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Coucouuuuuu !
Voila mon troisième chapitre !
Le titre en dit long ^^
J'espère que vous aimerez !!
Bonne lecture !
Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis
0o.o0
Chapitre 3 : Rencontres
Les arbres défilaient lentement sous mes yeux.
Je soupirai. Charlie avait beau être chef de police, il n'était pas obligé d'être aussi lent.
Il ne m'avait toujours pas dit où nous allions, et cela me rendait anxieuse : je ne connaissais rien de notre destination, il m'était donc impossible d'imaginer les personnes qui pouvaient y vivre et leur odeur aussi.
Je restai tendue tout le long du trajet. Ni Charlie, ni moi ne dîmes un mot. Contrairement à la dernière fois que je m'étais trouvée dans un espace aussi confiné avec mon père, mon silence n'était pas lié à sa fragrance : bien que son arôme me brûlât encore, je commençai réellement à m'y habituer.
Mes yeux étaient perdus au loin, je ne prêtai aucune attention au monde qui m'entourait. Je comptais simplement les pulsations légères de ma montre, m'informant ainsi de la longueur du trajet.
Une odeur soudaine me monta à la tête. Pas forcement puissante, mais extrêmement mauvaise. Même la fragrance de Charlie n'en avait plus le même goût. On se serait dit arrivés dans une forêt marécageuse…
La forêt !
Je me rappelai brusquement où j'avais déjà senti une odeur semblable. Elle m'avait détourné de ma trajectoire la nuit de ma toute première chasse à Forks : le territoire qui reflétait ces effluves si répugnantes.
L'odeur semblait me retourner totalement l'estomac et j'espérai vraiment que nous ne ferions que passer dans cet endroit.
Mes souhaits furent totalement ignorés.
Charlie prit une sortie qui donnait sur une grande et vaste plaine entourée de forêts et de falaises qui surplombaient la mer. On pouvait y voir aussi quelques rares habitations. Un panneau m'indiqua enfin notre destination :
La Push
Réserve indienne
Ainsi, nous allions dans une réserve indienne. Pourquoi m'y emmenait-il ? Y avait-il des amis ? Cela ne répondait en rien à ma première interrogation.
La voiture se dirigea vers une des premières maisons. Elle avait une allure accueillante, principalement constituée de bois. Sa fragrance aurait dut me parvenir d'ici, mais sans doute l'odeur pestilentielle des lieux faisait-elle interférence. Derrière l'habitation, on pouvait facilement discerner un immense garage, lui aussi en bois, d'un autre type cependant.
Ce ne fut qu'a une centaine de mètres de la maison que je perçus les premiers bruits.
On pouvait entendre deux voix à l'intérieur. L'une était celle d'un jeune homme, assez grave cependant, et l'autre, plus rauque, semblait émaner d'un humain plus âgé. Un père et son fils, sans doute.
Je n'avais pas le souvenir d'avoir entendu ces voix auparavant, néanmoins, cela faisait au moins quatre ans que je n'étais pas revenue à Forks, et j'étais tout à fait capable de les avoir oubliées.
La voiture ralenti alors que nous arrivions devant la maisonnette.
Charlie ouvra brusquement la portière.
L'odeur des lieux envahit aussitôt l'habitacle, beaucoup plus puissante maintenant que j'étais en contact direct avec elle. Les effluves étaient écrasantes, presque douloureuses : les relents s'attaquaient directement à mes yeux, à ma langue et aussi à mes narines, provoquant une intense brûlure. Pour une fois, ma gorge était totalement insensibilisée, aucun feu ne la consumait : je n'étais pas capable de sentir une autre chose que cet horrible parfum.
J'étais privée de mes plus grands atouts. Mon flair, ma vue et mon goût complètement atrophiés par la douleur.
- Ne fait pas cette tête là, Bella ! Mon père me sorti de ma stupeur (je faisais une drôle de tête ?). On ne va pas te condamner à mort !
Je jetai un coup d'œil au rétroviseur. Je n'avais jamais autant ressemblé à un monstre que maintenant : mon visage complètement crispé, les dents serrées et les yeux exorbités.
Je cherchai à me détendre. Impossible avec cette odeur. Je me reconstituai néanmoins un visage serein et sortis de la voiture.
Je fus près de mon père avant même qu'il ne soit arrivé sur le perron.
Il frappa, chose absolument stupide puisque les deux humains étaient déjà près à nous accueillir, apparemment.
La porte s'ouvrit, laissant apparaître un garçon – gère beaucoup plus jeune que moi – aux longs cheveux retenus en queue-de-cheval. Le jeune ressemblait à un indien, son teint mat et ses yeux noirs lui donnant un certain charme.
Dès l'instant où ses yeux se posèrent sur moi, sa bouche s'entrouvrit et son cœur s'affola. Avait-il peur ?
J'avais pourtant veillé à paraître le moins monstrueux possible : mes yeux étaient sombres et j'avais opté pour une tenue claire qui ne contrasterait pas trop avec ma peau sculpturale – dont seul mon visage et mes mains étaient apparents.
Après un instant de stupeur, il se reprit et me sourit timidement.
- Bonjour, commença-t-il, je suis Jacob, tu sais, le frère de Rachel et Rebecca.
Jacob ? Rachel et Rebecca ? Ces noms ne m'évoquaient absolument rien.
Je dus avoir un air interrogateur car Charlie continua :
- Tu te souviens ? Tu jouais avec elles quand tu étais petite.
Si j'aurais dus m'en souvenir, cela ne me revint pas.
Je feignis.
- Ah oui ! m'écriai-je. Rachel et Rebecca ! Comment vont-elles ?
- Très bien, continua-t-il, ravi. Elles sont toutes les deux...
Mais, déjà, et ce bien que ce ne soit pas très poli, je n'écoutai plus son petit discours. Un autre bruit avait attiré mon attention. Un faible grincement qui provenait de l'autre pièce. Le petit son me fit penser à une poussette, hypothèse que je rejetai rapidement : je n'entendais qu'un seul battement de cœur émanant du salon.
Pas la peine de compter, cette fois, sur mon odorat pour découvrir une quelconque fragrance, il était toujours inutilisable.
L'origine du grincement arriva dans l'entrée. Ce n'était pas une poussette, mais un fauteuil roulant : l'homme, le père de Jacob, y était immobilisé.
Je l'observai attentivement. Il était inutile qu'il essaye de renier son fils, ça lui était impossible : son visage rond et accueillant, son teint et ses yeux, tout en l'un rappelait l'autre.
Je ne remarquai pas directement que le vieil indien me fixait. Il était complètement tétanisé, comme effrayé.
Il ne pouvait pas l'être. Il n'était pas censé l'être. L'homme ne connaissait rien de moi et de ma condition. Sans doute était-ce autre chose qui le rendait si tendu.
Charlie remarqua sa réaction.
- Billy ? L'inquiétude était facilement percevable dans sa voix. Billy, que se passe-t-il ?
L'indien, Billy, tourna la tête vers lui et le regarda d'un air étrange, puis revint à moi.
- Rien, articula-t-il après avoir bruyamment dégluti. Son visage reprit une allure à peu près normale. Rien, ça va… Quoi de neuf, Charlie ? enchaîna-t-il précipitamment.
Il n'avait pas envie d'en parler apparemment. Peut-être un problème personnel.
- Bah écoute, dit Charlie avec un haussement d'épaules, à part ce que tu sais déjà, pas grand-chose.
Il me désigna d'un hochement de tête.
- Je vois ça, murmura l'indien, me fixant toujours.
Il nous invita à entrer. Je gémis silencieusement. Je n'avais qu'une hâte : quitter les lieux au plus vite.
Nous discutâmes durant une petite heure, toujours sous les regards incessants et inquisiteurs de Billy.
Ça m'angoissait énormément. Pourquoi ne voulait-il pas arrêter ? Je n'étais pas une bête de foire – enfin si, mais il n'était pas censé le savoir.
J'étais tellement prise dans mes pensées que je ne remarquai que tardivement que mon père et Jacob s'étaient levés et semblaient attendre après quelqu'un. Charlie m'interpella :
- Bella, tu dors ?
Je me levai aussitôt, comprenant que j'étais l'objet de leur attente.
- Bon, allons-y maintenant, dit le jeune indien.
Aller où ? Il y avait une autre destination au programme ? J'espérai que ce déplacement nous mènerait hors de la zone nauséabonde.
Il était déjà dérangeant, lorsque je retenais ma respiration, d'être privée d'un de ses sens, mais savoir que, dans le cas présent, mon flair m'était enlevé à cause d'une odeur répugnante était encore plus irritant. Je ne savais pas si j'allais pouvoir tenir encore très longtemps.
Jacob me mena dehors. Il était près de moi, mais je veillais surtout à ce qu'il ne me touche pas : Ma peau était trop froide et dure pour être supportée par un humain.
Ça faisait environ deux semaines que je n'avais pas eut de contact – physique, s'entend – avec quelqu'un. Non pas que j'en ai eu beaucoup l'occasion pendant ma vie, mais une poignée de main ou une bise amicale était agréable… mais, dorénavant impossible.
Je baissai les yeux, observant mes mains froides et granitiques. Je les haïssais, presque autant que je me détestais moi-même. J'étais tellement dégoûtée que j'eu peur que cela se voit sur mon visage.
Je regardai rapidement autour de moi. Personne ne semblait avoir remarqué une quelconque différence dans mon attitude. Même Billy qui n'avait vraisemblablement pas cessé de me fixer.
Pourquoi cette inquisition ? Il ne savait absolument rien de moi ? Pas vrai … ?
Je cherchai à lire dans son regard, dans ses yeux. Même un mur aurait été plus réfléchissant que ses deux prunelles noires.
Fuyant son regard, je me reportai sur son fils.
Zut ! Il n'avait apparemment pas l'intention d'aller plus loin que son garage. J'allais encore être obligée de rester dans les environs.
Je gémis.
De nouveau, Charlie fit une mauvaise interprétation de mon expression.
- Bella, voyons, me gronda-t-il gentiment. Tu ne vas pas en mourir.
Je lui souris tristement, sourire qu'il me rendit.
Le petit groupe avançait lentement, au rythme du vieil indien poussé par mon père.
J'étais tendue à l'extrême, l'absence de mon flair me rendant plus nerveuse que jamais. Sans parler des regards incessant de Billy.
Nous arrivâmes devant le grand garage. Le cœur de Charlie s'était accéléré durant le trajet. Il paraissait trépigner d'impatience.
Jacob me demanda de rester dehors alors qu'il se jetait dans le bâtiment.
Des bruits métalliques se firent entendre, puis, comme un grincement. Ah ! Il allait ouvrir la porte.
J'aurais certainement pus lui épargner la difficulté en usant de ma force, mais il me semblait que les garçons, en particulier de cet âge, voulaient se montrer les plus forts. Et puis, j'étais déjà assez épiée, inutile d'en rajouter une couche.
La porte s'ouvrit enfin, laissant apparaître une antique – mais non moins magnifique – Chevrolet à plateau rouge. Elle semblait solide et avait fière allure.
Je me tournai vers mon père qui arborait un sourire radieux.
- Alors ? Ça te plait ? me demanda-t-il.
- C'est… pour moi ? hésitai-je.
- Evidemment, pourquoi t'aurais-je amené ici sinon. Jacob souriait, apparemment amusé par ma réaction.
Mon père acquiesça.
Je considérai à nouveau le véhicule. Il était vraiment génial.
- Elle est superbe, murmurai-je. Mais, tu n'aurais vraiment pas dû, papa. Je…
- C'est un cadeau, me coupa-t-il. Je n'ai pas eu l'occasion de t'offrir quelque chose pour ton anniversaire.
- Mais…
- Bella, me coupa-t-il. S'il te plait, pour moi.
Je soupirai, levant les yeux au ciel.
Il pouffa.
Alors, je lui souris franchement.
Billy frémit. Je me tournai instantanément vers lui, éteignant immédiatement le moindre sourire.
La rapidité de mon mouvement n'échappa pas au vieil indien. Il sursauta.
Ma vraie nature commençait à reprendre le dessus, j'étais beaucoup trop tendue.
Je regardai Jacob, me concentrant sur son battement de cœur régulier, pour me calmer.
- Merci beaucoup, murmurai-je d'une voix posée. Elle est super.
- Ce n'est rien, rigola le jeune garçon. Attends de l'avoir essayée et tu verras si tu en chantes toujours les louanges.
Nous rentrâmes alors vers la maison, Charlie poussant encore son vieil ami. Pour une fois, je m'aperçus que Billy ne me regardait plus. Son regard se perdait derrière moi.
Je me retournai – plus lentement pour ne pas effrayer à nouveau l'indien. Nous n'étions plus seuls.
Trois hommes s'avançaient vers nous.
J'avais été tellement concentrée sur Jacob que je ne les avais pas entendu arriver. Maintenant, je pouvais les discerner facilement.
Ils semblaient immenses, toujours avec cette même peau brune et ces cheveux noirs, coupés courts cependant. Ils devaient sans doute habiter la réserve.
Jacob se renfrogna imperceptiblement. Ce que j'ignorai, totalement impressionnée par leur démarche synchronisée. Ils paraissaient être les parties d'un même corps, se mouvant à l'unisson.
Les trois hommes marchaient rapidement. Ils avaient l'air pressés. Un coup d'œil à leur visage me donna la réponse.
Ils avaient une expression apeurée, choquée.
Je pensai l'être plus qu'eux : c'était la première fois, depuis mon entrée dans la Push, que je réussissais à sentir une odeur provenant d'autre chose que les lieux eux-mêmes. Malheureusement, ce n'était pas pour me faire aller mieux. Leur arôme personnel était semblable à celui de l'endroit, en encore plus puissant, cependant.
Je bloquais temporellement ma respiration. Comment des humains pouvaient-ils avoir une telle odeur ? Alors que certains me donnaient envie de me régaler de leur hémoglobine, ceux-là me rendaient tout simplement malade.
Les indiens arrivèrent à nous, toujours avec cette même expression choquée. Ils avaient sans doute des ennuis.
Là, ils se stoppèrent nets, à quelques mètres du groupe, ne cessant de me fixer.
Qu'avaient-ils tous aujourd'hui ?
- Sam ! Paul ! Jared ! intervint précipitamment Billy, le cœur battant à toute allure. Voilà Isabella, la fille de Charlie.
Ils parurent encore plus stupéfaits. Leurs regards se balançaient entre Billy, Charlie et moi.
- Dans la maison. Son ton dur ressemblait plus à un ordre qu'à une demande.
Deux des hommes se tournèrent vers le troisième. Il leur adressa un léger signe de tête et ils nous quittèrent, se dirigeant vers la maison.
Le vieil indien se tourna vers mon père.
- Je suis désolé, Charlie, continua-t-il. J'avais oublié un… problème.
Il avait l'air de désirer notre départ. Charlie le comprit aussitôt.
- Ne t'inquiètes pas, commença-t-il. Nous allions partir de toute façon.
Seul Jacob sembla peiné de cette remarque. Il avait eu l'air étrange depuis l'arrivée de ses trois compagnons.
Il m'invita alors à m'asseoir dans ma nouvelle voiture – qui avait une odeur de tabac froid et de gazole – avec un sourire d'excuse. Je le remerciai et démarrai le véhicule. Il faisait un bruit monstrueux.
Un avion même aurait été plus silencieux, pensai-je.
Mon père était déjà arrivé dans sa voiture et commençait à démarrer. Il fit un signe de main à son ami, geste que j'imitai envers son fils. Alors nous partîmes pour la maison.
Je perçu quelques bribes de conversation alors que ma Chevrolet avançait lentement sur la route.
- Billy, comment est-ce…
Puis plus rien. J'étais trop loin pour entendre quoi que ce soit d'autre.
Même si j'étais heureuse de quitter les lieux, ce départ brutal m'avait simplement ébahie. Je ne comprenais pas ce qui avait pu autant perturber ses trois indiens.
J'espérai simplement que ce n'était pas à cause de moi qu'ils avaient été si étranges. Il était de toute façon impossible qu'ils sachent quoique ce soit sur moi.
La route du retour me parut beaucoup plus courte qu'à l'aller. Mon esprit fourmillait de questions qui m'embrouillaient et me déstabilisaient. Qu'avaient eu les trois hommes ? Et Billy ? Ils ne pouvaient pas savoir quoi que ce soit sur moi ? Ils ne pouvaient pas savoir ce que j'étais devenue ?
J'arrivai à la maison peu après Charlie. La vieille Chevrolet avait beau être géniale, mais, question vitesse, elle ne risquait pas d'être flashée par le radar. Le moteur hurlait dès que je me rapprochai des quatre-vingt kilomètres heure.
Mon père avait l'air préoccupé. Je n'étais sans doute pas la seule à avoir qualifiée la réaction de son ami d'étrange.
Ce ne fut qu'au moment où j'ouvris la portière de la voiture que je me rendis vraiment compte que nous étions sortis de la zone au parfum infecte. La fragrance de Charlie m'atteignit de plein fouet. Heureusement que je commençai à me contrôler. Je déglutis pour détendre ma gorge ardente.
Mon père m'adressa un large sourire.
- Alors ? s'enquit-il.
- Alors tu n'aurais vraiment pas dû, répliquai-je. C'était…
- Ne recommence pas, Bella, rigola-t-il, mi-agacé, mi-amusé.
Je lui rendis son sourire.
- Merci beaucoup, papa. Elle est géniale.
Alors nous rentrâmes dans la maison.
Mon cerveau grouillait encore de milliers de questions. J'étais tendue, beaucoup trop tendue.
Je décidai donc de me focaliser sur la préparation du repas.
Malheureusement, la préparation était beaucoup plus courte que la cuisson et ne m'occupa pas longtemps l'esprit.
Je m'installai alors sur une chaise et me concentrai sur tous les sons qui environnaient la maison, élargissant un maximum mon périmètre d'écoute.
Le cœur et la respiration de mon père étaient lents et réguliers pendant qu'il écoutait le match de baseball, imité – en pure coïncidence – par notre voisin. Sa femme chantonnait une douce berceuse pour le petit nourrisson qui gazouillait tendrement dans son berceau. Le léger vent frôlant leurs buissons, et s'engouffrant petit à petit dans la forêt silencieuse.
Un affreux bruit strident me sonna ! Je sursautai, puis partis à rire. Ce n'avait été que le minuteur qui indiquait la fin de la cuisson.
J'avais tellement canalisé mon attention sur tous les bruits de l'entourage que j'en avais oublié le repas.
Charlie arriva dans la cuisine, légèrement surprit.
- Qu'y a-t-il ?
Je ne m'étais pas encore arrêtée de rire.
- Rien, rigolai-je. Le minuteur m'a simplement fait peur.
Il leva les yeux au ciel et sourit.
- Hep ! Une minute ! intervins-je alors qu'il essayait de s'éclipser pour regarder la fin de son match. La minuterie a sonné.
Mon père se retourna, une moue ironique – autant qu'hilarante – aux lèvres.
- Et j'imagine que je c'est à moi de mettre la table, soupira-t-il, amusé.
- Pourquoi pas. Mon intonation toujours aussi légère.
Ce fut dans cette atmosphère joviale que se déroula le dîner. Pour la première fois depuis plus d'une semaine, je pouvais savourer une soirée avec un membre de ma famille sans devoir ruminer mes soucis. L'instant était parfait.
L'heure de la dernière chasse, avant le moment fatidique, était arrivée. Charlie dormait profondément. Je sautai par la fenêtre et commençai à courir bien avant même que mes pieds ne touchent le sol.
J'emplis mes poumons d'air pur. C'était si agréable de retrouver l'intégralité de ses capacités, loin des pestilentielles effluves de la réserve.
Une odeur titilla mes papilles. Délicieuse. Un ours ! Un de mes mets préférés. Je m'élançais directement, laissant la fragrance me guider.
Je fus près du mastodonte en un rien de temps. En voilà un qui n'aurait pas le temps d'hiberner.
Je me jetai sur lui. Il feula, mais son cri s'étouffa alors que je commettais, une fois encore, un nouvel acte vampirique.
Le sang coula dans le brasier et le calma directement. C'était agréable. Il y avait longtemps que je n'avais pas goûté un pareil arôme.
J'abandonnai ma victime au pied un arbre avant de retourner sur le mien, mon arbre, mon chêne, mon petit coin de paradis dans l'enfer solitaire qu'était devenu ma vie.
La nuit passa rapidement alors que je me perdais entre contemplation et méditation.
Il n'était pas encore six heures quand je décidais de rentrer à la maison. Je courus rapidement pour me libérer une dernière fois de mes soucis.
Je ne ralentis même pas alors que j'escaladai la façade menant à ma chambre. La maison était calme, Charlie encore profondément endormi, et ce pour encore une bonne demi-heure.
Je commençai ma préparation. La journée serai assez dure comme ça, il fallait absolument que je rien ne soit laissée au hasard.
Silencieusement, j'ouvris mon placard pour y dénicher une tenue claire qui ne laisserait pas trop transparaître ma peau blanche. Ce fut assez rapide, j'aimais beaucoup les vêtements simples et clairs. Je me dirigeais ensuite dans la salle de bain, toujours sans que le moindre son ne se fasse entendre. Un rapide coup d'œil au miroir m'informa de la noirceur de mes iris. Parfait, j'avais chassé assez tôt.
Je pris une douche rapide pendant laquelle le réveil de mon père sonna. Il était six heures trente. Mon éveil ne lui paraîtrait sans doute pas trop étrange vu la nervosité que j'avais éprouvée la veille.
Il passa devant la salle de bain et étouffa un rire. Comme ça, mon anxiété le faisait rire. Si seulement il en savait les motifs principaux.
Côtoyer tant d'humains aux fragrances si différentes serait réellement une dure épreuve. J'espérais que l'effet serait le même que dans l'avion, que seule l'odeur sel et rouille ne m'atteindrait. Même si elle m'était désagréable, ce serait toujours mieux que de laisser la partie monstrueuse de mon être prendre le dessus.
La douche ne dura pas longtemps. Je sortis en trombe de la salle de bain pendant que mon père prenait ma place. Je descendis en bas et imitai les bruits d'une prise de petit déjeuner, sachant pertinemment qu'il l'entendrait.
Lorsqu'il me rejoignit, il avait cette petite moue narquoise qui avait du faire craquer ma mère pendant les quelques et minuscules années de leur mariage.
- Tu sais que personne ne va te mordre, plaisanta-t-il.
Ça au moins, c'était sur.
- Tu ferais mieux de partir au travail avant que ce soit moi qui morde, repris-je, un peu surprise par ma propre repartie.
- Mordre, toi ? Il se dirigea vers la porte, toujours aussi joyeux. A ce soir, Bella.
- A ce soir, terminai-je.
Au moment où il quitta la pièce, je me rendis compte d'un fait que je n'aurais pas du ignorer. Depuis une semaine, je vivais quasi constamment entouré de la fragrance de mon père. Ce n'était qu'a cette condition que j'avais pu m'habituer à la brûlure qu'elle causait dans ma gorge. Mais, maintenant que je passerais la moitié de mon temps au lycée et l'autre moitié à chasser la nuit, comment réagirai-je quand je serais en sa présence ?
Ma gorge se serra. Comme si j'avais besoin d'une autre raison d'être anxieuse.
Ce fut dans cette nouvelle tristesse que je partis pour le lycée au volant de ma camionnette, maudissant ma propre personne et l'épreuve – oh combien trop dangereuse – que j'allais faire subir au lycéens de cette pauvre ville qui possédait maintenant dans ses mur un des plus horribles monstres que la terre ai jamais portée.
Le parking du lycée était pratiquement vide, seules quelques rares effluves - et le battement de cœur correspondant - m'atteignaient. La tache était aisée. Pour l'instant.
J'ouvris la porte du secrétariat, une odeur d'eau de Cologne me monta au nez. Je ris silencieusement, celle là, au moins n'aurait rien à craindre avec moi, son parfum amer était encore plus puissant que son propre arôme.
J'entrevis la pièce : un grand hall où débouchaient deux escaliers et au moins le double de portes. Un comptoir trônait au milieu, l'effluve venait de la personne qui pianotait silencieusement sur son clavier. La secrétaire, sans doute. Elle avait une quarantaine d'année, les cheveux rouges, courts, et de grands yeux verts cachés derrière d'immenses hublots. Elle avait ne expression surprise et choquée. Son cœur, tout à l'heure si calme, s'était un peu affolé. Aïe, ça commençait mal.
Après le premier choc, elle se reprit et m'adressa un large sourire. Peut-être pas si mal que ça.
Il s'avérait qu'elle savait exactement qui j'étais. Rien ne restait inconnu bien longtemps à Forks et mon arrivée était assez attendue. Voilà qui ne jouerait pas en ma faveur. Je détestai déjà qu'on m'épie lorsque j'étais humaine, alors maintenant…
La secrétaire, Mlle Cope, me donna un plan du lycée – qui me serait utile vu la vitesse à laquelle j'oubliai les choses – et mon emploi du temps.
Je la remerciai et pris congé de sa présence.
J'avais à peine ouvert la porte que déjà des centaines d'odeurs me submergèrent et qu'un bruit assourdissant se fit entendre : le son de centaines de cœurs battant à l'unisson. Dur à supporter. Le lycée n'allait pas être une partie de plaisir.
Déjà, ma gorge s'enflammait. Le cocktail se fragrances avait, par chance, le même effet sur moi que dans l'avion : ma gorge brûlante et le liquide inondant mes mâchoires, mais aucune sensation de soif.
Cette découverte m'illumina. Je pouvais ne pas être un monstre, même en côtoyant autant d'humains.
Toute heureuse, je me dirigeai vers ma première heure de cours. Anglais. Je n'eu même pas à consulter mon plan : il était gravé dans ma tête. Cela m'étonna. Moi qui était si sure de tout oublier.
J'arrivai donc rapidement en classe. Le professeur me plut aussitôt. Premièrement, il ne me fit pas subir l'épreuve de la présentation devant toute la classe, ce dont je le remerciai intérieurement. Ensuite, son arôme n'était ni tentant, ni désagréable. Il avait une odeur naturelle, neutre.
Je m'installai à la dernière table – vide – et me concentrai sur le cours.
La matinée se passa assez rapidement. Je fis la connaissance de plusieurs élèves qui n'eurent pas trop l'air d'être effrayée par moi. Des garçons principalement. Ils étaient cependant plutôt agaçants, leur odeur n'étant pas forcement très agréable, ils n'arrêtaient pas de me suivre partout.
Je soupirai. Mike Newton. Il venait de me proposer de manger avec toute la petite bande. J'acceptai, évidemment, ne voulant pas paraître impolie.
Ses deux autres acolytes, Eric Yorkie et Tyler Crowley, nous avaient sauté dessus le cours à peine terminé. Bien que ces trios garçons soient les seuls qui m'avaient accordé de l'importance – peut-être un peu trop – je n'arrivai pas à les apprécier. Ils avaient tous trois une odeur à vous en faire dresser les cheveux sur la tête. Je ne compris même pas l'apparente attirance que certaines filles pouvaient avoir sur le Mike – leurs rythmes cardiaques s'affolaient radicalement quand il s'approchait d'elles, après quoi les pathétiques me toisaient méchamment du regard.
Est-ce que j'y pouvais quelque chose si l'objet de tous leurs fantasmes dégoûtants passait son temps à me suivre comme un toutou. Si vous le voulez, je vous le donne, voulais-je constamment leur dire.
Nous arrivâmes dans une cour entourée d'édifices. Même en ne connaissant rien des lieux, j'aurai aisément deviné lequel de ces bâtiments était la cafétéria. Il en émanait un bruit tonitruant, pire que le matin même sur le parking. Un mélange de nombreux discours au bruit sourd des innombrables battements de cœurs. Si j'avais pu en avoir, ce brouhaha incessant m'aurait sans aucun doute donné la migraine.
Je ne savais pas s'il en existait beaucoup comme moi, mais il était à mon avis impossible qu'ils puissent réussir à tenir si longtemps sans devenir fous.
J'étais à peine rentrée dans le réfectoire que je compris aussitôt à quel point je détesterais cet endroit. De l'intérieur, le bruit était encore plus assourdissant. Je fermai les yeux. Cela ne m'aidait en rien, cependant j'allais nécessiter d'une grande concentration.
J'inspirais profondément, tachant de m'habituer à cette douleur continuelle, puis ouvris les yeux.
C'est alors que je les vis.
Ils étaient vraiment différents des autres lycéens. La peau aussi blanche qu'un linge. Pire : comme la mienne. Ils étaient tous les cinq immobiles attablés devant un plateau rempli. Leurs yeux ocre perdus dans le vide. Ils semblaient hors des lieux, bien que présents physiquement.
Je ne pouvais m'empêcher de les fixer. Ils étaient si étranges, si… comme moi. Je me repris aussitôt. Ils ne pouvaient pas être comme moi, c'était impossible, mon imagination me jouait forcement des tours.
Je les considérais avec application.
Le groupe était composé de deux filles aux allures de déesses et de trois garçons aussi beaux et séduisants qu'elles. Il émanait d'eux une certaine majesté dénuée de fierté. Sublimes.
Les deux jeunes femmes étaient totalement opposées, la première, minuscule et brune semblait respirer la gaieté au contraire de la grande et pulpeuse blonde dont le visage dur et froid reflétait une beauté sans pareille. A leurs cotés, siégeaient deux apollons, eux aussi absolument contraires. L'un, assis tout près de la brune filiforme, était immense et blond comme les blés. Il paraissait mince, pas autant toutefois que sa voisine. Le deuxième, tout aussi grand quoique plus imposant, était taillé comme un ours. Il tenait la main de la grande blonde éblouissante et se pressait contre elle comme pour la protéger – non qu'elle semblât en avoir réellement besoin.
Le troisième était tout simplement magnifique. Un visage d'ange aux yeux envoûtants posé sur un corps sculptural. Il semblait être le plus jeune du groupe mais rien, en lui, ne rappelait une quelconque puérilité. Ses yeux me confondirent : ils étaient fascinants bien qu'apparemment baignés d'un profond ennui, tel un adonis olympien ne trouvant aucun intérêt à son entourage après avoir goûté aux délices des dieux.
Je ne parvenais pas à détacher mes yeux des divinités terrestres.
Mike grogna. Je sursautais. Je l'avais oublié celui là.
Me tournant vers lui, je lui demandais ce qu'il avait.
- Les Cullen, grommela-t-il. J'eu beaucoup de peine à entendre ce qu'il disait, malgré mon ouïe surdéveloppée : la pièce était trop bruyante pour que je ne puisse m'y concentrer.
Les Cullen ? Ce devait être leur nom de famille. Je me retournai de nouveau vers eux, insatiable. Le plus jeune, l'adonis, avait les yeux rivés sur nous.
Je me détournai aussitôt, honteuse. Avait-il entendu ce que l'humain avait dit ? Cela semblait peu probable. Bien que mon ouïe ne soit pas fiable dans cet endroit, il me semblait réellement que la réflexion de l'autre ne pouvait pas l'atteindre.
Je ne pris rien, feignant quelque malaise, et continuai à m'avancer. Les trois toutous me conduirent à une table déjà occupée par trois filles. Je reconnus l'une d'elle comme étant une de mes camarades de mathématiques. Jessica, une petite aux cheveux châtains et frisés. Elle était en pleine discussion avec Lauren, une grande et blonde qui me fit très mauvaise impression. À notre arrivée, les deux gamines me toisèrent avec méchanceté. Elles avaient l'air de me mépriser avec la plus grande ferveur. Que grand bien leur fasse, je n'aurais pas à les côtoyer. La troisième, Angela, avait l'air beaucoup plus timide, me souriant simplement avant de replonger le nez dans son assiette, le visage dissimulé derrière ses longs cheveux noirs.
Je fus contente de ne pas être capable de distinguer leurs fragrances et leur rythme cardiaque dans tout ce capharnaüm. Je n'avais pas besoin aujourd'hui d'être tentée par quoi que ce soit.
Ravalant le brasier continuel – depuis ce matin – je pris place à leur cotés. Le blondinet, Mike, commença à déblatérer un discours qui ne faisait que de renforcer le brouhaha de la pièce. Je risquais un nouveau regard vers la tablée. Le jeune apollon ne me regardait plus et discutait vivement avec ses voisins.
- Oh, ne t'y risque pas, raisonna une voix stridente. Jessica, vraisemblablement.
Je me détournai des divinités pour observer la petite brune. Elle avait un sourire narquois aux lèvres. Vraiment désagréable celle-là.
- Evidemment qu'elle les a remarqué, siffla la blonde au visage grossier, Lauren. Les Cullen et les Hale.
Je la fixai, attendant plus d'explications. Mais aucunes des deux pestes ne prirent la parole. Angela se chargea de continuer le récit.
- La petite brune, le grand brun et le roux châtain, se sont les Cullen, commença-t-elle de sa voix calme et posée. Alice, Emmett et Edward. Les deux autres, les blonds, sont jumeaux. Rosalie et Jasper Hale. Tous les cinq ont été adoptés par le Docteur Cullen et sa femme.
- Je pense, intervint la peste blonde, que Mme Cullen ne peut pas avoir d'enfants.
Comme si cette remarque était utile. Je la toisai, un peu trop méchamment probablement, car elle frissonna.
Je reconsidérais les paroles d'Angela.
Alice, Emmett, Edward, Rosalie et Jasper. Des prénoms peu communs pour l'époque.
- Ils sont tous en couple, sauf Edward, commença la deuxième teigne. Alice et Jasper, Rosalie et Emmett, ils sont toujours ensemble, inséparables. On ne les a presque jamais vus parler avec les élèves. Même le plus jeune, qui pourtant n'a pas de petite amie (elle crachait pratiquement ces mots), ne parle à personne.
Ils commencèrent à débattre sur le sujet. Je ne parvins même plus à me concentrer sur la conversation. Elle n'était qu'un bruit de plus parmi les autres.
Je tournai encore ma tête vers la table, pour me détourner aussitôt. Les cinq jeunes me regardaient avec insistance.
J'étais perdue. Ils étaient si… si… comme moi. Et en même temps si différents. Ils ne semblaient pas rester dans la même position plus de quelques secondes, caractéristique humaine importante. Aussi, le plus important, leurs yeux n'avaient pas cette teinte rouge noire que possédaient les miens. Leurs iris étaient noisettes, ocres, à la limite du doré. Envoûtants.
Je dus me retenir pour ne pas les épier.
Je n'arrivai pas à comprendre. Ils avaient la même peau blanche que moi, mais le reste ne coïncidait absolument pas.
J'aurai voulu savoir si leurs cœurs battaient, mais avec ce boucan, je ne pouvais vraiment pas me concentrer.
Je me repris. Il était de toute façon impossible qu'ils soient comme moi. Ce n'était que des humains. Je devais absolument ne pas m'intéresser à eux comme ça. Je me le promis. C'était beaucoup trop malsain pour eux. Les humains étaient une… proie… pour moi.
Ma propre monstruosité me dégoûtait maintenant plus que jamais. J'étais un monstre, un ignoble monstre incapable de créer des liens avec les gens sans mettre leur vie en danger. J'étais au bord des larmes, sans pouvoir aller plus loin.
Cherchant une distraction de mes pensées noires, j'essayai de me concentrer sur la conversation de mes voisins. Le bruit était tellement assourdissant que j'avais du mal à capter plus que des bribes de leur discussion.
Ils ne dissertaient plus sur les Cullen à présent, leurs paroles avaient déviées sur moi. Chose dont je me serais passée. Heureusement, un bruit strident stoppa leur inquisition. La sonnerie.
Il s'avérait que Mike et Angela avaient, tous deux, biologie avancée avec moi, et je fus donc contrainte d'accepter leur requête de les accompagner. Le simili beau gosse commençait à me taper sérieusement sur les nerfs.
Nous quittâmes le réfectoire, affaiblissant instantanément le brouhaha. Je constatai, une fois à l'extérieur, que la fragrance de la timide n'était pas sans me déplaire. Je soupirai. Une personne sympa et il fallait que ma monstruosité reprenne le dessus.
Ce fut donc dans cette tension que j'arrivai dans la classe de biologie.
Et il était là.
Edward Cullen.
L'apollon, l'adonis, le dieu vivant.
Oups, je m'égarais. Je me souvins de ma promesse. Je ne devais pas m'intéresser à eux. Mais mes plans allaient tomber à l'eau.
La seule table libre était la sienne.
C'était bien ma veine : je voulais plus que tout au monde ne pas lui porter d'intérêt, et voilà que je me retrouvai être sa partenaire de biologie.
Je m'avançai et, après m'avoir porté un minimum d'attention, le professeur, Mr Banner, m'indiqua la place tant redoutée. J'acquiesçai timidement, et, sans lever les yeux du sol, je me dirigeai vers ma triste fatalité.
J'arrivai à peine à son niveau que l'adonis se tendit. Je levai les yeux, ses yeux noisette ne reflétaient plus l'ennui mais un profond malheur, une souffrance.
Il débarrassa rapidement son coin de table et se plaça le plus près possible – peut-être un peu trop – du bord. Ce geste, normalement assez déplacé, ne fut cependant pas pour me déplaire.
Son odeur, dès qu'elle m'avait atteinte, avait chassé toutes les autres. Elle était enivrante, tellement puissante, les habituels relents sanguins ne se faisaient même pas remarquer. Voilà qui n'était pas en accord avec mes précédentes hypothèses, mais vu l'impact de sa fragrance… Je ne devais pas me permettre le moindre faux pas. Je retins aussitôt ma respiration. Détournant la tête, je n'essayai même pas de le regarder pendant que je prenais place à ses cotés.
Lui qui était si pâle, je verrai sans aucun doute le sang parcourir ses veines…
Non ! Bien que son odeur ne m'atteigne plus, rien que d'imaginer… l'acte… ravivait le feu de ma gorge.
Je le haïssais, lui qui me faisait autant souffrir, lui qui me rendait plus monstrueuse que jamais. Mais cette haine ne surpassait pas celle que j'éprouvai envers moi à cet instant. Moi le prédateur, l'horreur, l'abomination.
L'heure me parut infinie. J'avais élargi un maximum mon champ d'écoute pour ne pas discerner lequel de ces battements de cœur était le sien. Le bruit était assourdissant. Je souhaitai, à cet instant, être capable de bloquer mon ouïe aussi facilement que mon odorat, mais c'était impossible.
Quand la délivrance sonna, je me levai d'un bon, sans doute trop rapidement. Mais mon acolyte de sciences fut aussi rapide que moi. Si cela me stoppa, ce ne fut pas son cas : il fila littéralement vers la sortie.
Sa fragrance enfin hors des lieux, je m'autorisai à respirer. Je sentis de nouveau toutes les odeurs revenir à moi. Tentantes. Mais après celle de mon voisin…
Je pus sentir le pot de colle blondinet avancer vers moi. Zut ! Il ne pouvait pas me lâcher celui-là. Et il était en sport avec moi.
- Super, dis-je, le ton faussement enjoué.
Je soupirai, et espérai qu'il n'en déduise rien. Mais il me sourit largement.
Durant tout le trajet, il tînt un très long discours – apparemment à mon intention – mais je n'en n'écoutais pas un mot. Toutes mes pensées étaient dirigées vers les Cullen.
Les deux heurs de sport furent un supplice. Être obligé de retenir sa force était vraiment lassant. Pour une fois que je pouvais me montrer forte en sport. Néanmoins, tout se passa plutôt bien.
Je me dépêchai de me changer pour éviter Mike Newton et me dirigeai rapidement vers le parking.
Ce ne fut qu'en démarrant ma voiture que je remarquai un regard insistant sur moi. Alice Cullen me fixait. Ses iris topaze avaient l'air de fouiller les miens pour y glaner une quelconque information. Je soutins son regard jusqu'à ce que ses yeux se perdent dans le vide, alors je m'engageai sur la route.
J'arrivai rapidement à la maison où Charlie n'était pas encore arrivé. J'avais le temps de me réhabituer à son parfum présent sur tous les meubles, mais moins vigoureux que son odeur corporelle directe.
La journée passait et repassait sans cesse dans mon esprit, avec toujours ses mêmes problèmes, ses mêmes questions.
Qui étaient-ils ? C'était l'interrogation la plus récurrente. Les Cullen et les Hale monopolisaient totalement mes pensées. Quand au plus jeune. Son image ne cessait de me hanter. Son odeur de me harceler. Cet humain si étrange allait-il me torturer au-delà du possible ?
La voiture de mon père tourna au carrefour, interrompant le fil de mes pensées. Il était bien plus de sept heures. Je m'activai à la préparation du dîner.
Quand, après à peine cinq minutes, Charlie ouvrit la porte – envahissant instantanément les lieux de sa puissante fragrance – le repas était près et la table mise. Je fus étonnée de me rendre compte que toute cette journée passée sans renifler son parfum ne m'avait pas rendu la tache plus difficile. J'en fus immédiatement heureuse, et mes soucis s'envolèrent le temps d'un "repas" en compagnie de mon père.
Après quelques bouchées avalées (beurk) et une légère discussion sur ma première journée de cours, je débarrassai la table pendant que Charlie se dirigeait vers le poste de télévision. Il ne regarda que très sommairement les programmes avant de décréter qu'il était tard.
Je me dirigeai sans broncher vers ma chambre où une longe soirée de chasse m'attendait. Avoir ces trop nombreuses fragrances autour de moi tout au long de la journée avait attisé le brasier ardent de ma gorge. Et je ne devais pas prendre de risques pour le lendemain. Leur imposer la présence d'un monstre était déjà ignoble, mais si en plus il était assoiffé.
Je pris quelques minutes pour consulter ma messagerie. Comme je m'en doutai, il était rempli de message de ma mère, s'inquiétant de ma première journée de cour. Je rédigeai une brève réponse. Mon premier jour. Les quelques connaissances que je m'étais faite. Des banalités. Certains mensonges (l'une des pires choses que ma nouvelle condition m'imposait, mentir à ceux que j'aimais). Puis je m'éclipsai par la fenêtre.
Le gibier fut facile à trouver ce soir. Bien sur, ce n'était pas aussi succulent qu'un ours, mais sans doute suffisant pour une journée de plus.
Après avoir commis un nouvel acte vampirique, je me dirigeai vers mon chêne. J'avais grand besoin de détente, de réflexion. Les Cullen hantaient toujours mon esprit.
Mais dans les environs de mon coin de paradis, une fragrance toute nouvelle se fit sentir. Très agréable, mais totalement inconnue.
- Enfin, te voila, chanta un soprano aigu.
.o0o.
