The Walking Dead : The Northerners
Episode 1 : The New Generation
Chapitre 3 : Protégée et protecteur
Sur la route, elle eu droit à quelques coups d'œils qui cherchaient déjà à démêler tous les détails de l'histoire. La présence de Drew avait déjà été partagée auprès de toutes les oreilles des gens présent au camp; ce détail ne les enchantaient pas. Vivre en reclus depuis tant d'année, avec sans cesse les mêmes visages, favorisaient grandement les commérages à NorthLake. Pour certains, ceux-ci étaient surement devenus un moyen d'éviter de devenir fou ou de retrouver un semblant de la vie d'autrefois.
N'empêche que cela ne plaisait guère à Clémentine.
Elle essaya du mieux qu'elle put de ne pas croiser tous ces regards accusateurs et revint vers la zone des habitations, près de l'entrée principale. Elle atteint sa demeure établit sur le flan gauche du camp. Dès qu'elle fut à l'intérieur du chalet, elle se permit enfin de souffler un peu.
Elle délaissa ses chaussures au pied de l'escalier de bois du hall d'entrée puis grimpa au premier étage qui contenait trois chambres ainsi qu'une petite salle de bain. Elle entra dans cette dernière et alluma la lumière.
Car oui, depuis longtemps déjà, ils avaient le privilège d'avoir de l'électricité à l'intérieur du camp.
A force de naviguer sur les routes à chercher toute sorte de matériel, ils avaient réussi à mettre en place un bon système électrique avec des éoliennes domestiques et plusieurs panneaux solaires. Chaque habitation en était équipée en plus d'éoliennes sur chaque toit des bâtisses de la zone commune. Certes, il ne fallait pas en abuser mais l'énergie était une façon pour eux d'obscurcir la véracité du monde derrière leurs remparts.
Clem s'avança dans les lieux munit d'une baignoire, d'un toilette, d'un petit meuble de rangement et d'un miroir installé au-dessus du lavabo. Sur le rebord de ce dernier traînait une note qui disait :
« Tu peux prendre ma part d'eau chaude si tu veux. On sera quitte comme ça !
K »
Le mot qui lui avait été laissé réussit enfin à la dérider. Elle laissa transparaître un tendre sourire face aux mots de l'auteur.
Il fallait savoir que leur système d'énergie était raccordé à un chauffe-eau qui leur garantissait seulement une petite quinzaine de minutes d'eau chaude par jour et par foyer pendant cette période de l'année. Avec les froids rude de la région, il se devait de garder l'énergie pour chauffer les maisons.
Elle ôta alors ses vêtements avant de grimper dans la baignoire. Elle profita du coulis chaleureux qui détendit immédiatement tous ses muscles et les contours aussi élancés que plaisants de son anatomie. Une douche chaude était un véritable luxe qu'elle appréciait à sa juste valeur. Un moyen qui lui permettait d'évacuer tous ses problèmes actuels.
Lorsque cinq minutes passèrent, elle hésita alors à rester sous l'eau pour profiter plus longtemps de sa chaleur. Mais elle appréciait trop le moment pour quitter ce coulis plus que bénéfique. Elle y resta quelques minutes de plus laissant le reste pour AJ puis quitta la douche qui lui avait fait le plus grand bien.
Elle mit une serviette autour de sa taille, ramassa ses vêtements et rejoint finalement sa chambre. La boule de tissu vola sur le lit deux places de la pièce. Celle-ci était munie d'un bureau en vieux pins beige usé, d'une grande armoire ainsi qu'un chevalet sur lequel était posée une peinture pas tout à fait terminée.
Clementine s'était définitivement découvert un penchant pour le dessin et la peinture une fois qu'ils s'étaient installés dans un endroit fixe. Et quand on voyait les œuvres qui trônaient sur les murs de sa chambre ou les dessins sur son bureau, il fallait admettre qu'elle avait un certain talent. La peinture au dessus de son lit était de loin la plus personnelle qu'elle avait conçue. Sur celle-ci apparaissait tous les gens qui avaient rencontrés sa vie, qu'elle avait appréciés et qui s'en étaient allés.
Ça paraissait assez futile d'exercer ce genre d'activité dans les circonstances. Mais c'était surement là que ça avait le plus d'importance. C'était un bon moyen pour elle de s'évader de la réalité. Créer de la beauté au milieu d'un monde dévasté… C'était presque poétique.
Clem se dirigea alors vers son armoire et attrapa de quoi se changer. Elle fit tomber sa serviette pour enfiler un débardeur noir qu'elle passa au dessus d'un soutien gorge. Elle choisit alors un pantalon de lin marron déjà très usé et un peu trop court pour elle.
Épuisée, la jeune fille s'échoua de tout son long sur son lit et enserra entre ses bras son coussin. Elle soupira dans l'oreiller puis après quelque temps sa respiration devint plus lente.
Plus d'une heure dût s'écouler. La nuit était déjà partiellement entamée lorsque la porte d'entrée du rez-de-chaussée s'ouvrit avec fracas sous les cris d'un homme dont elle connaissait bien la voix.
- Clementine ! Tu es là ?!
La jeune fille sortit difficilement de sa torpeur sous les vociférations. Elle quitta son lit, le pas quelque peu branlant, au même moment que le nouveau venu grimpait rapidement les escaliers.
- Clem, réponds putain, tu…
Il faillit presque la percuter lorsqu'elle ouvrit en grand la porte de sa chambre devant laquelle il se tenait, passablement inquiet.
- Pas la peine de hurler Kenny. Je suis là et tout va bien. Clementine soupira d'une voix encore endormie mais légèrement peinée. Lui causer du souci n'était pas quelque chose qu'elle aimait faire.
D'ailleurs, l'homme qui avait été à ses côtés, qui l'avait protégé depuis tant d'années, la regarda alors de haut en bas pour s'assurer de son bien-être.
Kenny n'avait que peu changé ses dernières années. Sa chevelure dense grisonnait un peu plus par endroit mais gardait toujours cette belle teinte ébène. Sa barbe était raccourcie mais toujours bien présente. La où aurait dû être son œil droit se trouvait un bandeau gris parfaitement ajusté. Sa casquette, tout comme celle de Clem, était toujours vissé sur sa tête après tant d'années. Au bout du compte, c'était toujours le même homme. Toujours aussi robuste, impatient, protecteur…
- Bon Dieu de merde, qu'est-ce qu'il s'est passé au juste ?!
Toujours là pour jurer !
- J'ai vu Frank, il m'a dit ce qui était arrivé à Drew ! Que tu avais décidé de l'emmener en mission avec toi et Becca !
- C'est un peu plus compliqué que ça…
- Comment ça compliqué ?! Bon sang, tu vas me dire ce qu'il s'est passé ?!
- Si je pouvais attendre demain avant de subir tes reproches et ta déception, j'aimerais mieux. Elle s'exprima lassée.
- Clémentine, c'est moi… Kenny. Tu te souviens de tous ce que j'ai fais ?! Tu sais parfaitement comme moi que les erreurs ça me connaît. Alors dis-moi ce qu'il s'est passé aujourd'hui... S'il te plaît.
- J'ai pas envie d'en parler ! Et puis, comme je l'ai dit à Franck, t'auras toi aussi toute les réponses demain devant le conseil. Alors laisse tomber, d'accord ?!
Clementine était une adolescente maintenant. Et forcément, cela venait avec quelques sautes d'humeurs. Son visage se peint d'une vive colère alors qu'il déblatérait sévèrement :
- Gardes ce blabla de conneries pour d'autres. Je ne suis pas n'importe qui. Je te connais par cœur. Alors n'essaie pas de faire comme si ça n'avait pas d'importance pour toi !
Les émotions retenues de la jeune fille refirent surface face aux paroles de celui qui représentait tant pour elle. Ils avaient passés les cinq dernières années à veiller constamment l'un sur l'autre. Toujours ils s'étaient soutenus. Il était certainement la personne à qui elle tenait le plus avec AJ. Mais il était surtout celui en qui elle avait le plus confiance. Et dans le monde qu'était le leur, une personne tel que Kenny était vitale à sa survie. Il en était de même pour lui.
- Entre. Je vais te raconter.
Kenny sourit faiblement et passa le pas de la porte. Clem retournait déjà s'asseoir sur le bord de son lit quand Kenny vint la rejoindre en s'installant à ses côtés. Elle inspira un grand coup et déblatéra les détails des événements sans s'arrêter.
Elle lui conta le fait que Drew les avait suivit, sa décision de l'emmener avec eux. Elle n'omit aucun passage quant à ce qui était arrivé au moment où ils avaient rencontré les rôdeurs. Il était difficile de savoir ce qu'il se passait dans la tête de Kenny au moment où Clem conclut son discours par :
- Tu sais, Drew n'a fait aucune erreur. Il a gérer les choses bien mieux que pas mal de gens en faite... Même s'il n'avait pas été là, rien ne nous dis que les choses se seraient passées différemment. Ça aurait même put plus mal finir s'il n'avait été là pour soutenir Becca.
- Pourquoi l'avoir emmené ?
- Parce qu'il était prêt selon moi… Il l'est toujours.
- Prêt ? Tu l'as entraîné ?!
Clementine garda quelques instants le silence, soudain obnubilée par le pan de son débardeur avec lequel ses doigts jouaient.
- Clem ?!
- Oui… Elle regarda Kenny dans les yeux puis poursuivit, depuis presque trois mois maintenant.
- Putain Clem !
Kenny se leva tout en se frottant le front sous l'épineux problème de cette situation. Il se mit à faire les cent pas quand il déclara de nouveau :
- Si les autres l'apprennent ou si ses parents venaient à savoir…
- Je sais…
- Non, je ne crois pas que tu te rendes compte. Bon sang, qu'est-ce qu'il t'a pris ?!
Clementine n'aima que moyennement le ton de sa voix. Elle répliqua pour sa défense, déterminée à lui faire comprendre :
- Mais il voulait tellement apprendre à savoir comment se protéger que je n'ai pas su lui refuser. Surtout que je savais au fond que c'était ce que je devais faire. Parce qu'un jour ou l'autre, il va bien falloir entraîner ces gamins. Et le plus tôt sera le mieux ! Il y a toujours un risque que notre situation change du jour au lendemain. Si ça arrivait, les plus jeunes doivent comprendre ce qu'il leur incombera de faire ! C'est ce qui les maintiendra en vie Kenny !
- Imagine que les autres apprennent ça, c'est...
- Qu'ils le sachent ! Ça m'est complètement égal.
- Ça t'est égal ?! Putain, comment tu peux dire ça ?!
Clementine se sentit attaqué par la réplique et le ton de Kenny. Alors froidement, sûr d'elle, elle répondit avec franchise et fermeté :
- Parce que c'est vrai ! Honnêtement, il est temps que les gamins en âge de se défendre apprennent comment survivre. Je venais d'avoir neuf ans lorsque j'ai tué mon premier rôdeur, qu'on m'a appris à tirer avec une arme et que j'ai dû tuer l'homme qui me protégeait. C'est vrai que depuis des années les choses sont plutôt stables mais ça ne pourra pas durer éternellement. Un jour ou l'autre, il faudra reprendre les armes et ils ne devront pas hésiter à tuer les choses ou les gens qui tenteraient de nous blesser. Kenny, tu sais autant que moi que ceux qui ne sont pas prêt meurt.
Kenny resta un instant choqué par la fougue de Clementine. Il paraissait absorber ses mots qui l'avaient probablement révolté.
- T'as pensé à AJ ? Tu aimerais lui mettre une arme entre les mains lorsqu'il sera en âge d'en tenir une ? Je n'aime pas l'idée qu'il soit entraîné à tuer alors qu'il est encore trop jeune. Qu'il fasse des choses auxquelles il ne sera pas en âge d'affronter.
- Et pourtant, cette pensée n'a empêcher personnes de commencer à m'entraîner à tuer quand j'avais à peine neuf ans. Elle proféra avec venin face aux souvenirs des nombreux risques qu'elle avait pris.
- C'était différent. Et tu le sais. Notre situation ne te laissait pas beaucoup de choix. AJ la lui. On est venu ici pour lui éviter d'expérimenter ce que tu as dû apprendre alors que tu étais beaucoup trop jeune.
Clementine baissa les yeux, soupira de contrariété et déclara avec une pointe de colère :
- Si tu veux mon avis, tu le couves un peu trop.
Si Clementine était honnête avec elle-même, elle admettrait que derrière cette colère se cachait une certaine jalousie. Jalousie née de l'affection de Kenny pour AJ. Parfois elle se demandait égoïstement si il tenait à elle au moins autant qu'à lui. Cela ne comptait pas auparavant mais en grandissant ce sentiment avait pris une certaine place en elle.
Kenny ne dit rien face à cette dernière réplique. Il dût remarquer son étrange réaction qu'il ne pouvait pas deviner à cet instant. Cela dit, elle discernait aisément sur ses traits qu'il saisissait les arguments de cette jeune fille qui pensait être apte à capter ce que le monde attendait d'eux. Il finit par se rasseoir à ses côtés et soupira :
- Ecoutes, ne parles pas de ça au conseil demain, ok ?
- Pourquoi pas ?
- Laisse-moi gérer ça. Le conseil et le camp ont leurs règles et leurs petites habitudes maintenant. Les parents, surtout, refuseront de mettre leur gamins en danger... et on ne peut pas les blâmer.
- C'est de ne rien faire qui les mettra bien plus en danger.
- Je comprends ton point de vue – il posa sa main sur son épaule - et j'admets que t'as des arguments de poids. Mais promets-moi de ne pas faire part de l'entraînement de Drew ou même de tout ce que tu as dit après ça lorsque tu seras devant le conseil ?
- Et qu'est-ce que je suis supposé faire quand Franck s'en prendra à moi et tentera de me faire plier en me faisant admettre que j'ai eu tort ? Tu sais comment il est lorsque ça me concerne. Il a une dent contre moi et je n'ai jamais compris pourquoi !
- Je crois qu'il a du mal à supporter qu'une jeune fille de ton âge ait autant de cran. Plus de cran que tous les habitants de ce camp si tu veux mon avis. Mais il ne l'admettra pas.
Elle observa Kenny avec gratitude. Il fit preuve d'une telle sincérité dans ces mots que cela la rassura. De toute évidence il était conscient de son courage et de sa force… Il en était même fier.
- En tout cas, tu m'promets de ne pas parler de tout ça ?
- Si je n'y suis pas poussé… Oui.
- J'imagine que c'est le mieux que je puisse espérer comme réponse.
- J'ai été à bonne école.
Cette phrase qui lui était directement adressée laissa un agréable sourire apparaître sur ses lèvres. Au moins, la tension s'était définitivement évanouie.
- Bon, je vais aller prendre une douche et après je nous préparerai un p'tit truc à manger.
- Bonne chance pour la douche. J'ai pris ta part d'eau chaude comme tu m'as dit. Déclara-t-elle avec taquinerie
- Bonne chose pour moi qu'AJ ne dorme pas ici ce soir. Il répliqua avec une évidente satisfaction.
- Il dort où ?
- Chez Trevor et Jill. Tu sais comme il s'entend bien avec leur fille.
- Cinq ans et demi et déjà un Don Juan…
Kenny sourit un bref instant sous la remarque de la jeune puis finit par quitter la chambre.
Clementine se coucha de tout sur long sur le matelas et fixa le plafond. Mille et une pensées s'entrechoquaient dans sa tête sous le bruit de l'eau qui s'échouait sur le sol de la douche. Sa vie au camp, les amis qu'elle s'était fait ici, la survie quotidienne devenu moins pesante… Elle songea à la famille qu'elle, AJ et Kenny formaient. Uni. Soudé.
La métaphore parfaite d'un trépied qui s'écroulerait si l'un de ses branches étaient arrachés.
Après un temps, elle regarda l'entrée de sa chambre. Sa main tapotait en rythme avec le coulis de l'eau dont l'écho se répercutait dans le couloir, jusqu'à sa chambre encore ouverte. Elle clôt les yeux une fois encore et parut essayer de capturer une image mentale d'un futur où ils continueraient tous à « vivre ».Le silence de la maison était seulement entrecoupé par sa respiration, les flots qui résonnaient de la salle de bain et ses pensées qui s'exprimaient de façon nostalgique.
La rumeur de leur foyer s'estompa alors lorsque trois coups ricochèrent sur la porte d'entrée, au rez-de-chaussée.
Mollement et plutôt irritée de devoir s'émanciper de ses songes, Clementine se leva du lit et quitta le premier étage.
Quand elle ouvrit la porte d'entrée, au rez-de-chaussée, la seule chose qu'elle eut le temps de voir fut la main qui arriva droit sur son visage. Celle-ci la gifla avec une violence inouïe. Le choc fut si fort qu'elle s'effondra sur le plancher sous un cri instinctif.
Quand elle releva les yeux en hauteur, sa stupeur s'évanouit dès qu'elle reconnut le visage de son adversaire.
- QU'EST-CE QUE T'AS FAIT À MON FILS ?!
Qu'y avait-il à répondre face à un père fou de rage qui ne semblait pas vouloir de réponse mais seulement se faire justice ?
- RÉPONDS-MOI !
Le père de Drew l'attrapa par les pans du col de son débardeur et la souleva du sol comme si elle n'était qu'un poids plume. Il n'était pas très costaud, ni même très grand mais l'adrénaline lui donna une force plutôt intimidante. Toutefois, il en fallait beaucoup plus pour effrayer Clementine. Même en position de danger, elle savait comment garder la tête froide. Tant que la froideur et l'indifférence de ses traits surprirent un instant le père de Drew qui relâcha légèrement sa prise sur son tee-shirt. Elle eut enfin l'opportunité de se dégager du brun sans le blesser. Car elle se savait clairement plus combative, plus agile et plus maligne que son vis-à-vis.
- Je vous demanderai de partir maintenant. Lâcha Clementine d'un timbre inflexible.
Le père était furieux. Ses poings se contractèrent alors qu'il répétait le timbre plus bas en s'approchant dangereusement d'elle :
- Tu restes éloignée de mon fils à partir de maintenant ! Tu m'entends ?!
- Je…
- SORS D'ICI PAUL !
Soudain, la voix de Kenny retentit puissamment de l'escalier. Il descendit alors ces derniers à toute vitesse, totalement furibond. Ce dernier avait seulement eu le temps d'enfiler son pantalon dans la précipitation du moment. L'eau dégoulinait encore de ses cheveux, de sa barbe et de son torse partiellement duveteux. Une longue traînée de gouttes suivait ses pas quand il se plaça devant Clem et lorgna sa joue rougies par le choc.
Immédiatement, il fit face au père de Drew les traits déformés par une frénésie digne de ses plus grandes colères. Il avançait de façon à faire reculer l'autre qui perdit du terrain contre la stature imposante de Kenny. Ce dernier s'exprima alors férocement :
- Sors de chez moi ! Dégage ton cul d'ici ! Si tu poses la main sur elle encore une fois, JE-TE-TUERAI !
Il était difficile de savoir si c'était l'eau froide de la douche ou sa colère qui le faisait trembler de la sorte. Probablement les deux à dire vrai…
- Elle est responsable de ce qui est arrivé à mon fils !
- Tu ne sais même pas de quoi tu parles. Alors maintenant tu sors de chez moi putain et tu vas retrouver ton fils !
Paul déserta le regard de Kenny pour le poser cruellement sur Clementine. Le second n'aima guère cette action. Il l'attrapa brusquement par le col de son blouson de cuir noir et susurra d'un timbre vipérin :
- Si je te vois lui tourner autour, le conseil sera le dernier de tes problèmes ! Est-ce que j'ai été assez clair ?!
Kenny était impitoyable, implacable dans ses paroles. On sentait la sauvagerie émaner de lui en ondes presque palpables. Lorsqu'il s'emportait de cette façon, on pouvait être sur de croire chacun des mots qu'il proférait.
- On n'en restera pas là.
- Il vaudrait mieux pour toi que si ! Le menaça Kenny pour la dernière fois.
Les deux s'observèrent avec méfiance et mépris puis le père de Drew finit par partir. Kenny rejoint le perron pour s'assurer que l'homme s'en allait bien quand Clem s'avança jusqu'à l'entrée. Elle remarqua enfin les quelques personnes sorties de leur maison pour observer la situation.
Quelle bande de vautour ! À la recherche du moindre ragot qu'ils pourraient s'empresser de diffuser… C'était pitoyable !
- Rentrez chez vous, putain ! Y'a plus rien à voir !
Sur ces paroles qu'il adressa sèchement aux habitants présents, Kenny rentra de nouveau à l'intérieur et claqua vigoureusement la porte derrière lui.
Il avait toujours eu le sang chaud. Il partait très souvent au quart de tour. Mais lorsqu'il affichait une telle agressivité, il était réellement capable de tout.
- Tu vas bien ? Dit-il en s'approchant vers elle pour examiner de près le coup qui lui avait été porté.
- Oui. J'en ai vu d'autre.
Il avança alors sa main vers son visage qu'il passa prêt de sa mâchoire. Clementine frémit sous le touché de Kenny qui lui fit mal.
- Désolé… J'voulais pas te faire mal.
- C'est pas grave…
La jeune fille n'était pas réellement troublé par la douleur infligé à sa joue. Plus par l'évidence de la peine qu'elle avait causé à Drew et toute sa famille.
Il sourcilla sous le trouble de la jeune fille qui finit par reprendre une expression neutre.
- Je pourrais le tuer pour ça, tu sais ?
- Laisse tomber cette histoire. Il a pas tout à fait tort en plus. Lui répondit-elle plutôt lasse.
- Tu te fous de moi ?! Il s'emporta avant de se calmer lorsqu'il vit Clementine reculer. Ecoute, je veux plus t'entendre dire ce genre de conneries. Personne n'a le droit de lever la main sur toi, c'est clair ?
- Ouais… Si tu le dis. Elle admit sans aucun engouement.
Kenny ne répondit rien à ça mais son visage et sa main qui se posa avec gentillesse sur son épaule en disait long sur ce qu'il pensait. Il était fier d'elle, de la jeune femme qu'elle était devenue. Et il serait toujours là pour veiller sur elle.
Parce que lorsque l'on avait quelqu'un à protéger, on était certes capable du pire mais on était surtout apte à montrer une vraie bonté et une grande bienveillance pour les personnes qu'on aimait. C'était ces qualités qui faisaient d'eux des gens biens.
- S'il revient t'ennuyer, tu viens me voir, ok ?
- Je peux me défendre toute seule.
- Putain de merde Clem ! Je suis sérieux !
La jeune fille pouvait se montrer très butée. Au moins autant que lui à vrai dire. Seulement, pour cette fois, elle abdiqua en soupirant :
- Très bien. Je viendrai.
- T'es une vrai tête de mule parfois. Il compléta sur un sourire en tapotant du doigt le crâne de la jeune fille. Bon, je vais aller finir de m'habiller. Ce crétin ne m'a même pas laissé le temps d'enfiler un tee-shirt.
Clem jeta un coup d'œil à son torse. Malgré ses quarante-six années, Kenny était toujours en grande forme. De son torse plutôt robuste apparaissait des pectoraux bombés et un ventre assez musclés où quelques côtes ressortaient après des années passés dans un monde où la nourriture était parfois une denrée rare.
- Tu peux commencer à sortir le repas ? Je reviens tout de suite.
- Oui, bien sûr.
L'homme fit demi-tour pour remonter à l'étage. Clementine le guetta intensément, repensant à ses mots. Quand il disparut de son champ de vision, elle secoua la tête puis s'esquiva par le couloir qui longeait les escaliers et qui conduisait à la cuisine.
Dans les lieux, sur l'un des plans de travail, une plaque électrique était raccordée au générateur du bas. Il n'y avait pas beaucoup de nourriture : des conserves, des pâtes et quelques légumes. Elle sortit une boîte de lentille et deux tomates qu'elle installa immédiatement dans deux assiettes.
- Qu'est-ce qu'il nous reste jusqu'à la prochaine livraison ?
Son retour surprit un instant Clem qui finit par dire :
- Suffisamment, t'inquiète pas.
- Tant mieux. Alors qu'est-ce qu'on mange ce soir ?
- J'ai pris les lentilles et je nous ai sorti deux tomates.
- Un dîner de Roi !
Il y a sept ans, avant tout « ça », ça aurait été parfaitement ironique. Mais maintenant, c'était plus que ce qu'ils avaient pu avoir à certaines étapes de ces dernières années. Même si les repas n'étaient pas très bien garnis, ils mangeaient à leur faim presque tous les jours maintenant. Il n'y avait qu'à voir leur bonne condition physique après autant de temps passé dans un monde dévasté.
Au même moment que Kenny mettait les lentilles dans une casserole, Clementine sembla soudain comme perdue dans des pensées difficiles. Lorsqu'il remarqua son état, l'autre l'interrogea casuellement :
- À quoi est-ce que tu penses ?
- À Lee.
Sa réponse désarçonna Kenny qui afficha soudain un vif élan de compassion pour la jeune fille en plus de la tristesse aux évidents souvenirs qui se rappelaient à lui.
- Je sais pas pourquoi mais je repensais à ce jour, au Motor Inn, lorsque Lee devait distribuer les vivres. Il m'a tendu des crackers au fromage. Duck en avait eu aussi d'ailleurs.
Le visage de Kenny s'assombrit au nom de son fils. Même si, curieusement, un demi-sourire persistait sur son faciès. Clem était partie dans ses réminiscences et n'avait plus réellement conscience des mots mais surtout des noms à proscrire en cet instant.
- Je me souviens qu'à l'époque je ne comprenais pas la difficulté d'une telle tâche. Je ne saisissais pas réellement à quel point notre survie dépendait souvent de choix presque anodin.
- Je m'en rappelle. Il m'avait donné une moitié de pomme et n'avait rien gardé pour lui. Il était comme ça… Il pensait toujours aux autres avant lui. Enfin, aux autres mais surtout à toi.
Kenny termina avec gentillesse créant une vive lueur d'appréciation dans les prunelles de Clementine.
- Je voudrais tant qu'il sache qu'on s'est retrouvé toi et moi, qu'il voit la famille qu'on forme avec AJ, qu'il sache qu'on a réussit à survivre jusqu'ici. J'aimerais seulement qu'il soit là aujourd'hui… avec nous. Que tous les proches qu'on a perdus soit encore en vie.
- Je sais, Clem... Je comprends ce que tu ressens. Il n'y a pas un jour qui passe sans que j'aie une pensée pour Duck et Katjaa. Pour Sarita aussi.
Clementine regarda Kenny, se sentant soudain affreusement coupable. Surtout lorsqu'elle entendit le prénom de Sarita. Comment oublier la peur viscérale qu'il avait fait naître en elle lorsqu'elle s'était adressé à lui après la mort de Sarita, une arme entre les mains. Les mots qu'il avait prononcé était gravé dans sa mémoire. Pendant un moment, elle avait presque cru qu'il utiliserait le revolver contre elle avant de retourner le canon sur sa tempe.
Voilà pourquoi à chaque fois que le nom de Sarita était mentionné, instinctivement, Clem craignait que Kenny retrouve cette agressivité passée… Cette cruauté douloureuse… Cette effroyable malveillance.
Jamais regards et répliques ne l'avaient fait souffrir autant que ceux et celles qu'il lui avait témoigner ce jour-là.
Elle déclara alors le timbre doux, désolée d'avoir ramené un tel sujet dans leur mémoire :
- Je m'excuse d'avoir parler de tout ça. C'est juste que de temps en temps…
- Ça se rappelle à toi sans même que tu l'aies cherché.
- Ouais... c'est ça.
Kenny pressa son épaule en signe de réconfort. Parfois la réalité du passé les rattrapait. Parfois, l'amertume reprenait le dessus.
- Dire ce genre de chose à voix haute, les partager avec quelqu'un est surement le meilleur moyen d'éviter de devenir fou. Si tu ressens le besoin d'en parler, fais-le. Et ne t'en prives pas parce que tu penses que ça pourrait me blesser. Tu me connais, j'encaisse bien !
- D'accord, mais à la seule condition que tu fasses pareil. S'exprima-t-elle soudain de meilleure humeur.
- Deal !
Les mots de Kenny avaient du pouvoir sur elle, un certain poids qui l'aidait à se sentir mieux autant que les siens semblaient le soutenir.
- Sinon, sur un autre sujet, j'ai oublié de te le dire tout à l'heure mais Franck m'a donné l'heure de ton rendez-vous devant le conseil. C'est à dix heures demain matin.
- Où ça ?
- La maison d'Annie.
- Becca sera là ?
- Ils la font passer à neuf heures et demi. Je crois que Franck veut s'assurer que vos déclarations concordent bien. Tu sais comment il est là-dessus.
- Je me demande comment ça va se passer…
- Ça devrait aller tant que tu ne mentionnes pas ce qu'on a dit, la prévint-il. Et puis, n'oublie pas que tu pourras déjà compter sur quelqu'un dans le conseil. Je défendrai ton cas ! Ne t'en fais pas.
- Tu crois qu'ils pourraient me bannir du camp ?
- Même si l'idée était avancée, je ne laisserai pas ça arriver.
Les paroles de Kenny semblèrent la rassurer. Au même moment les lentilles finissaient de cuire. L'homme attrapa les deux assiettes et les servis tandis qu'il concluait :
- Oublions ça pour le moment et allons manger.
Le reste de la soirée s'écoula comme d'ordinaire jusqu'au moment où en pleine partie d'échec dans le salon, quelqu'un frappa à la porte.
- Reste là. Lui dit Kenny sur ses gardes quant aux visiteurs de ce soir. Après l'apparition musclée du père de Drew, il était loin d'être rassuré. Même sa colère sembla refaire surface. Seulement, dès qu'il ouvrit la porte, elle s'effaça et fut remplacer par une certaine confusion. Clem n'avait pas écouté et s'était déplacée contre la paroi juxtaposée à l'ouverture du salon sur le flan droit du hall d'entrée. Elle ne pouvait voir le nouveau venu mais reconnut tout de suite sa voix.
- Bonsoir Kenny.
- Frank ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Kenny assez surpris par sa présence.
- C'est à propos de Gwen… On l'a retrouvé il y a une heure. Elle est morte.
- Quoi ?!
Le corps de Clementine se tendit de la même façon que celui de Kenny dès qu'il apprit la nouvelle.
- Oui… j'ai envoyé une équipe pour aller la chercher étant donné qu'elle ne revenait pas. Elle a été retrouvée pas très loin du camp. Enfin, ce qu'il restait d'elle.
- Des rôdeurs...
- Oui.
- Bon sang mais qu'est-ce qu'elle faisait toute seule dehors ?! Elle ne fait pas équipe avec Rafael normalement ?
- Si… Mais Rafael était trop malade pour quitter le camp aujourd'hui. Elle n'était pas censée partir pêcher toute seule mais j'imagine qu'elle s'est démerdée pour sortir quand même.
Frank soupira d'exaspération puis réitéra :
- Elle a toujours fait ça… Faire passer les besoins du camp avant sa propre sécurité.
Un silence suivit cette remarque. Qui avait-il à dire maintenant ? Gwen était morte et son nom venait de rejoindre la longue liste de gens qu'ils avaient perdu.
Clem se rappelait encore qu'elle faisait partit du groupe venu les chercher Kenny et elle, cinq ans plus tôt.
- Et comment va sa sœur Estelle ? Demanda alors Kenny pour couper court au mutisme.
- Mal… comme tu peux l'imaginer. Elle n'arrive pas à y croire encore. Mais je vais tenter de l'aider du mieux que je peux.
Tout le monde ici connaissait les relations de tout le monde. Clem aussi. Et elle savait que Franck était le compagnon d'Estelle depuis trois ans maintenant. Et heureusement pour Estelle, lorsque l'on perdait un proche, c'était toujours bien d'avoir quelqu'un sur qui se reposer… Quelqu'un avec qui évacuer sa peine.
- Tu as besoin d'un coup de main ?
- Non, c'est bon. Je fais juste un tour des foyers pour prévenir les gens et leur dire que nous allons faire une petite cérémonie demain afin que tout le monde puisse lui faire ses adieux. Elle aura lieu à dix sept heures au cimetière. Je peux compter sur votre présence, à toi, AJ et Clementine ?
- Bien sûr. On sera là.
- A demain.
Sur ces mots, Kenny referma mollement la porte puis revint jusqu'au salon. Comme s'il avait toujours su qu'elle était là, il regarda mécaniquement sur la droite où Clem n'avait pas bougé d'un pouce trop absorbée par les déclarations de Franck.
- Alors Gwen est morte…
- Oui. Lança simplement Kenny, intrigué par l'attitude de Clementine.
- Ça fait beaucoup d'incident en un seul jour.
- Ouais, c'est vrai. Ça ne m'avait pas manqué.
- À moi non plus.
Et c'était tout ce qu'il dirait sur la mort de Gwen. Au vue de leur réaction, il était évident qu'aucun des deux n'avaient jamais été très proche d'elle. Malgré tout, ils se connaissaient, avaient passées passés des années à se croiser ou parfois se côtoyer.
Mais voilà, après tant de temps, ils avaient appris à accepter. C'était douloureux mais bien moins après si longtemps à avoir affronté la mort. Elle était omniprésente, rôdait tout autour d'eux par delà les remparts qu'ils avaient érigés. Et cet état de fait, jamais il ne devait l'oublier.
- Tu veux qu'on finisse la partie ?
- Non, j'n'en ai plus très envie… Je vais aller dans ma chambre.
- Je comprends. Monte, je rangerai.
- Bonne nuit Kenny.
- Bonne nuit.
Elle quitta la paroi du mur, passa devant l'homme pour rejoindre le hall d'entrée. Seulement, dans son élan, elle s'arrêta brusquement puis revint immédiatement sur ses pas.
- Kenny ?!
- Quoi ?
Dès qu'il se tourna vers elle, il fut très ému face au désarroi de Clementine. Des tas de pensées s'emmêlaient dans sa tête. Mais une prédomina tant que la jeune fille s'exprima, presque désespérée :
- Reste en vie, d'accord ?
Il sourit avec gentillesse et vint jusqu'à elle. Puis tout en déposant ses mains sur chacune de ses épaules, il clama comme un mantra qu'il répétait souvent :
- Tant que tu fais de même, je ne compte aller nulle part, tu le sais.
Elle tremblait légèrement. Son regard se perdait dans les siens. Ils avaient affronté tant de choses ensemble. Que se soit à l'extérieur ou l'intérieur de ce camp.
Instinctivement, il dût remarquer son trouble. Il vint la prendre dans ses bras un moment, laissant le coin de sa mâchoire reposer contre sa tempe. Les mains de Clementine finirent par s'attacher avec délicatesse à son dos. Puis, lorsqu'elle se retira de l'étreinte, elle proféra simplement :
- Merci.
Elle prit les escaliers et finit par rejoindre sa chambre pour le reste de la nuit. Du moins pour une partie de la nuit…
Je vous laisse ici pour ce chapitre plus centré sur la relation entre Clementine et Kenny après cinq ans. J'espère que ça vous a plu en tout cas.
Si vous avez un petit mots à laisser, je les accepte avec plaisir.
A bientôt
