactivité ; ses cours lui paraissaient de plus en plus inintéressants, et même son violon ne parvenait pas à calmer le tumulte qui régnait dans son esprit.
Il n'eut pas de réponse avant trois longs jours – et elle était négative. Greg ne lui proposait même pas d'aller vérifier aux archives. La deuxième semaine passa au ralenti, tous les jours se ressemblant, donnant l'impression à Sherlock qu'il revivait encore et encore la même journée morne et insipide. Le jeune homme serrait les dents, se répétant que Mycroft ne devait rester à Londres qu'une semaine de plus, mais être confiné à la fac et à son appartement le mettait à rude épreuve. Il avait beau être solitaire, c'était bien plus agréable de parler à quelqu'un qu'au crâne qui traînait sur son bureau, et les potentiels interlocuteurs présents sur le campus n'étaient que peu engageants…
Deux semaines et demie, et il était au bord du gouffre. Il avait besoin d'occuper son cerveau. Il n'en pouvait plus de le sentir tourner à vide, de le sentir s'embourber dans les conversations banales de ses camarades de classe, dans les discours répétitifs des professeurs. Il avait besoin de nouveauté. D'inconnu. De quelque chose qui fasse pulser son sang au lieu de le laisser stagner.
Le point de non-retour était juste là. Presque à portée de main. Sherlock avait vu une silhouette familière glisser à l'angle du bâtiment, lorsqu'il avait quitté la cafétéria en laissant son plateau presque intouché.
Il ferma les yeux, respira profondément. Maîtrise-toi. Ce n'est pas une vraie solution. Plus que trois jours à tenir. Il se hâta vers le labo de chimie ou avaient lieu les travaux pratiques de l'après-midi, ignorant l'appel de la ruelle derrière le restaurant universitaire.
Il était si peu concentré sur ce qu'il faisait, encore secoué d'avoir failli le rencontrer, qu'il fit tomber un bécher de sa paillasse. Le récipient éclata contre le sol carrelé, éclaboussant les alentours de permanganate de potassium. Sherlock ignora le liquide violacé qui se répandait, le cri outré de son binôme dont la blouse n'était plus vraiment blanche, et les reproches du professeur. Il s'appuya à deux mains sur la table, terrifié de voir que ses jointures, blanchies par l'effort, tremblaient.
Toujours sourd aux invectives qui l'entouraient, de plus en plus insistantes, il arracha ses lunettes de protection, puis sa blouse, et fourra le tout dans son sac avant de sortir de la salle à grands pas. Il ne réfléchissait plus. N'avait qu'une idée en tête : que le martèlement à l'intérieur de son crâne cesse.
Sherlock traversa le campus, regardant tout juste autour de lui pour vérifier qu'il passait inaperçu des rares étudiants qu'il croisait. Avant d'entrer dans l'allée derrière la cantine, il reprit son souffle. Fit taire la petite voix dans un coin de sa conscience, qui le suppliait de faire demi-tour.
Il s'avança dans la ruelle, presque soulagé d'avance et se haïssant de l'être. Une voix traînante s'éleva entre les grandes bennes métalliques.
« Sherlock ! Je me demandais quand tu reviendrais me voir », chantonna-t-elle, mielleuse.
Sherlock tiqua. Quand. Quand, pas si. Etait-il donc si prévisible ? Alors que le silence reprenait ses droits, celui qui avait parlé sortit de sa cachette et s'approcha lentement de Sherlock, la démarche féline et le sourire carnassier.
Le jeune homme détestait ce moment. Ces quelques minutes où il se sentait tellement minable, mais qu'il ne pouvait pas esquiver s'il voulait trouver la paix.
« Je savais que tu ne pouvais pas te passer de moi… susurra le jeune homme qui lui faisait face. Alors, on reprend les bonnes vieilles habitudes ? »
Sherlock enfonça sa main droite dans sa poche, et fut brutalement déstabilisé, la trouvant vide à l'exception de son téléphone portable. Quelques mois plus tôt, elle aurait contenu les billets soigneusement préparés à l'avance.
Ajoutant à son malaise, le portable se mit à vibrer. Merde, déjà repéré ?!
« Je… n'ai pas d'argent », marmonna-t-il en tournant les talons, le cœur battant dans sa gorge.
Il s'éloigna à toute vitesse, tout en jetant un œil à son téléphone, affolé à l'idée de voir apparaître Mycroft. Sentit son cœur faire une embardée en lisant Gregory Lestrade. Il décrocha, s'efforçant de récupérer son souffle.
« Allô ?
- Sherlock ? C'est Greg. Ça va ? Tu n'es pas en cours ?
- Je… suis sorti plus tôt que prévu, fit-il, la voix imperceptiblement vacillante.
Greg était certainement à des années-lumière de deviner ce que son coup de fil avait empêché Sherlock de faire.
- Ah ? s'étonna-t-il, vaguement surpris. Ecoute, ça m'ennuie de te demander ça, et je ne devrais pas le faire, mais je ne vois aucune autre solution. Est-ce que tu pourrais passer chez moi ce soir ? Si tu viens et que tu m'aides, je te ferai les nouilles aux crevettes que tu avais adorées la dernière fois…
Sherlock fronça les sourcils, surpris.
- Est-ce que tu es en train de m'appâter avec de la nourriture, là ? interrogea-t-il, peinant à reprendre pied.
A l'autre bout du fil, Greg rit.
- Peut-être pas le meilleur argument, hein ? Je suis au bureau et je ne peux pas vraiment t'expliquer de quoi il est question, mais je suis certain que ça t'intéressera…
Le déclic finit par se faire dans le cerveau de Sherlock, et brusquement, le monde retrouva son axe de rotation habituel. Et se mit à tourner avec un poil plus d'enthousiasme.
- Tu as besoin de mon aide sur une enquête, c'est ça ? Mais tu ne devrais pas me la demander parce que c'est encore confidentiel ?
Greg ne fit que ricaner, confirmant l'hypothèse du jeune homme, qui se surprit à avoir envie de sautiller.
- A quelle heure ? »
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« Non, Sherlock, je n'ai pas le droit de te laisser entrer sur la scène de crime… Je suis désolé, mais tu vas devoir te contenter du dossier papier. Je comprendrais si tu ne trouves pas de quoi nous débloquer, hein, pas de pression… fit Greg en haussant les épaules, les mains dans les poches.
Sherlock était assis à la table de la cuisine, le dossier sous les yeux, et il étouffa un ricanement moqueur.
- Voir la scène de crime n'aurait fait qu'accélérer les choses, mais même si vous avez fait votre travail aussi bien qu'à l'accoutumée, le dossier devrait suffire… »
Greg hocha la tête, et s'assit à côté de lui, l'air de ne pas savoir quoi faire. Sherlock l'ignora, mais intérieurement, il était content d'être là. Une affaire bien corsée, Greg visiblement soulagé de le voir empressé de l'aider malgré son angoisse de transgresser les règles, et l'absence de Mycroft par-dessus le marché – la soirée s'annonçait excellente. Il en avait oublié son écart de l'après-midi.
Sherlock se plongea dans le dossier, examinant les photos en faisant attention au moindre détail, lisant les pages d'informations encore et encore, s'arrêtant sur chaque phrase comme si elle renfermait la solution. Tout en lisant, il griffonnait d'une main sur une feuille qui passa rapidement de vierge à couverte de notes diverses.
Au bout d'une vingtaine de minutes de concentration intense, il se redressa et étira son dos, tout en relisant ses conclusions.
« Sans accès à la scène de crime, et avec des photos d'aussi faible qualité, je suis obligé d'appeler ça des hypothèses et non des certitudes… marmonna-t-il en tendant la feuille à Greg, qui plissa les yeux pour déchiffrer les pattes de mouche.
- … taches dans le coin droit… sang ?... interroger Stevens sur la veille du meurtre… culpabilité probable de Reginald Bucks… Sherlock, Bucks ? Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
- C'est le seul qui ait un mobile concret. Et Stevens, même sans être complètement complice, était au courant.
- La scène de crime penche en défaveur de Stevens, pourtant », répliqua Greg en se penchant sur le dossier à son tour.
Ils débattirent quelques instants, mais les arguments de Sherlock étaient imparables, et Greg finit par adopter sa logique et ses conclusions. Le jeune homme s'installa contre le dossier de sa chaise et referma le dossier, laissant à l'intérieur la feuille couverte de son écriture fine et serrée.
« Sherlock, merci infiniment, fit Greg en allant ranger la chemise cartonnée dans son attaché-case. Je te promets d'explorer les pistes que tu nous as données, et de te raconter le dénouement de cette affaire. Par contre, si tu pouvais ne pas en parler autour de toi…
Sherlock eut un petit rire sans joie.
- Et à qui pourrais-je bien en parler ? On me prend déjà pour un fou. Raconter que j'aide la police à résoudre des enquêtes de meurtres pour le plaisir n'arrangera pas mon cas… »
Il n'ajouta pas ce qu'il aurait eu envie de dire. Merci à toi, de m'avoir laissé travailler sur cette affaire, de m'avoir sauvé de l'ennui. De m'avoir fait confiance. Il resta muet tandis que Greg commençait à s'affairer dans la cuisine, mais ne put masquer son sourire. Il alla même s'adosser au plan de travail pour pouvoir continuer à discuter avec Greg alors que celui-ci tournait le dos à la table.
La conversation dévia, mais ne dura pas, et bientôt, le silence revint, tranquille et chaleureux, accompagné par les bruits discrets de Greg en train de cuisiner. Le chuintement du couteau dans les légumes, le doux crépitement de l'huile dans la poêle… Sherlock observa ses gestes avec intérêt, presque captivé par sa dextérité. Greg avait de grandes mains, presque aussi longues de celles du jeune homme, mais surtout plus fortes, moins délicates. Pourtant, elles manipulaient les ustensiles avec adresse, et bientôt, la poêle fut pleine de légumes soigneusement émincés, de crevettes marinées et de nouilles chinoises.
L'odeur appétissante qui s'échappait de la nourriture ne parvint pas à détourner Sherlock de sa fascination. Il n'avait jamais spécialement apprécié les contacts humains. Il cherchait généralement à tout éviter, que ce soit une étreinte ou une simple poignée de main – mais il avait étrangement envie de toucher les mains de Greg. Sentir chaque muscle, chaque tendon, chaque articulation jouer sous la peau. Et plus encore, être touché par ces mains. Qu'est-ce que ça faisait, d'être touché par Gregory Lestrade ? Est-ce que c'était chaud ? Sec ? Doux ? Électrisant ? Sherlock le suivit à table comme un automate, et oublia instantanément son assiette pour contempler la façon dont Greg maniait sa fourchette.
« Je suis rentré ! J'ai cru que cette réunion ne finirait jamais. Ça sent divinement bon, Greg… »
La voix de Mycroft brisa brutalement les songes de Sherlock, qui paniqua pendant une poignée de secondes. A quoi s'était-il laissé aller à penser ? Que foutait Mycroft ici ? Il récupéra le contact avec la réalité juste à temps pour attraper ses couverts et commencer à manger lorsque son frère entra dans la cuisine.
« Ah, mais c'est que tu as un invité… Bonsoir, cher frère.
- On t'en a gardé », fit Greg en terminant précipitamment sa bouchée.
Il se leva, attira Mycroft à lui d'une main sur sa taille, et l'embrassa chastement avant de lui glisser une main sur la nuque. Sherlock sentit son estomac se contracter désagréablement, et il reposa sa fourchette. Toute faim l'avait brusquement quitté, mais il ravala l'étrange sentiment, et se força à continuer à manger. Greg avait cuisiné spécialement pour lui, et il refusait de laisser ça partir dans l'estomac déjà trop gâté de Mycroft.
Alors Sherlock termina soigneusement sa part, puis resta silencieux tandis que Greg et Mycroft échangeaient quelques mots sur leur journée respective tout en s'entre-dévorant des yeux. Se sentant terriblement de trop, et rester à table face à eux devenant décidément inconfortable, Sherlock se leva et alla déposer son assiette dans le lave-vaisselle avant d'aller faire quelques pas dans le salon, désœuvré.
Il avait envie de partir, mais quelque chose l'en empêchait. Greg l'avait invité, il n'était pas censé disparaître comme un voleur, si ? Et puis, il en avait assez d'être simplement écarté, comme si on attendait de lui qu'il s'éclipse de sa propre initiative. Mais rester là, et voir son frère ô combien haï accaparer la seule personne que Sherlock envisageait de considérer comme un ami ?
Ce fut Mycroft qui coupa court à son dilemme.
« Fais attention, ne rate pas le dernier métro, Sherlock… » lança-t-il en sortant de la cuisine, un bras possessif passé autour de la taille de Greg.
Le jeune homme prit le conseil pour ce qu'il était – une façon à peine voilée de le congédier. Il pinça les lèvres, et ravala les répliques acides qui lui venaient automatiquement à l'esprit en présence de son frère. Ignorant celui-ci, il se tourna vers Greg pour lui adresser un mince sourire.
« Merci pour les nouilles. Et pour l'affaire.
Greg rit.
- Merci à toi pour l'affaire. Je devrais avoir le temps de passer aux archives dans la semaine, je te tiendrai au courant. »
Sherlock hocha la tête, espérant que Mycroft serait reparti à ce moment-là.
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La solitude de son appartement le frappa durement, après une soirée qui avait failli être excellente de bout en bout. Pourquoi fallait-il que Mycroft gâche toujours tout ? Sherlock repoussa le petit coin lucide de sa conscience qui lui disait que sa réaction était puérile. Il le savait, merci bien, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'en vouloir à son frère. La querelle durait depuis leur enfance, et ne risquait pas de s'arrêter de sitôt.
Ça avait démarré comme pour tous les frères et sœurs du monde. Le plus jeune voulait un jouet, mais l'aîné refusait de le lui céder ou même le lui prêter. Puis chacun avait laissé croître son caractère – Mycroft son goût pour le contrôle, et Sherlock le parfait opposé. Et maintenant, ils en étaient revenus à la case départ ; mais il ne s'agissait pas d'un simple joujou, et Mycroft avait beaucoup trop d'avance sur Sherlock pour que celui-ci puisse espérer l'atteindre.
Sherlock claqua la porte de son studio et donna un coup de pied dans le mur, serrant les poings rageusement. C'était peine perdue. Il aurait beau se rapprocher de Greg, s'en faire un ami, Mycroft aurait toujours besoin de lui rappeler, encore et encore, que Greg était à lui. Ce qui était stupide. Sherlock n'en voulait pas pour… pour… Il grinça des dents rien que d'y penser, mais son ventre se contracta douloureusement.
Il avait toujours tiré fierté de ne pas s'abaisser à l'acte charnel, contrairement à son frère. Sur ça, au moins, il avait l'ascendant sur Mycroft. Il ne batifolait pas avec les gens. Et maintenant, il s'en voulait. Les images qui lui étaient venues en tête plus tôt dans la soirée revenaient au galop. Les mains de Greg sur lui, ses paumes parcourant son corps comme pour le découvrir…
Sherlock poussa un grognement à la limite du gémissement, et se laissa tomber sur son lit tout en se prenant la tête dans les mains. Il ne voulait pas penser à ça, et surtout, il ne voulait pas que son corps réagisse comme il le faisait, non, pas ça, et il se détestait encore plus, parce que son état le faisait douter. Douter de lui-même, de ses convictions, douter de la marche à suivre et de tout le reste. Et le doute était le pire état dans lequel il puisse être.
D'autant que ça n'aidait absolument pas à régler son problème – se poser des questions à propos de son corps et de ses besoins, c'était déjà suffisamment désagréable ; s'en poser à cause de Greg, c'était mille fois pire. Parce que Greg était à Mycroft. Et même si Greg n'avait pas été à Mycroft, quelle était la probabilité qu'il voie un potentiel partenaire en un jeune homme de plus de dix ans son cadet, et ancien toxicomane de surcroît ?
Sherlock ricana sombrement, les talons de ses paumes toujours pressés contre ses yeux. Ancien toxicomane. Si ça continuait comme ça, le « ancien » ne tarderait pas à disparaître.
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Voilà pour aujourd'hui !
N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, et en attendant la suite, passez une chouette semaine ! :)
