Hop, troisième chapitre dans les bacs. Y'a pas mal d'incohérence et ça ne suit pas vraiment la chronologie du livre donc on va dire que c'est une jolie uchronie.J'ai honteusement pompé une phrase sur le cercle des poètes disparus. Celui qui la trouve gagne le droit de lire le quatrième chapitre en même temps que tout les autres lecteurs ! Have fun :)

Gibbeuse croissante

On est le 26 décembre. La grande salle avait été aménagé pour le tournoi. Je ne m'étais finalement pas inscrit au concours de poésie mais je comptais en être le spectateur. Je comptais être le spectateur de Luna plus précisément.

Et puis ce n'était pas vraiment un concours de poésie au vu de ce que les élèves de gryffondor avait écrit. Les sujets étaient aussi variés que les élèves, et bien que certains aient réussi à faire des vers, la plupart racontaient une petite histoire avec des rimes.

L'ambiance était faite pour ressembler à un salon de manoir de l'aristocratie anglaise du 18eme, avec de grand fauteuils rembourrés entourant de belles tables ouvragées en bois sur lesquelles trônaient quelques bierraubeurres et autres boissons pour jeune sorcier. Chaque table était équipée d'une lampe qui diffusait une lumière tamisée. Le ciel magique du plafond représentait une nuit étoilée, et les murs avaient été recouverts de tapisserie épaisse et vert sombre, elle même cachée par d'épais rideaux bordeaux, à intervalles réguliers. Le sol était presque entièrement caché par des tapis. Une scène avait été aménagée à la place de la table des professeurs. La grande salle était plongée dans le noir. Seuls les lampes, tel des champignons lumineux ou des lucioles cassaient l'obscurité, et encore, sur quelques dizaines de centimètres autour d'elles. Les élèves rentraient et sortaient de la salle selon les poètes qui passaient sur scène. Des sortilèges de silence avaient été disposés tout autour des tables, permettant aux élèves assis en groupe de discuter entre eux, sans que personne ne les entendent, et évitant que ceux se produisant sur scène ne soient dérangés par les discussions des spectateurs. Cependant, les élèves présents sur scène eux, étaient entendus de tous, parfois pour le malheur des auditeurs. Pansy Parkinson ce matin, après avoir déclamé ses vers, vantant les sangs purs et insultant tous les autres sorciers, s'est fait huer et surnommer "Truie Glapissante". Un charmant nom qui restera probablement, tout comme son poème, dans les annales de l'histoire de Poudlard.

...

Les heures passent. Je vois s'enchainer tous les artistes. Certains, avec un brin de brio, utilisent la magie pour contextualiser leurs œuvres. J'attends le tour de Luna. J'attends Luna. Je l'attends toujours de toute façon. Même quand il n'y a rien de prévu, je l'attends. Même sans rendez-vous, même au hasard d'un couloir, je ne peux pas m'empêcher de l'attendre. Chaque jour, nous répétons sous les ordres d'Hermione. Chaque jour, nos rôles de fiancés me rapproche d'elle sur scène. Et aussi en dehors. Il est étonnant qu'en terme d'amour, le rapprochement ne soit pas obligatoirement réciproque. En effet, ce n'est pas parce que vous vous rapprochez d'une personne qu'elle même devient plus proche de vous. Étrange paradoxe. Je lui en veux de ne pas être collée à moi. J'en veux à Hermione de ne répéter la pièce que deux heures par jour. J'en veux au monde entier d'être trop grand. Il aurait du avoir la taille d'un lit ce monde, pour que toujours l'on puisse s'y retrouver. Pour ne jamais se perdre de vue, toujours pouvoir se cacher sous les draps en sachant être retrouvé.

Luna, je déteste ton absence. C'est bien la seule chose que je déteste chez toi.

...

Fred vient de passer. Il a déclamé un poème d'une rare beauté et d'une rare simplicité intitulée : Anatomie du félidé et se composant d'un ver unique: "la chatte à quatre papattes."

Le premier poème à un seul ver de l'histoire de la littérature mondiale ! Plus court qu'un haïku.

Plus efficace que tous les discours. Les sortilèges de silence ont eu du mal à retenir les éclats de rire de la salle. Et même sans son, on pouvait voir partout autour des lampes des élèves rirent à gorge déployée, tapant sur leurs accoudoirs, ou s'entruchant avec leurs boissons. J'ai même pu voir Dumbledore secouer ses épaules de rire, au premier rang. Impression très étrange de voir des gens rire et s'étouffer sans pour autant les entendre. Assez drôle finalement.

...

Il doit être à peu près 19 heures désormais. Les élèves sont moins nombreux dans la salle. La plupart des professeurs étant dans la salle, ils risquent moins de se faire prendre en organisant des soirées ou des visites nocturnes du château. Quelques couples profitent de l'obscurité et du silence de la pièce pour s'enlacer. Et souvent plus. Les lampes s'éteignent. Les mains glissent sur les jambes, les bouches se trouvent et jamais ne se séparent. Certains vêtements quittent même leurs propriétaires, comme s'ils comprenaient qu'ils étaient surtout une gêne en ce moment précis. C'est intelligent un vêtement.

Finalement Luna entre sur scène. Elle s'est même habillée pour l'occasion. Elle porte une robe de soirée rouge, comme les chanteuses des cabarets moldus. Sur son crane est posé son diadème et aux oreilles, elle a accroché une paire de cerises, qui se marient étonnamment bien avec sa robe. Pour une fois que l'ensemble parait homogène, il a fallu qu'elle mette aussi un collier, composé lui de dents d'animaux et de perles en bois aux formes parfois étranges. Et pourtant ça lui va bien. Tout lui va bien. Même le rien. Enfin j'imagine.

Je la fixe. Un regard parmi tant d'autres dans cette salle. Elle ne peut probablement pas me voir. Elle ne me cherche de toute façon surement pas. Elle parcours la salle du regard. J''ai le cœur qui bat vite. Un peu trop. Pas d'arrêt cardiaque maintenant s'il vous plait. Juste après elle mais pas tout de suite. Elle continue à chercher quelqu'un dans la salle. Puis elle s'arrête. Dans ma direction. C'est pour moi. Comment sait-elle où je suis?

-Bonsoir tout le monde, commence-t-elle. De sa baguette, elle crée une sphère argentée qui s'élève dans les airs et vient se placer au dessus d'elle. Surement un sort appris par Hermione. Un des professeurs, que j'imagine être Rémus, a un petit sursaut en la voyant faire.

-Mon œuvre s'intitule Lune B. C'est une chanson a capella.

Elle inspire une grande goulée d'air , continue de me fixer, et entame sa chanson:

« En quelques mots, en quelques vers,

en quelques verres,les dessous de vair,

plus de mots, plus de maux,

plus de paroles, juste des lucioles

plus besoin de bruit, plus besoin de gui

seul le silence, toujours s'élance

sur le sol, comme en plein vol

amants, amis, aimants, épris

épris de nous, ça n'a pas de prix

épuisement, et puis repos

toujours pliés, peau contre peau »

La sphère diffuse une lumière éclatante, rayonnant dans tout la salle qui m'éblouit. Je ne vois plus qu'une silhouette de Luna, Sa voix me fait frissonner. J'ai l'impression qu'elle me l'a dédidée. Pourquoi me fixes-tu ? J'ai chaud. Je suis absorbée par sa voix.

« Et sous les draps, et sous la lune

et dans tes bras, et dans notre bulle

pas de malheurs, que du bonheur

pas besoin d'autre, pas besoin d'âtre

pas besoin de toit, juste toi et moi

toujours à deux, toujours heureux

jamais d'absence, toujours présents

l'un contre l'autre, même sous le vent

regards brulants et pénétrants

comme une pique, comme une flèche

mains qui se cherchent, qui se caressent

même le matin, sans maladresse »

La sphère se recouvre peu à peu d'obscurité, comme une lune pleine qui devient un croissant. La lumière devient moins brillante et petit à petit, la salle regagne un peu son obscurité. Elle se met à chanter d'un air las, presque triste:

« déjà passé, déjà fanée

déjà les larmes, déjà j'ai mal

en quelques cris, en quelques pleurs

Tu ne ris plus, j'ai un peu peur

une bévue, un malentendu

malentendant et très têtu

la sourde oreille et l'ouïe en veille

Tu m'insulte et tu me tues

et je me tais, je t'ai perdu

Rien à faire, tu es obtus »

La sphère est de plus en plus sombre et son croissant argentée n'est déjà plus qu'un "C" allongé. La lumière n'est plus qu'une faible émanation qui me permet à peine de voir Luna. Elle n'est plus qu'une silouhette portant une robe. Une grande ombre qui pleure par sa voix. Plus de bouche, plus d'yeux, seule subiste une forme qui perce le silence de la salle de ses paroles.

« Tu m'as trompé, tu m'as trahi

du saut du lit jusqu'à la nuit

tu m'as menti sans m'étonner

je m'en doutais, je te l'ai dit

elle s'est immiscée tel une souris

Et dans ton cœur, et sur ton corps

s'est installé, s'est fait un nid

parti partout, jamais ici

tu ne m'aime plus, tu ne l'aime pas

pas besoin de mots, je sais déjà

je n'ai plus chaud, et toi tu l'as.

Peau contre peau, mais pas la mienne

Tu m'es un peu lacrymogène... »

J'en ai les larmes aux yeux. Je ne suis apparemment pas le seul. La scène est plongée dans le noir. La lune a disparu, et les éclairages devant illuminer les artistes sont éteints. Je ne la distingue plus. Juste un grand noir. Dumbledore se lève et tape dans ses mains. Toutes les lumières sont rétablies en un seul coup. Les petits champignons lumineux fleurissent de nouveaux, même ceux volontairement éteints par les élèves, et la scène est de nouveau éclairée. Et vide.

Tout autour de moi, les spectateurs se glissent des mots à l'oreille. Certains en profitent pour se rhabiller. Les professeurs sont en plein conciliabule sur la note à attribuer. Je sors chercher Luna.

Le tournoi de poésie est finie. Luna n'a pas eu la première place. Sa disparition à la fin de sa chanson n'a pas du tout été apprécié par Binns. Personne ne l'a vu dans le château. Ça fait bientôt cinq heures. Je commence à m'inquiéter. Les professeurs ont recommencer leurs rondes de nuit et cherche inlassablement Luna. J'ai arrêté de commencer à m'inquiéter. Maintenant je suis completement angoissé. Sourd à toutes discussions.

-Harry, tu pourrais aller te coucher non ? Les professeurs finiront par la retrouver, me glisse Hermione, en me massant l'épaule tendrement.

-Hum... est le seul son qui a réussi à sortir de ma bouche.

-Tu ne va pas passer la nuit sur le canapé quand même ?

Profiter de la chaleur de la cheminée pourrait être une idée intéressante.

Soudain une idée lumineuse me traverse l'esprit.

-J'y vais bonne nuit. Merci pour le conseil Hermione.

-Que.. Quoi ? de.. Bonne nuit, bredouille t-elle d'incompréhension.

Je file dans le dortoir. Ron et les autres dorment déjà. J'arrange mon polochon pour représenter une vague forme de corps, et je le glisse sous le draps. Je me recouvre de la cape d'invisibilité et redescends dans la salle des Gryffondors. Hermione est, elle aussi, partie se coucher. Je sors le plus discrètement possible de la pièce. Et je commence à parcourir le château à sa recherche.

Il est deux heures du matin. J'ai parcouru en long, en large et en travers les trois étages des deux ailes principales. J'ai froid. J'angoisse véritablement désormais. Voldemort aurait-il pu entrer, capturer Luna, s'enfuir avec elle, pour l'épouser ? Ou alors il la voulait pour ses talents de chanteuses ? Désormais elle porte un costume de canari et est emprisonnée dans une grande cage où elle est obligée de chanter tout le temps ? Ou alors pour son savoir sur les ronflaks cornus ? Ou pour lui voler son collier de dents ? J'angoisse à un point proche de la stupidité pure et dure. Je le sais. Mais je ne peux pas m'en empêcher.

...

Continuant de (re)visiter le château, j'essayais de trier mes pensées, d'en faire un petit tableau à choix multiples (Voldemort peut-il entrer dans le château ? oui/non. Si oui, peut-il accéder à la tour des Serdaigle ? Si non, Draco est-il parvenu à se faufiler parmi les défenses magiques ? oui/non. Si oui, alors c'est une fouine de qualité. Si non, c'est juste Draco...) mais les choix multiples devinrent vite une infinité et je me perdais finalement plus que je m'y retrouvais.

Quand soudain, j'entendis un vrombissement derrière moi. Me retournant, je vis une porte apparaître sur le mur longeant le couloir. Évidemment, je n'avais pas pensé à la Salle sur demande. Ouvrant la porte, j'entrevis un lit à baldaquin, dont les rideaux étaient blancs, presque transparents. La salle entière n'était éclairée que d'une bougie posé au sol qui fut soufflé lorsque la porte s'ouvrit.

Avançant à tatons, je m'approchais du lit. J'entrouvris les rideaux tout en étant toujours invisible.

Je vis Luna, allongée sous les couvertures, me montrant son dos nu.

-Je t'attendais plus tôt.

Luna se retourna, saisit ma cape d'invisibilité et la jeta au sol, puis se rallongea de l'autre côté du lit, comme une invitation à prendre place à ses côtés. Timidement, je me glissais sous les couvertures et m'allongeait dans le lit.

Une fois installé, Luna se tourna vers moi. Pendant quelques secondes, nous nous regardâmes, droit dans les yeux. Puis elle m'embrassa. Sans hésitation, sans peur, comme si c'était parfaitement normal. Un frisson me parcourut la nuque et redescendit le long de mon dos. Un frisson qui s'accentua au moment où elle pris ma main et la glissa sur son dos.

-Je t'...

-Après Harry. On a le temps, me coupa t-elle. Puis elle m'embrassa de nouveau tout en se serrant contre moi.