· La loi de la Croissance : « Notre propre épanouissement est à placer avant toute chose. » - Peter Pettigrow

Mars 1981

Peter s'était toujours contenté de l'ombre. Il n'aimait pas vraiment la lumière. Vivre caché, bien à l'abri, c'était ce qu'il voulait, ce à quoi il aspirait. Peter n'avait jamais vraiment voulu être mêlé à tout ça et il se demandait tous les soirs comment il avait fait, pour en arriver ici.

Peter était membre de l'Ordre du Phénix, aux côtés de James, Sirius, Remus, Lily, Alice, Frank, Marlène, ce fou de Fol œil… Des gens si courageux, si inconscients, qu'ils ne se posaient pour seule et unique condition, de faire ce qui était juste, et de se battre pour ce qui était bien. Mais Peter, lui, il voulait juste vivre. Et il avait peur constamment, il était terrorisé et ça l'empêchait de dormir la nuit et de vivre le jour.

Les autres, ils savaient se battre.

James avait un don pour les duels, Sirius avait toujours un tour de passe-passe dans sa manche, Lily était si douée qu'elle était capable de tous les protéger sans même qu'ils s'en rendent compte, Fol œil pouvait tenir tête à plus de trois mangemorts sans même verser une seule goutte de sueur, les Prewett se cachaient encore, malgré la traque incessante de Dolohov, Les Mckinnon continuaient de se battre, même sous les menaces … Peter, il était juste bon à se cacher, à esquiver, à prier tout ce en quoi il croyait pour qu'un des sorts ne ricoche pas sur lui.

Peter savait qu'on ne gagnait pas une guerre avec de bonnes intentions et du courage. Ce dernier seul ne pouvait acheter même la moins chère des victoires. Il avait pris la bonne décision, il en était convaincu. Peter n'était pas prêt à donner sa vie, et il la plaçait en priorité avant toute chose.

Même sur ce qui était bien.

Même avant ce qui est juste.

Même avant la loyauté.

Encore bien avant l'amitié.

- Qu'as-tu à me raconter aujourd'hui ? murmura une voix à son oreille.

- J'ai quelques indications quant à plusieurs interventions prévues afin de libérer des partisans de l'Ordre du Phénix.

- Parfait, siffla le seigneur des Ténèbres à son oreille.

Peter frissonna de terreur. Il payait son droit à vivre par des informations, par des petites trahisons, des renseignements sur les déplacements des membres de l'Ordre du Phénix. Il savait que ce qu'il disait, changeait énormément le cours des choses : il avait dénoncé les frères Prewett, il avait donné des noms, sans même éprouver une once de culpabilité.

Il voulait juste vivre. Peter était plus en sécurité avec les mangemorts que n'importe ou ailleurs. Se terrer au cœur du danger, c'était toujours le meilleur moyen de l'éviter, et d'avoir à l'affronter de plein fouet.

- Tu n'es pas sans savoir que je recherche plus ?

- Oui ? couina-t-il en ramenant ses mains prés de son corps.

- Les Potter. Sais-tu ou se cachent-ils ?

Son cœur rata un battement, mais reparti très vite. Le Seigneur des Ténèbres tournait autour de lui, comme un vautour dessinait inlassablement des cercles dans les airs au-dessus de sa cible, prét à se repaître de ses restes.

Vendre les Potter ?

Pourquoi ne le ferait-il pas ?

Leurs vies valaient-elles plus que la sienne ?

Pourquoi ne le ferait-il pas ?

Est-ce que Lily et James seraient prêts à mourir, plutôt que de le trahir ?

Lui, il ne l'était pas, et ne le serait jamais.

Alors oui. Pourquoi ne le ferait-il pas ?

- Je ne sais pas où ils se cachent. Sirius Black est leur gardien du secret. Je ne peux vous dire où ils habitent.

Black, lui, il était si loyal, si courageux. Il n'avait même pas sourcillé quand on lui avait demandé de devenir le gardien du secret des Potter. Se soumettre au sortilège du fidelitas, c'était promettre de donner sa vie pour un secret. Personne ne pouvait savoir ou se cachait les Potter, tant que Sirius n'avait pas personnellement donné l'adresse.

- Black préférait mourir que de livrer les Potter.

- Et s'ils changeaient de gardien du secret ?

Pourquoi les Potter changeraient ? Lily et James avaient une confiance aveugle en Sirius. C'était le parrain de leur fils. Les Potter se cachaient depuis peu, depuis que Dumbledore leur avait parlé de la prophétie. James tournait en rond, Lily ne savait plus quoi faire pour le distraire…

- Si quelqu'un suggérait l'idée ? insista d'une voix suave le Seigneur des Ténèbres.

Peter n'avait jamais été très malin. Il ne brillait pas par son intelligence, ni par quoique ce soit, en fait. Sirius, James et Remus, eux ils étaient intelligents. Ils comprenaient vite, toujours plus vite que Peter. Il n'y avait absolument aucune chance pour que Peter ne souffle une idée pareille sans se faire repérer, sans éveiller quelques soupçons.

Quoique…

Ses amis étaient intelligents. Sauf quand il s'agissait d'amitié. Ils se vouaient mutuellement une confiance si aveugle qu'elle éclipsait toute raison. C'était peut-être leur point faible. Voldemort l'avait deviné.

- Laisse-les y réfléchir d'eux même. Ils te font confiance. Ils penseront que tu es un meilleur choix que Black, parce que tu es une cible moins évidente, parce qu'ils pensent que tu es faible, que je ne prêterais jamais la moindre attention… Mais ils ont tort Peter. Ils ont tort…

Bien sûr qu'ils avaient tort.

La seule personne en qui on pouvait avoir confiance, c'était soi-même. Personne, ni rien d'autre. Peter se faisait assez confiance pour savoir ce qu'il devait faire pour survivre à cette guerre. Il avait raison. Le Seigneur des Ténèbres n'avait jamais été aussi puissant, son règne jamais aussi incontesté et tout autour de Peter, lui soufflait qu'il allait là où il serait le plus en sécurité.

Cette guerre, l'Ordre du Phénix et les autres l'avait déjà perdue. Le bien ne gagnait pas toujours. Le mal remportait parfois. Que cela soit une bonne chose ou pas, pour Peter, il s'agissait plus de continuer à exister le plus normalement possible, et de continuer à exister tout court.

Alors oui, il avait trahi.

Il avait fait preuve de lâcheté.

Il dénonçait sans scrupule, sans culpabilité.

Bien sûr qu'il était le pantin de la peur et la marionnette de l'égoïsme.

- Quand cela sera fait, tu m'en informeras.

Ce n'était même pas une question. C'était une affirmation. Peter hocha fébrilement la tête et partit. Il alla rejoindre la ruelle toute à gauche, rasa le muret pour éviter les mangemorts qui terrorisaient quelques passants. Il les envia. Il aurait voulu faire partie d'eux. Cette marque des Ténèbres sur leur bras, c'était sa clé vers une vie paisible. Ils avaient l'air d'être un véritable groupe… Lui, il n'avait toujours été que « Queudever », le petit gros qui suivait James, Remus et Sirius. Il aurait souhaité être plus.

Il poursuivit sa route et transplana jusqu'à chez Sirius. Ce dernier sans rien dire, son éternel sourire insolent sur le visage, lui tendit son bras et Peter transplana de nouveau en sa compagnie, pour se retrouver à Godric's Hollow. Remus y était déjà, ayant préféré s'y rendre par ses propres moyens. James leur ouvrit, les yeux lumineux :

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? demanda-t-il en enlaçant Remus et Sirius.

- As-tu oublié quel jour nous sommes ? s'étonna le loup-garou.

- Le vingt-sept mars ?

- Exact.

Lily apparue dans l'embrassure de la porte, le petit Harry dans ses bras, qui babillait :

- Chéri, ton anniversaire !

James avait totalement oublié. Il ne pensait qu'à sa famille et à leur sécurité. Il ne pensait qu'à ses amis qui couraient de grands risques dehors. Un anniversaire, c'était si futile…

- Nous te souhaitons un très joyeux vingt-et-unième anniversaire James ! entonnèrent Remus et James.

Peter les observa entrer dans la demeure rapidement.

Sa propre vie valait plus que tout ça, plus que cette maison, plus que James, plus que Lily, plus qu'un bambin, plus que tout. Il ne s'était jamais épanoui avec eux. Et son épanouissement, désormais, il allait le placer avant toute chose.

Bien sûr qu'il allait les trahir une ultime fois.

C'était ce qu'il fallait faire. C'était injuste pour eux, mais juste pour lui.

Peter entra à son tour, en essayant de sourire.

Qu'importe quand, où, ce qu'il ferait, à qui il le ferait : le karma le comprendra peut-être.