Disclaimer: Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à JK Rowling.


.: L'ange qui naîtra de nous deux :.


Chapitre 3- Bouleversement

C'était enfin le matin de la rentrée. Hermione était assise entre Ginny et Ron qui mangeaient leur petit déjeuner avec appétit. Harry était face à elle et lisait la gazette du sorcier. Les jumeaux et Arthur étaient déjà au travail et Molly finissait de remplir son assiette. Elle vint se placer aux côtés d'Harry et commença à manger. Elle remarqua alors qu'Hermione n'avait pas touché à son assiette et l'interrogea.

« Hermione, ma chérie, tu ne manges pas? »

Ron, Harry et Ginny relevèrent les yeux et la regardèrent. Hermione, en revanche, baissa la tête et rougit légèrement. « Je n'ai pas très faim, » avoua-t-elle.

Molly plissa les yeux, particulièrement contrarié. « Il faut que tu manges un peu, Hermione. Surtout dans ton état, c'est très mauvais pour le bébé de sauter un repas. »

« Maman, ne la force pas, » la défendit Ron.

« Je ne la force pas, » répliqua Molly, quelque peu indignée, « mais après six grossesses, je crois savoir ce qui est bien ou non pour les femmes enceintes. »

« Vous avez raison, Molly, » dit Hermione.

Elle prit sa fourchette et commença à picorer dans son assiette. Elle amena un morceau d'oeuf à ses lèvres, mais elle eut l'impression qu'il resta coincé dans sa gorge lorsqu'elle avala. Elle n'avait réellement pas faim. Elle prit un peu de jus d'orange pour faire passer.

« Qu'est-ce qui se passe, Hermione? » demanda Harry qui avait remarqué son manège et qui s'inquiétait.

Hermione soupira et lui sourit doucement. « Ce n'est rien, ne vous inquiétez pas, » dit-elle. « Je suis probablement trop anxieuse de retourner à Poudlard. Ce n'est pas évident de savoir que je vais le revoir… Comment va-t-il le prendre? Et puis, je ne sais toujours pas ce qu'en pense le directeur… »

Molly lui sourit tendrement. « Ne t'inquiète pas, ma chérie. Arthur va aller parler aujourd'hui même à Dumbledore. Le directeur trouvera une solution! Aie un peu confiance. »

Hermione sourit, reconnaissante. Mais il lui manquait quelque chose. Ron le devina. Il tapota maladroitement son épaule, se voulant réconfortant, et lui dit doucement, « Ne t'en fais pas pour Rogue, peu importe sa réaction, Harry et moi, on sera là. »

« Pour sûr! » Confirma Harry.

« Merci, » dit-elle à ses deux amis, soulagée. « Je ne sais pas ce que je ferais sans vous. »

La tension d'Hermione était beaucoup moins présente, mais elle n'avait toujours pas faim. Molly s'en rendit compte et se résigna. Elle ramassa les assiettes de tout le monde et leur demanda d'aller vérifier leur valise. Hermione savait qu'elle avait déjà tout de prêt et resta un peu avec Mrs. Weasley. Pourtant, elle resta silencieuse.

« Hermione? Y aurait-il quelque chose que tu voudrais me demander? »

Hermione prit son courage à deux mains et posa enfin la question qu'elle avait en tête depuis deux jours maintenant. « Mrs. Weasley… je veux dire Molly, » se rattrapa-t-elle quand la vieille femme la regarda sévèrement. « Qu'est-ce que ça fait d'avoir un enfant? »

Molly regarda la jeune fille devant elle. Cette belle enfant qui allait bientôt devenir une maman. Elle se devait de la réconforter. « Oh, ma chérie. »

Molly s'assit avec Hermione et parla avec elle de ses grossesses et de la première fois qu'elle avait vu chaque visage de ses enfants. Elle essaya du mieux qu'elle put de redonner confiance à Hermione.

oOo

Après la discussion avec Mrs. Weasley, Hermione était un peu plus rassurée. Un enfant était censé être quelque chose de beau dans une vie, alors pourquoi s'en inquiéter? Elle savait la réponse, bien sûr, mais elle essaya de ne pas y penser. Le moment pour le faire viendrait bien assez tôt.

Le voyage dans le Poudlard Express se passa plutôt bien. Les trois amis étaient assis dans un compartiment, avec Ginny. Ron et Harry jouait une partie d'échecs, le jeu étant posé sur la malle d'Harry entre les deux bancs. Ginny lisait un magazine couchée sur le banc d'Harry, sa tête reposant sur les genoux du jeune homme en question.

Hermione avait été un peu surprise quand Ron lui avait expliqué qu'Harry avait retrouvé un peu de joie de vivre grâce à Ginny. L'épisode au ministère avait eu un côté positif pour le jeune couple: Harry s'était finalement rendu compte que Ginny n'était plus une petite fille! Et quand, durant l'été, c'est elle qui avait réussi à le faire rire et à le faire parler un peu plus, Harry avait cessé de la voir uniquement comme la petite sœur de son meilleur ami. Ron avait pris la nouvelle avec facilité. Qui de mieux qu'Harry pouvait devenir son beau-frère? Et puis il était content que Ginny ait réussit à redonner le sourire à son ami.

Bien sûr, cela ne voulait pas dire qu'il voulait savoir tous les détails personnels concernant le jeune couple.

Hermione, pour sa part, avait été absolument ravie d'apprendre la nouvelle, heureuse pour ses amis. Elle était présentement aux côtés de Ron et lisait un de ses gros bouquins lorsqu'une voix qu'elle connaissait plutôt bien les interrompit.

« Excusez-moi, » dit doucement Luna Lovegood. « Il n'y a plus un seul compartiment de libre… »

Ginny se redressa et serra son amie dans ses bras. « Entre, Luna, on va te faire une place! »

En effet, il y avait cette année davantage d'élèves que les autres années. Le retour de Voldemort était maintenant connu dans tout le monde sorcier et plusieurs parents, même s'ils vivaient dans un autre pays, avaient décidé d'envoyer leur progéniture à Poudlard, sous la protection d'Albus Dumbledore.

La cérémonie de répartition fut plutôt longue, mais elle se passa dans la joie et la bonne humeur. Dumbledore fit un discours encourageant par rapport à la guerre et tous purent enfin manger. Hermione lança quelques coups d'œil à son professeur de potions, mais celui-ci ne la regarda pas une seule fois. Elle décida d'aller le voir le soir même, avant que son courage ne l'abandonne. Harry et Ron se proposèrent de l'accompagner, mais elle refusa leur offre.

oOo

Rogue était dans son bureau, une pièce adjacente à sa salle de cours, en train de réviser son plan de cours pour le lendemain. Il fallait avouer qu'il avait quelques difficultés. La vision de Miss Granger de ce soir, durant le banquet de la répartition, l'avait laissé pantois. C'est qu'elle avait considérablement embellie durant les vacances. Comme si cette petite déesse avait besoin de cela! Il ignorait ce qu'elle avait de plus, mais il était certain qu'elle avait quelque chose de changé. Se maudissant et revenant à ses moutons, il reprit son plan de cours.

Première année Serdaigle-Serpentard: Éléments de base, différencier le napel et le tue loup, où trouve-t-on un bézoard, réaction de la racine d'asphodèle en poudre à une infusion d'armoise.

Sixième année Gryffondor-Serpentard: Oh, joie. Potter et son gang! Et plein de petits Mangemorts en puissance. Et c'est sans compter sur la Miss-Je–Sais-Tout internationale. Hermione.

Toc, toc, toc.

Sursautant, le Maître des potions griffonna violemment ses derniers écrits en lançant un « entrez » des plus froids.

La porte s'ouvrit, laissant apparaître une silhouette familière au sombre professeur. Quand on parle du loup.

Hermione Granger, peu sûre d'elle, entra dans le bureau de Rogue. Celui-ci la regarda d'une expression froide et indifférente, mais elle put déceler, dans ses deux yeux noirs, un éclat de surprise et d'interrogation.

« Miss Granger. Que me vaut votre visite… à cette heure si tardive? » Demanda méchamment Rogue. « Cinq points de moins pour Gryffondor. » Ah, que c'était exaltant!

Hermione se renfrogna. « Mais professeur, je n'ai pas dépassé le couvre-feu, encore. »

« Pas encore, en effet. J'enlève dix autres points; il vaut mieux prévenir. »

L'expression de contentement de Rogue déstabilisa Hermione. Pourquoi était-il encore pire que d'habitude? Sa méchanceté était absolument gratuite.

« C'est injuste! »

Rogue eut un rictus. C'était plus qu'injuste, mais qu'est-ce que c'était génial de rabaisser cette petite insolente qui ne cessait de tourmenter ses nuits et de remplir ses pensées!

« Que me voulez-vous, Miss? Voyez-vous, je n'ai pas que ça à faire, de vous écouter me dire que je suis injuste. Donc accouchez, qu'on en finisse. »

L'expression d'Hermione changea dangereusement à ces paroles. Rogue remarqua son teint blême, mais l'ignora.

« Vous ne croyez pas si bien dire, professeur. »

« Mais de quoi parlez-vous? » Severus était un peu confus devant les réactions et les répliques de son élève. Il la détailla quelques instants. Son visage, bien que légèrement pâle, était réellement magnifique et reflétait toute l'intelligence de la jeune femme. Ses longs cheveux bouclés lui arrivaient mi-dos, et ils étaient joliment coiffés; plus rien à voir avec la broussaille qu'elle avait en première année. Elle portait son uniforme de Poudlard, mais sa grande robe noire était détachée. Dessous, on pouvait voir son pull gris au col rouge et or, ainsi que son insigne de Préfète. Il descendit son regard. Sa jupe était décente et cachait toutes ses cuisses. Ses mollets étaient recouverts par de longs bas blancs et deux beaux petits souliers noirs finalisaient l'ensemble.

L'image parfaite de l'élève modèle.

Hermione ne savait plus comment agir, ni quoi dire. Elle s'était crue préparée à tout avouer à son amant, mais être devant lui la rendait nerveuse. La dernière fois qu'elle s'était retrouvée seule avec lui, elle avait connu une vraie nuit d'amour. Ce n'était pas facile à oublier, surtout qu'elle venait justement l'informer des conséquences de ces quelques instants de bonheur. Elle ignorait la façon qu'il allait réagir, mais une chose était sûr, c'est qu'il ne ressentait absolument plus rien pour elle, si ce n'était que du dégoût et de la haine. Il avait été tellement exécrable et méchant avec elle ce soir, qu'elle en avait ressenti une profonde douleur. Pourquoi au fait? C'était pourtant naturel et très habituel venant de sa part. Pourquoi alors s'en sentait-elle blessée?

Elle regarda l'homme tout vêtu de noir assis derrière son bureau, plume à la main, et une expression de lassitude sur ses traits et prit une bonne respiration. Retrouvant son courage, elle commença. « Professeur Rogue. Je sais que ce que j'ai à vous dire va vous paraître insensé, mais je crois que vous devez être au courant. »

Elle tournait littéralement en rond, là. Hermione, pauvre cloche, reprends-toi! Se dit-elle. « En fait, ce que je veux dire, c'est que, vous savez… non, bien sûr vous ne savez pas… Ce qui se passe c'est que… argh! »

Rogue regardait son élève en devenant de plus en plus perplexe. C'était évident qu'elle était frustrée contre elle-même, mais qu'essayait-elle de lui dire?

« Vous pourriez peut-être être moins claire, Miss Granger? » Dit-il sarcastiquement en lui coupant la parole. « Vous savez, histoire que je sois davantage égaré. »

Hermione le regarda quelques instants, les yeux humides et les mains moites. « Ce que j'ai à annoncer n'est pas facile à dire, professeur. »

Rogue émit un rire cynique. « Alors, arrêtez les détours et venez-en au fait, Miss! »

Hermione réfléchit quelques instants. Si c'était vraiment ce qu'il voulait, pourquoi pas, il l'aurait cherché! « Très bien, » dit-elle. « Vous vous souvenez de cette soirée qu'on a passée ensemble? »

Rogue fronça les sourcils. Il avait eu peur qu'elle soit venue pour en reparler lorsqu'il l'avait vu entrer, mais il s'était vite raisonné en se disant qu'ils avaient fait un marché, venant de son propre côté à elle, alors il se trompait sûrement. Eh, bien non, il avait vu juste! Cette sorcière le laisserait-il en paix, un jour?

« Non, pas du tout, » répliqua-t-il, froidement.

« Quoi? » Hermione s'étrangla, devenant encore plus blême, si cela était possible. Sûrement il se moquait d'elle! Il ne pouvait pas avoir oublié ça. Quoique pour lui, elle devait être une parmi tant d'autres. Pas qu'elle croyait que Severus Rogue était le 'tombeur de ces dames', mais il restait que, vu la façon qu'il avait de faire l'amour à une femme, elle n'était pas assez naïve au point de croire qu'il n'avait pas déjà eu plusieurs conquêtes, ne serait-ce que pour un soir.

Severus remarqua l'expression surprise, puis blessée de son étudiante. Il vit aussi qu'elle essayait de retenir ses larmes. Une pointe de culpabilité lui serra le coeur.

Le coeur? Il avait un coeur?

« Bien évidemment, que je m'en souviens, Granger! » Dit-il soudain, d'un ton mordant. « Mais vous, est-ce que vous vous souvenez qu'on avait dit qu'on n'en reparlerait jamais? »

Un petit soulagement s'empara de la Gryffondor. « Oui, professeur, je m'en souviens, » dit-elle en regardant ailleurs, « mais la situation est différente aujourd'hui. »

« Je ne vois pas pourquoi elle le serait. »

« Non, bien sûr. » Hermione baissa les yeux et regarda ses mains, nerveuse.

Rogue, de son coté, déposa sa plume et frotta son menton en signe d'impatience. Il la regarda avec ses yeux noirs, pénétrants. « J'attends toujours. »

Hermione se lança. « Eh, bien voilà, professeur. Vous savez, je suppose que vous n'avez pas besoin d'un dessin, vous êtes sans doute plus calé que moi en la matière, alors voilà… ce n'est pas très clair, n'est-ce pas? »

Rogue leva un sourcil, mais il n'interrompit pas sa jeune élève. De toute façon, Hermione n'attendait pas de réponse.

« Ce que j'essaie de vous dire, professeur, c'est que, vous savez, lorsque deux personnes font… ce que nous avons fait… et qu'on oublie quelques précautions, il peut y avoir des accidents qui arrivent. En fait, ça change grandement une vie ces petits accidents, vous voyez ce que je veux dire? »

Hermione était, à présent, toute rouge. Et Rogue était complètement perplexe. Essayait-elle de lui dire ce qu'il pensait qu'elle essayait de lui dire? C'était absurde.

Hermione soupira. Pourquoi elle avait réussi à le dire à tout le monde, mais qu'elle n'y parvenait pas devant le propre père de l'enfant qui grandissait dans son ventre?

« Miss Granger, je ne comprends rien à votre charabia! Qu'essayez-vous de me dire, exactement? » Grogna Rogue.

« Non, mais ce n'est pas vrai! » Se découragea Hermione. « Vous êtes vraiment idiot, ou vous le faites exprès? » Elle avait chuchoté ces dernières paroles, davantage pour elle-même, mais Rogue l'entendit. Il se redressa, posant ses deux paumes sur le bureau et dit d'une voix doucereuse :

« Cinquante points retirés à Gryffondor, espèce de petite insolente… »

« Je suis enceinte, professeur! » Dit-elle d'un ton fort, en colère contre le comportement puéril de l'homme.

Severus la dévisagea, les yeux ronds, immobile. Enceinte? La signification de cette information ne sembla pas se rendre à son cerveau. Enceinte.

Hermione avait ses deux mains appuyées sur sa bouche. Elle ne venait quand même pas de lui hurler qu'elle était enceinte, si? Venait-elle réellement de le faire?

Une larme coula sur la joue de la jeune fille. « Je suis désolée, vous m'avez énervée. Mais ça ne change pas le fait que je porte votre enfant. » Elle avait terminé avec une petite voix, un sanglot dans la gorge. Elle se retourna avec une seule idée; se sauver en courant.

Alors qu'elle entama son premier mouvement, elle entendit la chaise de son professeur se déplacer rapidement et ses pas résonner sur le plancher derrière elle. Avant même qu'elle n'ait atteint la porte, une main ferme la retint par l'avant-bras et la retourna.

Aussitôt, son regard humide croisa celui interrogateur de son amant.

Ils restèrent là, se regardant, ne sachant pas quoi dire. Hermione était surprise de la réaction de Severus. Elle s'attendait à ce qu'il nie, qu'il crie, ou à quelconque réaction violente de sa part, et pourtant, il était là, devant elle, ne semblant pas comprend ce qui se passait.

Severus n'en revenait pas. Enceinte. Il l'avait mis enceinte! Ils allaient avoir un enfant.

« Je… Quoi? Vous êtes…? C'est impossible, je ne peux pas… Je… » Bredouilla-t-il, encore sous le choc.

« Professeur, » l'interrompit Hermione, « vous me faites mal. »

Il la libéra aussitôt et Hermione récupéra son bras. Severus n'avait pas voulu lui faire mal, mais il ne voulait absolument pas qu'elle s'en aille.

« Je suis désolée, professeur, je n'aurais pas dû vous dire ça comme ça, » se répéta-t-elle, nerveusement.

« J'aurais dû vous laisser parler dès le début, » contra-t-il.

Est-ce qu'il venait, en quelque sorte, de s'excuser? Ils passèrent quelques temps à se fixer. Hermione devenait de plus en plus mal à l'aise. Elle aurait voulu que son enseignant réagisse ou fasse quelque chose, quoique ce soit, mais il se contentait de la regarder, semblant se poser plusieurs questions.

« Tu es sûre qu'il est de moi? » Fini-t-il par demander. Il n'arrivait toujours pas à assimiler le fait que lui, Severus Tobias Rogue, allait devenir père.

Tout d'un coup, Hermione sembla perdre son masque blanc et devint rouge de colère. Elle voulut le gifler, le ruer de coups de poings, exorcisé sa haine! Comment osait-il? Comment pouvait-il seulement penser à poser la question?

Elle ne put retenir son geste et sa main claqua sur la joue de son amant, des larmes inondant ses joues à elle. Il avait été le seul, et il le savait!

Severus resta figé lorsqu'il reçut la gifle, mais revient vite à lui quand Hermione fit demi-tour pour sortir par la porte. Il la rattrapa encore une fois de justesse, mais cette fois, il la serra contre son torse. Hermione se débattit, mais il ne lâcha pas prise. Au bout de quelque temps, elle sembla se calmer.

Ses petits poings fermés reposaient sur le torse de l'homme, ainsi que sa tête. Les yeux fermés, elle pleurait bruyamment. Severus la tenait étroitement près de lui, un bras enroulé autour de sa taille. Son autre main lui caressait doucement les cheveux et sa joue était appuyée sur la tête de la jeune femme.

Pour un instant, elle n'était plus son élève, mais la mère de son futur enfant.

Son enfant. C'était encore trop beau pour être vrai!

Il lui sembla l'entendre marmonner au travers de ses pleurs. Il écouta plus attentivement. « Vous avez été le seul, le seul, » pleurait-elle.

Il ferma les yeux et se traita d'idiot. Bien sûr qu'il avait été le seul. Il n'était pas au courant de son été, mais il savait tout de même qu'Hermione ne le lui aurait pas dit ce genre de nouvelle si elle n'avait eu qu'un seul doute sur l'identité du père. Si cette gamine était réellement enceinte, il n'y avait pas d'autre explication, c'était bel et bien lui le père. Mais l'était-elle réellement? Il y avait d'autres possibilités. Oui, c'était probable que tout ça ne soit qu'une énorme erreur.

« Miss Granger, » dit-il d'une voix calme. « Vous permettez que je vérifie par moi-même? »

Hermione se recula, se surprenant à être déçue de perdre la chaleur de son professeur. « Oui… de quoi s'agit-il? »

Severus s'éloigna et sortit carrément de son bureau, laissant Hermione seule. Celle-ci ne comprenait pas trop, mais elle attendit. Il revint rapidement, une petite fiole au liquide rose entre ses mains. Hermione se rapprocha en essuyant ses larmes.

« Qu'est-ce que c'est? »

« Une potion révélatrice, » répondit Rogue. « J'aimerais que vous la preniez, Hermione. »

Hermione sentit son cœur battre plus fort lorsqu'elle entendit son prénom. Pourtant, elle plissa les yeux, méfiante. « Vous doutez de moi? »

« Non, mais il n'en demeure pas moins que vous avez passé l'été dans le monde Moldu. Il n'y a rien de plus sûr que cette potion et je veux être certain que vous êtes réellement enceinte. Comprenez-moi. »

Il lui tendit la fiole et Hermione la prit. Elle goûtait affreusement mauvais, mais le goût se dissipa rapidement. À la place, une douce chaleur envahit son corps en entier.

« Alors? » Demanda Rogue. « Comment vous sentez-vous? »

« Mhm, bien, » répondit Hermione d'une voix rêveuse, mais elle sortit rapidement de son état lorsque Severus lui empoigna les hanches et souleva son pull. « Mais que faites-vous? » Cria-t-elle, choquée.

« Je vérifie par moi-même. »

« Qu'est-ce…? » Elle n'eut pas le temps de terminer sa question qu'elle remarqua ce que Severus observait. Son ventre… Son joli ventre plat avait pris une légère teinte rosée comme la potion et il illuminait à deux mètres à la ronde. « Qu'est-ce que ça signifie? »

« Une preuve indéniable de votre grossesse, » dit Severus d'une voix neutre, ses émotions impossibles à lire. Il replaça le pull de la jeune fille et s'assit sur le coin de son bureau. Il avait l'air ailleurs, perdu dans ses pensées.

Hermione posa une main sur son ventre. Elle remarqua par le fait même qu'il illuminait encore, même au travers de son pull. « Euh, professeur? Combien de temps durent les effets? »

« Quelques minutes, » dit-il vaguement.

Hermione allait lui poser une autre question, en particulier pour savoir s'il allait bien, mais des coups à la porte l'interrompirent. Avant même que Severus ait pu répondre, la tête du directeur passa par l'encadrement de la porte.

« Bonsoir, Severus. Oh tiens, Miss Granger! Bonsoir. Je vous dérange? »

Mal à l'aise, Hermione essaya de cacher son ventre illuminé avec sa robe de sorcier, mais en vain. Severus regarda son mentor, mais ne dit rien. Il savait déjà tout, il en était sûr.

« Je devrais peut-être y aller, » essaya de s'éclipser Hermione.

« Miss Granger, » Dumbledore l'interpella gentiment. « Faites-nous donc l'honneur de rester avec nous. »

« Oh, okay, » dit-elle simplement, mal à l'aise.

« Albus? » Intervint Severus, sachant que le vieil homme comprendrait la question.

« Oui, Severus, je suis venu ici expressément pour vous voir. Tous les deux, » ajouta-t-il en regarda Hermione par-dessus ses lunettes en demi-lune, ses yeux bleus brillants étrangement. « Arthur Weasley m'a mis au courant de votre situation un peu plus tôt dans la journée, Miss Granger. Je voulais que vous sachiez que tout est désormais arrangé. Vous allez pouvoir poursuivre vos études durant toute votre grossesse, ainsi qu'après. Pour votre rôle de Préfète, ce sera à vous de décider si vous voulez le garder ou non… probablement que cette charge vous sera de trop, ça sera à vous de voir. Mrs. Pomfresh a également été mise au courant; elle s'occupera de vous et de votre enfant à naître pendant les prochains mois. »

Hermione en resta bouche bée. Elle ne savait pas quoi dire.

« Merci, » dit-elle, ses joues rouges de honte et de gêne.

« C'est bien normal, » répondit Dumbledore, rayonnant. « Quant à toi Severus, je te mentirais en disant que je n'ai pas été obligé de me battre quelque peu avec le Ministère, mais rassure-toi, tout est arrangé pour toi aussi. Ton emploi n'en sera aucunement affecté et le Ministère ne retiendra absolument rien contre toi. Tous les spécialistes compétents savent à quel point la poudre d'attirance peut être puissante, effaçant toute raison. » Dumbledore s'arrêta et regarda Severus par-dessus ses lunettes, beaucoup trop perceptif, mais Severus resta stoïque. Les deux hommes savaient très bien que la volonté de Rogue aurait pu surmonter l'attraction de la poudre… s'il l'avait vraiment voulu. « Tu seras légalement reconnu comme étant le père de cet enfant, » continua Dumbledore, « et aucune charge concernent abus de mineur ou quoi que ce soit d'autre ne sera retenu contre toi. Il faudra seulement être sûr que tout cela ne se reproduise jamais. Miss Granger est peut-être légalement une adulte dans notre monde, elle n'en demeure pas moins ton élève; le Ministère de la magie ne sera pas toujours aussi clément. »

Severus hocha sèchement de la tête, la mâchoire contractée. Il n'aimait pas l'insinuation du vieux directeur par rapport à ses relations avec ses élèves. Ou peut-être était-ce seulement concernant cette élève en particulier? Quoiqu'il en soit, cela l'avait irrité, et il n'était pas sûr d'en comprendre la cause.

Dumbledore sourit aux futurs parents et s'approcha d'Hermione. Il posa une main sur le ventre de celle-ci et Hermione refoula son étonnement. « Sachant désormais tout cela, je vous laisse décider vous-même de ce que deviendra l'avenir de ce petit ange. Bonne soirée. » Puis, il repartit, refermant la porte du bureau de Severus, les laissant seuls.

Hermione, un peu mal à l'aise, regarda Severus. Elle n'y avait pas réfléchi, et pourtant, Severus aussi avait son mot à dire.

« Professeur? »

« Mhm? » Severus reporta son regard sur elle, ce qui l'intimida un peu.

« Je me demandais… Enfin, je… Je vais garder cet enfant, Severus,» dit-elle de but en blanc, osant même son prénom. Elle repensa à son père et son histoire d'avortement et de pensionnat, et fronça les sourcils. L'adoption était tout aussi impensable. « Vous, qu'est-ce que vous voulez? »

En posant sa question, Hermione avait posé une main sur son ventre, d'un geste protecteur et inconscient. Pourtant Severus le remarqua. Bien qu'il ne répondît pas, son attitude resta passive, et ses durs traits s'adoucirent, ce qui soulagea Hermione au plus haut point. Elle ne souhaitait pas revivre le débat qu'elle avait eu avec son père. Elle ignorait si elle saurait tenir tête devant cet homme.

« Je n'ai aucune idée de ce qu'est être un bon père, » lui avoua-t-il soudain, admettant par le fait même qu'il souhaitait faire partie de la vie de ce petit être qui grandissait en elle, mais ignorait comment.

Hermione cacha sa surprise et sourit doucement. « Je ne vous en demande pas tant, » lui dit-elle.

« Qu'attendez-vous de moi alors? Je peux sans doute vous aider financièrement et tout ça, mais sans plus. J'aime la solitude, les bouquins et concocter des potions. Je hais mes élèves. Je ne suis pas un homme de famille, Miss Granger. Ça faisait longtemps, d'ailleurs, que j'avais fait une croix sur le fait d'avoir un héritier. »

Hermione était abasourdie. C'était le plus d'informations que l'infâme professeur Rogue avait jamais partagé avec quiconque, et elle s'en rendait bien compte. Refoulant l'envie de commenter sur la haine qu'il portait à ses élèves, Hermione opta pour lui dire ce qu'elle attendait le lui. « Je ne crois pas avoir des attentes trop élevées, » lui confia-t-elle. « Tout ce que je veux, professeur, c'est que vous ne renierez pas votre enfant. Je veux qu'il ou qu'elle connaisse son père. Et si possible, qu'il ou qu'elle porte votre nom. »

Mieux valait un père qui était distant et maladroit, mais heureux et fièr de l'être, qu'un père absent.

« Vous voulez? » demanda-t-il, surpris. N'avait-elle donc aucune honte à attendre un enfant de lui? Cela le surprit plus que tout. Toute l'école pouvait être au courant, mais elle semblait s'en ficher royalement. « Alors je vais faire de mon mieux pour vous aider, Hermione. »

La jeune fille sourit franchement. Elle s'approcha de lui, et, les surprenants tous deux, autant lui qu'elle-même, elle l'étreignit.

Severus, d'abord choqué, répondit à son étreinte et la tint contre lui, légèrement mal à l'aise. Lorsqu'elle se recula, elle lui sourit une fois de plus et fit quelques pas vers la porte. Severus la laissa faire et la regarda partir. Pourtant, lorsqu'elle referma la porte doucement, une évidence lui sauta à la figure.

Il allait être père!

Marchant avec rapidité, il rattrapa la Gryffondor avant qu'elle n'ait atteint les escaliers pour remonter à sa tour. Il posa une main sur son épaule et, lorsqu'elle se retourna, surprise, il l'embrassa à pleine bouche, les conseils de Dumbledore oubliés! Le baiser était doux et passionné à la fois. Il semblait rempli de promesses. Hermione y répondit malgré son incompréhension; il n'y avait pourtant aucune poudre qui traînait par-là!

Lorsqu'ils rompirent le baiser, manquant de souffle, Severus se contenta de lui dire un significatif « Merci, » avant de repartir vers ses appartements. Hermione posa deux doigts sur sa bouche. Venait-elle de rêver? Sûrement! Elle repartit, le cœur léger, vers son propre dortoir.


À suivre…