CHAPITRE 3 - Poudlard


En ce matin du premier jour de septembre, il faisait un temps sublime dans le sud de la France où vivait Antinéa. À la radio passait un air de piano et la jeune fille était allongée dans le salon rongée par l'anxiété. Des questions par centaines se posaient dans sa tête : le train, le collège, les maisons, les élèves. Elle allait débarquer dans un monde qui lui était totalement étranger, dans une langue différente, sans ses amies, avec un nouveau lieu de vie et de nouveaux cours. Néa se souvint des adieux faits à ses deux meilleures amies : Candice et Victoire. Les deux jeunes filles étaient comme des sœurs, voilà six ans qu'Antinéa partageait leur chambre et qu'elle allait chez elles quand ses parents ne pouvaient la prendre en charge pour les vacances. Néa soupira et se releva pour ajuster sa tenue et refaire ses cheveux. Elle avait vérifié sa malle trois fois déjà avec sa bonne. La malle en question était posée dans le hall, la cage de Gaïa, sa chouette, posée dessus. À 10h25, la sonnette du hall se fit entendre et Maria alla ouvrir la porte au professeur McGonagall. Néa s'avança vers le professeur et lui fit une révérence.

- Bonjour Professeur McGonagall, dit-elle doucement.

- Miss Pritchard, salua le professeur en retour. Êtes-vous prête ?

- Je dis au revoir à Maria et oui, répondit Néa.

- Bien, je vais réduire votre malle.

Néa s'avança vers Maria en soupirant tristement.

- Tu vas beaucoup me manquer, dit-elle en français.

La vielle bonne s'avança et lui fit un câlin avant de l'embrasser sur le front.

- Prenez soin de vous ma petite demoiselle, dit-elle. Vous savez que tout le monde est fier de vous et de ce que vous êtes et que vous comptez énormément pour vos parents.

Néa hocha la tête avec un sourire léger tant elle avait le cœur serré. Elle ne savait pas si elle avait plus peur qu'elle n'était triste mais elle n'aimait pas cette sensation. Les larmes lui montèrent aux yeux mais elle se retint de justesse de pleurer ne voulant pas montrer de faiblesse à son professeur.

- Avez-vous prévu un sac de voyage comme convenu, Miss Pritchard ? demanda le professeur.

- Bien entendu, répondit Néa agacée. J'ai déjà voyagé vous savez…

- Et avez-vous de l'argent sur vous ? demanda le professeur avec un air crispé par le ton employé par la jeune fille.

- J'ai l'air d'en manquer ? répondit Néa en haussant les sourcils.

- Très bien, dit Minerva sèchement. Nous allons donc transplaner directement sur le quai 9 ¾, vous prendrez le train avec les autres élèves. Lors de votre arrivée, à la gare de Prés-au-Lard, vous suivrez les autres élèves vers les diligences, et je vous attendrai devant le château.

Néa hocha la tête et attrapa le bras du professeur. Elle tournoya un instant avant de poser le pied sur un quai de gare, bruyant. Néa observa l'immense locomotive rouge se dessinant devant ses yeux.

- Nous sommes sur le quai de la voie 9 ¾, voici le Poudlard Express qui partira dans une vingtaine de minutes, dit le professeur. Cela vous laisse du temps pour vous installer.

Néa attrapa sa malle et la cage de sa chouette et se tourna vers le professeur en souriant brièvement :

- Merci de m'avoir accompagnée, professeur, dit-elle poliment avant de se diriger vers ce grand train.

Sur le quai, elle observa les familles avec un pincement au cœur, le même qu'elle ressentait à chaque rentrée, puisque ses parents n'étaient jamais là pour l'accompagner le jour de la rentrée des classes.

- Voyons Néa, reprends-toi, se murmura-t-elle à elle-même. Ça ne t'a jamais posé de problème avant, alors pourquoi aujourd'hui ?

Elle monta à bord, posa sa malle et la cage de Gaïa à l'endroit prévu pour les bagages dans le train et traversa un wagon pour trouver un compartiment vide. Le train semblait venir d'un autre temps et les sièges étaient très confortables. Elle soupira en fermant les yeux pour tenter de contenir son stress. La locomotive siffla et le train se mit en route dans un nuage de fumée. Néa était assise près de la fenêtre pour voir le paysage, elle aimait beaucoup l'Angleterre et ses nombreuses étendues vertes. Deux fois des élèves ouvrèrent la porte du compartiment en regardant dedans mais sans y entrer. Néa se trouva, un instant, pitoyable. En effet, elle trouvait inconcevable qu'elle puisse rester seule. Elle était jolie, intelligente et agréable, qui n'aurait pas voulu être ami avec elle ? La porte s'ouvrit brusquement sur un petit rouquin, visiblement mal élevé puisqu'il n'avait même pas pris la peine de frapper.

-Celui-ci est libre ! Harry ! Hermione ! Oh bonjour, fit Ron en se retournant. Je m'excuse mais on peut s'asseoir avec toi ? Il n'y a plus de compartiments libres.

Néa sourit légèrement en se retenant de lui faire remarquer qu'il ne pouvait pas s'excuser lui-même mais se contenta de répondre :

- Je t'en prie, je commençais à m'ennuyer à être seule, fit Néa posément.

Une fille aux cheveux marron et épais arriva à son tour, un air mécontent sur le visage.

- Ron ! Tu pourrais éviter de crier, voyons. Je parie qu'on t'a entendu jusqu'au wagon des préfets, s'exclama Hermione. Oh, bonjour ! dit-elle en rougissant.

Néa allait répondre quand un garçon de taille plus petite que les deux autres, aux cheveux décoiffés et aux yeux vert émeraude arriva.

- Bonjour et, oh, tu dois être Harry, non ? dit Néa en souriant.

Il s'avança et lui tendit une main que Néa regarda étrangement. Harry baissa sa main et sourit.

- Bonjour, je suis Harry Potter, dit-il. Et voilà Ron Weasley et Hermione Granger.

- Enchantée de vous connaître, répondit Néa. Je m'appelle Antinéa Pritchard.

Hermione étudiait discrètement cette fille. Elle semblait plus jeune qu'eux mais trop âgée pour n'être qu'en première année. En plus elle avait une façon de se comporter qui semblait assez inhabituelle.

- Mais tu as un accent spécial. D'où viens-tu ? Et tu es en quelle année ? demanda-t-elle.

- Eh bien, répondit Néa, je suis française et je viens de l'Académie de Magie de Beauxbâtons. Je rentre en troisième année, je crois que c'est ce qu'a dit le directeur.

- Comme nous ! dirent les trois en même temps.

- J'ai déjà entendu ce nom quelque part, Beauxbâtons, c'est une école pour filles, n'est-ce pas ? demanda Hermione.

- Euh non, Hermione, tu l'as lu, pas entendu, dit Ron avant d'éclater de rire avec Harry.

Néa ne comprit pas vraiment en quoi le fait qu'elle l'ait lu soit sujet à plaisanter mais elle sourit malgré tout.

- En effet, répondit Néa à Hermione qui s'était renfrognée. C'est la meilleure Académie de Magie d'Europe.

- Ah, je crois que je connais aussi. Charlie m'a dit que sa petite amie était dans cette l'école, s'exclama Ron. Même qu'il paraît que vous n'avez pas de cours de vol mais des cours de bonnes manières. C'est vrai ?

- Oui, c'est exact, répondit Néa. C'est la moindre des choses.

- Nous n'avons pas ce genre de cours à Poudlard, Antinéa, fit remarquer Hermione.

- Je le sais, soupira Néa. C'est bien dommage. Et vous pouvez m'appeler Néa.

- Je n'ai jamais entendu ton prénom auparavant, dit Harry.

Néa rigola doucement :

- Mon prénom complet est Antinéa Galatée Violine, expliqua-t-elle. Mais j'aurais préféré m'appeler simplement Violine, c'est un prénom un peu moins original…

- Ah ouais ça en fait des noms bizarres, je comprends pourquoi le surnom, dit Ron.

- Ron ! S'exclamèrent Harry et Hermione.

- Ce n'est rien, dit Néa en souriant faussement.

Pendant la première partie du voyage, Harry, Ron et Hermione racontèrent à Néa leurs deux premières années. Néa était à la fois ravie, fascinée et effrayée par ce qu'ils racontaient. Ces histoires de serpents géants, de monstres tueurs de licornes, d'araignées géantes et de fantômes ne lui plaisaient pas du tout.

Soudain, un sifflement retentit dans le wagon ; un bruit strident et aigu. Aussitôt, tout le monde plaqua ses mains sur ses oreilles.

- Qu'est-ce que c'est que ce bruit ? demanda Ron.

Ils regardèrent autour d'eux. Néa repéra d'où venait le son :

- Ça vient de là ! dit Néa en montrant une malle.

Harry se leva. Un instant plus tard, il sortait un scrutoscope de poche de la valise qui était la sienne. L'objet tournait à toute vitesse dans sa paume en émettant l'horrible bruit.

- C'est vraiment un scrutoscope ? demanda Hermione.

Néa regarda l'objet sifflant en fronçant les sourcils.

- Oui, dit Harry en souriant.

- Celui-là est plutôt bon marché, dit Ron. Il s'est mis à tourner sans raison quand je l'ai attaché à la patte d'Errol, mon hibou.

- Est-ce que tu avais de mauvaises intentions au moment où ça s'est passé ? demanda Hermione.

- Non ! Enfin…normalement, je n'avais pas le droit d'utiliser Errol… Il ne supporte plus les longs voyages… Mais qu'est-ce que je pouvais faire d'autre pour envoyer son cadeau à Harry ?

- Tu ne pourrais pas le remettre en place ? demanda Néa avec agacement.

- Si, bien sûr, dit Harry en remettant l'objet dans une chaussette.

- On le fera examiner quand on ira à Pré-au-Lard, suggéra Ron. Fred et George m'ont dit qu'ils vendent ce genre de trucs chez Derviche et Bang, le magasin d'objets magiques.

- Qu'est-ce que tu sais sur Pré-au-Lard ? demanda Hermione avec avidité. J'ai lu que c'est le seul village sorcier d'Angleterre…

Néa ayant vécu en France, elle ne savait qu'une chose : c'était un village sorcier. Le professeur McGonagall lui avait demandé de faire remplir une autorisation par ses parents pour pouvoir s'y rendre cette année.

- Oui, je crois que c'est ça, dit Ron d'un ton dégagé, mais ce n'est pas pour ça que je veux y aller. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'aller faire un tour chez Honeydukes !

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Hermione.

- Une confiserie, répondit Ron avec un regard rêveur. Il paraît qu'il y a de tout… Des gnomes au poivre qui te font souffler de la fumée quand tu les manges et d'énormes Chocoballes pleines de mousse à la fraise, et aussi des plumes en sucre qu'on peut sucer en faisant semblant de réfléchir en classe…

Néa le regardait avec des étoiles dans les yeux. Venant d'une famille moldue, elle ne connaissait donc pas tous ces petits objets qui semblaient si familiers à Ron. En plus, à Beauxbâtons on ne mangeait pas souvent de friandises.

- Mais Pré-au-Lard est un endroit passionnant, non ? Insista-t-elle. Dans les sites historiques de la sorcellerie, on dit que l'auberge du village a servi de quartier général à l'époque de la révolte des Gobelins en 1612 et la « Cabane Hurlante » est une des plus impressionnantes maisons hantées du pays.

- Il y a aussi de grosses boules de sorbet qui permettent de s'élever à quelques centimètres au-dessus du sol quand on les lèche, un peu comme les Fizwizbiz, poursuivit Ron qui n'avait pas écouté un seul mot de ce qu'avait dit Hermione.

Celle-ci se tourna vers Harry.

- Ça va être bien de sortir un peu de l'école pour visiter.

- Sûrement, répondit-il sur un ton triste. Vous me raconterez quand vous reviendrez.

- Pourquoi ? S'étonna Ron.

- Personne n'a signé mon autorisation. Même Fudge n'a pas voulu.

Ron semblait horrifié.

- C'est impossible… McGonagall ou quelqu'un te donnera bien l'autorisation…

Harry sembla ne pas y croire.

Ron lui proposa de demander à ses frères de l'aider à sortir mais Hermione s'en indigna et ils abandonnèrent la partie. Soudain, la porte du compartiment s'ouvrit sur trois garçons. Néa se fit la remarque que personne dans cette école ne semblait savoir qu'on frappe avant d'entrer quelque part. Le garçon du milieu était mince avec un visage pointu et des cheveux blonds presque blancs mais il ne prêta pas attention à Néa. Il était entouré de deux gros garçons. On aurait dit ses gardes du corps. Ils étaient massifs et musculeux. L'un était plus grand que l'autre. Néa les regarda avec dédain. Ils étaient vraiment affreux et ressemblaient à des gros singes.

- Tiens, regardez qui voilà, lança le garçon blond d'une voix traînante. Potter et son poteau.

Les deux gros garçons s'esclaffèrent avec un rire de troll. Néa comprit dès lors que les deux groupes ne devaient pas s'aimer beaucoup.

- Alors, Weasley, j'ai entendu dire que ton père avait réussi à se procurer un peu d'or cet été, continua le blond. J'espère que ta mère n'est pas morte sous le choc.

Néa étouffa un léger rire. Le blond avait un humour qu'elle appréciait aussi méchant fut-il. Ron se leva si brusquement que le garçon recula vers le couloir.

- Dégage, Malefoy, sinon j'appelle un préfet ou bien le professeur qui se trouve dans le compartiment d'à côté, menaça Hermione.

Elle ne dut pas le répéter. Les trois garçons se dépêchèrent de s'en aller. Néa pensa qu'ils étaient très bons dans la manière de provoquer les gens mais beaucoup moins quand il fallait agir.

- Vous ne vous aimez pas beaucoup, n'est-ce-pas ? demanda Néa.

- Ce sont des Serpentards, dit Ron avec dégoût.

- Ce n'est qu'une maison, répondit Néa ne comprenant pas en quoi le fait que les garçons soient à Serpentard fasse d'eux d'abominables personnages.

- Tu ne peux pas comprendre, dit Ron.

- Peut-être parce que je viens d'arriver, répliqua Néa piquée au vif. Et que si personne ne me l'explique, je ne le saurai jamais !

- Néa a raison Ron, dit Hermione. Excuse-le, il ne voulait pas te vexer.

Harry se tourna vers Néa.

- Malefoy et moi, ne nous entendons pas, dit-il. Il n'a jamais été très aimable avec nous. Les sorciers envoyés à Serpentards ont la réputation d'avoir, pour la plupart, mal tourné.

- Oh je vois, dit Néa.

- Le père de Malefoy est un abominable bonhomme, dit Harry avec mépris. Il prône la pureté du sang, et répugne les sorciers nés-moldus.

Néa haussa les sourcils.

- Vous ne parliez jamais de ces histoires de sang à Beauxbâtons ?

- Non, mes parents ne sont pas sorciers et ça n'a jamais posé de problèmes, répondit Néa.

- Oh, les miens aussi, dit Hermione en souriant.

La pluie, commencée depuis déjà une heure, s'intensifia, recouvrant les fenêtres d'une surface grise et luisante qui s'obscurcissait peu à peu à mesure que la nuit tombait tandis que les lanternes s'allumaient un peu partout. Le vent sifflait et le train grinçait dans un bruit de ferraille. Peu à peu, celui-ci commença à ralentir.

- Ah, je crois qu'on arrive, fit Ron, et tant mieux, j'ai faim et j'ai hâte que le festin commence.

- Non, c'est impossible, il n'est pas l'heure, lui fit remarquer Hermione en regardant sa montre.

- Dites, il ne commence pas à faire vraiment froid ? demanda Néa en regardant les frissons sur ses bras.

Harry se leva pour voir. Dans le couloir beaucoup d'élèves se demandaient ce qu'il se passait. Les portes des wagons se refermèrent d'un coup et une vague de froid polaire envahit le train. Puis, toutes les lumières s'éteignirent subitement et le convoi fut plongé dans le noir total. Un sentiment de peur s'empara de Néa, elle n'aimait pas ça du tout.

- Ecoutez, dit Ron tout bas. On dirait que quelqu'un monte dans le train.

Un grincement se fit entendre et personne n'osa plus parler. La porte du compartiment s'ouvrit doucement. Debout dans l'encadrement se tenait une haute silhouette enveloppée d'une cape noire. La chose s'avança vers Harry et une main luisante, grisâtre, visqueuse et couverte de croûtes sortit de sous la cape. Plus personne ne parlait, et Néa avait envie de pleurer.

- Hermione, c'est quoi ça ? demanda Ron, apeuré.

- Je ne sais pas, répliqua Hermione. Harry ? Harry, ça-va ? Que se passe-t-il ? demanda-t-elle en commençant à paniquer.

Néa reconnut la chose qui venait d'entrer dans le compartiment : c'était un détraqueur et il semblait en vouloir à Harry. Harry sembla un instant aspiré par le monstre avant de tomber dans les pommes.

- C'est un détraqueur ! Balbutia Néa en reprenant ses esprits.

La panique envahit le wagon et Néa empoigna sa baguette avant de se lever et de s'exclamer :

- Spero patronum !

Une forme argentée surgit de la baguette de Néa et attaqua le détraqueur. Celui-ci fut projeté à l'extérieur du compartiment alors que Néa s'évanouissait en tombant sur le sol.

- Antinéa… Antinéa ! Oh, elle remue professeur, je pense qu'elle se réveille.

- Très bien laissez-moi voir, Miss Granger, dit une voix grave. Miss Pritchard, ouvrez les yeux, tout va bien.

Néa ouvrit doucement les yeux : sa vision était plutôt floue. Le train semblait s'être remis en marche et la lumière était revenue. Elle cligna des yeux rapidement et tourna la tête. Harry, Ron et Hermione étaient assis en face de la banquette où elle était allongée et ils la regardaient anxieusement.

- Antinéa, dit la voix appartenant à un homme. Savez-vous quel jour nous sommes ?

- Le premier septembre, répondit-elle le visage livide. Monsieur, je ne me sens pas très bien…

- Cela va passer, dit-il. Allez, relevez-vous doucement.

Néa s'assit et eut plus l'occasion d'observer l'homme. Il portait une robe de sorcier miteuse et rapiécée à plusieurs endroits. Néa grimaça. Il semblait épuisé et malade, et ses cheveux châtains commençaient à blanchir alors qu'il paraissait jeune.

- Je suis le professeur Lupin, annonça-t-il en souriant doucement. Cette année, j'enseignerai la défense contre les Forces du Mal. Miss Granger m'a dit que vous aviez réussi à faire fuir le détraqueur, est-ce vrai ?

Néa hésita un instant avant d'hocher la tête doucement.

- Alors il est normal que vous vous soyez senti mal, expliqua le professeur. C'est un acte de magie très puissant qui n'est généralement pas accessible à des sorciers de premier cycle. Vous l'avez appris à l'Académie de Beauxbâtons ?

- Vous savez que je viens de Beauxbâtons ? demanda Néa l'air étonné. Et non, je ne l'ai pas appris en cours. Vous pourriez ne pas en parler ?

- C'est assez impressionnant pour une sorcière de treize ans, constata le professeur.

- J'ai douze ans, fit remarquer Néa doucement, les joues rouges.

Harry, Ron et Hermione se regardèrent avec stupéfaction et Hermione comprit pourquoi la jeune fille paraissait si jeune. Remus Lupin se demanda un instant si cette enfant était bien française, elle ressemblait étrangement à…mais ce n'était pas possible… sinon tout le monde l'aurait su.

- Je vais aller voir le machiniste, dit-il. Nous arriverons bientôt à Poudlard, je compte sur vous trois pour surveiller Miss Pritchard pour qu'elle ne s'évanouisse plus.

Néa posa sa tête contre la fenêtre et s'endormit doucement. Harry en profita pour raconter à Ron et Hermione ce qu'il avait appris au Chemin de Traverse au sujet de Sirius Black.

- Néa ? murmura Hermione en réveillant doucement la jeune fille.

- Quoi ? s'exclama Néa avec sa petite voix aiguë.

- Tu devrais enfiler ton uniforme, lui expliqua Hermione. Les garçons sont partis se changer et acheter des bonbons.

Néa se releva et constata qu'elle était encore fatiguée, mais elle n'y pensa plus. Elle enfila son uniforme et Hermione l'aida pour faire le nœud de cravate. Harry arriva le premier et fut rejoint par Ron peu de temps après avec les bonbons. Harry et Ron lui expliquèrent tout sur l'école, enfin principalement sur les professeurs. Quand le train s'arrêta, ils descendirent et arrivèrent sur le quai de gare minuscule. Néa regardait partout autour d'elle. Elle ne voyait pas grand-chose car il faisait déjà sombre. Les élèves se ruaient, se bousculaient, les animaux hululaient, miaulaient, coassaient. Elle frissonna tellement le froid était intense et inhabituel pour elle. L'ambiance ici était lugubre.

- Voilà, dit Hermione, nous sommes à la gare de Pré-au-Lard. Les premières années partent avec Hagrid vers le lac et le traversent en barque.

Néa pensa qu'ils n'avaient pas de chance car aujourd'hui il faisait particulièrement froid et venteux.

- Viens, on va prendre la diligence, dit Hermione en lui montrant un chemin du doigt.

En effet, au bout du quai, les diligences se succédaient. Celles-ci semblaient se déplacer toutes seules. Ils prirent l'une des dernières. Elles étaient plutôt jolies, bien qu'assez lugubres, malgré l'odeur de paille et de moisi. Elles étaient de couleur noire et étaient fermées. Sur les portières on pouvait observer le blason de l'école. Ils étaient assez secoués, mais Néa était trop occupée à observer l'extérieur. Bientôt, elle put apercevoir un énorme château à l'allure médiévale qui surplombait un lac sombre. Hermione lui avait expliqué que l'école se trouvait entre un lac et une immense forêt, et qu'au-delà du domaine on pouvait voir de majestueuses montagnes. Ce château était bien plus grand que celui de Beauxbâtons : il était sublime.

- Voilà, on passe le portail, dit Hermione d'un ton enjoué. Bienvenue à Poudlard, Néa.

Néa soupira intérieurement tout en gardant un sourire figé sur le visage.

- Merci, répondit-elle.

Les diligences, exceptionnellement, s'arrêtèrent non loin du pont en bois, après avoir monté une pente douce. Néa espéra qu'on lui tende la main pour descendre, mais les garçons descendirent en vitesse et en premier.

- Tu viens, Néa ? demanda Harry.

Elle eut un sourire forcé en descendant.

- J'arrive, dit-elle.

Ils s'apprêtaient à marcher en direction du château quand ils furent interrompus.

- Alors, il paraît que tu es tombé dans les pommes, Potter ? demanda une voix traînante et narquoise. C'est vrai ce que dit Londubat ? Tu t'es vraiment évanoui ?

Néa se recula en regardant la scène discrètement, qui était donc ce Londubat ?

Le garçon blond du train, Malefoy, poussa Hermione et barra la route à Harry.

- Dégage, Malefoy, dit Ron les dents serrées.

- Tu t'es évanoui aussi, Weasley ? lança Malefoy d'une voix sonore. Il t'a fait peur ce vieux détraqueur.

- Il aurait fait peur à n'importe qui, dit Néa d'un air supérieur. Maintenant, aurais-tu l'obligeance et la politesse de nous laisser passer ?

Le blond la regarda d'un air étrange et avant qu'il puisse répondre une voix douce le coupa :

- Qu'est-ce qui se passe ici ?

Tout le monde se retourna : le professeur Lupin venait de descendre. Le blond, le regarda de haut-en-bas avec insolence.

- Oh…rien…heu…professeur, répondit-il d'un ton sarcastique avant d'adresser un sourire a ses deux copains et de partir d'un pas précipité.

- Il est assez agaçant, commenta Néa alors qu'ils se remettaient en route.

Le petit groupe remonta le long pont de bois. Néa regarda par-dessus, et ne voyant que le néant elle frissonna. Elle arriva dans une cour en pierre de taille moyenne. Le style, médiéval du château aurait pu plaire à Néa, si cette dernière n'était pas autant attachée à son école d'origine. Au milieu de la cour, trônait une fontaine de pierre dont l'eau s'écoulait doucement. Néa passa la porte derrière ses nouveaux amis, le grand hall lui plaisait beaucoup.

- Potter ! Granger ! s'exclama une voix. Je voudrais vous voir tous les deux et Miss Pritchard, vous aussi.

Ils se frayèrent un chemin dans la foule d'élève et se dirigèrent vers le professeur au chignon serré et impeccable.

- Bonsoir professeur, dirent Harry, Ron et Hermione en chœur.

- Inutile d'avoir l'air si inquiet, je voulais juste vous parler dans mon bureau, Potter, soupira le professeur. Miss Pritchard, veuillez attendre le professeur Flitwick ici, en compagnie de Mr Rusard. Weasley, vous pouvez vous rendre dans la grande salle, je n'ai pas besoin de vous.

Néa regarda ses deux amis partir sous le regard à la fois envieux et vexé de Ron. Celui-ci tourna les talons, et entra dans la grande salle.

- Miss Pritchard ? demanda une vieille voix grinçante

Néa se retourna et fit un bond en arrière.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle apeurée.

- Le concierge, M. Rusard, dit-il en souriant laissant des dents jaunâtres apparaître.

Néa se recula un peu plus de l'homme. Ses vêtements étaient passés, il dégageait une odeur suspecte et semblait sortir d'un film d'horreur. Elle soupira calmement et réajusta sa cravate et ses cheveux.

- Ah vous devez être Miss Antinéa Pritchard ! s'exclama une voix couinante.

Néa se retourna et vit un tout petit vieux professeur. Elle sourit, il ressemblait à un lutin, et paraissait sympathique.

- Êtes-vous le professeur Flitwick ? demanda-t-elle.

- Tout à fait ! dit-il enjoué.

- Bonsoir, professeur, répondit Néa en faisant une révérence.

Le professeur haussa les sourcils un instant, l'air surpris et se retourna en s'exclamant :

- Ah voilà les premières années !

Il se retourna ensuite vers Antinéa :

- Veuillez encore attendre un moment, je reviendrai vous chercher dans un instant, dit-il en souriant d'un air bienveillant.

Néa soupira mais hocha la tête. Elle regarda le professeur passer la porte suivit de petits sorciers qui s'extasiaient de la moindre chose. Elle attendit une bonne dizaine de minute.

Pendant ce temps dans la grande salle, la répartition venait de prendre fin. Le directeur se leva imposant le silence par son simple mouvement.

- Mesdemoiselles, Messieurs, je dois vous adresser quelques mots en premier lieu. Dans le cadre de la coopération magique entre les écoles de magie d'Europe, nous allons accueillir une élève de l'Académie de Magie Beauxbâtons qui entrera en troisième année. Je vous demande de l'accueillir chaleureusement, et de l'aider au maximum. Il n'est pas évident de changer d'école, encore moins lorsque l'école en question ne dispense pas des cours dans sa langue maternelle. Professeur Flitwick ?

Le petit professeur traversa la grande salle de petits pas vifs, et revint accompagnée d'une jeune fille. La demoiselle avait le teint frais, de longs cheveux noirs lisses lui arrivant dans le bas du dos et un regard bleu. Son visage à l'allure noble et fin, possédait encore quelques petites rondeurs enfantines son nez était droit et ses lèvres fines. Ses sourcils discrets, étaient recourbés légèrement. Elle marchait avec une allure élégante. Tout le monde fut surpris. Les commentaires se propageaient de maisons en maisons, les élèves curieux la regardaient avant de chuchoter avec leurs voisins.

Le professeur Rogue avait manqué de recracher le jus de citrouille qu'il buvait en l'apercevant. Elle avait grandie et n'avait plus rien de la petite fille qu'il avait vu évoluer pendant quatre ans. Il eut brièvement un pincement au cœur. Quand Minerva lui avait parlé de l'enfant, çà avait été en termes peu élogieux. Capricieuse, enfant gâtée, orgueilleuse fut le résumé que Minerva en fit. Et cela, Severus ne put que le confirmer en l'apercevant. Cette fillette avait dû être le centre d'attention de tous, et cela se voyait.

Antinéa marchait le long de l'allée menant à l'estrade. Elle ne prêta pas attention aux autres élèves, mais elle savait qu'ils parlaient d'elle. Elle sourit intérieurement. Elle observa la table des professeurs. Elle croisa le regard sévère et froid d'un homme habillé de noir, et soutint son regard. Ce devait être « l'abominable » professeur Rogue, celui dont Harry et Ron avaient dit qu'il était partial, abject et méchant qu'il arrivait à faire taire une salle de classe rien qu'en la regardant. Elle reconnut l'homme géant de tout à l'heure, et le professeur Lupin. En regardant le reste de la table, elle vit une femme rondelette habillée de vert, une autre dame étrange avec d'horrible lunettes rondes, une autre encore souriante au teint foncé et habillé d'une robe et d'un chapeau pourpre. Arrivée devant l'estrade, elle avisa le chapeau avec une drôle de tête, n'ayant aucune envie d'avoir sur la tête une sorte de vieux chapeau rapiécé et affreux. Néanmoins, elle prit place sur le tabouret, et releva la tête d'un air fier et hautain. On pouvait voir à la commissure de ses lèvres un semblant de sourire fier. Le professeur Flitwick dû faire léviter le choixpeau jusqu'au sommet de la tête de la jeune fille. Le choixpeau ne mit qu'une demi-seconde avant de s'exclamer haut et fort :

- Serpentard !

Les applaudissements retentirent aux quatre coins de la salle. Harry était déçu, tout comme Hermione à la table de Gryffondor, Severus Rogue lança un regard noir au directeur à la table des professeurs, et Drago Malefoy observa la nouvelle venue en lui faisant un signe à la table de Serpentard. Néa prit place face au jeune garçon blond, qui la salua d'un signe de tête. Le directeur se releva :

- Bienvenue pour une nouvelle année à Poudlard. Je vais vous faire part de trois autres nouvelles dont l'une, je le crains, est moins joyeuse donc autant en finir de suite. Comme vous avez pu vous en apercevoir dans le train cet après-midi, l'école a dû accueillir des détraqueurs d'Azkaban envoyés par le ministère de la magie. Ils seront postés à chaque sortie du domaine donc je dois vous informer que toute sortie sans le consentement de vos tuteurs est interdite. Il n'est pas dans la nature d'un détraqueur d'être compatissant, je vous prie donc de faire bien attention.

Il s'arrêta quelques instants pour permettre à ses élèves de digérer la nouvelle. Le jeune garçon blond bonda légèrement le torse.

- Enchanté, je suis Drago, Drago Malefoy.

Néa sourit et haussa les sourcils.

- Antinéa Pritchard, généralement on me nomme Néa, répondit-elle sur le même ton.

Elle fit le tour de sa table, pendant que Drago faisait les présentations.

- Je te présente Pansy Parkinson, Daphné Greengrass, Tracey Davis et Milicent Bullstrobe, les filles de notre année.

La fille, Daphné, était blonde, avec les traits d'une poupée aux joues rosies. Tracey avait des cheveux châtain clair coupés en dégradé, et de jolis yeux noisette. Antinéa les trouvait très jolies. Il n'en était pas de même pour Pansy Parkinson, qui avait des cheveux coupés au carré noirs, un visage fort anguleux, et un nez un peu retroussé. Enfin la dernière, ressemblait à un garçon avec une carrure imposante.

- Passons aux garçons, reprit Drago. Voici Blaise Zabini et Théodore Nott, et là c'est Crabbe et Goyle.

Néa qui avait déjà aperçu les deux derniers garçons dans le train les avisa d'un air méprisant, mais adressa un sourire ravissant à Blaise et à Théodore.

- Pour continuer sur une note plus joyeuse, je suis heureux d'accueillir deux nouveaux professeurs parmi notre équipe pédagogique, poursuivit le directeur. Tout d'abord, le professeur Lupin, qui se chargera des cours de Défense contre les forces du Mal.

Il y eut des applaudissements polis dans la salle et Malefoy chuchota à Néa qu'ils n'avaient jamais eu le même professeur de défense en deux ans car c'était un poste maudit. Néa haussa les sourcils, après les détraqueurs dans le train, le poste de défense contre les forces du mal maudit : l'année commençait bien.

- Vous voyez ça ? On appelle ça un professeur alors qu'il s'habille comme notre elfe de maison, fit Pansy Parkinson, d'une voix légèrement perçante. Hein oui j'ai raison, Drago ?

- Oui, il n'a pas dû y avoir beaucoup de postulants, dit-il de sa voix traînante.

- Regardez le professeur Rogue, fit remarquer Blaise d'un ton calme. Il le regarde étrangement.

En effet, le professeur Rogue observait Lupin avec un réel dégout. De plus, le professeur Lupin était assis juste à côté de lui, ce qui ne devait pas arranger les choses. Néa n'en revenait pas. Même si le professeur Lupin avait un style vestimentaire plus que douteux, cela ne voulait pas dire qu'il était un mauvais professeur. Au contraire, Néa le trouvait fort sympathique et il l'avait aidé dans le train.

- Quant à la deuxième nomination, reprit Dumbledore, il faut que vous sachiez que le professeur Brûlopot, qui enseignait les soins aux créatures magiques, a pris sa retraite. Et je suis heureux de vous annoncer que cette matière sera désormais enseignée par Rubeus Hagrid, notre garde-chasse.

Un tonnerre d'applaudissements fusa de toute la salle, excepté de la part des Serpentards. Néa applaudît poliment en regardant curieusement ses compagnons de maison.

- Vraiment, cette école est tombée bien bas ! répliqua Malefoy semblant en colère. Je n'en reviens pas. Nommer un garde-chasse professeur, on aura tout vu ! Lorsque Père saura ça, il ne sera pas content.

- Le père de Drago travaille au ministère, expliqua Pansy à Néa. Il a une place très influente là-bas et au Conseil de l'école.

Les applaudissements finirent et le directeur termina son discours :

- Je crois avoir dit l'essentiel. Je vous souhaite à tous une excellente année. Que le banquet commence !

Toutes les assiettes et les tables se remplirent de mets délicieux et Néa fut étonnée de la quantité de nourriture qu'il y avait sur les tables. La nourriture à l'Académie était bien plus légère et raffinée.

- Est-ce qu'il y a toujours autant de nourriture ? demanda-t-elle les yeux ronds.

- Oh non, c'est surtout pour les banquets, expliqua Daphnée en souriant. Le prochain banquet aura lieu à Halloween.

- D'accord, merci, dit Néa en lui rendant son sourire.

- Antinéa, que font tes parents, comme métier ? demanda Drago.

- À part voyager et vivre de leur argent, en se débarrassant de moi dix mois par an ? répondit Néa sur le ton de la plaisanterie.

Les autres rigolèrent, et Drago fut un peu contrarié de ne pas en savoir plus mais visiblement elle ne dirait rien d'autre.

- Et que peux-tu nous dire de toi ? demanda-t-il encore.

Néa sourit doucement.

- On se connait depuis vingt minutes, je ne vais pas te raconter ma vie, répliqua-t-elle. Et puis je n'ai pas pour habitude de raconter des choses sur moi.

- D'accord, d'accord, soupira Drago.

À la table des professeurs, la jeune Antinéa était l'objet de toutes les discussions. Les professeurs Chourave et Sinistra parlait de ses manières et de sa répartition à Serpentard. Le professeur McGonagall interrogeait le directeur sur les événements de l'après-midi.

- Ce n'est pas normal, Albus. Comment ont-ils eu l'idée de fouiller le train ?

- Il semble que Cornélius ait ordonné les fouilles, sous prétexte de retrouver Sirius Black, répondit-il.

- Alors pourquoi ont-ils attaqué Potter ? demanda le professeur McGonagall.

- Je n'en ai aucune idée, répondit-il. Qu'a dit Mme Pomfresh à propos de son état de santé ?

- Elle trouve anormal qu'il ait été le seul à réagir de cette façon, mais elle n'était pas inquiète.

Le professeur Lupin intervint dans la discussion :

- Est-ce que Miss Pritchard a été vue par Mme Pomfresh ?

- Pourquoi aurait-elle dû s'y rendre ? demanda le professeur McGonagall étonnée.

- C'est elle qui a repoussé le détraqueur, au moyen d'un patronus et elle s'est ensuite évanouie, expliqua le professeur.

- Un patronus ? demanda le directeur en observant la jeune fille semblant bien se porter.

- Oui, et corporel de surcroît, rajouta le professeur Lupin. Ce qui me semble étrange… c'est qu'elle n'avait pas l'air d'avoir envie que cela se sache…

- On apprend de telles formes de magie aux jeunes sorcières à Beauxbâtons ? demanda Minerva en haussant les sourcils.

- Qu'il soit enseigné ou pas, douze ans est un bien jeune âge pour cette forme de magie et je ne pense pas qu'Olympe puisse risquer la santé de ses précieuses étudiantes, dit Albus. Severus ?

Severus qui écoutait la conversation distraitement depuis tout à l'heure, se retourna le regard aussi noir que les ténèbres.

- Oui, monsieur le directeur ? demanda-t-il froidement.

- Je pense judicieux que vous emmeniez Miss Pritchard à l'infirmerie après le festin, demanda le Professeur Dumbledore.

- Bien, monsieur le directeur, dit-il aussi froidement.

Il regarda devant lui et observa la fillette. Elle semblait rire et parler vivement aux autres élèves de sa nouvelle maison. Nott, Crabbe, Goyle, Parkinson, et Malefoy…Tous des enfants de mangemorts. Severus soupira intérieurement, ses craintes étaient fondées.

Néa, à la fin du repas, se leva accompagnée de ses nouveaux camarades de maisons pour regagner sa salle commune.

- Pas si vite, Miss Pritchard, dit une voix froide.

Néa se retourna, tout comme le reste des élèves présent. Néa regarda l'homme dans les yeux, ces yeux. Elle semblait connaître ce regard, c'en était étrange, elle devait être fatiguée. Le professeur ne l'effrayait pas contrairement à ce qu'Harry et Ron avaient dit. Elle cligna des yeux.

- Bonsoir professeur, dit-elle en faisant une brève révérence sous le regard éberlué des autres.

Severus ne put que constater les manières impeccables de la jeune fille. Minerva l'avait prévenu, elle était très bien élevée malgré son caractère.

- Je pense n'avoir interpellé que Miss Pritchard et non le reste de sa maison, dit-il froidement à Drago et compagnie, dans votre salle commune et tout de suite !

Ils s'en allèrent aussitôt d'un pas précipité. Néa resta seule en compagnie du maitre des potions, alors que la salle finissait de se vider.

- Je suis le professeur Rogue, maître des potions et directeur de la maison Serpentard, dit-il d'une voix basse et froide. Mon rôle est, malheureusement, de m'assurer que les élèves de ma maison soient en bonne santé. Or, j'ai appris pendant le dîner que vous aviez eu quelques soucis dans le train. Nous allons donc nous rendre, maintenant, à l'infirmerie.

Néa recula d'un pas, inquiète.

- L'infirmerie ? Mais je vais très bien, je ne sais pas ce qu'on vous a raconté mais…

Le professeur prit un air froid, n'aimant pas être contredit.

- Seriez-vous en train de sous-entendre que le professeur Lupin s'amuse à raconter des rumeurs dans le seul but de vous ennuyer ?

- Non, mais… essaya de dire Néa.

- Mais quoi ? dit Severus. Vous ne voulez pas admettre que vous avez lancé un sortilège trop difficile pour votre niveau de magie et que vous vous êtes évanouie par la suite ?

Antinéa rougit vivement de mécontentement.

- Ah parce que selon vous j'aurais dû laisser le détraqueur nous attaquer ?

Il eut un air dangereux.

- Vous allez changer de ton, dit-il d'une voix polaire. Il ne sert à rien de discuter, vous me suivez.

Néa le regarda en fronçant les sourcils, et ils se mirent en route. Ils montèrent les escaliers, sans un mot. Néa regardait partout, impressionnée par la grandeur et la décoration du château. On entendait le bruit des petits pas de Néa, et le claquement de la cape du professeur. Le professeur s'arrêta devant une double-porte au bout du couloir et fit entrer la jeune fille.

- Madame Pomfresh ? Appela-t-il.

Une porte s'ouvrit d'un coup sec sur une vieille dame à l'air un peu trop compatissant pour Néa.

- Ah Severus, justement je voulais vous voir, dit-elle d'un ton décidé. Oh, mais qui est cette jeune fille ?

- Miss Pritchard, répondit-il, est la nouvelle élève que compte ma maison. Il semble qu'elle ait eu un petit problème cet après-midi dans le train.

- Encore ? s'exclama l'infirmière outrée. Un malaise à cause des détraqueurs ?

- Non ! s'indigna Néa. Enfin…

- Il semblerait que Miss Pritchard ait pu prétendre à une place dans la maison Gryffondor, dit le professeur d'un ton méprisant. Voyant le détraqueur dans le compartiment, elle a jugé opportun de lancer un patronus pour le faire fuir et s'est évanouie par la suite.

L'infirmière croisa ses bras.

- Cela n'a rien d'étonnant ! dit-elle. Vous êtes trop jeune pour être capable de lancer un sortilège d'un tel niveau. Dans quel genre d'école enseigne-t-on des sorts pareils ?

Néa fronça les sourcils.

- L'Académie de Magie est la meilleure école de magie d'Europe, dit-elle froidement. Et j'ai trouvé le sortilège dans la bibliothèque personnelle de Madame Maxime, notre directrice, dit-elle plus doucement en regardant ses mains.

Severus soupira en croisant les bras.

- Bien, asseyez-vous là Miss, dit l'infirmière en montrant un lit vide.

Néa ne bougea pas et regarda le professeur Rogue froidement.

- N'obligez pas Mme Pomfresh à se répéter, dit-il en montrant le lit d'un doigt.

Néa s'exécuta et l'infirmière se pencha sur elle pour l'examiner.

- Je vois, constata l'infirmière. Sa force magique est faible, elle devrait rester ici cette nuit…

Néa se releva d'un coup sec.

- Certainement pas ! Je refuse, s'exclama-t-elle en croisant les bras. Je suis en pleine forme !

- Très bien, répondit sèchement le professeur Rogue. Montrez-nous donc un sortilège de lévitation.

Elle se releva avec un sourire hautain sur les lèvres, elle sortit sa baguette avant de prononcer :

- Wingardium Leviosa !

Le vase qui aurait dû s'élever resta bien ancré sur la table de nuit. Néa en rougit de frustration. Le professeur frappa lentement dans ses mains :

- Bravo, dit-il avec ironie, voilà une démonstration digne de ce nom.

Néa fronça les sourcils, et s'assit sur le lit en râlant. Elle venait d'arriver et ce professeur semblait déjà ne pas la porter dans son cœur.

- Madame Pomfresh, dit le professeur. Je pense qu'une potion Wiggenweld suffira.

- Très bien, très bien, marmonna l'infirmière. Mais elle ne doit pas pratiquer de magie demain.

Néa ricana, ils ne pourraient pas la surveiller toute la journée.

- J'y veillerais personnellement, assura le professeur.

L'infirmière revint avec une potion vert pomme qui dégageait une odeur écœurante. Néa fut obligée de l'avaler, sous le regard des deux adultes. Elle grimaça.

- Nous y allons maintenant, dit le professeur. J'ai encore des choses à vous expliquer.

Ils se dirigeaient vers la porte lorsque Néa fit volteface en s'adressant à l'infirmière.

- Vous devriez songer à refaire la décoration ici, dit-elle avec un air hautain.

Elle tourna les talons et passa devant son professeur avec un air supérieur. Celui-ci s'avança et continua son chemin vers les cachots. Il marchait d'un pas raide et rapide et Néa peinait à le suivre. Enfin, ils pénétrèrent dans les souterrains du château et passèrent devant quelques portes de bois avant de s'arrêter devant l'une d'entre elles, noire Le professeur Rogue ouvrit la porte de son bureau et laissa passer Néa devant lui. Elle n'en revenait pas. L'endroit était lugubre et sombre et il y avait des pots et récipients transparents recouverts de poussières partout. Une cheminée se trouvait sur le côté droit. Au milieu de la pièce se trouvait le grand bureau du professeur avec un autre bureau plus petit devant ce dernier. Devant la cheminée, se trouvait deux fauteuils en velours vert bouteille.

Le professeur Rogue se dirigea vers la cheminée et y alluma un feu.

- Asseyez-vous, miss, dit-il.

Néa s'exécuta sans opposer de résistance. Elle commençait à être fatiguée et se sentait bien dans ce fauteuil en velours et près du feu. Le professeur se tenait debout devant elle.

- Demain, je ne veux pas vous voir sortir votre baguette pour quelque prétexte que ce soit, dit-il. Suis-je clair ?

- Oui, monsieur, dit-elle en le foudroyant du regard.

- Bien, je souhaiterais vous énoncer quelques règles propres à ma maison, continua Rogue. Tout d'abord, je tiens à ce que mes élèves soient présentables à toutes occasions et se conduisent de façon irréprochable. Le couvre-feu est fixé à vingt-deux heures et il est formellement interdit de se promener dans le château après cette heure. Cela est-il clair pour l'instant ?

- Oui, monsieur, répondit-elle en se retenant de bailler.

- Passons au niveau des cours. Cette année, vous avez bien choisi la divination, l'arithmancie, l'étude des runes et les soins aux créatures magiques comme cours optionnels ? Demanda-t-il.

- Certainement pas la divination ! s'indigna-t-elle. Moi, je trouve que c'est une science bien trop nébuleuse, et faussée. Ce ne sont que des charlatans et rien d'autre.

Severus sourit intérieurement en barrant la mention divination. Lui aussi considérait que la divination n'avait rien à faire ici et le fait que ce cours soit donné par cette folle de Trelawney n'arrangeait rien. Il chassa l'idée de cette similitude de sa tête aussitôt.

- Très bien, passons maintenant à l'exigence scolaire, continua Rogue.

Néa se sentait de plus en plus fatiguée et écoutait à moitié ce qu'il racontait. Le flot de paroles sembla devenir petit à petit incompréhensible et Néa se laissa bercer par les vibrations de la voix caverneuse du Maître des Potions.

-… et je n'admettrai pas de cancre dans cette maison et que…, s'interrompit-il brusquement.

Devant lui, la jeune fille était endormie et il s'apprêtait à la réveiller comme il se doit, lorsqu'il se rappela qu'elle était déjà fatiguée tout à l'heure et qu'il l'avait obligée à le suivre dans son bureau. Il l'observa un instant se demandant quel genre de fille elle aurait été si elle avait été élevée par lui. Il nota la ressemblance plus que flagrante avec sa mère. Il secoua la tête et se dirigea vers la cheminée. Il prit de la poudre de cheminette et lança « Salle commune de Serpentard ! ». Ensuite, il s'exclama avec une voix froide « Flint ! Dans mon bureau immédiatement ! » Marcus flint était le capitaine de l'équipe de quidditch et également le préfet de la maison Serpentard. Il arriva en courant, la peur au ventre. Il frappa à la porte et entendit un « entrez » glacial. Il entra dans le bureau et fut étonné de trouver la petite nouvelle endormie dans le fauteuil.

- Monsieur Flint, pourriez-vous ramener cette jeune fille sans la réveiller jusqu'à son lit ? Vous demanderez à Miss Wellstrobe de lui mettre son pyjama. Miss Pritchard a utilisé beaucoup de sa force magique aujourd'hui et j'aimerais que, demain, vous veilliez à ce qu'elle n'utilise pas sa baguette. Me suis-je bien fait comprendre ?

- Oui, professeur Rogue, répondit Flint et, en prenant la jeune fille dans ces bras, il se dirigea vers la porte. Bonne nuit, monsieur.

- Également. Vingt points pour vous et pour Miss Wellstrobe, dit-il avec un sourire machiavélique.

Cette année encore, il pourrait largement avantager sa maison. Il ne laisserait pas la coupe à ces écervelés de Gryffondor.

Marcus Flint sourit. Il venait de faire gagner quarante points à Serpentard. Il s'enfonça dans les sombres couloirs du château, et ramena la jeune fille endormie jusqu'à leur salle commune.


Pensée à Lyra et Elvy, merci à vous ! :)

A bientôt pour la suite !