Un grand merci à Sermina pour la bêta lecture, les corrections et les conseils !

Chapitre 2 :

Comme toujours à cette heure du soir, la pizzeria ne désemplissait pas. Il fallait dire que l'ambiance chaleureuse qui l'inondait était tentante par cette nuit de froide obscurité. La température jusqu'ici trop clémente avait brutalement chuté au couché du soleil, et les grandes baies vitrées du magasin donnaient aux passants frigorifier la vison idyllique d'une salle rendue dorée par la douce lumière.

Les tables rondes ceintes de banquettes rembourrées croulaient sous les commandes, et le vif brouhaha des discutions saturait l'air chaud, chargé d'odeurs succulentes. Et pour toutes celles qui n'avaient toujours pas été convaincues d'abandonner la froide humidité aux relents de goudron pour faire escale dans cet appétissant cocon, il y avait Sasuke.

Combien de femmes et jeunes filles anonymes, se pressant sur les trottoirs bondés, n'avaient elles pas subitement stoppé leur course, fait un pas en arrière et étaient restées là, bouche ouverte, l'écume aux lèvres, en apercevant cet Apollon à travers la vitrine ? Alors soit, les pizzas du chef étaient excellentes, mais le met le plus appétissant de la boutique était sans aucun doute l'Uchiwa. Depuis qu'il était devenu serveur dans ce petit restaurant, toutes les femmes de la ville s'étaient découvertes un engouement subit pour la cuisine italienne !

Mais cette nouvelle clientèle féminine potentiellement superficielle et plus intéressée par le beau brun que par le contenu de son assiette n'avait pas que des avantages. Ainsi, si Sasuke, en prenant la commande d'un troupeau de pimbêches à la table 7, restait droit comme un i, une expression de profonde indifférence peinte sur le visage, ce n'était pas pour avoir l'air « Uchiwa », mais bel et bien que s'il desserrait les dents de ne serait ce qu'un millimètre, c'aurait été pour couvrir ses clientes d'un interminable exposé sur leur stupidité chronique, avant de leur faire avaler le carton de menu de force. Alors oui : il valait mieux qu'il ne bouge pas d'un cil.

- Ou alors je vais prendre une quatre fromage... mais sans fromage, parce que c'est trop gras. J'ai presque fini mon régime, ce n'est pas le moment de flancher !

Effectivement : encore deux kilos de moins et elle serait officiellement admise chez les squelettes anorexiques anonymes ! Splendide ! Sasuke dut se mordre férocement la langue pour retenir une grimace dégoûtée.

- Peut-être qu'on pourrait remplacer les fromages traditionnels par de la mozarella ? poursuivait la jeune étudiante. C'est beaucoup moins calorifique ! Oh, et pas d'huile ! Pas de sauce piquante non plus : on ne sait jamais ce qu'ils mettent dedans, ça pourrait être gras. La sauce tomate la plus légère possible, et bien sur pas de fromage râpé par dessus ! Ça fait peut-être joli, mais c'est re-dou-ta-ble pour la ligne. D'ailleurs...

Personne ne sut jamais ce qu'elle avait encore prévu d'enlever à sa commande, car Sasuke la coupa, la remercia d'un sourire crispé et tourna les talons, directement vers la cuisine. Deux minutes plus tard, il revint avec le met demandé, le posa devant la cliente stupéfaite, récita les politesses d'usage et la planta là, seule en tête à tête avec un simple paquet de farine.


La fatigue est quelque chose qui a le don de tuer dans l'œuf toute bonne humeur. On n'est décidément pas sociable lorsque nos muscles courbaturés nous élancent de toutes parts ! Alors pour Uchiwa Sasuke, dont le côté loquace n'était déjà pas très développé en temps normal, être fatigué équivalait à être aussi causant et sympathique qu'une pierre tombale. C'était ce que ce disait le propriétaire de la petite pizzeria en soupirant, le menton et les mains posés sur le manche de son balai, le regard perdu dans le vague. Vraiment, il avait perdu aux changes, lui souffla son inconscient alors qu'il regardait son jeune employé d'humeur exécrable qui retirait sèchement son tablier aux couleurs de la boutique. Celui là avait beau pouvoir battre Apollon dans un concours de beauté et faire un ravage auprès des filles, il n'avait pas un dixième du talant de Naruto pour animer la salle, et faire de chaque client un habitué.

Dire qu'au début, tout était parfait ! Lorsqu'il avait dit qu'il souhaitait engager un nouveau livreur à domicile, son jeune favori avait tout de suite proposé l'Uchiwa, dont le patron apprit plus tard non sans surprise qu'il était son amant. Ça l'avait remué un peu, et pendant quelques jours un léger malaise avait plané dans la boutique. Puis il s'était giflé mentalement, s'était répété que le gosse restait le gosse, qui que soit la personne avec qui il sortait, et avait fait son possible pour ne plus jamais y repenser.

Au début donc, tout allait pour le mieux. Le nombre de commandes avait triplé, vu que toutes les filles célibataires de la ville semblaient partager le même fantasme : ouvrir leur porte pour trouver Sasuke sur le palier. Qu'il est une pizza à la main et qu'il faille payer la commission était relié à l'ordre de petit détail. En salle, rien n'avait changé et les sourires de Naruto continuaient de faire de l'endroit le lieu de rencontre de prédilection pour de nombreux jeunes. La boutique n'avait jamais fait autant de bénéfices que durant le mois où elle fut organisée ainsi.

Mais c'est là qu'un incident survint : alors qu'il livrait une fromage champignons bien cuite avec double ration de sauce épissée, l'Uchiwa fut littéralement agressé par une furie en porte jarretelle noir qui comptait visiblement régler l'addition en nature. Il n'eut aucun mal à la repousser, lui cassa le bras au passage, et lui extorqua paisiblement l'argent de la pizza avant de s'en retourner tranquillement finir ses livraisons, complètement indifférent à ce qui venait de se passer.

Non, le vrai problème est qu'il eut la mauvaise idée de raconter cette mésaventure à son petit ami.

Jamais Naruto ne fit de scènes plus retentissantes que celle qu'il tint à son employeur ce jour-là. Il cria tant et si bien que le pauvre commerçant, vaincu, accepta que Naruto se charge des tournées pendant que le sexe-symbole de ces dames resterait bien à l'abri en salle.

Reprenant son balai brosse à deux mains avec un soupir à fendre l'âme, le propriétaire se remit au travail. Non vraiment, il n'avait pas gagné aux changes.

Il ne se doutait pas encore que, ce soir-là, le changement effectué près d'un an auparavant aurait des répercussions plus graves qu'une simple baisse de la fréquentation mensuelle.


A l'instant même où Naruto coupa le moteur de son scooter, le silence lui sauta aux oreilles. La nuit tombait calmement sur ce paisible quartier résidentiel du sud de la ville. Dans les allées de gravillons fins, les voitures étaient déjà au repos, tous feux éteints. La lumière des salons débordait par les fenêtres, teintant d'or pur les parcelles de gazon fraîchement coupé où perlait encore la rosée artificielle de l'arrosage automatique. Ça sentait bon le rôti, la tarte aux pommes et les pétunias.

Un sourire attendri étira les lèvres du jeune livreur lorsqu'il avisa la maison qui devait accueillir sa prochaine commande : de l'odeur de peinture fraîche à l'adorable chiot qui somnolait dans une niche flambant neuve en passant par la boîte à lettre personnalisée, tout, ici, sentait à plein nez le petit nie douillé d'un jeune couple tout juste marié. Amusé, il attrapa le carton à pizza et se dirigea vers la porte de ce cocon d'amour.

Il sonna (un haut-parleur électrique, à l'intérieur, émis un doux tintement de carrions mêlé de chants d'oiseaux), et fut accueilli… par une assiette de porcelaine qui frôla son cuir chevelu pour venir exploser sur les pavés de l'allée.

Pétrifié, la mâchoire décrochée et le teint légèrement livide, Naruto resta scotché au paillasson « welcome » en tentant de reconnecter les deux neurones qui avaient survécu à sa crise cardiaque.

- Désolé ! grimaça la véritable cible de l'assiette aérodynamique (alias le jeune marié).

Le reste de ses excuses fut couvert par un hurlement hystérique qui, d'après ce que le pauvre Uzumaki pouvait en juger par-dessus l'épaule de son client, provenait d'une jeune femme échevelée et rouge de rage.

- Où est ce que tu crois aller sale fumier ? On n'a pas encore fini !

- Je sais mon cœur : il reste encore des meubles qui tiennent debout ! railla son compagnon avec une moue moqueuse.

Cette réplique lui valut un jet intempestif de vase en céramique à la figure, qu'il évita de justesse en plongeant à terre. Toujours figé sur le palier, Naruto regardait la maison trembler sur ses fondations à chaque coup de rouleau à pâtisserie en se demandant pourquoi il avait accepté de faire ce métier.


Non, définitivement, Neji n'arrivait pas à vivre sachant qu'il était dans le même appartement que lui. Il le trouvait tout simplement trop criard, insupportable tache rouge dans son champs de vision. Et puis il prenait trop de place, s'étalant dans le salon comme tout l'espace n'appartenait qu'à lui. Bon, c'est vrai qu'il était confortable… mais non, définitivement, il n'aimait pas ce canapé.

Le cuir bordeaux rembourré, ce n'était sincèrement pas son truc, aussi douillés que soient les coussins. Mais le sale cabot avait insisté, ils avaient haussé le ton en plein centre du magasin, les coups de poing avaient volés, suivis de panneaux publicitaires lancés en pleine face, le tout pour finir, au terme d'un saut périlleux pas vraiment volontaire, par se rouer de coup avachis sur le dit canapé. Résultat des courses : le coussin supérieur légèrement déchiré par un coup de talon un peu trop vif. Une fois le meuble abîmé, ils n'eurent plus d'autre choix que de le prendre, leur budget ne leur permettant pas d'assurer à la fois les réparations et l'achat d'un autre modèle.

Il avait pourtant prévenu ses deux colocataires que non contant d'être immondes, les accoudoirs prenaient trop de place et qu'ils allaient se retrouver serrés comme des sardines quand ils voudraient regarder la télé tous ensemble !

Et il avait eu raison : après une guerria d'un quart d'heure pour choisir la chaine, les trois colocataires s'étaient retrouvés compressés les uns sur les autres, épaule contre épaule, peau contre peau. Aux bout d'une dizaine de minutes seulement de se contact un peu trop charnelle, le doux parfum de la jeune fille, l'imperceptible friction des vêtements et le mélange des chaleurs corporels suffisaient à chaque fois à faire monter la température de la pièce de plusieurs degrés.

Pour gagner quelques millimètres, les deux garçons avaient passé un bras autour des épaules d'Hinata, assise entre eux. Machinalement, Kiba commença à promener ses doigts sur la peau qu'ils rencontraient. Un doux effleurement à peine, un frôlement de plume, mais déjà si plaisant qu'il en oublia peu à peu le film pour se concentrer uniquement sur ce contact grisant. Ses mouvements devinrent caresse, et quelque chose en lui s'éveilla complètement, un lourd désir, une envie bestiale rendu insoutenable par l'ambiance douçâtre du salon. Au moment exact où il allait joindre ses lèvres à ce petit bal sensuel, une main vint le cueillir brusquement à la gorge, l'étranglant à moitié.

- Ca c'est MON bras sal cabot ! Enlève tes doigts de suite où je te les tranches !

La voix de Neji était sifflante, sourde et dangereuse, vibrante de dégoût. Les deux autres ne purent répondre que par un silence lourd, et la température de la salle retomba brutalement. Le reste de la soirée s'écoula dans un froid inhabituel.


Les feux des voitures défilaient, brûlant ses yeux alourdis de fatigue. Une fois de plus, il secoua vivement la tête et se reconcentra sur la route qui défilait devant lui. Plus qu'une pizza à livrer et son boulot s'achèverait il tiendrait le coup jusque là. Il resserra sa prise sur le guidon, tentant de ne pas prêter attention la douleur qui parcourait son bras engourdit. L'autre imbécile avait décidément de la poigne ! La prochaine fois, il devrait faire attention à ne pas se faire attraper par ses homophobes, leurs insultes faisaient décidément moins mal que leurs bleus !

Est-ce dû à la fatigue ? Aux l'élancements constants au dessus de son coude ? Ou alors est-ce simplement que tout se passa trop vite ?

Une silhouette surgit entre deux voitures garées sur le bas côté, avançant sur la chaussée. Naruto cligna des yeux, mais réagit une seconde trop tard. Deux grands yeux surpris se levèrent vers lui, rendu presque translucides par la lueur trop proche des phares. Un cri d'horreur échappa aux lèvres de l'Uzumaki alors qu'il serrait brusquement les freins au maximum. Le scooter dérapa. Il y eu un bruissement de pneus, un fracas de taule froissée, puis tout devint noir.

Naruto Uzumaki venait d'avoir un accident.