Bonjour, voici le troisième et dernier volet de mon histoire. J'aurais beaucoup aimé avoir un(e) lecteur(trice) qui me donne son avis... peut-être un jour, n'est-ce pas^^
Bref, merci de laisser un message si vous passez par là.
Bonne lecture :)


Li, Sam et Dean se trouvaient dans la chambre des garçons. Ils étaient tous attablés devant une bière.
— ... et on a tout fouillé pour ne rien trouver, comme pour les autres disparus, conclut Sam.
— Minuscule comment ? interrogea Dean.
Li sortit délicatement un mouchoir de sa poche et le déplia sur la table. Le bas du corps de Harvey White s'y trouvait. Dean fit la grimace en le regardant.
— Pauvre homme. Au moins, il ne fera plus de complexe au niveau de...
Il ne termina pas sa phrase, se tournant vers Sam pour voir s'il allait rentrer dans le jeu. Ce dernier l'ignora.
— Il faudra brûler ça, dit-il.
— Je sais, répondit Li. Je le ferai plus tard.
— Vous pensez à de la sorcellerie, comme moi ? demanda Dean.
Son frère soupira.
— En effet, dit Li. Mais habituellement, on trouve une trace du sortilège sur place. Or, là, on a rien trouvé du tout.
— Tu veux dire de sacs à sortilège ? demanda Dean. Tu connais la magie de sorcière ?
— Bien sûr.
— Comment ? Tu chasses depuis longtemps ?
Li chassa la question d'un geste énervé. Elle n'avait apparemment pas envie d'aborder le sujet. Le silence s'installa pendant que le groupe méditait. Dean sortit cependant de sa léthargie. Il s'installa sur son lit et alluma la télé pour regarder un match de football américain. Sam sortit son ordinateur portable et entama des recherches sur les sorts de réduction. Li finit par pousser un soupir, posa les coudes sur la table et se prit la tête entre les mains. Un bon quart d'heure passa avant que quiconque bouge. Ce fut la jeune femme qui grogna la première.
— Bon, je vais me coucher. Je réfléchirai mieux après quelques heures de sommeil.
— Ou tu peux regarder "Chéri, j'ai rétréci les gosses" pour trouver quelques pistes, l'apostropha Dean.
— Faites-moi signe si vous trouvez quelque chose, dit la chasseuse en sortant.
— Bonne nuit, répondit Sam.
La porte se ferma et les frères se retrouvèrent seuls.
— Tu as l'intention de glander toute la nuit ? reprocha Sam à Dean.
— Non. J'attendais qu'elle s'en aille pour fouiller dans nos réserves.
Dean se leva et sortit le livre de leur père de sous son oreiller.
— Tu te méfie toujours d'elle, remarqua Sam.
— Plus que jamais. Bon, voyons voir si Papa a déjà rencontré Tom Pouce.

Le lendemain matin, très tôt, Sam frappa à la porte de la chambre de Li.
— Minute, lui fut-il répondu.
Il insista, pressé. Quelques bruits suivirent et la porte s'entrebâilla sur une Li à moitié habillée mais quand même présentable.
— Salut, dit-elle. Pourquoi cet empressement ?
Le chasseur montra ce qu'il tenait à la main : des vêtements. La jeune femme les regarda, regarda Sam, regarda à nouveau les vêtements.
— Dean, expliqua Sam.
Li écarquilla les yeux.
— Tu plaisantes !
— Pas du tout.
Ils retournèrent rapidement dans la chambre des garçons.
— Il doit être quelque part, dit Li en refermant la porte derrière elle.
Ils commencèrent à regarder sous les meubles et dans tous les angles. Soudain, Sam se figea.
— Stop ! dit-il.
— Quoi ?
— Harvey White...
Li se figea et regarda ses pieds puis ceux de Sam.
— J'ai une idée, dit-elle. D'abord, on s'assoit quelque part et on n'en bouge plus.
Ils s'exécutèrent.
— Bon, rationalisa Li. Il est peut-être minuscule mais il n'est pas sourd. Enfin, je ne pense pas. Il a dû se planquer quelque part pour ne pas finir comme White, justement.
Sam approuva et poursuivit la logique de la chasseuse.
— Il suffit donc qu'on reste tranquille et qu'on lui demande de nous rejoindre.
— Exactement. Dean ? appela Li.
— Dean, on ne bouge pas d'un pied... littéralement. Tu peux venir, compléta Sam.
Ils attendirent, regardant dans tous les coins. Après plusieurs secondes, Sam se redressa. Dean sortait de la salle de bains et les regardait d'un air grognon. Il ne mesurait pas plus de quelques centimètres et portait une sorte de toge blanche pour se couvrir. Li l'aperçut et ne put s'empêcher de pouffer de rire. Sam alla à la rencontre de son frère qu'il récupéra et posa sur la table.
— Très seyant le papier toilette recyclé en toge, dit Li dans un sourire.
— Bon, que s'est-il passé ? demanda Sam.
Dean commença à parler mais ils durent se pencher sur la table pour l'entendre.
— Je n'ai aucune idée de ce qu'il s'est passé, dit la minuscule voix de Dean.
Soudain, le mini chasseur sentit des vibrations dans la table, comme un tremblement de terre. Les secousses étaient assez violentes et il avait du mal à tenir l'équilibre.
— Li ...! s'exclama Sam.
— Je suis désolée, dit la jeune femme en se redressant.
Elle essuya quelques larmes de rire.
— Okay, okay, dit-elle en respirant à fond. Ça va aller, promis, je vais me reprendre.
Elle eut un dernier gloussement de rire avant de fermer les yeux et de reprendre le contrôle d'elle-même. Ils se penchèrent à nouveau. Dean s'était assis et tambourinait la table de frustration.
— Tu peux reprendre, dit Sam.
— Il n'y a rien à dire, rétorqua son frère. Je me suis réveillé comme ça, j'ai glissé du lit et je me suis planqué dans un coin de la salle de bains pour être sûr que personne ne me transformerait pas en crêpe.
— Tu as dû offenser un dieu très susceptible pour en arriver là, le taquina Sam.
— Un dieu, peut-être pas, dit Li, mais un sorcier, pourquoi pas. On a forcément eu une interaction avec notre magicien à un moment ou un autre depuis notre arrivée. Sinon, il ne pourrait pas mettre son sortilège à exécution.
— Un sorcier doit forcément connaître sa cible ? questionna Sam.
— Connaître est un grand mot, dit-elle. L'avoir croisé au moins une fois suffit.
— Ils ne peuvent pas lancer un sort si on leur donne le nom, l'adresse exacte, une mèche de cheveux ou un truc du genre ?
— Non, pas forcément. Il suffit qu'il y ait une rencontre physique afin que le sorcier dépose une sorte de ... marque sur la victime. En général un sac de sortilège.
Sam médita en regardant son frère.
— Très bien, commençons par faire une liste des endroits et des personnes que tu as vues, dit Sam en se tournant vers son frère.

— J'y crois pas, dit Li en regardant la liste qu'avait établie Sam. Il a refait toutes les visites que j'avais déjà faites ! C'est ... c'est insultant !
Elle se tourna vers le mini Dean, toujours installé sur la table.
— Tu as de la chance que je ne m'en prenne pas aux plus faibles que moi, lui lança-t-elle.
Un brin de voix inaudible lui répondit. Elle dû se pencher pour comprendre.
— Attends un peu que je redevienne moi-même. On pourra alors en rediscuter.
La jeune femme soupira et se retourna vers Sam.
— Il y a quand même un point commun à tout ça, dit-elle.
— Oui, je l'ai remarqué aussi.
— Jonny's Café.
— Allons boire un café, suggéra Sam.
Ils se levèrent et s'arrêtèrent. Leurs regards se portèrent sur l'être minuscule qui trônait encore sur la table.

Pendant le voyage, Li et Sam recompilèrent leurs données pour confirmer ce qu'ils pensaient. Ils avaient noté que Megan Clark s'était ouvertement moqué du petit serveur, que Ethan Miller était un plaisantin qui avait probablement eu l'occasion de faire quelques blagues sur ce même serveur, que Roy McMitt avait eu une altercation avec ce même serveur, selon le témoignage de Dean. Enfin, ils avaient encore le rire de l'aîné des chasseurs dans les oreilles lorsque cet éternel serveur s'était vautré non loin d'eux. Il ne fallait pas être devin pour supposer qu'il était le point central. Ils garèrent la voiture un peu à l'écart du restaurant et se concertèrent. Ils convinrent que Sam resterait dans la voiture pendant que Li irait à la quête aux informations à l'intérieur.
— De quoi ? demanda Sam.
Il avait entendu un bruit au fond de sa poche de chemise. Il y plongea la main et en sortit son frère.
— Est-ce que l'un de vous a la marque de la plume ? répéta son frère.
Le séjour au fond de la poche de son frère n'avait pas dû être confortable au vu de l'état de sa toge improvisée.
— Non, je n'ai rien. Je poserai la question à Li.
— Qu'est-ce qui lui prend tant de temps ?
Sam lança un regard de reproche. Li venait à peine de franchir la porte du restaurant. Il leur fallu patienter un bon quart d'heure avant qu'elle ne revienne.
— Phil ne travaille pas aujourd'hui, annonça la chasseuse avant de se figer, le derrière à quelques centimètres du siège. Elle jeta un regard interrogateur à Sam.
— Non, il est sur le tableau de bord, dit Sam en désignant Dean qui attendait les bras croisés.
La jeune femme finit de s'asseoir et referma la portière avant de poursuivre son compte rendu.
— Donc, Phil Elway travaille au restaurant depuis maintenant deux ans. Il est le souffre-douleur de tous les rigolos du coin. D'après Suzie, il n'a pas d'amis, pas de famille et est souvent taciturne. Il avait pour habitude de ne pas prendre beaucoup de vacances, mais depuis ses dernières vacances d'été on ne sait où, il prend régulièrement des journées, comme ça, au pied levé sans forcément prévenir à l'avance. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai mis un peu de temps à revenir : Suzie est débordée ce matin.
— Ce qui veut dire que Phil est en congés aujourd'hui.
— Précisément.
Dean sembla s'agiter sur son tableau de bord. Les deux autres lui jetèrent à peine un œil.
— Tu as son adresse, bien sûr, affirma Sam.
— Si tu démarres maintenant, on peut y être dans les dix minutes.
— Super.
Li attrapa Dean pendant que Sam démarrait l'Impala.

Sam gara la voiture dans un coin discret. Ils se mirent d'accord pour faire le tour de la maison avant d'y pénétrer. Ils partirent chacun d'un côté et se rejoignirent à l'arrière. Chacun d'eux avait une arme discrètement cachée à portée de main.
— Une entrée devant, une autre derrière, résuma Li.
— Oui, et un sous-sol, compléta Sam en désignant une fenêtre rectangulaire au niveau du sol.
La fenêtre était entrebâillée. Ils s'approchèrent silencieusement pour jeter un œil à l'intérieur mais ne virent personne. Une plainte sortit de la poche de Sam qui compulsa son frère.
— Arrête de me ranger au fond de ta poche, comme ça ! râla-t-il. Bon, je vois un premier avantage à ma taille, là tout de suite.
Les chasseurs le regardèrent.
— Tu veux vraiment aller là-dedans ? demanda Sam. Un faux-pas et tu risques de finir comme ...
— Je sais, je sais, coupa Dean. Pas la peine d'imaginer le pire, je ferai attention. Trouvez-moi un moyen de descendre et j'irai voir si je trouve les autres lilliputiens. Pendant ce temps, vous envahissez l'étage pour trouver notre sorcier et l'arrêter. Mais attention où vous marchez...
Sam alla chercher une corde dans le coffre de la voiture, laissa son frère s'accrocher à un bout et descendit le tout à l'intérieur.
— Bon, allons-y, dit Li. Comme on a dit : tu passes par l'avant, je prends l'arrière.
Ils se mirent en mouvement de suite. Li crocheta la serrure en un rien de temps et se retrouva dans une cuisine. De la vaisselle dans l'évier, des miettes sur la table, rien de bien original. Un couteau dans chaque main, elle passa une porte et se retrouva dans un couloir sur lequel donnaient plusieurs portes, dont celle qu'avait probablement dû franchir Sam, et un escalier. Sam apparut justement à ce moment-là, brandissant son revolver. Il désigna l'étage et lui-même puis les autres portes du rez-de-chaussée et Li. La chasseuse acquiesça et partit explorer le reste du niveau pendant que Sam découvrait l'étage. Elle avait presque terminé de fouiller le niveau lorsqu'elle se figea. Elle avait entendu une voix. Elle se dirigea vers le son et tendit un peu plus l'oreille. Quelqu'un parlait de l'autre côté de la porte. Elle était même persuadée qu'il s'agissait d'une incantation. Elle tourna très doucement la poignée et jeta un œil à l'intérieur. Malheureusement, l'occupant la vit en même temps qu'elle le vit. Il s'agissait de Phil Elway qui était installé devant un autel et récitait une incantation à voix basse. Il s'était interrompu en la voyant et, après une seconde d'étonnement, il se leva et se dirigea vers une table sur laquelle était posée une arme à feu. Avant qu'il ne l'atteigne, Li leva la main gauche et fit un geste du poignet. Le nain fut projeté dans les airs et alla se cogner contre le mur opposé. Li traversa la pièce et pointa une lame sur la gorge du sorcier.
— Bonjour, sorcier, grinça-t-elle entre ses dents.
— Par pitié, ne me faites pas de mal, j'ai déjà un fardeau tellement lourd à porter avec ma petite taille, ne me faites pas de mal, couina le sorcier.
— C'est lamentable de se cacher derrière son handicap. Non, je ne vais pas t'épargner parce que tu es petit.
— S'il vous plaît, vous avez raison, je suis minable, je suis désolé, je vous en prie, je n'ai fait de mal à personne.
— Tu es un sorcier, cracha la chasseuse.
Elle exerça une pression sur la gorge du sorcier et fit perler une première goutte de sang.
— Non ! cria Sam en entrant dans la pièce. Qu'est-ce que tu fais ?
Li ne quittait pas le sorcier des yeux, la mâchoire serrée.
— C'est un sorcier, il mérite de crever.
— Attends, temporisa Sam. Il n'a tué personne... pas... directement en tous cas.
La chasseuse se tourna vers Sam, les traits déformés par la rage.
— Tu veux qu'on patiente un peu afin qu'il tue quelques personnes ? Tu as raison, prenons le temps de le voir tuer des innocents pour s'assurer qu'on a raison de l'éliminer.
Sam regarda Li, un peu éberlué. Il leva les mains en signe de paix.
— Nous ne tuons pas les humains, Li. Même si ce sont des salopards. Li, s'il te plaît, baisse ton arme.
La jeune femme reporta son regard sur le nain sorcier qui tremblait comme une feuille. Il continuait à couiner de façon lamentable. Elle finit par baisser son couteau et sortit rageusement de la pièce. Sam soupira et leva son arme pour la pointer sur le sorcier.
— Discutons, maintenant.

Quelques minutes plus tard, Li remontait de la cave en tenant précautionneusement une boite à chaussure percée de trous sur le dessus. Elle s'approchait de la pièce où elle avait laissé Sam et le sorcier lorsqu'un bruit d'explosion étouffée se fit entendre et qu'une lumière violette éclaira le couloir. Elle accéléra le pas et passa la porte pour voir la scène. Avec un hoquet, elle se retourna d'un bloc. Un bruit de plainte se fit entendre depuis la boite à chaussure. Son demi-tour avait été assez violent et elle imaginait que les personnes dans la boite devaient lui en vouloir un peu mais elle avait eu une vision un peu trop intime de l'un des frères et sa réaction avait été mécanique et irréfléchie. Elle s'éclaircit la voix.
— Je comprends maintenant pourquoi je n'ai pas trouvé Dean à la cave, dit-elle. Bienvenue à taille humaine, Dean.
Elle entendit ce dernier grogner et Sam ricaner.
— Sam, j'ai trouvé les autres dans la cave, dit Li.
Elle tendit la boite dans son dos.
— Merci, Li, on va s'en occuper. Peux-tu aller chercher le sac qui est dans le coffre de la voiture pendant ce temps, s'il te plaît ? J'y ai mis des vêtements.
— Excellente idée, dirent Li et Dean en même temps.
Lorsqu'elle revint, Dean attendait dans une pièce annexe. Sam lui porta quelques vêtements et revint.
— Phil va maintenant s'occuper des dames. Li, si tu veux bien, tu vas tendre une couverture, histoire de...
— Évidemment.
Ils commencèrent par Megan Clark qui claquait des dents. Elle s'habilla en quatrième vitesse et ils purent passer à la joggeuse qui s'habilla tout aussi vite. Les autres étaient des hommes et ce fut Sam qui tendit la couverture. Le tout prit un temps relativement long car Phil devait refaire les dosages de son sortilège à chaque fois et, comme il tremblait, il se trompait souvent. Au bout d'un moment, Li poussa un juron et lui prêta main forte. La procédure s'accéléra nettement. A ce moment, Dean lança un regard entendu à Sam qui se renfrogna.
Lorsque tout le monde eut repris sa taille d'origine, Sam les raccompagna chez eux. Lorsqu'il ne resta plus personne, ils se tournèrent vers Phil qui, penaud, démarra ses explications.
— J'ai rencontré une sorcière lors de mes dernières vacances. Elle a eu pitié de moi et m'a montré quelques petits tours marrants et inoffensifs. Quand je suis revenu, je me suis dit que, peut-être, ces petits tours pourraient m'aider à ... me venger, dit-il de plus en plus piteux. Et j'ai découvert ce sort de réduction. Il était tellement facile à faire... le plus dur était de mettre un sac à sortilège sur la personne visée.
— On n'en a pas trouvé un seul, dit Li. Comment vous avez fait ?
— Très simple, en vérité. Je servais à manger à ces personnes. Il me suffisait de faire un sac assez petit pour le glisser dans les aliments. De cette façon, mes cibles les ingéraient. Il ne me restait plus qu'à lancer le sortilège où moment opportun. J'avoue avoir eu du mal à récupérer les gens, parfois. Mais, mise à part ce vieux grincheux d'Harvey, tout le monde a rejoint ma collection.
— Nous l'avons retrouvé, nous, dit Dean.
— Mort, accusa Li.
— Comment ? dit Phil, se décomposant. Ce n'est pas possible, ce sortilège ne tue pas ! Je vous jure, je n'ai jamais voulu les tuer. Juste... me venger... ils sont tellement méchants avec moi, si vous saviez.
— Madame White a marché sur son mari sans s'en rendre compte, dit Dean.
Phil le regarda, les yeux exorbités. Il était blanc comme un linge. La seconde d'après, il se précipitait aux toilettes pour rendre son dernier repas.
— Qu'est-ce qu'on fait de lui ? demanda Sam.
— Je pense qu'il a compris la leçon, dit Dean.
— Vous êtes sérieux ? mordit Li. Vous allez le laisser s'en tirer comme ça ? C'est un sorcier !
Les garçons échangèrent un regard.
— Les sorciers ne tournent pas toujours mal, Li, argumenta Sam.
— Faux ! Les sorciers sont tous voués à tourner mal. Ils méritent d'être traités comme n'importe quel démon. Pas d'état d'âme.
Encore une fois, les deux chasseurs échangèrent un regard.
— Quoi ? Parlez au lieu de me faire mariner avec vos regards entendus !
— Tu as rencontré combien de sorciers ? demanda Dean.
— Suffisamment pour savoir de quoi je parle.
— Et depuis quand as-tu commencé à chasser ? interrogea Sam.
Le visage de la jeune femme se ferma encore plus. Elle les regarda tour à tour.
— Vous allez me la jouer comme ça ? Parce que vous chassez depuis plus longtemps que moi, vous avez forcément raison ?
— Non, répondit Dean. On pense tout simplement que tu as dû avoir une mauvaise... très mauvaise expérience avec un sorcier. Crois-moi, nous avons déjà vécu ce genre d'expérience. Mais quand l'un de nous a son jugement déformé par une mauvaise expérience, il vaut mieux s'en référer au jugement de quelqu'un d'autre.
Li cilla. Elle jeta un œil à Sam qui semblait totalement d'accord avec son frère. La chasseuse trépigna, se prit la tête entre les mains et poussa un gros soupir en tournant sur elle-même.
— Très bien, débrouillez-vous, jeta-t-elle en sortant.
Elle bouscula Phil qui revenait à cet instant et sortit de la maison en claquant la porte. Sam sortit alors une feuille de sa poche et la tendit au sorcier. Elle représentait le symbole de la plume qu'ils n'avaient pas réussi à interpréter.
— C'est quoi, ça ? demanda Dean.
— Heu... une plume ? hasarda Phil.
— Tu t'es servi d'un truc comme ça pour tes sortilèges ?
— Non, c'est la première fois que je vois ce dessin.
— Sam, vas retenir Li, s'il te plaît.
— Okay, répondit Sam avec un air déçu.
Le cadet sortit de la maison sur les chapeaux de roues. Li n'était nulle part en vue. Il s'avança jusqu'à la rue et l'aperçut qui marchait rageusement à une centaine de mètres de là. Sam piqua un sprint pour la rattraper.
— Li ! Attends !
Elle se retourna lorsqu'il fut à portée de voix.
— Allez, viens, on va te ramener, dit Sam.
— Non.
— On y tient.
— Pourquoi ? s'énerva Li.
— Pour discuter ...
La jeune femme fit demi-tour et continua à s'éloigner.
— Okay, okay, tu es en colère, mais est-ce que tu veux bien nous rejoindre plus tard au motel ? Il faut qu'on décide d'un planning de surveillance de Phil pour ces prochains mois. Histoire de s'assurer qu'il ne replonge pas.
Li soupira.
— Très bien, je vous rejoins dans l'après-midi.
Et elle poursuivit, laissant Sam derrière elle.

L'après-midi, Li se trouvait dans sa chambre, terminant d'empaqueter ses affaires lorsque quelqu'un frappa à la porte. Elle ajusta ses vêtements, s'assura que ses poignards étaient bien à portée de main et ouvrit la porte. Sam et Dean étaient là. Elle laissa la porte ouverte et leur tourna le dos, les invitant silencieusement à entrer. La seconde d'après, elle sentit un coup très douloureux à la tête et tout devint noir.

Dean et Bobby discutaient devant une bière, dans le salon de ce dernier. Dean lui racontait leur dernière chasse et les doutes qu'il avait eus concernant Li.
— Je n'en ai pas encore la preuve, mais je suis sûr que ce symbole de plume vient d'elle. Quoi qu'il en soit, si elle n'est pas un démon, c'est une sorcière.
— L'eau bénite a prouvé que ce n'est pas un démon, répliqua Bobby.
— Oui, je sais. Mais j'ai du mal à reconnaître qu'elle est une sorcière. Elle a montré tellement de haine pour ce sorcier...
— Mais elle a fait voler ce même sorcier à travers la pièce, tu m'as dit.
— Oui, d'après le sorcier, grimaça-t-il.
Bobby eu un rire sans joie.
— Voilà un truc que je regrette de ne pas avoir vu. Mini Dean...
Ils entendirent un cri venant du sous-sol, coupant la réplique acerbe de l'aîné de Winchester. Sam remontait à ce moment-là.
— Elle se réveille, annonça-t-il. Et on dirait qu'elle n'est pas contente.
Ils se levèrent et se dirigèrent vers le bunker, reconverti en salle d'isolement pour l'occasion. Les cris de Li amplifiaient à mesure qu'ils se rapprochaient. Lorsqu'ils ouvrirent la porte, elle tourna la tête vers eux. Elle n'avait pas une grande liberté de mouvement à cause des menottes qui la retenaient couchée sur le lit de fortune mais ça ne l'empêchait pas de se tortiller dans tous les sens en jurant dans une langue qu'ils ne connaissaient pas.
— Elle dit quoi ? demanda Dean en se tournant vers ses compagnons.
— Aucune idée, répondit Bobby, mais je suis prêt à parier que sa maman ne serait pas fière son langage.
Sam fut le premier à passer le pas de la porte. Dean le suivi, ainsi que Bobby et ils se disposèrent autour du lit. Li venait de se taire et avait fermé les yeux. Sa respiration était saccadée et elle semblait prise de tremblements incontrôlables. Elle finit par rouvrir les yeux et accrocha le regard de Sam.
— Libère-moi.
Sam pinça les lèvres.
— On a d'abord des questions à te poser, dit Dean.
— Libérez-moi ! cria-t-elle. Libérez-moi !
Li reprit ses cris, entrecoupés d'ordres de libération. Sam s'approcha pour tenter de la calmer mais son geste sembla amplifier sa colère.
— Woaw ! dit Bobby. Venez, on sort.
Ils sortirent sous les cris et les imprécations de la jeune femme. Une fois la porte refermée, Bobby se tourna vers les deux jeunes.
— Elle vous a raconté un peu son histoire ?
— Non, répondirent-ils.
Le vieil homme se tourna vers la porte derrière laquelle Li gémissait encore. Il entrebâilla l'écoutille pour jeter un œil.
— Vous avez remarqué son regard ?
— J'ai surtout remarqué ses cris et ses gestes violents, répondit Dean.
— Elle a peur, dit Sam.
— Non, le contredit Bobby. C'est beaucoup plus que ça. Elle est complètement paniquée. Terrorisée.
Sam et Dean s'entre-regardèrent. Bobby referma la trappe.
— A mon avis, on n'obtiendra rien d'elle de cette façon.
— Et tu suggères quoi ? demanda Dean.
— Qu'on la libère, avança Sam.
Son frère sourit, croyant à une blague.
— Vous plaisantez ?
— Non, mais en faisant à attention.
— Cette femme est capable de nous tuer d'un simple claquement de doigt, s'énerva Dean. Et vous voulez qu'on la libère pour discuter ensemble ? Je vous rappelle qu'elle était prête à tuer de sang-froid un type qui ne l'avait pas mérité.
— Mais elle ne l'a pas fait, compléta Sam.
— On vient de l'enfermer et de l'enchaîner dans une prison, vous croyez vraiment qu'elle sera d'humeur badine quand on l'aura libérée ?
— Je suis d'accord avec Sam, dit Bobby. Et puis en faisant attention, on devrait pouvoir l'empêcher de se servir de ses pouvoirs tout en la libérant... un peu.
Dean n'en croyait pas ses oreilles.
— Allez-y ! lâcha-t-il. Mais je vous préviens, si vous vous retrouvez punaisés au mur, faudra pas venir pleurer.

La libération partielle de Li fut un petit enfer pour Bobby et Sam. Elle avait arrêté de crier lorsqu'ils étaient sortis discuter mais l'ouverture de la porte réenclencha la sirène. Ils eurent beau tenter de lui expliquer ce qu'ils allaient faire, elle ne semblait pas les entendre. Tant bien que mal, ils parvinrent à libérer ses pieds sans prendre trop de coups et à détacher ses menottes du lit. Ils lui laissèrent tout de même les menottes en fer aux poignets, seule façon d'empêcher une sorcière de lancer un sortilège. Dean était resté devant la porte durant toute l'opération, son revolver prêt à l'utilisation, au cas où. Lorsqu'ils la lâchèrent, Li commença à frapper Sam avec ses mains liées mais ce dernier se protégea tant bien que mal et Dean attira l'attention de la jeune femme en pointant son arme juste sous son nez. Elle cligna des yeux et recula. Le mur arrêta sa progression et elle se recroquevilla sur elle-même en se laissant glisser le long du mur.
— Venez les garçons. On la laisse pour le moment, dit Bobby.
Sam et Bobby sortirent directement tandis que Dean continuait à pointer son arme jusqu'à avoir franchi la porte à reculons. Bobby referma à clef. Ils purent voir que Li était toujours prostrée dans un coin de sa prison, la tête entre les mains, prise de tremblements. Bobby soupira et fit signe aux jeunes de monter.
Une heure plus tard, ils revinrent. Un coup d'œil à l'intérieur leur apprit que Li avait quitté sa position de repli. Elle était assise sur le lit, les yeux dans le vague. Ils ouvrirent, entrèrent et reprirent leur position stratégique. Tous armés : d'un revolver pour Dean, d'un couteau pour Bobby et d'une matraque pour Sam. Sam et Bobby prirent position aux deux angles opposés de la cellule tandis que Dean tenait la porte. Li soupira en baissant la tête.
— J'aurais dû savoir que vous vouliez vraiment une réponse à votre question, dit-elle.
— Notre question ? s'étonna Sam.
— L'endroit d'où je viens, plaisanta-t-elle. Mon accent... Il est français.
Dean ricana.
— C'est exactement ça. Maintenant, on va pouvoir aller boire une bière, qu'en penses-tu ?
La jeune femme rit bêtement à la blague. Des larmes de fatigue apparurent. Elle renifla et passa la manche de sa veste pour les essuyer.
— Tu es quoi ? demanda Bobby.
Li leva la tête vers lui.
— Vous devez être Bobby, n'est-ce pas ?
Ce dernier acquiesça.
— J'ai pas mal entendu parler de vous. En bien, principalement. Je me présente, Li Ferries, sorcière et chasseuse, dit-elle en le saluant de la main.
Le geste, un peu trop brusque au goût des chasseurs leur firent remonter leur garde. Li resta interdite.
— Les garçons... vous avez fait ce qu'il faut, je ne peux rien faire avec ces menottes.
Ils se détendirent un peu.
— Pourquoi ne pas nous l'avoir dit ? demanda Sam.
Elle baissa à nouveau la tête.
— Je n'ai pas une très haute opinion des sorciers comme vous avez pu vous en apercevoir. Reconnaître que j'en suis une serait comme vous dire que je suis... un monstre. Et je n'avais pas très envie que mon opinion de moi-même soit connue de tous, on va dire.
Elle leva les yeux et les regarda tour à tour.
— Je suis une chasseuse. D'abord une chasseuse. Et le fait que je fasse un peu de sorcellerie ne m'empêche pas de faire du bon boulot. Le jour où mon pouvoir m'empêchera de bien travailler, je serai la première à me réprimander, croyez-moi. Voilà pourquoi je ne vous ai rien dit. Et que je ne vous aurais jamais rien dit si vous ne l'aviez pas découvert. Jamais.
— Pourquoi avoir réagi aussi vivement tout à l'heure ? demanda Sam.
La jeune femme se leva pour faire les cent pas mais on pouvait voir qu'elle n'avait pas la maîtrise totale des tremblements de ses membres.
— Vous m'avez assommée, ligotée et enfermée. Vous n'avez pas cru que j'en serais ravie, si ?
— Ce n'était pas une réaction de colère, dit Bobby.
Li le regarda en hésitant.
— Ça ne vous regarde pas.
— Les plumes, dit Dean.
— Oui, les plumes sont à moi, convint-elle. Je m'en sers pour... calmer les gens et les inciter à me parler. J'ai ensorcelé quelques tatouages provisoires pour que, à leur contact, le sortilège fasse effet. La plupart du temps, les gens ne s'en rendent même pas compte. Le sortilège dure moins d'une heure et le tatouage part dès qu'ils se lavent. J'aurais dû me douter qu'avec votre sens du détail, c'est le genre de choses que vous remarqueriez.
— Depuis quand tu chasses ? demanda Bobby.
— Un peu plus d'un an, seulement.
— Mais tu connaissais déjà les démons, vampires et tout l'enchaînement.
— Si on veut. Avant, je voyais ça avec une sorte de filtre. Je ne me rendais pas compte à quel point le monde avait besoin d'être nettoyé. J'étais une sorcière accomplie à l'époque.
— Et maintenant ? demanda le vieux chasseur.
— J'ai encore un certain niveau de compétence, dit-elle dans un sourire triste. Mais j'en fais le minimum. D'ailleurs, si vous voulez me neutraliser, vous devriez m'enlever mes bracelets.
Dean rit ouvertement.
— Il n'est pas encore question qu'on t'enlève tes menottes, sourit-il.
— Je crois que Li parlait de ses bracelets, dit Sam en montrant les poignets de la chasseuse.
En cuir épais, ils ressemblaient à des bracelets de force mais il ne s'agissait en vérité que de bijoux fantaisie. Du moins en apparence.
— Je leur ai incrémenté un sortilège de lévitation pour faire voler un chasseur à travers la pièce si l'envie m'en chante, dit-elle à Dean, menaçante.
— Pourquoi tu nous dis ça ? s'inquiéta-t-il.
— Pour avoir la paix.
— Qu'est-ce qui nous dit que tu n'as pas un autre objet caché sur toi qui aurait été ensorcelé également ?
— Mon air sincère ? hasarda la jeune femme.
— On devrait peut-être la fouiller pour s'en assurer, suggéra Dean à ses compagnons.
Li rit ouvertement. Le tremblement de ses mains avait contaminé ses lèvres et elle dû s'asseoir pour ne pas montrer la faiblesse de ses jambes.
— Non, ça va, dit Bobby en s'approchant de la chasseuse. Tends tes mains.
Il lui retira ses bracelets et la libéra des menottes. Dès qu'elle fut libre, Li s'éloigna du vieil homme.
— Merci, finit-elle par lâcher.

Quelques heures plus tard, Li avait eu droit à une douche, un repas correct et s'apprêtait à partir. Les frères avaient prit la peine de ramener ses affaires et sa voiture de location. Elle était maintenant sur le départ.
— Bon, je vous remercierais bien pour votre hospitalité, mais j'aurais peur que vous ne compreniez pas l'ironie et que vous remettiez ça pour le plaisir.
Sam et Bobby rirent. Dean croisa les bras.
— On reste en contact, dit Bobby. Prends soin de toi et appelle-moi avant d'attaquer le moindre sorcier.
— Pourquoi ? s'étonna-t-elle.
— J'ai cru comprendre que ton jugement était très subjectif.
La jeune femme sourit.
— Tout est question de relativité, tu sais.
— Oui, mais la relativité entre certaines mains peut être mortelle.
— Par contre, ajouta Dean, il faudra tenir tes engagements et faire attention avec l'utilisation de la magie.
Li grogna en acquiesçant.
— Okay, je note.
— A bientôt, la salua Sam.
— A bientôt, Sam. Bye Bobby.
— Bye.
Ils la regardèrent partir.
— Tu ne lui fais toujours pas confiance, n'est-ce pas ? demanda Sam à Dean.
— Étonnamment, si.
— Ah bon ? dit Sam, surpris.
— Elle aurait pu nous tuer plusieurs fois entre le moment où on l'a libérée et son départ. On peut donc supposer qu'elle est digne de confiance.
Sam regarda son frère avec surprise.
— Une bière ? demanda Dean.