La petite intro de l'auteur :
Coucou ! Depuis la dernière fois beaucoup de temps s'est encore écoulé… Je renouvelle donc mes excuses… Il y a eu les fêtes de fin d'année (et quand la vache fait la fête c'est pas à moitié), une fic écrite pour mon amie Pins, quelques ennuis de santé et « La dernière âme », écrite pour le défi no 6 du Forum Clamp-Fanfic…
Mais je me suis employée à rattraper mon retard et voici 5 nouveaux chapitres !
Ils sont toujours consacrés au passé de Kanashimi mais vous suivrez bientôt ses aventures dans le présent !
Et en ce qui concerne « Chut ! C'est un secret », mon autre grand projet en cours, ne vous inquiétez pas, au moment où vous lirez ces mots je serais en train d'écrire les prochains chapitres… (J'entends d'ici ma super supportrice en chef menacer de ne plus m'écrire ses super reviews si elle n'a pas la suite des aventures de la famille recomposée…)
Mon but est d'avancer sur les deux fics le plus vite possible et en même temps.
Meuhrci pour tous vos encouragements ! J'ai été très touchée par tous vos commentaires sur « La dernière âme » et ça me motive pour écrire, écrire, et écrire… Enfin écrire c'est pas le problème, mais alors retaper tout ça au clavier quand on est une grosse feignasse c'est tout un poème…
Meuhrci de prendre le temps de me lire ! Ces histoires sont aussi les vôtres !
Bisous !
Cycy (qui a fait cramer des cookies au four en tapant cette intro T-T)
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Chapitre 7 (Passé) : Chéri, j'ai récupéré des gosses
Nous étions donc en fuite tous les quatre, quatre personnalités différentes pour des kilomètres qui défilèrent rapidement dans le rétroviseur… Mais la voiture de Tomoyo n'était pas d'humeur fugueuse et nous lâcha en bord de route.
« Bordel, il ne manquait plus que ça, grogna Kurogane devant le moteur fumant.
- On est au milieu de nulle part, là, Kuro Chan. Le mieux serait de rebrousser chemin pour trouver quelqu'un qui pourrait nous aider… hasarda Fye.
- Bien sûr, retournes en arrière et fais toi trouer la peau par les mecs qui voulaient te tuer ! Continuons plutôt d'avancer. La planque n'est plus très loin…
- Penses à ces deux tourtereaux… Ils ont été pris pour cibles dans la fusillade alors qu'ils ne sont pas concernés par toute cette histoire. Et à l'heure qu'il est, leurs familles doivent être très inquiètes…
- Justement , si tu veux que ces gosses revoient leurs familles vivants, il ne faut surtout pas revenir en arrière ! »
Pendant que Kurogane et Fye étaient en plein débat, Shaolan et moi écoutions avec l'impression désagréable d'être considérés comme des mioches de maternelle complètement paumés sans baby sitter…
« Tu vas voir qu'ils vont nous donner des crayons pour faire du coloriage, commentais-je.
- Tu sais que si on voulait, toi et moi on serait déjà chez ton frère en train de dévorer les petits plats de Kentaro ? murmura Shaolan.
- Mais on dirait que tu as une autre idée en tête… dis-je avec un petit rire entendu.
- Kurogane san est quelqu'un de bien, j'en suis certain. Je ne connais pas le début de cette histoire mais je sais qu'il agit uniquement pour protéger Fye…
- Et c'est aussi quelqu'un de bien. Tomoyo me l'a dit et tu sais qu'on peut lui faire confiance là-dessus.
- Nous devons les aider, affirma Shaolan.
- C'est sûr, dis-je en observant les deux garçons se chamailler, ils ne s'en sortiront jamais sans nous.
- Mais d'abord, nous devons prévenir les autres… »
Je souris en lui prenant la main. Avec nos airs d'innocents jouvenceaux, nous étions beaucoup plus puissants que nous n'en avions l'air…
« KEROBERO !!!! »
La peluche fit un triple saut, une nintendo DS dans les pattes, lorsqu'il entendit les voix de ses maîtres résonner dans sa tête :
« Sakura ! Shaolan ! Où êtes-vous ? Tout le monde se fait un sang d'encre ! » dit-il en coupant le son pour que nous n'entendions pas sa partie de Final Fantasy…
En vain. On n'échappait pas si facilement aux patrons…
« Lâches cette console, restes calme et écoutes nous bien… »
Pendant ce temps, Fye tentait toujours de convaincre Kurogane :
« En plus, on est paumés dans un coin où il n'y a pas de réseau. » dit-il en lui agitant son portable sous le nez. Kurogane le lui prit des mains et le broya comme du papier mâché ! Le sien et ceux de Shaolan et moi devaient subir le même sort tragique…
« Kyyyya ! hurla Fye. Kuro pon, criminel ! Il m'a coûté la peau des fesses, et elles étaient pourtant fort jolies !!!!
- La prochaine fois, investis dans des timbres et un stylo, c'est plus prudent…
- Le temps que ma lettre arrive à destination, je serais déjà mort !
- On le sera aussi si nos poursuivants ont le matériel pour tracer un portable… » expliqua Shaolan.
Fye eu un large sourire happy face, des étoiles plein les yeux :
« Dis, Kuro chan, on peut l'adopter ? Alleeeez ! Il est intelligent, il a le poil soyeux, et je suis sûr qu'il peut rapporter la baballe…
- Il est hors de question de mêler les mômes à cette histoire ! grogna Kurogane.
- On y est déjà mêlés jusqu'au cou, lui répliquais-je. Alors à moins que vous ne décidiez de nous abandonner ici, vous allez devoir assumer le fait de nous avoir kidnappés.
- Aaaah… Elle sait frapper où ça fait mal, ricana Fye.
- C'était involontaire… Vraiment… Se défendit piètrement Kurogane, déstabilisé par mon aplomb. Mais je ne peux pas vous laisser ici. Ces tueurs sont à nos trousses. Ils savent la direction que nous avons prise. S'ils vous voient, ils vous tuent… Mais contrairement aux apparences, je sais parfaitement où nous sommes, et où je pourrais vous mettre à l'abri. C'était le plan B… »
Il s'approcha de Shaolan, sachant pertinemment que les aveugles sont parfois ceux qui y voient le plus clair dans des situations aussi périlleuses.
« Je te demande de me faire confiance… Je vous mets à l'abri Sakura et toi… Et Fye et moi on trace la route de notre côté… C'est nous qu'ils suivront… »
Shaolan lui fit un sourire déterminé :
« Je sais que je peux vous croire, Kurogane senseï… Et j'ai confiance en vous. »
Inutile d'en dire plus. A quelques années près, ils étaient fabriqués sur le même modèle, et lorsque des gars de cette trempe se croisent, ils reconnaissent immédiatement la valeur de l'autre.
« Bon ben y'a plus qu'à partir en randonnée ! conclua Fye d'un ton insouciant.
- Attends deux minutes avant de t'en aller les mains dans les poches ! grogna Kurogane. Dites les gosses, qu'est-ce que vous avez emportés à part vos affaires de classe ?
- J'ai mon bâton de Kendo, dit Shaolan.
- Très bien. Il nous faudra aussi… »
Sans finir sa phrase, il se mit à démonter tout ce qui pouvait être utile dans la voiture…
« Kurogane san ! m'étranglais-je.
- J'enverrais un gros bouquet de fleurs et un mot d'excuse à ton amie Tomoyo… » dit-il en poursuivant son entreprise de démolition. Il sursauta lorsque le visage souriant de Fye lui apparut dans l'espace entre les deux sièges avant :
« Tu as changé, Kuro chan… lui dit-il. Avant tu étais moins bavard, et surtout moins civilisé… »
Il avait envie de lui répondre « C'est ta faute !!!! » mais se contenta de lui balancer un appuie-tête dans la figure.
Chapitre 8 ( Passé) : Une fugue pour un regard sous une couverture
En avril, la nuit tombait encore vite. A pieds et avec notre équipement hétéroclite, nous n'avons pu parcourir que quelques kilomètres à travers la forêt. Et puis, même si Shaolan se surpassait pour marcher aussi vite que les autres, il n'arrivait pas à éviter tous les obstacles que je lui désignais et trébuchait parfois. Mais chaque mètre de gagné, c'était un mètre qui nous éloignait des tueurs… Kurogane était bien conscient de ses responsabilités dans toute cette histoire. Il avait conçu un plan de fuite pour Fye, et ce plan avait échoué. Maintenant, il devait en improviser un autre en prenant en compte deux vies de plus. Un garde du corps doit être froid, impartial, lucide, dénué de sentiments. Il protège une cible, et pour cela tue s'il le faut. Même s'il leur avait tiré dessus, il n'avait encore tué aucun de nos poursuivants. Il aurait pu. Il avait 13 ans lorsqu'un tueur à gages portoricain lui avait mis pour la première fois un calibre dans les mains. On lui avait appris à tuer. Sincèrement, il l'avait déjà fait plus d'une fois pour protéger un client. Mais il ne le ferait plus qu'en ultime recours. Oui, il avait changé. Par la faute de Fye.
Enfin, la planque apparue. Un pied à terre pour la nuit, car dès le lendemain il faudrait fuir au plus tôt et le plus loin possible. C'était une maisonnée perdue au fond des bois, avec quatre pièces et un étage. Kurogane l'avait louée à un garde forestier. Dès l'entrée on entrait directement dans le salon qui faisait aussi office de cuisine américaine. La vue inespérée, au loin, d'un frigidaire, me provoqua de violents gargouillis d'estomac.
« Je crois qu'après une telle marche, ces pauvres petits sont affamés !, rit Fye. Tu as prévu les provisions, Kuro chan ?
- Les placards sont pleins. Je me doutais qu'il faudrait cuisiner quelque chose… »
L'instant d'après, c'était la bataille culinaire. Fye, Shaolan et moi nous étions précipités pour préparer le festin du siècle, alors que Kurogane était en train de sécuriser la moindre porte ou fenêtre de la maison… Lorsqu'il revint, le dîner était prêt. Le garde du corps s'assura que Shaolan et moi mangions à notre faim, mais en fait, j'ai commencé à somnoler de fatigue après cette journée éprouvante, ma tête est tombée sur celle de Shaolan, et par effet domino, la tête de Shaolan, dormant assis lui aussi, a atterrie dans son assiette !
« Ah, les gosses… Soupira Kurogane. Ils dormiront dans la chambre à l'étage » dit-il en embarquant un endormi sous chaque bras.
« Une vraie mère poule, sourit Fye.
- Toi, la ferme et finit de manger ! »
Kurogane, grimpant les escaliers, nous emmena Shaolan et moi dans l'unique chambre et nous déposa sur le lit. Il rabattit sur nous les couvertures avec autant d'élégance que l'emballage d'un kilo de jambon, mais certain en tout cas que nous ne prendrions pas froid. Lorsqu'il redescendit l'escalier, il vit que Fye n'avait pratiquement pas touché son assiette. Il n'aimait pas le voir picorer comme ça, du bout des lèvres. Fye avait un certain problème avec son alimentation, déjà bien avant qu'il ne le rencontre. Du temps où Fye était au sommet de sa gloire mais de plus en plus épuisé, qu'il avait cette sensation étrange de planer entre deux espaces, de voir sa lucidité diminuer… Au début, Fye avait culpabilisé, avait cru ce que son entourage lui disait : tu te surmènes trop, tu as une fatigue nerveuse, tu fais une dépression… Son entourage… Ceux-là même qui glissaient dans sa nourriture de puissants psychotropes. Du jour où il l'avait découvert, il s'était retrouvé interné en hôpital psychiatrique. Et là, c'était pire, des médicaments, on vous en faisait bouffer toute la journée et sous toutes les formes. Alors il avait choisit de ne plus s'alimenter, ou si peu. Plutôt mourir de faim que mourir le cerveau grillé. Et pourtant il y avait eu la terrible descente des junkies. Mais il n'avait pas craqué, avait tenu bon au risque d'en crever. Et puis, Kurogane l'avait sauvé juste à temps… Mais depuis ce terrible épisode… Non, ce n'était pas facile de remanger normalement.
« Il en reste encore.
- J'ai vraiment plus faim.
- Avales ou je te l'enfonce dans la gorge ! »
Il fit vraiment un terrible effort sur lui-même pour terminer, en se demandant ce que Kurogane y gagnerait qu'il mange une bouchée de plus ou de moins.
« Eh bien, je crois qu'elle a vécue, ma blouse… dit Fye en constatant les multiples taches et déchirures que cette journée avait occasionnée au vêtement.
- Tu as de quoi te changer au dressing à l'étage, dit Kurogane d'un ton de sergent chef instructeur en débarrassant la table. La salle de bains est juste en face… Tu dormiras au salon car les gamins ont pris ta chambre. Évite au maximum de t'approcher des fenêtres. Interdiction de sortir dehors même si tu veux griller une cigarette…
- J'ai arrêté il y a deux mois…
- Tant mieux sinon tu aurais déclanché le système anti fumée…
- C'est une maison ou un bunker ? »
Comme Kurogane le foudroyait du regard, il préféra filer dans les escaliers… Fye trouva sans peine le dressing, juste à côté de la chambre où Shaolan et moi ronflions de toutes nos bronches. Et il fut impressionné. Il y avait là toute la garde robe rêvée de Fye comme si Fye l'avait choisie lui-même, et bien sûr, à la taille de Fye. Il n'osa pas trop espérer qu'il s'agissait là d'une preuve d'affection dévouée de la part du garde du corps. C'était plutôt un des rouages de la mécanique implacable d'un plan de fuite conçu avec minutie et professionnalisme, où le moindre détail ne devait pas être laissé au hasard…
Plongeant dans un bon bain, Fye parvint quand même à rassembler sa motivation. Même si la situation ne s'y prêtait guère, il ne devait pas laisser passer une occasion aussi inespérée de parler franchement avec Kurogane. Il avait attendu son retour pendant des mois !
Lorsqu'il redescendit de l'étage, le corps et l'esprit remis à neufs, un parfum étrange de poudre et d'alcool le saisit depuis l'escalier. Installé derrière la table, Kurogane grommelait de toutes ses dents en fabriquant quelque chose :
« Mais quel crétin… Pas fichu d'y penser… Toutes les munitions de perdues… Obligé de se démerder…
- Qu'est-ce que tu fabriques ? demanda Fye, debout à mi chemin dans l'escalier.
- Des cocktails Molotov… Abruti comme je suis-je n'ai pas laissé de munitions dans la maison au cas où nos poursuivants l'atteindraient avant nous et… »
Il s'interrompit en levant les yeux. Un Fye tout frais sortant d'un bain avec les cheveux mouillés et la chemise presque transparente, collant au torse, constellée de gouttes d'eau, ce n'était vraiment pas un spectacle recommandé lorsqu'on fabrique des explosifs !
Il y eu un long silence, où ils échangèrent un regard si crépitant d'électricité statique que le garde du corps, rouge flamme, préféra lui tourner le dos en bidouillant ses cocktails molotovs !
Fye descendit les dernières marches et s'assit de l'autre côté de la table.
« Alors comme ça tu avais établi ce plan de fuite depuis des mois… murmura enfin le blond. Tu savais parfaitement où j'étais et tu étais ^prêt à agir s'ils se manifestaient… »
Kurogane eu son expression la plus neutre et professionnelle, les yeux rivés sur ses cocktails.
« Le contrat n'était pas terminé tant que la menace principale n'avait pas été écartée… »
Ça, c'était les mots bien pratiques derrière lesquels Kurogane se barricadait : le contrat, la menace, la cible, le client, le tarif, le plan, l'opération… Surtout pas de mots plus humains, jamais de mots plus personnels… Mais des mots, Fye, il en avait des milliers à lui dire. En cinq mois il avait largement eu le temps d'y penser, et il s'était retenu des centaines de fois pour ne pas lui envoyer de message de détresse, juste pour le revoir. Même s'il n'était pas venu, un seul mot sur l'écran digital lui aurait suffit pour répondre à cette question : « Où es-tu ? » Peut-être qu'il aurait été assez fort pour ne pas lui décrire l'absence, le vide, le manque. Lorsqu'il l'avait revu dans le local à matériel, il avait été bien assez fort pour ne pas se précipiter vers lui et se pendre à son cou en criant « Kuro chaaaan !!!! ». Il n'aurait pas compris. Parce que Fye n'avait jamais trouvé l'audace de lui dire que la cible avait des sentiments.
« Tu devrais renoncer à finir ce contrat, Kurogane, lui dit-il au lieu de lui confier ces pensées. La dernière fois tu m'as bien dis que tu prendrais tarif triple, n'est-ce pas ?
- Ouaip. Tout le liquide que j'ai reçu de ton père et Itomu, je l'ai bu.
- Avec moi tu boiras la tasse. Je n'ai pas un kopek devant moi.
- Je sais. »
Fye eu un rire amer :
« Ah là là, Kuro chan… Tu risques ta vie pour rien, en t'ayant collé le kidnapping d'une célébrité et de deux mineurs sur le dos… Soit tu es fou à lier, soit tu es un saint.
- Je n'ai rien d'un saint, Fye. Si l'enfer existe, sois sûr que j'y aurais ma place bien au chaud. En vérité, je suis un être plutôt méprisable… »
Cette déclaration lui fit froid dans le dos. Les yeux rubis de Kurogane se fixèrent sur la bouteille qu'il tenait entre ses mains :
« Tu sais, à Noël, lorsque je t'ai aidé à t'évader de l'hôpital… »
Il rajouta une mèche dans la bouteille.
« Ce n'était pas l'opération initiale. J'avais reçu l'ordre de te tuer. »
Le tissu blanc s'imbiba des nuances ocre du liquide…
« Ensuite, je devais maquiller le meurtre en suicide. Et j'aurais touché 8 millions de dollars cash. C'est à ce tarif qu'ils avaient estimé ta vie. »
Kurogane n'ajouta pas un mot. Un long silence suivit cet aveu, troublé par intermittence par, au loin, les bruissements de la nature. Fye ferma lentement les yeux dans un sourire triste et doux :
« Je le savais. »
Kurogane leva enfin le regard vers lui.
« … Et je me suis demandé pourquoi tu n'avais pas validé le contrat… »
Kurogane grogna :
« Toucher 8 bâtons pour un simplet dont le seul crime était d'écrire des chansons débiles sur l'amour et les petites fleurs… »
Fye éclata de rire :
« Mes chansons sont magnifiques ! C'est toi qui n'as pas d'oreilles !
- Je préfère me les boucher plutôt que d'entendre ces horreurs. »
Fye secoua la tête en soupirant. Puis il répondit, chantant de sa voix douce et légère les paroles de l'un de ses singles les mieux vendu :
« Tu es entré dans la chambre et
Tes yeux rubis m'ont fusillé
J'aurais sûrement dû m'y attendre que
T'étais venu pour me tuer… »
Kurogane en resta estomaqué.
« Je te l'avais dis, je l'avais deviné, conclue Fye. J'ai écris cette chanson pour essayer de me rassurer… Et te pardonner si tu le faisais.
- Et comment elle se termine, cette chanson ? demanda Kurogane d'une voix voilée.
- J'aurais sûrement dû m'y attendre que
Tu chercherais à me sauver…
- Abruti. »
Il regarda la couleur du ciel filtrant entre deux volets de la fenêtre proche. La nuit était déjà bien avancée.
« Tu devrais aller dormir comme les mioches, maintenant. Je serais de garde toute la nuit.
- Je suis insomniaque.
- Ah, tu vas pas recommencer, hein ?! »
Kurogane se leva d'un bond , et avec une rapidité stupéfiante, empoigna le blond.
« … Mais… Kuro chan… » rougit Fye.
En deux bonds ils avaient traversés la pièce. Kurogane l'assit d'autorité sur le canapé du salon.
« Comportes toi en adulte et ne fais pas de caprices. Je ne sais pas combien de temps durera cette fuite. Elle peut être longue et éprouvante. Tu dois économiser tes forces et ménager ton corps si tu veux aller le plus loin possible. » continua le brun en reprenant son ton de sergent chef instructeur, lui jetant d'autorité une couverture sur le dos.
Lorsqu'il lui posa la main sur l'épaule, Fye mit la sienne dessus pour le retenir quelques secondes, comme lorsqu'on tente de capturer un papillon sur un battement d'ailes et qu'il s'enfuit toujours plus loin.
« La prochaine fois, je te dédierais tout un album et tu seras obligé de l'apprécier…
- Roupille au lieu de dire des conneries. C'est encore plus insupportable que de t'entendre chanter ! » bougonna-t-il en lui arrachant sa main et disparaissant comme une ombre avec le bon prétexte de faire un tour de ronde.
… Encore une fois.
Fye se pelotonna plus étroitement dans les plis de la couverture et s'allongea sur le canapé. Près de lui dans la cheminée bruissait un feu allumé par le garde du corps et sa douce chaleur apaisa les remous de son cœur. Il ferma les yeux pour chasser de terribles images de son esprit, celles d'un passé douloureux dont il ne voulait rien garder. Sauf sa rencontre avec lui.
Ce premier souvenir de Kurogane avait un goût de fugue. Cette fois là déjà, Fye était parvenu à s'échapper de la prison dorée où le cloîtrait sa famille, et à la vigilance de leurs cerbères. Il était partit soutenir des personnes dévastées par le terrible séisme qui avait ravagé leur quartier. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits il ne les avaient pas quittées, les avait aidées, s'était joint à leurs prières et avait chanté pour eux, dehors sous la pluie battante. Une semaine non stop sans manger ni dormir, à donner de l'énergie et de l'espoir pour tous. Le dernier jour, quand la dernière pierre avait été retournée, une petite fille bien vivante avait été retrouvée. Tout le monde était fou de joie, et Fye…
Fye, épuisé, était tombé à la renverse sous les trombes d'eau.
Mais… Quelqu'un l'avait rattrapé avant qu'il ne touche le sol.
En redressant la tête, c'est là qu'il l'avait vu. Il en était resté muet de stupeur tant il l'avait impressionné. Les gardes du corps sont sensés être discrets. Tout ceux qui travaillaient pour son père semblaient des clones, taillés dans le même patron. Quand il était enfant, Fye se disait même que les gardes du corps, ça devait directement sortir d'une usine, avec un costume noir et l'oreillette greffée dessus.
Mais Kurogane…
Sur Kurogane, il ressentait que le noir devenait sensuel, envoûtant et magnétique. Vous le voyez arriver sur vous avec la vitesse, la puissance et le fracas des vagues de l'océan, et il vous emporte dans une houle furieuse que rien ne peut tempérer. Une montagne infranchissable et inaccessible. Renversant. Ardent. Un démon beau à vous faire renier votre confession. Telles étaient toutes les pensées qui s'étaient bousculées en Fye ce jour là. A cet instant précis, avec son look de rock star et son entrée très remarquée, c'est Kurogane que l'on aurait cru l'idole qui fait crier les foules de fans hystériques, plutôt que Fye, tout penaud après une semaine éprouvante, vidé de ses forces, l'air paumé, dégoulinant de pluie…. Il n'avait pas eu le temps de se remettre de sa surprise que Kurogane l'avait déjà empaqueté dans une couverture.
« J'ai l'ordre de veiller à votre sécurité et de vous escorter jusqu'à votre domicile, Monsieur… »
Seuls les doux yeux bleus et quelques mèches blondes de Fye émergeaient de sous la couverture :
« S'il vous plait, murmura-t-il d'une toute petite voix, pas tout de suite… Je veux savoir si la petite fille survivra…
- Le départ aura lieu lorsque vous l'aurez décidé. »
Sa phrase avait été totalement neutre et professionnelle, pourtant aux yeux de Fye elle était très précieuse. Pour la première fois de sa vie, quelqu'un lui avait laissé le choix de décider seul de ses actes. Et cette personne, c'était Kurogane.
Alors il est resté près de lui, et ils ont attendu pendant des heures la réponse. La petite fille avait survécu… Et à partir de cet instant, Kurogane n'a plus jamais cessé de protéger Fye.
Kurogane…
« Kuro chan », murmura Fye en agrippant le bout de couverture qu'il avait frôlé de ses doigts.
Debout sous les arbres comme s'il était là depuis la première nuit de l'éternité, guettant le moindre bruit suspect aux alentours, Kurogane ne voulait pas se laisser déconcentrer par l'émotion de ce « déjà vu » au goût étrange qui l'avait saisit, lui aussi, tout à l'heure. Aussi loin que remontent ses souvenirs, Fye serait toujours ces grands yeux saphirs, tristes et doux, perdus dans un ailleurs imprécis ou un rêve inachevé, sur un visage délicat et diaphane encadré de mèches blondes. Comme un elfe échappé d'un conte de fées et recherchant sa place dans un monde qui n'était pas le sien. A la fois tellement puissant dans sa volonté d'échapper au destin qu'on lui avait imposé et si fragile et vulnérable devant ce qui l'enchaînait. Touchant, troublant, agaçant. Un petit oiseau qui voulait être libre malgré ses ailes brisées mais renonçait de peur d'entraîner les autres dans sa chute. Et qui chantait pour exister…
… Stupides chansons.
Chapitre 9 (Passé) : Amor y muerte
C'était une impression, peut-être fausse. Peut6ëtre le fruit de son imagination et de ses espoirs. Peut-être trois fois rien. Là, au milieu, comme une pastille minuscule. Une pastille de lumière blanche au milieu de l'obscurité régnant derrière ses paupières…
« Plus que 363 jours, Shaolan !!!! » m'écriais-je.
Et je nouais mes bras autour de son cou, et je recouvrais son visage de baisers, et je me lovais contre lui…
« Eh bé, commenta Fye devant le spectacle de Shaolan assaillit par mes transports dès le matin, y'a des petits veinards qui commencent bien leur journée… »
Ou peut-être pas. A bien y regarder, il lui semblait assister à un épisode des « Tiny Toons » , avec Elmira en train d'enlacer Buster Bunny jusqu'à l'étrangler. Il se demanda combien de temps s'écoulerait avant que Shaolan ne devienne aussi bleu que le petit lapin. L'arrivée de Kurogane mit fin à ses pronostics lorsqu'il décida de notre départ et effaça soigneusement toute trace de notre présence en ces lieux.
« On a encore six bonnes heures de marche devant nous… Il faut continuer de creuser la distance. Shaolan, tiens, ne laisse pas traîner ton bâton de kendo… »
Et nous revoici traversant les bois en évitant les divers obstacles, les traîtrises du terrain… Et j'étais à nouveau pendue au cou de Shaolan…
« Ne t'occupes de rien, je te guide ! … A gauche ! Tout droit ! »
Kurogane m'attira en arrière, me détachant un peu de mon fiancé.
« Tu devrais le laisser se débrouiller seul, me dit-il d'un ton assez brut, pas méchant, mais maladroit…
- Q … Quoi ?! m'étranglais-je.
- Il a besoin de se prouver des choses. Et pour ça il doit y arriver seul. Y'a que comme ça qu'il progressera ! »
Avant que je n'explose de fureur telle un volcan, Fye se permit d'infiltrer la conversation :
« Shaolan veut parvenir à être entièrement autonome. Cela ne signifie pas qu'il n'aura plus besoin de to ni qu'il t'aimera moins, bien au contraire. Il sera tellement heureux de t'entendre l'encourager… »
Paf ! Dans le mille ! J'avais compris le message. Un peu trop, même…
« Mon Shaolan, c'est le meilleur !!!! Il fait 100 fois mieux les choses que n'importe qui ! Vous allez voir de quoi il est capable, non mais !!!! »
Et me voilà déjà en train de courir après Shaolan :
« Vas- Shaolan !!!! Six heures de marche, c'est rien pour toi !!!! Go go go go !!!! »
Kurogane et Fye observèrent la scène avec des yeux ronds :
« J'ai connu des piles électriques qui avaient cent fois moins d'énergie que cette petite, commenta Fye, désabusé.
- C'est tout à fait ce qu'il lui fallait. Regarde bien les réactions de Shaolan… »
Fye observa les deux jeunes tourtereaux, et comprit ce que Kurogane voulait dire. Lorsqu'il était seul, Shaolan avait une expression fermée, semblait batailler avec le vide. Mais dès qu'il entendait mon rire près de lui, qu'il me devinait tournoyer à proximité, alors son regard s'animait, il se redressait, il semblait tellement plus fort et mieux armé face à l'adversité…
« En fait, elle est son souffle… » murmura Fye.
Kurogane ne répondit rien , pensif.
« Amor es muerte » disait le portoricain qui lui avait appris à tuer.
L'amour c'est la mort…
Pour la cible, pour le garde du corps, pour tout ce qui a la moindre importance à ses yeux… Lorsque l'amour s'en mêle, le garde du corps n'est plus en mesure de protéger qui que ce soit. L'amour, c'est le venin qui empoisonne le jugement, et se répand lentement en emportant tout… Il frémit lorsqu'il entendit à nouveau Fye, qui parlait toujours de Shaolan et moi :
« … En fait elle est sa force, dit-il. C'est pour elle qu'il lutte contre la cécité, et tous les obstacles… Se battre sans raison ne rime à rien. Lui, il a trouvé la raison de ses combats. Et sa raison d'exister. Il ne peut pas perdre tant que son amour est sa puissance… »
C'était des paroles totalement à l'inverse de ce que le portoricain et ses autres mentors lui avaient enseigné.
Pouvait-il s'être trompé à ce point ?
Tout à coup, un cliquetis imperceptible…
Le battement d'ailes d'oiseaux qui s'envolent…
Kurogane saisit Fye par le bras et le plaqua à terre.
« DZIIII ! »
Une balle vint se ficher dans le tronc noueux d'un arbre à l'endroit même où son visage souriait précédemment. Kurogane plongea le bras dans son sac à dos, et…
« DZIIII ! »
Balança à toute vitesse un cocktail molotov dans la direction du tireur.
« BAOM ! »
Kurogane nous hurla, à Shaolan et moi, de courir le plus vite possible, et il entraîna Fye dans sa course.
Zwouf !
Un tireur surgit pile en face de moi. J'eu à peine le temps de comprendre, les yeux effarés, que…
Chpang !
Shaolan faisait manger au type son bâton de kendo, l'assommant pour le compte. Kurogane et Fye ramassèrent sur l'homme les armes qu'il tenait à la main. Encore d'autres balles fusaient des arbres. Kurogane poussa tout le monde en avant et répliqua. Son tir avait été si précis qu'on entendit le bruit de chute de l'homme du haut d'un arbre. Sans attendre, Fye, Shaolan et moi avons courus toujours plus vite. Encore un autre tireur surgit de derrière les buissons où il s'était caché. Avant même qu'il ne puisse dégainer dans sa direction, Fye l'assomma avec la crosse de son arme. Lui n'avait encore jamais tiré sur quelqu'un… En se retournant, il vit que Kurogane s'était attardé à couvrir nos arrières, répliquant balle pour balle avec des tireurs embusqués. Encore quelques mètres, et si Fye, Shaolan et moi serions sains et saufs, nous devrions pourtant laisser le garde du corps derrière nous. A force de courir, nous fumes en vue d'un espace plus dégagé. D'un côté un renfoncement rocheux, de l'autre une falaise abrupte, d'une bonne cinquantaine de mètres au-dessus d'une rivière furieuse. Un splendide pont de cordes permettait de joindre une rive à l'autre.
« Allez y ! Courrez ! » nous cria Fye.
Shaolan et moi nous étions déjà précipités et étions presque parvenus à l'autre rive quand un autre homme de main surgit de nulle part pour s'attaquer au blond.
« Fye !!!! M'écriais-je, ce qui ne risquait pas de l'aider beaucoup.
- Continuez !!!! » répondit-il en répliquant coup pour coup avec son adversaire, un molosse à tête enragée qui avait dû décrocher sa cinquième dan de de kung fu en regardant les films de Chuck Noriss.
« Mr Celes… Vous avez ordre de nous suivre ou bien nous serons dans l'obligation d'utiliser des méthodes douloureuses pour vous !
- Je ne vous suivrais pas et ne crains aucune de vos menaces ! »
- Vraiment ? »
L'homme fit mine de vouloir traverser le pont pour nous rejoindre Shaolan et moi sur l'autre rive. Nous ne pouvions nous résoudre à fuir en laissant Fye et Kurogane derrière nous, mais ne pouvions pas non plus utiliser nos pouvoirs…
« C'est moi ta cible, alors affrontes moi ! » s'écria Fye en se jetant à nouveau sur le molosse.
Au cours de leur lutte, le pont se mit à tanguer dangereusement. Et ce molosse était vraiment d'une espèce coriace. Au point qu'il parvint à désarmer Fye et pointer l'arme à feu dans sa direction. Le jeune homme vit le canon métallique prêt à lui administrer une dernière oraison, lorsqu'un bras puissant l'attira comme un élastique en arrière, sur la terre ferme, et que le dos de Fye se trouva soudain plaqué contre le torse de Kurogane. L'élève de Chuck Noriss n'avait pas dit son dernier mot et les braqua ensemble. Kurogane, qui était un tireur d'élite de classe nettement supérieure, tira deux balles, chacune venant couper de droite et gauche les cordes qui maintenaient le pont suspendu. Molosse eu le regard d'un personnage de cartoon qui devine le vide soudain apparut sous ses pieds, puis plongea dans une chute vertigineuse qui fut seulement interrompue par un grand « Plouf ! »
« Continues d'avancer avec Sakura et protèges la, ordonna Kurogane à Shaolan. Nous vous rejoindrons vite ! »
Shaolan s'inclina d'un air déterminé et prit ma main pour m'entraîner avec lui.
« On ne peut pas les laisser !, lui dis-je tout en courant et le guidant.
- Je suis d'accord avec toi, mais il faut croire la parole de Kurogane san… Et nous ne pouvions pas utiliser nos pouvoirs au grand jour et aux yeux de tous… »
Kurogane avait une arme à feu dans une main, et de l'autre bras tenait toujours Fye instinctivement plaqué contre lui. Fye se demanda s'il devait le lui faire remarquer, parce qu'il ne semblait même pas avoir réalisé l'ambiguïté de la situation, ou en profiter tant que des snipers embusqués ne l'avaient pas encore descendu.
« Kuro chan… »
Une balle passa si près d'eux qu'elle frôla la joue de Kurogane d'une estafilade sanglante. Il fit un tour sur lui-même, répliqua d'un tir, et dans son élan entraîna Fye à couvert derrière le renfoncement rocheux, où il lui fit signe de se taire en lui posant doucement un doigt sur les lèvres. Les yeux bleus de Fye exprimèrent sa plus profonde confusion et de multiples interrogations, trop d'interrogations, et il cru que sa pauvre tête allait exploser sans trouver de réponse. Alors il fixa le regard sur le logo du blouson de Kurogane, où il voyait une tête de dragon et une inscription en langue étrangère qu'il tenta vainement de déchiffrer. Et comme un sniper continuait de les canarder de balles, il se dit que ce serait balaud de mourir avec pour seul regret de ne pas avoir choisit « Français » en langues vivantes…
« Le portoricain avait tort… » dit soudain Kurogane au-dessus de sa tête, le regard fixé sur le feuillage dense des arbres, depuis lesquels la mort les guettaient…
« Le portoricain ?
- Il avait tout faux… » grogna Kurogane.
Ce n'était pas « Amor es muerte », non.
Mais « Muerte es amor »… La mort c'est l'amour…
On est prêt à mourir lorsqu'on choisit de protéger ceux que l'on aime.
Il avait choisit de protéger Fye.
BANG !
Kurogane usa sa dernière balle, l'ultime, en direction d'un sniper. Son tir était d'une précision redoutable qui vint obstruer le canon de l'arme du tireur, qui en explosa. Mais le type devait avoir prévu ce genre de coup et cette explosion en entraîna une autre, plus conséquente, du matériel de kamikaze qu'il devait transporter sur lui. Kurogane et Fye virent une véritable avalanche de flammes fondre vers eux et surent qu'ils n'auraient ni le temps, ni la possibilité de survivre à son passage. Fye n'hésita plus, saisit Kurogane et le serra désespérément dans ses bras, comme tout ce qu'il représentait à ses yeux : celui qui l'avait sauvé, celui qui partageait sa fuite, celui qui le protégeait… Celui qu'il aimait plus que tout au monde. Kurogane n'osa réagir, maladroit, les bras ballants… Et puis, ils n'avaient plus le temps… Ils fermèrent les yeux avec résignation.
… Et puis RIEN.
Une minute plus tard, la vague de flammes était passée, et ils étaient toujours en vie. Ils pensèrent que c'était le rocher qui les avait protégés.
« On peut dire qu'ils ont eu chaud » commenta Shaolan en planquant dans son sac le parchemin d'un sortilège de protection niveau 6. A ses côtés, j'eu un large sourire malicieux en faisant disparaître ni vu ni connu j't'embrouille mon sceptre magique. Puis j'approchais du bord de la falaise et criais :
« Woooouhoooou ! Tout va bien les garçons ? Ou on vous laisse terminer ? »
A cette question judicieuse, Kurogane prit ENFIN conscience de sa position plus que suspecte, et s'échappa des bras du blond à la vitesse de la lumière.
« … Les intrus ont été éliminés et le secteur est sécurisé » dit le garde du corps en retrouvant un ton de cyborg.
Toujours agenouillé par terre, Fye eu un long soupir de dépit. Kurogane baissa les yeux vers le logo de son blouson.
« Dépêchons nous » dit-il.
Et là-dessus, histoire de se passer les nerfs, d'échapper à l'ambiguë situation et de trouver une solution pratique à la disparition du pont, il abattit deux arbres à mains nues et les jeta en travers des deux rives.
Chapitre 10 (Passé) : L'écho des mondes
En fin d'après midi, au détour d'un sentier, nous fumes comme projetés dans un autre monde. Surgissant de nulle part, apparut un magnifique jardin japonais, doux et ombragé, tout en allées et ponts de bois se promenant au-dessus d'une source fraîche. Des fleurs rares s'épanouissaient ici et là, des papillons aux ailes mordorées dansaient entre deux souffles d'un vent léger. J'eu un regard émerveillé de petite fille et me mis à courir dans ce paysage féerique avec un rire enchanteur, emmenant au passage Shaolan, qui mêla son rire au mien. Fye regardait tout autour de lui avec la sensation de découvrir le premier jardin du monde, l'antique, mystique et voluptueuse Eden.
« C'est tout simplement sublime, murmura-t-il, éblouit. Où sommes nous ? »
Sans lui répondre, Kurogane indiqua du regard là-bas, tout là-bas au bout des jardins, une magnifique et impressionnante bâtisse de bois, aux allures de temple, et sur laquelle on pouvait lire dans un japonais ancien « Dojo du Dragon d'argent ». Dehors, sous le vent agitant les branches de cerisiers en fleurs, il y avait une large surface pavée de blanc sur laquelle s'entraînait une vingtaine d'élèves de tous âges, impeccablement vêtus de kimonos arborant le même logo que le blouson de Kurogane, et démontrant leur art du combat dans une chorégraphie aux gestes coordonnés. Lorsqu'ils nous aperçurent, Shaolan et moi, à proximité, ils nous saluèrent respectueusement comme avant un combat, puis reprirent avec discipline leur entraînement. Kurogane s'approcha enfin lui-même du dojo. Son pas était ferme et résolu comme d'habitude, mais Fye, qui le suivait, y décela avec inquiétude une pointe de nervosité. Ces lieux étaient familiers de Kurogane , il en était certain, et il sentait se jouer en lui une émotion croissante et contenue.
« Pourquoi ne m'en as-tu jamais parlé ? » lui demanda Fye par la pensée.
Il lui en aurait presque voulu de l'avoir tenu à l'écart de ces lieux qui lui semblaient si précieux. C'est alors qu'une silhouette apparut sur le seuil de l'entrée du dojo. Une silhouette de plus en plus précise, féminine, à mesure que nous en approchions. Parvenu à quelques mètres, Fye du bien admettre que de sa vie, il avait rarement vu d'autres jeunes femmes dont il émanait une telle beauté irréelle et cette grâce, cette distinction, d'une classe absolue. 24 ou 25 ans. Toute de noir et rouge vêtue, d'un très ancien et raffiné Kimono de cérémonie, dont la soie virevoltait au vent. Depuis sa tête jusqu'à la chute renversante de ses reins coulait la cascade lisse et soyeuse d'une chevelure plus sombre et plus dense que l'ébène de la nuit, décorée de fines clochettes. Elle avait un ravissant visage un peu pointu, à moitié mangé par de grands yeux noirs à l'expression malicieuse, et un petit sourire mutin. Une fille tout simplement belle à en tomber raide sur le plancher, et Fye se dit que si une demoiselle de cette catégorie appartenait au jardin secret de Kurogane, il avait plus que du souci à se faire et les ennuis n'étaient pas loin… Et d'ailleurs, ils arrivèrent aussitôt, lorsque la délicieuse beauté posa ses yeux noirs sur le garde du corps :
« Cela faisait bien longtemps que j'attendais ton retour, Kurogane… »
Ce dernier ne répondit pas immédiatement. S'approchant lentement de la jeune femme, il s'agenouilla doucement devant elle, lui prit l'une de ses petites mains blanches et l'embrassa galamment.
« SUZUKA… » murmura-t-il d'une voix émue.
Shaolan et moi étions stupéfiés.
Fye détourna le regard….
XXXXXXXX
« Sorcier ! Du nouveau au sujet de la jeune inconnue ?
- Elle est toujours dans un sommeil agité. Je pense qu'elle revit intensément des souvenirs de son passé à travers le regard d'autres personnes.
- Stabilisez son état. Le capitaine ordonne une escale à Mesalys !
XXXXXXXX
Dans quelques années, je rencontrerais un double de Suzuka au pays de Kurisutaru. Celle du monde de Firiel était différente, mais pas moins mystique. Je la revois, devant un grand coffre de bois finement ouvragé. Elle en sortit en premier lieu, avec mille précautions, une très grande et magnifique plume noire. Lorsque je lui demandais à quel oiseau elle appartenait, elle eu un regard étrange, perdu sur l'au-delà, en murmurant une phrase :
« Troisième clé… Le shinigami. »
Comme je la regardais sans comprendre de mes grands yeux interrogateurs, elle eu un rire plus naturel en me disant :
« Il y a un présent que je voudrais te faire, petite Sakura… »
Une demi heure plus tard, vêtue d'un kimono tout aussi ravissant que celui de Suzuka, je rejoignais Shaolan, assis sur le futon dans la chambre qu'on nous avait attribuée.
« Ça y est ! m'exclamais-je. J'ai téléphoné à la maison, mais… »
Sous entendu : « De toutes façons ils étaient déjà au courant… »
« Je parie que ton frère a juré qu'un jour il me pendrait au bout d'une corde.
- C'est un gros nul, mais on a besoin de lui. Je lui ai tout expliqué, il s'occupe de nous aider. En attendant… Tout va bien tant que je suis avec toi ! Et puis ce temple est magnifique ! Et Mlle Suzuka est très gentille !
- C'est vrai…
- Elle m'a donné un talisman… Parce que je lui ai dis qu'on était fiancés… C'est pour bénir notre union… »
Je glissais autour du cou de Shaolan une chaîne à laquelle pendait la moitié du talisman représentant un morceau de lune et de soleil, tandis que je portais l'autre moitié :
« … Et puis Suzuka m'a dit :
« La lune et le soleil, aussi différents soient-ils, n'existent qu'ensemble… Et leurs amours naissent des éclipses. » »
Pour toute réponse, Shaolan m'embrassa. J'eu un petit rire.
« Si mon frère savait que l'on se trouve tous les deux dans une chambre, il ferait un double homicide !
- On n'a qu'à lui dire que c'était pour discuter de la couleur de la tapisserie… Ou que c'est Suzuka qui s'est trompé…
- Je me demande ce qu'il y a entre elle et Kurogane san… »
Passant près de notre chambre, Fye avait saisit au vol notre conversation. Il se retourna dans le couloir, et posa des yeux inquiets sur la porte d'une autre pièce.
Kurogane et Suzuka, à genoux, se tenaient face à face. Suzuka, avec des gestes lents et délicats, leur servait du thé dans un antique service en jade.
« Sois sûr que tant que ces deux enfants se trouvent dans l'enceinte du dojo, ils sont sous ma protection et nul mal ne leur sera fait, lui dit-elle. Je veillerais personnellement à ce qu'ils rentrent chez eux sains et saufs.
- Aligato… murmura Kurogane en prenant l'une des lourdes tasses entre ses mains.
- Mes plus jeunes élèves ont été surpris de te voir. Ils ne s'attendaient pas à ce que tu reviennes un jour parmi nous…
- Et toi non plus ? Je sais que j'aurais du prévenir, mais… »
Suzuka ferma les yeux.
« J'ai prié, Kurogane. J'ai prié chaque jour depuis ton départ pour que le ciel te garde sous sa protection et qu'il ne t'arrive rien de fâcheux… Mais je n'ai jamais douté une seconde que tu reviendrais.
- … Tu aurais dû…
- J'ai confiance en toi.
- … Tu ne devrais pas…
- Pourtant, je ne suis pas la seule. »
Kurogane frémit.
« Quels qu'ont pu être tes actes durant ce temps, Kurogane, cela ne changera rien à ce que je pense de toi et ressens pour toi. Il en est de même pour toutes les personnes pour qui tu as de l'importance…
- Je suis une ombre, Suzuka. Je dois protéger et tuer, c'est ma seule mission. Rien d'autre n'a d'importance…
- Si tu étais parvenu à t'en convaincre, tu n'aurais jamais remis les pieds ici… »
Kurogane, avalant une gorgée brûlante de thé, dû bien admettre qu'elle avait raison. Et il détestait ça.
« Ta quête a été éprouvante, n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle.
- J'ai cherché à y trouver un sens…
- Et je sais que tu y es parvenu. Si tu le souhaites, ta quête est sur le point de toucher à son but. »
Kurgane secoua la tête.
« Non, je ne peux pas… Je n'appartiens pas à ce « monde » là, tu comprends ? Ce serait égoïste de ma part de tenter de changer la lumière en ombre. Je dois avant tout penser à sa…
-… Sécurité. Mais il n'existe aucun endroit sur cette terre qui soit parfaitement sûr. Pas même les frontières de ton cœur. »
Pour éviter de répondre à cette remarque embarrassante, Kurogane continua de boire son thé en silence. Suzuka eu un rire malicieux :
« Vraiment, tu es resté un enfant, Kurogane. Crois tu qu'il te suffit de bouder dans ton coin pour être oublié ? Crois tu vraiment que tu sois quelqu'un que l'on puisse oublier ? Tu donnes tout en te pensant indigne de recevoir, et tu fuis avant que l'on ait pu te remercier ou te rendre ce que tu mérites. Ne t'étonne pas ensuite que l'on attende ton retour pour te le dire… »
Elle se leva doucement, et avant de quitter la pièce, lui glissa une dernière prédiction.
« Ne fais pas cette bêtise, Kurogane. Cette fois ne disparaît pas ta mission accomplie. Parce qu'il attendra ton retour. Jour et nuit, il l'attendra. »
La porte de bois coulissa doucement sur elle-même.
Suzuka, majestueuse, remonta doucement le couloir. Au bout de celui-ci, elle aperçu Fye, debout sur la terrasse, le regard tourné vers le ciel, où les premières lueurs de la nuit dansaient avec les astres.
« Non, en fait… Se dit Suzuka… Il l'attend déjà. »
Elle s'approcha lentement du jeune homme, qui se tourna vers elle avec son sourire happy face.
« Mlle Suzuka… dit-il gentiment.
- Je regrette vos mésaventures… Vraiment, lui dit-elle.
- Oh, vous savez, maintenant j'ai l'habitude. Mais je suis vraiment désolé si Kuro chan a osé vous mêler à cette triste histoire…
- Kuro chan… dit-elle avec un sourire étrange. Même moi je n'ai jamais osé le nommer ainsi.
- C'est une blague entre noooous, atténua Fye, quelque peu gêné. Même s'il n'apprécie pas spécialement mon humour.
- Depuis son plus jeune âge, Kurogane cherche à dominer ses émotions. Ce n'est pas du mépris. Il veut simplement protéger les autres de ses sentiments… Surtout les plus tristes…
- Protéger… répéta Fye avec un soupir. Il y a très longtemps que vous le connaissez, alors ?
- Depuis sa naissance. »
Il eu un nouveau soupir. Là, sa « rivale » le battait à plate couture.
« Il est né un jour de pluie et l'on dit que depuis l'orage continue de gronder dans ses veines, dit Suzuka avec un doux sourire. Bien que je sois la plus âgée, on a toujours considéré qu' »il était l'aîné de nous deux. Il était plus grand que moi et me protégeait. Moi, je lui faisais la leçon pour remplacer nos parents… »
Mais alors ?!
« Mon frère a beaucoup changé, conclua enfin Suzuka avec son charmant sourire. J'avais peur que son voyage initiatique ne finisse par le détruire, mais c'est vous qu'il a rencontré, Fye. Kurogane a changé. En bien. Et c'est grâce à vous. »
Fye eu du mal à intégrer tous les mots de cette déclaration sans qu'ils n'explosent dans sa tête :
« M … M … Merci… Kuro… Est donc… Vous êtes… C'est votre frère ?!
- PETIT frère, souligna Suzuka d'un air mutin. N'allez pas le lui redire, ce détail le rend furieux. »
Tout à coup Suzuka n'était plus la redoutable sirène venue lui voler son Kuro chan mais une grande sœur sympatoche. Fou de joie à cette idée, Fye eu un large sourire matouesque :
« Mais c'est géniiiial !!!! »
Et saisissant Suzuka par les épaules, l'embrassa sur les deux joues. A la seconde près, la porte du fond du couloir s'ouvrit brusquement sur un Kurogane écumant de rage, un sabre à la main :
« Fye !!!! Ôte immédiatement tes sales pattes de ma sœur !!!! »
Loin d'obéir, Fye laissa délibérément son bras traîner autour de la taille d'une Suzuka rouge pivoine.
« Allons donc, je fais partie de votre famille, maintenant… »
Kurogane fonça comme un tank sur Fye et se mit à le poursuivre en rugissant comme un lion. Fye, trop heureux d'avoir attiré son attention, s'enfuyait les bras en l'air en hurlant sur tous les tons :
« Kya , kyyyyyya ! Le petit frère veut me tuer ! »
« Que se passe-t-il ? » demanda Shaolan en se postant à la fenêtre de la chambre.
J'observais d'un œil consterné nos deux honorables professeurs se poursuivant sous les étoiles…
« Encore une querelle d'amoureux… » dis-je avec un petit rire.
Chapitre 11 (Passé) : Restes en vie
Au milieu de la nuit retentit un fracas épouvantable, suivit de cris fusant de toutes parts. Puis le son claquant de coups de feu déchirant le silence réconfortant de la forêt alentours. Les disciples se réveillèrent les uns après les autres et se jetèrent dans la mêlée d'un combat général contre la trentaine d'hommes en noir ayant envahi le dojo. Kurogane et Suzuka, katanas à la main , étaient tout aussi redoutables et efficaces l'un que l'autre. Ils nous escortèrent, Fye, Shaolan et moi jusqu'à une voiture, dans laquelle Kurogane enfourna tout le monde.
« Fichez le camp ! nous ordonna –t-il.
- Je retourne aider les disciples… Je ne laisserais personne derrière moi !
- Kuro chan ! » dit Fye, la voix serrée, en tentant de lui agripper un bras.
Il posa une main sur la sienne avec un demi sourire :
« Va , et restes en vie… Je saurais te retrouver. »
Et avant qu'il ait pu protester quelque chose, Kurogane replongea au cœur du combat, sa lame virevoltant de gauche et droite, rapide, aérienne et puissante. Dans cette danse funèbre à laquelle se mêlaient les flammes du dojo incendié, Kurogane sentait se réveiller dans ses veines le sang et l'honneur de ses ancêtres samouraïs, et dans chacun de ses mouvements au travers des vagues de la bataille, il prenait peu à peu conscience du sens de l'étrange voyage qui l'avait mené jusqu'ici : ses erreurs, ses faux pas, ses vérités, ses choix, sa rédemption… Il avait enfin trouvé un sens à ses combats. Il ne se perdrait plus car il avait trouvé sa vérité au fon d'un regard bleu azur…
Les cris de joie des disciples fusèrent tout autour de lui lorsque les hommes de main furent maîtrisés et placés sous bonne garde.
« Il faut avertir les autorités, dit l'un des disciples du dojo.
- Je m'en charge » déclara Kurogane.
L'incendie du dojo avait été contré par les sources tout autour du bâtiment, si bien que seule la façade extérieure avait été abîmée. Kurogane remonta de son pas ferme et rapide le couloir menant à la pièce où se trouvait le seul téléphone du dojo.
A mi chemin, il se figea.
Une silhouette se tenait debout, à quelques mètres de lui.
ITOMU.
Il ne ressemblait en rien à son frère Fye. Ses cheveux, ses yeux, son cœur et son âme étaient d'une noirceur absolue. Seul point commun, leur beauté aérienne. Angevine chez Fye, démoniaque chez Itomu.
Une autre silhouette se tenait dans l'ombre, et Kurogane comprit enfin.
Itomu pointait le canon d'une arme en direction de Fye !
Mais qu'est-ce qu'il fichait là, bon sang ?! Pourquoi n'était-il pas partit avec les autres ?!
Kurogane n'avait que son katana et le saisit comme l'éclair, traversant en quelques secondes trop longues les mètres qui le séparait des deux frères, comme si le temps s'écoulait au ralenti mais sans que l'on parvienne à le retenir, vite avant que…
BAM
BAM
BAM
BAM
BAM
BAM
… Itomu avait vidé son chargeur…
…
