Au Cœur de la Pierre

III - L'Honneur des Frères

Un rayon de soleil frappa le visage encore endormi de Fili, qui bougonna, et remua pour reprendre une position plus agréable, loin de cette fichue boule de feu qui l'éblouissait. Il se retourna, et percuta Kili de plein fouet. Ils avaient chacun une bosse sur la tête, trace des facéties de Balin la veille, et ils eurent tout le loisir de constater qu'elles étaient encore bien douloureuses, l'une comme l'autre. Kili poussa un cri et son frère, qui lui était en train de se frotter le front. C'est ce moment précis que choisit Balin, enjoué et en forme pour faire son apparition.

« Debout ! Bande de flemmards ! »

On avait vu plus calme, comme réveil. Fili grogna, s'écarta de Kili, et tomba à la renverse. Il n'avait pas remarqué qu'il était si près du bord, surtout vu comment le lit était large. On aurait pu y caser deux ou trois hommes, et sûrement une demi-douzaine de nains comme Kili et Fili, qui n'ont même pas fini leur croissance. Pourquoi son petit frère avait-il eu besoin de venir dormir si près de lui !? Légèrement troublé, Fili se remit sur pied tant bien que mal. La pièce avait l'air de bouger, et le sol n'était pas si stable que ça. Ou alors, c'était sa gueule de bois.

Dans les draps, Kili n'avait pas l'air beaucoup plus frais. Il ne s'était certes pas fait surprendre par la clarté matinale, mais être réveillé à coup de boule et par la voix désagréablement enthousiaste de Balin, ce n'était pas non plus le rêve. Tiens, d'ailleurs, il n'avait pas rêvé cette nuit. C'était curieux… Oh, les nains rêvent moins que la plupart des autres créatures pensantes de la Terre du Milieu, mais Kili est une exception. Ajoutez à cela sa pilosité toute relative, et ses traits fins, trop fins pour un nain, et vous comprendrez le nombre de rumeurs qui courent sur lui à la mine. Heureusement pour lui qu'il n'était pas plus grand que son frère, sinon on aurait tôt fait de demander à leur mère s'ils avaient vraiment le même père, et si celui de Kili était bien un nain !

Loin de ces considérations, Kili rampa jusqu'à l'autre bord du lit, près de la porte, et récupéra sa chemise sous l'œil blasé de Balin. Ce dernier était déjà prêt à partir, on dirait… Pourtant il n'avait pas précisé la veille que les deux frères devraient se réveiller si tôt ! Le jour venait à peine de montrer le bout de son nez ! Alors à moins qu'ils n'aient quelque chose de très important à faire aujourd'hui…

« Par ma barbe, mais vous allez vous bouger les miches oui ! »

Balin ferma la porte derrière lui, et alla voir Fili, qui semblait toujours dans la lune. Pourquoi regardait-il comme ça dans le vide, lui ?

« Fili ! Habille-toi ! On n'a pas que ça à faire ! »

Ce dernier allait répliquer, mais il fut devancé par un Kili à moitié habillé. Les lacets de ses braies étaient trop lâches, et sa tunique plissait inesthétiquement sur ses épaules. Cela avait pour effet de découvrir son ventre et une partie de ses hanches, sur lesquelles le tissu ne tenait plus que par miracle. Fili se racla la gorge, alors qu'il peinait à enfiler sa propre chemise.

« On fait quoi aujourd'hui, M'sieur Balin ? »

« A ton avis ?! Ha ! J'aurais du savoir que vous alliez en profiter pour biberonner ! Et plus que de raison, d'après ce que je vois ! Vous n'êtes vraiment pas raisonnables ! »

Cela dit, être raisonnable n'était pas dans le caractère de la majorité de nains. Pourquoi Kili et Fili seraient-ils une exception ? Même Balin pouvait se révéler être un grand buveur, quand il le voulait bien ! Cependant, ni Kili ni Fili n'essayèrent de répliquer. Ce n'était pas la peine. Balin était bien plus vieux qu'eux, et jusqu'à leur retour dans les Montagnes Bleues, c'était à lui qu'ils devaient obéissance. Surtout s'ils voulaient qu'on les admette dans les camps d'entraînement des soldats nains.

Il leur fallut encore quelques minutes pour être tout à fait prêts à partir, bien qu'ils n'aient toujours pas l'air tout à fait réveillés. Balin avait intérêt à leur trouver quelque chose d'intéressant à faire aujourd'hui, pour les avoir sortis du lit si tôt ! Pour être rentrés à la mine au soir, ils n'avaient pas besoin de se presser avant au moins midi. Kili soupira longuement, alors que Fili observait autour de lui le village s'animer petit à petit. Et soudain, ils comprirent. Si eux étaient prêts à repartir de suite, ce n'était pas vraiment le cas des marchandises invendues et du matériel. Il y avait sûrement eu un marché nocturne, car la tonnelle était restée en place. Bref, ça ne changeait pas le fait qu'il fallait des bras pour démonter tout ça et charger les mules et les poneys.

« Ah, c'est que ça… »

Kili avait sûrement pensé que Balin ne l'entendrait pas, ou qu'il ne réagirait pas, mais l'hypothèse la plus probable était certainement qu'il n'avait pas pensé du tout. Ca lui arrivait tellement souvent !

« Ca ne va quand même pas se faire tout seul, crétin de Kili ! Allez, au boulot ! »

Même s'il souriait, et qu'il avait l'air de bonne humeur, Fili n'était pas dupe. Quelque chose avait du se passer cette nuit pour que Balin soit aussi remonté. Pas contre eux, cela dit, ou alors pas directement. Peut-être que les affaires avaient été mauvaises, ou qu'on lui avait fait des remarques. Les hommes sont mesquins, moqueurs, méprisants et méprisables. Ils attachent beaucoup trop d'importance aux apparences. Oncle Thorïn l'avait souvent répété, et Fili s'en souvenait très bien. Il se souvenait aussi de ce qu'il pensait des elfes, mais ça, il ne valait mieux pas le dire trop fort.

Les caisses étaient lourdes. Kili eut envie de se plaindre, mais ne le fit pas, sentant le regard perçant de Balin derrière lui, qui aidait à plier bagage aussi. Le jeune nain commençait à peiner, quand une pensée lui frappa l'esprit. C'est toujours un peu l'effet que ça lui fait, il faut avouer. Si les caisses étaient si lourdes… C'est qu'ils n'avaient que très peu vendu, au final. Pourtant, ce n'était pas l'impression qu'il avait eu la veille, quand il avait rendu visite aux marchands et artisans nains de la cohorte. Ou alors… ils avaient racheté quelque chose aux hommes. Kili était perplexe. C'était beaucoup trop de réflexion pour sa pauvre cervelle nanesque ! Autant qu'il se concentre sur sa tâche, de toute façon, parce que Balin ne leur dirait rien, même s'ils insistaient grossièrement. Fili n'avait pas l'air curieux, d'ailleurs, ce qui étonna Kili. D'habitude, c'était son grand frère qui remarquait ce genre de choses en premier. Ce n'était pas une flèche, mais il avait quand même un esprit plus vif que le sien. Mais la seule chose à laquelle pensait cet esprit en question, c'était à chanter. Oh, Kili n'allait pas lui jeter la première pierre, ça mettrait un peu d'ambiance !

« Au fond d'la forge, frappe fort le fer,

Frappe le jusqu'à ce que ton coeur explose

La Montagne veille, s'enfonce dans la terre

Sois en fier et frappe plus fort encore !

Frappe le fer, le fer encore chaud

Bats-le bats-le bien, il te servira

Frappe le fer, le fer qui durcit

Bats cette lame qui te sauv'ra la vie !

Frappe ! Frappe ! Frappe ! Frappe !

Bats en rythme le fer des Nains

Le meilleur fer qui existe sous la terre !

Marteau, enclume, s'épousent et se joignent

Pour forger un nouveau chef d'œuvre de métal !

Frappe le fer, le fer de ta hache,

Mets-y ta fierté, toute ta volonté

Fer qui r'froidit, fer qu'on aiguise

Cette lame est bien plus qu'un objet ! »

C'était bien évidemment une chanson destinée à encourager les forgerons, mais c'était la première à laquelle Fili avait pensé. Les autres étaient un peu trop calmes pour l'occasion, de toute façon, et il avait trop bu la veille pour fredonner une chanson à boire. Attirés par le chœur de nains improvisé, les villageois s'approchèrent un peu plus, regardant la scène comme s'il s'agissait d'une pièce de théâtre. Fili ne s'en formalisait pas, pas plus que Kili, qui chantait désormais à tue-tête avec lui et le reste des nains de la cohorte. Même Balin battait la mesure ! A la mine, tout le monde connaissait cet air. C'était juste dommage que Bofur soit absent. Il avait fait un accompagnement sublime à la flûte.

Mais c'était sans compter sur la maladresse de l'un des nains et la curiosité des enfants des hommes. Une petite fille s'était un peu trop approchée, et celui-ci lui donna un coup alors qu'il chargeait les caisses sur le chariot. Elle tomba violemment à la renverse, poussant un cri qui mit immédiatement fin aux chants nanesques. Kili posa ce qu'il portait et aida la jeune fille à se remettre debout. A côté d'elle, le nain responsable s'excusa platement. De nombreux villageois se précipitèrent pour lui porter assistance, mais il y avait eu plus de peur que de mal. Ce qui n'empêcha pourtant pas la foule de se mettre à murmurer.

« Faites un peu attention à ce vous faites ! »

« Tu as vu comment ils sont grossiers… ! »

« Il aurait pu lui faire très mal ! Ils ne sont pas conscients de leur force… »

Kili jeta un coup d'œil à Balin, qui n'avait pas l'air de vouloir répondre à la méfiance ignorante des hommes. Il haussa donc les épaules, et s'apprêta à reprendre le travail, imité presque immédiatement par le nain maladroit. Du moins, ce dernier l'aurait bien fait, si deux adolescents n'étaient pas venus le bousculer. Ils avaient seize ou dix-sept ans, pas plus, mais toisaient le nain comme s'il s'agissait d'un vulgaire insecte.

« Hé sale nain, tu pourrais t'excuser, non !? »

« Il l'a fait, crâne de piaf ! Tu planes tellement haut que t'as pas du entendre ! »

La diplomatie n'était pas le fort des nains, ça n'avait rien de nouveau, mais Kili était particulirèment mauvais dans ce domaine, a fortiori quand il est furieux. De quel droit ces jeunes idiots insultaient l'un des leurs ? Fili lança un regard appuyé à son petit frère, comme pour lui signifier qu'il venait peut-être de faire une bêtise. Cela dit, vu la réponse silencieuse de Kili, ce dernier pensait qu'il était dans son bon droit. Quant au nain maladroit, le premier concerné, il s'était rapidement mis en retrait, visiblement plus timide que la moyenne. Kili trouva ça un peu étrange, mais ne s'en préoccupa pas plus que ça. Surtout quand il remarqua que l'un des jeunes hommes devant lui tenait un couteau.

« Lâche-ça, gamin, tu vas te couper ! » lui lança-t-il.

Le jeune villageois rougit de colère, et brandit son arme avec violence. Il allait l'abattre sur Kili qui l'attendait de pied ferme, quand il fut stoppé, à la fois par la gauche et la droite. D'un côté, Fili, qui avait accouru pour protéger son petit frère, et de l'autre… Le nain maladroit, dont il ne connaissait pas le nom. Tous les deux avaient une courte épée naine à la main, et menaçaient de lui trancher le pied ou la main, au choix. Sur le coup, Kili se sentit un peu idiot. Ce n'est que quand Balin prit la parole qu'il sut qu'il l'était définitivement.

« Posez ça tout de suite ! Nous ne voulons pas de problèmes ici ! Et rangez vos épées, bande de fous furieux ! »

Fili et le mystérieux nain rengainèrent leurs lames, conformément à ce que leur avait dit Balin. Cependant, ils ne quittaient pas les deux villageois des yeux : vu leur taille, ils étaient à la hauteur parfaite pour les émasculer avant qu'ils n'aient le temps de réagir. Quant à Kili, il était resté totalement immobile, le visage figé dans une expression ahurie. Qu'est-ce qu'il se passait, là ?

« Calmez-vous, villageois ! Ce nain-là est un crétin fini, mais nous ne sommes pas tous comme ça… Je suis certain que Kona n'avait pas pensé à mal et que ses excuses sont sincères. »

A ces mots, Kili et Fili regardèrent le nain nommé Kona, les yeux écarquillés. Puis ils les tournèrent vers Balin, avant de se regarder entre eux. Ils avaient du mal à intégrer ce qu'ils venaient d'entendre. Kili se pencha alors vers son frère, et lui murmura :

« Dis Fili, Kona, c'est pas un prénom féminin ? »

Fili hocha la tête lentement, un air ahuri toujour peint sur son visage. Abasourdis, les deux frères s'éloignèrent alors un peu, et repartirent travailler sans rien ajouter de plus. Heureusement, Balin ne trouva rien à redire à cela, pas plus que les villageois qu'il avait réussi à apaiser.

C'était étrange. D'habitude, les femmes-nains ne sortent quasiment pas de sous la Montagne. Elles avaient pourtant les mêmes métiers que les hommes-nains, tout simplement parce qu'elles avaient la même force physique qu'eux. Il n'y avait aucune raison valable pour qu'on les empêche d'aller miner ou forger, même s'il fallait admettre que la plupart d'entre elles préféraient les activités d'intendance. Ce n'est pas aisé de gérer une ville de pierre, surtout quand on fait partie d'un peuple qui affectionne la viande et la bière, denrées qu'il faut nécessairement faire venir de l'extérieur.

Fili et Kili, sur ce coup-là, se sentirent encore plus idiots que d'habitude. Ils n'avaient tout simplement pas remarqué qu'ils avaient sous les yeux une naine, pas même Kili lorsqu'il avait pris sa défense. Il était à peine moins poilu qu'elle, il fallait avouer. N'importe qui se serait trompé, et il avait fort à parier qu'aucun des villageois ne l'avaient remarqué. Les yeux des nains, plus ou moins exercés à repérer les petits détails qui font qu'un nain est une naine, avaient été complètement inefficaces. Il n'y avait pas grand-chose à espérer de ceux des hommes.

Les nains finirent de plier bagage vers midi, et eurent juste le temps de manger un peu avant de prendre la route. Après ce qu'il s'était passé dans la matinée, Kili et Fili étaient pressés de rentrer chez eux, sous la Montagne. Et puis, ils allaient pouvoir aller dans les salles d'entraînement ! Enfin ! Depuis le temps qu'ils en rêvaient ! Ah et autre bonne nouvelle de la journée : ils avaient rencontré une charmante naine, d'à peu près leur âge ou alors pas beaucoup plus vieille. Ce jour méritait d'être marqué d'une pierre blanche, peu importe la bêtise et l'ignorance des hommes ! Ils chantèrent aussi sur la route du retour, jusqu'à passer les portes de la mine. Elles étaient modestes, loin d'être richement décorées comme celles d'Erebor. Fili savait à quoi elles ressemblaient, ou du moins, à quoi elles avaient ressemblé. C'était dur de s'imaginer ce qu'elles avaient subit pendant tout le temps où la Montagne Solitaire avait été abandonnée à Smaug le Dragon. Fili était tombé une fois sur une gravure dans le bureau de Dori, mise de côté comme un bien précieux. Erebor du temps de sa gloire, à son âge d'or. C'était certain que la mine dans les Montagnes Bleues, ça n'avait rien à voir. Pas de statues gigantesques, pas de grande porte de pierre sculptée. Juste une porte assez large pour laisser passer trois nains, et pas bien haute. Et comme toutes les portes des demeures de nains, invisibles quand elles sont closes.

Balin les ouvrit, et permit au reste de la cohorte de rejoindre les leurs. Ils marchèrent jusqu'à une grande salle qui leur servait de place centrale, où ils furent accueillis par Thorïn Ecu-de-Chêne lui-même. Kili et Fili firent profil bas lorsqu'ils virent que Balin était allé lui parler. Ils se doutaient de ce qu'ils allaient leur dire. Ils étaient trop idiots, et ils ne seraient jamais bons à rien. Kili n'aurait pas du répondre comme ça à ce stupide villageois, même s'il l'avait insulté. Et Fili n'aurait pas du empoigner une épée qui ne lui était pas destinée. Monsieur Balin devait être tout à fait furieux ! Et Thorïn… ce serait pire encore.

Les deux frères se regardèrent, perplexes et anxieux. La discussion durait plus qu'ils ne l'auraient imaginé… Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien se dire, bon sang ? Et le pire dans tout ça, c'était que le temps qu'ils avaient passé à observer leur oncle et Balin parler, ils en avaient presque oublié Kona. Elle était partie, disparue dans les mines. Si ça se trouve, ils ne la reverraient même plus ! Pas que les nains soient nombreux dans les Montagnes Bleues, mais les femmes-nains avaient un peu tendance à s'évaporer dans la nature. Fili et Kili ignoraient pourquoi elles restaient si souvent entre elles. Et quand elles ne le faisaient pas, elles soutenaient souvent qu'elles étaient bien des hommes-nains… Ce qui ne rendait pas la tâche aisée, d'autant plus qu'il est très impoli pour un nain de mettre en doute la parole d'un autre nain, surtout quand ça concernait quelque chose d'aussi intime. C'était un peu comme de parler de sexualité à un elfe. Ca ne se fait pas.

Finalement, Thorïn et Balin se mirent à rire, ce qui arracha instantanément Kili et Fili à leurs pensées stériles. Ils s'approchèrent des deux frères, et reprirent une expression neutre, un poil solennelle pour Thorïn. Une vieille habitude de Prince.

« Vous n'avez pas brillé aujourd'hui. » commença Thorïn. « Ni hier d'ailleurs, d'après ce que j'ai compris. Vous pensez vraiment que vous êtes prêts à commencer l'entraînement ? »

Cette fois, pas question d'essayer de répliquer. Thorïn était peut-être plus jeune que Balin, mais il était loin d'être aussi conciliant. Et il détestait au plus haut point qu'on lui coupe la parole, surtout si c'était pour dire des âneries. Kili et Fili avaient le sentiment qu'ils n'arriveraient pas à dire quelque chose d'intelligent, là comme ça.

« Devenir un bon guerrier demande de la rigueur, de l'honneur, et du courage. Pas que de la force. Et c'est pour ça que vous commencez demain. » continua leur oncle.

Kili et Fili eurent du mal à cacher leur joie. Thorïn avait accepté ! Ca voulait dire que Balin avait émis un avis favorable, alors ? Ils se tournèrent instinctivement vers lui, totalement synchro.

« Oh, ne vous méprenez pas. Je n'ai pas oublié de mentionner l'incident de ce matin, et encore moins la cuite que vous avez prise hier. Mais nous en sommes arrivés à la conclusion que ça ne faisait pas de vous de mauvais nains. »

« Au contraire… » reprit Thorïn. «… Kili, tu ne t'es pas laissé démonter, et je n'en attendais pas moins de toi. Quant à toi Fili, tu as fait preuve de discernement en saisissant une épée pour défendre les nôtres, sans pour autant blesser qui que ce soit. Vous avez encore beaucoup à apprendre, mais je pense que vous avez définitivement l'étoffe de grands guerriers. »

Thorïn avait à peine sourit en finissant cette phrase, mais cela n'échappa à aucun des deux frères. Eux, par contre, ne faisaient pas dans la discrétion. Ils laissèrent libre cours à leur joie et leur soulagement, et sautèrent dans les bras l'un de l'autre. Ils restaient frères, après tout, et personne ne vit rien de bizarre à cela. Balin souriait franchement lui aussi. Il félicita les jeunes nains, avant de prendre congé d'eux : il avait encore de nombreuses choses à régler concernant les affaires de la veille. Kili et Fili avaient désormais quartier libre et une seule chose s'imposait à leur esprit : faire la fête ! Boire, manger, chanter, danser et en tomber d'épuisement ! L'entraînement ne commençait que demain, non ? Thorïn leur fit même l'honneur et le plaisir de se joindre à eux, bien qu'il restât somme toute assez raisonnable. Pour un nain.

C'est encore une fois remplis de bière, ivres morts, que Kili et Fili rejoignirent leur chambre. Même maintenant, ils continuaient à avoir la même, bien qu'ils aient un lit chacun. Le cadet alla s'effondrer dans le sien, encore tout habillé, ricanant bêtement. Quant à Fili, l'aîné, il essaya quand même de retirer sa chemise avant de dormir, et abandonna rapidement. Allongé sur son lit, les yeux plongés dans la pierre du plafond, il s'était mis à penser à Kona. Il l'avait regardé dans les yeux, et n'avait pourtant rien remarqué. Peut-être était-ce un homme-nain, comme Kili et lui, mais avec des parents un peu trop facétieux ? Ca semblait peu probable. Fili décida de ne plus y penser, et dormit comme une pierre ce soir-là.

Kili, quant à lui, se réveilla en sursaut dans la nuit, songeant lui aussi à Kona. Il l'avait sauvée, d'une certaine manière, non ? Même si ce n'était pas grand-chose, ça pouvait jouer… Peut-être qu'il devrait essayer de la retrouver ? Tenter sa chance ? Après tout, qui ne tente rien n'a rien… !

Note : La chanson est inspirée de Rauta / The Steel, par Korpiklaani.