"Dans toutes les larmes s'attarde un espoir." Simone de Beauvoir


Le chef, la mort et l'enfant

Baltigo, quelque part dans ce vaste monde.

Dans une pièce remplie de cartes maritimes et terrestres, un homme réfléchissait en silence. Monkey D. Dragon, chef des révolutionnaires, cherchait un plan. Les murs en roches de la forteresse, et le manque de fenêtre assombrissaient la salle, feutrant la lumière, dupliquant la tension. Son esprit cherchait encore et encore, une faille dans le camp ennemi, une lueur d'espoir pour motiver les troupes. Rien. Tant pis, il devrait faire comme au bon vieux temps, se débrouiller avec son talent d'orateur. Calmement, il se dirigeât vers la sortie, et descendit un grand escalier.

Baltigo, forteresse impénétrable, introuvable et imprenable. Le secret ? Baltigo n'était nul-part sur cette terre, car elle était sous terre. Creusée à même la roche, par le même homme qui avait construit le cinquième cercle et demi d'Impel-Down. La citadelle était composée de six niveaux, comme une réplique de la prison maudite. Dragon se dirigeait actuellement vers le cercle six, là où se trouvait la grande court où se rassemblaient tous les révolutionnaires pour les grandes conférences. Enfin, il entendit le bruit caractéristique des discussions bruyantes entre les milliers de personnes. Il poussa la lourde porte en bois qui menait au balcon.

Le spectacle était toujours aussi impressionnant, même après autant d'années. Devant lui, sous le balcon en hauteur, la cour était remplie de centaines de milliers de révolutionnaires. Au moment où le chef apparut, les discussions cessèrent et tous se tournèrent vers lui. Il y avait essentiellement des représentants des différents groupes de l'organisation. De grosses lumières étaient installées aux coins de la cavité pour apporter un peu de lumière, mais malgré tout, il y faisait toujours très sombre. Une odeur de terre y régnait toujours, et après plusieurs jours de pluie, de la boue s'agglutinait au plafond, et tombait par endroits.

Dragon s'éclaircit la gorge. Cette fois, comme tous les autres discours qu'il avait faits, il devait être convainquant, rassurant. Il devait motiver ses hommes, leur donner confiance en leur réussite.

« Bonsoir à tous, commença-t-il. Si vous êtes réunis ici, c'est pour être informé de la mission de demain. Vous êtes sans doute au courant de la demande d'aide qu'une certaine île nous a envoyée. Nous répondrons positivement à leur appel, comme vous vous en doutez. Demain, tous les bateaux disponibles partiront en direction de cette île, qui a décidée d'affronter les soldats. Demain, nous nous opposerons une fois de plus à la tyrannie du Gouvernement de ce monde. Demain, nous nous révolterons. »

Le menton levé, le dos droit, et une expression fière sur le visage, Monkey D. Dragon savait comment réveiller la flamme de ses hommes. Les révolutionnaires levèrent leurs poings dans un même mouvement d'acclamation, criant des « ouais », « aller » et autres mots exclamatifs, montrant leur accord. La salle était en pleine explosion, chacun savait que la bataille serait rude, mais qu'elle en valait la peine.

Un sourire fin fendit les lèvres du guerrier, faisant apparaître deux petites fossettes au coin de ses joues.

~o~

Les navires de la flotte révolutionnaire avançaient à vive allure sur la mer diabolique du nouveau monde. Les vagues se fendants violement sur leur passage, toute voile dehors. Une silhouette encapuchonnée se démarquait sur le pont, le vent faisait onduler les pants du vêtement. Quand une bourrasque frappa de plein fouet le bateau, le visage de l'homme se découvrit un peu.

Regardant l'océan, Dragon réfléchissait à la bataille qu'ils allaient mener. Ils étaient six navires de la flotte révolutionnaire pour cette mission, ce serait, normalement, largement suffisant. Les villageois étaient sûrement nombreux, déterminés, et un seul petit coup de pouce de la part des dirigeants de la révolution allait mettre le feu aux poudres.

Mais même s'il était convaincu d'aider un peuple en le libérant de la tyrannie de son gouvernement, Monkey D. Dragon n'appelait pas cela une révolution. Ceci, était une révolte. Une nation qui se soulève contre l'oppresseur, rien de plus. Pour qu'une vrai révolution soit en marche, il fallait qu'elle soit mondiale, que tous les pays, toutes les patries, se battent ensemble, unis, pour mettre fin à ces nombreux siècle de dictature. Il n'avait pas la prétention d'être celui qui permettrait cette libération, mais s'il pouvait y contribuer, en dirigeant le mouvement, il le ferait.

~o~

Enfin, l'île était en vue. Trois jours de navigation pour atteindre ce royaume lointain, contournant les courants, déviant les ouragans et évitant les vagues monstrueuse de cette mer puissante. Mais quelque chose n'allait pas. Cette île, qu'ils avaient déjà eu l'occasion de visiter en mission, et qui était pleine de couleurs, de joies, de vies, de rires et de chants, n'avait plus le même aspect. Une étrange fumée noirâtre flottait au-dessus de la terre, le soleil ne donnait plus sa lumière, la musique n'était plus audible, les couleurs n'existaient plus. Même de loin, chacun remarquait que l'île était transformée.

Les navires se rapprochèrent, lentement. Et c'est lorsqu'ils accostèrent, que Dragon comprit ce qui avait changé. Les murs et les maisons étaient devenus poussière, les ruelles pavées et colorées étaient devenues un chemin sinistre et noir. Un vent glacial balayait les restes du paysage. La vie semblait avoir quitté les lieux, ils étaient tous silencieux. Personne n'osa prononcer un mot devant le paysage lugubre qu'ils observaient. On entendait juste le son du vent : les oiseaux étaient tous morts, il n'y avait plus aucun arbre, le doux son du vent jouant avec le feuillage n'était que souvenir, plus d'enfants qui jouaient, plus de vieillards qui braillent, il n'y avait plus rien…. C'était le calme plat. Le royaume du silence… Seul le bruit des respirations coupait ce silence presque étouffant.

Les yeux de Dragon papillonnèrent sur les restes de la ville. Au milieu des cendres, des décombres et des ruines, un panneau flambant neuf. Sur le grand bout de bois planté dans le sol, l'emblème de la marine et du gouvernement mondial était inscrits. Le chef révolutionnaire s'approcha lentement, son par-dessus trainant doucement sur le sol au rythme de ses pas. Une fois devant l'écriteau, il lut à voix haute.

« Pour acte de trahison, de résistance ainsi que de non soumission au gouvernement mondial. Le conseil déclare le royaume de Cora, détruit. » énonça le chef.

Un homme à l'allure étrange, s'approcha à son tour. Il était entièrement habillé en cuir marron, avait des cours cheveux jaunes, un carquois attaché dans le dos ainsi qu'un arc dans les mains.

« Un Buster-call… murmura-t-il.

- Il semble bien, répondit Dragon.

- Mais pourquoi ? s'enquit-t-il.

- Marina ne s'est surement pas laissée abdiquée, et son peuple l'a suivie » éluda son vis-à-vis.

Le silence récupéra ses droits. L'horreur à l'état pur, un peuple, une île et un royaume venaient d'être massacrés sans aucune raison valable. Le gouvernement ne lésinait plus sur les génocides, prenant presque plaisir à exterminer tous ceux qui avaient le malheur –ou la folie- de se mettre en travers de leur route.

« Cherchez les survivants » hurla Dragon.

~o~

Durant des heures, les révolutionnaires avaient fouillés l'île de fond en comble. Ils avaient soulevés les décombres, cherchés un bruit, un signe de vie. Alors qu'ils s'apprêtaient à repartir, un son attira l'attention du chef. Un cri semblait venir des profondeurs de la terre. Tous se stoppèrent, écoutant, cherchant la source de ce bruit. Alors que Dragon cherchait au même titre que ses hommes, il marcha sur un bout de bois qui sonnait bizarrement creux. Il tapa son pied contre le sol. Encore creux. Alors il se mit à genoux, et tenta de soulever la planche.

Des exclamations d'étonnement se firent entendre. Sous la latte, une trappe secrète avait-été aménagée. Le cri venait de l'intérieur, et Monkey D. Dragon ne tarda pas à descendre. Il ressortit quelques secondes plus tard, un bébé hurlant dans les bras. L'enfant était couvert de saleté, enveloppé dans une couverture rosée.

« Dragon, il est le seul survivant, déduit l'homme à la chevelure jaune.

- Elle, il me semble que c'est une petite fille, rectifia un homme qui tenait une épée dans la main.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? » demanda l'archer.

Le chef embrassa du regard la petite chose qu'il tenait dans ses bras. L'enfant avait les cheveux d'un blond dorée, deux grands yeux couleur jade et une peau clair. Le physique typique des habitants du royaume. Quand elle vit qu'il la regardait, elle offrit un immense sourire au révolutionnaire et tendit ses petites mains vers lui.

« La ramener à Baltigo, les infirmières s'occuperont d'elle, informa Dragon.

- Cette petite va avoir besoin d'un nom » intervint un des révolutionnaires.

Elle avait besoin d'un nom qui évoquerait son passé. Un nom qu'elle pourrait porter en tant que dernière survivante du massacre de son île, pour que plus tard, quand on lui racontera son histoire, elle soit fière d'être celle qui a survécu. De nouveau, il planta son regard dans les pupilles émeraude de l'enfant.

« Cora » dit simplement le chef.

De retour à la forteresse de Baltigo, Dragon confia l'enfant aux soigneuses afin qu'elles s'occupent d'elle. La petite reprit des forces, et fut hors de danger. Cora, la survivante, restait une lueur d'espoir, dans un monde sombrant peu à peu dans la noirceur.


Alors ? J'espère ne pas avoir fait de fausse notes avec Dragon. Un petit avis les enfants ?

Bonne journée.