Chapitre 2.
Faire ses courses.
20 Novembre 2020. Donetry, ville en Angleterre.
Agenouillée dans le petit jardin qu'elle a improvisé sur la terrasse de sa maison, Keya ramasse les quelques carottes et brocolis ayant poussés. Les températures ayant considérablement baissé ces derniers temps, elle est inquiète. Elle ne manque pas de bois pour se chauffer, mais elle a peur pour ces cultures à cause du froid et aussi, elle a peur que le feu de cheminée, une fois allumé, attire les Hurleurs. Déménager une nouvelle fois dans une autre baraque habitable de Donetry n'est pas dans ses plans pour le moment. Alors que la jeune femme est concentrée sur son travail pour avoir des légumes frais à manger ce soir, la truffe froide d'Haldir se colle contre sa joue pâle, lui faisant lâcher un petit cri de surprise.
- Haldir ! Je me les pèles déjà, mais alors si tu fais ça, c'est pire !
Le canidé lui lança un regard qui veut clairement dire qu'il s'en fiche avant de lui lécher affectueusement la joue. Keya grimace légèrement, songeant au fait qu'elle va peut-être devoir trouver une nouvelle brosse à dents pour nettoyer les canines du Husky. À force de l'aider à tuer les Hurleurs, il pue un peu de la gueule. D'ailleurs... Il va falloir qu'ils aillent faire un tour en ville pour trouver un nouveau paquet de croquette. L'idée fait soupirer Keya. Pour ça, ils doivent se rendre dans le quartier le plus éloigné de la maison. La jeune femme lève les yeux et essais de voir où peu bien se trouver le soleil. Le ciel est complètement gris, ce qui n'est pas étonnant vu la saison, mais cela l'agace légèrement. Elle a du mal à savoir s'il est tôt ou tard dans la journée... Surtout que le vieux réveil qu'elle a n'a plus de pile. Résignée, Keya s'essuie les mains pour enlever la terre humide qui s'y est accrochée puis se relève en prenant le panier dans lequel elle a mis ses légumes frais. De retour à l'intérieur, elle prend bien garde à fermer les volets et les fenêtres pour garder le plus de chaleur possible. Déposant le panier sur un très vieux meuble de cuisine délabré, la rousse attrape son manteau noir, le passe autour de ses épaules puis prend également un foulard lui aussi noir qu'elle entoure autour de son visage et qui coince ses cheveux déjà cachés sous son vêtement. Haldir, qui l'a suivit, remue la queue devant le seul moyen d'entrée et de sortie de la maison, prêt à sortir. Une fois prête, Keya lui enfile son harnais, l'accroche comme d'habitude, vérifie qu'en bas la voie est libre puis enfin, commence à descendre. Cela fait, elle tire sur la corde, ce qui enroule de nouveau l'échelle en corde puis ils partent. En passant dans le jardin de la maison, Keya accorde un regard aux différentes tombes qui s'alignent. Ce sont les corps des survivants qui depuis deux ans meurent à Donetry. La jeune femme est peut-être sans pitié quand il s'agit de mettre fin aux souffrances de quelqu'un, elle n'est tout de même pas un monstre pour autant. Les Hurleurs, elle les brûle, mais les survivants ont droit à une tombe, souvent anonyme.
- Direction l'autre bout de la ville Haldir, annonce-t-elle en passant le grand portail de fer de la propriété.
Le chien aboie et remue la queue en sautillant autour de sa maîtresse, content de pouvoir un peu se dégourdir les pâtes.
Presque une heure après avoir quitté la maison, ils se retrouvent dans le quartier où se situe un supermarché gigantesque où à coup sûr, Keya va trouver des croquettes et des piles pour son réveil. Devant les anciennes portes électriques du magasin, la jeune femme fait signe à son chien de ne pas faire de bruit. Pour éviter de gaspiller des balles, elle range son Beretta et sort de la manche de son manteau un couteau de chasse à cran. Silencieuse comme une ombre grâce à sa maigreur qui n'entache pourtant pas sa force, Keya se faufile dans les rayons du supermarché, un Haldir tout aussi silencieux sur les talons qui a les oreilles dressées, écoutant chaque bruit. Depuis qu'ils sont partis, ils n'ont pas entendu des Hurleurs. C'est une chose étonnante, qui peut être rassurante dans un sens, mais Keya ne s'y trompe pas. Les Hurleurs sont des monstres intelligents, raison pour laquelle ils ne sont pas simplement des zombies. Ils savent se faire discrets quand ils ont vraiment envie de tuer. De plus, contrairement aux morts-vivants des films ou des jeux vidéo, les Hurleurs ne transforment pas les humains qu'ils tuent. Ils sont certes des humains morts en étant atteint d'une maladie particulière, mais ils ne transforment pas les survivants qu'ils attaquent et les morts ne se relèvent pas non plus. Néanmoins, cela n'empêche pas le fait que les Hurleurs sont des monstres rapides, intelligents et que la meilleure manière de les tuer, c'est une balle ou un couteau dans le crâne. Alors qu'ils avancent pour rejoindre les rayons, un bruit d'étalage qui tombe fait sursauter Haldir et fait se tendre Keya. Ils se consultent du regard, inquiets tous les deux. Les portes du magasin sont constamment fermées, la jeune femme y fait toujours attention, s'assurant alors qu'aucun Hurleurs ne peut rentrer et les mettre en danger. Keya fait un signe à son chien en direction d'un chemin à sa droite. Haldir l'emprunte tandis que de son côté, elle va à gauche. Torche en main et couteau près à être planté, la rousse arpente les rayons aux aguets. Au bout de plusieurs minutes, elle tombe sur l'étalage de rayon qui est tombé. Il y a des traces de poussière sur le sol, des vielles bouteilles d'adoucissant pour linge, de javel et de produit pour nettoyer le sol sont étalées sur le sol. Keya fronce ses fins sourcils roux, baladant sa torche pour pouvoir comprendre ce qui a causé la chute du meuble de métal. Toujours en ayant les sourcils froncés, la jeune femme relève lentement sa torche en tournant sur elle-même. Sans qu'elle ai le temps de réagir, on l'attrapa par le cou ce qui a pour résultat de la soulever de quelques centimètres au-dessus du sol. La torche tombe par terre, mais elle a le temps de voir son agresseur. Un Hurleur d'un gabarit impressionnant qui resserre sa main autour de son cou. Par réflexe, Keya tente de le blesser avec le couteau qu'elle tiens toujours, mais bien que la lame s'enfonce dans la chair du ventre, ça n'a aucun effet sur le Hurleur qui la secoue à plusieurs reprises avant de l'envoyer voler. Un cri lui échappe alors qu'elle percute trois étalages qui s'effondre sous son poids. Face contre terre, Keya essai de reprendre ses esprits, serrant les dents à cause de la douleur qui irradie dans tout son corps. Grâce à la lumière de sa torche, elle parvient à voir le Hurleur s'approcher d'elle. Il lâche un hurlement strident. Avec difficulté, la jeune femme se relève, essayant de sortir son Beretta de son étui. Alors qu'elle l'a enfin dans les mains, un aboiement retentit et elle voit Haldir se jeter sur le monstre. Le chien n'arrive pas à le blesser à la tête et se fait envoyer contre un des rayons. Saisissant l'occasion, Keya lève son arme, vise et tire. Le Hurleur fais encore quelques pas avant de tomber raide mort sur le sol, soulevant en même temps un nuage de poussière.
- Haldir !
Son exclamation d'effroi résonne dans le magasin redevenu silencieux. Abandonnant son arme par terre et retirant son foulard pour mieux parler, Keya cours vers le Husky qui gémit, couché sur le côté. Elle ignore la douleur dans ses côtes, rapportant toute son attention sur son fidèle compagnon. Grâce à la faible luminosité émise par la lampe torche hors de portée, la jeune femme arrive à voir si son meilleur ami est gravement blessé. Heureusement, bien que cela l'inquiète tout de même, Haldir n'a rien en dehors d'une griffure à l'épaule qu'il faudra soigner une fois de retour à la maison. Tout à coup, alors que le Husky lui lèche affectueusement la main, un hurlement s'élève dans le dos de Keya.
- Attention !
Une détonation retentit et alors que la jeune femme aux cheveux de feux se retourne pour voir ce qu'il se passe, elle se retrouve couverte de sang de Hurleur. Abasourdie, elle voit le monstre qui allait l'attaquer dans le dos s'effondrer, dévoilant un inconnu se tenant debout, une jambe et un bras en sang. En voyant son Beretta dans les mains de son hypothétique sauveur, bien que l'idée soit totalement saugrenue, Keya se relève d'un bond, oubliant de replacer son foulard sur la partie basse de son visage. Où sa cicatrice disgracieuse à son goût est particulièrement bien visible.
- Mon Beretta ! Rends-le moi ! Tout de suite !
Abasourdi, l'homme la regarde en écarquillant les yeux et alors que la jeune femme se rapproche rapidement de lui pour reprendre sa précieuse arme, il lève son bras valide en l'air, mettant le pistolet hors de porter. C'est par ce geste que Keya s'aperçoit que l'inconnu fait deux têtes et demi de plus qu'elle. Avec son bras levé, même en sautant, elle ne parvient pas à atteindre son arme à feu.
- Et le merci, c'est pour les chiens ? dit l'homme en arquant un sourcil interrogateur.
Comme s'il était vexé par ces paroles, Haldir se dresse entre sa maîtresse et le survivant en aboyant de manière menaçante. L'inconnu sursaute et s'écarte de plusieurs pas en laissant tomber le Beretta que Keya rattrape au vol avant de le ranger dans son étui, de récupérer son couteau, sa lampe torche et de faire volte-face pour partir. À peine a-t-elle fait quelques pas avec son chien qu'on la rejoins et qu'on lui attrape le poignet pour la retenir. Par réflexe d'auto-défense, la rousse tourne habilement son poignet pour se dégager et se retourne en sortant une nouvelle fois son arme sur l'homme qui a tenté de l'arrêter.
- Qu'est-ce que tu m'veux ? peste-t-elle, hargneusement.
- Te remercier peut-être ? réponds le survivant en levant les mains devant lui en signe de paix. Ou peut-être essayer d'avoir un remerciement ?
Keya ne baisse pas son arme et Haldir à ses pieds montre ses canines, prêts à mordre l'humain pour défendre sa maîtresse. Loin d'avoir aussi peur que quelques minutes plus tôt du canidé, l'homme ne s'éloigne pas, essayant de fixer la jeune femme dans les yeux.
- Pas besoin de remerciement et pas besoin de merci, rétorque-t-elle finalement. T'avais qu'à ne pas attirer les Hurleurs dans le magasin. On n'en serait pas là. Maintenant ciao.
- Attends ! Comment tu t'appelles ?
- Oh, mais lâche-moi la grappe ! Retourne dans ton camp de guignol de survivant ! Et que je ne te revois pas dans le coin sinon je laisse les Hurleurs te bouffer le cul !
Sur ces mots, la rousse se détourne à nouveau puis marche un peu plus rapidement pour rejoindre les rayons qui l'intéressent, ignorant les appels du survivant. Elle se hâte de récupérer un paquet de croquettes, une brosse à dents, des piles ainsi que d'autres choses utiles puis avec Haldir, ils sortent du magasin pour rejoindre leur habitation.
Rendez-vous dans deux semaines pour la suite !
