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Que sont ces rêves qui vont perturber notre jeune Gryffondor ? Qu'est-ce qui attend les amis à Poudlard ?

Excellente lecture à toutes !

Avertissement : passage difficile en début de chapitre

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Chapitre III - Retour à Poudlard

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Cette nuit-là, les rêves commencèrent...

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Je sens ses yeux rougeoyants qui me scrutent. Il essaie de sonder mon esprit, et je le laisse pénétrer. Heureusement que je suis excellent Occlumens et ne lui laisse voir que mon désir de lui plaire et de le servir, ainsi que mes conversations avec Dumbledore. Il se retire de ma tête et un sourire satisfait puis cruel s'affiche sur son visage décharné.

"J'ai une surprise pour toi, Severus..."

Une sueur froide coule le long de mon dos. Je connais ce ton onctueux, je sais ce qu'il annonce. Pourtant, je réussis à étirer mes lèvres pour former un sourire.

"J'ai hâte de la connaître, Maître...

- Mulciber et Avery ont apporté quelques Moldues. Tu vas pouvoir jouer avec l'une d'elles à ta guise, puis tu t'en débarrasseras, comme d'habitude... Elle est derrière toi..."

Je devine qu'il jubile, je le sens. Je réponds avec obséquiosité, en embrassant avec une dévotion parfaitement feinte, l'ourlet de sa robe.

- Merci, Maître."

Je sais qu'il teste ma loyauté à son égard et que je vais, encore une fois, devoir accomplir encore une fois des actes abominables, mais je les effectuerai car j'ai promis d'espionner pour Dumbledore, en souvenir d'Elle...

Je me retourne. Elle se tient devant moi, ses vêtements sont déchirés, laissant entrevoir une peau d'albâtre, parsemée de taches de rousseur. Sa chevelure, longue et rousse, me rappelle une autre femme, la seule qui ait jamais su faire battre mon cœur, et je ne doute pas un instant que cette coïncidence n'en est guère une... Je m'oblige à ne rien éprouver, à ne laisser qu'un grand froid envahir mon âme. Elle me regarde avec ses grands yeux larmoyants emplis de peur. Elle me supplie sur un ton quasiment hystérique :

"Pitié, Monsieur ! Pitié ! Ne me faites pas de mal !"

J'affiche un air cynique en laissant échapper un ricanement, sachant que le moindre de mes gestes, de mes paroles est passé à la loupe par les autres Mangemorts et le Seigneur des Ténèbres. Je tends mes bras et arrache violemment les derniers lambeaux de vêtements qui lui restent, la laissant nue, tremblante et désemparée.

Je supplie Merlin de me pardonner. J'écarte ses cuisses et je me force en elle, ignorant ses cris de douleur et ses supplications... Mon âme est souillée une fois encore, il n'y aura pas de rédemption...

Hermione se réveilla en sueur dans son lit, échevelée, son cœur battant follement la chamade, les yeux mouillés de ses larmes. Agenouillée, se balançant d'avant en arrière, elle se parla, à mi-voix, en agrippant ses draps :

"Oh mon Dieu ! Quel horrible cauchemar ? il semblait si réel... On aurait dit que... j'étais un Mangemort ! Et c'était... Rogue, j'en suis persuadée. Je ressentais toutes ses émotions. Que m'arrive-t-il ?"

La porte de sa chambre s'ouvrit, et un Harry dépenaillé, les cheveux en bataille, les lunettes de travers, surgit et enregistra la scène : son amie venait de vivre un terrible cauchemar. Ses cris l'avaient réveillé, et il venait réconforter la sorcière.

La voix encore ensommeillée il s'enquit, tout en s'asseyant sur le matelas, à ses côtés :

"Hermio... ne ? C'est à cause de... ce qu'il t'est arrivé... au Manoir des... Malfoy ?"

Le sorcier s'en voulait de ne pas avoir pu sortir des griffes la jeune fille avant qu'elle ne fût cruellement torturé par Bellatrix Lestrange. Les cris de douleur qu'elle avait poussés hanteraient à jamais son esprit. Mais Hermione secoua négativement sa tête. Elle avoua péniblement, en massant doucement ses tempes :

"Non, non. Cela n'avait rien à voir avec moi. C'était comme si je... vivais le cauchemar d'une autre personne et... - elle leva la tête pour croiser son regard - je suis presque certaine que c'était celui de... Rogue !"

A présent totalement réveillé, Harry questionna avec une pointe d'inquiétude dans sa voix :

"Que veux-tu dire ?

- Eh bien, c'est comme lorsque tu étais connecté avec Voldemort, et que tu savais ce qu'il faisait, ce qu'il pensait. Ce que je viens de rêver, c'était comme si je le vivais, comme si j'étais la personne qui... qui... commettait ce... viol... acheva-t-elle avec difficulté, des larmes apparaissant au coin de ses yeux.

- Oh Hermione ! C'est absolument monstrueux !" Après un silence qui dura de longues secondes, il poursuivit :

"C'est curieux tout de même... On dirait qu'un lien... s'est créé entre vous...

- Un lien ? Mais... qu'entends-tu par là ?

- Il semblerait que d'avoir sauvé la vie de Rogue, cela a créé... une sorte de... connexion entre vous."

Il ajouta, un pli soucieux sur le front :

"Dis-moi, quand tu l'as sauvé, dans la Cabane Hurlante, tu as réussi à stopper la propagation du poison, ainsi que l'hémorragie ?"

D'un mouvement vertical de la tête, la sorcière approuva. Harry poursuivit :

"Je me souviens parfaitement qu'il avait perdu énormément de sang. Comment as-tu réussi à reconstituer son volume sanguin ? Il ne restait qu'une Potion Régénératrice, me semble-t-il ?

- Non, non. Je lui en ai donné trois.

- Trois ? Tu en es sûre ?

- Oui, oui, je t'assure, je les ai prises de mon sac."

Le sorcier paraissait perplexe. Il était persuadé avoir vu un seul flacon dans le sac de son amie. Pourtant, Hermione affirmait le contraire, et ce n'était guère une personne qui mentait, bien au contraire. Etait-ce sa mémoire qui lui jouait des tours ?

Prenant un ton grave, Harry ajouta lentement :

"Hermione, tu sais que... sauver un sorcier n'est pas anodin ?"

Devant l'air interrogateur de son amie il enchaîna :

"Je veux dire que Rogue... maintenant, a une Dette de Vie envers toi.

- Mais... je l'ai sauvé sans rien attendre en retour ! s'exclama vivement la sorcière.

- Je sais, je sais, Hermione, répondit le jeune homme en cherchant à prendre un ton apaisant. Mais, chez les sorciers, sauver une personne n'est pas un acte innocent. Cela implique que... Rogue te doit une faveur à présent. Et le connaissant, cela ne doit guère l'enchanter..."

La jeune fille était toute chamboulée. Bien sûr elle avait entendu parler des Dettes de Vie, mais elle avait cru, en toute bonne foi, que cela ne concernait que les sorciers qui sauvaient une vie par cupidité, pour exiger ensuite un remboursement en espèces sonnantes et trébuchantes ou... un arrangement, mais sauver quelqu'un par altruisme, c'était un acte qui n'engageait à rien... C'était donc pour cette raison qu'il l'avait regardée avec tant de haine, le jour de son procès ?

"Merlin, qu'ai-je donc fait ?" gémit la jeune fille en se tenant la tête dans ses mains. Harry tenta de la consoler en encerclant ses épaules avec ses bras.

"Ecoute, Rogue te connaît, il sait que tu n'es pas ce genre de personnes qui cherchent à profiter des autres, que tu n'es pas opportuniste... Cela s'arrangera. Peut-être qu'une discussion franche entre vous lèverait les doutes et les suspicions ?

- Une discussion avec Rogue ? Je... je doute qu'il accepte de me parler...

- Si jamais il reprend son poste de professeur à Poudlard, les occasions de lui parler ne manqueront pas, et tu pourras tout lui expliquer...

- Oui, tu as raison, répondit une Hermione quelque peu soulagée. Elle ajouta :

"Bon, je pense qu'il est temps que nous nous recouchions... Merci Harry pour ton soutien. Je suis désolée de t'avoir réveillé...

- Tu n'as pas à t'en faire, après tout, les amis c'est fait pour ça : ils sont présents pour les bons, mais aussi les mauvais moments !

- Merci, Harry ! Je me sens beaucoup mieux, à présent. Bonne nuit !

- Bonne nuit à toi !"

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HG SR HG

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Les quatre amis venaient de monter dans le train : Ginny, Ron, Harry et Hermione. Au milieu des autres voyageurs, sur le quai de la voie 9 3/4, ils avaient aperçu Neville, Hannah, Luna, Draco, Pansy et qui devaient à présent occuper d'autres wagons. Tous les élèves ayant survécu à la Bataille Finale avaient tenu à poursuivre leurs études à Poudlard qui avait été restauré durant tout l'été, grâce au travail acharné des professeurs, de nombreux volontaires, ainsi qu'un nombreux personnel qualifié venu de toute l'Europe, dépêché en urgence par le Ministère de la Magie.

Ce dernier avait compris l'importance de la remise en état du Collège : il fallait prouver à l'ensemble du Monde Magique qu'avec la disparition de Voldemort, l'ordre était revenu et que Poudlard, lieu de la terrible Bataille Finale, ne resterait pas en ruine et retrouverait toute sa gloire pour la rentrée de septembre. Une stèle commémorative trônait au milieu du parc, rappelant le nom des personnes qui avaient perdu leur vie pour que la Lumière l'emportât.

Dans leur compartiment du Poudlard Express, Harry et Hermione se retrouvèrent assis en face de Ginny et de Ron. Les jeunes gens, qui babillaient gaiement sur le quai, se sentirent gênés, maintenant qu'ils se retrouvaient à huis clos. Au fond des yeux de la sœur et du frère, se lisait un fond de tristesse. L'on devinait que la disparition de Fred les avait marqués. Le train s'ébranla, provoquant une soudaine secousse puis après pris de la vitesse, il fut animé d'un mouvement régulier.

Le "Toc toc" contre la vitre de la porte les tira du silence pesant qui s'était installé. La figure ridée et joviale d'une vieille sorcière voûtée apparut et allégea l'atmosphère devenue pesante.

"Vous désirez quelque chose, jeunes gens ? demanda-t-elle de sa voix chevrotante.

- Avec plaisir !" s'écria aussitôt Harry en sortant des Mornilles et des Noises de sa poche.

Son enthousiasme amena un sourire sur le visage de ses amis. Il acheta des Chocogrenouilles, des Patacitrouilles, des Dragées surprises, des Ballongommes, et tous, hormis Ginny, se crurent revenus en septembre 1991, quand pour la première fois ils s'étaient retrouvés dans le même compartiment. La Rouquine devina leurs pensées et elle sourit à son tour. Ils se délectèrent des friandises, riant quand l'un d'entre eux tombait sur un bonbon de Bertie Crochue au goût tellement horrible que leurs grimaces déclenchaient aussitôt des fous-rires intempestifs.

Harry tendit un paquet de Chocogrenouilles à Hermione qu'elle ouvrit aussitôt. Quand elle regarda la carte qui se trouvait à l'intérieur, un frisson la parcourut et ses mains tremblèrent légèrement : c'était le professeur Rogue avec son éternel air renfrogné. Il se tenait droit, les bras croisés, dans une posture arrogante. Derrière sa photographie l'on pouvait lire :

Severus Rogue, né le 9 janvier 1960. Directeur de Serpentard depuis 1981 et de Poudlard en 1997/98. Héros qui a permis la chute de Voldemort. Décoré du Premier Ordre de Merlin. Maître de Potions renommé.

Curieusement, en lisant sa biographie succincte, elle ressentit un vide douloureux dans son ventre et laissa échapper un soupir. Quand elle releva sa tête, elle croisa le regard empreint de curiosité de Ron posé sur elle. Hermione haussa doucement les épaules, et ils poursuivirent leurs bavardages innocents jusqu'à leur terminus, essayant de deviner quels professeurs ils retrouveraient, lesquels seraient absents.

Ils eurent la surprise de retrouver Hagrid sur le quai qui les salua avec véhémence. Sa grosse voix résonna fortement sous la voûte de la gare qui trembla :

"Harry ! Hermione ! Ron ! Ginny ! Je suis tellement heureux de vous retrouver !"

Les yeux du demi-Géant s'embuèrent tandis qu'il serrait à les étouffer ses jeunes amis entre ses bras musclés. Il avait participé activement à la reconstruction de Poudlard, aussi n'avait-il revu aucun d'entre eux. Ecrire s'apparentant pour lui à une corvée, il n'avait pas envoyé de lettre à Harry qui semblait aussi ému que lui de le revoir. Il leur apprit que Mc Gonagall, la Directrice de Poudlard, avait nommé Aurora Sinistra Directrice de Gryffondor, Flitwick et Chourave conservaient leur poste tandis que Rogue reprenait la direction de Serpentard et sa charge de Professeur de Potions, Slughorn ayant opté pour le départ en retraite. Un nouveau professeur occuperait le poste de DCFM.

"Finalement, il a préféré réintégré le Château..." pensa Hermione.

Après de longues embrassades, Hagrid amena les jeunes sorciers au bord du lac où ils prirent place sur l'une des nombreuses barques. Quelques minutes après, ils aperçurent le Château, et chacun d'entre eux ressentit un pincement au cœur en admirant l'énorme bâtisse toujours aussi impressionnante qui se dressait au loin. Sans qu'un mot ne fut prononcé, les regards d'Hermione et Harry se croisèrent, dans lesquels on pouvait lire la même phrase :

"Nous sommes de retour chez nous..."

Dès que les jeunes sorciers pénétrèrent dans la Grande Salle, des murmures émerveillés s'échappèrent non seulement des lèvres des élèves de première année, mais également de celles de leurs aînés. Poudlard avait retrouvé sa splendeur et sa féérie légendaires. Des milliers de bougies en suspension éclairaient la pièce, alors que le plafond représentait Albus Dumbledore dans sa robe bleue, et qui, régulièrement, adressait un clin d'œil complice aux participants. Les fantômes circulaient dans les airs, formant des arabesques, saluant les étudiants. De délicieuses victuailles trônaient sur les tables, dégageant des arômes alléchants.

Mc Gonagall, vêtue de sa sempiternelle robe verte, un chignon serré sur sa nuque, des lunettes sur son nez pointu, s'avança sur l'estrade où étaient disposées les tables des professeurs. Elle fit tinter son gobelet en étain, imposant le silence et déclara de sa voix haut perchée :

"Avant que vous ne puissiez vous attabler, je vais vous présenter le personnel de Poudlard, puis nous assisterons à la Cérémonie de Répartition des Premières Années..."

L'Ecossaise présenta l'infirmière, le concierge et les professeurs, déjà connus du quatuor d'amis. Pourtant, quand Mc Gonagal désigna Rogue à l'assemblée, Hermione leva ses yeux automatiquement et ne put s'empêcher de dévisager le sorcier. Il avait pris un peu de poids mais restait encore très mince. Ses cheveux avaient pratiquement retrouvé leur longueur usuelle et retombaient sur ses épaules. Le foulard qu'il portait le jour de son procès n'était plus autour de son cou, mais ses cicatrices étaient cachées par son col blanc relevé. Son visage affichait un profond ennui, et dans ses yeux noirs on ne pouvait... rien lire. Son regard était impénétrable. Il se dégageait une grande froideur de la longue silhouette immobile.

Autour d'elle, Hermione entendit des voix féminines s'exclamer :

"Waouh ! Vous avez vu Rogue ? Il est tellement sexy !

- J'ai toujours su qu'il était un héros !

- Vous avez vu ? Il a jeté un coup d'œil dans ma direction !

- Non, c'est faux ! C'est moi qu'il a regardé !

- Oh, il est trop craquant..."

La Gryffondor plissa son nez. Elle se sentit prise de nausées en entendant ces réflexions déplacées et mensongères de ses camarades. Le comportement de ces dernières l'écœurait totalement : elles avaient toujours méprisé Rogue, et maintenant qu'il était considéré comme un héros, elles tombaient en pâmoison. L'homme n'avait apparemment pas entendu les exclamations, et si c'était le cas, il n'en montra rien. Leurs regards se croisèrent et les yeux de glace s'emplirent immédiatement d'une franche animosité. Hermione fut subitement prise d'un vertige, et porta une main sur son front. Aussitôt, Ron entoura son bras gauche autour de ses épaules, cherchant à la réconforter.

"Hé, Mione ! s'inquiéta-t-il. Tu ne te sens pas bien ?

- Non, non, ce n'est rien. Je dois faire un peu d'hypoglycémie. Je vais manger et cela va passer..."

Joignant le geste à la parole, elle attrapa une petite grappe de raisin dont elle en détacha les grains qu'elle ingéra un par un, lentement. Dans le même temps, Mc Gonagall présentait le nouveau professeur :

"Voici Monsieur Dimitri Ivanov. Il arrive du Collège de Durmstrang et a accepté le poste de DCFM que nous proposions, suite au départ à la retraite du professeur Slughorn remplacé par le professeur Rogue. Souhaitons-lui la bienvenue !"

Pendant que les élèves applaudissaient, le sorcier salua d'un petit hochement de tête, tandis que les mêmes filles qui bavassaient peu auparavant sur Rogue, reportaient à présent leurs attentions sur Ivanov. Hermione interrompit son ingestion de raisin pour mieux détailler le nouveau professeur.

Il fallait avouer que l'homme avait fière allure et qu'il possédait une beauté masculine slave à couper le souffle. Il était grand, larges épaules, mince, les cheveux noirs, courts, souples, un nez droit, les pommettes hautes et des yeux... d'un bleu électrique. Il devait avoir une trentaine d'années. L'homme aux traits d'Apollon arbora un sourire, découvrant des dents parfaitement blanches.

Les comparaisons entre le professeur de Potions et celui de DCFM allèrent bon train entre les étudiants, au net avantage de ce dernier. Curieusement, Hermione n'approuvait pas les remarques. Certes, Ivanov était plus beau que Rogue, c'était incontestable, mais il se dégageait de l'ex Mangemort un magnétisme animal, une beauté ténébreuse qui provoqua involontairement un frisson dans le dos de la jeune fille. Elle n'était pas insensible aux prunelles de jais, capables de vous transpercer d'un seul regard.

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Elle fut convoquée dans le bureau de la Directrice aussitôt après le repas, en même temps que sept autres élèves, trois filles et quatre garçons, dont Pansy et Draco. La sorcière se doutait bien de quoi il retournait. Elle en eut la confirmation lorsqu'avec ses camarades ils pénétrèrent dans le bureau. Chourave, Sinistra, Flitwick et... Rogue étaient déjà là. Hermione avait deviné sa présence avant même de le voir, et son cœur se mit à battre plus vite. Elle baissa les yeux dès qu'elle sentit qu'il posait un regard appuyé dans sa direction. Mc Gonagall donna ses directives :

"Comme vous devez vous en doutez, je vous ai fait venir car vous êtes nommés Préfet de votre Maison pour cette année. Je vous remets votre insigne. Vos Directeurs de Maison, y compris moi- même, comptons sur vous pour y faire honneur.

- Oui, Madame", déclarèrent avec respect les élèves, arborant fièrement l'insigne qui venait d'être épinglé sur leur uniforme.

Mc Gonagall rappela les règles et devoirs des préfets :

"Vous devez faire respecter le règlement du Collège, veiller à ce qu'une ambiance sereine règne au sein de chaque Maison, patrouiller le soir dans les couloirs et ne pas hésiter à informer votre Directeur ou Directrice si un incident grave a lieu."

Les nouveaux préfets acquiescèrent de la tête. Mc Gonagall poursuivit :

"Bien. Cette année, Miss Granger et Monsieur Malfoy, vous serez Préfets-en-Chef."

Les interpellés se regardèrent brièvement. Ils ne s'étaient jamais appréciés, mais depuis que Draco n'avait pas dénoncé Harry à Bellatrix lors de la capture du Trio d'Or par les Snatchers, un certain équilibre s'était instauré dans leurs relations. Aussi, aucun des d'eux ne prit ombrage que celui qui était considéré auparavant comme un ennemi, serait un égal dans Poudlard, et qu'ils seraient souvent associés lors des patrouilles de nuit. Seule Pansy jeta un regard noir vers la jeune Gryffondor. La voix aigue de Mc Gonagall tira Hermione de ses pensées :

"Severus, pouvez-vous accompagner Miss Granger et Monsieur Malfoy dans leurs nouveaux appartements ?"

Le susnommé grimaça, et même en mordit ses joues internes, brûlant de refuser l'injonction de sa supérieure. Il inspira profondément, et d'un rapide hochement de la tête il montra son consentement. Sans qu'un mot ne sortit de sa bouche, il sortit du Bureau de la Directrice dans un envol de sa cape, tandis qu'Hermione et Draco lui emboîtaient le pas.

Heureusement que les chambres étaient situées non loin du Bureau, autrement les jeunes sorciers auraient perdu la trace de Rogue, tellement il marchait vite, les obligeant à courir à sa suite. Ils arrivèrent devant deux portes en noyer qui se faisaient face avec un P gravé en leur centre. Les jeunes sorciers étaient complètement essoufflés, alors que leur professeur donnait l'impression de n'avoir effectué aucun effort particulier. Ce dernier prit la parole, la voix cassante :

"Le mot de passe pour que vous puissiez avoir accès à vos appartements est pour le moment identique, c'est Dumbledore. A vous de le changer dès que vous serez seuls - il ricana - il va de soi que vous ne devez le communiquer à personne... Je vous laisse, vos malles vous seront apportées dans une demi-heure, cela vous permettra de vous familiariser avec les lieux d'ici là. Bonsoir.

- Bonsoir, Monsieur. " répondirent d'une seule voix les nouveaux Préfets-en-Chef, un peu surpris de cette présentation pour le moins concise.

Alors que Draco pénétrait dans sa chambre, désireux d'en prendre possession, et que Rogue faisait déjà demi-tour dans le couloir, Hermione s'élança vers celui-ci, sachant qu'une telle occasion ne se présenterait pas de sitôt. Elle l'implora :

"Monsieur ! Monsieur ! Il faut que je vous parle ! Je vous en prie, c'est important !"

Mais l'homme ne ralentit pas son allure et la jeune fille dut courir pour le rattraper, et seuls ses pas résonnaient sur le carrelage. Quand elle toucha sa manche, un courant électrique traversa la sorcière. Rogue sursauta, puis s'arrêta brusquement, et le regard qu'il lui lança était tellement venimeux qu'Hermione recula d'un pas. Elle n'eut pas le temps de s'expliquer que le sorcier siffla, ses narines pincées :

"Je vous IN-TER-DIS de me toucher, Granger ! Sachez qu'il est inutile d'attendre de ma part un quelconque remerciement pour votre intervention dans la Cabane Hurlante ! Je ne vous avais rien demandé, mais bien sûr, avec votre stupide caractère gryffondorien, il a fallu que vous vous mêliez de ce qui ne vous regardait pas ! Et maintenant, à cause de vous, je suis... je suis... " et sa voix commençait à se briser.

Dévastée, essayant de contenir les larmes qui s'accumulaient dans ses yeux, la sorcière ouvrit la bouche pour s'expliquer mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Se reprenant, la voix cinglante, Rogue asséna brutalement :

"Nous aurons une petite discussion, Granger, mais quand MOI, je l'aurai décidé ! Maintenant disparaissez, je ne veux plus vous voir, vous m'entendez !"

Il disparut quelques secondes plus tard, abandonnant une Hermione totalement désemparée, qui avait l'impression qu'un grand vide dévorait ses entrailles. Elle resta de longues minutes prostrée, puis finalement se leva pour rejoindre sa nouvelle chambre. Elle savait qu'il lui faudrait passer rendre visite à Pomfresh afin qu'elle lui fournît des flacons de Potions Pour un Sommeil Sans Rêves, elle allait en avoir besoin...

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Le premier de cours de Potions fut surprenant. Tout le monde, hormis peut-être Hermione, s'attendait à ce que Rogue montrât un visage plus humain, mais il n'en fut rien, bien au contraire. Il fut absolument infect, même pire qu'auparavant. Et les filles qui avaient espéré le séduire en furent pour leurs frais : quand elles tentèrent leurs minauderies, il les rabroua sur un ton si humiliant qu'elles se mirent à bégayer et à pleurer de honte. Il dénigra le travail des uns, renvoya dans le néant celui des autres, personne ne trouvait grâce à ses yeux. Il n'adressa pas la parole, ne serait-ce qu'une seule fois à Hermione ; c'était comme si elle n'existait pas. Ron tenta de la soutenir en posant une main apaisante sur la sienne, mais cela n'ôta pas la douleur qui étreignait sa poitrine.

La sorcière ne se comprenait plus : chaque fois qu'elle se retrouvait en présence de Rogue, en classe ou dans les couloirs, elle était inexplicablement attirée par lui. Il la troublait et la fascinait tout à la fois. Elle essayait de se persuader qu'elle ne ressentait absolument rien, qu'elle aimait Ron, mais elle savait pertinemment qu'elle se mentait à elle-même, et en éprouvait une sourde angoisse. Comment ce sorcier qui ne cachait pas sa haine envers elle pouvait-il autant la captiver ?

Elle se souvint avoir éprouvé pour l'homme un béguin en deuxième année quand il avait affronté en duel Lockheart (qu'elle admirait alors), et que d'un simple geste élégant de sa baguette, il avait projeté le fanfaron à plusieurs mètres, les quatre fers en l'air... Une admiration sans bornes avait soudainement gonflé sa poitrine. A partir de ce jour, en secret, elle se mit à ressentir un respect teinté d'adoration pour son sombre professeur. Bien entendu, elle n'en parla jamais à personne, pas même à Ginny, sachant qu'elle soulèverait un tollé à son encontre.

Au fil des années, son béguin s'atténua, ses études et la lutte contre Voldemort accaparaient trop ses pensées, mais elle était restée fascinée par le sombre sorcier, sa voix soyeuse, ses yeux aux profondeurs insondables et sa démarche altière et féline. Jour après jour, mois après mois, année après année, elle avait recherché son approbation, attendu des félicitations pour son travail quasi parfait, mais l'homme était resté indifférent à ses efforts. Elle se souvint d'un jour où, en lui rendant son parchemin, il lui avait asséné ce commentaire lapidaire :

"Miss Granger, vous vous contentez de resservir ce que vous puisez dans les manuels au lieu d'utiliser vos compétences pour élargir le champ des possibilités. Vous êtes trop... scolaire."

De même, elle n'oublierait jamais l'incident en classe, quand il s'était moqué ouvertement de ses dents allongées par le Sort lancé sur elle par Draco. Quand l'homme avait répondu sur un ton laconique :

"Je ne vois aucune différence..."

... elle en avait été dévastée. Heureusement que Pomfresh s'était occupée d'elle, lui restituant une dentition parfaite à l'aide de la magie.

Quand Harry avait dénigré leur professeur, affirmant qu'il était au service de Voldemort, la jeune fille avait patiemment défendu le sorcier car Dumbledore lui conservait sa confiance, et que ce grand sorcier ne pouvait se méprendre sur son professeur, c'était impossible ! Lorsqu'il avait assassiné son mentor, toutes ses certitudes avaient volé en éclats, et elle avait dû reconnaître ses torts : Rogue était bien un traître, un être méprisable qui ne méritait aucune compassion, encore moins la sienne.

Malgré tout, quand Nagini l'avait attaqué, son empathie naturelle avait repris le dessus et elle n'avait pas hésité à le sauver. Mais pour quel résultat ? Sans qu'elle l'eût désiré, Rogue lui devait une Dette de Vie et ne semblait éprouver à son encontre que mépris et même... exécration.

Après ce qu'elle avait appris, durant ses songes, des actes monstrueux qu'il avait été obligés de commettre, elle comprenait mieux pourquoi il se détestait. Ce qu'elle ignorait, c'est que Rogue aussi faisait d'étranges rêves...

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Un p'tit com pour un grand "Hop !' ?