Toujours cette douleur qui prend aux tripes. Ce mal viscéral, comme une boule qui grossit, grossit, encore et encore. Ce fléau dérobant tant de place que toute autre sensation est inaccessible. Elle avait l'habitude de ce monstre qui habitait son cœur. Il était devenu son quotidien, s'installant confortablement, lentement, sournoisement. Elle ne s'en était pas rendu compte au début, et puis il avait fallu faire face à l'inévitable vérité : il était là. Une authentique fusion l'avait transformée. Son emménagement avait fait d'elle une magnifique enveloppe vide. Un coquillage dont les longues boucles brunes indolentes passionnaient bien des personnes. Mais l'adoration cessait dès qu'ils croisaient le regard creux de la jeune femme. Ses doux yeux bleus n'étant plus que le reflet du néant. Les gens la fuyaient comme la peste. Elle n'était pas – plus – attirante. Son visage laiteux et ses cernes faisaient peur. Et pourtant, il l'observait sans discontinuer. Que lui trouvait-il de particulier ? Elle n'en avait aucune idée, mais elle aurait voulu qu'il mette fin à son petit manège qui la mettait très mal à l'aise.

Kara n'avait qu'un unique regret : s'être ratée. Oui elle avait été lâche, mais à quoi pouvait bien mener le courage ? Sa mère n'était même pas venue pleurer à son chevet alors qu'elle était plongée dans le coma. Depuis, elle n'avait pas non plus osé le face à face. Son père, en voyage à l'étranger, lui avait fait parvenir une simple lettre lui souhaitant un bon rétablissement et lui rappelant tout l'amour qu'ils lui portaient. Aucun ami ne s'était déplacé. Elle était seule, comme toujours. Les infirmières l'approchaient rarement, sauf pour lui administrer ses médicaments de force – puisqu'elle refusait de les prendre – et changer les draps de son lit. Juste lui, cet interne, ce docteur Malefoy, venait régulièrement aux nouvelles et lui tenir compagnie. Elle ne voulait pas de sa présence et lui avait déjà fait comprendre par tous les moyens possibles et imaginables. Elle l'avait insulté, giflé, humilié. Mais il s'entêtait. Pourquoi ? Ne pouvait-il pas lui permettre de dépérir en paix ? Elle n'aspirait nullement à la pitié des autres, et encore moins celle d'un inconnu.

Ce n'est que deux semaines plus tard que Scorpius parvint à contacter les personnes souhaitées et à convenir d'un rendez-vous. Randy Bulstrode avait le même air patibulaire que le reste de sa fratrie. Mais il avait l'avantage d'être un peu plus malin. La guerre avait laissé moins de tâches sur son patronyme que sur la plupart des aristocrates de Serpentard et il profitait donc d'un réseau qui mêlait malfrats et gens de la haute société. Il attendait Scorpius sur un banc, dans le parc où ils se promenaient régulièrement, Rose et lui. Il s'assit à côté de son indic :

— « Coll », ça te dit quelque chose ?

— Un nom de famille peut-être ?

— Si c'était le cas, je n'aurais pas besoin de toi.

Randy lui fit un sourire narquois.

— Je te donne une réponse avant la fin de la semaine. Rendez-vous ici, même heure.

Scorpius resta seul un moment. Les problèmes de Rose Weasley n'étaient pas censés l'inquiéter, mais il ne s'expliquait pas cette envie viscérale d'en savoir plus. Il ne pourrait sûrement pas faire grand-chose, mais il fallait qu'il soit informé. Le jeune homme aimait les énigmes, et ce soir-là en s'endormant il se fit la réflexion qu'il était gâté en la matière depuis quelques jours. Lorsqu'il se leva le lendemain, il s'attendait comme d'accoutumée à voir sa colocataire enroulée dans un plaid sur le canapé en train de regarder des dessins animés aux voix exécrables tout en engloutissant son bol de céréales en faisant un bruit monstrueux. Il ne trouva que le silence.

— Weasley ? appela-t-il

Toujours rien. La jeune femme n'était jamais partie sans lui le matin. C'était d'ailleurs rare qu'elle le laisse seul, et étonnamment il ne s'en plaignait pas. Il toqua doucement à la porte de sa chambre et un grommèlement lui parvint.

— Tu vas être en ret…

— M'en fou ! Casse-toi !

Scorpius fut sur le point de lancer une réplique bien sanglante. Il eut également envie de s'exécuter et de quitter leur logement sur-le-champ. Mais quelque chose le retint, un sentiment étrange à mi-chemin entre la compassion et quelque chose d'inconnu, et il se contenta d'expirer tout l'air de ses poumons pour tenter de se calmer. Cela sembla fonctionner un peu, il tourna les talons et s'affaira pour préparer un petit déjeuner digne de ce nom : tant pis pour le retard. Ce n'est que lorsque l'odeur du café finissait d'envahir leur appartement que Scorpius vit une rousse grognon dans leur salon.

— Tu as faim ?

— On va être en retard, grogna-t-elle

Elle attrapa cependant la tasse qu'il lui tendait, le gratifiant d'un très maigre sourire. Elle était mignonne, le matin. À sa manière, avec son petit caractère bougon et sa façon de vous dire merci tout en ayant l'air de vous ignorer totalement. Elle s'installa dans le canapé, le regardant au-dessus de sa tasse qu'elle portait à ses lèvres. Elle avait de grands yeux verts si expressifs que Scorpius s'y perdait fréquemment, sans en prendre conscience. Rose ne s'en formalisait pas, elle avait l'habitude de provoquer ce genre de réactions, chez les hommes comme les femmes.

— Ho… Tu sais, autant on peut accorder une certaine urgence à tes patients, autant pour les miens la plupart du temps une infirmière suffirait…

Il n'avait pas envie de discuter à propos du boulot. Il aurait aimé parlé d'elle, l'apprivoisée un peu mieux. Depuis qu'ils cohabitaient, Scorpius réalisait qu'il connaissait en réalité très mal sa colocataire, bien qu'ils aient passé sept ans dans la même maison à Poudlard. Scorpius était un peu nombriliste et n'avait jamais fait attention aux fossettes de ses joues lorsqu'elle riait – cela arrivait si souvent, pourtant ; ni au frémissement de ses narines le matin quand elle humait son café ; encore moins à l'asymétrie parfaite de ses lèvres… Rose le fit émerger de sa contemplation.

— Tu t'en sors avec ta de la Croix ?

— On peut dire ça… soupira Scorpius.

Physiquement, son état était stable. Les chirurgiens affirmaient qu'elle pourrait quitter l'hôpital dans une ou deux semaines. Mais concernant sa psyché, c'était un autre problème. Elle ne souriait pas, mangeait peu, parlait à peine… Scorpius avait toute la peine du monde à comprendre la jeune femme : il était inenvisageable pour lui qu'on puisse porter atteinte à sa propre vie. Sa famille, ses parents, avaient du se battre dans des temps plus sombres pour ne pas mourir, alors le suicide n'était clairement pas digne d'un Malefoy. Pourtant, et il en était le premier surpris, son cas le fascinait.

Scorpius était toujours dans ses pensées lorsqu'il passa le pas de la porte de la chambre de Kara.

— Vous êtes en retard, docteur.

Il haussa un sourcil.

— Nous n'avions pas rendez-vous, rétorqua-t-il.

Elle eut une grimace et Scorpius eut une sorte de pincement au cœur.

— Que voulez-vous ?

— Je dois vérifier votre perfusion et deux trois autres choses…

— Je m'en fiche, sortez.

Le médecin soupira. Il avait entendu les soignantes se plaindre de cette fille et il comprenait leur désarroi. Elle était infecte. Et dans le genre pénible, il avait déjà Weasley. Mais il n'était pas coutume pour lui de céder. La pièce était petite, blanche, et comme dans tous les hôpitaux, il y régnait une odeur désagréable, mélange d'antiseptique et de mort. Rien qui ne puisse aider ses patients à se sentir mieux, en vérité, se dit Scorpius. Il s'installa sur le fauteuil, près du lit, et demeura silencieux alors qu'elle vociférait.

— Tant que vous ne vous serez pas debout, comme les infirmières et moi-même le demandons, vous serez de toute façon forcée de subir ma compagnie, affirma-t-il avec un sourire narquois.

— Ha ouais ? s'agaça Kara. Très bien, c'est ce que l'on va voir.

Elle s'appuya sur ses coudes et se laissa rouler sur le côté. Gagnant une position assise, elle fit pendre ses jambes au bord du matelas tandis qu'elle entreprenait de trouver un équilibre. Elle ne s'était pas levée depuis son arrivée. C'était un problème que Scorpius et le reste du corps soignant ne parvenaient pas à résoudre, malgré toutes leurs tentatives de raisonner la jeune femme. Une aide-soignante s'était même pris une gifle en essayant d'employer la force pour mettre leur patiente en posture verticale. Le chef du service avait d'ailleurs fait une note rappelant combien il était important de ne pas rentrer dans la confrontation avec les malades. Scorpius était atterré de voir que sa provocation réussissait là où la pédagogie avait échoué. C'est Weasley qui l'entendrait, avec ses conseils minables !

— Alors comme ça si je veux avoir la paix, il faut que je me lève ? Ho mais très bien, mônsieur Malefoy, je vais me lever ! Et surtout m'éloigner de vous !

La jeune femme continuait de tempêter tandis qu'elle se laissait glisser sur le matelas jusqu'à ce que ses pieds touchent le sol. Scorpius était prêt à intervenir, conscient que dans sa rage Kara oubliait certainement que ses jambes ne sauraient la porter. Effectivement, à peine eut-elle quitté le lit qu'elle vacilla et s'effondra dans les bras du médecin.

— Échec, remarqua-t-il. Nous n'avons jamais été aussi près.

Elle releva la tête et planta ses yeux d'acier dans les siens, le regard plein de colère. Ce fut électrisant pour Scorpius.

— Lâchez-moi !

— Vous tomberiez. En revanche, maintenant que vous avez levé vos fichues fesses, je peux appeler afin que l'on vous apporte un fauteuil roulant.

— Oui, faites ça !

Quel sale caractère ! Il bipa cependant les infirmières, réclamant de quoi déplacer sa patiente. Celle-ci ne se fit pas davantage prier pour finir de sortir de son lit.

— Que diriez-vous d'un bon bain, mademoiselle de la Croix ?

Scorpius interpréta le silence qui suivit comme une acceptation. Il croisa une aide-soignante dans le couloir qui sembla plus que surprise de le voir en compagnie de Kara. Il lui fit discrètement signe de les talonner. Arrivé devant la salle de bain, il fit le tour du fauteuil afin d'avoir son occupante en face.

— À présent je vais vous laisser en la compagnie d'Olivia, qui saura à merveille prendre soin de vous. Je vous retrouve après.

— Non.

— Pardon ?

— Je veux que ce soit vous.

— Il va falloir vous dénuder, contesta Scorpius, et je…

— Et quoi ? Vous êtes médecin non ? Et un plutôt mignon, en plus. Vous avez dû en contempler d'autres, des culs, et dans d'autres circonstances, je me trompe ? Ne faites pas la sainte-nitouche. Je veux que ce soit vous !

Scorpius jeta un coup d'œil à l'aide-soignante qui semblait aussi perplexe que lui. Elle lui fit cependant un léger signe de tête, comme pour l'encourager à accepter. Il soupira.

— Olivia reste près de la porte, si vous changez d'avis elle…

— Je ne changerais pas d'avis, protesta Kara.

Elle était épuisée mais se battait pourtant avec force et conviction. Si seulement elle avait pu mettre autant d'acharnement dans sa survie qu'à l'enquiquiner, elle serait déjà sortie, pesta Scorpius intérieurement. Déshabiller la jeune femme ne prit que très peu de temps puisqu'elle était nue sous sa blouse d'hôpital, retenue d'un simple bouton pression dans le dos. Elle était si maigre que Scorpius aurait pu réviser l'anatomie du squelette humain sur elle. C'était si choquant qu'on en oubliait presque la large cicatrice qui s'étalait sur sa poitrine, partant du milieu des clavicules et s'arrêtant au bas de ses seins. Il déglutit difficilement.

— C'est bon, vous avez fini de me mater ?

— Je ne…

— Je veux un rasoir.

Il souffla.

— Vu votre état psychologique, il est plus que hors de question que je vous laisse un rasoir entre les mains.

— Quoi mon état psychologique ? Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis folle, c'est ça que vous pensez ? Que je suis complètement barrée ? Qu'il n'y a plus rien à faire pour moi ? Que vu mon âge, si je n'aime pas ma vie c'est fichu ? Qu'il n'y a plus rien à tirer d'une carcasse comme la mienne ? Mais je le sais ça, docteur ! Je n'ai pas besoin de ces infirmières débiles qui s'apitoient sur mon pauvre sort, ni de vous à mon chevet comme si j'allais disparaitre d'une minute à l'autre ! Je n'ai pas besoin de…

— De quoi avez-vous besoin alors ? coupa Scorpius.

Kara avait presque hurlé sa tirade dans les oreilles du médecin qui devait réunir toute sa bonne volonté afin de ne pas la gifler pour lui remettre les idées en place. Non mais pour qui se prenait-elle, à lui parler comme ça ? Elle sembla abasourdie qu'il ait osé l'interrompre ; aussi elle s'octroya quelques secondes pour récupérer sa contenance et restituer son masque froid sur le visage.

— Je croyais avoir demandé un rasoir.

— Et pour en faire quoi ?

Olivia toussota.

— Si je peux me permettre, docteur, je pense que mademoiselle de la Croix apprécierait retrouver un peu de… féminité, si je puis dire.

Scorpius se sentit soudainement très idiot, ses lèvres dessinant un O de surprise. Il entendait la voix de sa colocataire murmurer « crétin ». Il se reprit.

— Pourriez-vous aller chercher le nécessaire ?

— Bien entendu, mais une esthéticienne est disponible au sein de l'hôpital, si mademoiselle souhaite faire appel à elle… expliqua l'aide soignante.

— Vous n'avez cas faire ça alors, conclus Kara.

Le sujet poil étant ainsi précairement résolu, Scorpius entreprit de laver la longue crinière de la jeune patiente ; celle-ci ne pouvant lever les bras des suites de l'opération. Les cheveux étaient rêches sous ses doigts mais il s'abstint de faire le moindre commentaire. Il les mouilla et attrapa une noix de shampoings. Maladroitement, il commença à faire mousser le produit, grisant la masse ébène. Rapidement, Kara ferma les yeux et il la sentit se détendre. Malgré ce qu'elle pouvait en dire, ce moment devait certainement lui faire un bien fou. Elle était réellement magnifique, sans égard à sa pâleur morbide. Sous ses airs de femme forte, elle paraissait si fragile qu'il eut soudainement envie de la prendre contre lui pour qu'elle affronte le monde. Il se morigéna intérieurement d'avoir une telle pensée.

Olivia lui mima discrètement les bons gestes à adopter, la toilette ne faisant clairement pas partie de son apprentissage de médecin, et sur la globalité le bain se passa bien. Scorpius ramena la patiente à sa chambre où ils la rallongèrent avec l'infirmière. Elle était exténuée, même si pour rien au monde elle ne semblait prête à l'admettre.

— À partir de demain, vous vous lèverez un quart d'heure au moins tous les jours. C'est un ordre, et non une suggestion, exigea Scorpius avant de refermer la porte.

— Quelle plaie, ajouta-t-il dans le couloir.

— Vous vous en sortez honorablement avec elle, docteur. Vous êtes le seul dont elle accepte les soins, affirma alors Olivia.

— Si on peut appeler ça des soins, grommela-t-il.

Le reste de la journée fut calme en comparaison, mais Scorpius n'en était pas moins éreinté lorsqu'il quitta l'hôpital. Il allait prendre le chemin de l'appartement quand une tempête rousse se planta devant lui, les mains sur les hanches, l'œil mauvais. Le matin même, il partageait l'un des instants les plus complices de leur vie jusqu'à présent, et là elle semblait prête à le tuer sur place. Que s'était-il passé ?

— Je peux savoir depuis quand tu me fais espionner, sale crétin ?

— Depuis quand je te… commença-t-il, surpris.

— Ho oui, ne fait pas l'innocent. Bulstrode est loin d'être aussi discret qu'il le pense ! Si tu avais des questions, tu n'avais cas me les poser directement ! Je suis clairement déçue, Malefoy, je m'attendais à mieux de ta part ! J'avais l'impression que tu étais ne train de changer, de venir un mec bien, enfin, un mec fréquentable quoi ! Un mec auprès duquel on n'a pas honte de se trouver tant il est nombriliste et imbu de sa personne ! Mais non, tu es toujours le même idiot et tu te crois continuellement tout permis ! J'en reviens pas avoir pu imaginer qu'on…

Rose stoppa net sa tirade, comme se retenant d'en dire un peu trop.

— Qu'on quoi ? insista Scorpius, occultant le reste.

Il n'en était pas moins choqué. C'était la première fois que Rose Weasley lui parlait sur ce ton. Toutes les occasions où il avait été désagréable avec elle depuis leur première rencontre sur le quai 9 3/4, elle s'était contentée d'un sourire en coin ou d'une remarque judicieusement placée. Là, elle semblait réellement furieuse. Pourtant, la fin de sa phrase étouffée était ce qui faisait le plus réagir Scorpius. Qu'avait-elle voulu dire ? Il sentit un pincement au cœur lorsqu'il perçut des larmes au coin des yeux de la jeune femme.

— Rien ! Va te faire foutre.

Elle tourna les talons et commença à s'éloigner. Grand bien lui fasse. Non mais qu'est-ce qui lui prenait ? Bon, ok, il avait peut-être légèrement abusé en lançant Bulstrode sur la piste de Coll alors que Rose lui avait fait comprendre qu'elle souhaitait qu'il demeure en dehors de ça. Mais quand même, elle pourrait admettre qu'il… Qu'il quoi d'ailleurs ? Pourquoi avait-il fallu qu'il se mêle de tout ça ? Son tempérament curieux ne pouvait pas être la seule explication. L'évidence sembla le gifler. Il la rattrapa par le bras.

— Rose ! Rose, attends ! Pardonne-moi, je t'en prie. Je… J'ai fait ça parce que je suis inquiet pour toi.

Elle resta abasourdie par ces mots qui avaient couté à Scorpius. Il n'est pas dans les gênes d'un Malefoy de s'excuser naturellement.

— Tu es « inquiet »… pour moi ? balbutia-t-elle.

— Ne me le fais pas répéter, s'il te plait.

Rose esquissa un mince sourire et essuya rapidement les perles au coin de ses yeux. Le jeune homme avait trouvé les bons termes. Cela l'avait contrariée d'apprendre par sa cousine Roxanne que Bulstrode enquêtait plus ou moins sur elle. Et elle n'avait pas mis longtemps pour faire le lien avec Scorpius. Elle s'était sentie trahie par cette intrusion dans sa vie. Cependant, elle connaissait suffisamment les Malefoy pour savoir que leur fils n'avait pas été élevé pour se repentir de ses actes.

— Et ne te moque pas non plus ! protesta Scorpius.

— Je ne me moque pas. Je suis… stupéfaite. Étonnée et heureuse. Viens, déclara-t-elle en lui empoignant le coude, on rentre. On a de la chance que je ne sois pas d'un naturel rancunier, tout de même !

— Tu me racontes, alors ?

— Crève.

Cette femme avait le don pour le faire tourner en bourrique, remarqua Scorpius, amusé, mais il ne fit aucun commentaire. Allait-elle dire qu'ils pourraient être amis ? Il fut surpris que l'idée ne lui déplaise pas plus que ça, au contraire. Scorpius se sentait réellement bien. Vivant. La cohabitation l'avait forcé à s'ouvrir à cette chieuse et à présent il regrettait presque de ne pas avoir accepté son affection plus tôt : elle était une bouffée de bonheur. Alors qu'il la suivait d'un bon pas sur le chemin de leur appartement, Scorpius se trouva pour la première fois de sa vie, cruellement tiraillé entre ses préjugés et ses sentiments.