Je suis très en retard. Pour plusieurs raisons : je poursuis mes études, j'écris un roman, et je m'occupe de petits travaux de traduction. J'espère que vous m'excuserez un peu.
J'ai repris les noms de famille issus de la nouvelle pour les différents personnages de l'histoire. Je n'ai pas gardé les prénoms, car tous s'y seraient perdus, moi y compris. Ce n'est donc qu'un clin d'œil parmi d'autres.
Normalement, Miku et Haku sont supposées vivrent en ville et elles ne travaillent pas au château. J'espère que vous m'excuserez ces libertés, mais je préférais écrire ainsi pour la suite des événements et la logique du récit.
Merci à ceux qui lisent ou qui laissent des commentaires !
Chapitre 3 : Shiro no musume
Il y a maintenant bien longtemps, dans une contrée dont personne ne se souvient, il y avait plusieurs Royaumes dotés d'une puissance de feu et d'une richesse époustouflante. Ils étaient au nombre de trois : le Royaume du Jaune, le Royaume du Bleu, et le Royaume du Vert. C'étaient des pays qui se côtoyaient pacifiquement depuis des années, et la paix régnait avec langueur sur ce côté du globe. Cependant, un événement tragique avait frappé il y a peu le Royaume du Vert un enfant aux cheveux blancs avait vu le jour, signe d'un grand malheur pour le Royaume. Les parents s'étaient donnés la mort comme le voulait la coutume, et l'enfant avait été traîné jusqu'au palais. La Reine qui venait de perdre un énième enfant supplia le Roi d'épargner cette vie, peu importe les traditions. Le Roi aimait tendrement la Reine. Comprenant son chagrin, il ordonna à ce que l'enfant soit chassée dans la forêt. Si elle survivait, c'est que le ciel la protégeait. Sinon, elle périrait sans les remords de qui que ce soit. C'est ici que notre histoire commence.
C'est une belle journée qui s'annonce. Voilà ce que pense la jeune femme en ouvrant les volets en bois de la demeure. Le soleil brille et réchauffe déjà la terre tandis que l'un léger vent du sud souffle dans les feuilles. La forêt est aussi paisible que d'habitude, les oiseaux pépiant gaiement en allant cueillir les derniers insectes nocturnes égarés. La jeune femme sourit et enfile sa robe de travail noire aux écussons de l'armoirie royale. Elle noue ses longs cheveux blancs avant de quitter la pièce pour aller frapper à une porte adjacente. Elle n'attend pas la réponse et entre. La pièce est plongée dans le noir mais elle se déplace avec aisance jusqu'à la fenêtre pour en ouvrir les volets. Un gémissement survient depuis les couvertures auquel la jeune femme répond par un soupir.
-« Il est l'heure ! » dit-elle d'une voix douce. « Tu vas encore être en retard ! »
Un nouveau grognement survient, ce à quoi la jeune femme répond par un autre soupir avant de quitter la pièce. Elle se déplace jusqu'à une grande salle qui sert de cuisine, de séjour et de hall d'entrée. C'est une toute petite maison de bois qui ne contient que le strict minimum car les locataires passent leurs journées sur leur lieu de travail.
La jeune femme remue les cendres rouges de l'âtre et secoue les crasses de la cheminée en pierre. Elle place des brindilles, puis une bûche et attrape le souffleur pour faire jaillir une flemme orange. Satisfaite, la jeune femme sourit et regarde sur l'appui de cheminée afin de se saisir d'une marmitte qu'elle emporte avec elle dehors.
Chaussée de ses sabots de bois, elle se mouille quelque peu les chevilles à cause de la rosée. L'herbe est verte, aussi belle que les cheveux des habitants du pays. La jeune femme marche lentement, sans se presser. Elle aime profiter de l'air frais du matin.
Il y a un puit creusé aux abords de la forêt. Elle sait qu'elle mettra un certain temps avant de le rejoindre ce qui ne la dérange nullement. En rentrant, elle trouvera une bonne odeur d'œufs et de pain. Elle n'aura plus qu'à préparer du thé avant de prendre le petit-déjeuner. Cette simple idée lui met du baume au cœur. Elle aime ce calme avant de partir précipitamment pour le travail.
Elle atteint bientôt le puit où, à son grand soulagement, il n'y a personne. Elle s'occupe du seau qu'elle doit remonter avec effort. Finalement, elle ramène l'eau claire qu'elle verse dans la grosse marmite. Elle recommence l'opération à deux reprises avant de laisser retomber le seau pour de bon. Elle s'essuie le front avec satisfaction et repart lentement, son fardeau la ralentissant.
La jeune femme est heureuse qu'il ne fasse pas encore trop chaud. Il est plus simple pour elle de poursuivre sa route sans essuyer la sueur toutes les minutes. Elle marche donc tranquillement lorsqu'une jeune fille apparaît en courrant vers elle. Elle a de longs cheveux d'un vert éblouissant et des yeux de la même couleur. Elle adresse un grand sourire à la jeune femme.
-« Ah ! Tu étais là Haku ! » dit-elle en arrivant près d'elle tout en reprenant son souffle. « Attends, je vais t'aider ! »
-« Bonjour Miku, » répond la jeune femme. « Je pouvais me débrouiller seule tu sais. »
-« C'est tout de même lourd, non ? »
-« C'est vrai. Mais tu as pensé au petit-déjeuner ? »
Les yeux de Miku s'arrêtent et son visage se fige. Puis, un son étrange sort de sa bouche et elle grimace. Haku soupire.
-« J'ai oublié les œufs ! » s'écrie Miku en repartant en courant.
Légèrement inquiète, Haku reprend la marmite et presse le pas. En arrivant près de la maisonnette, elle est soulagée de voir qu'elle n'est pas en feu. Elle rentre et constate que Miku a réussit à sauver une partie des œufs, le reste étant devenu noire. Miku se tourne vers elle et rit bêtement. Haku soupire. Bah, c'est comme d'habitude…
Après quelques efforts de récupération, elles s'installent autour de la table, le restant des œufs partagés entre elles, une tasse de thé fumante non loin. Elles mangèrent en silence. Miku engloutissait les œufs rapidement tandis que Haku trempait un morceau de pain dans le jaune d'œuf. Au bout de plusieurs minutes, Miku se leva et fila prendre le reste de ses affaires. Elle revint, ses sabots claquants alors que son amie terminait de rincer la vaisselle.
Haku attrapa la clé en fer lourd de la maisonnette et elles quittèrent le logis, prenant bien soin de verrouiller la clé. Une longue journée de travail les attendait. Il était temps de se mettre en route pour le château.
Sur le chemin, les deux jeunes filles parlaient de tout et de rien, l'une avec entrain, l'autre avec calme. Haku était d'un tempérament exaspérant pour la plupart des domestiques qui la considéraient comme un démon maladroit. Miku était très différente car elle était premièrement, très belle, et ensuite, très enjouée. Bien qu'elle fasse de nombreuses erreurs – comme confondre le sel et le sucre dans les repas royaux – elle ne se faisait jamais vraiment grondée. Il n'y avait pourtant pas de jalousie entre les deux filles qui s'appréciaient à leur juste valeur.
Haku écoutait distraitement les remarques de Miku sur la nouvelle tenue de la princesse. La jeune femme songeait à quel point elle aimait son amie et la chérissait. Elle qui avait toujours été seule, dont la poitrine souffrait d'un creux béant, l'enfant maudit aux cheveux blancs, elle avait enfin trouvée une amie. Elle se rappelait clairement leur première rencontre, aussi mouvementée que le reste de sa vie depuis sa rencontre avec Miku.
A l'époque, Haku se sentait tellement seule qu'elle s'était retirée du monde des Hommes. Son cœur la faisait tant souffrir qu'elle aurait préféré se planter un couteau dans la poitrine pour vérifier qu'elle était toujours vivante. Lancinante, insondable, perpétuelle, telle était sa douleur. Puis, un jour qu'elle revenait du marché où elle avait réussis à marchander quelques pommes contre un morceau de pain et du lait, elle était passée près d'un arbre centenaire. Cet arbre, elle le connaissait bien car c'est là qu'on l'avait abandonné autrefois. Elle le chérissait et le haïssait à la fois. C'était un lieu de refuge et un lieu de liberté. Et c'est là qu'elle avait vu pour la première fois Miku.
Haku, d'abord prise de panique, s'était approchée du corps étendu près des racines de l'arbre. Inquiète, elle avait vérifié si le corps en étant un. Ce ne fut pas le cas. Alors que la jeune fille aux cheveux blancs posait sa main sur la veine jugulaire, une main l'avait saisie et elle avait hurlé. Bien entendu, ce souvenir restait très honteux et très amusant à la fois pour Haku qui se surprend à rire. Cela interrompt Miku qui lui demande :
-« Qu'est-ce qui te fait rire alors que je parle de poireaux ? »
-« Oh, rien ! » répond Haku. « Je me souvenais juste de notre rencontre. »
Le visage de Miku s'illumine.
-« Aaah, ce jour-là ! Je me souviens aussi ! Tu as crié de toutes forces, et puis tu n'as pas arrêté de pleurnicher ! »
-« C'est parce que tu m'as donné la peur de ma vie ! » réplique Haku en rougissant.
Miku se moque d'elle durant encore de longues minutes, le temps qu'elles arrivent près des haies qui protègent le jardin royal. Là, il y a une porte qui est connue des domestiques pour permettre aux habitants du château de fuir rapidement des jardins en cas d'attaque. Miku et Haku l'empruntent chaque jour pour se rendre au château.
Si Haku est aujourd'hui autorisée à travailler, c'est grâce à Miku. Sans elle, personne n'aurait voulu d'une enfant habitée du démon. En fait, si Haku vit une vie normale, c'est grâce à son amie. Autrefois, elle vivait du troc, échangeant le peu qu'elle trouvait en forêt et encore, uniquement lorsqu'elle avait de la chance de tomber sur des marchands étrangers. Ceux du Pays du Vert ne voulaient même pas lui adresser la parole. Avec Miku, ce ne fut plus le cas. Après tout, si une fille aussi jolie et aussi gentille était l'amie d'une enfant démon, c'est que les rumeurs n'étaient pas aussi véridiques qu'on voulait le croire. Alors ceux du Pays du Vert s'étaient mis à lui parler.
Miku pousse la porte couverte de lichens. Elle grince sur ses gonds usés avant de tressauter dans un cliquetis lourd.
-« Il faudra demander à l'intendant de la graisser, » dit Haku en fronçant les sourcils. « Sinon, on pourrait bien se retrouver coincées. »
-« Je le lui demanderais, » réponds Miku en entrant dans les jardins.
Malgré la beauté des lieues, elles se sont habituées aux diverses couleurs, aux parfums délicats, et aux habitant silencieux des jardins qui ne peuvent ni voir, ni sentir. Les statues des Rois et Reines d'autrefois impressionnent toujours les visiteurs car la laque utilisées les fait scintiller. La laque provient de la sève des arbres du Royaume et on ne trouve pas meilleur dans les autres Royaumes. Le plus beau spectacle que peuvent rendent ces statues, c'est la nuit, sous le reflet de la lumière lunaire.
Elles traversent le jardin du printemps en pressant l'allure : la grande horloge du marché sonne l'heure et elles risquent d'être en retard. Haku constate que Miku regarde de chaque côté, les joues rosies. Son amie la surprend et elle prend un air pathétique. Haku soupire en préférant ne pas songer à ce qui est en train de se passer.
Après avoir traversé le jardin de l'hiver, elles arrivent dans la cours des domestiques qui grouillent déjà de monde. Certains des serviteurs qui vivent au château aboient déjà des ordres en tout sens. Il faut dire qu'il y a quelque jour, la Princesse a été officiellement présentée à la Cours et qu'en l'occasion, de nombreux princes, rois, reines, vassaux, députés, émissaires, sont présents. Une grande fête avait eu lieue et si certains étaient rentrés chez eux, d'autres persistaient à abuser de l'hospitalité du Royaume du Vert.
Haku et Miku se glissent rapidement dans les cuisines qui ressemblent à une fourmilière dans laquelle on aurait donné un coup de pied. Miku vole deux tranches de pains chauds et Haku se charge de prendre deux pommes. Elle rient de leur forfait et mangent en se dirigeant dans la foule vers la lingerie. Là, ils fait déjà un peu plus calme. Les domestiques, tous habillés du même tablier blanc et de la tunique noire, parlent entre eux des différents potins tout en plongeant les draps dans de l'eau bouillante et savonneuse. Certaines femmes les essorent à grands coups de pressoir avant de les poser sur une peau de bête où d'autres domestiques les travaillent au lissoir.
Les deux jeunes femmes se dépêchent d'aller voir la buandière en chef qui fronçe les sourcils un instant avant de sourire en voyant le visage joyeux de Miku.
-« Et bien qué ? Vous êtes en retard, ou presque ! Filez vite défaire les draps de la chambre Octovale et de la chambre adjacente. Il faut faire aussi faire la chambre du Duc de Borlé qui se plaint de draps pas frais. Allez, oust ! Au travail ! »
Haku et Miku s'empressent d'obéir. La buandière est sévère et elle parle un léger patois qui la rend effrayant lorsqu'elle se met en colère. Elle roule les « r » d'une façon guttural qui surprend toujours Haku. Les jeunes femmes se glissent à nouveau dans la foule pour rejoindre les couloirs du château. Mis à part les domestiques et quelques serviteurs et gardes, tout est calme. Il est encore trop tôt pour que les gentilshommes daignent se lever. Haku remarque que certains gardes paraissent grincheux. Elle songe qu'ils doivent être bien fatigués de veiller sur des dangers qui ne viennent pas.
La chambre Octovale se trouve dans l'aile est du château, au troisième étage. Haku n'aime guère monter les escaliers. En fait, elle n'aime tout simplement pas la hauteur. Elle préfère de loin avoir ses deux pieds solidement ancrés sur terre. Elle prend donc son courage à deux mains avant de commencer l'ascension. Miku grimpe devant elle d'un pas léger, sa silhouette fragile dansant sur les marches. Haku ne peut s'empêcher de sourire en la voyant. Miku est sa seule amie, la personne la plus chère à son cœur.
Lors de leur première rencontre, Haku avait pensé qu'elle soignerait la jeune fille qui s'empresserait de partir. Ce ne fut pas le cas. Miku était restée auprès d'elle, devenant son amie au fil du temps passé ensemble. Haku avait pris peur. Une telle personne, aussi jolie, aussi aimée, aussi douce… Ce devait être un mensonge où une manipulation quelconque. Elle avait longtemps douté, et finalement, elle avait confronté Miku en lui demandant pourquoi elle restait à ses côtés alors que tant d'autres personnes l'aimaient et la chérissaient. Miku lui avait sourit et l'avait prise dans ses bras en lui répondant que pour elle, la personne la plus jolie, la plus douce, c'était Haku.
-« Tu viens ? »
Haku grimaça avant de rejoindre son amie. Décidément, elle n'aimait pas les endroits en hauteur.
Le Royaume du Vert est un endroit paisible. Il a connu de nombreux conflits par le passé, mais depuis un siècle, il n'a plus levé les armes. Voilà pourquoi les gardes font office de décoration. Haku a bien pitié de ces hommes.
Malgré que le monde la rejette, Haku n'a jamais perdu espoir. Elle a continué de vivre envers et contre tous, bien qu'elle ne sache plus pour quelle raison elle poursuivait le pénible chemin du destin. Elle pleurait, elle souffrait, et malgré tout, elle aimait son royaume. Elle idolâtrait ces personnes aux cheveux verts qui la maudissaient. Elle les enviait. Le Royaume du Vert est prospère, agréable à vivre, et de nombreuses personnes déménagent vers ses terres.
-« Oh là ! Miku ! Toujours aussi distraite ! »
Haku sursaute et lève la tête. Miku, tout comme elle, trop occupée à soulever ses jupons pour monter les marches, n'avait pas vu le grand gaillard qui leur souriait. La jeune fille sourit avant d'exploser de joie. Haku, paniquée, regarde de tous côtés pour être sûr que personne ne les voit. Il faut dire que Miku était pendue au cou du bonhomme.
-« Maître Kiyoteru ! » s'exclame Miku. « Ca fait tellement longtemps ! »
L'homme rit en remettant son monocle en place. Haku s'approche timidement et salue à son tour Maître Kiyoteru qui la salue avec un grand sourire. Parmi les personnes qui ont déménagé, il y a Maître Kiyoteru. Il s'est marié à Miki, une jeune femme du Royaume du Vert, et il a habité un long moment ici avant que le devoir ne le rappelle auprès de sa terre natale. C'est aussi lui qui a pris soin de Haku et de Miku. Et c'est également sur ses terres qu'elles vivaient.
-« Tu as encore grandis, Miku, » déclare le bon samaritain en souriant avec douceur. « Toi, Haku, tu n'as pas changé en revanche. »
Haku ne sait pas quoi penser de cette remarque et elle la laisse passer. Miku est déjà en train de bombarder le Maître de questions. Haku n'a jamais compris pourquoi cet homme a choisit de les prendre sous son aile. Néanmoins, le fait que la précense de Miku enchante ses filles devait y être pour quelque chose.
-« Oui, oui, elles vont toutes très bien ! » répond le Maître avec nostalgie. « Leur m'écrit souvent. Yuki aimerait beaucoup te revoir Miku, et toute la famille prendrait plaisir à t'entendre à nouveau chanter ! »
-« Moi aussi j'aimerais beaucoup ! Je ne sais pas si ce sera possible par contre… »
Elle se tourne vers Haku qui sourit prestement. En réalité, elle-même ne connaît pas la réponse. En ce moment, la destinée de Miku semblait bien incertaine. Haku détestait ce sentiment. Elle avait peur de perdre son amie.
-« Pourquoi donc ? Je peux demander à votre intendant de vous laisser quelques jours de congés. Vous n'en prenez jamais, il sera certainement d'accord. »
-« Ben, en fait, c'est surtout parce qu'il y a un prince qui n'arrête pas de me courir après en souriant bêtement. »
Haku pouffe de rire mais elle s'arrête bien vite en voyant l'expression médusée du Maître. Miku elle-même qui s'apprête à rajouter une couche se retient. Elles échangent un regard inquiet.
-« C'est donc toi que le Prince ap Marlon souhaite épouser… »
-« Je ne sais pas, je me souviens à peine de son nom, » réponds Miku, les joues légèrement roses.
Les deux amies ne savaient pas que le prince planifiait un mariage. C'est une nouvelle qui retourne l'estomac de Haku.
-« Miku, c'est très grave, » dit Maître Kiyoteru en la prenant par les épaules comme avec une enfant. « Le Prince ne devrait pas t'épouser. Et pourtant, tout le monde est d'accord. Il doit se marier. Il risque de très vite te demander de l'accompagner au Royaume du Bleu. Il est très amoureux… »
Haku serre ses mains tremblantes. Ainsi donc ce Prince voulait emmener Miku. Il voulait la lui enlever. Lui, un Prince riche et entouré, apprécié, aimé ! C'était honteux ! Scandaleux ! Egoïste !
-« Je n'ai pas envie de l'épouser, » répond Miku en reniflant bruyamment par le nez. « Je ne le connais pas. Mais je veux bien aller au Royaume du Bleu. Ce serait amusant. Tu ne trouves pas, Haku ? »
-« Je ne sais pas… »
C'était la stricte vérité. Haku ne savait pas du tout si elle trouvait l'idée amusante. Tout ce qu'elle savait, c'est que sa précieuse amie n'avait pas envie d'épouser ce prince et qu'elle resterait à ses côtés. C'était suffisant pour l'instant.
-« Je ne pense pas que tu mesures les conséquences de… »
Maître Kiyoteru fut interrompu par l'arrivée d'un beau jeune homme aux cheveux bleus. Le Prince en personne terminait de descendre les escaliers. Derrière lui, une très belle femme aux cheveux roses le suivait en criant. Elle s'arrêta lorsque son regard tomba sur Miku. Elle lui sourit et la jeune fille détourna les yeux, un sourire triste passant sur son visage. Haku comprit que les deux se connaissaient. Le Prince, lui, pensa juste que ce sourire était pour lui.
-« Bonjour ! » s'empressa-t-il de dire en avançant jusqu'à Miku pour lui saisir la main et y poser un baiser. « Je ne pensais pas te voir ici, mais je suis le plus comblé des hommes ! »
Haku remarque avec agacement qu'il tutoie son amie. Cette dernière, par contre, ne semble pas vexée. Bah, la connaissant, c'est elle qui lui a demandé d'arrêter le vouvoiement.
-« Mais je manque à tous mes devoirs ! » s'exclame le Prince. « Tu connais mon ami Kiyoteru d'après ce que je vois ? »
-« C'est vrai, c'est Maître Kiyoteru qui s'occupe de nous. Il est très gentil. »
-« Kiyoteru ! Tu la connais ?! »
Il y a dans la voix du prince, une note de colère. Visiblement, il est furieux que son vassal lui ait caché cette précieuse information. Aux yeux de Haku, le Maître semble d'un seul coup plus doux et plus beau que jamais.
-« Je ne savais pas qu'il s'agissait d'elle, Prince. Veuillez m'excusez, » répond Kiyoteru en se courbant avec grâce.
-« Soit ! » déclare le Prince, toute colère envolée. « Dans ce cas, il ne me reste plus qu'à te présenter Miss Clocktower, ma gouvernante ! »
-« Enchantée, » minaude la femme aux cheveux rose avec un air de chat.
Miku s'empresse de saluer la gouvernante, le visage caché par ses longs cheveux. Haku se tient en retrait. Son cœur bat la chamade.
-« Moi, et bien je vous présente Haku, ma meilleure amie, » dit soudain Miku. « Et je ne partirais pas me marier avec vous. »
Cette réponse jette un froid dans l'assemblée. Kiyoteru soupire en se cachant son visage dans ses mains tandis que le visage du Prince perd toutes ses couleurs.
-« Ah… Et bien… Pourquoi en fait ? » balbutie le Prince.
-« Parce que ça me parait bien ennuyeux. »
A cette réponse, Haku s'autorise de pouffer, car elle est sûre de ne pas être entendue grâce au rire de la gouvernante et de Maître Kiyoteru. Le Prince, lui, à l'air déconfit.
-« Je suppose que c'est vrai, » dit-il, penaud. « Je suis désolé. Je pense que je devrais commencer par devenir un ami avant de parler de mariage à tout le monde… »
-« Voilà qui serait une preuve de bon sens ! » s'exclama Miss Clocktower.
Le Prince, visiblement très déçu, quitte Miku avec la promesse de revenir la voir d'ici quelques semaines. Maître Kiyoteru, pour sa part, leur fait promettre de revenir à la maison pour voir ses filles. Puis, tout ce monde quitte les marches d'escaliers et Miku et Haku se retrouvent seules dans la chambre.
Elles nettoient les draps sans parler, mais les grands sourires qui dévorent leur visage révèlent tout de leur hilarité. Miku se met à fredonner, et Haku la rejoint très vite, bien qu'elle n'aime guère chanter. A elles d'eux, elles finissent vite de retirer les draps. Elles redescendent les escaliers en riant sous cape au souvenir de leur dernier passage. Les autres domestiques qui les croisent lèvent les yeux au ciel sans pouvoir en vouloir à la jolie Miku. Après tout, si elle épouse le Prince, elle sera Reine un jour.
Haku, elle, ne pense plus à toutes ces histoires. Elle regarde son amie avec tendresse. Pour elle, elle ferait n'importe quoi. Si le Prince l'avait emmenée, elle l'aurait suivie. Et si le Prince avait souhaité l'épouser, Haku se serait battue pour être au service de Miku. Elle ne l'abandonnerait jamais. Elle détestait le Prince et elle éprouvait une certaine gène d'être aussi jalouse de lui. Pourtant, Miku avait choisit de rester avec elle. Alors Haku resterait à ses côtés pour toujours.
Miku sourie gaiement en lui déclarant que ce midi, ce serait une soupe de poireau pour le repas. Ses yeux brillent à l'idée d'un tel festin. Haku n'ose pas lui dire que le chef de cuisine sait que c'est son plat préféré. Elle n'ose pas lui dire combien elle est soulagée qu'elle reste à ses côtés. Elle n'ose pas lui dire combien elle l'aime.
Du moment qu'elles continuaient à vivre ainsi, tout irait bien. Tout serait parfait et Haku s'en réjouissait à l'avance. Elle ne serait plus jamais seule. Parce que Miku serait toujours là, sa seule, sa chère, sa plus précieuse amie.
Il y a maintenant bien longtemps, dans une contrée dont personne ne se souvient, il y avait plusieurs Royaumes dotés d'une puissance de feu et d'une richesse époustouflante. Ils étaient au nombre de trois : le Royaume du Jaune, le Royaume du Bleu, et le Royaume du Vert. C'étaient des pays qui se côtoyaient pacifiquement depuis des années, et la paix régnait avec langueur sur ce côté du globe. Cependant, un événement tragique avait frappé il y a peu le Royaume du Vert le Prince du Royaume du Bleu était tombé amoureux d'une roturière du Royaume du Vert et il planifiait un somptueux mariage. C'était un scandale qui allait attirer la joie et l'euphorie des deux Royaumes concernés, mais aussi la jalousie et la haine que manipulait une certaine personne.
C'est ici que notre histoire commence.
Tsuzuku… « Aku no Hana »…
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