Disclaimer
L'univers et les personnages de Star Wars appartiennent à monsieur Georges Lucas. Je les emprunte pour amuser la galerie - et moi-même en passant.
En revanche, les personnages originaux présents dans cette histoire sont mes créations ; merci de ne pas les utiliser sans mon autorisation.
Et croyez pas que cette petite histoire me fasse gagner des sous... Eh oui, on sait encore faire des choses pour le plaisir, de nos jours ! :)

Note
Se base uniquement sur la double trilogie de sieur Lucas et ne tient donc pas compte de l'univers étendu, excepté peut-être pour quelques menus détails qui ne portent pas à conséquence.


Marjora Devin : Ils sont jaloux en fait, c'est tout, c'est pask'ils lui arrivent pas à la cheville XD

Hihihi bien ravie de ma Rya te plaise. C'est une vraie chieuse professionnelle, mais on lui pardonne volontiers, n'est-ce pas ? :) La suite, avec un jour d'avance !


Les Tourments de l'Obscur

Chapitre 2

Des messages venus de loin

Le Shaÿ Ghan, long vaisseau à la coque aussi lisse et brillante qu'un miroir, quittait l'atmosphère étouffante de Coruscant comme un bateau glisse sur les eaux calmes d'un fleuve, reflétant les lumières artificielles de la ville-planète autant que les étoiles de la galaxie sur toute sa surface assombrie par la nuit. Quelques diodes rouges, vertes et bleues clignotèrent le long du fuselage alors qu'il atteignait le vide de l'espace. Agilement, il manœuvra pour ajuster sa trajectoire, droit à travers la République galactique, jusqu'à sa destination : Grearn, planète lointaine située près de la Bordure Extérieure.

Environ une demi-heure après le décollage, officiellement après avoir pris possession de ce qui serait leurs quartiers pour les semaines à venir, mais en réalité pour laisser le temps à la maîtresse des lieux d'organiser les détails du départ à sa convenance, les deux Jedi rejoignirent celle-ci sur la passerelle, guidés par le secrétaire particulier. Ils la trouvèrent debout face au large panneau ouvrant sur l'immensité de l'espace, ses mains fines aux longs doigts posés sur ses hanches, le regard rivé sur son pilote comme une maîtresse d'école derrière un élève particulièrement désobéissant.

Elle se retourna vers eux avec un temps de retard, prenant bien soin de vérifier la dernière manipulation du Mon Calamari avant d'enfin lever les yeux vers eux, les toisant un instant avant d'enfin prendre la parole.

-Eh bien vous voilà, dit-elle avec rudesse.

Le Jedi nommé Kenobi hocha légèrement la tête avec ce sourire qu'il semblait arborer en toute occasion. Elle détestait ce sourire ; trop beau pour être honnête, songeait-elle. Ce qui la dérangeait tout autant, c'était ce visage de gamin qui était le sien. Comment prendre au sérieux un homme avec des traits aussi juvéniles qu'il pouvait illuminer à volonté d'une expression encore plus juvénile ? Tancredi avait beau dire, elle n'arrivait pas à faire confiance à ce Jedi, pas plus qu'à n'importe quel autre – plutôt moins, en fait. Il était séduisant. C'était là le seul mérite qu'elle pouvait lui accorder – encore qu'avec réticence.

-Que vous a-t-on dit au juste ? attaqua-t-elle sans préambule.

Le Jedi ne parut pas déconcerté, pas même une fraction de seconde.

-Qu'il s'agissait de vous escorter à travers la galaxie durant toute la durée de votre voyage, répondit-il. On m'a également parlé des menaces que vous avez reçues, bien que sans m'informer de la nature exacte de ces menaces...

-Tancredi.

-Oui, madame.

Le secrétaire sortit de la salle sans un mot supplémentaire. Rya se tourna de nouveau vers Obi-Wan, la mine sérieuse.

-Je vous préviens tout de suite que je ne prends pas ces menaces au sérieux, monsieur Kenobi, lança-t-elle. Mon bodyguard s'inquiète beaucoup trop à ce sujet. Ce n'est pas la première fois que quelqu'un tente de me faire peur et ça ne sera sûrement pas la dernière. C'est une habitude pour une personne comme moi, presque une façon de vivre.

Le petit garçon haussa un sourcil, l'air de considérer cette façon de penser comme parfaitement incongrue. Il ne pouvait pas comprendre, c'était évident. Trop jeune et trop inexpérimenté pour seulement envisager que des gens puissent vivre avec une épée de Damoclès continuellement pendue au-dessus de leurs pauvres têtes. Maudits gamins, pesta Rya en elle-même. Il était encore plus proche du berceau que son maître ; un bébé qui savait à peine marcher. Et ça se prétendait Jedi ? Une demi-portion pareille ne méritait pas même le nom d'apprenti.

-Je comprends bien, madame, répondit le chevalier avec un sens de la diplomatie qui l'agaça une fois de plus. Cependant vous avez demandé l'assistance de mon ancien maître...

-Pas moi, coupa Rya. Mon garde. Je vous ai déjà dit que je m'en fichais éperdument.

L'enfant leva les yeux au ciel, croyant sûrement qu'elle ne le voyait pas ; mais ce n'était pas pour rien que la belle était dotée d'une triade d'yeux. Yeux qu'elle se garda difficilement de river sur lui.

-Il tient à être assisté par un Jedi pour me protéger, c'est ridicule, poursuivit-elle. Mon équipe de gardes du corps compte parmi les meilleures de la galaxie tout entière, je n'ai pas besoin de m'encombrer d'un étranger – d'un Jedi !

Si elle avait espéré fissurer l'apparente désinvolture polie du chevalier, elle en était pour ses frais. Le sourire innocent du jeune homme n'eut pas l'ombre d'un vacillement. Comme si rien ne pouvait l'atteindre ! Cet homme n'était qu'un homme, non ? Et un homme était sujet à l'irritation aussi sûrement qu'elle, elle aurait pu en jurer. Mais non, Obi-Wan Kenobi ne semblait vouloir réagir à aucune de ses provocations. Seul l'enfant, à côté de lui, fronçait les sourcils avec l'évidente envie de répliquer quelque chose. Elle haïssait vraiment les Jedi. Et les mômes.

-Rappelez-vous, ajouta-t-elle d'un ton devenu grave et rauque, presque masculin. J'ai accepté de vous recevoir parce que mon secrétaire avait confiance en Qui-Gon Jinn, parce qu'il le connaissait. Vous, monsieur Kenobi, uniquement parce que vous avez été son élève. Ça ne signifie rien pour moi. Je n'ai aucune confiance en vous, vous feriez bien de ne pas l'oublier.

A ces mots, Obi-Wan haussa un sourcil, mais ne dit rien. A ses côtés, il sentit Anakin s'agiter intérieurement, apparemment gêné par quelque chose ; le même détail incohérent que lui, sans doute. Ses précédentes impressions, aussi floues avaient-elles été, se trouvaient soudain confortées. Il y avait un détail qui clochait. Restait à comprendre lequel, et découvrir ce qu'il cachait.

Les portes en bois du salon se rouvrirent alors sur Tenkan Tancredi, lequel tenait quelque chose contre lui, qu'Obi-Wan n'eut pas le temps d'apercevoir avant que le secrétaire ne se retourne pour refermer les deux battants derrière lui. Rya Ylriss se dirigea vers lui à pas vifs et lui prit l'objet des mains, pour le tendre d'un geste péremptoire au Jedi, rivant son regard triple au sien.

-Voici les lettres, dit-elle sèchement, la voix de nouveau normale – autant qu'elle pouvait l'être, avec ses intonations impossibles modulées à la perfection.

Elle haussa un sourcil devant la surprise à peine dissimulée d'Obi-Wan. Celui-ci contemplait la liasse de feuillets sans pouvoir s'empêcher d'écarquiller les yeux, c'était plus fort que lui. Il n'avait pas vu de papier vélin depuis... trop longtemps pour s'en souvenir. De la capitale républicaine aux planètes non développées de la bordure extérieure, tout le monde utilisait des datablocs, à sa connaissance. C'était un fait universel, même dans la pauvreté. D'où pouvaient donc sortir ces reliquats d'une autre ère ?

Il se reprit néanmoins et saisit les parchemins froissés pour les parcourir d'un œil professionnel, à la recherche de quelque chose, un détail qui le frapperait, instillerait en lui les prémisses d'un pressentiment. Anakin se hissa sur la pointe des pieds pour tenter de lire en même temps que lui.

Les feuillets étaient tous noircis d'un court texte griffonné à la main, d'une écriture brouillonne, enfantine. Pour le peu qu'il pouvait en juger. Il n'était pas expert en graphologie, loin de là, cette science s'étant éteinte à peu près en même temps que le papier. La connaissance. Pour le coup, il se voyait plutôt démuni, et il se rendait compte que cela n'avait rien d'agréable. Pour ce qu'il en savait, l'irrégularité de cette écriture pouvait tout aussi bien être le résultat d'un manque de pratique – ce qui n'avait rien d'extraordinaire en soi.

-Quand avez-vous commencé à recevoir ces lettres ? demanda-t-il, les sourcils froncés.

Anakin tira sur son bras pour l'obliger à mettre la liasse à portée de vue. Il lut rapidement la première feuille et releva les yeux vers Rya Ylriss.

-Il y a un mois, répondit-elle sans la moindre hésitation. Je me trouvais sur Alderaan à ce moment-là ; mais tout le monde le savait. Je suis une personnalité publique, le moindre de mes déplacements est connu, pour peu qu'on se donne la peine de chercher, quand l'information n'est pas véhiculée par ces maudits colporteurs de nouvelles.

Obi-Wan reporta son attention sur les feuillets, avant de le ramener sur la Shiva. Il crut percevoir l'espace d'un court instant une fugace expression d'incertitude sur son visage, mais elle avait disparu avant qu'il n'en prenne vraiment conscience. Etait-elle plus inquiète qu'elle ne voulait bien le laisser croire ?

-Avez-vous une idée de qui pourrait avoir écrit ceci ?

-Qu'est-ce que j'en sais ? s'emporta-t-elle soudain. Y'a des tas de gens qui veulent me tuer, pour toutes les raisons imaginables, même les plus stupides ! Vous croyez vraiment que je vais me creuser la cervelle à chercher qui pourrait m'en vouloir ? Ecoutez, je ne vous ai pas fait venir ici pour vous faire courir après un type dont on ne sait rien et dont je me fiche royalement. Tancredi veut que vous aidiez à me protéger, et c'est ce que vous allez faire, compris ? Je ne veux pas vous avoir dans mes pattes. Vous avez vos lettres, vous êtes content, c'est parfait. Maintenant fichez-moi le camp, je voudrais dormir.

Obi-Wan replia négligemment les lettres et s'inclina, son sourire refleuri sur ses lèvres.

-Comme vous voudrez, dit-il. Dormez tranquille, madame, nous veillons sur votre sommeil, ajouta-t-il en se retenant de justesse d'accompagner ses paroles d'un clin d'œil malicieux.

Oh ça ! Oh ça ! Le malotru. Il avait osé... C'était clair et définitif : elle le détestait.

***

Les chambres réservées aux invités s'étalaient sur tout un pan de la navette, réparties en appartements sur près de deux étages. Celui qu'occupaient Obi-Wan et Anakin, une vaste suite constituée de pas moins de cinq pièces, salle d'eau comprise, aurait pu accueillir sans honte la reine de Naboo elle-même, selon le garçon. La décoration, à peine moins chargée que dans le reste du Shaÿ Ghan, arborait des tons allant du parme au violine. Dans le grand salon, une large baie vitrée offrait au regard une vue imprenable sur l'espace.

-Maître, elle nous cache quelque chose, commença Anakin dès que la porte se fut refermée derrière eux avec un chuintement feutré.

-Ça ne fait aucun doute, répondit seulement Obi-Wan.

Ça n'avait pas tellement l'air de le préoccuper, aux yeux de l'enfant. Il le regarda se débarrasser de son épais manteau brun et du manche de son sabre, qu'il posa tous deux sur une table basse avant d'aller se poster devant la vitre, avec un sentiment croissant de frustration. Il avait pourtant des doutes, lui aussi, alors pourquoi n'agissait-il pas ? Il se comportait comme si tout allait parfaitement bien. Presque comme un soir ordinaire au temple – excepté que le paysage n'était pas le même, vu de la chambre spartiate d'Obi-Wan. Cette nuit infinie était-elle plus importante que ce qui se passait ici, sous son nez ?

-Vous n'allez rien faire ? demanda tout de même Anakin.

-Que devrais-je faire, selon toi ?

-Poser des questions ! s'écria l'apprenti comme si c'était l'évidence même. L'obliger à nous dire la vérité.

Obi-Wan se retourna vers son padawan, fixant sur lui un regard qui mêlait amusement et sévérité en un curieux mélange.

-Crois-tu sincèrement qu'on puisse obtenir des réponses de cette façon ? fit-il avec une lenteur mesurée. Crois-tu que l'on puisse forcer Rya Ylriss à nous dire ce qu'elle ne veut pas nous dire ?

-... Non, admit Anakin à contrecœur, bougon. Mais on peut faire quelque chose ! On peut chercher...

-Nous n'allons rien chercher, Anakin, le coupa Obi-Wan avec un brin de fermeté dans la voix. Pas ce soir, en tout cas. Il est tard et tu sais que le manque de sommeil entraîne un manque de rigueur et de concentration.

-Et demain ? insista l'apprenti avec espoir.

Obi-Wan soupira.

-Pas plus demain qu'aujourd'hui, finit-il par dire. Nous n'avons pas suffisamment d'éléments pour agir et je n'ai pas l'intention de trahir la confiance de Rya Ylriss avant même qu'elle ne me l'accorde. Va te coucher, maintenant.

-Mais...

-Pas de mais qui tienne.

Frustré, Anakin tapa du pied sur le sol recouvert d'épais tapis et alla s'enfermer dans sa nouvelle chambre sans protestation supplémentaire. Obi-Wan soupira une deuxième fois. Il se sentait soudain très las ; il connaissait depuis toujours le caractère contrariant de son padawan, l'ayant déjà éprouvé plus souvent qu'à son tour, mais il pouvait facilement deviner les ennuis que cela risquait de leur apporter, sur cette mission, si Anakin n'apprenait pas à se contrôler – ou si lui-même ne parvenait pas à user de son ascendant sur cet enfant trop têtu. Il ne se faisait pas beaucoup d'illusions sur ce point : Anakin appréciait trop de lui mettre des bâtons dans les roues pour laisser passer la moindre occasion...

Il ignorait encore ce que l'enfant ferait, mais il ferait quelque chose, c'était certain. Et Obi-Wan voyait déjà se profiler les complications. Tout ce qu'il espérait, c'était ne pas avoir à rentrer au temple avec une mission échouée et une confiance bafouée – la désapprobation générale des Jedi, sans compter l'opprobre jetée sur Anakin, déjà fort peu apprécié par le conseil. S'il parvenait au moins à lui inculquer ça... Mais non, l'apprenti avait ses propres opinions et refusait d'en démordre. Il allait chercher la vérité, cette fois. Il la chercherait jusqu'à ce qu'il la trouve – ou qu'ils soient tous les deux jetés dehors.

Alors qu'il suffisait d'un peu de patience... Obi-Wan voulait des réponses à ses questions, lui aussi, peut-être même plus qu'Anakin. Il éclaircirait les points nébuleux de cette affaire, sans l'ombre d'un doute, mais il lui fallait pour cela obtenir la confiance de Rya Ylriss, sans quoi il ne découvrirait rien avant qu'il ne soit trop tard. Et ce n'est pas en fouillant dans les affaires privées de la Shiva qu'il y parviendrait. C'était l'une de ces évidences qu'il n'arrivait pas à faire comprendre à Anakin ; lequel était, par ailleurs, d'une intelligence et d'une perspicacité remarquables. Mais l'impatience obscurcissait trop souvent son jugement.

Attendre et voir. Pour l'heure, c'était le seul choix qui s'imposait à lui. Il se saisit des feuillets posés en éventail sur la table basse et les parcourut pour la énième fois d'un œil attentif. A tout le moins, il pouvait trouver quelques réponses ici. S'il savait où les chercher.

Maître Jinn, je n'y arriverai peut-être pas...

Il ne savait trop s'il pensait à cette mission ou à sa promesse de former Anakin.

***

Anakin remontait à vive allure les couloirs déserts du Shaÿ Ghan, attentif au moindre son et mouvement suspect. Il avait déjà croisé plusieurs gardes, mais il s'arrangeait toujours pour passer inaperçu ; il était devenu très bon à ça, en deux années. L'épaisse moquette étouffait le son de ses pas, ce qui lui permettait de courir sur une longue distance sans craindre d'être entendu, entre deux croisements de corridors. Il se cachait autant que possible dans les recoins obscurs trop facilement dénichables entre les rares et pâles luminaires. Etrange décoration... mais qui le servait bien.

Stupide Obi-Wan, grommelait-il en lui-même, alors qu'il rasait les murs en fronçant les sourcils avec irritation. Il avait attendu trois jours entiers, dans l'espoir que le Jedi change d'avis et ne tente quelque chose, mais rien. Obi-Wan était resté dans l'ombre de l'alien, fidèle aussi bien à ses principes qu'à ses décisions, non sans avoir obtenu de son apprenti la promesse solennelle qu'il ne ferait rien qui puisse leur porter préjudice. Il n'avait pas fureté de droite et de gauche, se fiant entièrement à son intuition, n'avait questionné personne, garde ou discret domestique, ni de façon directe ni même détournée. Comme il l'avait annoncé, il était resté dans les limites raisonnables de ses nouvelles fonctions. Un bon petit chien de garde.

Il s'aplatit contre une tenture en retenant son souffle, à moitié caché derrière le socle d'une statuette de marbre ; un bruit au loin trahissait la présence de quelqu'un. Qui, il ne voulait pas le savoir. Il ferma les yeux et se concentra sur le battement vif de son cœur, attentif en même temps à l'extrémité du couloir d'où lui parvenait le son. S'exhorter au calme. Ouvrir son esprit à la Force et laisser les sensations l'envahir comme une vague bienfaisante de chaud et de froid mêlés. Il le sentait. Il devinait. Encore quelques pas, et il s'engagerait dans une allée perpendiculaire et s'éloignerait sans faire plus attention.

Et il s'éloigna.

Lorsque l'inconnu eut disparu de son champ de perception, Anakin se permit un bref soupir de soulagement. Ses escapades nocturnes au temple, sur Coruscant, lui avaient appris des choses très utiles, en fin de compte. En dehors des secrets de couloirs qu'il n'aurait jamais dû surprendre... Il rouvrit les yeux et son regard tomba sur la petite statuette blanche qui semblait le narguer. Une représentation très réaliste d'un Wookie en colère. Cette fille avait vraiment de drôles de goûts.

Maudit Obi-Wan, songea-t-il en reprenant sa route. S'il devait faire tout ça, c'était bien à cause de lui. Il parlait toujours beaucoup plus qu'il n'agissait, on ne pouvait pas lui faire confiance. Et parce qu'il était comme ça, Anakin était obligé d'agir à sa place. Son padawan ! Puisque le chevalier ne voulait rien savoir, eh bien il n'avait pas besoin de sa permission. L'initiative ; on lui avait toujours répété que l'esprit d'initiative pouvait le sauver, s'il était réfléchi. Et Anakin avait réfléchi, oui, très longtemps. Il ne savait pas dans quel piège ils étaient tombés mais il le saurait avant la fin de la nuit.

Obi-Wan était trop confiant, c'était l'un de ses plus gros problèmes. Il fallait lui mettre la vérité sous le nez pour qu'il accepte de se rendre à l'évidence ; et il ne doutait jamais sans bonnes raisons pour le faire. Il ne comprenait rien à rien ; ça ne marchait pas comme ça, dans la galaxie. C'était à se demander ce qu'il avait pu apprendre en plus de vingt-cinq ans de vie Jedi. Sa naïveté était un mystère autant qu'une potentielle calamité.

L'apprenti Jedi remonta jusqu'au poste de pilotage ; se plaquant contre une paroi, il passa une main sur le côté, déclenchant l'ouverture automatique de la porte. Il n'avait rien à craindre sur ce point, sauf peut-être le risque quasi inexistant que quelqu'un regarde de ce côté au mauvais moment, les sas n'émettant qu'un faible glissement à peine audible pour des oreilles ordinaires. Immobile, il testa d'abord sa perception à l'intérieur ; il haussa un sourcil en détectant une présence. Mauvais signe. Mais pas tellement étonnant. C'était la passerelle de contrôle du vaisseau, après tout.

L'individu se trouvait dans la partie inférieure de la salle, hors de vue de l'entrée ; la voie était libre. Par acquis de conscience, Anakin jeta un coup d'œil rapide à l'intérieur, avant de se recoller à la paroi. Personne en vue. Subrepticement, il s'introduisit dans la salle, parcourant d'un pas rapide et silencieux la haute plate-forme qui surplombait la longue rangée de tableaux de commandes. En contrebas, la pénombre était trouée par intermittence par les diodes multicolores encastrées dans les divers panneaux alignés. Il pouvait distinguer, au centre, la silhouette découpée par la faible luminosité, manipulant ça et là boutons ou leviers avec une logique qu'Anakin pouvait à peu près déchiffrer.

Le Mon Calamari, fidèle à son poste. C'était à croire que le pilote ne dormait jamais ; ou bien son collègue lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. Pas qu'aux yeux du jeune garçon les Mon Calamari soient si différents les uns des autres. La plupart se ressemblait bien trop pour qu'il sache les reconnaître.

Il regarda attentivement autour de lui mais, comme prévu, aucune console à portée de main. Descendre signifiait dévoiler sa présence au pilote ; et Anakin avait besoin de discrétion pour faire ce qu'il avait à faire. Il esquissa une grimace contrariée et sortit, non sans une pointe de déception. Une piste fermée, pour cause de somnambulisme... Il s'y était attendu, bien sûr ; on ne laisse pas un vaisseau dériver seul dans l'espace, même avec un pilote automatique enclenché – il avait trouvé là un très bon équipage. C'était bien sa veine.

Pas le choix, il allait devoir forcer l'entrée du poste des communications. Il aurait aimé l'éviter si cela lui avait été possible, mais c'était désormais le seul accès libre qu'il pouvait espérer.

Il aurait préféré pouvoir se rendre directement dans les appartements de la maîtresse des lieux, où il avait plus de chances que n'importe où sur le vaisseau de trouver des informations utiles, mais c'était comme de vouloir envahir la salle du conseil sans l'autorisation des sages Jedi. Il devrait se contenter de moyens détournés – la chambre seigneuriale et sa furie, ce serait son dernier recours.

Dans son idée, lui et son maître couraient un risque non évalué – tel qu'un kidnapping déguisé, par exemple, ou d'autres choses dont il n'avait pas idée. Il avait beau dire, il ne connaissait pas grand chose lui-même des plans retords qu'étaient capables d'inventer les diverses créatures peuplant la galaxie, et auxquels il aurait à faire face en tant que Jedi, mais il savait que ça pouvait aller très loin, plus même que tout ce à quoi il pourrait penser en lâchant la bride à son imagination. Ou ce à quoi pouvait penser le candide Obi-Wan. Mais ce qu'il savait, ou devinait, c'était que si rien ne leur était encore arrivé, c'était que quelque chose les attendait à l'arrivée. Et s'il y avait quelque chose au terminus, ou, plus sûrement, quelqu'un, alors il devait y avoir des prises de contacts, ne serait-ce qu'au moment de leur départ.

Et c'étaient des traces de ces communications qu'Anakin voulait trouver.

Bien sûr, ce détour par le poste de pilotage n'avait été qu'une alternative qui pouvait passer pour ridicule aux yeux d'un néophyte. Mais Anakin n'avait pas attendu toutes ces journées dans la même oisiveté que son maître. Il avait fait mine de s'intéresser aux manœuvres de Tjhenor Merin'au – ce qui, si l'on oubliait la tête de poulpe du pilote, n'était pas bien difficile, puisque le garçon s'intéressait réellement à ce que celui-ci faisait – et en avait profité pour bidouiller les protections virtuelles mine de rien, lorsque le Mon Calamari regardait ailleurs, s'assurant ainsi une petite brèche par laquelle il pouvait s'infiltrer, moyennant l'accès à un terminal relié au système général. Dommage qu'il n'ait pas eu un droïde mécanicien du genre de R2-D2 avec lui...

Il parcourut les couloirs sombres jusqu'à une autre porte avec toujours la même discrétion, et répéta son manège, à ceci près que la porte resta hermétiquement close – comme prévu. Ça n'était pas gagné. Il se pencha vers le boîtier encastré dans la paroi à côté du sas et fronça les sourcils, réfléchissant à toute vitesse. La console était constituée d'un petit écran bleu, d'une lentille de surveillance, et de deux claviers, l'un constitué de chiffres, l'autre de caractères qu'Anakin ne reconnaissait pas. Sous la caméra, il repéra également une fente dans laquelle pouvait s'insérer une carte ; magnétique, sans doute. L'ensemble paraissait désactivé, l'écran n'affichant que du noir et la loupiotte de la caméra elle-même désespérément éteinte. Inutilisable. Comment allait-il pouvoir entrer ?

Indécis, il regarda autour de lui avec une moue, tapotant inconsciemment ses doigts sur le petit clavier numérique. Il n'y avait rien dans le couloir qui puisse l'aider, aucun indice lui permettant soit d'activer la console de sécurité, soit de comprendre comment ouvrir le sas. Les créatures fantasmagoriques des tapisseries semblaient lui rire au nez, de même que la grande statue plus ou moins humanoïde, un peu plus loin, entortillée sur elle-même comme une danseuse désarticulée. Il se renfrogna.

Réfléchis, Anakin, réfléchis. Il y a sûrement un moyen d'entrer...

Brusquement, un bip retentit, suivi d'un souffle qui enfla, ponctué par d'autres signaux sonores. Anakin sursauta. Sous ses doigts, la console venait de s'allumer, avec un bruit qui dans ce silence feutré lui donnait l'impression de vouloir réveiller tout le vaisseau. Le garçon observa avec anxiété les deux extrémités du couloir, se tournant alternativement vers l'un et l'autre, mais personne ne vint. Reprenant peu à peu son calme, il lança sa perception à la recherche du moindre mouvement suspect ; pas même une variation dans la force ne lui indiquait que son maître avait bougé.

Rassuré, il s'approcha à nouveau de la console et se concentra. Même avec un effort de volonté, il ne parviendrait pas à comprendre ces caractères étranges qui ornaient le clavier et s'affichaient maintenant sur l'écran devenu bleu – même pas un holo. Et il n'avait aucune idée du code qu'il fallait entrer. S'il en fallait un. Tous ceux qu'il avait vu pénétrer ici semblaient munis d'une carte ; ils avaient tendu la main vers la machine et la porte s'était ouverte. Pas suffisamment longtemps pour taper un code ou un mot de passe, aussi obsolète soit leur système.

Le magnétisme était un aspect du contrôle de la Force. Trouver la bonne combinaison relevait de la gageure, comme pour un code, mais Anakin avait confiance en lui. Il avait relevé des défis plus difficiles, pendant son entraînement au temple. Il se concentra plus fort, plissant les paupières, et alla titiller les capteurs à lecture magnétique, ajustant le flux invisible en essayant au mieux de concorder avec la signature attendue.

Aucun signal ne lui indiqua qu'il avait réussi ; mais la porte glissa à l'intérieur de la paroi en sifflant. Anakin ne prit pas même le temps d'exulter avant de se faufiler à l'intérieur.

La pièce était grande mais l'installation complexe et résolument dépassée du système lui donnait une allure étriquée, presque comme une salle des machines avec des manettes sur presque tous les panneaux et des câbles pendant un peu partout comme des lianes noires dans une jungle métallique. Au fond, pourtant, un vaste espace dégagé marquait l'emplacement de la plaque ronde d'un holo. Il fallait bien se pencher et trouver le bon angle pour l'apercevoir à travers la toile resserrée des câbles, mais elle n'échappa pas à Anakin. Jouant d'adresse au milieu des câbles, dans les boyaux petits et encombrés qui séparaient les diverses machines de communication d'un autre temps, il traversa la salle jusqu'à elle, attentif à ne pas trébucher, à ne rien cogner. Un véritable parcours du combattant en zone hostile...

Il croisa une série d'écrans éteints, à côté desquels clignotaient des dizaines de lumières de toutes les couleurs. Il vit également quelques étranges bobines, toujours groupées par deux et reliées par une fine bande grise, plantées sur certaines consoles. Il n'avait jamais rien vu de tel ; à quoi cela pouvait-il bien servir ? Faute de temps pour réellement s'y intéresser, Anakin décida de les ignorer et poursuivit son chemin.

Comme presque tout le reste, l'holographe était complètement désactivé. D'un regard, l'apprenti Jedi trouva la console qui le contrôlait et, en quelques gestes experts, il le mit en marche. L'holographe afficha tour à tour diverses silhouettes, tandis que le garçon se lançait à la recherche de ses preuves. Des bribes de messages lui parvinrent, auxquels il ne prêta aucune attention. A l'écoute, rien ayant trait à un quelconque complot, en tout cas rien en rapport avec la situation actuelle. Désireux de restreindre le champ de possibilités, Anakin fit remonter sa recherche autour de la date de leur départ ; le temps pressait. Une nouvelle série de messages défila. Aussi ennuyeux que les autres. Il commençait à croire qu'il ne trouverait rien ; mais sans pouvoir se résoudre à laisser tomber. Il avait raison, il le savait.

"...dez Qui-Go..."

Il arrêta vivement la lecture ; la silhouette avait déjà disparu, remplacée par celle vacillante d'un vieillard stoppé en plein élan. Le cœur d'Anakin battait à tout rompre – entendre ce nom lui faisait toujours un effet bizarre qu'il ne comprenait pas vraiment. Il revint à l'enregistrement précédent et le passa en entier, de la première à la dernière seconde, ses yeux fixés sur une femme d'âge mûr s'écarquillant à mesure qu'elle parlait.

Il y avait bien quelque chose derrière toute cette histoire – mais c'était à des années-lumière de ce qu'il s'était imaginé.

"Rya, Rya, si vous m'entendez, répondez à mon appel" suppliait la femme. Elle serrait les plis de son ample jupe entre ses doigts crispés, ses yeux emplis d'urgence rivés sur Anakin. "Le pire est arrivé, le dragon s'est échappé. Vous devez accomplir votre mission. Oubliez le reste, allez à Coruscant le plus vite possible. Allez voir le conseil des Jedi, et demandez Qui-Gon Jinn – Qui-Gon Jinn ! Vous êtes notre dernier espoir, Rya. N'oubliez pas vos serments, ne nous oubliez pas... venez-vous... on Jinn !"

Le message se brouilla, puis enfin disparut. Bouche bée, Anakin vérifia la date – deux semaines plus tôt. Deux semaines, et Rya Ylriss était encore ici. Sans maître Jinn, mais avec Obi-Wan Kenobi, son apprenti. En route pour... Il ne comprenait plus rien. Et les lettres ? Et l'escorte ?

-Alors ? Le spectacle fut-il instructif ?

Anakin se retourna brusquement vers l'entrée, où se tenait Tenkan Tancredi, les mains dans le dos, le fixant avec un sourire mielleux qui n'augurait rien de bon. Le jeune garçon se mit aussitôt sur ses gardes. Trop pris par le contenu de l'enregistrement, il n'avait pas senti l'homme arriver. Voilà une erreur de débutant qu'Obi-Wan n'aurait jamais faite.

-Comment vous avez su que j'étais là ? demanda-t-il à contrecœur, compensant son malaise par un ton agressif.

-Tu m'offenses, mon petit, rétorqua Tancredi, narquois. Tu oublies que je suis responsable de la sécurité de madame et de son vaisseau. Crois-tu donc qu'il soit si facile de vandaliser ce navire ?

-Je ne vandalisais pas ! s'exclama Anakin, piqué au vif.

Le sourire de Tancredi s'accentua.

-As-tu trouvé ce que tu cherchais ?

-Qui est-ce ? fit alors Anakin en pointant le pouce derrière lui, en direction de l'holographe remis en pause sur la femme au regard impérieux malgré sa peur.

-Une amie de longue date, répondit Tancredi sans se départir de son air mystérieux et malicieux ; son léger tressaillement aurait échappé à quiconque n'aurait pu le sentir à travers une faible vibration de la Force.

-Vous avez peur pour elle ? fit alors le garçon.

Ce fut au tour de Tancredi de paraître surpris ; mais il se reprit très vite, se détachant seulement de son côté intimidant pour redevenir l'individu aimable qu'Anakin avait côtoyé durant le voyage, désamorçant aussitôt la tension. Ou presque. C'était peut-être là le but recherché, mais, ne sachant trop à quoi s'attendre, Anakin se tenait sur la défensive.

-Tu en sais beaucoup, mon garçon, murmura Tancredi, mais tu en as visiblement compris plus encore...

-Qu'allez-vous faire ?

-Tout dépendra de toi, jeune Skywalker. De toi, et de ce que tu comptes faire de la vérité.

Anakin fronça les sourcils d'une façon qu'il voulut menaçante ; mais sans doute son jeune âge ne lui permettait-il pas d'être tout à fait convainquant.

-Mon maître doit être mis au courant, dit-il avec fermeté.

-J'ai bien peur que cela ne soit impossible, mon garçon, répliqua Tancredi, patient. Maître Kenobi ne doit surtout pas savoir ce qui se passe réellement...

***

-Anakin, tu es là ?

Obi-Wan toqua plusieurs fois à la porte menant à la chambre de son padawan, mais il ne reçut aucune réponse. Pénétrant à l'intérieur, il trouva le lit défait – mais personne en vue. Finissant d'enfiler ses vêtements bruns, le chevalier alla à la salle d'eau, mais la porte coulissa avant qu'il fasse mine de vouloir y frapper un coup, révélant une pièce aussi vide que la précédente. Il fallait se rendre à l'évidence, l'enfant était déjà sorti.

Le front barré d'un pli soucieux dont il n'avait probablement pas même conscience, il se dirigea vers le salon disposé devant la baie vitrée et prit son épaisse bure posée sur le dossier d'un large divan de velours violet. Les lettres éparses sur la table basse semblaient le narguer, étalant leurs messages quasi illisibles sur leur antique vélin. Il avait dû passer plusieurs heures à déchiffrer certains mots, sa tâche étant rendue difficile à la fois par son manque d'habitude de l'écriture cursive et par l'hésitation visible dans les traits maladroits. Néanmoins le message était sans équivoque : la vie de Rya Ylriss était en grand danger.

La teneur et la tournure des lettres laissaient penser que l'instigateur des menaces était plus intelligent que son écriture ne le laissait supposer ; l'emploi de cette forme résolument rétro attestait à lui seul de sa ruse. C'était un ennemi des plus dangereux, dont il fallait se méfier, quoi qu'en pense la principale concernée.

D'un geste vif, il s'en empara et les glissa dans une poche intérieure avant de sortir de la suite. Pour lui, il était clair que Rya Ylriss savait parfaitement qui se trouvait derrière tout cela – mais il était tout aussi clair qu'il ne parviendrait pas à la faire parler de sitôt. Patience. Il partit en direction du poste de pilotage, où il avait l'intention de mener une discrète investigation ; ne serait-ce que pour s'assurer, par habitude autant que par conscience professionnelle, que personne ne les suivait. Par chance, Tjhenor Merin'au, le pilote, lui prêtait assistance de bon cœur, ce qui lui facilitait amplement la tâche. Seule Rya Ylriss semblait ne pas apprécier sa présence à bord. Quelque part, il la comprenait.

Il arpentait les couloirs d'un pas qu'il voulait volontairement souple et régulier, ralentissant machinalement une allure qui autrefois avait été trop vive. Il jetait des regards circonspects à chaque intersection, cherchant encore sans y penser son padawan. Il se surprit même à étendre inconsciemment son champ de perception pour tenter de le retrouver. Réaliser cela lui tira une grimace contrariée ; il était visiblement plus inquiet qu'il ne voulait bien l'admettre. Il devait se rendre à l'évidence : quelles que soient ses raisons, il voulait juste l'avoir sous les yeux ; à portée de conscience, au moins.

-Ah, bonjour, maître Kenobi.

Obi-Wan sursauta presque, brusquement tiré de ses pensées. Seule sa parfaite maîtrise de lui-même lui permit de ne rien en laisser paraître. Il tourna la tête vers Tenkan Tancredi qui s'avançait à sa rencontre, venant d'une autre direction.

-Bonjour à vous, répondit-il avec un signe de tête amical. Vous n'auriez pas vu Anakin, par hasard ? demanda-t-il avant d'avoir pu s'en empêcher.

Ce gamin devenait une véritable obsession. Non pas que ce n'ait jamais été le cas, loin de là. Même à des années-lumière de distance, le chevalier n'avait en vérité jamais pu le chasser complètement de son esprit.

-Non, je ne l'ai pas vu, dit pensivement Tancredi, mais j'imagine qu'il doit se trouver quelque part autour de Tjhenor. Cet enfant est un vrai passionné, c'est devenu assez rare, de nos jours.

-Oui...

Cela n'avait rien de très réjouissant en soi – Anakin était trop passionné pour son propre bien et celui de son maître, il fallait l'avouer – mais Obi-Wan en ressentit tout de même une pointe de fierté. Qu'il étouffa rapidement.

-Voulez-vous que nous y allions ensemble ? proposa Tancredi. Je m'y rendais justement.

-Volontiers, acquiesça Obi-Wan ; cela servait parfaitement ses intérêts du jour.

Ils reprirent leur chemin en silence, leurs pas étouffés par l'épaisseur des tapis sombres. Ni l'un ni l'autre ne pressait l'allure, s'avançant lentement comme s'ils avaient une vie devant eux. Le contrôle de soi du secrétaire particulier n'avait rien à envier à celui du Jedi ; en apparence, ces deux hommes marchaient simplement ensemble comme de vieilles connaissances, sans la moindre tension. Mais, sous les masques, peut-être la réalité était-elle sensiblement différente...

-Ces lettres vous ont-elles été d'une quelconque utilité ? finit par demander Tancredi avec un flegme typiquement politique qui faillit tirer une grimace au chevalier.

-Oui et non, répondit prudemment celui-ci. Elles sont difficiles à déchiffrer, mais le fait qu'elles soient écrites à la main nous en apprend beaucoup sur leur auteur.

Il ne se connaissait pas autant de sournoiserie. Par ailleurs, que cherchait-il à prouver ? que Tancredi également savait de qui il s'agissait ?

-Malheureusement, cela ne nous donne aucune indication valable sur son identité, ajouta-t-il presque malgré lui.

Il n'était pas là pour remettre en doute les propos de ses requéreurs, après tout, quand bien même ils lui mentiraient. Il devait juste découvrir la vérité et protéger la Shiva. Il lui fallait tout de même admettre que pour leur arracher les quelques informations qu'ils possédaient, il allait lui falloir jouer serré. Très serré. Rya Ylriss et, bien que dans une moindre mesure, Tenkan Tancredi se tenaient résolument sur la défensive.

-C'est fort dommage, commenta l'homme, mais on ne pouvait guère s'attendre à autre chose. J'imagine que nous devrions attendre sagement qu'il se manifeste, et rester aux aguets jusque-là...

Il y avait dans sa voix une nuance de déception qui n'échappa pas à Obi-Wan. Risquant un regard de côté, il surprit une lueur d'inquiétude sur le visage du secrétaire ; plus sincère et profonde que ce qu'il avait montré jusqu'à présent.

-Ne vous en faites pas, dit-il aussitôt, désireux de le rassurer tout en ayant la sensation de se tromper de direction. Pour l'heure, Rya Ylriss est en de bonnes mains.

Tancredi tourna vers lui une mine sévère, mais ne répondit rien.

***

-Aucune présence détectée, maître, annonça pompeusement Tjhenor Merin'au à l'entrée du chevalier Jedi. Nous n'avons toujours rencontré personne. Je sais que la galaxie est vaste mais pour moi c'est une première ! ajouta-t-il avec un sourire, plaisantin.

Obi-Wan s'approcha de la console et se pencha sur les écrans, par-dessus l'épaule du pilote. En trois jours, il avait déjà appris à faire confiance à ses observations, mais il avait pris la mauvaise habitude de tout vérifier par lui-même. Un besoin de tout contrôler qu'il avait développé durant les deux dernières années.

-Et les planètes à proximité ? demanda-t-il, sérieux.

-Trafic normal, répondit Tjhenor. C'est la saison des épices de blérin, tout le monde est à l'autre bout de la galaxie, en ce moment.

-Bien.

Le chevalier se redressa et regarda autour de lui.

-Anakin n'est pas là ? s'étonna-t-il.

-Non, maître, je ne l'ai pas vu de la matinée. Il devait passer ici avant d'aller déjeuner mais il avait sûrement trop faim.

Le pilote éclata d'un rire curieusement glougloutant qu'Obi-Wan ne partagea qu'avec un vague sourire soucieux. Impossible de sortir ce môme de sa tête cinq toutes petites minutes. Impossible également de ne pas se demander constamment s'il allait bien. A nouveau, il étendit d'instinct son champ de perception, mais s'arrêta bien vite, sentant le regard placide de Tancredi peser sur lui. Une chose était sûre : Anakin ne se trouvait pas dans les cuisines, où il avait pris l'habitude d'aller chercher quelque chose à grignoter. Pas même sur le chemin pour se rendre à la passerelle.

-Oui, vous avez raison, acquiesça-t-il lentement, effaçant toute trace d'inquiétude de son visage.

Admettre ne pas savoir ce que devenait son apprenti et s'en alarmer revenait à prouver son incompétence, et il ne pouvait pas se le permettre. Il en avait déjà trop fait.

-Bien, fit-il, de nouveau maître de lui-même. Quand arrivons-nous ?

-Tout de suite, répondit Tjhenor en appuyant sur un large bouton bleu, se penchant vers un vieux microphone fixé sur une tige de métal. Madame, nous arrivons en vue de Grearn. Arrimage dans deux heures.