Mes braves, merci pour vos reviews si nombreuses ! J'ai honte, j'ai toujours pas fini cette fic. Et ce chapitre est le dernier de ceux que j'avais en avance, va donc falloir que je me bouge un peu le fion. Merci pour tous vos coups de pieds, j'ai pas su m'asseoir pendant deux semaines, c'était du lourd ! N'hésitez pas à remettre ça si le cœur vous en dit, c'est toujours un plaisir.

Mes anonychous, je vous réponse-à-reviewte !

Misi-chan : Merci ! XD Contente que t'aimes Shao l'âne ruhu. xD Pour l'histoire de Shrek, même si je voulais coller, ça serait pas forcément possible... Mais bon, je préfère prendre mes distances de temps en temps, c'est plus facile à gérer 8D Sinon pour Fye j'en dis pas plus, tu le découvriras en temps et en heure huhu. :D

Voici donc le chapitre 3 ! Profitez, je sais pas quand arrivera le prochain, parce que ma flemmardise est réglée sur "niveau maximal" ces derniers temps...

Bonne lecture !


.oOo.

Il règne un silence inhabituel sur le convoi. Je ne pensais pas Shao l'âne perspicace au point de deviner qu'il y avait de l'eau dans le gaz ; je croyais qu'il continuerait à raconter sa vie de long en large et en travers à Saku-rat, mais les deux bestiaux ont pigé remarquablement vite que quelque chose clochait – instinct animal ? En même temps, il faut dire que le mage silencieux, c'est un exploit aussi, en soi. Le voir renouveler cet exploit pendant plusieurs heures leur a certainement paru inquiétant.

Alors, nous marchons, sans que je puisse savoir s'il faut attribuer la cause du mutisme du blond à notre aparté de ce matin, ou à la silhouette du château d'Ashura qui s'est brutalement ancré dans notre champ de vision après qu'on ait dépassé une vicieuse colline.

- Y'a un truc qui va pas, Fye ?

Ça fait depuis quelques heures maintenant que Shao essaie de lui tirer les vers du nez, sans succès jusqu'à présent – mais le bougre d'âne ne se décourage pas, et poser la question tous les quarts d'heure lui est visiblement apparu comme un moyen aux chances de succès élevées. Par contre, il n'avait pas prévu qu'il pouvait également déclencher des envies de meurtre avec sa technique, et je le fixe d'un œil torve, en m'efforçant de rester calme. Plus que quelques heures, mon bon Kuro… Quelques heures à le supporter. Et c'est tout.

Étonnamment, au bout d'une centaine de fois à se voir poser la question, le blond finit par céder.

- Ça va, merci, il répond. C'est juste que je n'ai pas envie d'arriver très vite à ce château…

Alors c'était bien ça, finalement. M'enfin, si c'était l'autre solution, il ne le dirait sans doute pas à cette langue pendue de mulet, qui, tout content d'avoir enfin obtenu une réponse, s'exclame :

- On peut ralentir le pas pour profiter encore un peu !

Je fais semblant de ne pas remarquer le regard d'espoir que lui jette le mage. Je fais semblant de ne pas voir que c'est ce qu'ils désirent tous. À la place, je réponds durement :

- Certainement pas. Si tu crois que j'ai envie de passer plus de temps avec vous, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude, l'âne…

Enfin, pour autant qu'un âne puisse se fourrer le doigt dans l'œil jusqu'au coude.

- Moi, je livre mon colis, et je me casse. Je rentre chez moi. J'ai pas plus envie que ça de faire durer la torture. C'est pas compris dans les termes du contrat.

Je n'ai même pas encore fini ma phrase que je regrette déjà mes paroles. Shao l'âne me regarde d'un air abasourdi, Fye détourne le regard – j'ai l'impression que même Saku-rat me jette un regard désapprobateur. Je voudrais revenir dans le temps, revenir à hier, avant qu'il ne me vienne à l'idée de me mêler de la vie privée de Fye et faire foirer toute l'ambiance du groupe. Qu'est-ce qu'on s'en moque, après tout, qu'il cache un truc ou pas ? La réaction d'Ashura ne pourra pas être pire que celle qu'il aura quand il découvrira que je lui rapporté un garçon au lieu d'une fille. Même si, en soi, c'était à lui de vérifier ses infos…

- Tu penses vraiment ça, Kurogane ? demande l'âne, qui a l'air profondément choqué.

S'il y a un truc que je n'ai jamais su faire, c'est m'excuser, même quand je suis parfaitement conscient d'être en tort. Alors je me contente de hausser les épaules, et je les distance tous de quelques mètres. Peu de temps auparavant, je n'aurais vraiment eu qu'une seule idée en tête : celle de retrouver ma piaule, mon canapé et ma tranquillité. Là, j'ai comme l'impression que le retour à la maison, s'il se passe tel que je l'ai décrit, va s'accompagner d'un léger sentiment d'amertume.

Merde. Qu'est-ce qui a bien pu changer, en si peu de jours, pourtant ?

Le silence qui accompagne notre marche se fait encore plus lourd après ma charmante réflexion, et personne n'arrive à penser à autre chose qu'au château qui se rapproche de plus en plus. Finalement, incapable de supporter plus longtemps l'ambiance pesante qui règne, je m'arrête, et je déclare d'un ton ferme :

- On va s'arrêter pour la nuit.

Ils me regardent tous d'un air stupéfait, les yeux écarquillés, et c'est Shao l'âne qui répond :

- Maintenant ? Mais il est que 17h…

- Je suis fatigué, je grommelle. Pas de discussion.

Mais c'est gagné : ils échangent un regard éclatant, et Shao l'âne, qui vient de retrouver d'un coup toute sa vitalité (dommage…) s'exclame :

- Je vais chercher du bois pour le feu !

- Et moi je vais nous trouver un peu de nourriture, ajoute Fye, qui a l'air suprêmement soulagé.

Je n'ai pas le temps de dire ouf qu'ils se sont déjà volatilisés, craignant sans doute que je ne change d'avis s'ils ne préparent pas le campement assez vite. Étouffant un soupir, je me laisse tomber sur le sol, le katana à côté de moi, et je jette un regard à Saku-rat, qui ne m'a pas lâché de ses petits yeux noirs.

- Quoi ? J'ai fait ce que j'ai pu pour me faire pardonner. Si t'es pas contente, tu peux toujours aller voir ailleurs.

Comme si elle me comprenait, elle pousse des petits cris – j'imagine que ça doit être sa forme de communication – et s'approche, jusqu'à venir se poser sur mes pieds, les yeux fixés sur moi, et je lui rends son regard, intrigué. Je comprends pourquoi Fye a eu l'impression d'avoir un vrai compagnon pendant sa captivité : cette bestiole-là, quand elle vous regarde, on dirait vraiment qu'elle est dotée, sinon d'intelligence, d'une certaine compréhension.

Du coup, je me sens presque obligé de m'expliquer.

- C'est pas que je voulais être méchant envers eux, mais moi et le social, ça fait deux. Et si je lui ramène pas sa princesse, le roi pourrait bien me condamner à mort, tu sais. Il est le genre de taré à pouvoir faire ça. Même si je me demande ce qu'il va me faire quand il verra que l'autre est un mec…

La bête me fixe en silence, attentive – du moins on dirait. Pas besoin de se demander pourquoi l'âne passe ses journées à lui raconter sa vie : il y a une surprenante qualité d'auditeur chez cette bestiole. C'est presque sans m'en rendre compte que je continue :

- C'est pas que j'aie vraiment envie de le laisser partir… En plus, Ashura est un crétin fini, et ça me fait mal au cul de lui amener sur un plateau, mais… J'ai pas trop le choix. À moins de vouloir passer le reste de mes jours en fuite. J'ai entendu dire qu'il avait la rancune facile, ce roi.

Saku-rat ne me lâche pas du regard, l'air de m'inciter à continuer, et je soupire :

- C'est vrai que… Je commence à l'apprécier. Il est sympa… et ça lui arrive même de dire des trucs drôles.

Et puis, ses cheveux sont très blonds et ses yeux sont très bleus, et ça m'a toujours fait bizarre quelque part dans la poitrine quand il posait son regard sur moi. Ou bien quand il souriait et que ça me faisait mou dans les genoux. J'ai jamais vraiment compris pourquoi…

- Il est cool, finalement, et ça me plaît pas trop de le lâcher dans la cage aux lions, mais…

Les yeux noirs de la rate sont si expressifs que j'ai presque l'impression de pouvoir les déchiffrer.

- Le garder avec moi ? Pas possible, ça, tu le sais… Et en plus, Shao l'âne est mandaté par le roi pour éviter que ça n'arrive. Pas que je l'aurais voulu, de toute façon, mais… Quoi ? Shao l'âne pourrait trahir le roi parce qu'il nous considère comme ses amis ? Ouais, mais les amis, ça va ça vient, hein ! Moi, j'ai déjà donné. En plus, qui voudrait être ami avec une bourrique aussi têtue ? Ouais, je sais que c'est pas le problème… Nan, je… Enfin, ça m'embête mais j'ai pas le choix, voilà. Faut que je le livre. J'le délivre, et je le livre. C'était le contrat pour que je récupère mon bout de terrain débarrassé des gêneurs.

Un instant, une image s'impose : moi dans ma propriété, avec les autres en bout de terrain, en train de camper, Nunnally, Sayoko-san et les autres… En train de faire un barbecue, un soir d'été, sous le ciel aux innombrables étoiles – et Fye qui serait là, en train de rire avec les autres et d'amuser la galerie avec ses tours de magie… Le clan des hors-la-loi. Ça pourrait être sympa…

Non non, qu'est-ce que je raconte. S'il y a des "autres", ça ne peut pas être "sympa". Le bonheur, le vrai, il s'atteint avec la solitude, et rien d'autre. Et certainement pas des braillards amochés comme ceux qui ont débarqué sur mon terrain ce jour-là.

Toutefois, je repense à la façon dont Nunnally m'a conduit au château – elle était vraiment gentille, malgré tout… Même s'il ne suffit pas d'être gentil pour la cohabitation soit possible, j'en suis bien conscient. Et puis, maintenant que j'y pense, eux non plus n'ont pas envie de rester sur mes terres. Le marché que j'ai passé avec Ashura les ramènera chez eux, l'endroit où ils ont réellement envie d'être, à mon avis – et c'est malheureusement une raison de plus pour sacrifier le blond. Je marmonne à Saku-rat :

- Je ne peux pas, tu sais… C'est pas juste pour moi. J'ai pas le droit. Et puis, il sera peut-être très heureux avec Ashura, après tout…

J'ai de très sérieux doutes concernant cette dernière affirmation, n'empêche…

Puis les deux loustics reviennent l'un après l'autre de leurs expéditions, l'âne avec du bois qu'il transporte tant bien que mal, et le mage avec du poisson, et j'arrête de raconter ma vie à la bestiole, qui de toute façon, va se jeter dans les bras du blond – les poissons qu'il transporte doivent avoir un certain rapport avec son élan d'affection, à mon avis.

Ils ont l'air de m'avoir pardonné ma phrase totalement dénuée de délicatesse, et le sujet n'est pas abordé de tout le repas, même si je crois percevoir parfois de la mélancolie dans leur deux regards. La fin est proche, c'est un fait. Même moi, inconsciemment, je savoure ce qui sera notre dernière soirée tous ensemble. Le feu crépite, la nature s'endort petit à petit, les étoiles apparaissent une à une dans le ciel, et l'apaisement qui s'empare de nous une fois le repas terminé, mêlé de nostalgie, confère à la scène une ambiance tout à fait particulière.

L'âne s'endort devant le feu, Saku-rat nichée contre lui, et moi je fixe les flammes en silence, en écoutant les criquets qui ne s'arrêtent jamais de chanter, même la nuit. Le mage, assis en face, a les yeux également posés sur le feu, que je vois danser dans son regard. Pour une fois, il ne sourit pas, mais il n'a pas non plus cette expression de découragement que je lui ai découverte à son retour au camp, ce matin. Il n'a pas oublié qu'il avait du public. On reste assis en silence pendant un très long moment, puis, brusquement, il se lève, et il me regarde. Il y a un petit sourire sur ses lèvres, cette fois, même si ses yeux restent indéchiffrables.

- J'ai découvert un endroit sympa, en allant chercher du poisson tout à l'heure. Tu veux que je te montre ?

J'ai comme dans l'idée que ce n'est pas une question à laquelle il faut répondre par la négative – aussi, je me lève, et je hoche la tête en silence. Alors, laissant là Shao l'âne et Saku-rat qui dorment du sommeil du juste, il m'entraîne plus loin, me fait passer par des petits sentiers et des clairières paisibles, me fait traverser une rivière sur des pierres posées en travers, me fait grimper et grimper encore ; et finalement, il se tourne vers moi avec un sourire, tandis que je découvre, au sortir d'un buisson, l'endroit qu'il voulait me montrer : une grosse dalle de pierre lisse, sur laquelle je m'avance, pour découvrir une vue imprenable sur le paysage, à vingt ou trente mètres en contrebas. Il y a la rivière éclairée par la lune qui serpente doucement au creux de la colline, et notre campement bien visible avec son feu – j'avance le cou pour mieux le distinguer, avant de vite me reculer ; c'est à pic, derrière l'extrémité de la dalle, et je n'ai pas encore envie de mourir.

- Plutôt sympa, non ? demande le blond avec un sourire. Et très tranquille.

De toute façon, tout est très tranquille, par ici – ça a beau faire quelques jours qu'on est en route, à traverser des plaines arides et des collines verdoyantes, on a encore croisé presque personne. Si je ne disposais pas, en cet instant même, d'une vue imprenable sur le château d'Ashura, tapi au creux d'une colline, et sur la ville qui est collée contre lui comme s'il avait froid, je pourrais nous croire seuls au monde.

Tranquillement, le blond s'avance sur la pierre, et s'assoit sur le rebord, ses jambes balançant dans le vide, tandis que moi, pas rassuré, je m'exclame :

- T'assois pas là, t'es fou ! Tu risques de tomber !

- Mais non, dit-il calmement. Ça penche vers l'arrière, je ne risque rien. Tu ne veux pas t'asseoir ?

- Tu fais pas le con, hein ? je menace. Si tu te jettes dans le vide, ça va mal se passer.

- Si je voulais me suicider, je l'aurais fait pendant ma captivité, il répond avec son sourire tranquille. Tu t'assois à côté de moi ?

Comme ce n'est pas tout à fait dépourvu de logique, ce qu'il dit là, je finis par accepter de m'installer à sa droite, prudemment.

- Merde, c'est vachement haut, je balbutie en constatant le vide qui s'étend sous mes pieds.

Un pas de travers sur la dalle glissante, et c'est un aller direct pour l'au-delà. Je me ramène un peu en arrière, et je m'installe en lotus, pour ne pas laisser mes jambes à la merci du vide. Le mage, lui, n'a l'air nullement dérangé par le danger, et il balance ses jambes tranquillement, comme un gamin sur une balançoire. Il a pas intérêt à les balancer trop fort s'il ne veut pas laisser tomber ses pompes, par contre – je lui dis, à mi-voix, comme pour ne pas provoquer le mauvais sort, et il se met à rire doucement.

- Tu t'inquiètes drôlement, Kuro-chan. Détends-toi un peu, je vais pas les perdre. Regarde, t'as vu la lune ?

Il a le nez levé vers le ciel, et je me tourne vers l'objet de son attention, qui brille particulièrement fort ce soir. Elle m'a l'air plus proche que jamais, sans que je sache si c'est parce que je suis situé sur une hauteur ou si c'est juste une illusion.

- C'est plutôt romantique, comme ambiance, tu trouves pas ?

Le blond me fixe d'un air mutin, et je lui rends un regard suspicieux – j'ai pas vraiment besoin que l'ambiance soit romantique ! Méfiant, je lui demande :

- Pourquoi tu m'as amené ici ?

- Je voulais juste profiter de ma dernière soirée avec toi, dit-il. Demain, on arrivera à destination…

Il pose son regard sur le château, où Ashura attend certainement notre retour, et je l'entends étouffer un soupir.

- Je préfèrerais rester avec toi, murmure-t-il d'une voix si faible que je l'entends à peine.

J'ai une drôle de sensation dans le ventre à ces mots, une contraction que je n'arrive pas vraiment à situer, et encore moins à expliquer.

- C'est impossible, je marmonne, pas très fier de moi.

- Je sais… Tu me livres, c'est ton contrat. J'avais entendu… Mais bon, j'espérais que peut-être…

Il ne termine pas sa phrase, et je n'ajoute rien non plus – c'est inutile. J'y ai déjà réfléchi : il n'y a pas de solution possible. Je le sais, et pourtant, je ne peux pas m'empêcher de me sentir mal, à y penser. Tout énervant qu'il soit, le mage ne mérite pas ça. Et si Ashura le voulait vraiment pour lui, rien n'empêchait qu'il aille le chercher lui-même, au lieu de déléguer la tâche à un tiers…

- Je me suis bien amusé, avec toi, dit soudain le blond, en m'arrachant à mes pensées. C'était tellement marrant d'essayer de te mettre en colère et d'y arriver sans effort. Tu es tellement susceptible…

- Eh ! je grommelle, les poils hérissés. Tu ferais mieux de la fermer, ou je te pousse dans le vide.

Nullement impressionné par la menace, il sourit, et se tourne vers moi.

- Et puis, c'est toi qui es venu me chercher dans le château… Tu étais le premier être vivant que je voyais depuis des années, à part Saku-rat et le dragon. J'ai… je… Enfin…

Il rougit, brusquement, et je ne m'explique pas ce qui se passe dans sa tête pour être la cause d'un tel embarras.

- J'étais très content de te voir, murmure-t-il. Ça faisait des années que je m'imaginais la scène, comment quelqu'un viendrait me délivrer, et tout et tout… Bon, évidemment, t'as fait sauter la porte et tu m'as embarqué sur tes épaules, c'était beaucoup moins romantique que ce que j'imaginais, mais bon.

J'esquisse un sourire en coin, amusé. C'est vrai que ça n'avait rien de très traditionnel, comme façon de faire, mais j'emmerde les traditions.

- Par contre, murmure-t-il à voix, t'étais aussi canon que ce que je m'étais imaginé. Voire plus…

Je comprends mieux maintenant pourquoi il rougit – et avec horreur, je pense que je ne dois pas en être très loin moi non plus ; et pour la première fois, je me dis que c'était peut-être pour me faire ce genre de déclarations qu'il m'a emmené dans cet endroit si spécial, et je – aussi tentant que ça puisse être (tentant ? ), ce n'est pas moi qui suis censé recevoir ce genre de phrase… Je lève la main pour l'arrêter.

- Écoute, le roi… demain…

- Je sais, il me coupe amèrement. Je sais que c'est au roi que je devrais dire ça. Mais c'est toi qui es venu, et qui a bravé les dangers et les difficultés pour moi…

Tu parles – en guise de dangers, il y avait un dragon énorme, mais endormi, et un pont suspendu, mais solide malgré tout ; quant aux difficultés, la principale d'entre elle était un âne doté de parole qu'effectivement, j'ai eu le plus grand mal à ne pas buter. En dehors de ça, le seul danger rencontré, c'est un sanglier au détour d'un chemin de forêt, qui, ayant apparemment passé une nuit bien agitée, nous a ronflé au visage. Tu parles d'une quête dangereuse…

- Et je… c'est avec toi que j'ai fait le voyage, pas avec lui, continue le mage, et…

- Chut – écoute, n'en dis pas plus. Je ne peux pas écouter la suite.

Il enlève ses pieds du vide et s'assoit sur ses genoux, totalement tourné vers moi, les yeux remplis d'une tristesse insondable.

- Pourquoi il t'a envoyé toi ? il demande. Pourquoi il n'est pas venu lui-même ? Ça n'aurait pas été aussi dur si je n'avais pas fait ta connaissance…

Je donnerais tout pour le faire taire – il ne se rend pas compte que ce qu'il est en train de dire nous est aussi nocif à l'un qu'à l'autre. Comment faire ? Il faut que je trouve un moyen d'arrêter ce flot de paroles…

- J'aurais voulu que ce soit toi, le roi… Pas lui…

Il faut absolument qu'il arrête – presque paniqué, je pose ma main sur ses lèvres, pour l'empêcher d'en dire plus, et le silence retombe sur nous. Ses yeux bleus sont posés sur moi, si brillants qu'il doit y avoir quelques larmes qui se nichent là dessous ; et subitement, je prends conscience de la situation, avec la sensation de ses lèvres dans le creux de ma main, et ça me fout comme un coup de poing dans les tripes.

Ses yeux sont grands ouverts, et ne me quittent pas – c'est sans doute fait exprès. Je n'arrive pas à me détacher de son regard hypnotique, et mes pensées s'évanouissent lentement dans une sorte de néant brumeux – je me dis vaguement qu'il doit sans doute y avoir de la magie là-dessous, mais cette réflexion ne tarde pas non plus à sombrer dans les limbes de mon cerveau.

J'enlève ma main, doucement, dans le silence le plus absolu – même les criquets ont arrêté de chanter, même la nature s'est tue, et je regrette aussitôt mon geste ; ça allait mieux quand je ne voyais pas ses lèvres. Maintenant que je les distingue avec netteté, c'est d'autant plus compliqué de leur échapper…

Et lui, le blond, il avance doucement la tête vers moi – il faut que je résiste, il le faut, il le faut – merde, je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais connu quelque chose d'aussi tentant…

Et si je me laisser aller, juste un peu…? Juste pour cette nuit, avant que notre rencontre ne retombe dans l'oubli, avant que chacun s'en aille de son côté ? Juste un souvenir de lui un peu plus concret que ses blagues Carambar et ses surnoms idiots…

Juste un peu…

Ce sont ses lèvres qui effleurent les miennes en premier, et qui s'y posent doucement, comme un papillon qui se pose sur une fleur, en toute délicatesse – et je le laisse faire, dans le silence le plus total – la seule chose que j'entends, c'est son souffle contre le mien, et le bruit de mon cœur, qui bat sourdement la cadence, et qui résonne dans mes oreilles…

Il s'avance, à genoux, et il glisse ses bras autour de mon cou – et pour la première fois, j'ai l'impression, son odeur m'enveloppe, une odeur qui n'appartient qu'à lui, et qui se charge avec autant d'efficacité que ses lèvres de faire fondre mes entrailles pour les changer en plomb.

Il m'a fait venir dans cet endroit exprès pour ça, j'en suis sûr…

Mais bon, si c'est ce qu'il veut… Et je mentirais en disant que je n'en ai pas envie non plus.

Alors je l'embrasse, à mon tour – mais lui, il fait des baisers papillon, insaisissables ; moi, ça fait bien longtemps que je n'ai embrassé personne, et j'ai besoin de concret, j'ai besoin de plus que ça… Je l'attire contre moi, un peu brutalement, peut-être, pour lui faire comprendre que ma conception d'un baiser, ce ne sont pas des lèvres qui se touchent et on n'en parle plus ; moi, j'y mets tout, ma langue, mes tripes, mon âme… Il a voulu jouer à ce petit jeu, eh bien, ça lui apprendra.

Enfin, je risque peut-être me brûler quelques plumes également, dans l'affaire…

C'est lui qui finit par se reculer en premier, et je me demande rapidement si je lui ai fait peur en prenant la chose tant à cœur – mais à voir son regard et les paillettes qui dansent dedans, à mon avis, c'est sans doute l'effet inverse qui s'est produit, et je commence doucement à regretter de lui avoir cédé.

- Kuro-chan…

- M'appelle pas Kuro-chan dans un moment pareil, bon sang…

Il sourit, et j'ai la vague impression que ses mains tremblent un peu. Merde, on dirait que j'ai déclenché – enfin, qu'il a déclenché… enfin bon, qu'on a déclenché quelque chose de bien plus puissant que nous.

- C'est la dernière soirée qu'on passe ensemble, murmure-t-il. Tu ne veux pas qu'on essaye de la rendre vraiment inoubliable ?

J'essaye de ne pas comprendre ce qu'il veut dire par là – on s'est embrassés, c'est déjà suffisamment inoubliable comme ça, non ? Mais la force de sa suggestion me frappe comme un coup de poing, et rien que le fait de l'imaginer avec quelques habits en moins, et les joues un peu plus rouges, suffit à me mettre dans un état indicible. Merde, merde, et merde. Qu'est-ce qui m'arrive, bordel ? Niveau hormones, j'allais très bien, avant de rencontrer ce foutu type.

- T'es pas sérieux, j'espère ?

Il est en train d'enlever doucement ce qui lui tient lieu de chemise, et – si, bordel, il a l'air parfaitement sérieux. Je crois que je panique un peu.

- Arrête ça, le mage ! On peut pas faire ça !

- Personne n'en saura rien, dit-il avec un regard suppliant. Je ne le dirai à personne. Ça sera notre secret.

- Moi, je pourrais tout dire !

Il suspend son geste, et me regarde d'un air de gravité insoutenable.

- Kuro-chan, tu m'as déjà offert l'immense bonheur de me libérer de ma prison, et ça valait bien toutes les années que j'y ai passé. Maintenant, tu ne voudrais pas m'offrir juste cette nuit entre nous, pour que je garde de quoi supporter les années de captivité à venir ?

Le salaud – c'est vraiment un coup bas. Il m'a frappé en plein dans la face, avec sa voix déchirante et son air de chien battu. Comment voulez-vous résister ? Surtout que c'est juste avec une question d'éthique que je me bats. Eh bien, au diable l'éthique. Au diable Ashura. S'il ne voulait pas que ça arrive, il n'avait qu'à venir lui-même, et toc. Je capitule.

- C'est bon, t'as gagné.

Il me regarde, l'air rayonnant, et cette expression valait bien que je lui cède, à mon avis… Et brusquement, avant que j'aie eu le temps de faire un geste, il est déjà torse nu, et il n'a pas l'air inquiet du tout – mais moi, c'est la première fois que je le fais avec un mec, bordel… Rien que l'idée me laisse sur le cul – je suis sur le point de coucher avec un mec.

Soit, plus féminin que lui, tu fais pas, mais bon, la question n'est pas là.

- Tu sais comment on fait ?

- Bah, ça doit pas être bien compliqué, si ? il me répond, toujours avec son air bêtement heureux.

Ce que je me demande, c'est comment la simple idée de coucher avec moi a pu lui venir en tête, alors qu'il a passé toute son adolescence enfermé dans un lieu dépourvu d'humains, et que théoriquement, il aurait dû en ressortir avec une innocence intacte, et un esprit totalement dépourvu de perversité. Un peu curieux, je lui demande, et sa réponse me sidère :

- Oh, ça… C'est grâce à mon pouvoir de voyager dans les rêves. J'y ai rencontré une princesse qui s'appelait Tomoyo, et elle qui m'a appris "tout ce que j'avais besoin de savoir", d'après elle.

- To…

TOMOYO ? Qu'est-ce qu'elle nous a encore fichu, la mêle-tout ? Je comprends mieux pourquoi elle tenait absolument à m'envoyer faire cette quête, et ses conneries de "personne destinée"… En fait, elle a juste œuvré à nous arranger un coup, c'est tout !

Quoi qu'il en soit, à mon avis, il sous-estime un peu l'importance de la chose, et je commence à me demander si c'est vraiment une bonne idée, surtout si Tomoyo a mis son grain de sel dans l'affaire – sauf que la réflexion s'évanouit dès qu'il imprime ses lèvres sur les miennes, impatient, et qu'il glisse sa langue dans ma bouche : merde, on peut dire qu'il apprend vite, le bougre.

Il enlève mon haut, il déboutonne mon pantalon… c'est la magie qui le guide, ou quoi ? Non, parce qu'on dirait pas vraiment un débutant, là… Il pose ses lèvres dans mon cou, sur mon torse, mon ventre, et, merde, je rêve pas, il descend de plus en plus – Tomoyo lui a aussi appris ce genre de trucs ? – et sa langue, elle, elle – ouh là, merde, ça devient vraiment dangereux, ça.

- Stop ! je tonne, le visage écarlate, et il lève vers moi un regard étonné – bon sang, il pourrait au moins enlever sa langue de là quand il me regarde...

- C'est pas bien ?

- Si si. On va juste faire autrement.

Non parce que, j'ai un peu honte de l'admettre, mais s'il continue sur cette voie-là, tout ça ne risque pas de durer bien longtemps, et maintenant qu'on est dedans, j'ai quand même envie d'en profiter un peu. Alors je le redresse, et je l'embrasse, à la place, et je lui enlève ses habits, doucement… La nuit est douce, mais je le vois frissonner quand mes doigts frôlent sa peau – m'est avis que ça n'a pas grand-chose à voir avec la température. Il me fixe, ses grands yeux bleus posés sur moi, et j'essaie de ne pas me laisser distraire, ce qui s'avère relativement difficile – puis je réalise soudain qu'il n'a plus rien sur lui, et un instant, je reste sidéré par la beauté de son corps. Si fragile, si fin… Je ne suis pas certain de ne pas le briser quand je le serrerai contre moi.

- Ça va ? demande-t-il doucement.

- Oui…

J'ai la voix enrouée, bizarrement – et une sorte de trop-plein d'émotions qui me submerge… Je le regarde, et je me rends compte que je ne l'avais encore jamais vraiment regardé avant ce jour. Là, pas un détail ne m'échappe, ni la pâleur de sa peau, ni quelques cicatrices ici et là, brillantes à la lumière de la lune comme du fil de soie…

Ashura ne mérite vraiment pas qu'un ange pareil lui tombe dans les bras…

Je vois l'ange en question cligner des yeux, l'air impatienté – il a l'air de se demander pourquoi je l'observe si longuement, et pourquoi je n'entre pas dans le vif du sujet. Et je ne peux pas m'en empêcher – je le serre contre moi.

- J'aimerais vraiment que demain n'arrive jamais…

- Je sais, murmure-t-il. Je me dis la même chose. Mais la seule chose qu'on puisse faire, c'est passer notre dernière soirée de façon agréable…

Il me mordille l'oreille, et je suis plutôt d'accord avec lui sur ce point – il est temps de passer aux choses sérieuses. Je me demande comment éviter de lui faire mal, moi qui n'ai jamais appris à faire les choses avec douceur, et qui sais encore moins comment m'y prendre dans ce cas de figure ; mais il me fixe d'un air impatient, et je ne peux plus reculer l'échéance… Alors je l'embrasse, pour le distraire, et je passe un doigt entre la ligne de ses fesses de bébé – un peu d'aide extérieure aurait été la bienvenue pour passer l'obstacle, mais il n'y a rien d'autre que la nature, autour de nous, et il faudra que je m'en sorte avec ma simple salive. Je crois que je n'ai jamais été aussi mal à l'aise de ma vie…

Avec des précautions infinies, je glisse mon doigt à l'intérieur (bon sang, c'est vraiment une sensation inédite) et je le sens se contracter – je m'arrête aussitôt.

- T'as mal ?

- Non non… C'est juste que ça fait bizarre.

Il glousse – c'est mieux que de le voir crier de douleur, j'imagine, mais ça me stresse quand même énormément, tout ça. Si mes hormones n'étaient pas en train de me crier de continuer, je dirais "merci bonsoir", et rideau. Mais il y en a un, là en bas, qui n'est pas du même avis que moi, et qui commence à me faire regretter d'avoir encore mon pantalon sur moi – c'est qu'on commence à être bien serrés, là dedans.

Tout doucement, je l'habitue à ma présence à l'intérieur de lui – et il a arrêté de glousser, heureusement – et j'observe son expression avec attention pour connaître tout ce qu'il ne me dira pas, si ça lui fait mal… ou l'inverse. Et puis, j'en mets un deuxième, et il ne dit rien, cette fois – il a fermé les yeux, et ses lèvres frémissent, et sans doute pas parce qu'il a envie de rire… (enfin, y'a intérêt). Je me penche vers lui, et je murmure à son oreille, sensuellement :

- Ça va ?

- O-oui…

Sa voix est toute petite, presque méconnaissable – est-ce qu'il a peur ? Mais il ne me demande pas d'arrêter ni rien ; faut dire, après avoir tant insisté pour que je dise oui, ça aurait été dommage. Alors je continue, moi – maintenant qu'on est lancés, je commence à laisser de côté l'embarras et les autres sentiments gênants ; ce qui compte surtout, c'est lui, et son souffle rapide, et ses joues qui rougissent, et ses lèvres qui se contractent, et sa voix éthérée…

- Kurogane…

Et mon nom en entier dans sa bouche – et ça, c'est très efficace. Ça me fait beaucoup d'effet. Merde. Je vais déchirer mon pantalon si je ne fais pas quelque chose pour ça très vite. J'aurais dû y penser avant d'envoyer ma main droite en action… Alors j'accélère le rythme, parce que ça commence à devenir difficile, et il étouffe un gémissement, ce qui ne manque pas de rendre la chose encore plus compliquée. Un vrai cercle vicieux…

Bordel, je pourrai pas tenir beaucoup plus longtemps…

- Fye… Je…

J'arrive même pas à finir ma phrase – et en plus, je crois que c'est la première fois que je prononce son prénom, moi aussi… et il doit en être conscient, si j'en crois la façon dont il se contracte autour de mes doigts – ça doit être un bon moment pour passer à la suite. J'enlève mes doigts, et j'en profite pour me débarrasser du pantalon incriminé (indicible soulagement), avant de le regarder, un peu indécis – mon manque d'expérience me dessert cruellement, en cet instant précis. Mais ça n'a pas l'air le perturber plus que ça, puisqu'il esquisse un petit sourire…

Merde, j'ai fait de mon mieux, mais à le voir comme ça, entre mes bras, se retenir demande plus de self-control que je n'en possèderai jamais. C'est le moment que choisit le blond pour se redresser et m'embrasser, et je n'essaye même plus de résister – il y a un moment où quand tout pète là-haut, vous vous servez de votre instinct pour gérer la suite. C'est le cas, là maintenant.

C'est sans cesser de l'embrasser que je me glisse en lui, lentement… Terriblement lentement. Si j'avais la pleine possession de mon cerveau, je pourrais me dire que j'ai bien fait le boulot au préalable, tout de même, parce que m'infiltrer dans son corps ne pose aucun problème ; mais c'est vraiment pas le genre de réflexion que je pourrais me faire là maintenant, parce qu'il y a une infinité d'autres choses qui retiennent mon attention, comme la sensation tout à fait particulière – unique – d'être à l'intérieur de lui, et la peur omniprésente de le blesser.

- T'as pas mal ?

- Non, murmure-t-il. J'ai pas mal… Continue…

J'aurais du mal à m'arrêter, de toute façon – j'avais déjà couché avec des filles avant, mais ça n'a rien à voir. Est-ce parce que c'est lui ? Parce que c'est un mec ? Ou parce que les filles que j'ai connues n'étaient pas particulièrement douées ? Je suis sidéré – chaque mouvement vers lui me vide le cerveau, et chacun de ses gémissement fait courir des frissons terribles le long de ma peau. Est-ce que c'est l'ambiance, le silence, la lune au dessus de nous, qui nous observe ? L'odeur de la nuit ? Impossible de le dire. La seule chose qui est sûre, c'est que de près ou de loin, je n'ai jamais rien connu de semblable.

- Kuro… aah…

Il a l'air d'avoir le cœur dans la gorge, lui aussi, à en entendre sa voix – on est extraordinairement connectés, en cet instant, et on se regarde, en silence, j'ai l'impression de pouvoir deviner toutes ses pensées les plus intimes.

Merde – c'est tellement fort que ça en devient presque effrayant. Je ferme les yeux, pour échapper aux siens, et je me rends compte que je n'aurais pas dû ; les yeux ouverts, la scène m'ancrait encore dans la réalité ; fermés, je suis en train de plonger dans cet océan de sensations, et je ne sais pas si j'arriverai à ne pas m'y noyer.

Alors je me laisse aller, doucement – ça commence par une accélération, petit à petit… Avant de ralentir à nouveau, pour profiter… Et il râle à moitié, la voix étouffée, et il me demande d'aller plus vite, alors je lui obéis – je sors presque entièrement, et je rentre à nouveau, et il gémit; d'une façon terriblement sensuelle… C'est génial et à la fois terriblement frustrant, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Je voudrais être déjà à l'orgasme, et je voudrais que ça dure des heures, en même temps.

Mais lui, visiblement, il a envie de jouir – il fait tout pour. Il bouge son bassin en cadence (oh my god), il se contracte autour de mon sexe (oh, my GOD), et j'ai mes neurones qui pètent joyeusement les uns après les autres.

C'était ce qu'il voulait, et je n'aurais pas pu résister beaucoup plus longtemps devant ses assauts répétés – j'atteins l'orgasme, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Nom de dieu. Un orgasme. C'est juste… indicible. Inexprimable. J'ai un feu d'artifice qui explose dans mon crâne, si puissant que je ne distingue plus rien, pendant quelques secondes. Lui, il crie de plaisir – ses bras se resserrent autour de moi, sa main griffe délicieusement mon dos. Plaisir partagé.

Incroyable que le sexe puisse mener à quelque chose d'aussi fort…

Les derniers effets du feu d'artifice s'estompent, et je le serre contre moi, assez fort pour le sentir trembler. Tout est redevenu silencieux, autour de nous, et j'entends à nouveau mon cœur tambouriner dans mes oreilles. Je voudrais dire quelque chose, une banalité, mais je me rends compte avec stupeur que mes lèvres tremblent, et que je suis incapable de prononcer quoi que ce soit. Alors à la place, je l'embrasse – ça, c'est toujours dans mes cordes…

On reste dans la même position pendant un bout de temps, j'ai l'impression ; aucun des deux n'a envie d'amorcer le mouvement qui signifiera notre séparation définitive… En silence, je le serre contre moi, en maudissant Ashura, à qui je devrai le rendre demain…

Merde – je suis juste incapable de le livrer au roi. Je refuse. Quitte à passer pour un hors-la-loi, quitte à devoir fuir le pays, peu importe : il restera avec moi, c'est décidé.

Le cœur beaucoup plus léger à cette pensée, incapable de réfléchir plus longtemps, je sombre dans le sommeil, tout contre lui.

.oOo.


Et voilà mes braves ! On se revoit dans... quelques temps, je ne donne pas de délai. *s'enfuit sous les coups*

Merci d'avoir lu jusqu'ici !