Voilà la troisième partie de cette histoire sombre et horrible. Merci à celles qui laissent des traces de leur passage. N'oubliez pas de surveiller William... bonne lecture, Miriamme

Troisième partie

Habituée à se lever tôt à cause de son entraînement, Élisabeth ouvrit les yeux dès l'aube. Elle s'assura du bien être de Jane qui dormait encore paisiblement, s'habilla à la hâte, passa dans la salle de bain puis quitta la chambre soucieuse de ne pas faire trop de bruit. Dans le salon, comme dans la bibliothèque elle ne croisa personne. Poussant son exploration encore plus loin, elle découvrir la salle à manger et comprit qu'un autre habitant de la maisonnée avait été encore plus matinal qu'elle puisque le domestique de Charles était justement en train de ramasser son couvert.

Lorsqu'elle prit place à table à son tour, le domestique s'empressa de lui apporter un petit panier de rôties et un pot de confiture de fraises des champs. Lui offrant ensuite le journal qu'avait abandonné celui qui l'avait précédé, le domestique remplit sa tasse café puis se retira, non sans l'avoir prévenue qu'elle pouvait toujours passer par la cuisine si elle avait besoin d'autre chose.

«Certains mènent une plus vie plus confortable que d'autres» songea-t-elle en pensant au fait qu'elle pouvait compter sur le bout de ses doigts les matins où elle n'avait pas fait son petit déjeuner elle-même. Une fois rassasiée, elle reconnut en la sensation désagréable que provoquaient les élancements et les picotements qui lui traversaient les mains, un besoin pressant de s'entraîner. Elle se releva, ramassa son couvert et entra dans la cuisine. Surpris, le domestique accouru pour la délester de ses restes et la remercia chaleureusement tandis qu'elle s'en retournait.

Revenant dans l'entrée où tout était encore silencieux, Élisabeth repéra un bruit étrangement familier puisqu'il ressemblait en tout point à celui qu'elle devait faire en s'entraînant. S'approchant lentement et discrètement de la porte fenêtre, elle découvrit William Darcy occupé à réaliser une série d'exercices assez semblables à ceux que son père lui imposait depuis quelques semaines. Toutefois, la manière dont ses muscles bougeaient et la rapidité avec laquelle il exécutait l'ensemble des figures, l'impressionna au plus haut point.

«Wow, quelle dextérité» se dit-elle en posant sur lui un œil admiratif. «Quelle fluidité impressionnante dans les mouvements» s'extasia-t-elle résistant à peine à l'envie d'aller se mesurer à lui en plus de se rincer l'œil. Se faisant physiquement violence puisque son corps réclamait qu'elle s'activât, Élisabeth détourna le regard, remonta à l'étage et s'en retourna dans sa chambre pour mettre le juste au corps qu'elle gardait toujours dans son sac. Heureusement qu'elle avait pensé à le ramasser dans sa voiture avant de monter avec Charles. Une fois prête, Élisabeth se rendit à l'extérieur en passant la porte d'entrée et s'éloigna de la maison. Elle trouva un coin tranquille qui lui convenait parfaitement et débuta son propre programme d'échauffement. Une heure plus tard, enfin centrée, elle revint vers la maison et découvrit Charles et ses deux sœurs en grande conversation dans la salle à manger. Elle s'excusa auprès d'eux et retourna dans sa chambre autant pour se changer que vous surveiller l'état de la malade. Rassurée, elle revint vers le hall d'entrée afin d'adresser une requête à Charles. Elle le découvrit non plus dans la salle à manger là où ses sœurs étaient pourtant attablées, mais en train de lire le journal dans le salon en compagnie de son ami qui visiblement sortait tout juste de la douche.

-Bonjour Charles, William, les salua-t-elle.

-Ah, vous voilà… j'espère que vous avez bien dormi? S'informa le jeune rouquin.

-Oui, même si j'ai assisté au lever du soleil, mentionna-t-elle en croisant le regard narquois de William Darcy.

-Comment va Jane? Lui demanda alors Charles avec inquiétude.

-Elle va mieux. Encore un peu fiévreuse, mais elle va mieux.

-Vous m'en voyez désolé, rétorqua William en utilisant un ton qui ne collait pas avec l'empathie que sa phrase aurait pourtant dû laisser entendre.

-Merci, le remercia-t-elle tout de même. Charles, j'aimerais beaucoup avoir l'occasion d'aller chez moi. J'ai vraiment besoin de récupérer quelques vêtements pour Jane.

-Oh, grimaça-t-il, c'est que Caroline et Louisa avaient prévu utiliser ma voiture…

-Je peux vous accompagner si vous le souhaitez… je comptais partir dans dix minutes… je dois passer au bureau de poste, lui offrit alors William.

«On dirait bien qu'il fait tout pour passer du temps en ma compagnie», songea-t-elle avant de lui répondre : Très bien… Merci beaucoup.

-Je vous attendrai devant.

Dix minutes plus tard après être allée discuter avec Jane pour savoir ce dont elle aurait besoin pour se sentir plus à l'aise, Élisabeth se présenta devant la maison où l'attendait déjà William.

-Vous entraînez-vous tous les matins? L'interrogea-t-elle pour meubler le silence qui s'était installé depuis leur départ.

-Tous les matins, oui. Depuis l'âge de 10 ans.

-Wow! Impressionnant.

Un autre long silence régna entre les deux.

-Croyez-vous qu'il soit possible que je puisse discuter avec votre père ce matin? Lui demanda tout à coup le jeune homme.

-J'imagine que oui…

-J'ai des informations à lui communiquer… à propos des intentions du Leader des vampires…

-Puisque vous l'avez déjà vu, ne pouvez-vous me le décrire?

-Difficile à faire, puisqu'il possède plusieurs apparences. Pour ma part, je n'en ai vue qu'une…

-Est-ce pour cette raison que vous m'avez demandé de me méfier de George?

-En partie oui…

-Mais je l'ai vu de jour… Georges Wickham ne peut donc pas être un vampire…

-Je sais… mais les vampires savent s'entourer de fidèles serviteurs qui appartiennent à d'autres familles de démons.

-Ces informations, à propos des vampires, il y a une raison pour laquelle vous refusez de me les communiquer à moi?

-En fait non… c'est juste que… puisque je n'ai aucune certitude… je préfère attendre d'avoir parlé à votre père… étant en contact avec le conseil… il saura mieux que moi, comment traiter l'information que je possède…

-Très bien. Nous y voilà…

Dès que la maison fut assez proche, Élisabeth se redressa sur son siège, découvrant avec horreur que des silhouettes circulaient tout autour de celle-ci et que les vitres avant avaient été fracassées. Élisabeth émergea de la voiture sans perdre une seconde puis s'élança vers l'entrée de la maison, sans tenir compte de la mise en garde de William qui la suivait loin derrière. Elle déverrouilla la porte, entra dans la maison et fut immédiatement attaquée par deux démons qui manifestement cherchaient à sortir à leur tour. William la rejoignit au moment où elle venait de maîtriser le dernier des deux monstres. Élisabeth ne s'occupa pas plus de William que des deux cadavres qui gisaient sur le sol, elle poussa plus loin son examen de la maison en grimpant à l'étage et suivit des yeux la trace laissée par les nombreux débris qui jonchaient le sol.

Un cri étouffé de femme provenant de la chambre de sa plus jeune sœur donna un objectif à sa quête. Elle fracassa la porte de la chambre de Lydia à l'aide d'un simple coup de pied bien placé et trouva celle-ci inanimée dans les bras d'un immense démon.

Celui-ci abandonna la jeune femme sur le sol et se jeta par la fenêtre lorsqu'il aperçut Élisabeth. Devinant que la jeune femme tenterait de le poursuivre, William la retint par le bras et lui suggéra : Allez plutôt chercher votre père?

Poussant un cri de frustration, Élisabeth revint vers sa sœur, la souleva et la transporta sur le lit après s'être rapidement assurée qu'elle n'avait rien de grave.

-Où travaille votre père habituellement?

-Dans son atelier. Vite, allons voir. Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé…

Précédant William à l'étage inférieur, Élisabeth passa par la cuisine pour atteindre le salon. Comme l'accès au sous-sol était dissimulé sous un gigantesque tapis persan, Élisabeth le roula rapidement, ouvrit la trappe et s'engagea dans l'escalier.

-Attendez… La prévint William une seconde trop tard.

Arrivée en bas, elle alluma le plafonnier. Après une première inspection rapide, Élisabeth constata l'absence de son père. Un silence glacial régnait dans la pièce et tout était sans dessus dessous. Les armes, les produits, les instruments qui servaient à son entraînement, tout était cassé. Un peu plus loin, juste devant le petit lit de camp où son père dormait à l'occasion lorsqu'il avait lu trop tard, où lorsqu'il devait faire une sieste, une épée antique était plantée dans le mur central afin de maintenir une note manuscrite, rédigée avec du sang frais.

«Chère tueuse, nous détenons votre père. Présentez vous au Bronze ce soir vers 21h00. Nous devons discuter. Si vous omettez de venir ou ne venez pas seule, jamais vous ne reverrez votre père vivant!»

-Oh, mon Dieu! S'exclama Élisabeth avant d'arracher l'épée préférée de son père pour décrocher la note.

-Venez, nous ne devrions pas rester ici, lui conseilla William alors qu'elle avait complètement oublié sa présence.

-C'est ma faute. J'aurais dû être ici, culpabilisa-t-elle en rebroussant chemin pour gagner l'escalier.

-Vous ne pouviez pas savoir. De toute façon, ils auraient certainement attaqués même si vous aviez été là. C'est vous qu'ils veulent… ne l'oubliez pas, fit valoir William tout en la suivant de près.

-Oh, mon Dieu. Jane! s'inquiéta Élisabeth, pouvez-vous vérifier si Jane est en sécurité?

-Pas la peine, Charles m'aurait contacté s'il s'était passé quelque chose.

-Très bien. Je vais aller chercher Lydia. Nous la ramènerons chez Charles, après ça je contacterai Charlotte et Alex.

Une fois dans la voiture, une fois Lydia réveillée et rassurée, Élisabeth accepta de la déposer chez une amie où sa mère allait passer la prendre après le travail. Celle-ci s'était également engagée à prévenir la police et à se rendre sur place pour les aider à commencer leur enquête.

-Une chance de tes deux autres sœurs étaient en classe aujourd'hui, avait renchérit madame Bennet pour terminer.

-Juste comme ça… lui demanda William une fois qu'elle eut raccroché avec sa mère, vous ne comptez tout de même pas aller là bas ce soir?

-Comme si j'avais le choix!

-Vous ne pouvez pas y aller seule… Je vous accompagnerai…

-Ce n'est pas à vous de décider ça…

-En l'absence de votre père, vous admettrez que je suis ce que vous avez de plus proche d'un entraîneur? Allégua-t-il.

-Oui, peut être, mais vous n'avez pas été désigné par le conseil. Ce n'est donc pas votre problème.

-J'ai vu la dernière tueuse mourir sous mes yeux et cette personne était chère à mes yeux. Je ne veux pas laisser cette bête récidiver… et, le plus important, je suis le seul à connaître au moins un des visages de ce monstre.

-Écoutez monsieur Darcy. Laissez-moi consulter Alex et Charlotte avant toute chose. Tous les trois, nous déciderons de ce qu'il convient de faire… en temps et lieu, vous pourrez venir discuter avec nous.

-Merci… conclut-il d'un ton bourru.

Une fois de retour chez Charles, Élisabeth s'empressa d'aller jeter un œil sur Jane qui lui sembla aller un peu mieux, même si elle dormait encore beaucoup. Lorsqu'elle revint dans le salon, elle passa un coup de fil à ses deux amis afin de leur donner rendez-vous chez Charles Bingley. Ceci fait, elle revint dans le salon où Charles et William argumentaient concernant ce qu'il convenait de faire à propos de l'ultimatum que la jeune femme avait reçu.

-Est-ce réellement normal que Jane dorme autant? Demanda-t-elle en entrant dans la pièce.

-J'étais avec elle ce midi et elle était réveillée. Elle s'est rendormie juste avant que vous reveniez tous les deux. De toute façon le médecin doit revenir l'examiner vers 16h00.

-Super, merci Charles.

-Alors, William me dit que vous avez l'intention de vous rendre au Bronze ce soir?

-Oui…

-J'ai apporté de dossier que je suis arrivé à constituer sur le leader des vampires. Voulez-vous le consulter avec moi maintenant? Lui offrit William.

-Oui, bien sur. Si vous acceptez de me le montrer…

Ramassant la lourde chemise que lui passait William, Élisabeth alla s'installer sur le fauteuil devant lequel était installée une table basse assez grande pour étaler les papiers. Elle prit le premier document que William avait imprimé puis annoté et se mit à le lire attentivement.

-Eh, mais, est-ca à dire que l'autre tueuse était votre parente?

-Une cousine par alliance en fait, précisa-t-il, mais il s'agissait surtout de ma future épouse.

-Je suis désolée… balbutia-t-elle avant de s'enquérir : Qui était son entraîneur officiel?

-Mon cousin germain, le colonel Fitzwilliam.

-Qu'est-ce qui s'est produit pour que vous le remplaciez pendant quelques temps?

-Le conseil a exigé son retour en Angleterre. Ils ont décidé de réaliser une enquête sur lui à cause d'une décision qu'il aurait prise et qui ne faisait pas leur bonheur. C'est par lui d'ailleurs que Charles et moi avons appris que la nouvelle tueuse se trouvait dans votre région, lui apprit William.

-Que veut ce vampire à votre avis? J'ai beau lire qu'ils sont à la recherche d'une reine… je ne trouve rien de plus sur leur motivation réelle dans votre dossier. Savez-vous quelque chose de plus sur cette vieille légende? Quelque chose qui ne serait pas écrit là dedans?

-Ils doivent la trouver rapidement… lâcha Charles tout de suite après avoir regardé William comme s'il avait voulu vérifier si celui-ci l'autorisait à en parler. Le sang de cette jeune femme est supposé les rendre tolérant à la lumière du soleil et plus résistant aux pieux. Immortels, réellement immortels. De quelle façon toutefois, ce n'est pas précisé.

-Ce n'est certainement pas en tuant la tueuse. Ils ont au moins retenu ça de leur dernière expérience… Ils ont tué Anne pour rien finalement, rétorqua William en s'asseyant à côté d'Élisabeth.

Une fois Charlotte et Alex Collins arrivés, Élisabeth en profita pour leur montrer les croquis et les symboles que William avait rassemblés dans son dossier.

Fascinée, Charlotte se mit immédiatement au travail et commença à en chercher la signification. De son côté, Alex se mit en quête de relire le dossier et de chercher sur internet la signification de certains mots.

Élisabeth demanda alors à Alex de se rendre disponible pour l'entraîner physiquement. Ce dernier refusa avec véhémence alléguant avec preuve à l'appui que la dernière fois, elle lui avait cassé une côte et qu'il avait été incapable de marcher pendant plusieurs semaines.

-Je peux vous aider si vous voulez. Lui proposa William Darcy pour la plus grande joie d'Élisabeth qui ne demandait pas mieux que de se mesurer à lui. N'en rêvait-elle pas depuis la matinée?

-Savez-vous vraiment à quoi vous vous exposez? S'enquit-elle mi-figue, mi-raisin.

-J'ai déjà entraîné l'ancienne tueuse.

-Très bien. Retrouvons-nous dehors dans 10 minutes. Le temps que j'aille voir Jane et que je me change.

Arrivée dehors avant William, Élisabeth commença à se réchauffer. Elle attacha ses cheveux puis fit une série de sauts acrobatiques.

William s'approcha doucement et l'observa attentivement. Comme elle lui sembla trop absorbée par sa série de mouvement pour remarquer sa présence, William décida de la surprendre afin de tester ses réflexes. Il passa derrière elle et l'attaqua par surprise. Élisabeth bloqua son attaque à l'aide d'une feinte simple et l'immobilisa au sol.

-Vous avez de la chance que je vous aie reconnue. Autrement vous seriez déjà mort.

-Bien, vous vous en sortez pas mal dans l'imprévu.

Élisabeth le libéra et se redressa vivement.

-Très bien, comment voulez-vous que je vous assiste? L'interrogea William tout en prenant une position de combat.

-Je vais montrer ma routine, à la suite de quoi, vous pourrez me proposer de nouveaux exercices.

Élisabeth exécuta l'ensemble de son programme en s'arrêtant de temps à autre pour lui donner des précisions et répondre à ses questions. Lors de la reprise de son programme, William joua son rôle avec une grande rigueur, prenant quelques fois la jeune femme par surprise en l'obligeant à réagir spontanément ce que son père ne faisait jamais. Le programme exécuté à deux reprises, William lui suggéra de prendre une pause.

-J'étais loin de m'imaginer que ça pourrait faire une aussi grande différence de s'entraîner avec une personne qui est en forme. Admit Élisabeth après avoir reprit son souffle.

-Je n'ai pas le choix de continuer à m'entraîner tous les jours. On ne sait jamais quand ça peut nous servir. Mais vous-même… vous êtes également mieux préparée que ce que je croyais. Pour une nouvelle tueuse, je veux dire. La complimenta-t-il à son tour.

-Vous voulez vraiment m'accompagner au Bronze ce soir?

-Oui…

-Vous n'avez pas à faire ça…

-Ma fiancée n'avait pas à mourir non plus. Ma première erreur a été de ne pas prévoir ce qui allait arriver. Et la seconde de ne pas être assez entraîné…

-Vous ne pouviez pas savoir…

-Mais c'était mon rôle de savoir. S'emporta-t-il en serrant les poings.

-Très bien… Ajouta-t-elle après un court silence, je veux bien que vous soyez sur place, mais vous n'interviendrez que si je vous le permets. Nous conviendrons d'un code… d'un signe que vous pourrez comprendre.

Le soir venu, après avoir longuement discuté tous ensemble et passé en revue toutes les possibilités incluant celles qui signifiaient que les choses pouvaient mal tourner, Alex, Charlotte et William se préparèrent à se rendre au Bronze. Il était convenu qu'Élisabeth s'y rendrait seule à l'heure prévue, mais que les trois autres, seraient déjà là dans la salle, qu'Alex et Charlotte changeraient légèrement d'apparence afin que les ravisseurs ne puissent pas établir de liens entre eux et la jeune chasseuse.

La tueuse attendit donc une heure après l'entrée de ses complices avant de se diriger vers le bar. À l'intérieur, William et Charlotte étaient assis ensemble autour d'une petite table vers le fond du bar. Ils se comportaient comme s'ils étaient en couple. Pour sa part, Alex était assis tout seul au bar et jouait à la perfection un client esseulé dont le taux d'alcool était déjà trop élevé pour prendre le volant.

Quinze minutes avant l'arrivée d'Élisabeth, William et Charlotte avaient surveillé les allées et les venues des clients sans avoir rien remarqué d'anormal, ni repéré les ravisseurs. Il était prévu que Charlotte passât son temps à s'offusquer du manque d'intérêt de son compagnon envers elle et que William adoptât un comportement de séducteur sans se soucier de son amoureuse. William jeta un œil intéressé à Élisabeth lorsqu'elle entra dans le Bronze se conformant ainsi à son personnage. Ce à quoi Charlotte répondit en le tirant vers elle pour le sermonner.

Élisabeth se dirigea vers le bar et commanda un mojito à la lime. Le serveur grimaça puis s'excusa avec sincérité avant de la prévenir qu'il allait devoir s'absenter quelques secondes le temps d'aller chercher une nouvelle bouteille de rhum dans la remise.

-Désolé pour le délai, s'excusa-t-il tout en préparant le savant mélange sous l'œil intéressé d'Élisabeth, c'est 8,50$.

Après avoir payé sa consommation dans laquelle elle ne fit que semblant de tremper les lèvres, Élisabeth s'installa confortablement et se mit en quête d'observer les clients du bar, comme le ferait n'importe quelle femme seule. Quelques minutes après huit heures, elle s'étonna que personne ne se fût encore manifesté. Elle lorgna Alex, assis seul à l'autre bout du comptoir, puis chercha le couple fictif des yeux. Les découvrant lovés l'un contre l'autre en train de danser alors que William caressait sa compagne de manière très suggestive, elle songea qu'il poussait le jeu un peu trop loin. Elle avait beau savoir que le jeune homme et Charlotte jouaient un rôle, elle repensa au plaisir qu'elle avait elle même éprouvé lorsqu'elle avait dansé avec lui pour se sortir d'une situation similaire, elle ne put que ressentir un sentiment intense et désagréable qu'elle décida de ne pas nommer même dans son esprit craignant qu'il ne s'encre dans la réalité.

S'il est une activité pour laquelle elle n'aurait jamais le temps, ni le loisir de s'investir, c'est bien dans une relation amoureuse et qui plus est avec une personne dont elle ne savait pratiquement rien et qui pourrait bien être malhonnête, malgré l'envie qui lui prenait de lui faire confiance. Elle se fit violence pour détourner la tête et chasser le couple de son champ de vision, mais c'était sans compter sur le miroir qui se trouvait derrière le comptoir du bar.

En ligne directe avec le couple dont elle observait le reflet, elle découvrit un groupe de militaires qui faisait son entrée au Bronze. George Wickham se trouvait parmi eux. Celui-là même à qui elle avait donné rendez-vous mais n'avait pas pu aller rencontrer, ni même le prévenir faute de connaître ses coordonnées. Se souvenant de l'avertissement de William le concernant, elle observa le compagnon de Charlotte afin de voir sa réaction lorsqu'il l'apercevrait. Étonnamment, au lieu de désapprouver sa présence, il lui fit un grand sourire et se concentra sur sa partenaire à qui il manifesta tout à coup un intérêt plus vif encore que celui qu'il avait démontré jusqu'alors. George planta alors son regard dans celui d'Élisabeth aussi facilement que s'il avait toujours su où elle était, la salua d'un léger signe de la main et attendit qu'elle l'invitât à s'approcher.

Répondant d'un signe de tête au nouveau venu elle comprit aux signes qu'il lui faisait de loin et par son reflet qu'il voulait savoir si elle attendait quelqu'un. Lorsqu'elle lui eut répondu par l'affirmative, George fit la moue et commença à se chercher une place ailleurs. Élisabeth regretta alors son geste et se reprit en lui faisant un signe de la main pour l'inviter à s'approcher.

-Je ne veux pas m'imposer… maintenant que je sais que vous attendez quelqu'un…

-C'est bien gentil à vous, mais je voulais vraiment m'excuser pour avoir manqué notre rendez-vous de cet après-midi. J'ai eu un empêchement et je n'avais aucun moyen de vous joindre, s'excusa-t-elle.

-Vous m'en voyez désolé.

-Vous me pardonnez, alors?

-Je vous pardonnerai uniquement si vous me suivez sans dire un mot à l'extérieur, lâcha-t-il en lui tendant la main.

-Je ne peux pas George, comme je vous l'ai dit, j'attends quelqu'un.

-Je suis celui que vous attendez, lui apprit-il enfin, c'est moi qui vous ai donné rendez-vous ici… votre père est sous ma protection…

-Quoi? Se raidit-elle totalement.

-Et oui. Maintenant, si vous le voulez bien, vous allez vous lever et me suivre dehors comme si de rien n'était. Si vous tenez à votre père, vous ferez comme si nous étions de bons amis. Après tout… je constate que je ne peux pas avoir confiance en vous… ne vous avais-je pas demandé de venir seule?

-Mais je suis seule!

-Il y a pourtant trois personnes de trop ici ce soir.

-Qu'allez-vous faire si je refuse de vous suivre?

-Vous connaissez déjà la réponse à cette question…

-Très bien….

Jetant un œil dans le miroir espérant avoir le temps de faire un signe quelconque à William, Charlotte ou Alex, Élisabeth remarqua qu'une jeune femme d'une grande beauté se tenait directement devant son ami l'empêchant de le voir alors que l'autre couple était encore occupé à danser langoureusement. Ne comprenant plus rien, Élisabeth se leva, tendit sa main à George et le suivit en direction de l'entrée, incapable de penser à autre chose qu'à la libération éventuelle de son père.

Une fois dehors, elle se laissa saisir par un groupe de vampires qui lui lièrent les mains et la firent monter à l'arrière d'une camionnette en la poussant à l'intérieur. La noirceur envahit la pièce lorsque les vampires refermèrent la porte. Elle garda la même position tant que dura le déplacement. Au bout de ce qui lui sembla être une bonne heure, le camion s'immobilisa enfin. Tendue, Élisabeth attendit qu'on vienne la chercher. Une odeur désagréable et de plus en plus perceptible alerta ses sens. Elle comprit à la dernière seconde qu'ils tentaient de l'endormir à l'aide d'un gaz quelconque. Elle tenta de bouger une dernière fois, mais chancela et sombra lentement dans l'inconscience. Cinq vampires ouvrirent la porte et la transportèrent à l'intérieur d'une immense baraque militaire. Ils descendirent dans un sous-bassement et la maintinrent solidement tandis qu'ils l'installaient sur une robuste table métallique munie de courroies de cuir. S'éveillant doucement, elle les entendit discuter dans une langue inconnue d'elle avant de se taire à nouveau lui donnant l'impression d'être seule dans la pièce.

Lorsqu'elle sentit une légère pression sur son avant bras, elle comprit qu'elle s'était trompée en croyant être seule dans la pièce. Une légère douleur lui confirma qu'un vampire venait de lui administrer une substance quelconque. Ses dernières pensées avant de perdre conscience allèrent vers son père.

«J'espère qu'il l'ont relâché.»

Lorsqu'elle revint à elle, Élisabeth distingua des bruits insolites qu'elle identifia comme étant des plaintes indistinctes. Survirent ensuite des cris de colère dont la force lui sembla surhumaine. Elle tenta d'ouvrir les yeux, mais ses paupières étaient trop lourdes. Lorsqu'elle y arriva enfin, elle constata qu'elle était dans la même pièce qu'auparavant, mais qu'il faisait maintenant nuit. Plusieurs silhouettes s'agitaient autour d'elle à en juger par le grand nombre d'ombres qui se déplaçaient contre le plafond et les murs attenants.

-D'après ce qu'on voit, il ne s'est rien passé encore. Le maître dit que ça peut prendre quelques heures, non? S'enquit une première voix.

-En tout cas, la transformation a été instantanée elle. Tu as vu? Répondit une deuxième voix.

-Oui, le sang de notre prisonnier à réagi à cette intrusion d'origine inconnue… de toute façon, après deux jours de captivité… il était assoiffé…

-Le maître souhaite attendre d'être certain du succès de cette étape avant de la vider de son sang pour la transfusion ultime.

-Et si on en prenait un peu…

-T'es fou, personne n'est certain que c'est la bonne… ni même de l'effet du mélange…

Élisabeth comprit alors qu'ils avaient injecté une bonne quantité de son sang dans le système d'une autre personne qu'ils gardaient également prisonnier depuis deux jours. Les cris et les hurlements horribles qu'elle avait entendus provenaient donc de cette personne. Curieuse tout autant que les vampires, Élisabeth tourna la tête sur le côté et découvrit que celui qu'ils gardaient captif était également un vampire. Pour s'amuser autant que pour suivre les ordres, les deux gardiens s'amusaient maintenant à poser un crucifix sur son corps. Celui-ci hurlait à chaque fois. Fermant les yeux devant un spectacle aussi cruel, Élisabeth se concentra sur les liens de cuir qui la maintenait sur la table. Elle s'acharnait sur l'un d'eux lorsqu'elle réalisa que les cris avaient cessés.

-J'arrive plus à le réveiller, se lamentait le premier vampire.

-Allons prévenir le maître… Il se passe peut être quelque chose d'intéressant, lui suggéra son compagnon.

-Tu crois que le maître me laissera la mordre le moment venu? S'informa le premier des deux en repassant devant elle pour atteindre la porte.

-J'en doute. Il voudra plutôt la tuer…

Un grincement métallique se fit entendre, puis une troisième voix s'ajouta aux deux autres qui s'étaient éloignées.

«Ils ont laissé la porte ouverte… » Comprit-t-elle en réalisant qu'elle les entendait encore.

-Il y a du nouveau? Les interrogea la voix du maître.

-Le prisonnier s'est évanoui… et le crucifix ne le brûle plus.

-La transformation est sans doute commencée… Les entendant revenir dans la pièce, Élisabeth cessa de respirer. Regardez, il a repris son apparence humaine. Pffff. Je le préfère en vampire, lâcha le maître d'un air dégoûté, n'oubliez surtout pas que dès que nous serons fixés, il mourra. Je me ferai un plaisir de l'éliminer. Cet individu est une trahison à notre belle nation.

Percevant des mouvements qui se rapprochaient maintenant d'elle, Élisabeth se concentra sur son immobilité. Une main rugueuse se posa alors sur son ventre et remonta lentement vers sa poitrine. Un ongle particulièrement pointu passa entre ses deux seins, exerçant une pression suffisante pour la couper.

-Celle-ci ferait une reine intéressante ou elle mourra. Avouez que ce serait particulièrement amusant si la chasseuse en venait à épouser le maître des vampires? S'esclaffa le monstre avant d'ajouter, allez, continuer donc de le surveiller. Dès que quelque chose de nouveau se produira, appelez-moi encore.

Le grincement métallique se fit de nouveau entendre à la suite de quoi les deux vampires retournèrent se placer directement devant le prisonnier qui était toujours inconscient.

Élisabeth tourna légèrement la tête dans leur direction et recommença à s'occuper du lien sur lequel elle s'était acharnée un peu plus tôt. Le devinant sur le point de céder, elle hésitait à continuer sachant que le bruit risquait d'attirer l'attention des deux sbires.

«Si seulement je pouvais créer une diversion… » songea-t-elle.

Ce fut le prisonnier qui lui offrit l'occasion qu'elle attendait en s'éveillant et en recommençant à gémir. Il ne criait plus, mais s'agitait avec tant d'énergie que le bruit fut suffisamment fort pour qu'elle puisse briser son lien puis utiliser son pied libre pour chercher à dénouer l'autre. Une fois ses deux jambes libérées, elle utilisa sa jambe gauche, ramassa une lame entre deux orteils et remonta celle-ci jusqu'à sa main droite. Après avoir replacé ses deux jambes, elle manipula la lame de manière à couper la corde qui lui liait le poignet droit.

Lorsqu'elle s'attaqua à son dernier lien, un geste maladroit lui fit échapper la lame par terre, l'obligeant à se replacer aussi vite qu'elle le put. Lorsqu'elle comprit que l'un des deux vampires s'était suffisamment approché d'elle pour être à sa portée, elle passa l'une de ses jambes derrière sa tête, le ramena vers l'autre et le maintint dans cette position tant qu'elle n'eut pas entendu son cou craquer. Il s'écroula violemment sur le sol dès qu'elle l'eut relâché. Alerté par le vacarme causé par la chute de son ami, le second vampire s'avança vers elle, déterminé à la maîtriser. Élisabeth ramassa alors la lame et la projeta à la hauteur du cœur du monstre. Dès que celui-ci se fut envolé en poussière, Élisabeth reprit la lame, l'utilisa pour faire céder son dernier lien et se précipita vers le prisonnier qui lui semblait hors d'état de nuire. Elle lui souleva la tête prête à lui enfoncer la lame en pleine poitrine lorsqu'elle le reconnut : comment pouvait-il être un vampire? Et surtout, comment pouvait-il être ici alors qu'il avait passé les deux jours son ami Charles Bingley en sa compagnie?

«Non… William Darcy ne peut pas être un vampire…» murmura-t-elle, ne se découvrant plus le courage de lui enfoncer la lame dans le cœur.

À suivre…

Allez mesdames, ne soyez pas timides, dites-moi ce que vous en avez pensé...

Quel est le mystère qui entoure William?

Miriamme