Caoutchouc :

Après une journée allongé sur le sable chaud à regarder le benêt blond surfer (décidemment son nom lui échappait), James cherchait déjà un moyen de rompre son ennui. Il s'essaya le lendemain aux abdos et aux génuflexions. Mais au bout de deux heures son mollet le tiraillait un peu trop. Il avisa alors un groupe de gamins qui jouaient au foot. Quelque parties en gardien plus tard, compliquées par le fait qu'il ne pouvait bloquer les balles avec ses deux mains, il se morfondait de nouveau. Trois châteaux de sable avec des gosses ravis et des parties de cartes avec des filles ma foi pas trop mal foutues lui permirent de combler son après-midi. Et le soir, il s'initia aux fêtes de surfeurs sur la plage.

Les cloches sonnant midi firent office de réveil. La tête légèrement embrumée (il avait goûté toutes les boissons qu'on lui avait présentées), il se traîna vers la crique où un ou deux jeunes de la veille gisaient encore. La mer et les vagues le démangeaient. Hors de question qu'il passe encore une journée à regarder les autres s'amuser.

« Tu es certain que ça va marcher ? lui demandait pour la énième fois le grand benêt blond d'un ton mal assuré.

- Mais bien sûr !, lui répondit encore James, sûr de lui. Le vendeur du magasin m'a assuré que ce matériau est étanche !

Et James, tout fier d'avoir enroulé autour de ses plâtres une bande de caoutchouc, filait droit vers les flots. Au dernier moment, il se souvint de ses points de suture. Une autre séance d'enrobage, et il était fin prêt !

Pas de roulettes. Pas de rochers. Ni aucun obstacle sur lequel s'embrocher. Rien qui ne puisse l'empêcher se s'amuser cette fois-ci.

Rien, à part peut-être les relents d'alcool qui le faisaient vaciller dès qu'il imaginait se mettre debout sur la planche.