Les enfers étaient un monde ressemblant traits pour traits à celui de son vivant, pensait Gallerian Marlon.
Cela faisait quelques jours ?, mois ?, années ?, siècles ?, qu'il était aux enfers.
En fait, dans cet espace le temps n'avait pas de valeur. Personne n'y faisait réellement attention.

Toutes les personnes ayant été précipité ici, étaient vouées à y rester pour l'éternité. Du moins, pas tout à fait. Car toutes les personnes ici présentes seraient, tôt ou tard, jugées pour leurs crimes.

Sauf les Pécheurs.

Cela, étaient possédés par les péchés capitaux eux-même. Ils ne pouvaient être jugés.
Tout simplement, car ils avaient été choisis pour représenter la décadence de l'humanité.
Lui, Gallerian Marlon, ex-juge, était possédé par le péché de l'Avarice. Même s'il préférait dire que c'était lui qui possédait le péché et non l'inverse.

Il savait qu'il était l'avant-dernier à avoir rejoint le cercle des sept péchés en Enfer. Mais il ignorait qui était présent et qui n'était pas encore mort dans les Pécheurs.

Hormis eux, toutes personnes précipitées aux Enfers finissaient par disparaître.

Tout simplement. Leur âme s'effaçait comme si elle n'avait jamais existé. Personne ne se souvenait d'elle. Sauf les Pécheurs.
Gallerian avait pu le constater en se promenant au marché.
Car dans les Enfers, on ne disparaissait pas immédiatement.
Du jour au lendemain, oui. Mais pas dès son arrivée.
En fonction de la graviter de leurs crimes, les personnes restaient plus ou moins longtemps. Et plus elles restaient longtemps, plus elles devenaient morbides, folles et fades. Perdant leur intégrité et leur humanité.

Juste l'ombre de ce qu'elles avaient été.

Il avait pu voir un jour une personne comme cela. En fait, il en avait vu plusieurs. La plupart couvertes de pourritures mauves et nauséabondes aux abords d'une forêt dont une moisissure pourpre ravageait les végétations moribonde.
Les créatures, ombre de ce qu'elles avaient été, quand elles le virent, se figèrent pour lui faire la chasse.
Comme si elles avaient été manipulées, contrôlées, entraînées pour cela.

Il n'avait pu que leur échapper de justesse.

Depuis cet incident, il ne se promenait plus que dans la ville et dans son manoir.
Étrangement, par la suite, il avait revu des ombres mais elles ne lui avaient pas données la chasse. Il avait aussi noté, qu'elles étaient propre de toutes traces de mauves.

Gallerian avait, plus d'une fois, croisé une jeune fille aux couettes bleus, sosie parfaite de sa fille.
Mais en la voyant, à chaque fois, il se revoyait entrain de l'aimer et de l'étreindre comme un mari à sa femme,
ou de tuer un homme à la chevelure voilette,
ou même de l'ignorer au profit d'autres conquêtes.

Ces visions le perturbaient, à un telle point qu'il avait voulu l'accoster mais la jeune fille l'avait esquivée,
ne murmurant qu'une phrase à lui glacer le dos chaque fois qu'il y repensait.

« Je suis fatigué de me battre alors ne t'approche pas de moi. Oublie-moi. Quoi que tu dises ou fasses, tu es à lui maintenant. »

Depuis, un sentiment d'insécurité s'emparait de lui la nuit.
Même un peu avant cette phrase, il le ressentait mais l'oubliait. N'y prêtant attention.
Mais depuis quelques temps, ce sentiment ressemblait de plus en plus à celui qu'il avait ressenti à son arrivée. Et cela ne lui plaisait guère.

Tout en réfléchissant, Gallerian avançait dans le marché de la ville infernale.
Il ne faisait attention à ce qui l'entouraient. Trop occupé à ses pensées, il percuta quelque chose.
Ou plutôt quelqu'un.
Avant même qu'il ne puisse avoir l'idée même de se retrouver par terre, une poigne solide le maintint en équilibre.

« On ne sait plus tenir debout ? »

L'ex-juge ouvrit les yeux à cette phrase aux sonorités sarcastiques.

Devant lui, se tenait ou plutôt le tenait un homme plus grand que lui.
Une longue chevelure mauve aux reflets soyeux, vêtu d'habits pourpres d'une noblesse depuis longtemps révolue.

« Allez-vous bien ? »

Finalement Gallerian crut avoir rêvé la première question.

Le sourire affable qu'affichait cet inconnu le dérangeait autant qu'il le mettait à l'aise.
Impossible de savoir si la première questions avait été prononcées ou non.

« Oui… je vais bien »

Quand il répondit, Gallerian lui-même trouva sa voix fausse, lointaine.

Cet inconnu tout de mauve vêtu, leva le bras du pécheur de l'Avarice, le mettant à auteur de son cœur.
Au grand étonnement de Gallerian, le cœur de l'inconnu battait.
Il vibrait même.

Cette constatation créa une vague d'angoisse au sein du pécheur bleu.
Il retira bien vite sa main.
Trop vite au goût de l'homme en mauve qui lui appât le poignet de sa main, qui quelques instants auparavant, tenait encore sa consœur contre son cœur.

« Vous- »

« … êtes à moi. »

Gallerian dont le poignet le faisait souffrir, grimaça.
D'autant plus qu'il aimait posséder mais ne pouvait souffrir de l'inverse.
C'était lui et lui seul qui pouvait posséder. Tout. Et jamais il ne serait possédé.

De sa seconde main, l'inconnu lui obstrua la vu et Gallerian ferma les yeux en reculant vivement.
Il sentit la pression sur son poignet disparaître ainsi que celle sur ses yeux qu'il rouvrit immédiatement.

Il se trouvait toujours dans la même rue mais les âmes humaines qui la peuplaient étaient comme des ombres. Étaient des ombres.

Des ombres couvertes de moisissures mauves à l'odeur pestilentiel.
Tout comme les bâtiments alentours.
Cette couleur mauve lui rappela immédiatement cet homme.
Cet inconnu en mauve qu'il avait percuté.
Plus il y pensait, plus un mal de crâne intense se profilait.

Puis, sans qu'il ne sans rende compte, le décor changea.

En un battement de cil il se retrouva dans un manoir de pierre respirant la concupiscence, où une femme d'une beauté sans égal avançait droit devant elle. Sûr de ce qu'elle faisait.

Elle atteignis bien vite les immenses portes transpirant de luxure qui inondaient la salle juste derrière.
Elle les ouvrit et fut accueillie pas un homme aux manières charmeuses.

Ils se regardèrent un court instant avant que la jeune femme ne se jette dans les bras de l'homme qui esquissait un geste vers le sérail au fond de la pièce.
Il se figea dans son mouvement, la femme se retirant de ses bras un poignard en main.

L'homme charmeur s'écroula pendant que sa soi-disante conquête se révélait être un homme aux cheveux bleus venu sauver de ses griffes concupiscentes sa dulcinée azurée.

Le château se vida de toutes présences, les concubines reprenant leurs esprits, fuyaient en toute hâte ce lieu maudit. Le Duc agonisa dans le plus grand silence. Oublié de tous.

Cette scène des plus étranges ne plaisait pas à Gallerian qui fit demi-tour et marcha dans le sens des concubines. Vers la sortie. Mais plus il marchait, plus le seuil de la sortie s'éloignait. Il se mis très vite à courir pour la rattraper mais aussi pour fuir le malaise qui le gagnait par derrière.

Le décor du château s'évapora et il vit au-dessus de lui le baldaquin de son lit.
Ce château, oui, il s'en souvenait. Il se souvenait de tout. D'une main lasse, il balaya ses cheveux vers l'arrière.

Il avait échappé aux ombres, trouvant refuge dans son manoir où elles n'osaient pénétrer.

Se levant, il regarda à travers les fenêtres, les ombres grouillaient autour du muret qui ceignait son domaine.
Finalement, c'était d'un pas traînant qu'il avait rallié sa couche, s'écroulant aux travers de celle-ci. Il n'avait pas tardé à sentir le sommeil s'abattre sur ces épaules qui s'affaissèrent bien vite sous son poids.

Soudainement, il sentait qu'il lui fallait bouger, alors Gallerian se leva.

Un étrange instinct s'emparant encore une fois de lui.

Prêt à partir, la porte de la chambre claqua. Il l'avait pourtant fermée. La tête tournée vers la fauteuse de trouble, il ne vit pas l'ombre à ses côtés qui le prit par les bras et le balança sur sa couche encore chaude de sa présence.

Une main aux ongles mauves se posa sur sa bouche.
Son agresseur encapuchonné dans une immense cape noir aux allures infinies, grimpa allègrement sur son bassin où il s'assit.
Il ne dépassait du tissu noir que des mains et un menton sur lequel une langue avide pourléchait des lèvres au sourire prédateur.
Une peur irraisonnée s'empara à nouveau de Gallerian.
Une peur irraisonnée car dans sa peur perçait autre chose.

Troublante.

Improbable.

Cette chose irraisonnée l'effrayait encore plus que son agresseur qui se manifesta par des mains s'aventurant plus bas sur son corps.
Dans un réflexe salvateur, l'ex-juge releva son genou.

Ce dernier atteignit sa cible, car l'instant d'après son agresseur se plia en deux et s'évapora dans une brume visqueuse et noirâtre aux reflets mauves.
Quand le brouillard ragoutant ce dissipa, Gallerian vit, là où était la personne aux ongles mauves, une tâche de moisissure violette et malodorante.

Il se précipita dans la salle d'eau dans laquelle il jeta ses vêtements au sol.
Il entra vite dans la bassine, n'attendent pas que l'eau ait finie de couler ou qu'elle soit chaude. Sous une impulsion, il prit le pavé de savon et se frotta avec.
Il appuyait tellement fort sur la savonnette que ses ongles bleus arrachaient sa peau, l'ouvrant douloureusement en faisant couleur son sang.
Il avait beau passer et repasser sur les surfaces que les mains violette avaient touchées, les sensations, l'odeur mais surtout le toucher ne partaient pas.

Quand, enfin, Gallerian sortit de sa bassine d'eau, celle-ci avait une couleur de sang aux taches lilas, vestiges de la moisissure violette.

Le pécheur à la peau lacérée, regardait partout autour de lui, telle un maniaque.
Il cherchait une touche de mauve qu'il trouva sur ses vêtement au sol.

Par un grand détour autour du tissu, il s'empara du tisonnier de la cheminée de la salle d'eau.
Se tenant le plus loin possible, son outil à bout de bras, il manipula ses vêtements jusque dans l'âtre ronronnent.
Quand le tissu brûla et que la moisissure se consuma, Gallerian crut entendre le cris d'une bête blessée.


Merci à Camille D Tornwood pour sa review !