Me revoilà avec le chapitre 3 de cette chère Amelia Greenwood ! Un grand merci à ceux et celles qui me soutiennent :)


Chapitre 2Amelia Greenwood, experte en humiliation cuisante, enchantée !

Je m'avançai laborieusement dans le vestiaire, tremblante des orteils au cuir chevelu. J'aurais dû me réjouir d'entrer enfin dans cette salle bénie, mais ces murs, que j'avais imaginés si purs et amènes, me semblaient cracher des flammes en ricanant sur mon triste sort. On aurait dessiné trois gigantesques "six" avec du sang que je me serais sentie aussi bien accueillie que lorsque j'entrai, fuyant les regards des filles déjà en tenue.

Aïe. Première difficulté : comment allais-je m'habiller ? Mes parents n'avaient jamais trouvé utilité à me pourvoir d'une tenue de Quidditch — après tout, pourquoi s'embêter hein ? — aussi me retrouvai-je flanquée au milieu de la pièce, les bras ballants, en jean et baskets, le visage rouge homard. Mais dans quoi m'étais-je embourbée, crédiou !

« Tu es perdue ? demanda une des filles d'un ton mielleux — exactement comme si j'avais eu trois ans.

— Euh, ben euh, voui, non, bafouillai-je — mon visage me brûlait tellement que j'imaginais bien l'abominable couleur aubergine qu'il devait avoir atteint à l'heure qu'il était.

— Idiote, siffla une autre entre ses dents et pendant un instant je crus qu'elle s'adressait à moi. Ne t'inquiète pas, Greenwood, ajouta-t-elle en insistant sur mon nom alors que l'autre émettait un stupide « Oooh! » indiquant qu'elle avait compris sa bourde, on va te trouver une robe et des bottes. Où est ton balai ? ajouta-t-elle en fronçant les sourcils. »

Je restai muette un instant, gravant l'absurdité de la scène dans ma mémoire pour le reste de mes jours, puis un fou rire s'étrangla dans ma gorge en un gargouillis horrible — je venais de prendre conscience que je n'avais même pas de balai en ma possession. Formidable ! Quelle après-midi fantastique ! Quel jour étions-nous ? Dimanche. Quelle délicieuse coïncidence !

Quand ma coéquipière Serdaigle comprit que j'étais arrivée les mains et les poches aussi vides qu'un de mes tiroirs de chaussettes — était-ce ma faute si elles disparaissaient toutes au fil du temps ? Non. —, elle ouvrit des yeux ronds. Ce fut à ce moment-là qu'un rire démentiel émana de ma bouche, échappant à mon contrôle, et je dus m'asseoir pour ne pas me rouler en boule, bien que l'idée de me transformer en hérisson effrayé était plus que tentante.

Une fois calmée, je suivis la première fille dans une espèce de demi-conscience jusqu'à une étagère où étaient entreposés les rechanges. Aussi naturelle qu'un automate, j'enfilai une robe qui ressemblait plus à plusieurs morceaux de chiffons rapiécés de trop nombreuses fois, et dont l'odeur n'était pas spécialement ragoûtante. Bon. Même si j'étais loin d'être lucide, au moins, j'étais habillée et on m'avait dégoté un balai convenable.

Et maintenant quoi ? Je devais marcher fièrement hors des vestiaires et saluer la plèbe ? Et après ? Monter sur mon balai, serpenter quelque temps autour du Souafle et m'acharner à attraper le Vif d'Or ou m'appliquer à ne pas me tordre les poignets en m'emparant d'une batte ? Ou alors je pourrais simplement nier mon appartenance aux Greenwood, accuser la direction de s'être méprise et d'avoir changé une lettre de mon nom de famille à mon entrée à l'école, me lancer un sort et dégobiller l'intégralité de mon repas sur les pieds du capitaine pour qu'il me renvoie aussi sec aux vestiaires, me blesser volontairement et annoncer que, quel dommage ! je ne pourrais pas jouer — mais ayant une frousse dantesque de la moindre petite douleur, je laissai tomber cette option.

Malheureusement, mes petites conspirations tombèrent illico à l'eau — dans ma semi-conscience, j'avais docilement suivi mes « coéquipières » sur le terrain — ah les traîtresses ! Je sentis mes jambes lâcher et dus me retenir à mon balai pour ne pas m'étaler minablement sur le sol. La honte me tordit les entrailles et me donna la nausée quand je levai les yeux — mais, malheureuse, comment l'idée de ce geste aussi abject a pu te monter à la tête ? Mon cœur s'amusait à battre aussi vite qu'un balai à réactions alors que je m'apercevais que les gradins, quoique loin d'être remplis, grouillaient d'élèves de toutes les couleurs. Véritable boule de nerfs, je suivis les autres jusqu'au milieu du terrain, priant pour la rédemption.

« Bonjour à tous, lança bientôt le capitaine — j'avais oublié son nom, appelons-le Bob. »

Le silence s'installa immédiatement sur le terrain et dans les gradins. Avec mes oreilles bouchées par l'angoisse, les sons avaient été étouffés et je pris conscience de l'ampleur des bavardages autour de nous maintenant qu'on pouvait entendre les Joncheruines voler — quoi ? mais qu'est-ce que je raconte ?

« Bien, continua Bob en criant à moitié — et heureusement, parce qu'avec ce fichu coton dans les oreilles, je n'entendais pas grand chose —, nous allons commencer par un petit test de vol, rien de bien méchant. Par groupes de quatre, vous allez faire deux tours de terrain. Pendant le premier je regarderai votre maintien, et durant le second, je vous demanderai de pousser votre balai au maximum, c'est compris ? »

Quelques « oui » assez timides eurent l'audace de lui répondre, je restai résolument muette, consciente de la catastrophe qui découlerait de l'ouverture de mes lèvres.

Le premier groupe prit son envol. Je les regardai à peine, la vision floutée par l'horreur dans laquelle je m'étais empêtrée.

« Tu viens Greenwood ? C'est à nous, m'intima la fille qui m'avait aidée dans les vestiaires. »

Je- Quoi ? Pardon ? Je... Qui, moi ? Ahahah. Nope. Nopenopenope.

Mon cerveau eut la merveilleuse idée de se déconnecter à ce moment-là. Aussi péniblement que dans un rêve, je m'avançai, enfourchai mon balai qui tremblait tout autant que moi, et, serrant les dents et les fesses, je laissai mon balai s'envoler, les yeux à demi fermés pour m'épargner un spectacle aussi ridicule que pitoyable.

Je tentai de garder les yeux suffisamment ouverts sur mon trajet, histoire de ne pas me fracasser sur les gradins, malgré l'étourdissement qui m'écrasait le crâne et la mollesse de mes bras tenant à peine le manche de mon pseudo-balai. Heureusement pour ma dignité, l'air frais me ragaillardit et je fixai autant que je le pus des points précis pour ne pas ressentir l'horrible vertige dont je souffrais habituellement. Le premier tour fut étonnamment simple — non. — mais quand nous nous apprêtâmes à entamer le second, je sentis mon corps entier se crisper. Je n'avais tout de même pas oublié comment accélérer en balai ?! Ça aurait été le pompon. Imitant ma voisine, je me penchai en avant et bandai mes muscles au maximum ; je me sentis projetée en arrière mais, grâce au ciel, j'étais tellement crispée que je ne décollai pas de mon balai et accélérai autant que celui-ci me l'autorisait.

Je mis un pied flageolant au sol et, secouée de spasmes, je suivis les autres et nous rejoignîmes le premier groupe qui nous acclama en nous souriant. Merlin, j'avais réussi à passer la première épreuve sans tomber, que pouvais-je espérer de plus ? La pression se relâcha soudainement et je tombai à genoux sur le sol humide, sous les yeux ahuris de mes coéquipiers.

« Faites pas gaffe, marmonnai-je en me balançant d'avant en arrière pour me donner du courage. »

Je respirai exagérément fort — bien qu'il fût connu que je n'exagérais absolument rien — pour oublier ces instants terribles que je venais de vivre. Dire que ça n'avait été qu'un échauffement. Damned. Il n'était pas trop tard pour prétexter un mal de ventre, surtout avec l'affiche que je me payais à ce moment-là, roulée en boule dans l'herbe, mais quelque chose m'empêchait de me plonger tout entière dans ma couardise qui devait certainement jouer aux cartes dans son placard à l'heure qu'il était ; j'avais réussi à me prouver que j'étais capable de tenir sur un balai. Pourquoi ne pas continuer ?

Pourquoi ne pas continuer hein, mais bravo Amelia, bravo, dix sur dix ! pensai-je avec acrimonie quand Bob appela le deuxième groupe — donc le mien — pour passer les essais de gardien. Claquant des dents et des fesses, je me postai sur mon balai et montai lentement dans les airs, cherchant à me positionner convenablement, me contorsionnant avec difficulté. Une première concurrente se plaça devant les trois gigantesques buts ; notre objectif était de tester ses réflexes. N'ayant jamais tenu un Souafle dans mes mains, je n'étais pas très enchantée de devoir jouer les poursuiveuses... mais trop tard, Bob venait de siffler le coup d'envoi. On me lança le Souafle avec conviction, mais je n'étais pas prête ; comment étais-je censée tenir sur mon balai et attraper la boule rouge, tout ça en même temps ? Je lâchai péniblement une main du manche et la tendit pour attraper le Souafle... qui atterrit sur ma tête, rebondit et termina sa course sur le sol.

Si je n'avais pas eu honte au point de désirer disparaître, j'aurais certainement entendu quelques rires dans le public — mais j'étais beaucoup trop occupée à pester intérieurement, encore heureux.

« Greenwood, tu te concentres un peu ? me cria Bob.

— Oh, eh, tu te calmes Bobby, je fais de mon mieux ! Hurlai-je contre mon gré. »

Je me pétrifiai, horrifiée par ma propre voix. Le stress me mettait dans des états pas possibles, oui, c'était ça, c'était le stress... Le brave Bob regarda mon visage cramoisi avec des yeux exorbités et bafouilla.

« Bon euh... Tu préfères peut-être te mettre dans les buts ? »

Je hochai la tête, me promettant intérieurement de travailler sur mon agressivité lorsque je pouvais être exposée à des tensions quelconques. Eddie m'aiderait sûrement... Oh, par Merlin ! Eddie ne devait pas être dans les gradins, il détestait le Quidditch. Ouf. Le savoir épargné de cette démonstration monstrueuse me remontait un peu le moral.

« Bonne chance, grommela la fille que je remplaçais aux buts. »

J'avalai ma salive avec difficulté — et de travers, pour couronner le tout — et toussai à m'en recracher les poumons tout en me stabilisant péniblement. Je sentais les regards perçants derrière moi et entendais les ricanements sonores et les railleries de quelques énergumènes peu fréquentables. Aussi raide qu'une statue tremblotante de partout sur mon balai, j'attendis le coup de sifflet de Bob, me préparant mentalement à l'épreuve qui m'attendait.

J'étais allée tellement loin, je ne pouvais pas m'arrêter en si bon chemin ! Greenwood or not Greenwood ? Prends ça dans les dents Franky.

Bob siffla le coup d'envoi. Mes dents s'amusaient à faire des claquettes et quand bien même ce fût désagréable d'avoir un ballet dans la bouche, je me concentrai sur le Souafle de toute la force dont j'étais dotée. J'avais lu des tonnes et des tonnes de bouquins sur l'art d'être gardien, mais lever les mains et rester stabilisée sur son balai était plus réalisable en théorie qu'en pratique. Sans réfléchir, je me jetai vers l'anneau de gauche quand on m'envoya le Souafle et réussit — il s'en fallu tout de même de peu — à ne pas tomber et à éviter que la petite boule rouge n'entre dans le cercle doré.

Des « Aah ! » s'élevaient alors que je me débattais pour garder au moins une jambe sur mon balai. Le souffle court, mais exaltante, je me replaçai, le visage rougi par l'effort, la honte et la fierté — reprends ça dans les dents, Franky. Bob demanda cinq autres essais. Je réussis, toujours à peu de chose près, à éloigner le Souafle de l'anneau de droite et me replaçai directement à l'anneau central — ne jamais rester sur les côtés, m'avait appris Le Quidditch pour les Nuls.

Je commençais à prendre un peu d'assurance, quand bien même j'étais toujours aussi crispée de l'arrière-train et que mes dents continuaient leur insupportable cadence, mais j'étais tellement concentrée que mon mal de mer s'était volatilisé. À la quatrième tentative, j'arrivai même à ne pas flancher sur mon balai, alors que je levai les deux mains. Bob siffla le dernier coup et, enhardie par mes quatre premières tentatives rudement réussies, je regardai les poursuiveuses zigzaguer vers moi. Je crus un instant qu'elles allaient envoyer le Souafle dans l'anneau de gauche, aussi étais-je préparée pour celui-ci, mais au dernier moment, elles se décidèrent pour l'anneau de droite. Prise de court, je tournai violemment mon balai et faillis tomber à la renverse, ce qui me coûta certainement une seconde de trop. Je me ruai sur mon objectif et essayai de shooter dans le Souafle mais trop tard ; je le regardai, impuissante, voleter de l'autre côté pendant que des acclamations dégoûtées éclataient derrière nous.

Je n'eus cependant pas le loisir de comprendre ce qui pouvait se passer ; on m'avait prévenue que mon balai n'était plus tout jeune, mais je ne m'étais pas attendue à ce qu'il ne s'arrêtât pas quand je lui en donnai l'ordre. Au lieu de me poser en douceur, il fonça sur l'anneau le plus proche. Je n'eus pas le temps de baisser la tête, mon crâne avait déjà heurté le métal doré.


Ma tête tournait encore quand j'ouvris les yeux pour apercevoir le visage peu affable de la pourtant si délicate Mme Pomfresh. Je refermai les yeux en grimaçant. J'avais l'impression que quelqu'un s'amusait à cogner deux barres de métal près de mes oreilles et qu'un insecte s'était faufilé dans mon crâne et me dévorait de l'intérieur. Prodigieux. Le rêve.

« Les visites sont terminées, si je dois le répéter encore une fois...! grondait Mme Pomfresh dans mes oreilles meurtries. »

J'entendis des bruits de pas précipités, puis la porte se refermer et Pompom, en râlant, déboucha une bouteille à côté de moi, dont les effluves me retournèrent le cœur.

« Oh, ne grimacez pas Miss Greenwood, au moins vous n'aurez plus cette vilaine bosse d'ici demain. »

Qu- Une bosse ? Je ricanai bêtement en donnant un coup de pied monumental à ce que j'avais cru être un insecte — en pensée, bien sûr — mais m'arrêtai bien vite quand ma bosse m'élança de nouveau et grimaçai.

« Ça vous fait rire, hein ? On n'a pas idée de donner des vieux balais à des essais de Quidditch, quelle idée saugrenue. »

Ah, mais oui, les essais. Quelle idée saugrenue, je ne vous le fais pas dire.

« Quand vous vous sentirez mieux, avalez ça, et dormez. »

Je n'eus pas le temps de grommeler une réponse qu'elle était déjà partie.

Je me tournai dans mon lit, essayant d'échapper aux relents insoutenables de la potion infernale posée à mon chevet. J'avais du mal à me rappeler les événements de la journée tant mon crâne me semblait lourd et mes idées compliquées à rassembler de manière cohérente. Je me souvenais uniquement d'un coup vigoureux au niveau de mon front et peut-être un Souafle et mes dents claquant les unes contre les autres.

« C'est gentil de me tenir compagnie, lança une voix amusée alors que je clignais des yeux et passai une main floue devant mon visage pour vérifier que je n'étais pas devenue aveugle. »

Je sursautai et manquai de tomber de mon lit. La vision obscurcie par le contrecoup de ma cruelle blessure, je tournai la tête dans toutes les directions pour apercevoir, dans le lit voisin au mien, celui que je connaissais sous le pseudonyme de Charlie Weasley — loin de moi l'idée de me compter parmi ses plus ferventes admiratrices, mais je devais admettre que ce jeune homme avait un certain don en Quidditch et penser qu'il pouvait égaler mes frères et sœurs me faisait jubiler plus que de raison. Je hochai la tête, gênée, et sentis mes joues se colorer. Ah, moi qui pensais être tranquille, je m'étais lourdement trompée. Pourquoi fallait-il toujours qu'on me voit en mauvaise posture ..? Les souvenirs resurgissaient, lancinants, dans ma tête meurtrie, et j'avais très peu d'inclination à discutailler avec lui — ou avec n'importe qui d'autre à part mon orgueil blessé.

Dire que je ne connaissais même pas les résultats de mes essais... J'avais peu de chances d'être retenue, certes, n'ayons pas peur des mots, mais cet après-midi, bien que lamentable... Non, d'accord, elle avait été lamentable, point barre. Et même me retrouver flanquée d'un éphèbe comme pouvait l'être ce charmant Weasley ne me remontait pas le moral. En plus il parlait beaucoup trop fort.

« Tu es Amy Greenwood non ? continua-t-il sur le ton de la conversation — attendez, « Amy » ?! Raaah.

— Amelia, grommelai-je en me détournant.

— Pardon ? cria-t-il en fronçant les sourcils.

— Je m'appelle Amelia, répétai-je fort étonnée, en poussant sur ma voix éraillée à force de ne pas avoir parlé pendant ma convalescence. Et toi tu es Charlie Wheatley ? ajoutai-je en me trompant délibérément — quoi ? Il m'avait appelée Amy, j'avais le droit d'être un poil peau-de-vache aussi. D'ailleurs je l'appellerai toujours comme ça maintenant. Toc.

— Super ! hurla mon voisin en m'adressant un large sourire. Tu dois être contente. »

Que-Quoi ? Je le regardai avec des yeux ronds alors qu'il levait les deux pouces à mon attention, visiblement très content. Je m'assurai qu'il n'y avait personne à qui il aurait pu s'adresser mais nous étions décidément seuls, à l'exception d'un autre garçon qui dormait à poings fermés.

Au secours.

Mme Pomfresh sortit de son bureau au moment où il se mettait à chanter — hurler plutôt — Mais qui a volé mon chaudron — heureusement d'ailleurs, parce que même cachée au fond de ma couette, je n'aurais pas été tranquille — et accourut, une potion dans la main.

« Ah, je vous jure, l'entendis-je marmonner, ces disputes dans les couloirs, j'en ai ma claque. Taisez-vous donc, Mr Weasley, et buvez ça. »

Wheatley but la petite fiole que lui tendait Mme Pomfresh et tomba lourdement sur son oreiller, les yeux fermés, mais je ne m'autorisai à lâcher le bord de mes couvertures que quand elle se tourna vers moi.

« Je suis désolée, Miss Greenwood, Mr Weasley et Mr Stevenford ont été victimes d'une échauffourée dans les couloirs ce matin, tous les deux victimes du sortilège de Sourdoreilles, c'est bien dommage d'être sourd comme un pot à cet âge-là, se crut-elle obligée d'ajouter. Je pensais que la dose que je leur avais administrée marcherait suffisamment bien pour les faire dormir, mais visiblement, elle a fortement assommé l'esprit de Mr Weasley qui ne l'entendait pas ainsi. »

Ah, la vieille Pompom, toujours le mot pour rire ! Je ricanai mais me tus en voyant les sourcils de l'infirmière se redresser avec mépris.

« Vous aussi, vous devriez dormir, me confia-t-elle d'une voix glacée. »

Je me hâtai de me mettre en pyjama, puis de prendre la fiole à côté de ma tête et, malgré les miasmes dégoûtants, je m'obligeai à l'avaler sans la recracher illico-presto. Je sentis l'épais liquide passer ma gorge et s'étaler dans mon corps avec autant de grâce que de la confiture qu'on aurait laissée couler dans des tuyaux et avant d'avoir eu le temps de dire « Pouah », je sombrai dans un sommeil sans rêves.

Aïe. Ma tête. J'ouvris les yeux et avalai péniblement ma salive. Mes lèvres me semblaient soudées et ma bouche collante et pâteuse. Je me trouvais — toujours — à l'infirmerie, mais cette fois, le soleil filtrant à travers les fenêtres donnait un certain charme à l'endroit. Si tant est qu'on pouvait trouver une infirmerie charmante.

Je me redressai en pestant contre ma bosse, contre mon fichu balai et contre Bob qui avait décidé de me faire une bonne bouffonnade en bluffant sur son dernier tir — ah, quelle bonne fumisterie, s'il voyait comme je me gausse, là, maintenant ! Et quelle idiote d'avoir eu l'idée de tenter ces essais, non mais, quelle fromagerie, tout un beau bastringue pour pas grand chose.

Un bruit à ma droite me fit tourner la tête — Wheatley préparait ses affaires. Il avait des cernes violets sous les yeux et perdu son air très enjoué — tant mieux, ça avait été quelque peu effrayant. Quand il s'aperçut que j'étais réveillée, il tourna la tête vers moi et se mit à rougir en baissant aussitôt les yeux — visiblement, il se souvenait de sa démonstration de chant de la veille.

« Bonjour, maugréa-t-il en baissant les yeux.

— 'Jour, marmonnai-je pâteusement. »

L'autre garçon pliait également ses affaires sans m'accorder un seul coup d'œil ou un bonjour, et je restai confortablement sous la couette sans m'en formaliser — après tout, peu de personnes pouvaient se targuer de faire la grasse matinée le lundi matin.

Malheureusement, mon idyllique lundi matin se trouva chamboulé quand la porte de l'infirmerie s'ouvrit sur mon cher Bob qui, l'air assez gêné, se dirigea vers moi sans un mot pour Wheatley ou l'autre garçon. Je me recroquevillai dans mon lit et rougis furieusement. Sacré Bob.

« Salut Greenwood, hum, écoute, j'ai quelque chose à te dire, commença-t-il en se trémoussant légèrement sur place. Pourquoi m'as-tu appelé Bobby ? s'enquit-il en premier, les sourcils froncés. »

Je me cachai davantage sous les couvertures — en plus, Wheatley avait tendu l'oreille —, rougissante au point d'atteindre une couleur pivoine.

« Euh, je ne me rappelais pas ton prénom, avouai-je piteusement, le nez dans la couette.

— Je m'appelle Dereck.

— Ah, marmonnai-je, ça pouvait porter à confusion. Je préfère Bob. »

Si Wheatley émit un ricanement sonore, mon ami Bob fit la moue.

« Quoi qu'il en soit, j'ai décidé de te garder dans l'équipe, m'annonça-t-il de but en blanc. »

J'ouvris de grands yeux abasourdis. Moi ? Dans l'équipe ? Mais enfin, quelle décision insensée ! Bien qu'une partie de moi — tout, en fait — se sentît terriblement flattée.

« Mais je- je n'étais pas si douée que ça, repris-je après avoir secoué la tête.

— Tu as de très bons réflexes, et malgré un vol disons... extrême, je pense qu'avec un peu d'entraînement, tu feras une gardienne très compétente. C'est vrai que j'ai beaucoup réfléchi, tu n'as pas été formidable, mais je pense qu'avec un peu d'entraînement, tu feras une gardienne très compétente, répéta-t-il en bombant le torse. »

Oui, bon, ça va, on a compris, me retins-je de répliquer. Je le savais, que je n'étais pas « compétente », pas la peine d'appuyer un peu plus sur le bleu — derrière nous, Wheatley affichait un sourire enchanté. Débile cet énergumène.

« Par contre, évite de me dire « tu te calmes Bobby » au prochain entraînement, d'accord ? Me fit-il remarquer avec un rictus. J'afficherai les dates et heures dans la salle commune. À plus. »

Et il tourna les talons après m'avoir adressé un sourire timide. Je restai le nez sous les couvertures, le visage brûlant, n'osant pas bouger. Wheatley eut la décence de ne pas éclater de rire devant moi. En grommelant, je m'enfonçai dans mes couvertures.

« Si on me cherche, je serai dans les égouts en train de noyer les maigres restes de ma dignité, marmottai-je avec humeur. »

Cette fois, mon voisin éclata de rire. Super. Le lundi matin pourri par excellence.

« Désolé, ricana la voix étouffée de Wheatley. Au moins, nous sommes à ex aecquo niveau humiliation. »

Je relevai mes couvertures en grognant — j'avais à présent la confirmation qu'il se souvenait parfaitement de ses délires de la veille. Weasley — pardon, Wheatley — balança son sac sur son épaule et tendit la main vers moi en affichant un sourire mutin.

« Charlie Weasley, expert en chansons ringardes, enchanté.

— Amelia Greenwood, répondis-je en lui serrant la main sans trop comprendre mon geste, experte en humiliation cuisante, enchantée. »


ENCORE un immense merci à Citrouille, béta fantastique qui supporte mes délais d'écriture un peu erratiques!

Merci également aux lecteurs/lectrices, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé :). Je me pas mal amusée à écrire ce chapitre, j'espère que vous aurez pris autant de plaisir à le lire!

Et comme je suis assez nulle dans les annonces de fin de chapitre et que de toutes façons, j'oublie toujours quelque chose que j'aurais voulu dire, je vous souhaite une bonne après-midi et à bientôt pour le chapitre suivant :D

AppleCherrypie