Playlist :

Kings of Convenience - Know-How


« Sam, y a ton machin qui vibre.

- Réponds à ma place, j'ai pas envie de me prendre un arbre !

- Ok, mec. »

Puck se redressa et attrapa le portable posé sur le tableau de bord.

« Ouais ?

- Sam ?

- Nan c'est Puck.

- Ah ! C'est Artie, on est arrivés. »

Puck éloigna le combiné de son oreille et le mit en haut-parleur.

« Yo Artie, ça va ? lança Sam.

- Ouais ouais, et vous ?

- Ça fait trente ans qu'on est coincés ici, s'exclama Puck, j'ai la...

- C'est bien, là-bas ? cria Mike.

-... toute engourdie !

- Ouais, on dirait la petite maison dans la prairie, c'est exactement comme sur les photos. En plus y a un lac pas loin, on aura sûrement le temps de barboter un peu. Vous êtes encore loin ?

- Bah à priori il nous reste deux heures de route, dit Puck en jetant un coup d'œil au GPS. On le verra direct si on arrive ?

- A un moment t'as un sentier qui part vers la gauche et qui disparaît derrière des arbres, faut le prendre, expliqua Artie. Tu le suis, tu sors de la forêt et le chalet est juste devant.

- Ok, merci, dit Sam.

- Finn est avec vous ? demanda Puck en se recouchant sur son siège, tout en tenant le portable à bout de bras.

- Nan nan, y a Kurt, Blaine, Mercedes, Tina et moi, on était tous dans le van du père de Kurt.

- Tu sais quand est-ce que tout le monde devrait arriver ? s'écria Mike.

- Vous êtes les premiers que j'appelle, donc pour l'instant nan. Vous êtes que trois dans la voiture ?

- Mike, Sam et Puck, c'est nous !

- Ok, je vous rappelle dès que j'en sais plus.

- Ça marche, à plus ! »

Puck reposa le portable sur le tableau de bord et se recoucha en bâillant ostensiblement.

« Bon, je crois qu'une petite sieste me ferait pas de mal.

- Ah non, t'as rêvé toi, l'interrompit Sam. C'est à ton tour de conduire, je trouve un coin pour m'arrêter, on mange un morceau et on échange !

- Mike n'a qu'à si coller, répliqua Puck en fermant les yeux.

- Il a déjà conduit toute la nuit, c'est à toi maintenant !

- Une autre fois, grogna le jeune homme à la crête en croisant les bras sous sa tête.

- Je te préviens, dès que t'es endormi, je m'arrête et je balance ta guitare dans le champ d'à-côté. »

Puck parut tout à fait réveillé d'un coup. Mike et Sam se tapèrent dans la main.

« Ah tiens, c'est pas bête comme idée ça ! Mike, tu pourrais essayer de me la passer ? »

L'asiatique se retourna et farfouilla dans le coffre.

« La voilà ! »

Puck l'ajusta tant bien que mal dans l'espace réduit qu'il avait, et la calant correctement sur son ventre, il commença à jouer quelques notes au pif.

« Quelqu'un a une idée de ce qu'on pourrait chanter ? » lança-t-il à la ronde.

Sam commença à tapoter doucement le volant.

« Riding on this know-how, never been here before. »

Puck le regarda avec perplexité.

« Je connais pas, c'est quoi ? »

Sam ne répondit pas et continua de chanter d'une voix légère.

« Possibly that's all, is history recorded ? Does someone have a tape ? »

Puck s'ajusta avec application sur le rythme emprunté par les mains de Sam sur le volant et improvisa quelques notes.

« Surely, I'm no pioneer. Constellations stay the same. »

Le blondinet s'arrêta brusquement.

« Il manque une voix de fille pour le refrain...

- C'est pas un problème, je peux essayer de monter dans les aigües, » lui assura Puck en continuant de jouer la même mélodie sur sa guitare.

Sam haussa les sourcils avec incrédulité.

« Avant, faudrait que tu la connaisses un minimum... J'ai mon IPod dans mon sac si ça t'intéresse. Il est dans le coffre.

- Mike ? appela Puck.

- Ah oui, ça va d'accord hein ! » s'exclama celui-ci en se tortillant encore vers l'arrière.

Finn décrocha précipitamment son portable.

« Allô ? »

Rachel prit le risque de quitter un instant la route des yeux pour l'observer. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle attendait en faisant ça, peut-être deviner de qui était l'appel en décryptant l'expression de son visage, mais la figure relativement inexpressive de Finn ne l'aida en rien.

« Ah, salut Artie ! »

La diva avait de plus en plus de mal à garder les yeux fixés devant elle. Elle aurait bien aimé demander à Finn de mettre le haut-parleur mais elle n'osait pas le déranger. Elle se contenta donc d'écouter les réponses laconiques de son copain, brûlant d'impatience sur son siège.

« Ouais... Nan... On est partis vers midi hier et on a eu des problèmes d'embouteillages au niveau de la 75... Nan... Ouais ?... Dans les derniers, je pense... Ouais ?... Ah, tant mieux !... Oui, elle est avec moi !... Bah ça va être difficile, elle est au volant... »

Rachel l'insulta copieusement dans sa tête, et s'insulta plus encore pour ne pas oser lui dire une bonne fois pour toutes d'enclencher le haut-parleur.

«... Dis-lui que je l'embrasse... » grinça-t-elle entre ses dents serrées.

Finn ne sembla pas l'avoir entendue car il continua sa discussion l'air de rien, avant de raccrocher.

« Alors ? demanda-t-elle d'un air dégagé, alors qu'elle continuait de l'affubler de tous les sobriquets possibles intérieurement.

- Alors tous ceux qui étaient dans la voiture de Kurt sont arrivés. Ils vont manger et ranger un peu en nous attendant. Sam, Puck et Mike devraient arriver vers quatorze heures. Et pour nous, je lui ai dit qu'on arriverait sans doute dans les derniers... »

Rachel cogita un moment, les mains accrochées au volant, telles les serres d'un oiseau de proie.

« Et tu sais si Santana et Quinn viennent ? »

Tout l'habitacle s'ébranla alors que Finn haussait les épaules.

« Santana je pense que c'est sûr vu qu'il y a Brittany, supposa-t-il, puis son ton se fit plus hésitant : Mais je n'en sais rien pour Quinn. Je ne l'ai pas revue depuis le début des vacances.

- Moi non plus, murmura Rachel.

- Mais je ne pense pas qu'elle viendra, conclut-il. Pour quoi faire ? Elle a eu son diplôme, elle n'est plus obligée de nous voir maintenant.

- Oui, je ne vois pas pourquoi elle se forcerait à nous supporter pendant une longue semaine alors qu'elle peut être partout dans le monde en ce moment. » renchérit Rachel, sans réelle conviction cependant.

Mais Finn avait raison. Quinn n'avait plus de raison valable pour rester parmi eux. Elle avait toujours semblé tout juste les tolérer, et Rachel Berry savait très bien ce que le mot « tolérer » signifiait quand on parlait de Quinn Fabray.

« Hum... sinon... reprit Finn, visiblement pas très à l'aise quand il s'agissait de parler de son ex. Tu as des nouvelles de ton locataire à New-York ?

- Je te l'ai déjà dit, j'ai...

- Non mais je veux dire... c'est sûr ? tu vas vraiment y aller ? »

Rachel quitta aussitôt la route des yeux pour le dévisager avec stupeur.

« Qu'est-ce que tu veux dire par ''tu vas vraiment y aller'' ? Enfin... Qu-Qu'est-ce que ça veut dire ? Kurt t'en parle depuis des mois, je t'en parle depuis des mois, même des lustres. Depuis que j'ai rejoint le Glee Club, tout le monde sait que c'est ce que je veux faire, que c'est moi, non pas parce-qu'ils m'ont écoutée patiemment m'émerveiller sur les sensations que j'ai à chaque fois que je monte sur une scène mais bien parce-que ça fait quatre ans que j'en soûle absolument tout le monde. Je n'ai même pas de mots pour exprimer tout ce que Broadway, tout ce que New-York m'inspire, il n'y a qu'en chansons que je peux faire comprendre pourquoi est-ce que je veux faire ça, et je me demande même pourquoi est-ce que la question se pose encore ! »

Finn voyait la voiture dévier lentement de sa trajectoire et commençait à avoir vraiment peur lorsqu'enfin Rachel sembla se souvenir qu'elle était au volant.

La jeune femme reporta son attention devant elle mais elle était toujours dans le même état d'extrême agitation, et son débit de paroles n'en finissait pas d'augmenter.

« Enfin... Enfin... Finn, Broadway c'est là où je dois être, c'est là où je me sens vraiment chez moi, je veux dire... Quand je chante, j'ai l'impression d'être transportée ailleurs, je me sens bien, je me sens entière, je n'ai plus de problèmes... C'est ma vie, Finn ! Et New-York c'est là où je dois être si je veux parvenir à réaliser ce rêve de pouvoir un jour chanter sur les planches de Broadway. Je dois aller à NYADA, je dois supplanter tout le monde et je dois auditionner jusqu'à obtenir des rôles à ma mesure ! Tu sais combien je rêve de jouer Maria, combien les rôles de Barbra m'inspirent tous autant les uns que les autres. Quand je suis à New-York, je me sens respirer ! C'est la ville de tous les possibles, la ville de la grandeur ! Enfin... tu as vu ces buildings ? Tu n'as pas ressenti ce parfum de puissance et d'animation quand on s'est baladés à Central Park ? J'ai déjà tout planifié, Finn ! Quand je marchais le long de Broadway avec Kurt, je voyais déjà mon nom sur les affiches des grands shows, je pouvais m'imaginer sur ces planches, devant une salle comble, à faire ce que je sais faire de mieux : chanter en y mettant tout mon cœur ! »

Le jeune homme acquiesçait sans vraiment écouter, les yeux rivés au tableau de bord.

« Donc oui, Finn, je vais vraiment y aller ! » conclut Rachel avec un hochement de tête décidé qui fit voler ses longs cheveux bruns de part et d'autre d'elle.

Finn retint un soupir exaspéré.

« Rachel, c'était juste une question. Il n'y avait pas de raison de s'emporter comme ça. »

Rachel parut se ratatiner dans son siège.

« Oui, tu as raison, excuse-moi... murmura-t-elle. C'est juste que... enfin ça me paraissait évident. Mais je n'aurais pas dû... enfin désolée. »

Finn posa une main rassurante sur son genou droit.

« C'est pas grave. »

Elle le gratifia d'un sourire timide.

« Mais toi, tu viens avec moi ? Ce n'est pas parce-que tu as changé brusquement d'avis que tu me demandes ça ? »

Malgré tous les efforts qu'elle faisait pour le dissimuler, l'élan de panique qui menaçait de la submerger à tout instant était perceptible dans le moindre de ses gestes. La manière dont elle jetait de temps en temps un regard de biais pour voir si Finn hésitait ou bien si il mettait simplement du temps à répondre, ce froncement de sourcils soucieux qu'elle avait aussi quand elle menaçait de se faire piquer un solo et la façon dont ses paupières clignaient plus vite que d'habitude, comme si elle refoulait tant bien que mal des larmes invisibles. Les yeux de Finn s'attardèrent un moment sur ses mains qui enserraient le volant comme s'il s'était agi d'une bouée et que sa survie dépendait de ce morceau de cuir.

« Bien sûr que non, » la rassura-t-il en lui tapotant le genou de sa grande main de géant.

Rachel lui lança un dernier regard hésitant, puis parut progressivement se calmer.

« Ok. Excuse-moi d'avoir douté de toi. C'est juste que je suis tellement impatiente... Le début de notre vie, c'est maintenant ! Le lycée, ce n'était qu'une transition et notre vie, c'est à New-York qu'elle est ! »

Finn lui offrit son sourire le plus sincère et se gratta machinalement la nuque.

« Oh mon Dieu, Mercedes ! Je ne sais pas où tes parents sont allés pour remplir le congélo, mais ça, c'est vraiment c'est vraiment...

- C'est vraiment dégoûtant. » compléta Kurt en détournant les yeux d'un Blaine parlant et mangeant à la fois.

Il était quasiment certain d'avoir pu décomposer tous les ingrédients de ces sandwichs rien qu'en observant la bouche de son copain.

« Blaine, où sont passés toutes tes bonnes manières ? demanda-t-il avec un haussement de sourcils révulsé alors que le garçon manquait de s'étouffer après avoir pris une bouchée trop grande. La Dalton Academy, c'était pas Ploucland si je me souviens bien.

- Chassez le naturel et il revient au galop, commenta Tina.

- Preach ! »

Kurt leva les yeux au ciel.

« Kurt a raison, intervint Mercedes. Je ne me souviens pas t'avoir vu manger comme ça à la cantine.

- Mais j'ai tellement faim, gémit Blaine, la bouche pleine, on n'a même pas eu de petit-déjeuner !

- Il se contenait parce-qu'il y avait trop de gens autour, » glissa Artie à Kurt et Mercedes.

Tina acquiesça et Kurt et Mercedes échangèrent un regard perplexe.

Ils avaient passé les deux dernières heures à ranger le chalet de fond en comble. Kurt et Tina avaient commencé à se disputer pour savoir qui occuperait le grand lit à l'étage, et Mercedes avait fini par envoyer Tina déballer tous les appareils électroménagers rangés au grenier. Kurt avait mis une heure à s'en remettre et avait finalement offert son aide pour ranger la vaisselle. Il n'avait cependant été tout à fait calmé qu'après que Blaine lui eut murmuré quelques mots doux et rassurants. Se fiant à son esprit de logique et de synthèse, Artie avait commencé à rédiger une liste de choses à faire dans les deux prochains jours pour s'assurer le meilleur séjour possible. Après tout, c'était bien lui qui allait rester là durant une semaine, autant que les conditions de vie lui soient le plus agréable possible.

Ils furent interrompus par des coups sourds frappés à la porte. Ils bondirent tous de la table de la cuisine et Blaine arriva le premier à la poignée, il fut donc celui avec qui les trois garçons à l'extérieur tombèrent nez-à-nez.

« Salut, les mecs ! » lança-t-il joyeusement, sautillant presque sur place.

Les trois autres le jaugèrent un instant avec incrédulité avant que Sam ne se décide à lui tendre la main pour la serrer vigoureusement.

« Oh, Sam ! Mais où est passé ta magnifique coupe à la Bieber ? se moqua Kurt en s'approchant pour le saluer.

- Saaaam, mon Dieu, tes cheveux ! s'extasia Mercedes en le prenant dans ses bras. Ça te va tellement mieux comme ça !

- Mike m'a emmené chez le coiffeur juste avant qu'on parte, expliqua Sam, gêné par tous ces compliments.

- Pas mal, Chang ! le félicita Mercedes en l'étreignant à son tour.

- Il va bien falloir qu'il y voit quelque-chose une fois dans cette grotte, » plaisanta l'autre.

Il émit un temps d'arrêt devant Tina et ils s'observèrent un instant avec embarras. Les autres ne remarquèrent rien, trop occupés à s'épancher en embrassades. Enfin, Tina se décida à le serrer dans ses bras, ce qui se révéla bien maladroit, car aucun d'eux ne savait trop comment s'y prendre.

« Contente que tu sois venu, Mike, dit-elle avec un sourire timide.

- Ouais. Moi aussi, bredouilla-t-il avant de se tourner vers Artie pour recevoir l'accueil qu'il méritait.

- Eh ben, c'est bien sympa chez toi, Mercedes ! s'exclama Puck en admirant le rez-de-chaussée d'un air appréciateur. Mais je ne vois pas les bouteilles, où sont les bouteilles ?

- A l'étage, de l'eau minérale 100% pur, lui répondit Kurt en levant les yeux au ciel.

- C'est pas grave, j'ai amené ce qu'il faut, le rassura le jeune homme avec un rictus narquois.

- Tu crois que c'est une bonne idée de se prendre une cuite juste avant de partir faire de la spéléo ? s'inquiéta Mercedes, et derrière elle, Tina ne put s'empêcher d'acquiescer.

- Oh, allez, t'es pas si coincée d'habitude ! Et qui a parlé de cuite ? On va juste s'amuser un peu ! On est diplômés, les gens, on est des adultes maintenant !

- Et puis on aura toute la journée de demain pour décuver de toute façon, glissa Sam avec un sourire malicieux.

- Au lieu de faire le badboy, lui rétorqua Mercedes en le prenant par le bras, viens m'aider à déballer le matériel électronique d'Artie ! »

Ils s'éclipsèrent par la porte d'entrée et Puck lança un regard interrogatif à Artie.

« Les autres sont pas encore là ?

- Rachel et Finn devraient arriver dans quelques heures, ils sont partis beaucoup plus tard que nous. Quant à Quinn, Santana et Brittany, j'ai pas réussi à les joindre.

- Santana et Brittany doivent être en train de se monter dessus alors...

- PUCKERMAN ! s'indigna Tina.

-... je vais envoyer un SMS à Quinn, peut-être qu'elle me répondra, » décida Puck.

Encore choquée par sa remarque, Tina le fusilla du regard et sortit aider Sam et Mercedes sans rien ajouter.