Déjà le troisième chapitre d'une longue histoire, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !


Chapitre 3 : Première mission

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On venait de la convoquer au Square Grimmaud en toute urgence. Cela faisait à peine quelques jours qu'elle en était partie, depuis son intronisation. Elle n'avait encore jamais eu de mission et n'avait pas vraiment d'idée de la façon dont cela se passait. Elle avait essayé durant sa soirée de tirer un peu les vers du nez à Sirius mais il lui avait avoué ne pas avoir le droit de sortir de la demeure, à cause des avis de recherche contre lui. Trop dangereux, avait-il grimacé amèrement.

La voilà donc sur le perron, hésitant à frapper, à sonner, à entrer directement. Se demandant si elle avait bien fait de venir. Si elle avait mis les bons vêtements. Si elle était sûre de vouloir faire cette mission dont elle ne savait rien. Elle secoua la tête et des mèches violettes s'échappèrent de sa queue de cheval lâche. Elle n'avait pas à se poser la question. Elle avait voulu entrer dans l'Ordre. Il était temps d'y faire son baptême. La porte s'ouvrit alors qu'elle allait frapper, sur Maugrey :

« Je me disais bien que je sentais une présence… Il ne me trompe jamais. » maugréa-t-il en désignant son œil bleu électrique du doigt.

Tonks ne s'était jamais risquée lui demander d'où il lui venait. Et il ne le lui avait jamais dit. C'était peut-être mieux comme ça, après tout. Elle n'était pas sûre de vouloir avoir les détails de l'énucléation du précédent. Au risque de vomir ses tripes sur son tapis, ce qui n'était jamais très élégant ni poli. Elle entra à sa suite et trouva la cuisine dans une fièvre telle celle qu'elle avait observée le jour de son arrivée. Elle ne pensait pas que la mission serait collective, et encore moins que sa préparation serait aussi agitée. Etait-ce toujours comme ça ?

« Ah, Tonks ma chérie, tu es arrivée ! Nous avons besoin de toi, il faut que nous allions chercher Harry chez son oncle et sa tante. » lui expliqua rapidement Molly Weasley tout en la prenant par le bras pour la conduire fermement auprès des autres qui discutaient.

« Moi je dis qu'un bon sort, ça devrait suffire largement à endormir leur attention ! » affirma un auror.

« Non, pas de sort, autant utiliser quelque chose de plus… de moins… enfin de moins magique. Il ne faut pas qu'ils soient trop contaminés par la magie, on risquerait de perdre l'effet protecteur de cet endroit pour Harry. » contra Remus.

« Bien dit ! » approuva Sirius. « Il faut trouver un truc intelligent pour les éloigner ! Et surtout se dépêcher, Harry est entre leurs mains, il vient d'affronter un détraqueur, son cousin aussi, ils ont besoin de notre aide, pas de nos tergiversations, il faut aller chercher mon filleul ! »

« Tu joues les mères poules maintenant, Black ? » ricana Severus Rogue.

« Oh la ferme hein, Snivellus. C'est mon filleul, accessoirement sans doute notre salut à tous, et il est en danger. Il n'est pas question de le laisser plus longtemps chez ses moldus d'oncle et tante ! »

« Un jeu concours. » lança subitement Tonks, se surprenant elle-même.

« Un jeu quoi ? » demanda Shacklebolt.

« Un jeu concours, c'est… c'est un système moldu en fait, ils y croient énormément… » bafouilla soudain la jeune femme, mal à l'aise d'être le centre de l'attention. « Ils participent à des tirages au sort, à des loteries, à des jeux, dans l'espoir de gagner le cadeau à la clé, ce qui n'arrive qu'à une personne sur les centaines de joueurs, évidemment. On… enfin on pourrait leur faire croire qu'ils ont gagné une semaine de vacances, par exemple, à utiliser tout de suite sous peine de la voir rendue caduque… non ? »

« C'est une excellente idée. Cela les éloignera le temps nécessaire et avant qu'ils ne se rendent compte qu'Harry a disparu, nous aurons du temps devant nous. » la rassura le Professeur Dumbledore.

« Et… comment on s'y prend, pour ce… jeu ? » demanda Arthur Weasley, intrigué.

« Oh c'est facile, il suffit de leur envoyer une enveloppe avec un petit mot expliquant ce qu'ils ont gagné et le fait que cela soit par un concours… » expliqua-t-elle, un peu plus à l'aise.

« Tu vas t'en occuper. Et tout de suite. Il faut sortir Harry de là. » décida Sirius, en la regardant droit dans les yeux.

« Ne va-t-on pas trop vite ? Ne faut-il pas décider d'abord comment nous allons procéder pour l'amener ici ? » intervint Dawlish.

« Pas le temps. A moins que vous ne vouliez attendre qu'il subisse vraiment le baiser du détraqueur ! Tonks, tu me fais cette enveloppe, tout de suite ! » réaffirma Sirius.

« Il a raison. » intervint Remus. « Nous n'avons pas besoin d'énormément de préparation, après tout… »

« Une escorte sur balai suffira, je pense. Et si Hagrid voulait bien nous accompagner avec sa moto… Severus, avez-vous toujours une réserve de polynectar ? » demanda le Directeur de Poudlard.

« Toujours, oui, monsieur le Directeur. Elle est prête à l'emploi. »

« Bien. Alors voici ce que nous allons faire… »

Ils discutèrent ainsi pendant une bonne partie de la nuit, mettant au point les détails plus mineurs, notamment de qui se composerait l'escorte. Quand la jeune femme fut choisie pour en faire partie, du fait de ses capacités d'auror et de sa maîtrise du vol, elle en fut touchée. Elle prenait part à sa première mission, et celle-ci lui plaisait. Elle serait simple, mais c'était aussi bien pour un début. Et puis elle était tout de même importante, d'autant qu'elle allait enfin rencontrer le jeune Harry Potter.

Rendez-vous fut donné quelques jours plus tard, le 2 août, le temps que l'on trouve les accessoires nécessaires à l'accomplissement de la stratégie et que le carton d'invitation dans un hôtel loin de Privet Drive soit envoyé. Chacun de ceux qui possédaient un balai qui leur était propre avait été chargés de l'apporter, les autres furent dotés de balais trouvés çà et là, notamment dans la réserve Weasley. Certains d'entre eux venaient d'ailleurs accompagner l'escorte, ils étaient indispensables au plan. Le jeune Ron faisait par exemple équipe avec Tonks, et elle l'emmena sur son balai.

Ils arrivèrent vite sur place, et constatèrent avec soulagement que la voiture des Dursley n'était plus là. Leur stratégie avait marché. La maison était normalement vide de toute vie, exceptée celle d'Harry. Jamais son oncle et sa tante ne l'auraient emmené, le détestant trop pour supporter l'idée de lui offrir des vacances, surtout quand il était indiqué qu'elles étaient pour trois personnes. Les membres de l'Ordre avaient tiré parti de cette intuition, priant pour ne pas se tromper. Ils entrèrent après avoir débloqué le verrou de la porte et s'entassèrent dans l'entrée. Le tout était de savoir où était la chambre d'Harry, sans doute à l'étage.

« Aïe, faîtes attention, quelqu'un m'a marché sur le pied ! » gémit une voix, chuchotant.

« Chut, taisez-vous, sinon vous allez nous faire repérer. Il n'est pas question d'effrayer le jeune Potter. » gromela Maugrey.

« C'est quand même bien plus propre que chez mes parents ! » s'exclama un peu trop fort la jeune femme en passant un doigt sur un petit meuble de l'entrée, que la poussière semblait avoir déserté.

Une porte s'ouvrit brusquement à l'étage. Son ancien mentor se mit aussitôt sur ses gardes tout en la fusillant du regard. Oups, boulette, pensa-t-elle. Elle n'eut que le temps de prier Merlin avant de voir Harry descendre les escaliers, sa baguette brandie en défense. Quand il vit l'attroupement dans le hall d'entrée, le jeune homme resta bouchée bée. Ainsi, c'était donc à ça que ressemblait l'Ordre. Et donc à ça que ressemblait le sauveur du monde sorcier, pensa Tonks en écho. Un gamin maigrelet, de quinze ans à peine, les lunettes cassées, les cheveux ébouriffés, une chemise à carreaux beaucoup trop grande sortant d'un pantalon maintenu par une ficelle à sa taille ? Comme quoi, la robe ne faisait vraiment pas le sorcier. La jeune femme était bien placée pour le savoir, d'ailleurs, avec ses apparences multiples.

« Euh... Harry, nous n'avons que peu de temps, nous sommes venus te chercher pour t'escorter jusqu'au Square Grimmaud. Veux-tu bien descendre ta valise ? » demanda alors doucement Remus.

« Je vais aller l'aider ! » ajouta Tonks tout en se faufilant dans l'escalier. « Viens Harry, ta chambre est par là ? » demanda-t-elle alors qu'ils montaient, désignant une porte en face d'eux.

« Oui, mais je n'ai pas totalement fini… je ne pensais pas partir tout de suite… » s'excusa-t-il tout en allant chercher une chemise bouchonnée et un livre sur son bureau pour les fourrer précipitamment dans sa valise.

« Oh, mais ça n'est rien ça, on va arranger ça. » répondit-elle avant de sortir sa baguette.

D'un sort, elle fit entrer toutes les affaires dont le jeune garçon avait l'air d'avoir besoin dans sa valise avant de la refermer, toujours sans la toucher. Elle rangea aussi sa baguette avant de se tourner, souriante, vers lui.

« C'est mieux comme ça, non ? »

« Oui, oui, c'est mieux… Tes cheveux, ils ont changé de couleur là non ? » demanda, perturbé, le jeune garçon.

Tonks se dirigea vers le miroir de la chambre, près du bureau, et observa sa chevelure. Non, elle était bien violette, mais peut-être avait-elle changé de couleur l'espace d'un instant. Elle s'examina plus attentivement.

« Mmm, le rose me va mieux, non ? Qu'en penses-tu ? » lui demanda-t-elle en se retournant, sa couleur ayant viré instantanément à la couleur susmentionnée.

Son regard tomba sur Remus Lupin, sans doute venu les prévenir de se dépêcher. Pourtant, ils avaient fait vite, elle n'avait presque pas mis de temps à faire son sort, et tout était rentré correctement, sans que rien ne soit cassé !

« Bien sûr qu'il te va bien, mais arrête donc de minauder, Nymphadora. Tu vas effrayer le jeune Harry. » se moqua-t-il. « Elle est métamorphomage, elle peut changer d'apparence comme elle le veut. » ajouta-t-il en guise d'explication pour le jeune homme.

Elle était sûre qu'il avait fait exprès d'utiliser son prénom, juste pour l'énerver. Il savait très bien qu'elle le détestait. S'il n'avait pas une aussi jolie moue quand il souriait, elle lui aurait bien fait ravaler sa moquerie. Elle se contenta de rougir en essayant de reprendre contenance.

« On y va ? Je crois qu'ils nous attendent, c'est bien pour ça que tu es monté, n'est-ce pas ? »

L'intéressé acquiesça. Il prit la valise d'une main tandis que Tonks attrapait joyeusement la cage qui trônait au milieu du bureau.

« Hedwige n'est pas encore rentrée, j'espère qu'elle trouvera le chemin… » s'inquiéta le propriétaire de toutes ces affaires.

« Ne t'en fais pas, elle trouvera. Elle te retrouvera toujours. » le rassura Remus.

Ils descendirent jusqu'au rez-de-chaussée et le spectacle qui les attendait était des plus étonnants. La jeune femme avait beau s'y attendre, elle eut tout de même un choc. Il y avait là un certain nombre de Harry Potter en devenir ou déjà complètement transformés, certains torse nu en train de chercher une robe de bonne taille, d'autres fouillant dans un sac de lunettes, certains ajustant leurs cheveux pour essayer de rendre l'effet ébouriffé, leurs accompagnateurs attendant juste à côté, observant le drôle de manège qui se tenait là.

Une pensée idiote traversa l'esprit de la jeune femme qui la réprima aussitôt, essayant du même temps de masquer son brusque rougissement. Non, on ne pense pas qu'on aurait bien aimé que Remus Lupin aussi se transforme en Harry Potter pour le voir changer de robe. Non, ça n'était pas correct. Et elle ferait mieux de se morigéner plus si elle ne voulait pas que toute cette histoire se termine très mal.

Ils se préparèrent enfin au départ, appelant chacun des faux Harry par son véritable prénom pour réussir à les reconnaître. Tonks attrapa au passage le jeune Ron Weasley, un peu perturbé par sa nouvelle apparence, et le tira par le col pour le faire monter sur son balai. Enfin ils s'envolèrent tous ensemble, partant par des chemins différents mais proches pour rejoindre le Square Grimmaud. Le véritable Harry était parti avec Hagrid dans le side-car.

La jeune femme savait qu'il devait être en train de ronger son frein, refusant sans doute de faire prendre un tel risque à tous ceux qui étaient venus l'aider. Il n'était encore qu'un garçon après tout. Il était normal qu'il ait de telles pensées. Il ne comprenait pas à quel point sa présence était importante pour eux tous. Tonks savait très bien que s'ils avaient élaboré ce subterfuge, c'était parce qu'ils risquaient de se faire attaquer par des mangemorts. Et que son rôle serait alors de protéger l'adolescent qui s'accrochait à sa taille. Au péril de sa vie, s'il le fallait. Il était plus jeune qu'elle et Arthur et Molly ne lui pardonneraient jamais s'il lui arrivait quelque chose. Cette dernière n'était déjà pas très favorable à sa participation. Tonks ne tenait pas à savoir d'où venait les sorts terriblement efficaces que la jeune Ginny était capable de lancer quand elle s'énervait.

Elle mena donc son balai d'une main sûre, l'esprit aux aguets, les yeux scrutant le ciel. Il faisait sombre et le temps n'était pas avec eux. La brume l'empêchait de voir correctement à plus de quelques dizaines de centimètres à peine devant elle. Sacrée purée de pois. Ils n'avaient peut-être pas choisi le meilleur jour. Elle mit donc tous ses sens à l'épreuve, se concentrant sur sa mission de surveillance plus que sur son vol. Elle n'avait jamais été mauvaise en Quidditch et elle savait que le jeune garçon derrière elle saurait rattraper le coup si elle avait un instant d'inattention.

« Attention ! » lui cria-t-il d'ailleurs.

Elle faillit sursauter avant de faire un grand mouvement d'écart avec le balai, le laissant s'accrocher plus fortement à elle.

« Fichue bestiole ! On a failli se la payer. Tu éviteras de dire ça à ta mère, hein ? » commenta-t-elle en souriant, gênée.

Surveiller l'arrivée possible de mages noirs et manquer de se prendre un pigeon en pleine figure, ça n'était quand même pas très glorieux. Quelle idée aussi, de voler à cette heure. Il ne pouvait pas se coucher comme tout le monde ? Le reste de leur trajet se passa sans autre incident et ils arrivèrent à destination au milieu des autres. D'après ce qu'elle entendait et constatait, aucun d'eux n'avait eu de problème. Ils avaient surestimé le danger en s'organisant aussi bien. Mieux valait cette situation que l'inverse, clama Arthur Weasley.

Une tournée de bièraubeurres fut décidée pour fêter le retour au bercail de chacun. Une mission sans anicroche, ça n'arrivait pas si souvent que ça, supposa la jeune femme. Pour une fois que personne n'était blessé.

« Tonks ? »

« Oh… Harry… je… comment… comment vas-tu ? Ça fait… »

« Bizarre de me parler vraiment ? » grimaça-t-il.

« Un peu, oui. » admit-elle. « Désolée… »

« C'est rien, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive tu sais. J'ai cru que Madame Weasley allait m'étouffer la première fois qu'elle a su qui j'étais. » répondit-il avec un petit rire gêné.

« Oui, j'imagine. Ne t'en fais pas, je ne compte pas te sauter dessus et te demander un autographe. » dit-elle, avec un sourire complice. « Tu vas bien alors ? Le voyage avec Hagrid n'était pas trop… secouant ? »

« Si, un petit peu… Il conduisait de façon… étrange. Mais ça fait du bien d'être ici. Et de voir ce qui se passe. »

« On bosse, paraît-il. Quand on ne fait pas réunion de beuverie. » rit la jeune femme.

« Dis-moi, tu es la cousine de Sirius non ? Tu pourrais… tu pourrais me parler de lui, comment… comment était-il, avant ? »

« Oh… Eh bien… il était libre. Il était joyeux, rebelle, impertinent. Il avait toujours le regard qui pétillait. Il avait quitté cette maison parce qu'il la détestait, pour vivre chez ton père. Je crois que ça lui fait tout drôle d'y revenir. Je ne suis pas sûre qu'il apprécie tellement. » rit-elle doucement.

« Tu crois qu'il est heureux ? »

« Bonne question… » murmura la jeune métamorphomage en tournant son regard vers le concerné. « Je ne suis pas sûre qu'il sache encore l'être. »

Pourtant, elle le voyait discuter avec Remus Lupin avec animation, et éclater de rire en le bousculant un peu. Etait-ce un masque ou était-il vraiment heureux ? La jeune femme n'aurait su le dire. Sans doute un peu des deux. Etait-ce donc ça, vivre en société ? S'adapter aux autres. Leur montrer ce qu'ils veulent voir. Porter un masque. Ça ne devrait pas être si difficile, elle qui changeait de visage comme elle le souhaitait. Elle pouvait bien se construire une façade. Peut-être serait-elle alors mieux acceptée. Peut-être serait-elle bien intégrée ici.

« Tonks ! Comment vas-tu ? Comment était-ce ? » s'exclama une voix, la sortant de ses pensées.

« Ginny ! Si ta mère te voyait, elle t'enverrait aussitôt au lit, tu devrais même déjà y être. » fit-elle semblant de la gronder.

« Tu n'es même pas crédible. » rétorqua la jeune fille. « Et surtout, ne deviens jamais comme maman ! Raconte-moi plutôt comment c'était cette nuit…»