Bonjour à tous !

Je n'en reviens toujours pas du nombre de personne qui ont lu le premier chapitre de cette histoire. J'en suis tout autant excitée que terrifiée ! Et je n'ai qu'à vous dire Merci! Merci! Merci!

Bon, maintenant, faudrait pas se louper sur la suite, n'est-ce pas?

Je vous laisse profiter de ce nouveau chapitre en espérant qu'il vous plaise! N'hésitez pas à me laisser des commentaires si vous avez apprécié ou non ce que vous avez lu. Je suis preneuse !

Enjoy, et bonne lecture !


Elle avait mal à la tête.

Ce n'était pas quelque chose de nouveau pour elle, mais elle avait pu goûter pendant un instant à un moment sans douleur… et, après ce par quoi elle était passé, si elle devait retourner dans un monde, elle aimerait bien que ce soit sans mal de tête ! Elle savait aussi qu'elle était morte. Oui, on ne pouvait pas exploser sans avoir quelques petits désagréments au passage ! Donc, si elle était morte, quelqu'un pouvait-il lui dire pourquoi elle avait mal à la tête, au lieu de profiter d'un repos éternel ?

Isleen, bien décidée à répondre à sa question, ouvrit les yeux… mais dut les refermer aussitôt à cause de la lumière. Elle fit une deuxième tentative en mettant une main devant ses yeux et se cala contre ses oreillers. Installée dans une pièce, son corps était allongé dans un lit moelleux. Isleen remarqua qu'elle était habillée d'une tunique longue d'un beau bleu clair. Elle se mit ensuite à examiner la pièce où elle se trouvait.

Déjà, contrairement à la dernière fois qu'elle avait eu les yeux ouverts – avant d'exploser - elle était allongée dans un lit finement ouvragé, dans un bois luxueux de couleur clair. En fait, toute la pièce était luxueuse en y regardant de plus près. Pas du luxe tape-à-l'œil, mais du luxe discret et très bien travaillé.

-« Mais où est-ce que j'ai atterri, moi… ? » pensa Isleen, devant cette chambre.

Au même moment, la porte s'ouvrit et Isleen vit alors la plus belle personne qu'il lui ait été donné de voir de sa vie. La jeune femme qui venait d'entrer avait une peau des plus veloutées, ce qui attisa chez Isleen une grande jalousie. Elle avait aussi des cheveux noir nattés qui lui arrivaient jusqu'en bas des hanches, était de haute taille, possédait des épaules fines, et un port de tête altier. Son regard bleu profond était aussi doux que le discret sourire qu'elle lui accorda. Elle ressemblait à un ange, et Isleen se dit, pour la première fois depuis qu'elle s'était réveillée, qu'elle avait peut-être atterri au paradis.

-Almareä Aurë, annonça l'étrange apparition d'une voix claire comme le cristal. (Bonjour)

La femme s'approcha du lit d'Isleen et lui posa une main sur le front, pour vérifier si elle avait de la fièvre. C'est drôle de penser que c'est la beauté de la jeune femme qui avait attiré en premier lieu le regard d'Isleen… car maintenant qu'elle regardait les oreilles de la jeune femme, elle se demanda comment elle avait pu ne pas les voir avant ! Les oreilles de la jeune femme étaient pointues. Pas ronde comme les siennes, non ! POINTUES !

Peut-être que tout le monde au paradis avait des oreilles pointues ? Elle toucha les siennes pour vérifier ses pensées, mais elles étaient bien rondes, comme d'habitude. Donc elle ne se trouvait pas au paradis ?

-Pedich edhellen ? demanda la jeune femme. (parlez-vous elfique?)

Pour toute réponse, Isleen ouvrit grand la bouche. La jeune femme était penchée sur une table d'où elle préparait une sorte de potion de plantes. N'obtenant aucune réponse à sa question, elle se retourna vers la jeune humaine dont elle avait la charge.

-Comprenez-vous le Commun ? réessaya-t-elle.

Elle parlait sa langue ! Bien qu'Isleen ne comprenait pas l'utilisation du mot « commun », elle parlait français ! Isleen hocha donc la tête. La jeune femme sourit et revint vers le lit en prenant avec elle la décoction aux plantes, qu'elle lui tendit.

-C'est pour votre tête. Je m'appelle Eledhwen et j'ai été chargée par le seigneur Elrond de m'occuper de vos soins. Vous nous avez fait une sacrée frayeur quand vous êtes arrivée ! Je crois bien n'avoir jamais connu ça ; et, à voir l'expression du seigneur Elrond, lui non plus ! dit Eledhwen d'une traite, en riant.

Elle parle vite ! N'a-t-elle pas besoin de respirer pour parler !? » se demanda avec ahurissement Isleen.

La jeune femme regarda alors Isleen, qui n'avait toujours pas dit un mot. Elle lui semblait fatiguée, mais ses joues étaient plus roses qu'au moment de son arrivée, signe qu'elle allait un peu mieux.

-Je peux vous demander votre prénom ? demanda Eledhwen

Ah. Il allait falloir lui trouver de quoi écrire pour pouvoir répondre à cette question, puisqu'Isleen ne pouvait pas parler. Elle n'était pas sortie de l'auberge ! Et, en regardant autour d'elle, rien qui ne puisse l'aider n'était à portée de mains. Eledhwen la regardait toujours, donc Isleen mit une main sur sa gorge en secouant la tête de gauche à droite, pour lui faire comprendre qu'elle n'avait plus de voix, depuis sa maladie.

-Qu'est ce qui ce passe ? Vous n'arrivez pas à parler ? demanda Eledhwen en fronçant les sourcils. Je ne comprends pas pourquoi vous ne le pourriez pas… A votre arrivée, vous avez poussé un hurlement déchirant…

Quoi ? Non, c'était impossible ! Elle ne pouvait plus parler depuis plusieurs mois ! Elle avait paniqué au début, elle aimait bien sa voix, surtout maintenant qu'elle ne pouvait plus l'utiliser ! Alors pourquoi cette femme – sublime au demeurant – lui disait qu'elle avait hurlé ? Pour hurler, il fallait pouvoir parler et elle, elle ne le pouvait plus…

N'est ce pas ?

Elle finit par baisser les yeux, et regarder ses mains.

-Vous devriez essayer, lui conseilla gentiment la belle jeune femme, voyant l'émotion sur ses traits.

Isleen n'avait rien à perdre à essayer, et si ça ne marchait pas elle continuerait à se parler dans sa tête.

-…..., tenta-t-elle en ouvrant la bouche et en essayant de faire fonctionner ses cordes vocales.

Les larmes affluèrent à ses yeux. Elle le sentait, là, au plus profond elle. L'espoir. Eledhwen se rapprocha de sa jeune protégée, s'assit sur le lit et prit une de ses mains dans les siennes.

-Réessayez, allez-y, l'encouragea-t-elle.

S'accrochant aux mains d'Eledhwen comme à une bouée de sauvetage, Isleen ouvrit de nouveau la bouche. Sa langue brûlait, sa gorge lui faisait mal, suite aux longs mois sans avoir servi. Mais suivant les conseils de l'inconnue, elle réessaya de parler.

-…J…Je ! réussit à dire Isleen.

Isleen eu les larmes aux yeux, elle avait réussir à dire « Je » ! On était loin de la phrase complète, mais elle était contente d'avoir pu faire fonctionner sa voix. Bien que le son qui sorti fût assez guttural et pas très mélodieux, cela venait quand même d'elle. Et elle apprécia d'avoir mal à la gorge, car ça voulait dire que, bientôt, elle pourrait de nouveau parler.

-Oh c'est merveilleux ! Vous avez réussi ! Je ne pense pas qu'il faille trop forcer sur votre voix, je vais aller voir le seigneur Elrond pour lui faire part de votre problème. Il pourra certainement vous aider, étant le meilleur guérisseur de la Terre du Milieu…, dit Eledhwen.

Attendez ! STOP ! STOP ! STOP !

Oh ! Mais quelle idiote ! Oreille pointue, Elrond et maintenant Terre du Milieu… Elle n'avait pas fait le lien ! Mais quelle gourde ! Vraiment, comment n'avait-elle pas pu se rendre compte de l'endroit où elle avait atterri… Elle avait assez vu les films pour reconnaître au moins un peu l'univers de Tolkien. Elle qui pensait être au paradis, elle se retrouvait en Terre du Milieu. Normal.

Sans écouter plus avant le monologue d'Eledhwen, elle s'allongea et regarda son plafond pour réfléchir à ce qu'elle avait bien pu faire dans sa vie sur sa Terre à elle pour se retrouver dans cette galère.

-Tenez, je pense qu'avant l'intervention du seigneur Elrond pour votre voix, vous devriez écrire votre prénom ici, lui dit la jeune elfe, en lui tendant un morceau de parchemin et de quoi écrire.

Isleen se releva et hocha la tête pour remercier la jeune femme. Écrire sur le parchemin avec une plume fut somme toute assez aisée pour elle, contrairement à ce qu'elle aurait pensé de prime abord – mais rien ne valait un bon vieux stylo. Une fois fini, elle tendit le tout à Eledhwen.

-Isleen…C'est très jolie, lui dit Eledhwen tout en se levant et se dirigeant vers la porte. Je vais vous laisser vous reposer. Je vais faire demander une servante pour vous amener de quoi manger, et prévenir le seigneur Elrond de votre réveil et de votre problème de voix. À bientôt, Isleen.

Une fois partie, Isleen retourna à la contemplation du plafond ouvragé et finit par s'endormir. Bien plus tard, elle se réveilla et la lumière vive du jour avait fait place à la douce lumière du crépuscule. Comme promit par Eledhwen, un plateau de nourriture comportant des fruits, des noix, toute sorte de fromages et du miel, était posé tout près de son lit. Se rendant compte qu'elle était affamée, elle se jeta sans plus de retenue sur les mets qui avaient l'air tous plus appétissants les uns que les autre !

Une fois son repas avalé, elle décida de faire un brin de toilette. Elle se leva doucement de son lit, de peur que ses jambes ne puissent la porter. Une fois sûre qu'elle tenait bien debout, elle s'avança vers la table où Eledhwen avait préparé la décoction pour sa tête, et où elle avait posé son nécessaire pour écrire. Posée sur un banc en bois près de la table, elle remarqua une bassine vide et une cruche d'eau, ainsi qu'un linge. Elle décida de se faire une toilette de chat, se disant qu'elle aurait préféré une bonne douche chaude. Tant pis, elle devrait s'en contenter.

Une fois lavée, elle alla s'asseoir sur son lit, pour réfléchir à sa présence en Terre du Milieu. Jamais elle n'aurait pensé se retrouver dans une telle situation. C'était insensé. Elle était morte dans cette chambre blanche. Elle en était sûre, elle s'était sentie mourir. Alors, pourquoi était-elle vivante, ici ? Une affreuse pensée s'insinua en elle… sa maladie… est-ce qu'elle était encore là ? Est-ce que le destin voulait qu'elle souffre, pour avoir voulu abandonner sa lutte ? Et quelles étaient les raisons de sa venue ? Et à quelle moment avait-elle atterri… Avant la chute de l'anneau, ou après ? De tout son cœur, elle espérait être là après sa destruction… car, sachant ce qu'il se passait durant la période trouble où l'anneau était encore là, elle préférait largement les temps de paix.

-Bonsoir Isleen, lui dit une voix, la coupant de ses pensées.

Sursautant, elle mit une main sur son cœur qui battait plus vite que la normale. Elle regarda la personne qui venait d'entrée, et sa bouche s'ouvrit d'elle-même en grand.

-Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous effrayer. Je me nomme Elrond, et vous êtes ici chez moi, en Imladris, dit le seigneur elfe en s'asseyant sur un siège non loin du lit d'Isleen. Eledhwen m'a raconté votre problème de voix. Je pense pouvoir vous aider, mais il vous faudra bien deux jours de repos pour que votre voix redevienne normale.

Pour toute réponse, Isleen cligna des yeux bêtement. Elle finit néanmoins par refermer la bouche après s'être rendu compte qu'elle avait l'air idiote. Puis elle se leva sous l'œil sage de l'elfe. Elle alla près du bureau où elle prit le parchemin et de quoi écrire. Elle retourna ensuite à son lit où elle écrivit, avant de tendre le parchemin au Seigneur Elrond.

« Merci de vous être occupé de moi, mais je ne comprends pas ce que je fais ici. Je ne suis pas censé être là. »

-Oh, je comptais sur vous pour m'expliquer votre venue. Je pensais envoyer une missive indiquant votre arrivée chez nous à des parents qui habitent au-delà des montagnes, et leur demander une possible explication, si vous ne pouviez pas nous en fournir, lui répondit Elrond en fronçant les sourcils.

Isleen reprit le parchemin et écrivit :

« Eledhwen m'a dit que ma venue avait effrayé tout le monde, et que j'avais poussé un hurlement. Je ne comprends pas. »

-Vous ne vous souvenez pas de votre arrivée ici ? lui demanda Elrond. Elle secoua la tête négativement. Vous êtes apparue dans une explosion de lumière au centre du porche à l'entrée de la cité. Lorsque je me suis approché de vous, vous avez poussé un hurlement avant de perdre connaissance.

Isleen, qui écoutait Elrond, se dit que sa venue ressemblait fortement à ce qu'elle avait vécu dans ce monde de lumière blanche. Bon, elle aurait préféré être apparu habillée, plutôt que nue devant tous les elfes de la cité. À croire que rien ne lui serait épargné.

Elle écrivit de nouveau :

« Mais je suis censée être morte ! »

-Pourtant, vous êtes bien vivante. Expliquez-moi : en quoi devriez-vous être morte ? demanda Elrond, curieux.

« Je suis tombé malade, vraiment très malade. Je ne viens pas d'ici, c'est une maladie connue dans mon monde (enfin, je crois). Quelque chose de très agressif a pris place dans mon cerveau et j'en suis morte. Je me souviens clairement de ma mort… Après c'est assez flou. Je sais que je me suis retrouvée à flotter entre de belles lumières blanches, et tout a explosé. Ensuite j'ai atterri ici. Ça doit vous paraître étrange.»

-L'existence d'un autre monde n'est pas étrange, les capacités des Valars de créer plusieurs sortes de vie est infiniment grande. Et votre aspect à votre arrivée, peu coutumière de nos contrée, ainsi que vos réponses, semblent aller dans le sens de l'existence d'un autre monde. Je ne suis pas surpris. Une fois que votre voix ira mieux, vous me parlerez de votre monde et m'expliquerez votre expérience avec ses lumières, lui dit alors Elrond. Concernant votre maladie, je peux vous dire que vous n'avez plus rien.

Une nouvelle vie et un corps sans maladie. Isleen ne pouvait y croire. Elle écrivit alors à Elrond qu'elle ne pouvait le croire, c'était trop soudain et bien trop beau pour être réel.

-Prenez-le comme un cadeau que les Valars vous ont fait. Je vous ai examiné, et je n'ai vu aucune maladie en vous, lui répondit Elrond en lui souriant.

Isleen mit ses mains sur sa gorge en regardant l'elfe qui lui faisait face.

-Pour votre gorge, je pense que la douleur est d'avantage liée un manque d'usage qu'à un quelconque mal, lui dit Elrond. Ne vous inquiétez pas, le problème devrait être résolu rapidement.

Isleen subissait intérieurement un ascenseur émotionnel, entre l'abattement sur son arrivée ici, et la deuxième chance qu'on lui offrait de vivre à nouveau. Se souvenant brusquement de son questionnement intérieur avant l'arrivée du seigneur Elrond, elle reprit son parchemin qu'elle tendit une nouvelle fois. Le seigneur Elrond la regarda perplexe face à cette interrogation.

-Nous sommes à la fin de l'année 3016 du troisième âge, lui répondit-il tout de même. Je vais vous laissez vous reposer maintenant. Je vous ferai parvenir votre remède dans la matinée de demain.

Sur ces paroles, le seigneur Elrond se leva et, après un signe de tête à Isleen, quitta la pièce. La jeune femme était déboussolée, ses craintes était fondées. Elle était arrivée deux ans trop tôt. Elle n'avait vraiment pas de chance !

« Bon, réfléchis, ma vieille. Tu es là deux ans avant que l'histoire parte en cacahuète, ce n'est pas le moment de craquer…AAAAAAhhhh mais pourquoi moi? Je n'aurais pas pu mourir en paix ! Respire…Respire…»

Trop énervée pour se reposer, elle se leva et fit les cents pas dans sa chambre, maudissant tout ce qui lui passait par la tête. Elle finit par s'arrêter, les yeux fixés sur le bas du miroir qui ornait l'un des murs de sa chambre. Elle l'avait bien remarqué en faisant sa toilette mais elle n'avait pas voulu y faire face, pas encore. Elle n'avait pas osé se regarder dans le miroir. Et voilà que ses pas l'avaient amené juste devant. Même son corps la trahissait.

Elle leva lentement les yeux, détaillant sa tunique, puis ses mains qui pendaient le long de son corps. Ses yeux remontaient petit à petit, passant par la courbe légère de sa poitrine et la finesse de ses épaules. Ses yeux finirent par se rencontrer dans le miroir et Isleen resta alors muette de stupeur. Ses yeux était toujours les mêmes, d'un vert émeraude intense. La maladie n'avait jamais pu ternir l'éclat de ses prunelles et ils avaient fait la fierté de sa grand-mère et d'elle-même. Mais ce qui stupéfia Isleen, c'était la qualité de sa peau. Elle qui avait l'habitude depuis l'arrivée de sa maladie, soit depuis plus de deux ans, d'avoir une peau blafarde et terne, la voilà avec un grain de peau velouté et d'un blanc laiteux. Ses pommettes avaient elles-mêmes une teinte de rose comme si elle avait pris le grand air. Chose rare depuis des lustres, elle se prit à aimer son reflet. Certes, elle n'avait pas de cheveux, mais ça elle en avait l'habitude… et si Elrond avait vu juste, elle devrait bientôt les voir repousser, maintenant que la maladie et les effets des traitements avaient disparus.

Souriant à son reflet, elle finit néanmoins par retourner dans son lit. Elle ne pensait pas pouvoir se rendormir, étant donné toutes les informations qu'elle avait eues depuis son premier réveil. Néanmoins ses yeux se fermèrent d'eux même et elle était déjà en train de dormir lorsque sa tête toucha l'oreiller.


Isleen se réveilla alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Midi était passé. Elle se redressa sur ses oreillers et ses yeux rencontrèrent ceux d'une elfe aux cheveux noirs. Sursautant dans son lit, Isleen dévisagea la nouvelle venue qui était d'une beauté époustouflante. Ses cheveux noirs comme l'ébène encadraient le visage le plus pur et le plus doux qu'Isleen avait vu dans toute sa vie. Les yeux de l'elfe étaient d'un bleu profond et ses lèvres semblaient avoir la douceur des pétales de rose. Isleen était subjuguée devant tant de beauté. La belle jeune femme la fixait en lui faisant un doux sourire. Bien qu'Isleen se trouvait plus belle que durant sa maladie, voir tant de gravure de mode avait le don de la faire se sentir comme un chardon dans une roseraie ; et encore, elle n'avait vu que trois individus elfiques. Elle n'était plus pressée de voir les autres...Et c'est quoi cette manie de rentrer dans la chambre d'une personne pendant qu'elle dort ?

-Bonjour, je vous ai apporté une potion pour votre voix de la part de mon père, lui dit la belle inconnue d'une voix plus pure que l'eau. J'espère que je ne vous dérange pas, je souhaitais vivement vous rencontrer mais vous dormiez encore lorsque je suis arrivée et je n'ai pas voulu vous réveiller, donc j'ai attendue…Je m'appelle Arwen.

Arwen. Elle était devant l'étoile du soir. Isleen lui fit un petit sourire timide – on ne se retrouvait pas tous les matins devant une beauté pareille – et prit la fiole qu'elle lui tendait, la déboucha et en avala le contenant d'une traite.

-Il faudra reposer votre voix encore un jour ou deux d'après les estimations de mon père, mais il m'a autorisé à vous dire que vous pouvez vous promener dans la cité. Enfin si vous le souhaitez, lui expliqua Arwen.

Pour toute réponse, Isleen hocha vigoureusement la tête. Elle sortit de son lit pour prendre dans le plateau de fruit placé sur une table d'appoint, une pomme. Se retournant, elle désigna à Arwen sa tunique, se disant qu'elle ne pourrait pas se promener dans la cité en pyjama.

-Des tenues ont été installées dans l'armoire qui se trouve à votre gauche. Des servantes vous ont aussi préparé de quoi vous laver dans la pièce attenante. Je vais vous laisser pour que vous puissiez vous préparer, lui indiqua la belle elfe brune.

Une fois qu'Arwen sortit de la chambre, Isleen se précipita vers l'armoire. L'intérieur était garni de robes aux teintes douces, allant du gris perle au bleu et au vert. Elle toucha les tissus qui étaient encore plus fluides que la soie. Elle aurait pu passer des heures à les contempler et les toucher. Une fois sortie de sa contemplation, elle se décida pour une robe gris perle de style médiéval – ce qui changeait de ses jeans et robes, ou même de la blouse de l'hôpital ! Elle choisit également un voile qui serait parfait pour recouvrir son crâne chauve, car il était assez long pour qu'elle puisse le tresser, et ainsi ne pas affoler la moitié de Fondcombe.

« Bon, Arwen m'a dit « dans la pièce attenante ». Je n'avais même pas remarqué qu'il y en avait une ! » pensa-t-elle.

Isleen regarda plus près de l'armoire et vit une ouverture cachée par un voile de couleur bleu. Elle traversa le fin tissu et pénétra dans une pièce qui pourrait s'apparenter à une salle de bain dans son monde. Un mur était entièrement recouvert de fenêtres et de rideaux où perçait la lumière, permettant ainsi aux personnes de ne pas être vu de l'extérieur. Au centre de la pièce, une grande vasque – qui pouvait être associé à une baignoire – était installée. Un meuble longeait un des murs et on y avait déposé toute sorte d'huiles et de savons. Des toilettes étaient placées dans un coin de la pièce, de façon à ce que le tout soit discret.

Elle en profita pour y aller. Une fois la chose faite, elle s'avança vers la baignoire où de l'eau chaude avait été placée pour elle. Elle aurait pu pleurer de bonheur et de gratitude. Elle sélectionna une huile au jasmin pour son bain sur le meuble attenant, n'ayant pour l'instant pas besoin de shampoing. Après s'être déshabillée, elle plongea avec délectation dans l'eau. Elle resta allongée tant de temps que, lorsqu'elle se décida à sortir, l'eau commençait réellement à refroidir.

S'habillant de la robe qu'elle avait choisie, elle constata qu'elle possédait un col en V, ce qui mettait en valeur sa poitrine menue et, malgré le fait que la robe était un peu grande pour son corps– elle n'avait décidément pas la haute taille des elfes -, elle aima son toucher. Elle prit le foulard, se plaça devant le miroir de sa chambre et commença à faire une sculpture comme lui avait appris sa mère lors de sa maladie. Elle finit sa « coiffure » en tressant le reste du tissu. Comme il était long, la tresse finissait au creux de ses hanches.

Satisfaite du résultat, Isleen sortit de sa chambre. Elle passa timidement dans les couloirs. Au bout de dix minutes, elle n'avait encore croisé personne et se demanda où était passé tous les occupants de la cité. Ses vœux furent exaucés trois couloirs plus loin, quand elle tomba sur Arwen. Celle-ci lui proposa de marcher avec elle, ce qu'Isleen accepta avec joie. Ainsi, elle passa l'après-midi à visiter la belle cité. Plusieurs fois, elles rencontrèrent des elfes qui saluèrent l'étoile du soir, en regardant Isleen de façon curieuse. Isleen ne s'offensa pas, car elle-même trouvait ces deux derniers jours bien étranges, et elle ne pouvait s'empêcher de regarder tous ceux qu'elle voyait avec de grands yeux ronds.

Arwen lui expliqua l'histoire de la cité et l'invita à venir manger avec elle et son père pour le dîner du soir. Elle avait compris que la jeune humaine resterait avec eux pour un temps encore indéterminé, et souhaitait mettre leur invitée la plus à l'aise possible. Isleen accepta la proposition avec un sourire.

Le soir venu, les deux jeunes femmes se dirigèrent donc vers l'espace des repas. Tous les elfes présents furent silencieux à leur arrivée. Puis les conversations reprirent, tandis qu'Arwen s'avançait vers la table où son père était attablé, entouré d'autres elfes. Isleen regretta de ne pas voir Eledhwen.

-Ada, lui dit Arwen en s'asseyant.

Isleen prit place près d'elle. Elle était très intimidée, mais fit l'effort de sourire aux elfes qui la regardaient, ne voulant pas paraître impolie.

-Je suis heureux que vous soyez sortie de votre chambre, Isleen, lui dit Elrond en attrapant une grappe de raisin qu'il déposa dans l'assiette en face de lui.

Au même instant, un elfe entra dans la pièce. Un court silence se fit à son entrée. Isleen tourna la tête vers le nouveau venu et resta stupéfaite par tant de magnificence. L'elfe semblait être enveloppé d'une aura dorée. De sa haute stature, il arrivait à éclipser la beauté pourtant évidente de tous ceux qui l'entourait. De longs cheveux blonds or nattés cascadaient dans son dos, son visage était jeune et beau ; quant à ses yeux, ils brillaient comme son âme. Isleen en resta stupéfaite. L'elfe majestueux s'installa avec eux à table et, sentant un regard sur lui, il leva les yeux et rencontra deux prunelles vertes avant que leur propriétaire ne détourne le regard, les joues rougissantes.

-Glorfindel, j'aimerais vous présenter notre invitée, Isleen. Notre jeune inconnue du porche, lui présenta Elrond en montrant une Isleen de nouveau rougissante.

L'elfe regarda alors la jeune humaine à la coiffure étrange. La jeune propriétaire des yeux verts.

-Gîl sila na lû govaded, la salua Glorfindel en mettant une main sur son cœur. (Une étoile brille sur le moment de notre rencontre)

Isleen fit le même geste et lui fit un signe de tête, espérant ne pas s'y prendre mal, et maudissant son absence de voix…

-Ne vous offensez pas d'un manque de paroles, Isleen a un problème avec sa voix qui devrait se guérir bientôt, expliqua Arwen tout en serrant la main de la jeune humaine. Celle-ci lui fit un sourire reconnaissant.

-Je ne m'offenserai pas, jeune dame, lui dit alors le magnifique elfe, faisant, si c'était possible, rougir Isleen plus encore.

Tous se mirent alors à manger. Glorfindel continua néanmoins à fixer la jeune Isleen en fronçant les sourcils. Isleen capta ses yeux sur elle, et l'interrogea du regard. L'elfe détourna les yeux et entama une conversation en elfique avec son voisin, laissant la jeune humaine à ses interrogations.

« Il ne manque pas de toupet celui-là ! Il se prend pour qui, à me fixer de la sorte pour ensuite me laisser avec mes questions! »

Tout en fulminant intérieurement, Isleen mangea sans que quiconque ne lui adresse la parole – Arwen étant en conversation avec son père. L'elfe continua de lui lancer plusieurs fois des regards étranges, mais Isleen fit semblant de ne rien voir. Une fois le repas terminé, Arwen se leva et ramena la jeune humaine à sa chambre tout en lui parlant de choses et d'autres ; mais Isleen n'écoutait que d'une oreille, trop obnubilé par l'attitude de l'elfe blond. Elle avait bien vu qu'à la fin du repas il était allé directement parler à Elrond, tout en lui jetant de nombreux regards.

Arwen la laissa à sa porte. Une fois seule, Isleen décida qu'un bon bain lui ferait du bien et calmerait sans doute l'agitation qui l'habitait depuis le repas, bien qu'elle en ait déjà pris un dans la journée. L'eau chaude avait toujours eu un pouvoir calmant sur elle. Une fois lavée et calmée, elle retourna à sa chambre et s'allongea sur son lit. Épuisée, elle s'endormit rapidement.


Plusieurs jours passèrent. Isleen ne vit que rarement Glorfindel et ne s'inquiéta plus du comportement qu'il avait eu lors de leur rencontre. Arwen venait la chercher chaque jour avec Eledhwen pour lui faire prendre l'air et exercer sa voix. Plutôt gutturale au début, elle reprenait petit-à-petit le même timbre qu'elle avait toujours eue. Le remède d'Elrond relevait du miracle pour Isleen. Eledhwen était heureuse de voir que sa jeune protégée allait mieux.

Le temps des repas était toujours un moment d'appréhension pour Isleen, qui pouvait désormais parler, bien que sa gorge continuait à la gêner. Comme à son habitude, elle prit place à la table d'Elrond près d'Arwen. Eledhwen la rejoignit bien vite.

-Comment vous portez-vous, Isleen ? L'interrogea Elrond.

-Bien mieux, merci, lui répondit-elle.

-J'aimerais m'entretenir avec vous après le repas, si cela vous convient, lui demanda le seigneur elfe avec gentillesse. J'aimerais parler avec vous des sujets que nous avons abordé le soir de notre rencontre.

-Je… Oui, cela me convient, répondit Isleen tout en hochant la tête.

Isleen mangea très peu, s'interrogeant sur ce qu'elle pourrait bien lui dire sans qu'il ne la prenne pour une folle.

« Oui alors dans mon monde, vous êtes des personnages d'un livre… Et moi je connais la fin de l'histoire, que Sauron c'est un gros méchant qu'un hobbit va réussir à détruire… Ridicule ! »

Isleen ne fit même pas attention à la venue de l'elfe blond, toute à son discours intérieur. Elle partit même dans un petit rire qui fit tourner plusieurs têtes vers elle, ce qui ne l'alarma pas non plus.

À la fin du repas, Isleen se rendit en compagnie d'Elrond dans le bureau de celui-ci. La pièce était d'un beau volume. Plusieurs bibliothèques ornaient les murs. Un grand bureau recouvert de parchemins trônait en face d'une large ouverture qui donnait sur un balcon surplombant la vallée. Isleen, quoique intimidée, se sentit immédiatement bien dans ce lieu. Le seigneur Elrond lui fit signe de prendre place dans un des sièges. Il se dirigea vers un guéridon où était placé une carafe de vin et des verres. Il servit deux verres et alla s'asseoir en face d'Isleen, après lui en avoir tendu un.

-Je vous ai fait venir ici pour que nous parlions des événements qui vous sont arrivés avant votre venue, lui dit Elrond.

-Je comprends. J'espère pouvoir répondre à vos interrogations, maintenant que je peux parler, lui répondit Isleen en goûtant le vin doux et sirupeux que lui avait donné le seigneur Elfe.

-Bien. Parlez-moi de ce dont vous vous souvenez avant votre venue ici, lui demanda-t-il.

-Je… Je suis morte comme je vous l'ai dit, lui répondit difficilement Isleen, tout en se rappelant. J'étais mourante, dans mon lit, je dormais…la lune…elle était plus brillante que les autres nuits. Je me suis réveillée peu avant minuit, une immense douleur m'a fait tomber de mon lit, j'ai essayé d'appeler à l'aide, mais les voix…

-Les voix ? l'interrogea Elrond

-Oui. Elles me disaient de lâcher prise, que je devais les rejoindre, lui répondit Isleen la tête de plus en plus lourde. Votre vin est bizarre…

-C'est du Méruvor, un vin très fort pour les humains… Je suis désolé, mais il vous aidera à vous rappeler, lui dit Elrond tout en s'excusant. Continuez, je vous prie.

-Oh… Bien. Euh… Je suis morte peu de temps après. Je me suis réveillée dans un monde étrange. De nombreuses lumières blanches m'entouraient. Tout était silencieux, mais les voix ont dit qu'il était temps. De quoi ? Je ne sais pas… Puis tout s'est mis à exploser et moi aussi, dit alors Isleen, plusieurs larmes coulant sur ses joues. Il était dur pour elle de se rappeler qu'elle était morte.

-Les Valars vous ont amené à nous. Mais je ne comprends pas la raison, lui dit le seigneur elfe.

-Moi si. Enfin, je crois…lui avoua Isleen.

Ça y est. Ils y étaient. Le moment où il allait la traiter de folle.

-Comment pourriez-vous le savoir ? l'interrogea prestement le seigneur elfe.

-Là d'où je viens, nous connaissons votre existence, lui répondit Isleen, sous les yeux stupéfait de l'elfe. Un… Un homme a écrit un livre sur vous. Vous n'existez pas comme des personnes vivantes, mais comme des personnages d'un livre. Je sais que ça parait fou, mais je dis la vérité ! Je… je sais ce qu'il va arriver dans un futur proche, grâce à ce livre. Ça a un lien avec l'anneau unique. Celui de Sauron.

-Et que va-t-il se passer ? lui demanda l'elfe fort intéressé et étonné que la jeune humaine connaisse l'existence de l'anneau unique , tout en se rapprochant de sa chaise.

Isleen se leva rapidement et recula vers le mur, un peu effrayée, bien qu'elle se savait en sécurité. Curieux paradoxe.

-Je ne peux pas vous le dire… Ça pourrait changer les choses, ce qui serait terrible pour tout le monde…supplia Isleen. « Vas-y pour le mélodrame ma vieille… C'est pas assez tendu comme conversation »

L'elfe s'arrêta et se mit à réfléchir. Isleen reprit son souffle et passa une main sur les traînées laissées par ses larmes.

-Je vous prie de m'excuser, je ne voulais pas vous effrayer, la rassura Elrond. Je comprends votre dilemme.

-Merci. Je… Je, j'aimerai aider, lui dit alors Isleen, se surprenant elle-même. « Mais tais-toi, idiote ! Ne va pas de fourrer dans des ennuis plus gros que toi »

-Impossible, cela pourrait être dangereux pour vous, contra Elrond lui tournant le dos, déchiré entre deux solutions.

-Oui, ça le sera… Mais je pense que c'est pour ça qu'on m'a fait venir dans votre monde… mon… mon monde maintenant. S'il vous plait, seigneur Elrond, lui dit Isleen, qui ne pouvait s'empêcher de proposer son aide.

-Soit. Bien que l'idée ne me plaise pas. Si tel est votre choix… Je me dois de l'accepter. Quand ? A quel moment les événements commenceront ? demanda Elrond

-Ça a déjà commencé. Mais il reste deux ans avant que les événements soient sur nous, répondit Isleen déterminé.

-Alors nous avons deux ans pour vous préparer, Isleen. Mais je dois vous demander : êtes-vous sûr de votre choix ? l'interrogea le seigneur elfique tout en lui prenant les bras et la surplombant de toute sa hauteur.

-Oui. répondit Isleen, le regardant droit dans les yeux.

-Bien. Dans ce cas. Dès demain. Je vais faire venir… commença Elrond avant d'être coupé par des coups à la porte.

Isleen et le seigneur elfe s'éloignèrent l'un de l'autre quand Elrond demanda à la personne de rentrer. Un elfe rentra alors, sous les yeux surpris d'Isleen.

-Glorfindel, vous arrivez à temps. J'aimerais vous donnez une mission concernant notre jeune humaine, lui indiqua Elrond en se dirigeant vers son bureau.

Glorfindel jeta un coup d'œil à la jeune humaine qui le regardait la tête haute. Elle n'avait rien à se reprocher, elle.

-Lui avez-vous parlé de ce dont je m'étais entretenu avec vous, demanda l'elfe blond sans répondre à la demande du seigneur elfe.

-Non, je préférais vous attendre. Nous allons avoir une longue conversation et ce qui se dira entre ces murs devra rester entre nous. Isleen, seigneur Glorfindel, veuillez, je vous prie, vous asseoir, demanda l'elfe brun.

Tous s'exécutèrent, et commença alors une conversation longue entre les trois personnes. Plus tard, Isleen retourna dans sa chambre encore stupéfaite des révélations que venaient de lui faire les deux elfes. Une fois allongée dans son lit, elle repensa à son moment de folie, quand elle avait demandé à Elrond de la laisser participer à la quête la plus dangereuse qui soit. Grisée par les romans et films qu'elle avait lu, elle s'était sentit invincible, sur le moment… mais là, dans la noirceur de la nuit et seule dans son lit, elle se rendit compte dans quelle folie elle s'était embarquée.

-Mon dieu…Qu'est-ce que j'ai fait, se dit Isleen, plus aussi sûre de son choix.