Désolée d'avoir trop tardé mais voilà quoi, trop de choses en tête et pas trop le coeur à l'ouvrage... Mais c'est pas grave vu que je me fais pardonner avec - roulement de tambour - l'arrivée de Edward dans l'histoire. Allez-y, je vous laisse lire !

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Stephanie Meyer, je ne fais que jouer avec les fruits de son génie.


~~ Chapitre 2 : Apparition ~~

BPOV

Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore.

Georges Gordon Byron.

De retour à la maison, je me couchai dans mon lit et fit un petit somme. Quand je me réveillai beaucoup plus tard, j'avais l'esprit moins confus et l'impression que mon corps m'appartenait un petit peu plus. Mon corps mais pas ma mémoire, ne pus-je m'empêcher de penser.

Jetant un coup d'oeil à l'horloge, je me dis qu'il était plus que temps que je prépare le dîner. L'idée me vînt de faire des lasagnes mais je me rappelais qu'il détestait ça. Et ma mère qui se demandait qui pouvait ne pas aimer les lasagnes... Si elle savait que j'avais épousé la seule personne au monde qui n'avait pas ce point commun avec Garfield ! Automatiquement, mon regard se porta sur la seule photo de mariage de moi et Jacob. Elle était dechirée et rafistolée avec du scotch si bien que l'on voyait pas grand-chose. Je regardais souvent cette photo en éspèrant que des souvenirs de ce jour me reviennent en mémoire. Mais c'était peine perdue.

Ce qui me faisait le plus souffrir et qui me faisait me sentir coupable était de ne pas rappeler de ma rencontre avec Jacob. Ou encore de ne pas me rappeller sa demande en mariage. Je ne me rappelais uniquement de ce qui - pour ma mémoire trouée - était notre première rencontre.

FLASHBACK... Un an plus tôt...

Je me réveillais à nouveau et dans la même chambre. Il faisait presque nuit au-dehors. Je me rappellais ce qui c'était passé plus tôt dans la journée. Ou était-ce hier ? Et si tout cela n'était qu'un rêve ? Peut-être que j'avais fait une chute sur le campus et que j'avais imaginé tout cela en étant inconsciente ? Mes les cicatrices sur mon poignet vinrent me contredire et briser mes éspérances. petit à petit, l'idée que tout cela soit réel fit son chemin en moi...

C'était une sensation étrange, comme de se réveiller au bout de quelques heures et apprendre que deux ans été passées. On se sentait frustrée, bernée, trahie. C'était pas juste. Comme si une autre que moi était venue vivre ma vie et qu'elle me la rendait. Un tas de questions idiotes me venaient à l'esprit. Est-ce que je travaillait ? M'étais-je fait de nouveaux amis ? Ets-ce que je m'étais convertie ou peut-être que j'étais devenue végétarienne ? Et ce mari, j'arrivais pas à croire que j'étais mariée. Et s'il ronflait ? Et est-ce que j'avais une belle-mère ?

Dieu merci, la porte s'ouvrit, coupant ainsi court à mes divagations. L'homme qui se tenait sur le seuil était grand. Sa peau halée contrastait avec sa blouse blanche. Il possédait de larges épaules et de grandes mains reliées par des biceps impressionnants. Je peinais à croire que c'était un médecin tant son allure différait de l'image que je me faisais de ces derniers. Etrangement, il me fixait de la porte, hésitant à entrer. Nous nous fixâmes ainsi une dizaine de secondes avant, que, agaçée, je ne détourne le regard vers la fenêtre. Dehors, le vent soufflait tellement fort qu'il éparpillait aux quatre coins de la cour les tas de feuilles mortes.

Un souvenir, malheureusement pas celui que je voulais, refit surface. Quand j'étais petite, mon père avait l'habitude de regroupper les feuilles mortes du jardin dans un coin avant de les brûler. Mais avant, il attendait que je rentre de l'école pour que j'aie la chance de sauter dans le tas. Esuite, nous mettions le feu en riant. Je sentis une main caresser mon bras et me retournai. L'homme était maintenant assis à coté du lit et me fixai de ses prunelles sombres.

- Tu te rappelles pas de moi, hein ? sa voix contrastait étrangement avec son aspect physique,on aurait dit celle d'un ado.

Effectivement, en y regardant de plus près, on pouvait discerner des traits enfantins dans son visage. Comme si son corps, indépendamment de son visage, avait mûri trop vite. Ses yeux étaient brillants et braqués sur moi. Il attendait une réponse. Comme si ce n'était pas évident que je ne me rappellais plus de lui, que je ne me rappellais plus de mon mari.

- On est mariés, c'est ça ? mon regard bloqua sur sa main sur mon avant-bras.

Pour une raison que j'ignorai, cela me gênait. Non seulement je ne me souvenai pas de lui mais en plus je ne ressentai rien de particulier. Pas qu'il soit moche, non, bien au contraire, il était très potable. Seulement, j'avais pas le coeur qui palpitait et pas d'éléctricité à son contact.

- Oui. Je sais que tu ne te rappelles de rien et je n'ose pas trop imaginé à quel point cela doit être dur pour toi... mais je suis là.

Sa main se mit à tracer des cercles sur ma peau. Je n'osais lui dire de l'enlever. En réalité, je n'osais rien lui dire. J'acquisiscai juste de la tête pour lui montrer que j'avais compris. Alors que je rêvai d'être seule, sa voix brisa à nouveau le silence.

- J'ai discuté longuement avec Aro, enfin, avec le docteur Volturi et il pense que tu dois voir un psychologue. Pour t'aider à vivre la situation ainsi que pour t'aider à te rappeller, ce qui, normalement, devrait revenir tout seul. Et puis je suis là aussi. Je peux répondre à toutes tes questions et eventuellement...

- Pourquoi vous portez une blouse ? ma question le desarçonna.

- Et ben... je suis médecin. Je travaille dans cette clinique. Et, au fait, si tu pouvais arrêter de me vouvoyer je te rappelle qu'on est mariés.

En disant cela, il pointa l'alliance à son doigt. Je jetais un oeil au mien et malgré moi, mon regard dériva sur mes poignets. Ma vue se brouilla et sa main remonta jusqu'à mon épaule. Il fit mine de me prendre dans ses bras mais s'arrêta. Il avait compris que ce n'était pas ce dont j'avais besoin. Tout ce qu'il me fallait c'était savoir. Oui, savoir.

- Un soir, en rentrant de la clinique, je t'ai trouvé dans mon appartement, assise dans le noir, à fixer le mur. Je t'ai demandé si tout allait bien et, je m'en rappelle, tu m'as répondus "tout dépend". J'avais peur, je m'inquiétais et toi tu étais là, silencieuse, à fixer ce putain de mur. Alors je me suis approché pour te prendre dans mes bras et là, je l'ai vu, dans tes mains. C'était un test de grossesse. Il était positif. Et tu m'as raconté en larmes que tu étais tellement heureuse mais que, voilà, tu avais simplement peur de ma réaction.

Aucun de nous deux n'avait bougé, et, probablement comme cette fois-là, je fixais le mur. La lumière de cette fin de journée déclinait, et plongeait la pièce dans une douce atmosphère orangée. Je me concentrais pour que ses mots fassent écho en moi, et, peut-être déterrent un souvenir.

- Dès lors, l'unique passion qui a animé notre vie, ce fut la venue prochaine de cet enfant. Surtout pour toi. Tu passais des journées entières à courir aux quatre coins de la ville pour récupérer un berceau chez un antiquaire ou un livre de vieux contes irlandais chez un libraire. Ca me faisait rire lorsque, parfois, tu rentrais plus tard que moi avec les joues roses et des étincelles dans les yeux.

L'ombre d'un sourire flottait sur ses lèvres et je sus qu'il n'était plus avec moi. Il était quelque part, dans un autre monde. Un monde peuplé de souvenirs. Un monde auquel je n'avais plus accès. Il alla se plaçait sous la fenêtre et ainsi, perdu dans ses souvenirs et le visage émergeant de l'ombre, je le trouvais beau. D'une beauté triste et mélancolique, d'une beauté qui lui ressemblait. Le sourire sur son visage se fanna.

- Elle est née le 13 Août. Vanessa, notre petite Nessie. Elle était magnifique, elle tenait tout de toi et rien de moi. Mais voilà, deux mois de bonheur seulement, et, au matin, nous l'avons retrouvé sans vie, corps inerte sous sa couverture. La mort subite du nourisson frappe même les enfants de médecin. Je me suis enterré dans le travail et, toi, tu as sombré dans une spirale infernale. Idiot que j'étais, je te prescrivais un tas d'anxiolytiques et d'antis-dépresseurs. Le soir, je me débrouillais pour rentrer seulement une fois que tu étais endormi. Je n'avais pas envie de voir ma douleur dans tes yeux.

C'était étrange. Comme s'il parlait de quelqu'un d'autre. Cette douleur qu'il évoquait je ne la ressentais pas, ou en tout cas, seulement par ampathie.

- Il y a une semaine, j'ai décidai que c'en était trop, qu'il était temps, au bout d'un an, de faire notre deuil. Alors je suis rentré plus tôt pour qu'on puisse en parler. Et, Dieu merci, j'ai eu raison. Je t'ai trouvé dans notre baignoire, dans l'eau rougie par ton sang.

Il se retourna vers moi et je vis que ses yeux étaient brillants.

- J'aurais pas supporté de te perdre, Bella. Jure-moi que tu ne recommenceras plus, jure-moi.

Le suicide ne faisait définitivement pas parti de mes options, mais devant les yeux rougis et le ton suppliant de cet homme, je jurai :

- Jamais, je te le jure.

...

Le télephone qui sonnait me tira de mes pensées. Je me prcécipitai pour répondre en songeant avec quel facilité les souvenirs autres que ceux des deux fameuses années me revenaient. A croire que le sort m'en voulait personnellement...

- Allo ?

- Chérie, c'est moi.

Je souris en repensant à la manière dont nous nous étions réconciliés dans son bureau tout à l'heure.

- Oui ? je pris une voix aguicheuse. Sache, mon amour, que le téléphone rose ne me branche pas du tout, d'autant que j'ai le dîner à préparer.

- Très drôle. Non, écoute, je suis préssé, je voulais juste savoir si tu pouvais venir me chercher ce soir vu que tu es rentré avec ma voiture ? On pourrait aller se faire un resto après, qu'est-ce que tu en dis ?

- J'en dis que c'est une très bonne idée si on rentre à la maison directement après sans passer par la case resto. J'ai faim d'autre chose...

- C'est comme tu voudras, petite coquine. Donc, on fait comme ça. A tout à l'heure. Je t'aime.

Je n'eus même pas le temps de lui répondre que moi aussi que déjà, il avait raccroché.

Je caressais la joue du Jacob de la photo. Malheureusement, on ne voyait pas grand-chose. Jake et moi nous étions marié vers mon cinquième mois de grossesse. J'aurais adoré avoir des photos de notre enfant ou de moi enceinte mais Jacob m'avait raconté que je les avais toutes détruites. Celle-ci était la seul qu'il avait pu conserver et non sans dommages comme le prouvait les trois mètres de scotch qui la faisait tenir en un seul morceau.

Souvent, il m'arrivait de me demander à quoi ressemblait ma fille. Mais je n'osais jamais demander à Jake de peur de lui faire du mal. Moi, je ne souffrais pas et Dieu, je devais pourtant un jour avoir aimé notre fille si j'avais voulu me suicider. J'acceptais les choses comme elles étaient tout en craignant néanmoins qu'un jour, Jake me demande de lui faire un enfant. J'avais beau aimé mon mari, enfin je crois, je voulais autre chose. Jacob était parfait, il était là pour moi, il m'aidait. Tout ce dont une femme rêvait. Et pourtant...

Je m'interdisais de penser de cette façon. Sans Jacob, je serais à la rue ou autre chose du même acabi. Il était tout pour moi. Et il m'aimait. Un point c'est tout. Comme aurait dit ma mère : pourquoi aller chercher ailleurs ce qu'on avait déjà à la maison ? Je souris en pensant à ma mère : c'est fou ce qu'elle me manquait. Elle et mon père étaient morts dans un accident de voiture quand j'avais dix-huit ans. L'état m'avait accordé l'émancipation et j'avais rejoins l'université de Seattle. J'y étudiais les sciences de l'information et des bibliothèques. Je voulais devenir professeur mais, d'après Jake, j'avais dû arrêté lorsque j'étais tombé avait pris la situation en main : il m'avait demandé en mariage, m'avait installé chez lui...C'était reposant de savoir que je pouvais compter sur lui.

Même si je savais que c'était à cela que se résumait notre relation. Jacob m'aimait, et moi, ben, sûrement que je l'aimais aussi. Aujourd'hui, il était ma bouée et même si je ne me consummais pas d'amour pour lui, il était hors de question que je la laisse... Le risque de me noyer était trop grand. Il n'était pas seulement un soutien, il était aussi un ami. Surtout pour moi qui n'en avais plus. Cette prise de conscience declancha un frisson le long de ma colonne vertébrale. Depuis mon réveil et hormi le Dr Jane, Jake était la seule personne que je cotoyais.

FLASHBACK... Un an plus tôt...

Les mains dans les poches, je me tenais sur le seuil de ce qui était mon appartement. Jacob, en face de moi, me souriait et me fit signe d'entrer. J'obtempérai d'un pas hésitant et me retrouvai dans un large corridor illuminé. Nous fîmes un tour rapide de l'appartement. La décoration était sombre, les pièces éclairées grâces aux larges baies vitrées et ma mine sombre : il n'y avit qu'une chambre. L'autre, fermée à clef, avait dû appartenir au bébé. Je suivis néanmoins mon mari dans notre chambre à coucher. Je m'assis sur le lit et lui s'appuya sur le mur en me fixant, penaud :

- Ne t'inquiètes pas, je vais dormir sur le canapé du salon.

Je ne repondis rien et mon regard se tourna vers l'armoire. Je l'indiquai du regard à Jacob qui me fit signe que je pouvais y aller. Je l'ouvris, et à ma grande surprise, j'y découvris nombre de jupes, robes et chemisiers. Pas beaucoup de jeans et encore moins de tee-shirts. Sacrilège ! De plus, les vêtements étaient tellements neufs que certains portaient encore des étiquettes. Je lançai un regard ahuri en direction de mon mari.

- C'est la femme de Aro qui a acheté tout ça, fit-il en levant les mains en signe de défense. Mais ne t'inquiète pas, je sais ce que tu penses et dès demain, on ira en acheter d'autres, ajouta-t'il en souriant.

Son sourire était tellement réconfortant et ensoleillé que je lui souris en retour. Cela le fit rougir.

- Eh ! D'habitude, c'est moi qui rougis, fis-je sur un faux ton boudeur.

Nous nous mîmes à rire de bon coeur tous les deux lorsque je m'arrêtai net.

- Jake ?

- Oui ?

- Pourquoi la femme de Dr Volturi m'a acheté des vêtements ?

Son visage se rembrunit et ses yeux perdirent leurs étincelles. Je le sentis peser le pour et le contre un petit moment puis il prit la parole, d'une voix plus basse et plus rauque.

- Avant de... de faire ce que tu as fait, tu as lacéré tous tes vêtements et brulé toutes nos photos. Même celles de Vanessa, tu n'en as laissé aucune...

Son ton n'était pas accusateur mais je me sentis coupable. C'était injuste. Je ne me rappellais de rien tandis que lui souffrait encore. Et deux fois plus vu que je ne lui avais laissé aucun souvenir de sa fille. Et je lui avais enlevé sa femme, perdue dans les tréfonds de ma mémoire.

- Je suis désoléé. Je m'en veux, sincèrement.

Il releva la tête et je pus voir qu'il était sur le point de pleurer.

- Non, ne dis pas ça, c'est pas de ta faute, c'est moi. C'est moi. Je suis médecin. J'aurais dû prévoir ça ou l'empêcher... c'est... Et même après, au lieu d'être là pour toi, je me suis réfugié dans mon travail et j'ai fait semblant de ne pas voir que tu allais mal. Je... j'aurais dû...

Cette fois, il éclata en sanglots pour de bon. Je me trouvais désemparé devant cet homme. Il était là, à pleurer, et je n'avais aucune idée de quoi faire. Il continuait, entre ses pleurs, de s'excuser. Ses propos n'étaient pas compréhensibles mais je fis la seule chose qui me parût apropprié. Je me levais et le pris dans mes bras. Sa tête dans mon cou et mes bras enroulés autour de sa taille, il finit par se calmer.

...

Je me secouai. C'est vrai qu'il m'arrivait souvent de me laisser aller aux souvenirs. Pourtant, d'après le Dr Jane, d'habitude, les gens qui souffraient du même mal que moi, avait, eux, du mal à se rappeller les évenements précedants et suivants la période oubliée.

Mon ventre grogna ; en effet, je n'avais rien mangé de la journée. Je passai dans la cuisine et vidai les placards à la recherche de quelque chose de comestible. Un paquet de gateaux dans une main, ma veste et les clés dans l'autre, je sortis de l'appartement. Dehors, le vent soufflait, apportant ainsi de la fraîcheur et ce, malgré le soleil éclatant. J'eus une soudaine envie de prendre la route à pied pour pouvoir sentir le vent me rougir les joues et le bout du nez mais abandonnai bien vite en songeant à la tête que ferait Jake. Il avait tendance à croire que j'étais aussi fragile qu'un morceau de sucre. Penser à lui me fit sourire.

FLASHBACK... Un an plus tôt...

- Où tu m'emmennes ?

Il m'avait bandé les yeux et, après un long trajet en voiture, nous étions enfin arrivé. Malgré mes yeux bandés, j'avais senti qu'on avait d'abord marché sur du gravier et maintenant sur de l'herbe. L'air était doux et sentait la terre après la pluie. J'appréciais le contact de la grande main chaude de Jacob dans la mienne.

- Tu le sauras quand on y sera, repliqua-t'il d'un ton taquin.

Je soupirai. En réalité, j'adorai ça. Je trépignai intérieurement en m'imaginant où il pourrait m'emmener. Finalement, il s'arrêta en m'indiquant de faire de même. J'obéis avec appréhension et le sentis passait derrière moi. Soigneusement, il retira le bandeau en laissant ses mains s'attarder dans mes cheveux. Ce n'était pas désagréable, bien au contraire...

- Alors, qu'est-ce que tu en penses ? malgré sa voix nonchalente, je sus qu'il attendait la réponse avec appréhension.

J'ouvris mes yeux lentement et restai sous le choc. Nous nous trouvions sur une falaise qui dominait toute la ville de Seattle. Tout avait l'air si petit et si dérisoire vue d'ici. Et les nuages, menaçants, semblaient écraser la ville sous leur masse grisonnante. C'était magnifique.

- On venait souvent ici pour pique-niquer. Même qu'une fois on a campé ici.

Sa voix était de nouveau lointaine et je détestai ça. Je me sentais exclue de ne pas pouvoir, moi aussi, profiter de tous ces merveilleux souvenirs qu'on avait vécu ensemble.

- Non, je comprends pas comment j'aurais pu oublier un endroit pareil. C'est juste... à couper le souffle !

- Moi aussi, je comprends pas... mais on s'en fiche. On est là et on va profiter.

Il me demanda de l'attendre puis revînt quelques minutes plus tard avec un plaid et un sac de provisions. Il me sourit tout en servant le repas et je compris pourquoi j'avais épousé ce type.

...

Les rues de Seattle étaient moins pleines que je le pensais. J'arrivai en avance et attendis dans la salle d'attente. Lorsque l'infirmière de ce matin me vit, elle vînt me proposer quelque chose à boire. J'avais de la chance : je m'étais débarassée de son côté garce, et je me retrouvais avec un pot de colle. Dieu, faîtes que Jake se bouge le cul ! J'avais pas du tout envie que, se croyant mon amie, l'infirmière vienne me demander comment ça faisait de vivre avec "ça". Je n'étais pas nombriliste mais réaliste ; je savais très bien que "ça" était le sujet de discussion favori du personnel de cette clinique. Et il était déjà arrivé que des infirmières courageuses viennent me voir pour me dire que, je cite, "c'est malheureux ce qui m'arrive" mais que "heureusement, le Dr Black est là".

J'eus de la chance. Cette infirmière-là n'osa pas aborder la femme du Dr Black. Elle se contenta de me jeter des regards insistants lorsqu'elle croyait que je ne la voyait pas... Une demi-heure plus tard, Jake fit son entrée dans la salle d'attente. Un sourire illumina son visage quand il remarqua ma présence et me fît me sentir fière. Je l'attirai à moi alors qu'il faisait un geste de la main à l'infirmière à l'accueil et l'entrainaî dehors.

Une fois à l'extérieur, il attira mon visage vers le sien et m'embrassa. Ses lèvres, sages au début, devînrent plus avides. Ses mains se frayèrent un chemin vers mes fesses tandis que, machinalement, les miennes remontèrent son dos sous sa chemise. Il mit finalement fin au baiser mais garda son front soudé au mien.

- Merde, dit-il, j'ai oublié mon portable dans mon bureau.

Je ris. C'était moi l'amnésique et c'était lui qui était étourdi.

- Va le chercher, allez, je t'attends à la voiture.

Il me sourit puis s'engouffra à l'intérieur de l'hôpital en courrant presque. Je n'étais pas la seule à avoir hâte d'être à ce soir. Je riais encore lorsque je sentis une main agripper mon épaule et me faire pivoter. L'homme en face de moi, me fixa bouche bée. Il était plutôt grand, de long cils ornaient ses yeux verts. Il portait un sweet à capuche et un jean foncé. Je le détaillai en fouillant ma mémoire à la recherche d'un indice mais il ne sembla pas s'en aperçevoir, tout occupé à me fixer comme s'il voyait le messie en personne.

C'était la première fois, depuis ma tentative de suicide que je croisais quelqu'un que je connaissais qui ignorait tout de mon amnésie. Je réfléchissais à comment l'annoncer à ce type mais il me prit au dépourvu en me serrant dans ses bras.

- Wouah, Bella ! Au mon dieu, si tu savais comme... wouah ! Je croyais que t'étais morte ou pire que... qu'ils se servaient de toi comme...

A nouveau, il se tut pour me fixer longuement. C'était peut-être un ami que j'avais connu à la fac ? Ou un ami de Jake, s'il était au courant de ma tentative de suicide. Je ne savais comment lui dire que je ne me rappellais pas de lui. Peut-être que la vérité c'était le mieux. Hey, c'est toujours moi, Bella, mais je me rappelle pas de toi parceque j'ai oublié deux ans de ma vie ! Cool, non ?

Nous étions extrêmement proche l'un de l'autre. Il pencha sa tête et son visage se rapprocha dangereusement du mien. Quand il ferma les yeux, je sus que je devais empêcher ce qui allait arriver. J'étais mariée et mon mari n'allait pas tarder.

- Ecoute, fais pas ça ! m'exclamai-je en bondissant. Je ne me rappelle même pas de toi ! Je... j'ai des souvenirs qui me manquent et si on se connaissait toi et moi, ben, maintenant je m'en rappelle plus...

Je haussais les épaules en signe d'impuissance, appréhendant sa réaction. Il devait pas l'avoir entendue souvent celle-là ! Je voyais bien à son visage qu'il était complétement soufflé. Sa mou desemparé me rappela quelque chose comme quand vous vous rappelez avoir vu un objet sans savoir où exactement. Dans mon cas, c'était pareil mais l'objet en question avoisinait les 1,90 mètres de haut. Et puis c'était la première fois que je me rappelais de quelqu'un, ne serait-ce que vaguement.

- Mais c'est pas grave, hein. Je suis sûre que si t'es d'accord, on pourrait aller boire un café et parler. Ma psychologue serait même d'accord pour te faire participer à ma prochaine thérapie. C'est fou parceque tu me dis quelque chose alors que même mon mari je l'ai pas reconnu...

Tout cela avec le plus grand sourire dont j'étais capable sur le visage. Je comprenais que ce soit un choc pour lui et je voulais y aller en douceur mais il n'empêche que je tenais enfin le filon de ma guérison. L'homme en face de moi releva la tête, sous le choc. Toutes les émotions défilèrent sur son visage : incrédulité, inquiétude, colère puis à nouveau inquiètude et enfin, bizarrement, lucidité. Puis son regard me dépassa et il chercha quelque chose du regard sur le parking. Il m'attrapa fébrilement par les épaules :

- Putain, t'es avec qui là ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Qui est avec toi, qui tu attendais quand je suis arrivé ? Ton "mari" ? Qui c'est ? Comment il s'appelle ? Réponds Bella, merde !

Le mec commençait à me faire peur. Sa respiration s'était accelérée et la pression qu'il exerçait sur mes épaules commençait à me faire mal.

- Lachez-moi, maintenant ! Ca va pas, oui, mon mari ne va pas tarder je vous préviens, dis-je en espérant lui faire peur pour qu'il me lache.

Mais il me tenait toujours aussi fort en cherchant quelque chose autour de nous. Je tentais tant bien que mal de m'éloigner mais sa poigne était puissante. A cours d'idées, je me mis à hurler.

- Jacob, au secours, Jacob !

Le parking était presque désert et les quelques personnes étaient trop loin pour nous entendre.

- Jacob ? Comme Jacob Black ? Oh l'enculé ! Il lacha mes épaules et prit mon visage dans sa mains tandis que l'autre me couvrait la bouche. Bella, il faut que tu me fasses confiance, je te promets que je t'expliquerai tout mais il faudra que tu dises à personne que tu m'as vu aujourd'hui, ok ? Tu me le promets ?

Ses mains étaient douces et son ton apaisant. Mais j'étais toujours effrayée, aussi je mis du temps à parler même après qu'il ait libéré ma bouche.

- Oui... oui je te le promets, dis-je au bord des larmes.

Tout pour qu'il me lache et qu'il s'en aille. Je ne savais pas si son problème était la drogue ou la folie, mais il me faisait peur. Il soupira un grand coup, soulagé puis déposa un baiser sur ma tempe avant de disparaître au milieu des voitures.

Je restais ainsi un long moment à méditer sur ce qui venait de se passer quand Jacob arriva. Je pris une grande inspiration, prête à tout lui raconter, mais il me coupa :

- Qu'est-ce qu'il y a, Bella ? Tout va bien ?

Ces simples mots me ramenèrent en arrière.

FLASHBACK...

Un lit, moi et lui. Enlassés, nus et en sueur. Nos respirations encore haletantes et nos corps en feu. Sa langue qui se met à tracer des cercles sur mon ventre et, d'un coup, l'impression d'avoir entendu un bruit quelquepart, ailleurs. Je me fige. Il s'en rend compte et me demande :

- Qu'est-ce qu'il y a, Bella ? Tout va bien ?

...

Lui, c'était un type aux cheveux chatains cuivrés et aux yeux verts. C'était le mec de tout à l'heure. Je me figeai devant Jake qui attendait toujours une réponse. Mais je pouvais pas lui dire. Oh non, vraiment pas.

- Rien Jake, tout va bien. Et je pense que le resto n'est pas une mauvaise idée : j'ai faim.

Malgré le manque d'enthousiasme dans ma voix et le sceptiscisme que je lus dans son regard, il accepta et m'entraîna vers la voiture.

Tandis que nous roulions vers le restaurant, une multitude de questions m'assaillit. Qui était-il ? Avais-je trompé mon mari ? Pourquoi ce premier souvenir après tant de temps ? Mais malgré toutes les incertitudes dans lesquelles je flottais, il y avait une chose dont j'étais sûre. Qui que soit ce type, il faisait remonter les souvenirs et pour ça, je devais à tout prix le retrouver...


Alors ? Dois-je continuer ? Ou pas... A vous de me le dire !