Chapitre 2 : Quand l'espoir a disparu

Sakura s'était figée, la main crispée sur son chiffon, l'autre caressant les rainures du comptoir sans qu'elle en soit consciente. Ses yeux verts parcouraient la salle sans la voir. Elle revivait au fond d'elle-même cette matinée sanglante qu'elle aurait préféré oublier. Peut-être même qu'elle aurait préféré y rester. Pourtant, deux mois plus tard, elle était toujours là.

– Eh, oh, Haruno ! l'appela son patron. Tu te remets au travail, oui ?

Sakura secoua la tête et reprit sa tâche quotidienne. Nul ne pouvait se douter qu'encore deux mois auparavant elle était une ninja médecin en fin de formation à Konoha et qu'elle maniait son chakra comme si elle était née pour cela. D'ailleurs, personne ici ne connaissait son origine et cela l'arrangeait beaucoup. Le simple fait de revoir une connaissance lui aurait apporté honte et amertume. De la honte pour ce qu'elle était devenue et de l'amertume pour ce qu'elle avait été. C'était ainsi, Sakura avait la sensation d'avoir perdu une partie de son être.

A la vérité, Sakura n'était plus médecin et encore moins ninja. Elle était serveuse, le genre de métier peu glorieux réservé à la partie normale de la population. Le genre de métier sans embrouille où il n'est question ni d'esprit d'équipe, ni de volonté, ni de complot, ni de trahison. En bref, le métier parfait pour celle qui voulait oublier son ancienne vie.

– Mademoiselle, une bière s'il vous plaît !

Sakura avisa l'homme qui l'appelait à quelques mètres de là et lui répondit avec un sourire :

– Oui, j'arrive tout de suite.

Elle se retourna, remplit un verre et l'apporta sur un plateau.

– Ce sera tout ? demanda-t-elle en déposant la boisson.

L'homme acquiesça et lui tendit quelques pièces.

– Gardez la monnaie, lui dit-il.

Sakura le remercia, prit l'argent et s'éloigna vers une autre table. La porte du bar s'ouvrait et se refermait au fur et à mesure des passages sans qu'elle ne s'en soucie. Elle ne vit donc pas la petite personne recouverte d'une cape grise qui courait vers elle sans voir où elle allait. Le choc fut inévitable et Sakura tomba en arrière tandis que le plateau roulait à terre. Sans doute par réflexe, elle se rattrapa à une table et évita ainsi de heurter le parquet.

– Oh, je… je suis désolé, bégaya la voix d'une jeune fille. Je… je ne vous avais pas vue…

– Ce n'est pas grave, assura Sakura. Rien de cassé ?

– N-Non.

La jeune fille se releva et un mouvement de tête lui fit perdre sa capuche. Sakura recula d'un pas et porta une main à sa bouche en découvrant son visage.

– Hinata ! s'exclama-t-elle.

C'était bien elle, avec ses deux mèches corbeau qui lui pendaient le long du visage et ses yeux blancs apeurés. Hinata Hyûga la dévisagea d'un air aussi perplexe qu'elle. Les deux filles ne s'étaient pas revues depuis la disparition du village et aucune d'elles n'avait pu savoir si l'autre était en vie. Cependant, contre toute attente, Sakura fronça les sourcils et prit une attitude froide.

– Que fais-tu là ? demanda-t-elle sèchement.

– Je… on était parti chercher de l'aide, avoua Hinata en baissant la tête, comme si elle eût été coupable de la colère de son amie.

– Qui ça « on » ?

Mais avant qu'elle n'ait eu la réponse, une autre voix, bien plus grave, les interrompit :

– Tu devrais faire attention, Hinata. Bonjour, Sakura, ça faisait longtemps.

Sakura tourna la tête et aperçut Shino à quelques pas de là. Un vent glacé parcourut sa nuque et elle serra les dents. Que venaient faire ces deux-là ? Elle s'était exilée aux fins fonds du Pays du Feu afin de ne plus les recroiser et voilà qu'ils venaient précisément dans le bar où elle servait.

– Haruno, qu'est-ce que tu fais ? s'énerva le patron depuis le comptoir. Tu les accueilles oui ou non ?

Sakura jura intérieurement avant d'indiquer une table à ses anciens amis. Evidemment, pour son boss, ils étaient des clients potentiels. Pour elle, ils étaient les vestiges d'un passé qu'elle ne pouvait plus supporter. La souffrance qu'elle avait éprouvée le jour de la destruction de Konoha était telle que voir ce qui l'y avait attachée la faisait énormément souffrir.

– Vous voulez quelque chose à boire ? demanda-t-elle d'une voix rude.

Si Hinata se mit à trembler légèrement, Shino ne parut nullement affecté par son comportement. Il s'installa tranquillement avant de commander :

– Deux thés verts, s'il te plaît.

Sakura acquiesça et repartit vers la table où elle se dirigeait initialement. Elle revint quelques minutes plus tard vers Shino et Hinata avec deux tasses fumantes. Elle leur indiqua le prix tout en les servant et attendit qu'ils payent. Cependant, alors que Hinata allait tendre sa main, Shino l'en empêcha et tourna ses lunettes noires vers Sakura.

– Nous avons à parler, affirma-t-il.

– Je ne crois pas, rétorqua Sakura. Payez ou j'appelle mon patron pour que vous voyiez cela avec lui.

La bouche de Shino se tordit en un rictus de dépit avant de poursuivre :

– Sakura, pourquoi es-tu partie ?

Sakura sentit ses mains trembler sur son plateau alors que son regard osait à peine croiser celui de ses anciens amis. Elle-même n'avait pas pu expliquer son départ. Elle en avait eu besoin et c'était tout.

– Pourquoi êtes-vous restés ? répliqua-t-elle.

– Pour reconstruire Konoha, répondit Shino.

– Reconstruire Konoha ? répéta Sakura alors que les tremblements de son corps s'accentuaient. Konoha n'est plus, Shino ! Vous n'avez pas vu ? Nous n'avons plus rien ! Les têtes de nos anciens Hokages ont été détruites, l'Académie ensevelie, tout a disparu ! Qu'est-ce que vous voulez récupérer ?

Son ton était monté au fur et à mesure. Elle croisa le regard empli d'incompréhension de Hinata puis les lunettes de Shino. Elle aurait aimé pouvoir connaître son expression, mais il restait impénétrable.

– Nous n'avons plus de village, Sakura, mais les gens sont encore là, assura-t-il d'une voix ferme. C'est pour cela que nous nous battons.

– Les gens ? s'écria Sakura. Quels gens ? Ils sont morts, Shino ! Tu n'as pas vu ? Les trois quarts de nos ninjas sont morts ! Evidemment, tu étais en mission à ce moment-là !

Shino commença à tapoter la table du bout des doigts comme pour calmer la tension qui l'habitait. Hinata décida alors d'intervenir :

– Sa… Sakura, il… il reste encore quelques ninjas.

– Combien ? répliqua Sakura avec force. Dix ? Vingt, peut-être ? Hinata, même ton père est mort !

A ces mots, les yeux de Hinata s'emplirent de larmes qui ne coulèrent pas. Elle baissa la tête et serra ses mains contre sa poitrine comme si cela pouvait calmer sa douleur. Sakura eut une pointe de regret pour ce qu'elle avait dit, mais il fallait que ses amis se rendent à l'évidence : ils avaient tout perdu ce jour-là.

Shino, comprenant la détresse de sa coéquipière, passa une main sur son épaule avant d'adresser un regard dur à Sakura, aisément remarquable par ses sourcils froncés.

– Sakura, nous savons très bien ce qui s'est passé ce jour-là. Nous savons ce que nous avons perdu et que cela a été un choc pour toi de voir Naruto transformé.

– Transformé ? s'exclama Sakura en sentant la colère monter d'un cran. Ce n'était plus Naruto !

– Je le sais, assura Shino.

– Non, tu ne le sais pas !

– Je te rappelle qu'il m'a arraché un bras, Sakura !

Sakura se figea à ces mots. Shino s'était levé d'un bond et avait frappé de sa main restante le bois de la table. Jamais elle ne l'avait vu laisser sa colère éclater et cela en était effrayant. Elle jeta alors un coup d'œil craintif à l'autre manche de son manteau. Elle était rentrée dans sa poche mais pendait de sorte qu'on s'apercevait aisément qu'elle était vide.

Sakura se laissa tomber sur une chaise et rentra sa tête dans ses mains. Ses yeux verts, vides de vie, laissaient entrevoir une souffrance qu'aucun n'osait imaginer. Elle avait l'air si pâle, si fragile et si ébranlée que même son patron n'osa pas intervenir.

– Sa… Sakura, bredouilla Hinata.

– Laisse, Hinata, intervint Shino d'une voix rude. Allons-y.

Sakura entendit le bruit des pièces posées sur la table puis leurs pas s'éloigner. Dans le bar, les conversations reprirent peu à peu, presque gênées par sa position figée, comme morte. Quand elle baissa enfin les yeux vers la table pour prendre les pièces, le patron s'approcha et demanda :

– Haruno, c'était qui ces deux-là ?

– Personne, répondit-elle en reniflant pour retenir ses larmes..

– Bon, alors va t'occuper des autres clients.

– Oui, Monsieur.

Elle se leva et se dirigea vers une autre table en reprenant son sourire habituel. A présent, les gens la dévisageaient d'un air curieux ou désolé, mais elle ne le remarquait même pas. Son esprit était bien trop préoccupé par ce court entretien. Que faisaient ici deux anciens ninjas de Konoha ? Hinata avait dit qu'ils cherchaient de l'aide, mais pourquoi ? Toutes ces questions la torturaient et, en même temps, elle espérait ne plus jamais les recroiser. La vue du bras manquant de Shino lui avait rappelé de durs souvenirs et son cœur pleurait encore alors qu'elle adressait des sourires de bienvenue aux clients.

Sakura demeura maussade durant les trois jours qui suivirent. Elle n'arrivait pas à se défaire de l'image de ses coéquipiers et la destruction de Konoha s'imposait à elle dès qu'elle se retrouvait seule dans sa chambre, une fois la nuit tombée.

Un soir, elle décida de veiller tard en nettoyant les tables. Le bar où elle servait n'était pas grand, mais il y régnait suffisamment d'activité pour lui fournir du travail jusqu'à une heure très tardive. Cela l'avait beaucoup arrangée au début, lorsqu'elle s'était retrouvée seule, loin de tous ses repères.

Alors qu'elle s'attelait à la tâche avec ardeur, son patron s'approcha d'elle. C'était un petit homme chauve, la bouche fine surplombée par une moustache bien fournie. Elle le vit arriver mais n'en montra rien. Même si Sakura n'avait pas perdu ses habitudes de ninja, elle préférait les cacher.

– C'est vrai ce qu'on dit, Haruno ? demanda-t-il. Tu étais ninja de Konoha ?

Sakura s'arrêta dans son geste pour encaisser la question. Elle avait l'impression que tout le monde s'acharnait à la torturer. Finalement, elle reprit sa tâche de plus belle et répondit :

– Je n'ai pas envie d'en parler.

– C'est si terrible que ça ?

Cette fois-ci, Sakura préféra se taire. Elle savait que si elle commençait à tout raconter elle allait s'effondrer en pleurs sur la table qu'elle astiquait. Elle n'avait plus pleuré depuis deux mois et ne comptait pas craquer dès à présent.

– Bon, écoute Haruno, reprit le patron, j'ai pas à me plaindre de toi. Tu fais du bon boulot, tu ne rechignes pas et, même si t'es parfois un peu tête-en-l'air, tu restes toujours aimable avec les clients. Par contre, j'ai pas l'impression que tu sois heureuse.

– Je ne pensais pas que vous vous en préoccuperiez, rétorqua Sakura.

– Oh, je suis exigeant mais pas sans cœur. Les gens qui sont venus l'autre jour, c'était des amis ?

– Oui, c'était, et j'ai déjà dit que je ne voulais pas en parler.

Le patron acquiesça et s'apprêta à s'éloigner mais se ravisa et ajouta :

– Je me demandais, je peux compter sur toi pour nous défendre si le démon renard vient dans la région ?

Sakura s'arrêta encore une fois dans son geste, comme si elle craignait avoir mal entendu. Elle savait que Kyûbi, toujours en pleine liberté, parcourait le monde en détruisant villes et villages sur son passage. Les quatre grandes nations restantes après la destruction de Konoha avaient signé un pacte pour s'entraider et le capturer, mais cela n'avait servi à rien. Personne ne semblait capable d'arrêter la fureur du démon renard.

Sakura se disait que c'était la colère de Naruto et que toute sa frustration avait été transmise au démon. Sa souffrance à cause de ceux qui le rejetaient, la blessure qu'avait créée le départ de Sasuke, sa terreur en découvrant qu'il avait arraché un bras à Shino, tout avait contribué à le mener là où ils en étaient à présent.

– Je n'affronterai pas le démon renard, répliqua-t-elle en s'activant davantage. Je ne pourrai pas.

– Ah, il est trop fort ?

– Il n'y a pas que ça.

Comprenant que sa serveuse était réellement troublée, le patron du bar abandonna et retourna vers le comptoir.

– Ah, au fait, je t'ai glissé ta paye du mois sous la porte de ta chambre, Haruno.

– Merci, Monsieur.

Sakura soupira de soulagement. Enfin, il allait la laisser tranquille. Il était vrai qu'elle n'avait pas à se plaindre de son patron. Il l'avait recueillie lorsqu'elle était au plus mal. C'était un soir d'automne, quelques jours après le drame. Elle errait comme une âme en peine dans la petite ville dans le Sud du Pays du Feu. Par hasard, elle avait poussé la porte d'un bar et s'était endormie sur l'une des tables après avoir noyé sa peine dans le thé, l'alcool ne lui étant pas encore autorisé. C'était le patron qui l'avait réveillée et, après une petite discussion, il lui avait proposé de servir dans son bar. A présent, il lui louait une petite chambre pour pas cher à l'étage et la payait convenablement.

Cependant, Sakura redoutait par moments sa curiosité. Au premier soir, elle avait eu du mal à lui cacher qu'elle était une rescapée du village récemment détruit de Konoha. La nouvelle avait d'ailleurs fait le tour du pays en un rien de temps mais elle avait préféré ignorer les journaux et les ragots que se racontaient les clients.

Le lendemain, Sakura s'acharna au travail pour oublier la conversation de la veille. Il n'était pas question de laisser les souvenirs de Konoha la hanter à nouveau. Souvent, elle se disait même qu'elle aurait tout donné pour être amnésique. Tout aurait alors été beaucoup moins douloureux. Elle aurait été simplement Sakura, jeune serveuse dans un bar.

Voulant être sûre de ne penser à rien d'autre qu'à son travail, elle ne passa pas une minute inactive. Elle s'occupait de ranger une livraison de bouteilles derrière le comptoir quand une voix froide l'interpella :

– Un verre d'eau, Mademoiselle.

Sakura retroussa son nez en songeant que les clients se montraient parfois un peu trop exigeants. Elle répondit un « j'arrive tout de suite », finit de ranger une bouteille et se retourna. Un cri s'échappa de sa gorge lorsqu'elle reconnut celui qui était appuyé au comptoir, à quelques centimètres d'elles.

– Sa… Sasuke ! s'exclama-t-elle en reculant d'un pas.

C'était effectivement Sasuke et il n'avait d'ailleurs pas changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu, lors de la mission de récupération qui avait mal tourné. Il possédait toujours ses cheveux noirs en bataille et ses yeux sombres où ne régnaient que lassitude et indifférence. Il sembla à peine étonné en reconnaissant Sakura.

– Je me disais bien que les cheveux roses n'étaient pas courants, soupira-t-il.

Sakura ne répondit pas immédiatement. Elle n'arrivait pas à réaliser que Sasuke Uchiwa se tenait face à elle. Peu à peu, elle reprit ses esprits et s'aperçut alors que la moitié de la salle avait tourné la tête vers elle, suite à son cri. Elle décida alors de baisser d'un ton.

– Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle d'une voix cassante.

– Je viens me désaltérer, répondit Sasuke, comme si cela eut été naturel.

Sakura commença à se détendre légèrement. Après tout, Sasuke n'était là que par pur hasard et elle devait le traiter comme un client normal.

– Que veux-tu ?

– De l'eau, j'ai dit.

Il fallait s'y attendre, Sasuke n'était pas un client très charmant. Sakura lui remplit un verre et le lui tendit.

– T'es sûr que tu veux pas d'alcool ? demanda-t-elle d'un ton presque sarcastique.

– Oh non, je n'en ai pas besoin, moi, répliqua Sasuke avant de boire une gorgée.

– Qu'est-ce que tu insinues ?

– Que toi tu en aurais peut-être besoin pour oublier Konoha.

Sakura se raidit. Evidemment, elle avait songé à noyer ses soucis dans l'alcool. C'était réellement tentant. Cependant, premièrement elle n'était pas encore majeure et, deuxièmement, ce n'était pas la meilleure des solutions et elle en était parfaitement consciente.

– Evidemment, ça a dû te faire plaisir toi d'apprendre la nouvelle, lança-t-elle en se retournant pour masquer les tremblements qui lui venaient. Maintenant, tu es débarrassé de tous ceux qui te cherchaient et tentaient de te ramener. D'ailleurs, on n'a même plus d'endroit où te ramener, ni même de Naruto pour tous nous motiver !

Alors qu'elle proférait ces accusations, ses dents se serrèrent, entre la rage et la tristesse et ses mains se crispèrent malgré elle. Sasuke eut une grimace en constatant l'état de son ancienne coéquipière. Voir des proches souffrir ne lui plaisait pas.

– Ne dis pas de bêtises, rien de tout cela ne m'a réjoui.

Sakura inspira un grand coup et essaya de reprendre un peu de contenance. C'était Sasuke qui se tenait derrière elle, celui qui les avait trahis, qui les avait profondément blessés devant son obstination à nier leur amitié. Elle ne devait pas lui montrer sa faiblesse, ne serait-ce que pour Naruto.

– En tout cas, ça n'a pas dû t'affecter. C'est vrai, maintenant que t'as tes nouveaux amis, Karin et compagnie, je ne vois pas pourquoi tu aurais besoin de nous !

– Karin est morte, rétorqua Sasuke, et les deux autres aussi.

Sakura se figea en se demandant si elle devait croire ces paroles. Sasuke évoquait la mort de ses anciens coéquipiers comme si cela avait été un fait banal. Elle ne pouvait croire qu'il puisse se montrer aussi cruel et froid.

– Et ça non plus, ça ne t'a rien fait ? demanda-t-elle d'une voix sèche.

– Sakura, je ne suis pas complètement insensible.

Elle se retourna et croisa le regard de Sasuke. Il ne possédait pas autant d'indifférence qu'elle aurait voulu y déceler.

– Et de quoi sont-ils morts ? demanda-t-elle.

Sasuke avala le reste de son verre d'eau avant de lâcher la réponse :

– Kyûbi.

Sakura sentit sa respiration s'accélérer. Sasuke mentait-il ? Pourtant, ce n'était pas dans ses habitudes et elle le savait.

– Et toi, comment est-ce que tu t'en es sorti ? reprit-elle.

– Je n'étais pas avec eux à ce moment-là.

– Ah, tu les avais quittés ?

– Pas vraiment. Je m'occupais d'Itachi.

Sakura écarquilla les yeux. Itachi était la source de tous leurs problèmes. Après tout, c'était lui qui avait décimé le clan Uchiwa, engendré le mal-être de Sasuke ainsi que sa haine et l'avait poussé de ce fait à rejoindre Orochimaru. Par la suite, cela avait conduit Naruto à la colère et il s'était laissé dépasser par Kyûbi.

– Il… Il est mort ? risqua-t-elle.

– Hn. Mais le mérite ne me revient pas.

– Kyûbi ?

– Hn.

Sakura acquiesça lentement, comme si elle avait du mal à digérer ces paroles. Finalement, Sasuke paya et quitta le comptoir. Sakura le regarda s'éloigner et, prise d'une angoisse folle, le rattrapa avant qu'il ne sorte du bar.

– Que vas-tu faire maintenant ? demanda-t-elle.

– Je ne sais pas, répondit-il en passant la porte. Pas devenir serveur en tout cas.

Sakura ne broncha pas face à sa remarque et le suivit dehors, malgré le froid.

– Mais tu as bien quelque chose à faire, non ?

Sasuke s'arrêta et soupira, montrant que ces questions l'agaçaient. Cependant, Sakura n'en démordit pas pour autant et attendit la réponse.

– Je n'ai plus vraiment de but, Sakura. Mon frère est mort et maintenant tout ce que j'ai à faire, c'est reconstruire mon clan. Il me reste à savoir où, puisque Konoha n'est plus. Peut-être à Oto, qui est encore debout.

Sakura sentit ses épaules s'affaisser. Sasuke n'avait donc vraiment aucune considération pour leur ancien village. Pour lui, Konoha ou un autre, cela n'avait aucune importance. Elle se mit à grelotter sous un vent froid du début d'hiver. La buée s'échappait de sa bouche tandis qu'elle observait Sasuke qui s'éloignait.

Soudain, celui-ci s'arrêta. Il sembla réfléchir et se tourna finalement vers elle.

– Au fait, pourquoi t'es pas avec les autres ?

Sakura haussa les épaules avant de trouver la réponse :

– Tout le monde est dispersé, alors ici ou ailleurs, quelle différence ?

– Hn. J'ai entendu dire que certains ninjas de village détruits s'étaient rassemblés. Je pense que ceux de Konoha ont fait la même chose.

Sur ce, il se retourna et reprit sa marche vers l'extérieur de la ville. Sakura eut néanmoins le temps de lui crier :

– Pourquoi tu penses ça ?

Sasuke ne se détourna pas de sa route mais prit la peine de répondre :

– Parce qu'on a tenté de m'enseigner un principe qui s'appelle la volonté du feu !

Sakura fronça les sourcils en se demandant si Sasuke ne se moquait pas d'elle. La dernière fois qu'elle avait entendu ce terme, c'était lors de ce fameux jour funeste et c'était Gai qui l'avait utilisé.

Finalement, transie de froid, elle rentra dans le bar. Son patron lui adressa un regard accusateur mais ne fit pas de commentaire. Il avait l'impression que sa serveuse était fragile ces temps-ci. Cependant, cela ne l'empêcha pas d'assouvir sa curiosité le soir même.

– Dis, Haruno, c'était qui cet étrange homme, tout à l'heure ? demanda-t-il en s'assurant que tous les clients étaient partis. Il avait pas l'air commode alors ça me gênerait s'il devait revenir trop souvent.

Sakura, qui était occupée à laver les verres, faillit en briser un sur le coup. Elle dévisagea son patron et répondit en baissant des yeux tristes vers son travail :

– C'est l'homme qui a brisé ma vie.

Le patron entrouvrit légèrement la bouche, surpris, avant d'ajouter :

– Ah, tu dois le détester alors ?

Sakura préféra poser le verre en pensant qu'elle allait vraiment le lâcher. Elle sentit les larmes accourir jusqu'à ses yeux mais rien ne coula sur ses joues. La douleur ne semblait pas vouloir s'échapper. De toute façon, cela faisait deux mois que plus rien ne s'échappait.

– Non, même pas. Je l'aime, encore et toujours.

L'émotion prit alors le dessus sur sa raison et, enfin, elle laissa ses coudes tomber sur le comptoir tandis qu'elle plongeait sa tête dans ses mains pour cacher les larmes qui coulaient abondamment. Le patron se mordit la lèvre inférieure comme pour punir sa curiosité. Finalement, attendri devant le malheur de la jeune femme, il vint vers elle et lui passa une main dans le dos.

– Allons, ça va s'arranger, lui promit-il. Il y a toujours une solution.

Les pleurs de Sakura redoublèrent et elle se mit à bégayer.

– N-Non, vous… vous ne pouvez pas comprendre.

Sa voix fut alors engloutie par les sanglots. N'y tenant plus, elle s'accrocha à la veste de son patron qui, surpris, n'osa pas la repousser malgré l'eau salée qui venait traverser son vêtement jusqu'à sa peau.

– Ma vie est fichue pour de bon, déplora-t-elle en tentant de se calmer. Jamais, jamais je ne pourrai oublier tout ce que j'ai vu ! Je serai malheureuse jusqu'à la fin !

Il se passa encore quelques longues minutes jusqu'à ce que les pleurs de Sakura cessent enfin de couler. Son patron lui conseilla alors d'aller se coucher et lui proposa même une tisane apaisante. Sakura, honteuse d'avoir laissé sa douleur prendre le dessus, refusa et monta directement se coucher. Elle ne savait même pas comment elle oserait le regarder en face le lendemain mais, au moins, le fait de pouvoir pleurer de tout son saoul l'avait grandement calmée. Elle s'endormit à peine fut-elle dans son lit.

Le patron, lui, resta quelques minutes en bas avant d'aller se coucher. Sa nouvelle serveuse avait à peine dix-huit ans et, pourtant, il n'osait pas imaginer la moitié de ce qu'elle avait pu vivre pour arriver dans cet état de choc chez lui. Finalement, il se jura de ne plus lui poser de questions et de la laisser oublier tranquillement son passé.


Note de l'auteur : Bon, et bien voilà le second chapitre, un peu moins sombre que l'autre quand même (ne vous inquiétez pas, il n'y a pas QUE du drame dnas cette fic ^^). J'ai l'impression de prendre un assez gros risque avec Sakura : je lui fais vivre une expérience où j'ai peur de la rendre OOC, mais, d'un autre côté, c'est ainsi que je pense qu'elle réagirait. Enfin, vous pourrez toujours juger par vous-même quand j'aurai publié l'histoire entièrement.