Pardon pour ce chapitre un peu décousu


Marine replonge dans ses souvenirs: leur première nuit où Siegfried prétexta toutes les raisons pour ne pas la rejoindre dans le lit nuptial. Il devint évident qu'il avait choisi de ne pas y monter. Il s'avançait dans la chambre, d'un air faussement digne. Un instant vexée, Marine en prit son parti. Après tout, s'il préférait passer une mauvaise nuit sur le sol, c'était son problème.

- Je sais bien qu'un guerrier doit saisir toutes les occasions de fortifier son corps, et il m'est arrivé plus d'une fois de dormir de cette façon. Mais je suppose que le feu s'éteindra dans la nuit et transformera ce sol en glacière. Comme il n'y a qu'une couverture de peau ici, et que je n'ai nulle intention de m'en défaire, tu conviendras qu'il ne te reste qu'une seule solution sensée. Bonne nuit Siegfried. Tu préfères certainement que je m'endorme en premier, pour t'éviter d'avoir à avouer ton entêtement inutile?


Marine repousse la sage-femme, pour saisir elle-même son enfant, sortant de son corps. Elle coupe le cordon avec ses dents, avant de serrer le bébé contre elle. Un peu déconcertée par l'attitude inhabituelle de cette mère un peu "sauvageonne", la sage-femme reprend son travail en nettoyant l'enfant et désinfectant le cordon. Puis elle sort annoncer la nouvelle au jeune père, attendant dans la pièce voisine. Il s'efforce de rester aussi calme que usuellement, mais il a entendu les premiers cris de son enfant et l'impatience le ronge.

- Seigneur… tout est parfait. L'enfant est magnifique et vigoureuse, et votre épouse en pleine santé

- Vigoureuse?

- Oui, je vous assure, je le vois à sa façon de crier

Le visage de Siegfried, déjà peu expressif se ferme et il pousse un long soupir, au moment où Marine arrive, le bébé enveloppé entre ses bras.

- Siegfried… voici notre fille

Il se retourne lentement vers elles, sans faire un geste pour se rapprocher de sa famille.

- Elle a tes yeux clairs. J'ai envie de l'appeler Azurée. Ça te convient?

- À ta guise

Marine ne peut capter son regard fuyant, puisqu'il se retourne aussitôt parlé et s'en va à ses tâches habituelles.

SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSS SSSSSSSSSSSSSSSSSSSSMMMMMMMM MMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMM MSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSSMMMMMM MMMMMM

- Siegfried, accepte mes félicitations. C'est une magnifique enfant

- Merci Majesté

- Tu n'es pas obligé de rester agenouillé, c'est une simple conversation entre amis

Il se relève donc, d'un mouvement cassé.

- Tu sembles… comme triste. Pourquoi? Ne viens-tu pas d'accueillir en ton foyer une sublime petite fille?

- Si Ma Reine

- Alors, que te mine donc tant?

- Je… je n'ai pas voulu ce mariage! - crie-t-il.

- Siegfried! - s'étonne-t-elle, de tant de colère en lui. c'est la première fois qui lui parle durement, à elle. Les quelques reproches qui ne lui a jamais faits l'ont toujours été respectueusement.

- Vous m'avez forcé! Et maintenant, tout ce qu'il en sort, c'est une fille!

- Mais…

- Si au moins, j'avais un fils, j'aurais pu m'en réjouir un minimum! J'ai fais des efforts… avec elle, j'ai dépassé mes… inclinaisons…tout ça pour rien!

- Siegfried! J'ignorais que tu étais… misogyne

- Je déteste la toucher! Ça me dégoûte de la toucher! Et je vais devoir recommencer! Mon honneur est en jeu, je dois engendrer un fils! Mais je veux pas recoucher avec elle… je veux pas

- Oh Siegfried… - c'est la seule phrase qu'elle ose dire. Sa réaction la surprend, car il s'était toujours plié à chacun de ses souhaits, fussent-il des aberrations, comme la guerre contre le sanctuaire. Avait-elle eu tord de lui imposer cela? Elle savait que cela serait difficile mais pas à ce point.

- Je ne l'aime pas

- Je sais. Mais il le fallait

- Pourquoi?

- Tu sais bien - voulut-elle éviter de développer.

- J'aurais pu rester toute ma vie près de vous. Sans toucher personne… sans jamais m'approcher, sans rien exiger… Hilda… pourquoi m'avoir fait subir ça? Je ne voulais qu'être près de toi… ton serviteur à jamais

Son ton plaintif lui brisait le cœur mais il fallait être forte. Ne pas faiblir.

- Reprends-toi Guerrier d'Alpha. Ton rôle d'homme était de prendre femme et d'assurer ta descendance. Tu ne dois pas laisser finir ta glorieuse lignée…juste…juste pour moi. Siegfried…je l'ai exigé pour toi… tes ancêtres… ton futur. Retourne auprès de ta famille. Je t'offre un domaine et un manoir

- Vous… vous me chassez?

- Tu es père de famille désormais. Tu ne peux plus vivre au château comme un vulgaire laquais. Construis ton foyer. Ton épouse est une femme remarquable, tu en as conscience? Elle est capable de t'épauler. Bâtis avec elle. Ne la repousse pas, elle peut t'apporter… tellement. Siegfried, tu sais que j'ai raison. Va maintenant


- J'ai besoin d'un entraînement énergique - Marine s'était habillée en tenue d'entraînement, malgré ses couches récentes.

- Quoi? - Son mari ne réalisait tout simplement pas la question, tombée sans prévenir.

- Tous ces mois d'inactivité… j'ai besoin de me battre. Et toi aussi. Bats-toi contre moi

- Pardon?

- Défoule ta colère et ta douleur sur moi

- Mais?

- Veux-tu que je te quitte Siegfried? Veux-tu retrouver ta liberté et ta vie antérieure?

- Ma vie est perdue - répond-t-il désenchanté.

- C'est vrai, nos vies sont irrémédiablement modifiées. Évacue ta souffrance avec tes poings

- Tu es folle?

- Ne suis-je pas celle qui t'a séparé d'Hilda? C'est bien ce que tu penses n'est-ce pas?

-…

- C'est bien ce que tu penses?

- Oui! Sans toi…sans toi, je serais à ces côtés!

- Non, tu as tord Siegfried. Tu serais resté quand même loin d'elle

- C'est faux!

- Ce n'est pas moi qui t'ai éloigné d'elle, c'est votre naissance. Elle est reine et tu es un guerrier. Elle n'aurait jamais pu être ta femme

- Tais-toi! Mais tais-toi!

- Votre amour est puissant c'est vrai. Mais il n'est rien face au destin

- Je t'ai dit de la fermer! - Aveuglé par la rage, il lance une attaque, les yeux fermés par la peur d'avouer qu'elle a raison, il le sait. Il l'a toujours su.

Un coup, puis deux, puis un autre… il entend le bruit d'un os qui se brise, un cri de douleur étouffé. Il prépare un autre coup alors qu'il réalise.

- Marine?... qu'ai-je fait?

- Arggg… ce n'est rien Siegfried… juste une épaule

- Je… je t'ai frappé!

- Tu avais besoin d'évacuer ta rancœur. J'aurais fait pareil

- J'ai… j'ai frappé … ma femme

Elle se lève difficilement. - Il le fallait, je ne te reproche rien. Je suis vivante et n'ai rien de grave

- Je… je suis…un monstre….

- Non! Et nul n'a besoin de savoir ce qu'il vient de se passer

- Tu serais prête à cacher cette infamie?

- Oui. En échange d'une faveur

- Quoi?

- Je veux que tu m'entraînes

- Que je? … c'est aberrant!

- Je veux que tu sois mon professeur. J'ai encore beaucoup à apprendre

- Je n'arrive pas à te comprendre! Je viens de te frapper de la plus ignoble des façons et tu veux…?

- Tu me dois donc une dette. Tes cours la solderont

cette réponse plus qu'étrange le fit réfléchir.

- Était-ce prémédité?

- Un peu oui. Je savais qu'un jour tu craquerais. Et j'ai besoin de tes leçons

- Pourquoi faire? Ici, les femmes n'ont pas besoin de combattre

- Je veux rester une guerrière! Et pas une femme au foyer. Siegfried, je t'avais demandé d'être mon allié, tu te rappelles? C'est le moment

- J'ai du mal à saisir ton intérêt. Et puis où sera le mien?

- Imagine ton prestige quand ta propre femme gagnera des combats? Imagine ta popularité dont tes enfants profiteront? Dans quelques années, ton clan sera le plus fort et le plus apprécié. Et tu monteras en noblesse Siegfried. Grâce à nos descendants

- Nos descendants? Je ne vois qu'une fillette maigrelette!

- Je te donnerais des fils Siegfried. Ils seront surpuissants, puisque issus de deux guerriers. C'est pour ça que je dois acquérir plus de forces. Nos fils seront les plus grands guerriers de cette terre et peut-être seront-ils rois

- Tu déraisonnes! Qu'est-ce que tu complotes?

- Hilda n'aura pas d'héritiers

- Qu'en sais-tu?

- Sauf si tu lui en donnes? Mais tu n'oseras pas. Et elle ne se mariera pas de son côté

- N'importe quoi! -- Il était trop choqué par ses paroles pour répliquer des arguments solides.

- Elle a choisi sa voie. Pour t'être fidèle à jamais

- C'est… c'est ridicule! C'est elle qui m'a forcé à t'épouser! Pourquoi elle aurait fait ça, si elle avait voulu de moi?

- Je viens de te le dire Siegfried. Elle n'a pas le droit d'épouser un homme du peuple, fut-il le plus grand des combattants. Elle renonce à sa lignée. Pour toi. Pour que ta descendance monte un jour sur le trône

- Tu mens!

- Non. Elle me l'a avoué il y a longtemps. Elle n'agit que par amour pour toi. Et j'ai promis de l'aider

- Quoi? Je ne comprends rien!

- Si nous nous dépêchons, si nous acquérons assez de puissance, toi et moi, et nos enfants…. Peut-être le peuple réclamera ton anoblissement. Alors là, oui, tu pourras l'épouser. Voilà ton intérêt, ton but, pour lequel tu dois œuvrer, de toutes tes forces

Siegfried, interdit et choqué regarde son épouse. Il a mis beaucoup de temps à la supporter, trop de temps à s'apitoyer sur son sort pour oser l'accepter. Mais il a très vite remarqué son intelligence. Elle est calme et pondérée, mais rien dans ses actes n'est fortuit. Ce plan si généreux lui a demandé trop d'attentes et trop de sacrifices pour être si pur.

- Ah oui? Mais ton intérêt ne peut pas être qu'acquérir du pouvoir. Que cherches-tu réellement?

- Siegfried, penses surtout aux gains que tu peux récolter!

- Certes. Je préfère néanmoins connaître tous les tenants et aboutissants avant d'exécuter un plan

- Ok. Je veux du pouvoir, surtout pour la reconnaissance qu'il va m'apporter. Celle que l'on m'a refusé alors que j'avais les compétences nécessaires. Le sanctuaire m'a tout pris, en ne me laissant que le strict vital! Je veux leur montrer qui je suis, je veux devenir plus puissante que leurs champions, leur prouver qu'une femme, qu'une vulgaire étrangère, qu'ils ont toujours montré du doigt, peut s'élever plus haut qu'ils ne seront jamais capable de le faire!

- C'est ça que tu es venue chercher ici?

- Ils m'ont asservie sous leurs lois patriarcales, pendant des années, toute mon enfance, mon adolescence et il a manqué de peu que ce soit aussi pendant ma vie de femme. J'ai saisi ma chance de quitter cet endroit avilissant.

- Mais comment savais-tu ce qui t'attendrait ici?

- Je l'ignorais. Le mari dont j'héritais aurait pu être un rustre machiste. Dans ce cas, je perdais tous mes espoirs. J'ai tenté, tout simplement. Et les dieux m'ont porté chance. Ce pays, ses habitants, toi mon mari, tout ici est respect des autres. C'est pourquoi j'ai décidé aussi de t'aider à réaliser ton rêve, puis tu réaliseras le mien.

- Crois-tu que même si tu réussis, cela changera quoi que ce soit?

- Ils regretteront de nous avoir toutes traitées comme des sous êtres. Si tu deviens roi un jour, tu me prendras comme un de tes ministres, n'est-ce pas? Et quand un de nos fils te succèdera, je serai la mère d'un roi! De quoi rabattre les insultes et les maltraitances qu'ils m'ont fait subir là-bas! J'aurai gagné contre leurs préjugés et leur misogynie. Voilà mon but. Voilà notre alliance

- Depuis combien de temps rumine-tu ce plan?

- Il m'a fallu beaucoup de patience, de la chance aussi

- Et de l'opportunisme

- Oui. Je reconnais. Mais tu ne m'as pas épousé par amour toi non plus. Et je ne vois pas où est le mal à se battre pour réussir un jour à diriger sa propre vie, malgré les barrières que la société vous impose.


et paf, un peu de revendications, un soupçon de féminisme, pardon mais j'avais envie