Chapitre Deux : Le Croisement de Vies Parallèles

Partie 1 : Les avantages des héros.

Dire que le restaurant était un peu bondé aurait été un euphémisme.

Il était bruyant et plein à craquer, presque au maximum de sa capacité. Drago ne parvenait pas à dissocier les voix les unes des autres ; elles se mêlaient toutes dans ses oreilles, envahissant ses propres pensées, et le rendant incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Des serveuses à bout de nerfs allaient de table en table, prenant les commandes, distribuant nourriture et boissons et trimbalant même des chariots de desserts ; toutes souriaient et maintenaient une attitude professionnelle, mais on sentait qu'elles étaient mortes de fatigue. Même la jeune hôtesse d'accueil semblait stressée par la masse de clients présents dans le restaurant. Ses sourcils blonds étaient froncés, formant des petits plis sur son front. Drago fut presque tenté de lui dire que des rides sur quelqu'un d'aussi joli était fort peu convenant, mais il ne le fit pas. Ça ne serait pas sorti de la façon dont il l'aurait voulu ; rude plutôt que suave. En plus, elle avait l'air vraiment jeune, peut-être seize ou dix-sept ans.

Clairement trop jeune pour la séduire.

Drago était agité. Pas parce qu'ils n'avaient pas été installés immédiatement, mais parce qu'il avait fallu qu'ils tombent sur ce crétin pédant, Percy Weasley, qui attendait patiemment ses propres invités. Dès qu'elle avait aperçu le rouquin, Narcissa avait jeté un regard sévère en direction de Drago avant que le rictus de mépris n'ait le temps de se former sur les lèvres de ce dernier. Pansy fit la sortie la plus rapide qu'il eût jamais vue ; elle ricana à l'expression qu'il arborait, s'excusa, et se dirigea vers les toilettes.

C'était déjà assez déplaisant pour Drago d'être forcé à endurer sa présence tous les jours au Ministère et de travailler avec lui de temps à autre, mais Percy Weasley s'immisçant dans son week-end avec une tentative pathétique d'attirer sa mère par une explication pénible et interminable, bourrée de détails complexes et abrutissants à propos de son travail en tant que sous-secrétaire du Département de la Coopération Magique Internationale… ça, c'était quelque chose qu'il ne pouvait supporter.

« Le plus intéressant étant que nous travaillons avec les communautés sorcières du monde entier. »

Bla, bla, bla. Tout ce qu'il avait jamais entendu sortir de la bouche de Percy Weasley était un trop-plein de conneries.

Quand son estomac gronda de nouveau, Drago grimaça et souhaita qu'ils passent à la foutue vitesse supérieure. C'était juste qu'il ne pouvait endurer du Percy Weasley qu'à un certain point, l'estomac vide, et il atteignait rapidement sa limite.

Un large sourire illumina le visage de sa mère. « Oh, Percy. Ça a l'air tellement intéressant. » Elle avait l'air sincèrement intéressée, mais Drago la connaissait mieux que ça. Elle était une fille de Serpentard. Tout était sujet à ambition, ingéniosité, tromperie, et statut social. Drago savait que sa mère se foutait royalement du travail de Percy. Elle se foutait déjà tellement du sien. La seule fois où il lui avait raconté sa journée, elle lui avait offert un hochement de tête ennuyé et lui avait dit d'un ton désintéressé : « Oui, mon chéri, c'est merveilleux », et l'avait ensuite fait taire afin de pouvoir lire en silence l'article de Sorcière-Hebdo parlant de sa fête.

Sa mère voulait juste que quelqu'un les voie discuter et l'extrapole en répandant la nouvelle que les Weasley et les Malefoy se fréquentaient, surmontaient le passé, avaient tourné la page – on connaissait la musique. Drago reconnaissait son jeu, et il était vraiment brillant. Être sympathique avec les Weasley était une conduite avantageuse dont ils récolteraient les fruits dans un futur proche ou un peu plus lointain, et qui ferait avancer la carrière de Drago ; s'il décidait un jour qu'il aimait la politique et présentait sa candidature au Ministère. De toute façon, la probabilité que les deux familles deviennent réellement amies était proche de zéro, peu importe à quel point on se montrait optimiste à ce sujet.

Les Weasley étaient sortis de la seconde guerre en héros, pas les Malefoy. C'était d'une logique plutôt simple, en fait. Chevaucher les avantages des héros pour atteindre ses propres objectifs.

Elle chevauchait Percy comme un foutu âne chaque fois qu'elle le croisait depuis la fin de la guerre. Il était, après tout, le Weasley le plus accessible et ambitieux. N'empêche que ça ne rendait pas Drago moins irrité de l'irruption de Percy, mais il comprenait les intentions derrière tout ça. Globalement, il était fatigué des faux-semblant auxquels il était forcé de se livrer, et aurait tué pour une occasion de se moquer ouvertement de ce crétin, juste une. Mais à l'évidence, le destin et sa mère ne lui permettraient jamais de passer une foutue journée sans voir un maudit Weasley. Drago aurait pu s'immiscer dans la conversation, mais il n'en était pas à ce point désespérément en manque de distraction. Enfin, il n'aurait peut-être pas dû se montrer si méchant. Après tout, Percy était le moins exaspérant du clan Weasley – d'après lui du moins.

Franchement, il préférait se prendre le crétin pédant plutôt que son salaud de Belette-frère sans hésiter une seule putain de-

« Hé ! Percy ! »

Dire que Drago se tendit aurait été un euphémisme, il bondit presque en arrière. Non. Ce n'était pas en train d'arriver.

Il aurait reconnu cette voix entre mille, et dut se faire fortement violence pour s'empêcher d'afficher son mépris quand il vit Weasley, Potter, et Weasley-fille entrer dans le restaurant, habillés façon Moldue. Les deux derniers se tenaient la main et Drago se mordit la langue pour retenir le commentaire cinglant qui lui brûlait les lèvres. Cela lui prit environ une seconde pour calmer ses traits tendus, se relaxer, et présenter un air placide et détaché – en tout bon Malefoy.

Il était mature et avait dépassé le stade des rivalités gamines. Oui, il l'avait dépassé.

Weasley, qui avait parlé, gratifia son frère aîné d'un stupide mouvement de main, avant de demander « Comment ça va ?

- Plutôt bien. » Les yeux de Percy allèrent de son frère à Narcissa. « Je suis sûr que vous vous souvenez tous de Madame Malefoy. »

Les trois acquiescèrent lentement, Potter sourit même. Bien sûr qu'ils la connaissaient. Après tout, elle était celle qui avait menti à Voldemort quand il avait demandé si Potter était toujours vivant après l'avoir touché avec le sortilège de la mort. Narcissa avait sauvé la vie de Potter ; c'était la seule chose qui lui avait évité Azkaban. Le mensonge de Drago au Manoir, son âge, sa situation, et son comportement pendant la Bataille de Poudlard, l'avaient sauvé lui. Narcissa salua avec chaleur les trois, poliment, comme toujours. « C'est fabuleux de vous revoir. »

Drago n'était pas du tout ravi, tandis qu'elle leur serrait chacun la main.

Et pourquoi ne pas te mettre à genoux et leur lécher les bottes devant tout le monde, ce serait plus efficace, pensa-t-il sarcastiquement en se levant de son siège, essayant tant bien que mal d'empêcher le coin de sa lèvre de s'étirer… et que ça ne finisse en un ricanement moqueur.

Percy continuait de discuter de détails concernant son travail au Ministère avec Narcissa, laissant son frère et ses deux amis fixer Drago. Et Merlin ce qu'ils pouvaient le regarder fixement – enfin ; en tout cas la Belette-fille le faisait, clignant des yeux grand ouverts. C'était comme si elle était dans une sorte de transe. Drago verrouilla son regard dans le sien et eut un petit sourire satisfait quand il vit ses joues prendre une teinte particulièrement rosée. Elle baissa les yeux sur ses pieds, espérant stopper le rougissement dû à sa présence. Potter le considérait avec une pointe d'agacement, mais il n'y avait pas de haine dans ses yeux. Weasley avait un regard ouvertement et méchamment furieux, comme un chien galeux et enragé grondant sur quelqu'un. Drago s'attendait presque à voir de la mousse lui sortir des coins de la bouche. Indéniablement féroce, celui-là.

« Malefoy, le salua froidement Potter.

- Potter, Weasley, et… » Ses yeux louchèrent sur la main gauche de Ginny dépourvue de bague. « Weasley » dit-il d'une voix traînante et désintéressée, plongeant les mains dans les poches et regardant ailleurs comme s'ils ne méritaient pas qu'il leur accorde plus de temps – et ils ne le méritaient d'ailleurs pas.

Quelques sinistres minutes s'écoulèrent.

Ils ne voulaient pas lui parler et Drago ne voulait certainement pas gaspiller sa précieuse salive pour eux. C'est pourquoi ils se tenaient là, debout, en silence. Potter souffla quelque chose dans l'oreille de la Belette-fille qui sourit. La Belette le fixait toujours aussi furieusement. Pas encore de mousse. Tellement décevant.

« Tu fais quoi ici, Malefoy ? » demanda Potter avec à peine une once de politesse dans la voix.

Drago le dévisagea comme s'il était devenu débile. « Tu viens vraiment de me poser cette stupide question ? »

Il haussa simplement les épaules. « Je faisais juste la conversation.

- Lamentablement » conclut-il en levant les yeux au ciel.

Ce ne fut que silence jusqu'à ce que la Belette-fille parle : « Sinon, Malefoy, j'ai entendu dire que tu avais rompu avec Astoria. »

J'aurais parié que tu le savais, pensa-t-il avec un sourire en coin, la reluquant d'un coup d'œil désinvolte. Elle était jolie, pour une Weasley. Elle portait une robe d'été à fleurs blanches et des sandales. « En effet, répondit Drago indifféremment.

- Tu as l'air de t'en remettre plutôt bien », commenta Potter dans un grognement. La Belette-fille regarda sévèrement son petit-ami.

« Comme si ça t'intéressait, répondit-il lentement, roulant des yeux et secouant la main.

- Ce que je ne comprends vraiment pas, finit finalement par dire Weasley d'une voix clairement haineuse et méprisante, c'est pourquoi les sorcières perdent leur temps avec un con comme toi. Tu n'es rien qu'un horrible, décoloré, mauvais, petit… con de fouine.

- Et on en revient aux insultes, dit Drago avec un bâillement d'ennui, se passant la main dans les cheveux pour les lisser. J'osais penser que cinq années t'auraient fait mûrir, mais hélas, j'avais tort. » Honnêtement, il voulait juste qu'ils fichent le camp ; il avait mal à la tête à force de parler à ces trois idiots. Il se massa les tempes dans le sens des aiguilles d'une montre. Et où était Pansy, bordel ? Cette gonzesse l'avait juste planté là, seul, avec Potter et ses sbires ; il voulait l'étrangler – elle ou n'importe qui.

La Belette dit d'un air renfrogné : « Un problème, Malefoy ? »

Drago en avait vu assez de ce crétin roux pour la journée. « Maintenant que tu en parles, oui, j'ai un problème, Weasley. Ta stupidité envahissante me donne un terrible mal de crâne donc, si tu pouvais gentiment fermer ton fichu clapet, peut-être que je pourrais récupérer les quelques points d'intelligence que j'ai perdu quand tu as ouvert ta put– bouche. »

Potter et la Belette-fille eurent l'air décontenancés, mais la Belette, elle, était furieuse. Son visage prenait une plaisante teinte rouge tomate.

« Tu- »

Drago le coupa d'un ton mordant : « Putain mais où est Granger quand on a besoin d'elle ? Si je dois me faire insulter, je préfère encore que ce soit par quelqu'un qui possède un plus large vocabulaire que moi. Quelqu'un qui n'utilise pas les mêmes éternelles insultes de 'fouine' et 'con'. Non mais, sérieusement, tu te fais transformer une fois en fouine et personne ne te laisse l'oublier. »

Il nota avec grand intérêt que la Belette-fille s'était raidie au point qu'elle avait l'air ligotée de haut en bas. Les yeux de Potter s'étaient assombris de colère, et la Belette semblait sur le point d'avoir une attaque… tout ça à la seule mention du nom de Granger. Hmm. Intéressant. Très intéressant, même. Peut-être que les rumeurs qui couraient les rues n'étaient pas aussi éloignées de la vérité qu'il l'avait pensé.

Les gros titres surgirent dans son esprit.

Une héroïne de guerre fait ses valises et quitte Londres, direction Venise.

Est-ce la fin du 'Trio d'Or' ?

Hermione Granger et Ron Weasley : « C'est fini. »

Le mystère règne autour du départ soudain du 'Cerveau du Trio d'Or'.

Les membres restants du 'Trio d'Or' refusent de parler d'Hermione Granger en interview.

A quel endroit du monde se trouve Hermione Granger ?

Drago commença à ouvrir la bouche pour parler de Granger une nouvelle fois, juste pour voir leur réaction et capter ce qu'ils auraient pu dire, mais Pansy Parkinson contraria ses plans en les honorant de sa présence. « Désolé de vous avoir abandonnés, je suis tombée sur une lectrice bavarde qui avait décidé qu'elle voulait - » La voix de la sorcière s'éteignit quand elle remarqua les deux Weasley et Potter aux côtés de Drago. Le sourire qui fendit son visage fut tendu et forcé, mais il était le seul à le savoir car il la connaissait… et ses expressions faciales n'avaient pas de prix. Celle qu'elle arborait présentement disait 'putain de bordel de merde', mais de ses lèvres sortit un nonchalant : « Ronald Weasley, Harry Potter, et Ginny Weasley, c'est un plaisir de tous vous revoir. »

C'était évidemment un mensonge.

Comme une chienne en chaleur, la Belette-fille lâcha la main de son petit-ami et saisit avec force celle de Pansy ; à son grand amusement à lui, à son dégoût flagrant à elle.

Pansy détestait être touchée et elle essaya de retirer sa main, sans succès.

« C'est pas vrai ! » s'exclama la plus jeune sorcière avec exaltation en secouant sa main. Heureusement pour eux, elle s'était gardée de pousser un cri perçant. « Pansy ! C'est juste génial de te revoir ! Je disais justement à Harry comme j'aurais aimé te voir sur le Chemin de Traverse aujourd'hui, et te voilà, dans le même restaurant que moi ! C'est le destin ! »

Les hommes regardaient en silence – et avec délice, dans le cas de Drago – Ginny Weasley se rabaisser au niveau de la pire lèche-cul d'Europe.

« ...le dernier thème du magasine était juste phénoménal. Je ne sais pas comment tu arrives à faire ça... »

Ce n'était pas un grand secret que la plus jeune des Weasley était une apprentie photographe de mode qui voyait en Pansy Parkinson seulement un moyen de parvenir à ses fins.

« …les couleurs que porte la top-modèle à la page 145 sont juste divines. Les tons de bleu sont magnifiques. Tu as l'œil pour la mode, on te l'a déjà dit ? »

Si Pansy avait serré les dents rien qu'un peu plus pour maintenir son sourire, elles auraient volé en éclats. « En permanence. »

Chaque fois que la Belette-fille était interviewée, elle s'emballait vulgairement à propos de son rêve de travailler comme photographe pour le magasine et d'à quel point elle espérait obtenir une place dans l'année. Cela manquait pas mal de tact de sa part de s'attendre à ce qu'on lui donne le job simplement pour qui elle était plutôt que pour son talent, mais Drago s'imagina que le tact ne faisait pas partie des caractéristiques notoires des Weasley ; pas vu la manière dont la Belette le regardait avec un mépris non caché.

Ce bâtard galeux, difforme, roux, idiot, immature.

« … Je jure que je ne suis pas dans la fausse flatterie quand je dis que tu es probablement la meilleure rédactrice que le magasine ait eu depuis des années. Je dois bien avoir raison, après tout, je suis une fan depuis l'enfance. Merlin, je rêve d'y travailler depuis que je peux tenir un appareil photo. »

Et puis, elle harcelait presque Pansy depuis plus de deux ans pour la place, lui envoyait des échantillons de son travail et faisait miroiter les recommandations de son employeur actuel (elle travaillait comme photographe de mariages), et l'abordait de toutes les manières possibles depuis la promotion de Pansy au rang de rédactrice en chef il y avait quasiment trois ans de ça.

« Vous cherchez un photographe, même pour une durée limitée ? Je - »

Détachée et diplomatique, Pansy l'interrompit. « Pas pour le moment, mais je te laisserai savoir quand et si on cherche quelqu'un pour occuper la place. » Elle tapota l'épaule de la fille avec sa main libre. Bien entendu Drago décela un petit, à peine visible, rictus, qui se dessina sur ses jolis traits, et il lutta pour ne pas éclater de rire. Ce n'était pas un secret que Pansy détestait la sorcière rousse, avec une passion ardente et désinhibée, et qu'elle pouvait difficilement se tenir en sa présence trop longtemps. Il ne savait pas pourquoi ni ne le demandait. Il n'avait pas l'énergie d'assister à un coup de gueule dans une langue portugaise bouillonnante qu'elle avait acquise après avoir passé quelques mois sur l'île de Madeira. Madeira était la Mecque de la mode pour le monde sorcier, ou quelque chose comme ça, d'après elle.

« Comme tu le sais, je ne suis pas celle qui embauche... » lui rappela-t-elle tout en essayant d'extirper sa main de celle de la Belette-fille.

Pour l'instant, c'était sans succès.

Pansy afficha un air agacé.

« Oui, je suis bien consciente de ça, mais je sais que tes bonnes opinions sont extrêmement influentes. »

La sorcière aux cheveux corbeau ne fut pas flattée par sa remarque, mais lâcha un soupir et dit : « Eh bien, quand la place se libérera, je pourrais glisser un mot à ton sujet. »

Drago fut le seul à noter qu'elle n'avait pas précisé si ce serait un mot avantageux ou pas. Ce n'était pas non plus un secret que bien que Pansy Parkinson aimait vraiment que les gens lui lèchent les bottes, elle n'appréciait pas les suçons manifestes que la jeune Weasley laissait derrière chaque rencontre. Et bien que Drago ne soit pas surpris par le comportement de cette dernière (c'était, après tout, la cinquième fois qu'il la voyait agir plutôt bêtement face à Pansy), il trouvait encore son attitude tout entière assez inappropriée et son opinion d'elle chuta encore plus bas qu'elle ne l'était avant, si c'était encore possible. Elle était, à ses yeux, à peu près aussi ridicule que son bâtard de frère. Ne méritait ni son temps ni un deuxième coup d'œil.

« Vraiment ? » sourit largement la jeune femme à l'attention de la meilleure amie de Drago, enthousiaste et rougissante.

Pansy plissa le nez. « Seulement si tu me lâches le bras. »

La plus jeune des Belettes fit un bond en arrière comme si elle venait de se brûler. « Oh, bien sûr, je suis désolée ! Ai-je abîmé ta tenue ? J'espère que non. Merlin, elle te sied à merveille. » Pendant six minutes supplémentaires, elle jacassa à propos de la tenue de Pansy, puis à propos de son style original, puis d'à quel point elle admirait sa classe et espérait l'égaler un jour, puis d'à quel point elle devrait envisager le mannequinat tant elle était photogénique.

Pendant tout ce temps, Narcissa et Percy étaient restés à l'écart, plongés dans leur propre conversation. Sa mère souriait et Percy arborait un air prétentieux, comme toujours. Potter semblait ennuyé et embarrassé par le piètre comportement de sa petite amie, la Belette fixait sa sœur, visiblement horrifié par la façon flagrante dont elle faisait de la lèche à une mielleuse et diabolique Serpentard, et Pansy le fusillait d'un regard qui disait clairement 'si tu n'arrêtes pas cette folie, alors aidez-moi, grands dieux, je vais utiliser un Impardonnable' ou quelque chose dans ces tons-là. Drago, pour la première fois de la journée, se vit plutôt content de s'être fait arnaquer et embarquer sur le Chemin de Traverse.

A la seconde où Pansy amorça un mouvement pour attraper sa baguette, la jolie hôtesse d'accueil blonde s'approcha d'eux et s'éclaircit la voix. « Monsieur Malefoy, votre table vous attend. »

Même si ses poils se hérissèrent au titre qu'elle lui donna, le timing n'aurait pas pu être meilleur.

Il offrit son bras à Pansy et elle l'accepta vivement.

Ooo

Partie 2 : Ashes, ashes, we all fall down. (Note du traducteur : pas traduit car issu d'une chanson populaire, Ring a Ring o'Roses).

Hermione essayait de se convaincre qu'elle hallucinait complètement.

Quelqu'un avait dû trafiquer son jus de citrouille, ou peut-être qu'on avait laissé tomber dans son vin un peu de la nouvelle potion hallucinogène qui faisait rage chez les ados ; et c'était sûrement pour ça qu'elle était en train de voir Harry, Ginny et Ron assis pas loin dans le restaurant, papotant, souriant, et riant gaiement ensemble comme les meilleurs des amis. Oui, il devait y avoir une explication. Une hallucination – c'était ce qu'ils étaient ; le fruit de son imagination hyperactive.

Le résultat d'une horrible farce. Ils ne pouvaient pas être réels.

Discrètement, elle renifla son vin blanc. Il n'y avait aucune odeur bizarre. Merde.

Ce n'était pas comme si elle voyait d'autres choses, comme des Sombrals multicolores, des créatures de la forêt parlantes, des Nargoles, des Héliopathes, ou quoi que ce soit d'étrange, ridicule, et scientifiquement improbable. Luna lui manquait parfois. Non, c'étaient simplement ses ex-amis, assis dans un restaurant, un jour ordinaire. Avec un soupir, Hermione en conclut qu'ils étaient, en fait, réels… et elle se fit une note mentale de ne se faire remarquer en aucun cas. A l'exception de Harry, qui avait très probablement gardé leur rencontre secrète, ils ne savaient pas qu'elle était de retour. Aucun d'eux ne savait depuis quand elle était revenue et Hermione entendait bien que cela reste ainsi aussi longtemps que possible pour éviter tout échange désagréable (bien qu'aussi inévitable).

Mais en même temps, elle ne put s'empêcher de les observer discrètement.

Ils étaient le nouveau, évolué, et amélioré, 'Trio d'Or' – malgré tous ses efforts, Hermione ne pouvait éviter le sentiment d'avoir été utilisée, rejetée, et remplacée par quelqu'un de mieux. Harry chuchotait et souriait à Ginny, qui rougissait à ses paroles. Ron levait les yeux au ciel à la vue du couple et parlait à Percy, du Quidditch, très certainement. Tandis que son esprit errait, ses pensées s'égarèrent, et elle s'introduisit dans la scène, à côté de Ron, évidemment.

A quel autre endroit aurait-elle pu être ?

Ginny serait extrêmement silencieuse et sur ses gardes vis-à-vis d'elle. Hermione secouerait sûrement la tête aux mots de Ron. Harry lui sourirait et Ron prendrait sa main sous la table – quand il ne serait pas en train d'engloutir des pelles de nourriture comme un primate sanguinaire. Elle ne pouvait se laisser oublier qu'ils auraient fêté leurs cinq ans ensemble au mois de Mai dernier – s'ils étaient restés ensemble. Ron aurait parlé mariage et elle se serait montrée réticente à cause de leur âge. Il était un peu impatient, mais c'était tout le charme de Ron Weasley. C'était son boulot à elle de l'empêcher de péter des plombs quand il devenait nerveux ou contrarié. Hermione se demandait secrètement qui avait pris cette fonction depuis qu'elle était sortie du tableau, tout en essayant, sans succès, de se convaincre de sa propre indifférence.

Ça arriva si vite qu'Hermione n'eut même pas le temps de s'y préparer.

Les yeux marron de Ginny Weasley se levèrent brièvement et rencontrèrent accidentellement les siens. Tournant d'abord les yeux pour regarder ailleurs, Hermione observa ensuite la jeune femme légèrement troublée se remettre de ses émotions et cacher sur-le-champ son air choqué au maximum (et presque horrifié) avant de sourire amoureusement à son petit-ami. Harry, observateur, remarqua les changements dans son attitude, mais ne pensa pas à regarder dans sa direction. Il lui demanda très sûrement si elle allait bien car elle lui offrit un hochement de tête calme et lui embrassa la joue, reconnaissante de son inquiétude.

Elle ne regarda plus en direction d'Hermione.

Quand tout redevint normal (ou aussi normal que les choses pouvaient l'être), Hermione baissa les yeux sur la photo qu'elle tenait dans la main. Triturant l'image, elle décida de ne jamais plus se laisser aller dans ce qui aurait pu être. C'était fini. Leur amitié avait cessé. Ce chapitre dans sa vie était terminé. Ils avaient rendu assez évident le fait qu'ils n'avaient pas besoin d'elle et elle n'avait foutrement pas besoin d'eux – elle soupira.

Et voilà, encore un mensonge.

C'était un mécanisme de défense tellement facile. Se duper était mieux que faire face à la réalité de la situation. Ses amis lui manquaient tellement que c'en était douloureux et cuisant, tant dans sa chair que dans son cœur, et si fort qu'elle se sentait torturée juste à se trouver dans la même pièce qu'eux sans pouvoir leur parler, ni même les regarder. Mais cette vérité était plus douloureuse que les centaines de mensonges qu'elle se soufflait à cet instant. Une très petite, presque microscopique, part d'elle-même voulait ravaler sa fierté, se lever, marcher vers eux, et s'excuser pour les choses qu'elle avait faites et pas faites, en espérant qu'ils la pardonnent avant la prochaine – mais à quoi pensait-elle, putain !

C'était l'idée la plus stupide dans l'histoire des idées ; tellement stupide qu'Hermione se réprimanda silencieusement d'être une telle idiote.

Ron utiliserait sans aucun doute le sort le plus terrible qu'il connaissait sur elle avant qu'elle puisse ouvrir la bouche, puis il la mettrait dans l'embarras devant tout le monde pendant qu'elle resterait plantée là à pleurer entre ses mains, impuissante, méritant sa haine plus que quiconque. Harry la regarderait avec dédain et se joindrait à Ron. Il avait tendance à prendre la défense de Ron avant la sienne, sans vraiment lui laisser la chance de s'expliquer, et il l'attaquerait verbalement. Et Ginny s'éloignerait sûrement, incapable de regarder la scène la conscience tranquille.

Elle et Ginny s'étaient écrites de façon irrégulière après le déchirement, deux lettres par an. Hermione n'était pas sûre de savoir si leur communication voulait dire qu'elles étaient amies, mais elle en doutait. Contrairement aux croyances populaires, elles n'avaient jamais vraiment été des amies proches ; elle et Lavande étaient plus proches qu'elle et Ginny ne l'étaient. Pendant longtemps, elle s'était demandé pourquoi. Elle ne lui avait jamais rien fait, mais alors, en quatrième année, elle avait été bravée par la troisième année, une nuit dans la salle commune après que tout le monde soit parti au lit.

Il en avait résulté que Ginny était malade.

Et la jalousie en était la cause.

Elle avait admis en privé qu'elle en voulait à Hermione pour la place qu'elle occupait dans les vies de Ron – et surtout – de Harry. Même après avoir expressément dit à Ginny qu'elle n'était pas la petite amie du héros, la plus jeune des deux l'avait traitée avec une légère rancœur et s'était mise à garder constamment un œil sur elle, simplement pour s'assurer qu'elle pensait vraiment ce qu'elle avait dit. Puis en cinquième année elle avait essayé de rejoindre 'Le Trio d'Or' et le transformer en 'Le Quatuor d'Or', mais Ron avait veillé à ce que ça n'arrive pas. Il n'aimait pas l'idée que sa petite sœur soit adoptée par son groupe d'amis… et il la garda dans les alentours avec Neville et Luna. Ginny avait dit à tout le monde qu'elle craquait pour Harry en troisième année, mais Hermione savait que c'était un mensonge. Ginny était restée proche d'eux pendant toute l'année et s'était assurée qu'Hermione tenait parole à propos de la nature platonique de son amitié ; l'A.D. l'avait aidée dans cette mission. Ginny n'était pas particulièrement inquiète de la relation de Harry avec Cho Chang ; ils savaient tous les deux que la fille était une boule de nerfs émotionnelle remontant la pente après la mort de Cédric Diggory, et que tout ce qui arrivait ne durerait pas.

L'aversion de Ginny pour Hermione ne diminua pas, pas même quand elle commença à sortir avec Harry.

N'importe quel regard qu'Hermione lui portait, n'importe quel chuchotement, sourire, était interprété comme une de ses tentatives de les faire casser pour le lui voler ; et bien que Harry eût blâmé Voldemort pour leur rupture à l'enterrement, Ginny l'avait provoquée plus tard dans la nuit à propos de ça, explosant dans une fureur folle et crachant des menaces, tandis qu'elle se tenait là, abasourdie. Cela n'aida pas qu'ils se mettent à la chasse aux Horcruxes ensemble l'année d'après ; rien n'aida à atténuer la jalousie de Ginny. Pas le baiser que Harry lui donna quand il la retrouva après la bataille finale. Pas l'annonce de la relation de Ron et Hermione, qui confirmait la nature platonique de son rapport avec Harry Potter. Rien n'aida – enfin, rien à part le départ soudain d'Hermione de Londres.

Pour la première fois, Ginny ne semblait plus renfermer de malveillance à son égard, enfin, du moins de ce qu'elle lisait dans les lettres de la jeune sorcière.

Mais Hermione se disait que c'était parce qu'elle avait obtenu ce qu'elle voulait vraiment : sa place dans 'Le Trio d'Or', ce qui avait mis fin sur-le-champ à la 'menace' qu'Hermione faisait planer dans sa quête de sécuriser le cœur du Garçon-Qui-Avait-Survécu. Elle était réellement heureuse qu'elle soit partie ; Hermione pouvait le dire au vu des lettres. Ginny l'avait gardée au courant de ce qui se passait dans sa vie, de sa vie de photographe de mariages, et de son aspiration à devenir la photographe du Magique et Chic, de sa famille (à l'exception de Ron), et vaguement de sa relation avec Harry, comme il fallait s'y attendre. Ils étaient ensemble et amoureux, c'était tout ce qu'elle avait besoin de savoir, point final. Hermione faisait la même chose dans ses réponses, lui parlant de sa vie en Italie et du travail qui la tenait éloignée de l'Angleterre.

Rien de plus – rien de moins.

Les lettres de Ginny étaient très froides et détachées ; comme si elle écrivait à une correspondante à contrecœur, et Hermione ne comprenait pas pourquoi. Ce n'était pas comme si elle avait demandé à Ginny de lui écrire, en fait, c'était même elle qui lui avait écrit en premier, juste après que tout soit parti en vrille. La lettre l'avait surprise deux jours après qu'elle soit arrivée à Venise ; Hermione avait failli casser un verre quand le hibou l'avait lâchée sur la table, et elle n'avait répondu que par pure politesse.

Enfin, ce n'était pas important, de toute façon, pas vraiment.

Hermione avait simplement fait en sorte de maintenir cette distance avec Ginny dans ses propres lettres, répondant simplement à ses questions et joignant parfois des photos, pas d'elle, juste de jolies photos de paysages italiens, que Ginny semblait apprécier. Comme les photos de ces stupides cartes postales qui disent « Sans toi, c'est pas pareil ! ». Seulement elle ne le pensait pas.

L'amertume remonta le long de sa poitrine plutôt vite quand elle entendit l'écho du rire bruyant de Ron traverser le restaurant. Elle ne l'avait pas entendu rire depuis cinq ans et cela eut pour effet quelque chose d'assez inattendu : une sorte d'électrochoc douloureux à travers tout le corps, comme si quelqu'un avait dévoilé son buste et envoyé des chocs électriques de mille volts à son cœur.

Et son monde commença à tourner. Son cœur se mit à tambouriner. Sa respiration s'accéléra. Son visage s'enflamma.

Ils avaient l'air bien sans elle. Ils avaient l'air heureux avec leur nouvelle partenaire. Hermione ne pouvait plus retenir la douleur, la souffrance, la rage, et la rancœur fermement logées dans son thorax, qui ne demandaient qu'à se déverser. Leur avait-elle seulement un jour été vraiment bénéfique ? Là tout de suite, elle n'en avait pas du tout l'impression. Des émotions incontrôlées firent la guerre à ses sens ; tout à coup, elle sut qu'il fallait qu'elle sorte de là avant d'exploser.

Maintenant.

Tout de suite.

Alors, sans un autre regard en direction de leur table, Hermione se leva de sa chaise et marcha tête baissée vers les toilettes, essayant intérieurement de se calmer, sans y arriver vraiment. Son estomac et sa poitrine lui faisaient mal et sa tête palpitait. Respirer faisait souffrir ; tout était douloureux, ses mains tremblaient ; de quoi, elle ne savait pas. Elle devait juste se trouver un endroit priv– elle se cogna contre un corps dur. Ce fut comme si le temps ralentissait tandis qu'elle titubait en arrière avant de tomber sur les fesses plutôt rudement. La douleur lui brûla le bas du dos et fit se tordre ses traits.

Tout le monde arrêta soudain de parler, les clients s'arrêtèrent en pleine commande, quelqu'un poussa un cri de surprise, les serveuses se turent, des chaises raclèrent le sol, mais personne ne bougea pour venir l'aider à se relever. Bien qu'elle fût celle qui se trouvait par terre, Hermione s'apprêtait à ouvrir la bouche pour s'excuser, et elle leva les yeux… pour rencontrer ceux verts et glacés de Harry Potter.

ooo

Part 3: La curiosité est un défaut des Serpentards.

Le restaurant tout entier fixa, bouche bée et les yeux écarquillés, Saint Potter lancer un regard enflammé et haineux à une Hermione Granger vautrée sur le sol, avant d'enjamber son corps et retourner à sa table.

Drago était perdu ; il ne savait pas s'il devait être intrigué ou désorienté. Il se mit d'accord pour stupéfait, supposant que c'était là une bonne émotion intermédiaire. En fait, il était tellement stupéfait qu'il avait loupé l'exclamation grondante de Pansy et son lever de chaise instantané. Tout ce qu'il vit fut un éclair de cheveux noirs voler vers la sorcière qui avait chuté, croisant au passage le chemin de Potter. Drago Malefoy se pinça plusieurs fois le bras car il était sûr de… non, il était même tout à fait certain d'être dans son lit en train de rêver, et Pansy Parkinson n'était pas partie défendre Hermione Granger.

Non, il n'était pas dans le déni. Il était simplement sélectif de la réalité qu'il pouvait tolérer.

Et ce qu'il expérimentait à cet instant n'était pas réel.

Drago cligna, cligna et re-cligna encore des yeux, espérant que ces derniers le trompaient. Non, ce n'était pas Pansy qui regardait Potter de haut en grognant d'un ton méprisant : « Espèce de sale connard irrespectueux ! Tu ne vois pas qu'elle s'est fait mal ? Qu'est-ce qui ne va pas dans ta foutue tête ? Tu n'as même pas eu la décence de l'aider à se relever ! » Et non, elle n'était sûrement pas en train d'aider une Granger hébétée et les larmes aux yeux à se mettre debout et marcher vers les toilettes. C'était une étrangère, non, une extraterrestre.

Sa meilleure amie était une extraterrestre !

Bien sûr, Drago n'était pas le seul cloué sur place par l'intervention de Pansy. Le restaurant entier, déjà rendu silencieux par le tête-à-tête entre les deux héros de guerre, était parcouru de chuchotements. Potter cligna des yeux sans dire un mot en fixant la sorcière aux cheveux noirs qui emmenait son ex-meilleure amie ailleurs, une main réconfortante posée sur le bas du dos. Drago ne manqua pas le regard immensément blessé, confus et un soupçon embarrassé de Granger tandis qu'elle acceptait la gentillesse de la sorcière.

Tout revint doucement mais sûrement à la normale, mais la tête de Drago était douloureusement envahie de pensées affluant dans son esprit. Pour la première fois depuis longtemps, il était vraiment décontenancé, et ce n'était pas un sentiment rassurant. Qu'est-ce qui venait de se passer, bordel ? Pourquoi Pansy était-elle allée prendre la défense de Granger ? Pourquoi avait-elle remis Potter à sa place ? Qu'est-ce qui était arrivé entre Potter et Granger ? Merde, qu'est-ce qui était arrivé entre Granger et le monde entier ? Les rumeurs étaient-elles vraies ? Le 'Trio d'Or' était-il vraiment révolu ? Depuis quand Granger était-elle revenue en Angleterre ? Pourquoi s'y intéressait-il d'ailleurs ?

« Mais qu'est-ce que c'était que tout ça ? demanda sa mère après ce qui semblait avoir été des heures de silence, mais qui n'avait été que quelques minutes après que le restaurant ait retrouvé son ambiance d'origine.

- Je suis aussi perdu que toi, Mère, » fut sa réponse franche, mais il allait se mettre en quête des fichues réponses.

Bientôt.

« Se voir manquer de respect par quelqu'un qui a été son meilleur ami pendant si longtemps – et dont la réaction était tout à fait lâche ! Cette pauvre petite, » compatit sa mère, jaugeant la table où la Belette, la Belette-fille, Potter et Percy étaient assis, parlant entre eux à voix basse (ou se disputant). Son regard s'enflamma d'une teinte scandalisée : « Je n'arrive tout simplement pas à croire qu'il ne s'est même pas excusé ou qu'il ne l'a pas aidée. Quel rustre – et Pansy, je ne savais pas qu'elles étaient proches au point qu'elle la défende. »

Drago prit une bouchée de légumes et mâcha pensivement. Merde, il ne savait plus quoi penser avec tous ces événements impensables.

Le moment de bavardage colérique de Narcissa Malefoy était loin d'être fini. « Je n'avais même pas vu qu'elle était là. Tu crois qu'elle est venue avec quelqu'un ? Peut-être– » Mentalement, Drago mit sa voix en sourdine, et laissa ses propres pensées se déchaîner. Il mâcha une autre bouchée, ne lui fournissant pas la réponse qu'il connaissait déjà.

Hermione Granger était de façon étonnante complètement seule.

Drago l'avait vue, sur son petit coin de table contre le mur, absorbée par un de ses fidèles livres de poche, à l'instant-même où ils s'étaient assis. Il n'avait pas été étonné de sa présence – il avait entendu dire qu'elle était de retour depuis quelque temps donc ce n'était pas un choc – et était passé à autre chose puisque, eh bien, il pensait qu'elle irait logiquement s'asseoir avec ses amis dès qu'elle serait sortie de son monde fictif.

A l'évidence il avait eu tort.

La confrontation et la réaction folle de Pansy seraient dans les journaux le lendemain, il en était presque sûr. Malgré lui, Drago eut un élan de compassion pour le rat de bibliothèque, pas énorme, juste un élan. Pour être honnête, il ne la détestait pas autant qu'il détestait Potter et sa Belette. La Granger Je-Sais-Tout était tout juste une éclaboussure sur son radar de haine ; en fait, Drago ne la détestait vraiment que parce qu'elle était meilleure amie avec Saint Potter et son acolyte incapable de s'exprimer ; le fléau de sa vie à lui. Et maintenant qu'elle ne l'était plus, il pouvait justifier avec logique le manque de haine qu'il avait à son égard. Elle était, par contre, la sorcière la plus exaspérante d'Angleterre, de son propre avis à seize ans.

Personne ne pouvait nier son génie, ce qui le faisait enrager continuellement. Drago avait passé six ans à la malmener, lui disant qu'il était meilleur qu'elle à cause de son statut de sang, et elle l'avait complètement anéanti sur le plan académique, défiant tous les raisonnements qu'il avait été amené à croire comme vrais – raisonnements qu'il avait laissés tomber après la guerre. Il avait failli tout perdre (y compris sa vie) à cause d'une petite théorie sur le sang qui était à l'évidence erronée, c'était ça qui était illogique, à ses yeux. Malgré ça, Granger restait intouchable à l'école et ce qui l'énervait le plus à seize ans, c'était qu'il ne pouvait même pas affirmer être le deuxième derrière elle. Cette place revenait à l'intello, Théodore Nott, et déjà il était un deuxième très éloigné.

Drago Malefoy s'était retrouvé en sixième position, derrière deux Serdaigle et un foutu Poufsouffle.

Mais à l'instant présent, il ne pouvait dire franchement qu'il la détestait avec la même ardeur qu'il détestait Potter et Weasley ; il ne pouvait dire qu'il la détestait comme quand il avait seize ans. Il ne savait pas assez de choses sur elle pour la détester, ce qui ne l'en avait jamais empêché avant, mais Drago avait vieilli maintenant, il était un peu plus mature et posé, et il possédait une conscience qu'il écoutait – si elle gueulait assez fort ou si elle le faisait se sentir suffisamment coupable. Il portait sa conscience comme un accessoire, à l'image de la broche criarde émeraude que portait fidèlement sa mère ; oubliée jusqu'à ce qu'il y ait besoin d'affirmer son identité ou de prendre position.

Même sa conscience lui avait dit qu'il ne connaissait pas assez de choses à propos d'elle pour la détester.

Autre que les rares rumeurs qu'il avait entendues à son sujet dans les cinq dernières années, Drago savait seulement qu'elle régurgitait toutes sortes d'informations comme une fichue fontaine, qu'elle était une Gryffondor née-Moldue qui avait failli finir à Serdaigle, et qu'elle était terriblement passionnée par les droits des elfes de maison. C'était tout ce qu'il savait… et pour dire vrai, il s'en foutait bien. Ce que Drago Malefoy ressentait pour Hermione Granger était de l'indifférence, pas de la haine. Il aurait voulu dire que son indifférence était due à son statut de sang ; que gaspiller ses émotions sur quelqu'un comme elle était inutile. Mais en réalité, son indifférence n'était due qu'au fait qu'il ne la connaissait pas assez pour s'en soucier.

« ...l'as-tu même vue quand nous sommes entrés ? »

Il ne répondit pas à sa mère ; à la place il continua de manger, toujours perdu dans ses pensées.

Bien sûr qu'il l'avait vue, c'était plutôt difficile de ne pas la voir. Outre ses affreux cheveux et ses habits Moldus démodés, Hermione Granger, élève modèle en puissance et fille qui avait sauvé les vies de Potter et de son stupide ami à d'innombrables occasions (ce qui l'amusait beaucoup), avait cette aura inexplicable qui l'entourait. Même si celle-ci avait considérablement diminué depuis la dernière fois qu'il l'avait vue, elle arrivait toujours à irradier. Les rayons du soleil filtrés par la fenêtre à sa gauche n'avaient pas aidé à l'affaiblir. Quand ils s'étaient installés, au début, il n'avait pas pu apercevoir son visage, caché derrière son livre, mais il savait que c'était elle. Drago ne l'avait pas vue depuis la Bataille de Poudlard. C'était comme si elle avait disparu en un 'pouf' de poussière, des mois après que Voldemort soit tombé ; il en avait presque oublié son existence. Les rumeurs fiables disaient qu'elle avait soudain accepté un job comme briseur de maléfices dans une banque sorcière italienne plus de quatre mois après la fin de la guerre, et qu'elle était partie.

Apparemment, elle était revenue, et Drago, bien qu'indifférent, était un tout petit peu intrigué.

Qu'est-ce qui avait amené le rat de bibliothèque à arrêter de se cacher ?

Rapidement, ses yeux répondirent à sa question, se focalisant sur la table de Potter et les observant un moment, collectant toute l'information dont il avait besoin. Potter semblait la détester. Weasley semblait la détester plus que Potter, si c'était possible. La Belette-fille avait l'air un peu troublée et essayait de calmer son petit-ami et son frère. L'autre Weasley était indifférent ; il fixait simplement, d'un regard ennuyé, son frère qui perdait son calme. Drago entendit la Belette appeler avec violence le rat de bibliothèque, « une putain de salope insupportable », et rajouter, « je ne peux pas croire qu'elle ait le culot de montrer sa tête à Londres après ce qu'elle a fait », avant que sa sœur ne lui lance un Silencio, à sa grande déception.

Intéressant, très intéressant, pensa Drago avec un soulèvement imperceptible des lèvres.

Il aurait voulu entendre plus de ce que la Belette avait à dire à propos de la dévoreuse de livres, mais malgré tout, ses mots avaient préparé le terrain pour que sa curiosité prenne les commandes. Après avoir entendu la Belette gronder de colère, Drago savait que peu importe ce qui les avait détruits, c'était voué à être une histoire terriblement intéressante ; une sur laquelle il allait pouvoir passer un peu de son temps libre pour enquêter…

« Ne prends pas cet air, Drago, on dirait celui que tu prenais avant de bondir sur le chat quand vous n'étiez qu'à deux. »

Il se renfrogna en entendant sa mère et engloutit une bouchée de son assiette, commençant enfin à se sentir rassasié, tout en restant intrigué par la confrontation silencieuse qui avait eu lieu entre Potter et Granger – et par les mots de la Belette.

Il fallait toujours que sa mère ruine son cheminement de pensées en plaçant au passage un souvenir effroyablement embarrassant de son enfance.

« Donc, dit Narcissa en examinant le menu des desserts, t'es-tu trouvé une partenaire pour demain après-midi ? »

Drago jouait avec ses légumes, débattant intérieurement de s'il allait les finir ou pas. « J'emmènerai Pansy, a priori.

- Je pense qu'elle a déjà un partenaire. Blaise, je crois.

- Oh... » Eh bien, il n'avait pas été mis au courant.

Peu importait, c'était une raison de plus pour y aller seul.

Il décida de donner sa chance à un morceau de brocoli tout en écoutant à moitié Potter et compagnie. Pas mal. Il ne trouvait pas de raison expliquant le fait qu'il n'aimait pas ça quand il était enfant… à part le fait qu'il était un gamin qui vivait et respirait pour la règle du 'anti-légumes'.

« Je sais qu'avec Astoria, ça n'a pas marché, mais je peux te trouver une fille convenable–

- Non ! » s'exclama-t-il plus fort et plus agressivement qu'escompté.

Une serveuse s'arrêta en pleine course et quelques personnes des tables alentours le dévisagèrent avec de grands yeux. Sa mère sembla abasourdie et quelque peu blessée par son emportement. Drago ne savait pas pourquoi elle était contrariée ; elle faisait vraiment un foutu bon boulot pour niquer ses fréquentations avec ses choix de 'sorcières convenables'. Bordel, il était sûr que sa Mère était la seule et unique raison pour laquelle il n'avait jamais voulu se marier.

Enfin, ça et son incapacité à repousser les croqueuses de diamant.

Donc il se résignait lui-même à une vie de célibataire. Avec un soupir et un regard désolé, Drago radoucit ses traits et sa voix avant de poursuivre : « Ce que je voulais dire, c'est que maintenant que je sais que Pansy a un partenaire, je pensais que je pourrais peut-être y aller seul… ou avec toi. »

Narcissa sourit, emballée par l'idée de son fils l'escortant à la fête. Drago mangea son brocoli pendant qu'elle bavassait, mais quand elle suggéra qu'il porte une cravate mandarine pour s'accorder à elle, il faillit lâcher sa fourchette, horrifié. Dix minutes passèrent avant qu'il ne capte la première vision de Granger revenant après l'incident, et sa curiosité atteignit un nouveau sommet quand il découvrit son bras lié à celui de Pansy 'je n'aime pas qu'on me touche' Parkinson. Quelque chose de plus profond émanait d'elles deux et il était assez surpris de ne pas être au courant.

Il croyait juste savoir que Pansy ne lui cachait rien.

Oh, comme il avait eu tort.

D'un air curieux, il les regarda s'asseoir à la table de Granger. Elles semblaient avoir une discussion plutôt sérieuse. Pansy avait l'air inquiète et Granger secouait la tête tristement, les yeux rivés sur la table. Étrangement, Drago se vit étudier Granger. Elle lui sembla complètement différente ; plus mince, plus pâle, et exténuée ; la coquille vide de la fille cassante qu'il avait connue. Elle portait un pantalon blanc un peu large, fait de coton fin, et un simple t-shirt turquoise à manches courtes qui avait l'air un peu trop grand sur son corps chétif. Ses yeux marron étaient sombres et vides, ses cheveux étaient plus courts qu'avant, ils étaient passés du milieu du dos à ses épaules, et elle s'était débrouillée pour dompter le nid d'oiseaux en de plaisantes, mais toujours très indisciplinées, boucles, comme si quelqu'un avait lui avait ébouriffé les cheveux pour y mettre la pagaille.

C'était un pas en avant, il devait l'admettre, mais elle avait encore incontestablement un long chemin à faire.

Quand Pansy caressa son épaule et se leva de son siège, Drago décida qu'il était temps de lancer l'enquête, puisque le moment le plus opportun est toujours l'instant présent. Il commença à s'excuser pour se lever de table, mais sa mère avait visiblement une autre idée en tête, lui mettant des bâtons dans les roues dans sa tentative de fuite silencieuse, avec un, pas si discret, « Où vas-tu ? »

Il souffla sa réponse si doucement qu'elle coula de ses lèvres comme du beurre ; c'était comme s'il avait prévu sa réponse : « Voir si Pansy aimerait inviter sa nouvelle amie à se joindre à nous pour le dessert. » Il se félicita intérieurement pour avoir trouvé si vite une réponse aussi astucieuse.

Narcissa eut l'air impressionnée. « Oh, c'est une merveilleuse idée, Drago. Cette pauvre fille. Bien pensé. »

Avec un petit sourire, il s'excusa, s'extirpa de son siège, et se dirigea vivement vers la table de Granger, avec cette démarche arrogante propre aux Malefoy, et ses manières charmantes que les sorcières ne pouvaient détester. Pas que celle-ci soit une sorcière ordinaire, mais la faire sourire valait le coup s'il espérait découvrir ce qui était arrivé entre elle, Potter, et la Belette.

Mais avant même d'avoir pu atteindre la table, il se retrouva face-à-face avec une Pansy Parkinson mécontente, et avant d'avoir pu ouvrir la bouche, elle lui attrapa le bras. La seconde d'après, il sentit la traction familière et inconfortable du Transplanage et ils atterrirent dans la rue accolée au restaurant.

S'il y avait une chose que Drago Malefoy détestait plus que tout, c'était qu'on le fasse Transplaner par surprise. « Putain de – !

- Ne me dis pas que tu allais aborder Hermione. » lui dit-elle avec un regard furieux, les mains sur les hanches.

D'un ton sec, il répondit : « Très bien, alors, je ne le ferai pas.

- Je ne sais pas ce que tu manigances, dit-elle abruptement avant d'ajouter, mais je sais que tu manigances quelque chose donc évite de faire semblant que tu n'as rien en tête… laisse-la tranquille, Drago. Elle a vécu assez de choses comme ça.

- Ah, ça y est, nous y voilà, sourit narquoisement Drago, Pourquoi ne me convaincrais-tu pas d'à quel point la vie a été si injuste avec Granger, Parkinson.

- Ce n'est pas à moi de raconter l'histoire et je ne la connais même pas entièrement, fut sa réponse irritée.

- Eh bien alors, nous avons à l'évidence besoin de parler de ce que tu sais.

- Je n'ai rien à dire, Drago » dit Pansy en regardant ailleurs.

Il eut un rictus. Quand Pansy mentait, elle ne savait pas le regarder dans les yeux. Parfait. « Permets-moi d'en douter, insista-t-il.

- Pourquoi ça t'importe ?

- Ça ne m'importe pas.

- Alors éloigne-toi d'elle.

- Depuis quand as-tu démissionné du magasine pour prendre le poste de garde du corps de Granger ? »

Pansy lui lança un regard noir. « Peut-être que je ne suis pas aussi égoïste que ce que tu crois, Drago. Peut-être que j'ai un cœur et que je n'accepte pas de voir quelqu'un se faire rabaisser comme ça... »

Il réfléchit à ça une seconde entière avant d'y sceller un résolu 'faux'. Pansy était en effet tout à fait une femme égoïste et elle ne défendait pas quelqu'un comme ça. Non, il devait y avoir une raison. Doucement, il souleva son menton pour qu'elle rencontre ses yeux. Un regard bleu plein de défi le fixa en retour. « On dirait que tu ne me dis pas tout, Pansy. »

Elle donna une claque à sa main pour l'éloigner et répondit sur le ton de la défense : « Oh, n'essaie même pas ça avec moi, salaud de manipulateur. Laisse-la tranquille ! Je suis sérieuse. Ce n'est pas quelque chose dans quoi tu veux te retrouver impliqué.

- Laisse-moi en juger par moi-même.

- Drago, supplia presque Pansy, je suis sérieuse. Laisse-la tranquille. »

Et elle les fit Transplaner de retour dans le restaurant où il fit mine de se rasseoir tandis qu'elle s'excusait de quitter le repas, parlant d'une affaire impossible à annuler et dont elle devait s'occuper. Après avoir envoyé un autre regard menaçant dans sa direction, elle partit. Drago ignora tout ce que sa meilleure amie avait pu lui dire et s'approcha de la table de Granger.

Pendant un instant, il la regarda glisser ce qui ressemblait à une photo abîmée dans le livre qu'elle lisait et poser celui-ci sur la table avec un petit soupir.

Son nom sortit de sa bouche sur un ton très détendu et doux, profond et aristocratique. « Granger. »

Drago attendit avec une légère anticipation de voir son corps entier trembler juste par le son de sa voix… mais non. Si elle avait été une sorcière ordinaire, Drago se serait senti quelque peu rembarré de voir que sa voix n'avait eu strictement aucun effet sur elle, mais elle n'était pas ordinaire, et ne le serait jamais. Hermione Granger était au-dessus des pestes de sorcières gloussantes auxquelles il était habitué à parler, et cela ne lui fit pas de peine de l'admettre ; c'était simplement la vérité.

Des yeux marron se relevèrent lentement pour rencontrer les siens. Il faillit grimacer et se détourner du vide familier qui les remplissait, mais ne le fit pas.

« Tu veux quelque chose, Malefoy ? » Dit-elle d'une voix paresseuse, clignant des yeux plusieurs fois, confuse.

Drago sortit brusquement de ses pensées concernant son père. « J- »

Elle le coupa rapidement en levant une main ferme. « - si tu es là pour me rire à la barbe à propos de ma chute sur les fesses devant le restaurant tout entier, économise ta salive. Tout le monde le fait déjà bien assez. »

Il aurait menti s'il avait dit ne pas avoir été sidéré par son regard vide et la froideur brute de sa voix, par la façon dont ses épaules s'affaissaient quand elle parlait, ou par la facilité avec laquelle elle s'insultait elle-même, mais il ne le montra pas. Drago n'avait jamais pensé qu'Hermione pouvait être du genre à s'auto-flageller ou à faire pitié. Elle était plus forte, meilleure que ça, ou en tout cas c'était ainsi qu'il s'était toujours souvenu d'elle. Parfois elle était si forte qu'il en oubliait presque qu'elle était humaine, et la voyait plutôt comme une sorte de super-héros.

Maintenant, on pouvait affirmer qu'elle n'était qu'une simple mortelle.

Il y eut quelques secondes de silence entre eux, mais il retrouva finalement la parole. « Pardon ?

- Tu m'as entendue, Malefoy, répondit-elle d'un ton morne. Dégage pour que je puisse avoir la paix. »

Silence à nouveau. Granger avait le regard fixe, les yeux vides et une position renfermée. Et Drago l'étudiait, s'imprégnant de son aspect une nouvelle fois. Les mots qui suivirent sortirent de sa bouche avant que sa conscience n'ait pu les arrêter. « On dirait que tu reviens de la guerre. »

Elle répondit abruptement : « La guerre n'est pas finie pour tout le monde. »

Drago ne savait foutrement pas qui c'était, mais la femme le regardant avec des yeux marron vides n'était pas Hermione Granger, ça c'était clair. La vraie Hermione Granger était une noble, autoritaire, snob, et presque insupportable Miss-Je-Sais-Tout. La jeune femme assise ici était presque trop misérable pour être décrite. La vraie Hermione Granger lui aurait jeté un sort à l'instant où elle se serait doutée qu'il n'était pas venu là avec de bonnes intentions. La jeune femme qui lui faisait face ne semblait pas s'inquiéter de quoi que ce soit et laissait ses yeux errer sur son sac perlé. La vraie Hermione Granger l'aurait rendu furieux à un point inimaginable, mais il ressentait à la place quelque chose proche de la pitié pour la jeune femme face à lui. Et bien que ça le dégoûte infiniment, ce qui le dégoûtait à un bien plus haut point était le cruel fait que quelqu'un ou quelque chose avait brisé l'esprit d'Hermione Granger pour la rendre méconnaissable.

« Puis-je m'asseoir ? » Il n'était pas sûr de la raison pour laquelle il avait demandé ça ; il ne voulait pas s'asseoir avec ce bout de femme minablement harassée qui fouillait son porte-feuille comme si sa vie en dépendait. Il n'était pas très grand et semblait vide. Et perlé.

Hermione fronça les sourcils à sa demande, lui jetant un rapide coup d'œil furieux avant que celui-ci ne s'atténue en un regard mêlant confusion et scepticisme. Son sourcil gauche se leva une seconde avant qu'elle ne désigne finalement la chaise vide. « C'est un pays libre, » fut son seul commentaire avant qu'elle ne sorte un gros porte-monnaie prêt à éclater tant il était plein, afin de payer son repas.

Drago s'assit sur la chaise, doucement, et la regarda avec curiosité compter le nombre exact de Gallions, Mornilles, et Noises, les classer et les empiler avec soin. Elle fit trois piles séparées de deux Gallions, trois Mornilles, et quatre Noises avant de pousser l'argent sur le côté et d'y ajouter six Gallions, en guise de pourboire très généreux. Elle ne l'honora même pas d'un regard quand elle dit froidement : « C'est inhabituel de la part des Malefoy de s'asseoir en silence, tu veux quoi, au juste ? Je doute que ce soit Pansy qui t'ait envoyé ici. »

Bien sûr, il remarqua qu'elle appelait Pansy par son prénom, et ce fait seul amplifia sa curiosité. « Tu as raison… elle avait l'air d'insister pour que je te laisse tranquille. »

Ses sourcils se haussèrent un instant mais rapidement son visage retrouva son état précédent. « Et laisse-moi deviner, ta curiosité l'a emportée.

- Hun hun, mais tu n'as pas complètement raison dans ta supposition. »

Lentement, un sourcil se leva. « Ah non ?

- Non, ma mère voulait t'inviter à te joindre à nous pour le dessert. » C'était la première chose à laquelle il avait pu penser, et c'était en quelque sorte la vérité.

A ça, les yeux marron et mornes d'Hermione se relevèrent avec une expression perplexe pour croiser les siens. « Sérieusement ? dit-elle lentement avec une pointe d'ironie, tapotant des doigts avec rythme sur la table. Et elle t'a envoyé là pour me convaincre ? » Plus elle parlait, plus Drago voyait la vraie Hermione Granger transparaître à travers la vision dépressive qui lui faisait face. « Elle aurait eu plus de chance en m'envoyant Voldemort.

- Ou Potter » tenta-t-il, simplement pour observer sa réaction.

C'était quelque chose qu'il faisait en permanence quand il interrogeait les criminels pour déterminer s'ils mentaient ou disaient la vérité. Avec attention, Drago regarda son attitude toute entière se modifier et un éventail d'émotion traverser ses traits. On aurait dit qu'elle menait une bataille intérieure : une bataille d'émotions. Elle passa de secouée, à blessée, à angoissée, à amère. Il remarqua les changements dans sa respiration, dans le rythme de son tapotement, et dans sa posture. Pendant une seconde, il pensa que Granger se déchaînerait contre lui, mais elle ne le fit pas.

A la place, elle parla avec une ferveur et une ardeur troublantes. « Tu ne sais rien. »

Il rétorqua rapidement avec tout ce qu'il savait. « Je sais que tu as disparu pendant près de cinq ans, que tu es allée travailler en Italie comme briseur de maléfices pour une banque italienne, que tes amis d'enfance te détestent, et que quelque chose s'est passé entre toi et Pansy… quelque chose qui la rend incroyablement loyale et protectrice envers toi – quelque chose qu'elle a gardé secret même à moi.

- Eh bien, félicitations, Détective Crétin » se moqua-t-elle avec sarcasme.

Il l'ignora, un peu intrigué par la pesante défensive sur laquelle elle se tenait face à lui. Granger voulait qu'il parte, c'était évident. Mais il refusait d'abdiquer, pas avec elle.

Fantaisiste, Drago se moqua, car au fond de lui il adorait toucher son point sensible. « Je me demande ce qui a fait sortir la lionne de sa tanière. »

Le regard qu'elle lui lança aurait pu tuer sur place. « Va t'en, Malefoy. »

Se penchant un peu en avant, « Comme tu l'as dit tout à l'heure, c'est un pays libre. Je peux m'asseoir où je veux.

- Eh bien c'est moi qui vais partir. » Elle ramassa ses affaires et commença à se lever vivement de sa chaise.

Drago utilisa ses réflexes d'Attrapeur pour tendre la main et attraper son bras avant qu'elle n'ait pu se lever totalement. « Ne provoquons pas une autre scène, Granger. Je reconnais que je suis fatigué par ce genre de choses. » Sa voix s'était adoucie, mais gardait une fermeté latente et un calme qui la firent le regarder avec surprise. Les mots suivants de Drago furent dits d'une voix traînante, comme s'il était ennuyé par la conversation. « Bien que tu adores finir dans les journaux grâce à tes ex-amis débiles, je n'ai aucune envie de me voir dans la Gazette de ce soir.

- Alors laisse-moi partir » dit Granger d'un ton furieux.

Évidemment, il n'exauça pas le vœu de la sorcière, mais sa prise s'adoucit, inconsciemment, bien sûr. « Mais nous avons tant de choses à nous dire. »

Elle tira violemment sur son bras pour le récupérer, mais ne partit pas immédiatement. « Je ne peux même pas penser à deux sujets de discussion à aborder avec toi. »

Un regard méchant typiquement Malefoy se manifesta sur son visage pâle. « Pourquoi ne pas commencer par parler de quoi ou qui t'a fait fuir en Italie ? »

Granger tressaillit d'une telle manière que Drago savait que les mots qui allaient sortir de sa bouche seraient un mensonge. « Tu délires, Malefoy, dit-elle en levant les yeux au ciel, mais sa voix trembla. Je ne sais pas de quoi tu parles. »

La noble Gryffondor était une meilleure menteuse que tout ce à quoi il s'était attendu ou ce dont il se souvenait ; elle avait dû perfectionner ses habiletés ces dernières années. Elle essaya de paraître calme et imperturbable, et s'il n'avait pas été si bon à lire les visages, il aurait sûrement raté l'air de panique qui avait traversé le sien.

Ça avait été rapide et fugace, mais ça en disait long. Il se félicita intérieurement de son bon boulot. Le regard qu'elle arborait lui disait qu'il avait clairement mis le doigt sur quelque chose de très douloureux. Il ajouta mentalement ce détail à la liste croissante des choses dont il avait connaissance. Son départ pour l'Italie avait été une décision impulsive… et maintenant il devait découvrir si c'était un « qui » ou un « quoi » qui l'avait fait fuir. Drago avait l'impression suspicieuse que le voyage vers la vérité d'Hermione Granger serait périlleux.

Et c'était parfait pour se distraire.


Disclaimer : Les personnages/décors/etc sont la propriété de JK Rowling.

Note du traducteur : Merci aux trois personnes qui me suivent ! Un petit message pour me dire ce que vous en pensez ?

Comme j'avais dit, j'ai eu mes examens, ce qui m'a empêché de pouvoir poster plus tôt. J'en profite pour vous souhaiter une belle année, et je vous souhaite de prendre les bonnes décisions et de faire les bons choix de mode de vie pour aider notre belle planète.

Merci encore à ceux qui laisseront un petit message, je me sens seul et la traduction est un énorme boulot. :)

A bientôt !

little-Sniks

Edit : Ooooh j'ai compris pourquoi je n'avais aucune vue sur mon histoire depuis 2 mois... J'avais pas mis le pairing ! Allez-y, moquez-vous haha ! J'espère qu'elle sera plus lue à partir de maintenant, car elle le mérite !