Dix ans plus tôt
-Eh, Yukio, tu vas vraiment partir pendant les vacances d'été ? L'interrogea un camarade en l'agrippant par derrière. Il paraît que tu vas aller tout seul profiter des belles plages sans penser un seul instant à tes meilleurs amis.
-C'est ce qui était prévu, mais j'ai dus annulé le plan.
-Roh ! Comment ça se fait ?
-C'est personnel, je préfère ne pas en parler.
-T'es pas sympa ! Argumenta un autre de ses camarades avant de sucer à nouveau sa sucrerie sphérique. Tu ne veux jamais parler de tes plans.
-C'est pas pour casser l'ambiance, mais on doit aller en cours de langue !
Ils se séparèrent de Yukio, qui les regarda partir avec une pointe de regret. Il se tourna vers l'élève resté en retrait pendant qu'il discutait avec ses amis. Un élève qui a toujours été peu bavard. Celui décroisa ses bras et se tourna vers Yukio.
-Tu ne leur a pas encore dis que tu donnes des cours à des gamins ?
-C'est que tu es le seul à savoir que je les pratique, mais... Comment l'as-tu appris ?
-Grâce à un annuaire. A ce sujet, j'ai un service à te demander. Pas vraiment de ma part, mais de ma mère. Comme quoi ça l'arrangerait que tu aide quelqu'un. Bien sûr, tu seras payé et elle s'arrangera avec ton emploi du temps. Si tu veux refuser, tu en as le droit mais ça l'arrangerait vraiment. Ne pense pas que j'insiste, c'est elle qui m'oblige à le faire. Regarda-t-il ailleurs sans oser croiser le regard de Yukio.
-Qui est ce « quelqu'un » ?
-Mon frère, Nairo.
Hiroki courut vers la faculté, devançant son collègue pour parvenir en premier aux grilles de l'établissement. Bien qu'il n'en possède pas les clefs et qu'il n'y a jamais enseigné, il désire à tout prit y vérifier que son frère l'attende devant ou que son petit-ami le rappelle une fois sur les lieux pour qu'il lui avoue qu'il est sagement rentré chez eux. Il va râler car il l'aura inquiété pour rien. Mais il pensa au pire. Il pensa à un kidnapping. Il accéléra. Jamais son Nairo chéri ne se fera enlever tant qu'il sera en vie ! Personne ne lui ôtera la vie. Pas même le moindre cheveu de son adorable crâne.
Une fois devant l'école, Yukio se pressa d'ouvrir le portail et tout deux inspectèrent les alentours. La cour est déserte, des tourbillons venteux viennent occuper l'espace vide de feuilles mortes et de déchets abandonnés au milieu de celle-ci. Hiroki se tourna vers les bâtiments et remarqua une tâche sombre perchée sur le sommet de l'un d'eux. Il s'avança en dessous de celle-ci et eut peur de la reconnaître.
-Nai... Na...
-Hiroki, tu as vus quel-
Tout deux regardèrent le corps rester perché en hauteur. Cinq étages le sépare du sol, la moindre chute lui sera irréfutable et mortelle. La moindre maladresse rompra le fil de sa vie. Les deux hommes supplièrent mentalement à en perdre la raison que le jeune adulte ne lâche pas prise. En aucun cas, pour aucune raison possible. Yukio fut le premier à retrouver la parole.
-Que fait-il en haut ?
-Je ne sais pas, mais on doit aller le chercher tout de suite !
-Hiroki, reste ici. Je vais aller le chercher. Essais de lui parler pour le rassurer.
-T'aurais dus déjà partir le rejoindre ! Magne-toi !
Il n'eut pas besoin de répéter l'ordre car le professeur Shinabu s'élança vers l'intérieur du bâtiment en ouvrant le plus rapidement sa porte d'entrée. Peu importe le nombre de serrures que je devrai combattre, se dit-il, tant que je pourrai me rapprocher toujours un peu plus de Nairo. Le plan des escaliers l'aveugla mentalement, l'empêchant de prendre la moindre direction pouvant au contraire l'en éloigner. Il ne peut que courir et continuer de supplier l'élève de ne pas tout abandonner. Pas maintenant. Surtout pas après qu'il l'ait retrouvé, après plusieurs années de séparation. Il ne peut en envisager une seconde, sans espoir de retrouvailles. Il sauta plusieurs marches à la fois à partir du second étage, s'appuyant sur les murs pour tourner au lieu de ralentir. Son souffle devint allaitant mais il ne pouvait prendre le temps de respirer. Arrivé au dernier étage, il vit le jeune homme auburn attendre en gardant les bras cramponnés à la rambarde. Les pieds se servant de ceux-ci comme d'appuis, les orteils flottant dans le vide. Le regard figé vers le sol. Yukio s'avança vers lui en lenteur, le souffle bruyant, pour ne pas l'effrayer. Il commença à lui parler pour le rassurer. Doucement, entre chaque inspiration. Si peu fort que les cris de Hiroki surpassèrent sa voix. Yukio espéra qu'il l'entende tout de même.
-Nairo... C'est moi, le professeur Shinabu... N'exécute aucun geste imprudent... Je vais venir te chercher, alors ne bouge sous aucun prétexte et laisse-moi faire... Avant toute chose, reste calme... C'est bon, je suis derrière toi.
Il passa doucement ses bras autour de sa taille et une fois que le harnais de chair et d'os fut en position, il le serra fermement pour le sécuriser. Hiroki vit cinq étages plus bas le professeur ramener son jeune frère sur le toit. Le ramener à l'abri. Il courut vers l'intérieur pour les rejoindre au plus vite.
Yukio s'assit à côté de Nairo, tremblant de tout son corps après avoir vécus cette expérience traumatisante. Qui plus a été effectuée de son plein gré. Il resta fermement accroché aux bras du professeur, les pupilles instables s'agitant dans toutes les directions possibles pour qu'il reprenne peu à peu conscience de la sécurité dont il est désormais bénéficiaire. Il n'est plus en danger, mais il ne pouvait se faire à l'idée de l'être totalement. Même dans les bras de celui qui a été par le passé son professeur particulier.
-Je... je ne voulais... Je ne savais plus... ce que je pensais...
-Pourquoi avoir essayé un truc aussi désabusé, Nairo ?! Râla à voix basse Yukio. Tu aurais pus perdre la vie ! Qu'en aurait pensé ta famille ? Tes amis ?
-Je n'en ai... pas. Accentua-t-il ce dernier mot en le prononçant brièvement.
-Et ton frère !? Il s'est fait un sang d'encre pour toi.
-Hiro... je suis... si... désolé...
Il fondit en larmes sur le professeur, collant ses joues devenues humides sur sa chemise. Yukio le vit pleurer pour la première fois. Plus jeune, Nairo n'a jamais dévoiler ses sentiments. Que ce soit devant les grilles de son école ou au sein de sa famille. Jamais il ne l'a vu pleurer. Aujourd'hui, il peut contempler ses larmes. Aussi étrange que cela puisse paraître dans une situation aussi critique, Yukio le trouva magnifique une fois le visage maquillé de ces perles d'eau. Il feignit un léger sourire et le remercia mentalement d'être resté en vie. Car c'est la seule chose qui lui importait désormais.
-Nowaki ? C'est Hiroki. L'appela-t-il depuis le balcon d'une chambre d'hôtel.
-Tu as retrouvé Nairo-san, Hiro-san ?
-Oui, il est avec moi. On ne va pas rentrer ce soir, on dormira dans un hôtel.
-Il s'est passé quelque chose ?
-Oh, rien de grave. Il est juste crevé. Pour l'instant, il dort comme une masse. Ne t'inquiète pas pour nous, Nowaki.
-Tu m'en parleras à ton retour ?
-Promis, Nowaki.
-Bonne nuit, Hiro-san.
Il raccrocha et s'accouda au balcon. Qu'il est difficile de mentir à son amant, même au téléphone ! Son frère ne va pas bien du tout. Nairo n'a pas encore trouvé le sommeil, minuit passé, et il reste les yeux grands ouverts fixés sur le papier-peint floral de leur chambre. Yukio est resté avec eux, il s'inquiète trop pour le jeune homme. Pour le moment, il love d'un regard protecteur Nairo. Il se sent responsable de ce qui lui est arrivé un peu plus tôt. Hiroki les rejoignit et s'avança vers Yukio pour lui parler à voix basse. Sans que son frère puisse suivre leur discussion.
-Merci... avoua-t-il difficilement. Mais sans le professeur, jamais il n'aurait put entrer dans la faculté et avoir la chance de secourir son frère. S'il aurait voulut le rejoindre au dernier étage, celui-ci aurait put chuter avant qu'il ne trouve les escaliers.
-Pourquoi me remercies-tu ?
-Sans toi, mon frère... aurait été... déjà mort.
-Tu n'as pas à me remercier, mais à nous blâmer.
-Pourquoi dis-tu ça ?
-Nous savions ce qu'il lui arrivait. Pourtant, nous n'avons rien fais pour y remédier.
-Il a eus quelques différents avec certains camarades de classe dans le passé et il s'est sentis responsable du divorce de nos parents, mais envisager une mort aussi précoce...
-C'est qu'il a mal vécut ces expériences et que l'on a pas calculé leur ampleur.
-Quel con j'ai été... Hiroki aurait put s'effondrer sur une chaise mais il resta droit et se concentra sur ses souvenirs. Nairo ne lui a que peu parlé de son ressenti du divorce. Parfois, il lui a confié qu'il faisait des cauchemars à ce sujet ou qu'il regrettait sa naissance, mais jamais il ne s'était préparé à ce cas critique. Ces mots avaient été réfléchis et même lorsqu'il était écolier, il avait sérieusement envisagé de se donner la mort. Hiroki ne l'a juste jamais pris assez au sérieux.
-Je voudrais rester seul avec lui.
Yukio sortit de la pièce et laissa Nairo seul avec son aîné. Il descendis au rez-de-chaussé se servir au distributeur un café et fixa le gobelet en plastique tandis qu'il se remplissait doucement. Nairo a longtemps accumulé les préjugés sur sa personne et les litiges entre ses parents sans se plaindre. Il se souvint que dans le passé, ils passaient plus de temps à s'amuser et travailler qu'à discuter de leurs situations familiales ou sociales. S'il l'aurait interroger plus longuement à ce sujet, il aurait put l'aider à se sentir mieux. Il lui aurait demandé de lui confier ses problèmes, il l'aurait aussi longtemps qu'il l'aurait fallut. Il lui aurait apporté l'attention que son grand-frère n'a pus pleinement lui prodiguer entre ses devoirs et ses heures de cours. Il aurait put sacrifier son temps, son argent de poche, ses études et bien plus pour sauver sa santé mentale. Il est tard pour vouloir effacer l'ardoise de ses mauvaises expériences. Il ne peut qu'atténuer ses souvenirs choquants, lui donner le goût de la vie qu'il n'a jamais dégusté avant et l'aimer comme il n'a pas put le faire une décennie plus tôt.
Il se souvint l'avoir rencontré la première fois devant les grilles de son école. Il était arrivé en retard, tout les élèves étaient rentré chez eux sauf lui. Il restait un petit garçon gardant ses yeux bruns portés vers son cahier. Celui-ci continuait d'écrire alors qu'il s'en approchait. Il survola la couverture et remarquai que la moitié du cahier était entamée. Son ombre survolant les pages blanches obligea le jeune auteur à le remarquer. Leur premier regard fut des plus énigmatiques. Ils s'étaient interrogés du regard sans prêter attention aux questions de l'autre. Yukio lui montra son cahier et engagea la discussion.
-Tu écris quoi ?
-Une histoire. Revint-il à celle-ci.
-Elle parle de quoi ?
-C'est une histoire d'amour entre un garçon et une fille.
-Ça doit être intéressant.
-Tu ne l'as pas lus, comment peux-tu le savoir ?
-Je suis certain que provenant de ton stylo, tes histoires ne peuvent être qu'intéressantes. Ça, je peux le savoir sans même lire tes travaux. Aller, rentrons chez toi avant que tu n'attrapes froid.
-Qui es-tu ?
-Je suis ton professeur, et à partir d'aujourd'hui ton ami aussi.
Il lui avait sourit amicalement et lui avait tendu son bras. Nairo l'avait pris et tout deux sont rentré à pieds jusqu'à sa maison. Hiroki les a croisé au sein de celle-ci et n'a pas hésité à crier sur son camarade de classe quand il retrouva son frère les joues rougies par le froid. Il était si mignon, avec ses joues rondes et ses petits doigts, y repensa Yukio. Il l'a emmené dans sa chambre et ensemble ils ont cherché à déceler les principales difficultés face auxquelles Nairo bloquait. Étant plus âgé que lui, il avait rapidement résout ses problèmes « insurmontables » et Nairo le prit pour un garçon surdoué. Pourtant, ses notes n'étaient pas des plus prestigieuses. Seulement des plus convenables. Après qu'ils aient démontré les solutions, il l'avait interrogé sur son histoire.
-Tu envisages de devenir écrivain ?
-Je ne sais pas encore.
-Tu me feras lire ton histoire, un jour ?
-Elle n'est pas encore finir.
-Quand ça sera le cas, je pourrai la lire ?
-Peut-être.
Puis les semaines ont passé. Nairo se familiarisait avec la matière qu'il a longtemps détesté et après quelques mois il affirmait qu'il adorait établir des calculs. Ce fut un changement radical pour Hiroki, qui ne cessait interrogé son camarade quand ils se croisèrent au lycée. Ils se rapprochèrent au fil des jours, passèrent leurs cours l'un assit à côté de l'autre et devinrent toujours plus proches. Jusqu'à se rejoindre instinctivement lorsqu'on demandait aux élèves de former des duos et toujours ils se saluèrent en se croisant. Ils ne passèrent plus leur temps à rester sur des tables éloignées quand ils allaient se documenter, ils se rejoignirent pour partager la même. Ils devinrent presque amis, mais quand Yukio cessa d'enseigner à Nairo, ils se sont éloigné progressivement en fixant le fossé qui ne cessait de les écarter l'un de l'autre. Jusqu'à rester de simples connaissances et se retrouver dans le même établissement. Puis Nairo est revenu dans sa vie. Le petit garçon avec lequel il lui montrait comment faire des oiseaux en papier et résoudre des multiplications sans se casser la tête. Il a de nouveau croisé son regard chocolat. Son merveilleux regard chocolat.
Il ne doit pas revenir vers Nairo. Il ne fera qu'encore plus le blesser en voulant se protéger lui-même. Il a faillit une fois, il ne doit pas recommencer la même erreur. Il s'était mit à l'embrasser et le caresser sans contrôler ses gestes, après l'avoir prévenu. Il pourrait dire « Il n'avait qu'à pas rester trop longtemps dans la même pièce » ou « Il n'avait qu'à pas venir dans la salle, je lui avais bien demandé de ne pas y venir » mais ses gestes l'ont chamboulé au point de l'embrouiller et le fragiliser encore plus. Il ne doit plus l'affaiblir. Il laissa son café et se résigna à partir. Il a payé en avance la chambre d'hôtel, on ne va pas le retenir. On ne va pas l'empêcher de partir. Il n'a fait que trop de mal à son ancien élève. Au jeune frère d'un ami de longues dates. A un étudiant. Une fois à l'extérieur, sa douleur au poignée qu'il avait crut passagère revint le hanter sous l'épiderme. Peu importe, il ignora la douleur et marcha. Vers quelle direction ? Le plus loin de Kamijou Nairo.
Nowaki toqua à la porte, mais son jeune invité ne voulut lui adresser la parole. Il l'ouvrit et le découvrit les jambes croisées sur son lit. Il posa un verre d'eau à côté de lui et lui demanda de ses nouvelles. Il ne lui répondit pas. Il se plaça devant lui, mais il ne cessa de fixer le mur face à lui. Son regard est vide, il arbore le même depuis son retour à l'appartement sans envisager d'ouvrir à nouveau la bouche ou de considérer avec plus de respect le petit ami de son frère. Ou son aîné.
-Tu devrais sortir à l'extérieur, Nairo. Il fait beau aujourd'hui, tu pourrais aller au parc.
-...
-Tu veux qu'on aille quelque part ensemble ? Il y a la librairie, je pourrai t'y acheter un livre si ça peut te redonner le sourire.
-...
A quoi bon ? Il n'a jamais souris depuis son arrivé. Comme son frère aîné, il ne sait pas exprimer sa bonne humeur avec son visage. Seulement dans des gestes maladroits. Mais Nairo n'en pratique aucun. Il reste figé sur son lit, se couchant quand il a sommeil et se redressant pour faire un aller-retour entre sa chambre et les toilettes. Aucun déplacement en dehors de ce parcours.
-Tu as envie que je te prépare quelque chose en particulier ? Je pourrai essayé de te préparer des plats. Ou tu désires autre chose ? Ton frère est partit travailler, j'ai un peu de temps devant moi avant de partir à mon tour. Que désires-tu ?
Il ne répondis pas. Nowaki se décida à le laisser seul dans son antre de la solitude. Nairo se tourna vers la porte quand celle-ci claqua. Il aurait put retenir Nowaki en un mot, le saisir par le bras quand il a posé le verre, mais il n'a pas bougé. Il pourrait se lever pour aller le chercher, mais il ne sent pas posséder la force nécessaire pour supporter la gravitation à lui-seul. Ses jambes pourraient faiblir à l'attraction de la planète s'il en posait un au sol. Il se sent trop faible pour exécuter un geste anodin, mais il but le verre d'eau et laissa se répandre dans son corps la sensation de fraîcheur.
Que se serait-il passé s'il se serait donné la mort ? Son frère et son petit-ami auraient-ils retrouvé le même quotidien qu'ils avaient partagés ensemble avant son intrusion dans l'appartement ? Et ses camarades de classe, auraient-ils regrettés sa mort ? Et ses professeurs, combien de minutes de silence lui auraient-ils accordé ? Et ses parents, quand auraient-ils pensé ?
Et Yukio ? S'il ne serait plus en vie en ce moment-même, serait-il en train de déposer des fleurs sur sa tombe ? Pleurerait-il sur sa tombe ? Se maudirait-il ? En sentant ses bras se refermer fortement autour de lui, il a comprit qu'il y était impossible de disparaître du monde sans laisser de regrets derrière lui. Il a blessé par son acte Hiroki et Yukio. Jamais il ne pourrait s'excuser de son acte totalement immature. Il s'enroula dans sa couverture, pesant sur ses épaules comme si on l'avait bourrée de métal, et s'allongea en pensant aux deux hommes. Il se souvint de la peur ressentis les pieds dans le vide, le goût de vomi qui avait remonté sa trachée et les sueurs froides qui avaient coulé en cascades abondantes sous son épiderme. Plus jamais je ne veux revivre cet instant, se dit-il. Plus jamais je n'obligerai Yukio à s'inquiéter pour moi.
-Bonjour, que puis-je pour vous ?
C'est un timide sourire que Nowaki adressa à son client. Il n'est pas d'humeur à répandre autour de lui la joie qu'il ne possède plus en stock. Le retour de Nairo dans l'appartement a suffit à la détériorer. Retrouver son amant et son frère avec des visages dépités, l'un ayant frôlé la mort et l'autre l'ayant vu tendre son doigt squelettique vers sa famille. Il ne dort plus de la même manière avec son Hiro-san, qui ne cesse de revivre en cauchemars incessant ce passage en imaginant les pires scénarios. Il ne peut que lui procurer son amour au travers de quelques baisers amoureux, mais rien de plus. Ils ne se caressent plus, se contentent de maigres embrassades et se parlent moins. Chercher à lui faire oublier cet expérience demande du temps, Nowaki le sait bien et continu d'attendre les progressions de son lent rétablissement.
-Excusez-moi, monsieur ?
-Pardon, j'étais dans mes pensées.
-Avez-vous des crocus ?
Des crocus ? Ces fleurs peuvent avoir plusieurs significations, tout dépend de leurs couleurs. Il guida son client vers un étalage de ces fleurs et lui présenta diverses teintes. Leurs messages sont variés, mais il orienta l'attention de l'acheteur vers les bleus et les blanches. Celles-ci permettant d'exprimer la joie ressentie par un amour naissant. Il évita de porter son regard sur les violettes, délivrant leur message à des couples de longues dates, et les rouges, déclarant la peur de s'engager dans une relation amoureuse. Mais le client ce tourna vers des jaunes.
-Quel est leur signification ?
-Elles permettent de déclarer un amour incertain, mais vous devez sûrement être en compagnie d'une femme dont l'amour ne peut être que plus que certain. C'est pourquoi je vous conseillerai de vous orienter vers des bleus.
Les crocus jaunes. Elles expriment l'inquiétude et le besoin d'être rassuré sur les sentiments de la personne aimée. La couleur jaune, dans le langage des fleurs, s'allie souvent au doute. Les fleurs jaunes dévoilent l'inquiétude de leur acheteur envers une relation qu'il juge instable ou qu'il suppose infidèle. Elles peuvent déclarer une infidélité ou en soupçonner. C'est une couleur qui inspire la méfiance envers la personne qui les tend.
Le client décida d'acheter les crocus jaunes et Nowaki porta un pot contenant les jusqu'à la caisse. Il les paya et partit avec les porteuses du message troublant. Le fleuriste se dit qu'il valait mieux pour sa petite amie qu'elle ne sache la signification cachée derrière ces fleurs.
-Fermez vos grandes gueules, bandes d'incapables !
Tout les élèves de sa salle de classe se turent. Jamais le professeur Kamijou n'avait crié aussi fort sur eux, surtout qu'ils n'avaient rien dis pouvant perturber le cours. Il se tourna vers son tableau et continua d'écrire. Il n'était pas d'humeur à entendre le moindre murmure se propager derrière lui. A son arrivé, dans la salle des professeurs, ceux-ci lui adressent des regards de condoléances en croyant que Nairo n'a pas put être sauvé. Les jours suivant l'accident, certains manifestèrent derrière lui la mauvaise éducation qu'il lui a apporté. Il ne voulut même pas savoir comment ils ont apprit qu'il possède un frère alors qu'il n'en a jamais dévoiler l'identité, pas même au professeur Miyuki. Celui-ci ne changeait rien à ses habitudes et continuait de taquiner son collègue, qui ne pouvait tourner la page trop rapidement. Il se contentai de fixer la même. Même dans les bras de Nowaki, il ne cesse d'y repenser et l'obliger à supporter ses craintes constantes envers l'avenir doit être un supplice, suggéra-t-il à lui-même.
-Dis, tu me prêtes une gomme ? Chuchota-t-on à l'autre bout de la grande pièce.
-Je vous ai dis de la fermer ! Jeta-t-il un dictionnaire sur la tête de l'élève « bavard » . Encore un bruit et je colle vos nez sur des interrogations à triple coefficients !
Personne n'osa plus ouvrir la bouche jusqu'à la fin du cours et quand celui-ci s'acheva, ils s'empressèrent de fuir le professeur démoniaque. Une fois seul, il s'assit sur son fauteuil et fixa le plafond. Bien qu'il n'aime pas entendre ses élèves discuter au milieu de ses cours ou porter leur attention vers un autre point que le tableau noir, le silence est plus difficile à supporter.
-Hiroki ?
Il se tourna vers le professeur Shinabu, qui s'est permit d'entrer dans la pièce sans qu'il l'entende y pénétrer. Le professeur de littérature se redressa et se frotta le crâne. Il lui parut lourd comme une enclume, comme s'il n'avait pas dormit depuis plusieurs nuits.
-Qu'est-ce-que tu me veux ?
-Je voudrais savoir comment va Nairo.
-Il s'en remet doucement.
-Vraiment, comment va-t-il ?
-Je te dis qu'il va bien, n'insiste pas.
-Tu crois qu'il peut s'en remettre en quelques jours ? Je vous connais bien, toi et ton frère, aussi bien vos forces que vos faiblesses. De plus, ses professeurs doutent de la couverture de son absence avec les rumeurs qui circulent dans sa faculté. Il faudra leur avouer la vérité un de ses jours.
-Un jour, peut-être, mais pas maintenant.
-Puis-je voir ton frère ?
-Même si je t'en donnerai la permission, tu ne pourrais rien arranger.
-Comment vit-il cette expérience ?
-Il s'est coupé du monde dans sa chambre, et c'est pas toi qui arrangera les choses !
-Hiroki...
-Pourquoi te sens-tu coupable de ce qui lui est arrivé... Pourquoi ? Tu y es pour quelque chose ?! Répond-moi !
Il tourna son visage autre que vers le regard furieux de Hiroki. Ses yeux implorèrent le pardon au parquet et ruisselèrent de regret. Hiroki en resta pétrifié. Yukio est impliqué dans les causes qui ont poussé son frère à prendre une décision fatidique.
-Laisse-moi juste le voir. Juste une seule fois.
-Je te dis qu'il ne parle plus, pas même à moi.
-Au moins le revoir, je t'en supplie. Je m'inquiète pour Nairo.
-Et si tu le blessais encore ?
-Tu demanderais la même chose si tu serais à ma place. Laisse-moi juste m'assurer qu'il aille bien, rien de plus. Je t'en prie, Hiroki.
Il porta son attention sur l'homme au regard désespéré. S'il n'aurait pas une dignité de professeur à conserver, il l'aurait supplié à genoux. Hiroki lâcha un soupir, passa son cartable au dessus de son épaule et sortit en frôlant l'épaule de son collègue.
-Il se porte comme un charme, n'insiste pas. Lâcha-t-il ces mots tout aussi blessant pour l'un que pour l'autre. Il se mordit la lèvre impure qui l'a laissé prononcer ces paroles et quitta la pièce devenue oppressante.
-Apporte-lui au moins un présent de ma part.
-Je suis de retour, Nowaki ! Annonça Hiroki quand il revint dans son foyer.
-Bon retour, Hiro-san, lui répondit son amant, assit sur le canapé. Il se détourna de son reportage animalier et quémanda du regard un baiser mais Hiroki partit en cuisine poser ses affaires et se servir un verre de jus d'orange.
-Comment va Nairo ?
-Toujours dans sa chambre.
-Ok... Tu vas vider la poubelle, prochainement ?
-Pourquoi, Hiro-san ?
Il ouvrit le clapet de leur poubelle et y jeta un vase. Celui qu'il a ramené dans ses bras. Il se fracassa dans le fond de la poubelle et les fleurs jaunes le contenant plongèrent dans l'obscurité totale une fois le clapet refermé.
