Merci à Snow In Universe, Kuroshine, deryous50, Turtwig, Wado21, Akilie, Elowlie, cassios, Julia Lutecia, Line Aibu et Lijovanchan pour vos reviews.

Merci pour vos mises en alerte/favori.

Bonne lecture.

Réponses aux reviews anonymes:

Turtwig: Et voilà la scène du restaurant tant attendue! J'espère qu'elle te plaira :)


Chapitre 3

Escale romantique

Zoro fronça les sourcils et tourna sur lui-même pour chercher une nouvelle fois les vêtements qu'il pensait avoir déposés dans la salle de bain le matin-même. Ne les voyant pas, il jeta un coup d'œil au tas d'habits encore par terre qu'il avait abandonnés avant sa douche et hésita une seconde. Peut-être qu'il pouvait reprendre ceux-là? Finalement cependant, il renonça. Il allait bientôt retrouver le cuisinier pour leur rendez-vous et le blond n'apprécierait certainement pas de le voir porter les mêmes affaires que la veille, même s'il avait pris la peine de prendre une douche...

Resserrant la serviette autour de sa taille, le sabreur sortit de la salle de bain du Sunny et traversa tranquillement le pont. Brook et Chopper étudiaient un prospectus de la ville pour décider de la suite de leur programme et Zoro les dépassa en direction de sa chambre. Le reste de l'équipage était toujours sur l'île Vorgo.

Quelques heures auparavant, le bretteur avait été désigné pour accompagner Franky afin de refaire les réserves de cola et cela ne leur avait pas pris trop de temps. De retour au Sunny, le cyborg était ensuite reparti avec Ussop et Luffy à la recherche de pièces spécifiques pour la construction d'un moteur en vue de leur prochain scooter des mers et constatant que le cuisinier n'était pas encore revenu à ce moment-là, le sabreur en avait profité pour se préparer. Le blond lui avait en effet donné rendez-vous pour le déjeuner.

Une fois à l'intérieur de la chambre, Zoro se dirigea vers son armoire et l'ouvrit. Il fronça alors à nouveau les sourcils en remarquant qu'il ne lui restait plus qu'une tenue disposée précisément au milieu de son étagère. Il haussa néanmoins rapidement les épaules pour s'en saisir. Il n'avait sans doute pas fait attention au fait que tous ses vêtements étaient sales et il devrait s'en préoccuper en rentrant mais en attendant, il avait une tenue propre et c'est tout ce qui comptait.

Le sabreur laissa tomber sa serviette et enfila ses habits sans plus se poser de question.


Sanji pesta et ajusta le col de son tee-shirt devant la glace de sa chambre. Il avait pris le temps de faire un détour par le pressing du centre-ville mais sa chemise était belle et bien fichue. Il avait donc déposé ses énormes réserves de provision dans la cuisine et après les avoir rangées, il avait ouvert son armoire en quête d'une tenue suffisamment élégante et décontractée malgré l'absence de sa chemise de marque préférée. Il avait ainsi fait plusieurs essais et avait fini par se décider pour un pull gris chiné en cachemire et un jean écru faisant ressortir sa taille élancée. La chance était de son côté puisqu'aucune averse n'était tombée depuis que l'équipage avait amarré le Sunny et l'air était suffisamment doux pour qu'il ne s'encombre pas d'un manteau malgré les nuages amoncelés dans le ciel. Le cuisinier se recoiffa ensuite rapidement avant de jeter un dernier coup d'oeil dans la surface réfléchissante.

En arrivant, il avait craint que l'escrimeur ne soit pas encore rentré ou pire, qu'il se soit perdu, mais Brook et Chopper lui avaient assuré l'avoir vu traverser le pont peu de temps auparavant. A présent, le sabreur devait probablement l'attendre et il s'agaça devant sa propre nervosité. Ce n'était qu'un déjeuner et une sortie avec Zoro sur une île quelconque, ce n'était pas le rendez-vous galant le plus romantique de l'année! Et pourtant. Sanji comptait sur les doigts d'une main le peu de fois où le sabreur et lui s'étaient retrouvés seuls avec l'idée affirmée de vouloir passer du temps ensemble. Comme un couple normal.

Le blond soupira. Leur dernier rendez-vous avait tourné court lorsque l'épéiste avait fini par se battre avec un serveur aux manières trop sophistiquées qui l'avait mis mal à l'aise. Après coup, le cuisinier s'était rendu compte qu'il avait placé la barre trop haut ce jour-là mais lors de leur précédente sortie, c'était Zoro qui l'avait entraîné dans un bar à bières et Sanji n'avait profité de rien hormis des rires assourdissants et de leurs voisins trop saouls pour se rendre compte qu'ils vomissaient leurs tripes à deux centimètres de ses chaussures.

Aujourd'hui était donc crucial. Il n'était pas parvenu à décrocher une réservation dans les restaurants qu'il souhaitait mais il avait remarqué plusieurs petits établissements sur le port et parmi tous ceux disponibles, il comptait bien pouvoir obtenir deux petites places. L'important était de trouver une atmosphère simple et chaleureuse qui leur permettrait à tous les deux de se comporter naturellement et ainsi d'être détendus pour profiter de leur moment ensemble.

Après une énième inspection de sa tenue, Sanji referma la porte de son armoire d'un geste décidé et sortit enfin de la chambre pour se retrouver sur le pont. Il était prêt.

Il allait prendre une grande inspiration pour hurler à son compagnon de ramener sa carcasse lorsque ce dernier fit irruption dans son champ de vision.

"Alors cuistot, on y va?"

Sanji referma sa bouche, sous le choc. Non seulement ce dernier l'avait devancé mais en plus, son apparition lui avait littéralement retiré tout l'air compris dans ses poumons et le cuisinier n'était plus capable d'émettre un son. En effet, il ne pouvait que dévorer des yeux sa silhouette parfaitement moulée dans un tee-shirt blanc immaculé et un jean noir du plus bel effet sur ses hanches musclées. Zoro avait bien sûr trouvé le moyen de faire tenir ses sabres à sa ceinture mais étrangement, Sanji ne pouvait lui en vouloir, son côté viril atteignant des sommets.

"Cuistot?"

Le concerné hocha vaguement la tête, bien trop occupé à détailler le blouson en cuir noir cintré et à effet patiné ouvert sur son torse qui le mettait incroyablement en valeur. Essayant néanmoins de se secouer, il releva lentement les yeux vers son visage mais les cheveux verts en bataille de l'escrimeur lui donnaient un air indompté autant que séducteur et ses boucles d'oreille scintillantes renvoyaient au blond une image sortie tout droit de ses fantasmes les plus torrides.

Papillonnant des yeux, il retrouva finalement l'usage de ses jambes et s'approcha d'un pas lent.

"T'as... Où t'as trouvé ça, tête de gazon? lui demanda-t-il, la gorge sèche.

- Ça?"

Le sabreur jeta un coup d'œil rapide à ses propres habits avant de hausser les épaules.

"C'est Nami et Robin qui m'ont obligé à les acheter sur une des dernières îles qu'on a visité. Je voulais pas les prendre, c'est pas assez confortable pour s'entraîner mais pour sortir, j'imagine que ça ira. De toute façon, il restait que ça dans mon armoire alors faudra faire avec. "

Sanji le dévisagea à nouveau, avalant sa salive pour ne pas baver directement sur ses chaussures.

"On fera avec, répéta-t-il d'une voix un peu trop mécanique à son goût. C'est… pas si mal."

Zoro sembla se satisfaire de sa réponse et, visiblement totalement inconscient de l'émoi de son compagnon, sauta au bas du bateau.

De son côté, Sanji prit une seconde pour fermer les yeux et vouer à ses princesses une reconnaissance sans limite avant de s'élancer à son tour par-dessus la balustrade du Sunny. Finalement, ce rendez-vous était peut-être le bon...


"C'est plutôt sympa en fait ici."

Sanji se mordit les lèvres, ne pouvant s'empêcher d'être déçu. Zoro et lui avaient arpenté le bord de mer pendant près d'une heure sans parvenir à trouver une table parmi les restaurants que le blond avait sélectionnés. Les ressources marines de l'île et leur diversité improbable étaient telles que les réservations s'étalaient sur des mois et le cuisinier avait fini par s'arrêter devant une brasserie plutôt commune. La carte n'offrait pas de spécialités locales et les clients étaient plutôt bruyants mais au moins, l'ambiance était décontractée et le sabreur avait eu l'air d'apprécier, déposant immédiatement ses sabres contre son siège tandis que le blond inspectait le menu d'un œil critique.

Finalement, il avait commandé un verre de vin blanc pour accompagner une part de dos de cabillaud et de riz aux petits légumes quand l'épéiste avait demandé une assiette de confit de canard entouré d'une montagne de pommes de terre sarladaises. Sans oublier une bouteille entière de vin rouge après avoir surpris le regard suspicieux du cuisinier sur lui lorsqu'il avait voulu réclamer du saké.

A présent, le blond sirotait son verre en attendant son plat tout en essayant de voir le bon côté des choses. Après tout, Zoro faisait des efforts lui aussi et c'était sur cet aspect qu'il devait se concentrer.

"Je suis désolé, Monsieur, il n'y a plus de dos de cabillaud."

Sanji releva les yeux vers le serveur qui venait de lui apporter la mauvaise nouvelle d'un air désolé. Il reposa son verre et soupira.

"Qu'est-ce que vous avez d'autre?

- L'entrecôte, la bavette, le burger végétarien et la salade du Chef!

- Qu'est-ce qu'il y a dans votre salade? voulut savoir le cuisinier.

- De la salade romaine, des tomates confites, un œuf, un toast au chèvre chaud et du parmesan, énuméra aimablement le serveur.

- Bon… Enlevez le parmesan et ajoutez un peu de canard à la place. Vous avez ça, j'espère? Sinon, prenez un morceau de son assiette, fit-il en désignant le sabreur à ses côtés.

- Bien sûr, Monsieur. Nous avons du magret.

- Ça ira, approuva le blond en sortant son paquet de cigarettes.

- Mon assiette est prête? demanda alors l'escrimeur.

- Euh oui mais nous attendions d'avoir préparée les deux", répondit le serveur, gêné.

Zoro jeta un coup d'œil à son compagnon dont le briquet venait d'enflammer sa cigarette et devant l'attente évidente du bretteur, celui-ci haussa les épaules.

"Fais comme tu veux", marmonna-t-il en soufflant sa fumée.

L'épéiste confirma sa volonté en un regard auprès du serveur et celui-ci hocha la tête avant de s'éloigner.

Une minute plus tard, le sabreur attaquait sa part avec appétit et Sanji fronça le nez d'un air agacé.

"Salade du Chef, tu parles. Mettre deux fois du fromage dans le même plat, c'est une erreur de débutant...

- Leurs patates sont bonnes, l'informa Zoro en enfournant une énorme bouchée.

- Je vois ça. Elles baignent dans la graisse", maugréa le blond en écrasant son mégot dans le cendrier.

L'escrimeur planta alors sa fourchette dans l'une d'elles.

"Goûte, cuistot. Celle-là trempe pas dedans."

Sanji hésita mais il devait reconnaître que les effluves de nourriture lui donnaient faim et que le sabreur pense à partager sa part avec lui était également plutôt plaisant. Il approcha sa main de la fourchette pour la lui prendre mais Zoro secoua la tête, un sourire amusé au coin des lèvres.

"Ouvre la bouche."

Le cuisinier le dévisagea avant de lever les yeux au ciel devant son air ravi.

"Espèce d'obsédé", marmonna-t-il en obéissant néanmoins.

Zoro eut un large sourire en lui fourrant la fourchette dans la bouche et Sanji croqua la pomme de terre.

"C'est pas si mal, admit-il. Ils ont bien assaisonné avec l'ail.

- Goûte ça maintenant."

Le bretteur lui tendait à présent une bouchée de canard et Sanji ne put s'empêcher de sourire devant son regard suggestif.

"T'as déjà envie d'un dessert, tête d'algue? répliqua-t-il en se penchant à nouveau, son regard rivé au sien.

- On pourrait le prendre sur la plage, approuva son compagnon.

- Ça me parait une bonne idée…

- Hé ben, si c'est pas mignon !"

Sanji se figea avant de se renfoncer lentement dans son siège. Relevant les yeux, il tomba sur le regard goguenard d'un gros homme entouré de deux autres légèrement en retrait derrière lui et qui venaient de pénétrer dans la brasserie. A voir leur dégaine pleine d'assurance et le Jolly Roger mal tatoué sur leurs avant-bras, ils étaient visiblement des pirates.

"Ma parole, je croyais que c'était une légende mais on dirait bien que la rumeur était vraie !"

Le blond fronça les sourcils avant d'attraper une nouvelle cigarette avec ses dents tandis que de son côté, Zoro continuait d'engloutir son assiette sans émotion.

"Messieurs, nous avons une table pour trois par ic-

- Chui pas sûr de vouloir rester maintenant que j'sais quel genre de clients vous acceptez, coupa l'homme à l'adresse du serveur. J'veux dire, je sais que l'argent est important mais là…"

Un sourire mauvais aux lèvres, il reporta son regard vers le blond qui releva la tête à son tour vers lui.

"Bouge de là, t'empêche les clients de rentrer", lui fit calmement remarquer le cuisinier en soufflant sa fumée.

Face à lui, le gros pirate éclata de rire.

"C'est pas moi qui fait fuir la clientèle, la Jambe Noire! A mon avis, si quelqu'un doit être dégoûté, c'est plutôt à cause de toi et de tes manières de pédale!"

La mâchoire du blond se contracta et à côté de lui, il sentit Zoro ralentir la cadence de sa mastication. Autour d'eux, le restaurant devint tout à coup silencieux, les serveurs se figeant et les clients se crispant sur leurs chaises.

Sanji prit alors une profonde inspiration pour se caler un peu plus dans son siège tout en croisant les jambes.

"Wow. Ça doit bien faire trois mois que j'y ai pas eu droit, commenta-t-il en tirant ostensiblement sur sa cigarette. Faudrait voir à vous renouveler un de ces jours.

- Toutes mes excuses, ricana l'homme pendant que ses deux compagnons s'esclaffaient aussi. Faut dire qu'un équipage de tarlouzes, ça fait jaser!"

Les mains du cuisinier blanchirent lorsqu'elles s'enfoncèrent trop profondément dans les accoudoirs de sa chaise et le sourire de l'homme s'accentua.

"On a tous eu du respect pour le chapeau de paille après qu'il ait buté deux Grands Corsaires et avec son statut de Supernova. Mais qu'il autorise des pédés dans son équipage, ça nous a permis de bien comprendre une chose : ce mec est comme vous, une raclure."

Le blond sentit son corps se raidir mais il s'obligea à détendre son pied qui le démangeait furieusement. Avec l'avancée de leur relation, le sabreur et lui n'avaient jamais cherché à se cacher sans pour autant se montrer exagérément mais avec la renommée grandissante de Luffy, les rumeurs n'avaient pas été longues à faire le tour de Grand Line. Et s'il avait appris à encaisser les insultes concernant Zoro et lui, celles envers l'équipage et son capitaine lui restaient toujours en travers de la gorge.

"Tu lui diras toi-même quand il sera le Roi des Pirates", répliqua-t-il finalement, les dents serrées.

L'homme prit son attitude pour de la peur et il eut un rire méprisant avant de se tourner posément vers le sabreur qui l'observait tout en finissant son assiette.

"Je dois dire que ça m'a surtout étonné de ta part, Roronoa, reprit-il alors. T'avais déjà une réputation avant et beaucoup de mecs t'admiraient…"

Zoro continua posément de mâcher tout en soutenant son regard, comme indifférent à ses paroles.

"J'comprends que tu veuilles lui montrer qui est le patron mais de là à t'afficher avec lui comme ça… T'as oublié ce que les nanas peuvent faire, mec?"

Le silence était désormais assourdissant et le sabreur avala sa bouchée de pommes de terre avant d'attraper sa bouteille sans daigner lui répondre. Le gros pirate secoua la tête. Il se détourna ensuite et fit quelques pas en arrière, ses compagnons s'écartant pour le laisser passer.

Arrivé devant une table, un air appréciateur illumina son visage et il attrapa le bras d'une jeune fille brune qui fut arrachée de sa chaise sous le regard impuissant de son petit-ami. Il se tourna alors à nouveau vers le bretteur pour l'exhiber.

"Regarde celle-là, elle est pas mal! Elle a tout ce qu'il faut là où il faut et je suis sûr que ça pourrait te remettre les idées en place! Qu'est-ce que t'en dis?"

Zoro se contenta de continuer à boire, les yeux rivés aux siens. Amusé par son silence, le gros pirate eut un sourire torve.

"Fais pas ton timide, montre-nous ce que tu sais faire. Démon de East Blue."

A ces mots, il projeta violemment la jeune fille dans sa direction et celle-ci hurla, tentant de se protéger de l'impact avec ses mains. Elle allait percuter la table lorsqu'elle fut rattrapée par le bras gauche de l'épéiste qui avait repoussé l'obstacle. Zoro la redéposa ensuite sur ses pieds avant d'enfin retirer le goulot de sa bouche de sa main droite puis il dévisagea tranquillement le pirate qui l'observait avec amusement.

"Mauvaise idée, lui fit alors remarquer le sabreur.

- Quoi?"

Un énorme impact dans le ventre lui répondit lorsque le pied en feu du cuisinier de l'équipage du chapeau de paille propulsa le gros pirate contre le mur du restaurant, renversant les tables en tous sens. Les clients sortirent de leur torpeur, pris de panique, et se ruèrent vers la sortie tandis que la jeune femme aux côtés de Zoro s'enfuyait également. Immédiatement, les deux acolytes voulurent s'en prendre au blond et l'épéiste s'empara de ses sabres pour les faucher en deux coups précis.

A quelques pas, Sanji ne daigna pas même leur adresser un regard, les yeux fixés sur l'homme au fond de la salle qui se relevait doucement. La fureur faisait trembler tous ses membres et il arma de nouveau son pied d'un halo de feu avant de se diriger dans sa direction, bien décidé à en finir.

Le pirate sentit l'attaque venir et il sortit un long couteau de sa ceinture que le cuisinier para rapidement du plat de sa chaussure. L'homme tenta ensuite de le frapper au visage mais le cuisinier était plus rapide et son ennemi prit un coup de genou dans le thorax qui lui fit lâcher son arme avant de se retrouver plaqué à nouveau contre le mur par le pied de son adversaire sur sa gorge.

"Tu me fous la gerbe à t'attaquer aux femmes comme ça", cracha le blond, les dents serrées autour de son mégot.

Son pied appuya un peu plus sur sa prise et le pirate tenta de remuer pour échapper à la douleur, le front soudain perlé de sueur.

"Si j'te recroise et que tu leur manques encore une fois de respect, je t'arracherais le peu de virilité qu'il te reste entre les jambes pour te les faire bouffer. Pigé?"

L'homme baragouina quelque chose d'incompréhensible et Sanji le relâcha brusquement, le laissant s'écrouler au sol pour reprendre son souffle. Le cuisinier se pencha alors à nouveau vers lui pour le saisir par le col lorsqu'une voix l'interpella.

"Hé bien, Monsieur la Jambe Noire, je pense que la leçon a été comprise."

Le blond se retourna pour évaluer le nouvel arrivant du regard tandis que ce dernier le contemplait également, un sourire doucereux aux lèvres. Grand, athlétique et visiblement musclé, il reconnut immédiatement l'emblème du pirate sur son chapeau qui le désignait comme le capitaine des trois hommes que Zoro et lui venaient de mettre au tapis. Derrière lui, une dizaine de pirates avaient également investi les lieux.

"Mes hommes peuvent parfois avoir un jugement emporté mais si vous aviez la bonté de leur pardonner leur écart pour cette fois, je vous en serais très reconnaissant."

Sanji plissa les yeux, ne desserrant pas sa prise sur l'homme qu'il tenait.

"Qu'il se casse d'ici sans faire de vague, répliqua-t-il sans le lâcher du regard. Je maintiens ce que j'ai dit.

- Quel pirate seriez-vous si ce n'était pas le cas?" approuva le nouveau venu d'un air visiblement ravi.

A ces mots, il fit signe à ses hommes qui se précipitèrent pour ramasser leurs deux camarades aux pieds du sabreur. Ils s'approchèrent ensuite du blond qui relâcha d'un air méprisant leur compagnon et ils l'aidèrent à se remettre sur ses jambes avant de s'éloigner rapidement.

Leur capitaine se tourna alors vers les deux pirates du chapeau de paille tout en faisant un signe de tête au patron de la brasserie figé derrière son comptoir.

"Messieurs, veuillez-nous excuser pour le dérangement."

Il fit demi-tour et son manteau vola derrière lui une seconde avant qu'il ne disparaisse par la porte, le reste de son équipage avec lui.

Sanji retira enfin la cigarette de ses lèvres, toujours furieux.

"Putain de facho…"


Sanji contemplait d'un air absent les reflets scintillants de la mer. Le vent soufflait par intermittence et les nuages gris continuaient de défiler mais l'absence de pluie laissait les voyageurs et les habitants profiter de l'après-midi. Assis en tailleur dans l'herbe un peu en hauteur par rapport au rivage, le blond entendait les vagues s'échouer mollement sur le sable et les mouettes crier au-dessus de la plage en contrebas. A ses côtés, le sabreur avait étalé ses jambes et ses yeux fermés laissaient penser qu'il s'était endormi malgré qu'il soit en appui sur ses mains.

Après l'incident au restaurant, le patron avait été contraint de fermer pour remettre de l'ordre dans son établissement et le cuisinier s'était acheté une crêpe pour compenser son repas perdu. Cependant, depuis près de vingt minutes que le sabreur et lui s'étaient installés en retrait de la ville pour profiter d'un moment de solitude, il l'avait à peine entamée.

"Zoro, tu crois que…"

Ce dernier ouvrit un œil pour l'interroger du regard et Sanji reporta le sien vers la mer.

"Tu crois qu'ils ont raison? Qu'on est…"

Devant l'hésitation perceptible de son compagnon, l'escrimeur fronça les sourcils.

"Qu'on est quoi, sourcil en vrille? Des pédales?"

A ces mots, le blond se raidit avant d'envoyer un léger coup de genou dans les jambes de son compagnon.

"Mais non, abruti! Et puis ne parle pas comme ça, c'est un rendez-vous romantique là! s'agaça-t-il. Enfin, c'était…"

Zoro haussa les épaules et Sanji soupira. S'il avait cru il y a quelques heures que leur sortie avait enfin une chance de bien se passer, la réalité lui avait une fois de plus démontré qu'il avait eu tort. Il avait rapidement dû s'adapter au climat hostile que pouvait déclencher sa relation avec le sabreur de l'équipage et même s'il avait appris à en faire abstraction assez facilement, il ne pouvait empêcher une certaine culpabilité de le gagner parfois.

"Alors quoi?" grogna soudain le bretteur qui attendait toujours.

Le cuisinier se mordit les lèvres, ne sachant plus comment aborder le sujet.

"Je sais pas… Peut-être que sans le vouloir, on est un poids, marmonna-t-il finalement en fixant l'horizon.

- Un poids?

- Ouais. Pour Luffy."

Son compagnon haussa un sourcil, clairement surpris, et Sanji soupira à nouveau.

"Je sais qu'il se fout de ce qu'on peut dire sur lui ou sur nous mais la vérité, c'est que ça attire les connards. Et si un jour, il se fait attaquer à cause de nous?"

Zoro le contempla tranquillement en retour.

"Tu crois qu'il va défoncer combien de connards avant d'être le Roi des Pirates?"

Le cuisinier secoua la tête.

"Justement, son objectif est déjà suffisamment démesuré, pas la peine de lui en rajouter, bougonna-t-il.

- T'as l'air d'oublier une chose", l'interrompit alors l'épéiste.

Sanji releva les yeux vers son compagnon, perplexe.

"Luffy n'est pas seul, on est là pour défoncer ces connards avec lui. Tu vas les laisser piétiner le rêve de ton capitaine, cuistot?"

Le blond plissa immédiatement les yeux.

"Plutôt crever."

Le sabreur approuva, un large sourire aux lèvres, puis attrapa la main du cuisinier pour croquer largement dans la crêpe qu'il tenait.

"Alors profite de prendre des forces, tu m'as promis un dessert", lui rappela-t-il avec un sourire entendu.

Sanji ne put empêcher un sourire d'étirer ses propres lèvres tandis que la tension contenue dans son corps se relâchait malgré lui. Il porta alors le reste de sa crêpe à sa bouche, détaillant à nouveau la silhouette de son amant.

"Pour notre prochain rendez-vous, je veux que tu remettes ces vêtements, tête d'algue."

Zoro éclata de rire.


Vous sentez le virage par rapport à En équilibre? Je ne veux pas en faire trop mais je veux définitivement les inscrire dans un contexte plus sombre, plus réel aussi.

J'espère que les premières scènes vous ont également fait sourire, j'ai essayé de faire en sorte qu'elles soient crédibles pour notre couple infernal!