« Non, non, pas comme ça. Tu dois visualiser chaque os, chaque partie de ton corps qui devra être modifié. Tu dois te concentrer, mais au-delà de ça, tu dois comprendre comment est fait ton corps, et comment, de l'humain à l'animal, et de l'animal à humain, la magie va s'instiller dans tes veines pour le modifier. » Le ton était sec, cassant. Hermione ouvrit les yeux et grogna tout bas. Ils étaient installés dans une vieille maison abandonnée. Les fenêtres aux vitres cassées depuis des lustres laissaient entrer le vent froid d'octobre, mais au moins ils avaient un toit sur la tête. Même si ledit toit avait quelques fuites et avait la possibilité de faire tomber quelques tuiles sur les deux sorciers si ils ne faisaient pas attention. Ils s'étaient réfugiés dans le salon, la partie centrale du bâtiment, et le moins touché par le temps, les intempéries ou les squatteurs. Ils étaient arrivés la veille au soir, et après un repos aussi mérité que court, Sirius avait fait se lever Hermione, bien avant l'aurore, pour l'entraîner à l'animagie. La sorcière s'était douté que ce serait dur. Elle s'était fourvoyé : c'était une véritable corvée, avec un Sirius n'ayant pas digéré qu'on l'ait forcé à devenir professeur. Il lui menait la vie dure, et ne l'avait pas laissé se reposer un seul instant. Résultat : ils étaient tout les deux à bout de nerfs, et menaçaient chacun d'exploser. Hermione se leva, pour dégourdir ses jambes, laissant la trace de ses fesses et de ses jambes sur le sol jonché de poussière. « Tu abandonnes déjà ? » grinça Sirius avec un air mauvais, et la sorcière lui lança un regard noir, en replaçant ses cheveux sales derrière ses oreilles. « Je vais voir si je trouve à boire ou à manger. Me faire mourir de faim ou d'épuisement ne me fera pas abandonner, Sirius » murmura t-elle d'un ton venimeux, et avant qu'il ne puisse réagir, elle se glissa dans les couloirs à la recherche de la cuisine. Une fois arrivée dans la pièce, tournée vers le gigantesque jardin qui ressemblait à une jungle, elle s'accourda au comptoir de bois vermoulu, qui grinça sous son poids. Il y avait une odeur de saleté et de poussière, comme si le temps lui-même avait formé une bulle autour de la maison, où les époques passaient différemment. Ses yeux noisettes se posèrent sur les hautes herbes, les arbres croulant sous les fruits. Elle tourna les yeux vers les tiroirs et armoires, avant de revenir ausitôt vers le jardin, dans un bond enjoué. Ses prunelles brillantes observèrent avec intérêt les grosses pommes aux différentes couleurs qui faisaient ployer les branches. « Je crois qu'on a trouvé de quoi dîner » gloussa t-elle.

Il fallut une demi-heure à Sirius pour venir voir ce qu'elle faisait, de mauvais coeur. Il passa par la porte de la cuisine donnant sur le jardin, et observa une Hermione montée sur une table de jardin ceuillant un saladier plein de fruits. « Viens m'aider, il y en a assez pour faire pas mal de repas » l'invita t-elle, et c'était un enterrement de la hache de guerre sous-jacent. Sirius hésita - peut-être tenait-il à garder cette colère qui le faisait se sentir plus humain que ces derniers mois où il s'était senti plus proie qu'autre chose, à fuir sans arrêt les Mangemorts. Finalement, il s'approcha et plutôt que de l'aider à cueillir, il la saisit par les hanches et la fit monter plus haut. « Tu pourras atteindre les fruits les plus beaux, comme ça. » Hermione voyait bien qu'il était gêné de la porter ainsi, mais il avait raison : elle se débattit une seconde pour attraper une branche et la suite fut un jeu d'enfants. Ils rentrèrent dans la maison à la tombée de la nuit, l'estomac aussi vide que leurs saladiers et paniers étaient pleins. Il ne restait plus rien de mangeable dans le garde-manger de la maison, mais Hermione dénicha de vieilles noix exsudant une sueur poisseuse : elle se servit de l'huile des noix pour faire revenir sur son réchaud des pommes. Sirius, quant à lui, chassa sous sa forme de chien les souris et les rats du jardin. Néanmoins, le dîner se composa d'un lapin, qu'il n'eut aucun scrupule à tuer et à préparer - Hermione refus d'y toucher tout d'abord, puis à l'odeur de la viande grésillant, elle laissa son estomac lui dicter son besoin. La dispute était oubliée et le repas fut le théâtre de remémorations agréables, rendues très douces par l'odeur de friture de la cuisine. Ils finirent par prendre leurs restes, et retournèrent dans le salon. « Tu veux continuer ? » demanda plus doucement Sirius. Le sorcier darda ses yeux noirs dans eux d'Hermione, qui acquiesca lentement. « Il le faut. Et puis, nous avons eu le temps de manger et de nous reposer. Peut-être que nous arriverons à quelque chose. » Sirius lui fit faire des exercices de concentration et de respiration, lui donna un cours sur l'anatomie humaine, puis Hermione changea différents objets du salon en souris. Sirius émit finalement un sifflement appréciateur. « Tu es douée. Minerva avait raison. » Le sourire qu'il lui adressa fit oublier à Hermione combien son ancienne mentor lui manquait. Elle était elle aussi une animagus - une sublime chatte tigrée, au motif de lunettes autour de ses yeux. « Tu as des plans ? » demanda soudain Hermione. Sirius pencha la tête de côté, et ses cheveux sales tombèrent devant ses yeux, ce qui fit penser à la sorcière de chercher la salle de bains avant d'aller se coucher. « Pas exactement. Mais la priorité serait de trouver de quoi vivre, de toujours bouger, jusqu'à trouver Rémus ou l'un des autres encore libres. Nous ne pouvons rien faire à nous deux, aussi doués soyons nous, contre les Mangemorts et leur maître. » Il y avait de la lassitude dans sa voix, une grande fatigue. Hermione ressentait la même chose : Voldemort était un puissant sorcier, et ils ne feraient jamais le poids. « Rémus est parti dans le Sud. Il avait quelques caches là-bas, dont nous avions parlé. Pourquoi ne pas nous déplacer par là-bas ? » Hermione s'adossa à un canapé cabossé, pour faire taire son dos douloureux aux muscles tendus. « Dans le Sud ? C'est-à-dire ? Genre, Brighton ? » Sirius pouffa, et la sorcière fut surprise de voir à quel point ses sourires ou ses accès rares de joie lui faisaient ressembler à Harry. Cela lui donnait dix ans de moins, et on oubliait facilement sa crasse ou sa maigreur effrayante. « Plutôt comme dans : le Sud, l'Italie et le soleil. » Hermione resta bouche bée. « Mais comment a t-il pu sortir du pays, avec les Mangemorts ? » Une nouvelle étincelle brilla dans les yeux sombres de l'animagus, qui pianota sur le sol en formant un rythme dénué de sens, du bout de ses doigts rendus noirs par la saleté. « Nous avons tous nos petits secrets. Rémus aussi. » Et il ne parlait pas de sa lycanthropie. Mais Hermione refusa d'y songer : pas ce soir. Elle était trop fatiguée pour penser convenablement - elle réprima un baîllement, et rêva d'un bain chaud, avec des bulles, qui la débarasserait de cette impression de s'être roulée dans de la fange. « Hé bien, tu m'expliqueras tout ça demain. Je vais voir si la salle de bains est utilisable. Tu devrais vérifier, toi aussi, après. » Et après un regard qui en disait long, elle l'abandonna dans le salon en direction des étages.

Les grincements du parquet disjoint étaient impressionnants, mais la détermination d'Hermione à se débarrasser autant de malpropreté que de ses puces et ses tiques était plus forte que sa peur de passer à travers le plancher. La salle de bains semblait dévastée au premier coup d'oeil : les carreaux de faïence étaient par endroit pulvérisés en poussière ; une douche qui avait été neuve il y avait dix ans était à moitié effondrée, et la baignoire était de guingois. Mais, à sa grande surprise, elle découvrit que l'eau coulait encore aux robinets. Certes, elle était glaciale, mais une fois chauffée au réchaud, peut-être qu'elle pourrait prendre un bain, si la baignoire n'était pas perçée ? Elle songea au monde de la magie qu'il devait délaisser le plus possible, et remercia le ciel d'être née dans une famille moldue. Quelques essais plus tard, le réchaud monté à l'étage, elle s'était plongée dans de l'eau quasiment bouillante. Aussitôt immergée, une couche grisâtre était remontée, et elle avait du changer deux fois l'eau avant qu'elle ne soit totalement claire. Elle arracha un morceau d'une vieille écharpe pour se laver, et elle resta un long moment à méditer dans l'eau fumante ; sa peau était rouge d'avoir été récurée et plongée dans l'eau bouillante comme un homard, mais elle se sentait propre. Elle regrettait le manque de savon, mais c'était le mieux qu'elle pouvait faire - elle pouvait peut-être se renseigner sur comme on en fabriquait ? Il n'y avait pas une histoire de soude, d'huiles végétales, et d'eau ? Elle passa une dernière fois sa tête sous l'eau, puis sortit pour se sécher avec ce qu'elle trouva, et qui avait du être une serviette de bain. Ce n'était pas le grand luxe, loin de là, et une fois habillée, elle réalisa que ses doigts étaient déjà tout sale, mais au moins, elle s'était lavée. En sortant, tout en essorrant ses cheveux, elle croisa Sirius qui montait - il s'immobilisa, comme si il avait voulu être discret, mais elle lui fit un petit sourire amusé. « Je t'ai laissé de l'eau chaude dans la bouilloire » fit-elle, en s'éloignant vers la chambre qu'elle avait faite sienne. Sirius grogna un merci, et pénétra dans la salle de bain.

Hermione se sentait toujours aussi fatiguée, mais d'un bon épuisement physique. Elle sortit sa baguette, hésita, puis transforma un à un les objets de la chambre en animaux : souris, rat, lapin, chien, chat. Elle essaya de reprendre la formation de Sirius, et ressentit quelques picotements au bout des doigts, mais son excitation fut de courte durée. Ce pouvait être un signe, ou n'être rien du tout. Elle devait garder la tête sur les épaules. Elle s'endormit avec le sentiment que d'être dans le droit chemin.


« Appuies plus fort » conseilla t-elle à un Sirius visiblement déconcerté. Ils étaient dans le jardin, dans une zone qu'ils avaient désherbée. L'animagus poussa un grondement : « Je peux savoir pourquoi nous ne sommes pas encore partis, exactement ? On pourrait trouver un endroit bien plus agréable, plutôt que de faire du savon. » Hermione leva les yeux au ciel et continua de verser un peu de soude dans son récipient en verre, qui contenait de l'eau. Heureusement pour elle, les pilleurs ou les squatteurs n'étaient nullement intéressés par la soude, l'huile ou les pommes. « J'aimerai sentir bon en partant d'ici, et ce moment de calme est plus utile que si l'on se mettait à courir partout à la recherche de Rémus, comme des chiens fous. » L'allusion aux canidés fit tiquer Sirius, qui écrasa plus fort les pépins et les fleurs de pommiers, avec les quartiers de pommes, pour en récupérer de l'huile ou du jus. « Je sais que tu as envie de retrouver Rémus et les autres. Mais penses à ta santé. » La sorcière était inquiète : Sirius était d'une maigreur épouvantable, et ce qui semblait le faire tenir debout était sa rage contre le Lord Noir, son envie de retrouver son frère maraudeur, et le besoin de surveiller Hermione. « Nous avons besoin de repos, toi comme moi » essaya t-elle de tempérer, pour qu'il ne se sente pas affaibli, mais il se redressa d'un air courroucé. « Tu es toute aussi maigre que moi. Plus vite nous partons, plus vite nous trouvons Rémus ou Kingsley. Si nous tombons sur des Mangemorts, je ne pourrais pas t'aider ! Tu finiras comme Harry ou Ron ! Seul je ne peux pas te surveiller ! » Il s'énervait, ses mains s'agitant devant lui. Hermione leva les yeux vers lui, étrangement émue : elle se doutait qu'il avait envie de la protéger, mais c'était aussi en lien avec leurs amis, leurs proches, qui étaient morts. Elle eut envie de le prendre dans ses bras, pour le rassurer, mais elle se retint. Il ne l'aurait pas accepté. Il n'en a pas besoin, songea t-elle. Ce dont il a besoin, c'est de vengeance. « Laisse-nous trois jours. Nous irons voler les maisons alentours, pour refaire nos paquetages, et nous nous en irons. Mais dans trois jours. Laissons-nous le repos et le calme dont nous avons besoin, Sirius. » Il balança ses mains en signe de reddition, et s'éloigna en la laissant finir seule. Un mal pour un bien, au final.

« Quelle bonne odeur de pomme » chuchota t-elle en s'asseyant sur le tapis du salon. Des bougies allumées laissaient couler leur lumière dorée sur les vieux murs aux tapisseries trouées. Sirius, assit en tailleur, plissa les yeux en un regard noir, qui fit rire Hermione. Le son les surprit tous les deux - comme une cloche fêlée, trop longtemps laissée de côté. C'était un son incongru, qu'ils ne s'étaient pas attendu à entendre. « Je reconnais que le savon était une bonne idée » avoua t-il tout bas. Hermione remarqua les sachets à sa droite, et s'assit en face de lui, curieuse. Sirius déballa leur contenu : boîte de conserve de fruits au jus, quelques tomates un peu abîmées mais fraîches, avec une dizaine de pommes de terre. « J'ai mis de côté ce qu'on pourra transporter. Mais nous pouvons nous permettre de manger ça. » Hermione hocha la tête, et se leva afin de se diriger vers la cuisine, mais Sirius l'arrêta. « Entraînes-toi, je m'en occupe. » Elle haussa les sourcils, totalement surprise. Que lui arrivait-il ? S'en voulait-il de s'être énervé ? Elle n'en savait rien, mais cette facette plus douce de Sirius n'était pas désagréable, loin de là. Elle était en train de méditer quand il arriva avec deux assiettes : les tomates avaient été cuites jusqu'à être réduites en une pulpe posée sur les pommes de terre écrasées. Ils dévorèrent tout, et s'allongèrent pour digérer, l'un à côté de l'autre, sur le tapis. « J'ai l'impression de faire ça depuis toujours. C'est étonnant de voir combien l'homme s'habitue vite, combien il s'attache à l'ordinaire. » Hermione regardait le plafond fissuré, dont le vieux lustre cachait une bonne partie. « Je suis désolée de t'avoir pris au piège, pour l'animagie, mais cela me tient à coeur, Sirius. Je veux être utile. Je veux être capable de te suivre si l'on doit s'enfuir. » Hermione soupira et se tourna sur le côté, pour regarder le visage de son compagnon de voyage. « Je ne te laisserai pas. » Hermione s'était si facilement imaginé Sirius s'enfuyant sous sa forme de chien s'ils étaient attaqués qu'elle sentit son coeur se serrer devant ces mots pleins d'un courage et d'une abnégation qu'elle n'aurait pas dû être surprise d'entendre dans la bouche de Sirius. Brave, courageux, stupide Gryffondor, pensa t-elle avec un sourire ému. « Tu penses que je peux y arriver ? » Le doute la rongeait comme un poison : elle n'aurait jamais cru pouvoir survivre seule. Son univers était fait d'études et de livres, pas de fuites et de batailles. Sans Harry, sans Ron, elle n'était plus rien. Et être encore là pour le penser ne voulait rien dire à ses yeux. Elle se sentait moins que rien, et ce depuis toute cette dernière année. Toute l'émotion possible, toute l'angoisse qu'elle avait ressentie, se camouflaient dans ces simples mots. Elle se jetait à bras ouverts dans la confiance de Sirius : soit il la croyait capable de réussir et elle se relevait, soit il la pensait trop immature, trop faible, et elle s'effondrerait. Peut-être était-elle déjà au sol, malgré ses grands airs. « Je ne me serai pas donné la peine de t'aider, sinon. » Ses joues prirent une teinte rosée, et elle capta l'étincelle dans les yeux de Sirius qui obliquèrent vers elle. « Lilly nous disait toujours, à James, Rému et moi-même, que notre intelligence frôlait l'indécence. Nous comprenions tout de manière innée, comme si ce n'était qu'un souvenir à nous rappeller, et non un savoir à apprendre. Jamais je n'ai essayé de donner des cours à quiconque : je trouvais les autres toujours trop imbéciles, et cela aurait été une perte de temps. Je préférais passer mes heures avec ceux capables de me comprendre. Mais toi, Hermione ... Tu es plus intelligente, encore. Ta vivacité d'esprit est différentre de la mienne, qui est presque animale. Tu es douée, naturellement. Je suis certain que tu finiras par y arriver. Parce que, quand tu veux quelque chose, tu y arrives, n'est-ce pas ? » grimaça t-il, la faisant rire à nouveau. Il se redressa sur son séant, s'étirant comme un chien, le dos creux. « Recommençons. » Hermione sortit sa baguette, puis, d'une voix très basse, bien que Sirius puisse l'entendre, elle déclara : « Merci de croire en moi pour moi. »


« Je suis toujours un peu triste de quitter ... tu sais, nos abris » fit-elle en regardant une dernière fois la maison. « Ne le sois pas. Regarde devant toi, et marches. » Sirius était excité depuis le matin-même : ils étaient sur le départ, et tel un chien, il avait tourné en rond, vérifié quinze fois que leurs sacs étaient prêts et que personne ne les surveillaient. Hermione soupira et suivit Sirius. Leur plan était simple : aller de ville en ville, de village en village, jusqu'à Brighton. Sirius y avait un contact, mais il voulait faire les choses à sa façon. Les arbres du village étaient presque sans feuilles, à présent, et le vent froid rendait leurs joues aussi rouges que des pommes d'amour. « Peut-être devrais-tu ... » Sirius ne dit rien mais hocha la tête, et avec un air coupable, donna son sac à Hermione avant de prendre sa forme de chien. Le village était accolé à une grand ville, et Hermione la traversa rapidement, avec Sirius à ses côtés. Une capuche élimé sur la tête, son sweat bien fermé pour contrer le vent autant que les regards indésirables, sa baguette coincée dans sa manche et prête à faire mouche, elle regretta plus d'une fois d'avoir quitté le cocon superficiellement sécuritaire de la maison. La pluie se mit à tomber, et ils ne mirent pas longtemps à être trempés comme des soupes. Hermione éternua plusieurs fois, l'eau rentrant dans son nez, puis, n'y pouvant plus, elle s'approcha d'un tailleur fermé pour rénovations et, à coup de baguette, y pénétra rapidement sous le couvert du soir qui tombait. Ils se glissèrent jusqu'à la remise, à l'arrière du bâtiment, où elle retira très vite ses vêtements trempés. « Hem, Hermione, je, hem, vais chercher des vêtements secs. » Elle avait oublié que le chien était un humain. Elle rougit, gardant le dos tourné à Sirius, qui avait détourné les yeux pudiquement du corps en sous-vêtements de Hermione, non sans apercevoir la maigreur affolante de son amie. Quand elle l'entendit s'éloigner, elle inspira et se sécha les cheveux avec une étole de laine posée sur un bureau. Elle frissonna, totalement frigorifiée. Elle ne s'en faisait plus, pour sa pudeur : par les temps qui courraient, elle savait qu'elle pouvait faire confiance à Sirius. Et quand bien même, cela n'importait pas qu'ils voient le corps l'un de l'autre. C'était comme de voir un arbre sans feuilles. « Je les pose devant la remise. » Sirius s'éloigna de ouveau et la laissa s'habiller ; il avait choisi des vêtements aux couleurs foncées mais au tissu chaud et doux. Hermione n'avait jamais porté d'aussi beaux atours, et elle se sentit coupable de les porter, tout en appréciant leur chaleur si réconfortante. « Que faites-vous dans mon bureau ? » La voix n'était pas familière, et elle fit volte-face, sa baguette à la main, une paire de ciseaux de tailleur récupérée sur le bureau dans l'autre. Dans l'entrebaîllement de la porte se tenait un homme bien portant d'une soixantaine d'années. Sa moustache touffue était aussi mouillée que le reste de son visage aux traits soucieux. Il promena son regard autour de lui, et Hermione comprit qu'il avait également reconnu ses vêtements. « Je peux ... Je peux vous expliquer » bredouilla t-elle, mais Sirius sous sa forme de chien fit irruption dans la pièce et se tint, hérissé à tel point qu'on aurait dit un loup, entre elle et l'inconnu. « Vous allez devoir vous expliquer avec la police, alors » et devant cette sentence, elle sentit le monde s'effondrer autour d'elle. D'un geste, elle agita sa baguette. Et sa voix, pleine de regrets et d'une tristesse incommensurable, entonna : « Oubliettes. »