~ Pardonne-moi ~
§ Chapitre 03 : Présent pour elle (part 1) §
O
- Puis-je vous apporter votre dessert, mademoiselle ? demanda poliment le serveur à l'accent italien.
- Oui, s'il vous plaît, accepta Orihime en lui rendant son léger sourire.
Le serveur s'inclina puis disparut en cuisine. Avec émerveillement, la belle laissa ses perles grises détailler encore les lieux. De nombreux couples et beaucoup de familles s'étaient donné rendez-vous ici ce soir. Le restaurant était spacieux, décoré à la fois simplement et chaleureusement, l'ambiance conviviale et la nourriture juste délicieuse. Pourtant, elle n'avait pas mangé grand-chose. Un nœud nouait son estomac depuis qu'elle était entrée.
Lorsque sa part de gâteau arriva, la beauté auburn ne tarda pas à plonger sa cuillère dedans pour en évaluer le goût prometteur d'après l'aspect. Et en effet, la pâtisserie fondit sur sa langue, détournant momentanément ses pensées.
Assis face à elle, Ichigo était particulièrement tendu. Cette soirée ne se déroulait pas du tout comme il l'avait prévu, la faute à Orihime. Il avait espéré discuter avec elle de leur relation tout en mangeant, seulement elle lui fit bien comprendre qu'elle préférait dîner et aborder ce sujet plus tard. Ils avaient donc dégusté leur repas en parlant des études d'Orihime qui, d'après ses très bonnes notes obtenues à deux de ses examens, devrait entrer en 5ème année de médecine, ils en vinrent ensuite à parler du bénévolat qu'elle faisait, de Karin et Yuzu, et de la carrière d'Ichigo.
Ce dernier ne désirait pas que sa situation professionnelle soit évoquée. Bon sang, elle était suffisamment étalée dans la presse et il détestait se mettre en avant. Certes, il avait réussi et gagnait bien sa vie, et après ? Il restait le même et franchement, moins on parlait de lui, mieux il se portait. Il désirait s'étendre sur Orihime et lui, rien d'autre ! Mais il ne pouvait esquiver ses questions alors il se força bien souvent à lui répondre. Le seul point positif est qu'ils n'avalèrent presque rien, il n'eut donc pas à patienter trop longtemps pour enfin aborder le sujet crucial. Il la laissa savourer trois bouchées supplémentaires de sa part de gâteau et se lança. Merde, ses nerfs craquaient, il n'en pouvait plus.
- Pourquoi tu as refusé de me parler de ton mari dans la voiture en venant ici ? amorça-t-il sans préambule.
Orihime stoppa sa cuillère sur le point d'enfourner son dernier morceau de gâteau dans sa bouche.
- Quand tu m'as invitée… ou plutôt imposé ce dîner, il n'a jamais été question de lui, répondit-elle simplement.
- Si on doit parler de nous, Jin fait forcément partie de la conversation, Orihime, lui fit fermement comprendre le roux, le poing serré. Maintenant, dis-moi pourquoi tu refuses de me parler de lui.
- Parce que ça ne te regarde pas, lança-t-elle avant de manger sa cuillérée. Et ne dis pas « nous », surtout pas après ce que tu m'as fait il y a un peu plus de trois ans.
La mâchoire du jeune homme se crispa. Leur communication ne s'arrangeait vraiment pas. Merde.
- Écoute, reprit-il le plus calmement possible, ce n'est pas parce que nous ne sommes plus ensemble et que tu es mariée avec lui que je ne me soucie pas de ce qui peut t'arriver. Je me méfie de Jin, quelque chose me dit que cet homme n'est pas du tout fait pour toi.
La princesse le regarda comme si elle essayait d'évaluer la portée de ses paroles.
- Intéressant venant de l'homme qui m'a abandonnée, déclara-t-elle, la voix lacérée de colère et de douleur. Mais toi et moi savons que dit de cette façon, je ne fais que résumer grossièrement la situation passée, n'est-ce pas ? Puisque en vérité, tu m'as fait des promesses que tu n'as pas tenues, tu m'as tourné le dos quand j'avais le plus besoin de toi, tu as brisé mes rêves et mon cœur jusqu'à mon âme, tout ça parce que je t'ai fait aveuglément confiance !
Certains clients se retournèrent à cause de son ton élevé, mais Ichigo s'en moquait. Encore une fois, elle enfonçait dans sa poitrine ce maudit poignard qui ne lui accordait aucun répit depuis 3 ans. Ça faisait mal, tellement mal. Même pour lui qui avait une forte tolérance à la douleur.
- Ne dis pas ça, Hime, la supplia-t-il. Je ne t'ai pas abandonnée.
- Alors comment appelles-tu ça ?
- Je t'ai… laissé partir.
La guérisseuse le fixa bouche bée avant que son regard devienne extrêmement brillant.
- Laissé partir ? répéta-t-elle avec émotion. Ne te moque pas de moi, Ichigo ! On laisse partir une personne lorsqu'elle nous le demande ou que l'on sent cette envie émanant d'elle, ce qui n'était pas mon cas ! Ne déforme pas la réalité, tu m'as blessée et abandonnée et puis c'est tout. Tu n'as prêté aucune attention à mes appels, tu m'as ignorée quand je t'ai supplié de m'aider et me revenir…
Son cœur déborda en même temps que ses yeux qui libérèrent ses larmes très longtemps contenues. Elles illuminèrent ses iris cendrés et coulèrent sur ses joues comme du diamant liquide. Le fils Kurosaki avait beau se sentir très mal, il ne put s'empêcher malgré tout de la trouver très belle. Un ange triste qui conservait sa beauté en dépit de sa lourde peine.
- J'étais au fond d'un gouffre, seule et incomprise, continua péniblement Orihime. J'avais beau courir et crier pour te rattraper, tu t'éloignais toujours plus loin… à chaque heure… chaque jour… jusqu'à totalement disparaître et… et…
Submergée par l'émotion, elle se tut. Revenir sur leur rupture était tellement douloureux. Elle avait débouché la bouteille contenant ses émotions depuis des années et maintenant, elles coulaient à flot. Elle sécha ses larmes en tapotant sous ses yeux tandis qu'Ichigo passait sa main sur son propre visage fatigué. C'était comme si parler de ce sujet drainait son énergie en plus de le torturer.
- Tu ne m'as toujours pas répondu sur Jin, lui fit-il remarquer, les dents serrées.
La jeune femme posa sa cuillère dans la soucoupe vide avec irritation. Passer d'une émotion à l'autre l'agaçait en plus du reste.
- Qu'y a-t-il à savoir sur lui ? répliqua-t-elle, les sourcils froncés. Il s'appelle Ashimura Jin, il a 30 ans et il est avocat. Né d'un père enseignant à l'époque et d'une mère femme au foyer, il a grandi avec ses parents et sa sœur dans une petite ville près de Shikoku avant que sa famille ne décide de venir s'installer ici. Je l'ai rencontré quelques mois après notre séparation et nous nous sommes mariés un an plus tard.
Cet autre coup de colère lui donna chaud, elle commença alors à retirer son gilet. Ichigo, de son côté, n'éprouvait pas un sentiment différent du sien. En fait, sa colère grimpait graduellement depuis le début de cette soirée, ça avait plus précisément commencé sur le parking lorsque Orihime avait refusé qu'il lui prête l'une des voitures de sa société pour aller en cours et travailler.
- Je me fiche de tout ce que tu viens de me dire, ce qui m'intéresse, c'est quel genre d'homme il est avec toi ! Tu es heureuse avec lui ? demanda-t-il suspicieusement.
- Qu'est-ce que tu vas chercher encore ? s'exaspéra la sœur de Sora. C'est pas vrai ça, mais quand vas-tu cesser de creuser toujours plus profond, Ichigo ?!
- Quand j'aurai le sentiment que l'image du bonheur que vous affichez est vraie et…
Il s'interrompit, les sourcils deux fois plus froncés, une expression menaçante sur son visage.
- Quoi ? questionna Orihime, ayant remarqué son changement d'humeur brutal.
- Qui t'a fait ça ?
- Qui m'a fait quoi ?
- Ces marques sur tes bras ! l'éclaira-t-il sans lâcher ses deux membres du regard, agacé.
La déesse se raidit sur sa chaise. Quelle idiote elle faisait, comment avait-elle pu oublier ça ?! Elle jeta un rapide coup d'œil à ses bras présentant en effet des marques et se souvint parfaitement à quel moment elles avaient été faites : c'était la veille au soir, Jin l'avait violemment attrapée pour la secouer car, encore une fois, elle rêvassait alors qu'il lui parlait d'un sujet important. Orihime s'était bien sûr abstenue de lui dire qu'elle songeait à Ichigo, autrement son mari lui aurait probablement arraché les deux bras étant donné sa force. Se maudissant pour avoir ôté son gilet, elle s'empressa de le remettre.
- Ce n'est rien, j'ai eu un accident, lui répondit-elle enfin, sans croiser ses orbes bruns.
Le jeune PDG leva ses yeux pleins de fureur vers elle. Le prenait-elle pour un idiot ?
- Un accident ? réitéra-t-il dans un souffle.
- Uhum.
- Tu ne sembles pas avoir pigé ma question, Orihime, enchaîna Ichigo, une intense colère déformant les traits de son visage séduisant. Je t'ai demandé qui t'a fait ça et non pas comment tu t'es fait ça. En admettant que tu aies effectivement eu un accident, il devait obligatoirement impliquer une autre personne. C'est impossible que tu te sois faite ces marques toute seule.
La belle se mordit la lèvre et détourna ses perles argentées. Mince, que dire ? Vu l'expression de son ex-petit ami, il croyait dur comme fer à la -juste- théorie qu'il venait d'avancer, il ne croirait pas autre chose surtout qu'il était hyper têtu. Elle n'avait d'autre choix que d'aller dans son sens…
- C'était au foyer dans lequel je fais du bénévolat, affirma Orihime en regardant la nappe. Il accueille aussi des adolescents, et hier l'un d'eux m'a attrapée fortement par les bras. Mais c'était involontaire de sa part ! ajouta-t-elle en sentant le reiatsu d'Ichigo s'assombrir.
Elle détestait mentir sur les jeunes qu'elle aidait comme elle le pouvait, seulement si Ichigo apprenait que Jin était l'auteur de ces marques parmi d'autres, elle n'osait pas imaginer en quoi il le réduirait avec ou sans Zangetsu.
- Ce garçon a eu un passé difficile, je lui ai fait peur sans le vouloir et il s'est défendu, c'est tout. Il s'est excusé par la suite alors tu vois, pas de quoi en faire une montagne, acheva-t-elle son mensonge.
Le Shinigami plissa ses beaux yeux ambrés et croisa les bras.
- C'est arrivé au foyer.
- Um.
- Celui dans lequel tu te rends tous les week-ends.
- Oui, c'est bien lui, confirma-t-elle.
- Sauf qu'hier, on était mercredi, lança-t-il sèchement. Tu recommences à me mentir, Orihime et je déteste ça. Dis-moi tout de suite la vérité !
Bordel ! Les années avaient passé mais un fait ne changeait pas : il détestait toutes les personnes manquant de respect à Orihime qu'elles soient des hommes ou des femmes, des humains ou autre chose. Mais alors la toucher, c'était la goutte de trop. Ses poings se serrèrent sur la nappe tandis que ses iris fixaient à nouveau ses bras cachés sous le gilet. Celui qui avait empoigné Orihime avait carrément laissé l'empreinte de ses mains sur sa peau pâle. Cela rappela à Ichigo la fois où Grimmjow avait saisi la princesse à la gorge au Hueco Mundo pendant que lui-même se faisait soigner, et cette image lui était insupportable.
De son côté, la guérisseuse se sentait encore coincée. Pourquoi contrait-il toujours ses réponses ? Ichigo lisait en elle trop facilement, c'était agaçant.
- L'un de mes cours a été annulé hier, j'en ai profité pour me rendre au foyer, mentit-elle sans ciller.
- Tu me prends vraiment pour un imbécile, n'est-ce pas ? siffla le frère des jumelles, énervé. Tu persistes à vouloir me faire avaler ça alors que toi et moi savons que c'est un mensonge ! Ça me fait mal de te voir te comporter ainsi avec moi alors cesse de me mentir, tu vois bien que tu perds ton temps, Hime !
Quelque chose se brisa en cette dernière. Une digue intérieure céda, laissant libre cours à ses sentiments confus et contradictoires. Le solide rempart barricadant ses émotions qu'elle refusait de ressentir depuis trois ans, lui permettant ainsi d'affronter le monde en montrant un masque de bonheur moins lourd à porter, venait lui aussi de l'abandonner. Les larmes lui montèrent aux yeux, elle ne savait pas pourquoi. Un poids écrasait son cœur, elle ne savait pas pourquoi. Son sang circulait à toute vitesse dans ses veines, elle ne savait pas pourquoi. L'entendre lui dire ça lui faisait mal, mais elle savait pourquoi.
- Comment oses-tu mettre ma parole en doute ! s'écria-t-elle en abattant ses paumes sur la table, faisant tinter les couverts. Si l'un de nous devrait avoir un problème de confiance, c'est moi à ton égard ! Tu m'as toi-même menti et blessée, l'aurais-tu déjà oublié ? Et tu es là, passant d'un sujet à l'autre et à vouloir savoir des tas de choses sur Jin kun sans que je sache pourquoi !
Ichigo était sans voix, troublé par sa vive réaction. Malgré cela, aucun des deux ne remarqua que le restaurant était soudain devenu bien silencieux, l'attention uniquement focalisée sur eux.
- Je veux en apprendre plus parce que je crois que votre couple n'est pas aussi solide qu'il n'y paraît, avoua-t-il à mi-voix.
- Je ne vois vraiment pas ce qui te fait dire ça, riposta la beauté auburn qui espérait être convaincante.
Le fils Kurosaki l'observa avec tristesse, regret.
- Tu n'es pas restée insensible à ma présence chez Tatsuki, tu as du mal à dire « mon mari » quand tu parles de lui, tu dis plus « Jin kun », tu as des secrets pour lui parce que tu ne lui as jamais parlé de nous, ton regard se voile quand tu l'évoques, tu as perdu du poids et…
- Stop, ça suffit ! l'arrêta Orihime, les joues humides. Tout cela ne prouve rien, rien du tout. Une fois de plus, tu recommences, c'est plus fort que toi. Tu crois que tu peux lire en moi comme dans un livre ouvert, mais j'aurais tant aimé que tu décryptes ce que j'ai ressenti le jour où tu as rompu, Ichigo ! pleura-t-elle, ses larmes s'écrasant sur la table. Tu aurais alors vu ce que tu as refusé d'entendre : que je tenais à toi et que je t'aimais plus que tout.
Le cœur de celui-ci se compressa fortement. Il détestait la voir pleurer. La faire pleurer.
- Pour quelle raison m'as-tu vraiment fait venir ici ? hoqueta la jeune femme.
- … J'espérais… Honnêtement, Hime, je voulais savoir si tu étais prête à quitter ton mari pour moi, lui avoua Ichigo, plongé dans ses océans gris.
Ces derniers s'écarquillèrent. Elle était stupéfaite. Avait-elle… bien entendu ?
- Quoi ? laissa-t-elle échapper, son cœur pompant plus vite.
Le roux se pencha sur la table comme si ses paroles auraient plus d'impact sur elle à une faible distance.
- Je suis sérieux. Peu importe les louanges de Tatsuki et Keigo à son égard, je persiste à croire que ce type ne te mérite pas.
- Mais toi, si, pas vrai ? conclut-elle, sa colère refaisant surface. Dommage que tu ne pensais pas ainsi il y a plus de trois ans.
- Hime…
- Non ! Notre histoire a pris fin au moment où chaque fibre de mon corps réclamait ta présence, tu ne m'as pas écoutée ! lui reprocha la déesse en sanglotant de plus belle. Tu n'as pas tenu compte de ce que je ressentais, tu es parti sans te retourner pour ne plus me donner aucune nouvelle jusqu'à ton retour la semaine dernière !
- Mais enfin, je t'ai dit que je regrettais…, retenta-t-il, l'estomac noué.
- Ce n'est pas suffisant ! trancha-t-elle, anéantie. Tu t'imagines qu'on va reconstruire quelque chose ou reprendre notre relation là où elle s'est terminée ?
- Je sais que ça ne sera pas simple, reconnut Ichigo en se passant une main dans les cheveux avec un soupir.
- Pas simple ? poursuivit Orihime d'une voix aigüe. Tu as raison, ce n'est pas « simple », c'est impossible, Ichigo.
Tout ce qu'elle contenait en elle ces derrières années sortait enfin.
- Tu crois qu'il te suffit d'apparaître sans crier gare avec tes regrets, tes remords et tes excuses pour effacer des années de souffrance ?! hurla presque la guérisseuse en se levant d'un bond, son visage toujours trempé. Que tu n'as qu'à entrer dans ma vie, en analyser certains aspects et me balancer tes conclusions au visage en prétendant savoir ce qui est le mieux pour moi, pour que je retombe dans tes bras ? Eh bien sache que tu as tort, Ichigo !
Là-dessus, elle fouilla rapidement dans son sac à main, en sortit un billet couvrant largement ce qu'elle avait commandé et fila vers la sortie sans un regard en arrière. D'abord immobile, choqué par la scène venant d'avoir lieu, Ichigo finit par se réveiller, posa également de l'argent sur la table et courut dans son sillage à travers le restaurant qui reprenait vie peu à peu en commentant ce spectacle (inattendu) offert.
Ichigo rattrapa la femme qu'il aimait dans le hall.
- Orihime, attends !
La saisissant par son bras mince, il la tourna vers lui et faillit reculer d'un pas tant l'image qu'elle offrait déchirait le coeur. Les yeux rouges, elle pleurait à chaudes larmes, ses joues étaient roses et son expression juste… brisée. Se sentant réellement mal, Ichigo extirpa un mouchoir de sa poche afin de lui essuyer le visage, seulement Orihime repoussa sa grande main avant même qu'il puisse effleurer sa peau. Au moins, elle avait accepté le mouchoir et semblait un peu plus calme à présent qu'elle avait tout extériorisé.
- C'est il y a trois ans que je te voulais à mes côtés et entendre tout ça, lui dit la sœur de Sora en reniflant. Tu m'as fait espérer, rêver avant de tout lâcher, Ichigo, murmura-t-elle dans un sanglot, ses prunelles de nouveau gorgées d'eau.
Hésitant au début, il l'attrapa avec ses deux mains et pressa doucement ses frêles épaules. Son regard marron montrait autant de douleur que ses iris couleur cendre.
- Je ne cherche pas à me justifier, Orihime.
Elle le fixa sans prononcer un mot, le reproche toujours lisible sur son visage.
- J'ai merdé, c'est un fait. Mais laisse-moi une chance de me rattraper et te prouver que je ne suis plus le même.
La jeune femme ferma brièvement les yeux comme si entendre cela doublait la taille du gouffre remplit de souffrance sommeillant en elle et qui ne s'était jamais refermé. Elle inspira deux fois et rétablit la connexion visuelle.
- Je sais que c'est ce que tu attends de moi et tu espères que je te pardonne. Seulement, je ne sais pas si j'en ai la force, articula-t-elle d'une voix étouffée.
- Tu n'as plus confiance en moi ? questionna-t-il, craignant sa réponse.
- J'ai confiance en l'être humain que tu es, mais pas en le petit ami que tu voudrais être, affirma Orihime qui renifla encore. Tu m'as fait plus mal que tu ne le penses.
- Ta douleur ne s'apaisera pas en restant loin de moi, Hime, dit le Shinigami suppléant sur le même ton, ses paroles le lacérant comme une lame aiguisée. Ces trois dernières années te le prouvent. On doit affronter le passé et non le fuir.
L'intéressée leva une petite main tremblante qu'elle posa doucement à l'emplacement du cœur de son ex-petit ami. N'ayant pas vu venir ce geste, il sursauta légèrement, attendant la suite. Ses grands orbes gris miroitaient tel du mercure.
- Tu as raison, Ichigo, mais tu es mon passé qui interfère avec mon présent, souffla-t-elle, des traînées salées sillonnant son visage délicat. Être en ta présence me blesse parce que ça m'oblige à me rappeler des souvenirs pénibles. Mais, parallèlement, ta présence m'apaise car aussi difficile que ce soit à admettre, tu m'as manqué, confessa-t-elle, ses doigts fins se refermant sur sa veste.
- Ça prouve bien que…
- Ça prouve juste qu'une part de moi a peur que tu me fasses mal à nouveau.
- Ça n'arrivera plus, lui jura Ichigo qui osa mettre une main sur sa joue mouillée.
La belle frissonna mais ne le repoussa pas cette fois. La lèvre inférieure entre les dents, elle attendit quelques secondes avant de répondre.
- Tu m'as déjà promis ça en m'assurant que tu me protégerais toujours et que tu serais toujours là pour moi, et vois le résultat.
- Prends en compte les circonstances, Hime, je ne voulais pas que ça arrive…
- Mais c'est arrivé, Ichigo, et nous ne pouvons pas effacer le passé.
- Peut-être que si Tatsuki n'avait pas…, débuta-t-il, la mâchoire contractée.
- Arrête, ne mêle pas Tatsuki chan à cette conversation qui est de toute manière terminée.
- On n'a pas fini, contredit le roux, agacé qu'elle reprenne la fuite.
- Si, il n'y a plus rien à ajouter, persista Orihime en se dégageant de sa prise.
Le fils d'Isshin préféra affronter le problème sous un angle différent.
- On peut au moins redevenir des amis, je te montrerai à quel point j'ai changé. On irait doucement et tu te rendrais compte par toi-même de la véracité de mes paroles. Que tu veuilles l'admettre ou non, il y a un lien entre nous et je ferai tout pour le renforcer.
En entendant ça, la beauté auburn secoua la tête.
- Non, le mieux est que tu restes loin de moi, dit-elle difficilement. Je n'arrive pas à penser clairement lorsque tu es à proximité.
Le cœur d'Ichigo s'effrita.
- Ne me demande pas ça, Orihime, l'implora-t-il, faisant un pas vers elle. Tu ne vas pas me croire, mais rester à distance de toi ces trois dernières années a été une torture permanente et ça continue même maintenant. Te savoir habiter près de chez moi sans pouvoir te voir quand je veux, ou même me tenir ainsi devant toi sans pouvoir te toucher me tue.
La concernée sécha son visage, s'essuya le nez avec le mouchoir et fixa l'homme qu'elle avait aimé d'un air indéchiffrable en redressant les épaules. Cette expression perturba le PDG qui tenta visuellement de percer ce masque pour deviner ce qu'elle pensait vraiment. En vain. Enfin, après ce qui parut une éternité, elle ouvrit la bouche.
- Ramène-moi chez moi, Ichigo.
C'est tout. C'est tout ce qu'elle avait à répondre après ce qu'il venait de lui dire… Et pour couronner le tout, elle lui tourna le dos, ses longs cheveux auburn coulant jusqu'à ses hanches comme une cascade de feu.
- Je t'attends près de ta voiture.
Dès qu'elle franchit la porte et disparut de son champ de vision, Ichigo passa une main sur son visage avec un lourd soupir. Il n'avait jamais mieux compris qu'en cet instant l'intensité et la violence de la douleur qu'il lui avait infligée. Le schéma se reproduisait en sens inverse : il avait désespérément besoin d'elle à ses côtés mais, l'ignorant, elle avait choisi de s'éloigner sans se laisser attendrir par ses paroles. Le cœur plus lourd que jamais, les dents serrées, Ichigo agrippa fortement une touffe de sa crinière orange. La douleur n'arrivait pas au quart de celle qui inondait sa poitrine, la compressait, l'écrasait, comme pour l'étouffer et lui faire payer sa terrible erreur.
Submergé à son tour par la colère et une souffrance sans nom, Ichigo donna finalement un grand coup de poing dans le mur sur sa droite qui se fissura. La route menant au coeur d'Orihime s'étirant devant lui était semée d'embûches, de pièges et de crevasses, et il ne savait pas à quel point. En dépit de cela, il était bien décidé à ne pas laisser l'erreur qu'il avait commise il y a trois ans se reproduire et encore moins gâcher davantage leur vie. Sa détermination remontant à son plus haut niveau, il se ressaisit et marcha vers sa voiture.
Il avait sacrément merdé une fois, mais que Kami sama en soit témoin, il ne ferait pas deux fois la même connerie ou qu'il soit damné.
{…}
Un jour entier était passé, c'était samedi aujourd'hui. Le soleil s'était levé il y a un moment et réchauffait quelque peu l'atmosphère de ses doux rayons, le ciel parsemé de nuages blancs était d'un bleu clair magnifique et les oiseaux de retour pour certaines espèces gazouillaient dans les arbres bourgeonnant. Le printemps annonçait fièrement son retour.
Pendant ce temps, une jeune femme blottie sous ses couvertures était indifférente à ce spectacle offert par mère nature. La nuit suivant son dîner avec Ichigo, Orihime avait eu du mal à dormir, l'esprit trop chargé. Mais cette nuit, c'était différent. Son sommeil était encore un peu agité, seulement elle parvint à se reposer plusieurs heures d'affilée. A vrai dire, elle dormait si paisiblement qu'elle n'entendit pas son réveil sonner à 06h00, et il était actuellement 07h35. Comme elle devait être à l'hôpital à 11h00 pour un entretien, ça n'avait pas d'importance et on pouvait penser que son sommeil était on ne peut plus mérité.
Hélas pour elle, le destin en décida autrement.
La porte de sa chambre s'ouvrit à la volée et rebondit fortement contre le mur dans un craquement inquiétant. Le son résonnant en elle, Orihime se redressa brusquement, les cheveux ébouriffés, le visage bouffi, signe qu'elle n'avait pas encore récupéré toutes ses heures de sommeil.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, groggy en se frottant un oeil.
Elle se réveilla complètement en voyant son mari dans l'encadrement de la porte, habillé, peigné et… l'air extrêmement en colère. La belle avala difficilement sa salive et risqua un coup d'œil à la fenêtre -il faisait super jour à travers les rideaux transparents- puis au réveil. Mince, son rituel du matin…
- Jin kun ! s'exclama-t-elle, confuse et prête à s'extraire des draps. Excuse-moi, je vais tout de suite préparer le petit déjeuner et…
Le temps qu'elle prononce ce début de phrase, il avait fermé la distance entre eux sans un mot, s'arrêta devant elle et lui jeta quelque chose au visage. La beauté auburn poussa un cri de surprise et attrapa la « chose » en question. Ses perles grises s'écarquillèrent sous le choc. Jin respirait bruyamment, rapidement, elle n'eut pas la force de déglutir pour soulager sa gorge sèche ni même de croiser ses yeux couleur jade pleins de fureur.
- Peux-tu m'expliquer ça ? dit-il d'un ton faussement calme.
Sa femme était trop estomaquée pour répondre. Entre ses mains reposait le magazine qu'il lui avait balancé. La couverture était illustrée d'une photo d'Ichigo et elle en train de manger dans le restaurant italien, et ayant pour titre : « Kurosaki Ichigo et sa nouvelle (ex) conquête ? ». Orihime sentit les larmes brûler ses yeux et malgré ce gros titre en disant long, elle ne put s'empêcher de l'ouvrir et feuilleter les pages avec des doigts tremblants afin de lire l'article :
« Kurosaki Ichigo, le célèbre jeune PDG du building du même nom spécialisé dans le commerce international et construit dans le prestigieux quartier des affaires de Tokyo, a été vu en charmante compagnie dans un restaurant italien du centre-ville ce jeudi, dans la soirée. D'après nos sources, la chanceuse et heureuse élue -qui risque de se mettre bon nombre de femmes à dos- n'est autre qu'Ashimura Orihime, la femme de l'avocat bien connu Ashimura Jin.
De nombreuses personnes présentes sur les lieux affirment qu'une dispute aurait éclaté entre Kurosaki et celle qui serait son ex-petite amie. En effet, des propos échangés laisseraient penser qu'ils auraient une histoire commune et eu une liaison au retour de Kurosaki au Japon.
Un témoin de la dispute qui souhaite garder l'anonymat nous livre quelques éléments mettant en doute la solidité du couple apparemment parfait que forment les Ashimura. Voici son témoignage : ''Ashimura san a été la première à élever la voix en reprochant divers choses à Kurosaki sur leur relation passée, je crois.'', nous raconte le témoin. ''Kurosaki lui a dit qu'il lui suffisait de divorcer pour qu'ils redeviennent un couple tous les deux, et Ashimura san s'est énervée en disant qu'elle savait très bien ce qu'elle avait à faire sans qu'il intervienne, qu'il en avait déjà assez fait. Elle a ajouté que si elle voulait divorcer, ça viendrait d'elle et de personne d'autre'', continue la source anonyme. ''Ensuite, elle s'est levée et est partie en criant qu'il n'était doué que pour la blesser et mettre en doute la confiance qu'elle lui porte. Kurosaki s'est mis debout, a aussi laissé de l'argent sur la table et l'a rattrapée. Je n'ai pas bien vu par la suite, mais je crois qu'il l'a consolée et tenue contre lui de manière plutôt explicite. On devine que ce n'est pas la première fois qu'il la touchait ou qu'il touchait une femme tout court (rires). Personnellement, je pense que Kurosaki cherche à regagner le cœur de la femme qu'il aime toujours et qu'il ne veut pas du mari avocat de celle-ci sur son chemin.'', termine le témoin. Eh bien, voilà qui risque de réchauffer notre printemps et pimenter notre été !
Ce témoignage anonyme nous pousse à nous demander si Kurosaki est vraiment l'amant idéal et s'il mérite son titre d'homme le plus sexy et influent de l'année décerné par un site américain. Que sous-entendait Ashimura Orihime par "doué que pour la blesser" et "mettre en doute sa confiance" ? Kurosaki l'aurait-il trompée ? Fait pression sur elle ? Nous ne le saurons pas tout de suite mais ce qui est certain, c'est qu'un match épique est en passe d'avoir lieu dans l'arène de l'amour. Kurosaki Ichigo vs Ashimura Jin, ennemis à cause d'une seule femme, un triangle amoureux explosif comme on n'en a pas vu depuis l'actrice Omerashi Chiyoe, son mari Naroyo Eisuke et son amant Usoshi Gakuya qui, nous vous le rappelons, s'est fini par la mort de Naroyo et la prison à perpétuité pour Usoshi pour meurtre avec préméditation.
Kurosaki Ichigo et Ashimura Jin suivront-ils le même destin tragique ? A l'heure où nous bouclions, nous n'avions pas pu interroger Kurosaki ou recueillir les commentaires de l'un des Ashimura mais des chapitres croustillants s'annoncent ! Un mariage brisé en vue ? Des anciens amants de nouveau réunis ? Des règlements de comptes à venir ? Qui remportera le cœur de la Belle entre le célèbre homme d'affaires à qui rien ne résiste et le puissant avocat à la détermination redoutable ? A vos pronostiques ! Mais une chose est sûre, cette histoire ne manquera pas de faire couler beaucoup d'encre…
Ci-dessous l'avis des experts, les sondages et les détails de cette dispute qui marque le début de… »
Bouleversée, Orihime ne put en lire davantage, ses larmes brouillant sa vue. C'était un mauvais rêve et elle allait se réveiller, n'est-ce pas ? Non… La presse pouvait être tellement… cruelle. Elle lâcha le magazine et enfouit son visage dans ses mains. Elle avait complètement oublié à quel point Ichigo était célèbre, et puis les propos tenus par cet anonyme…
- Cesse de pleurer et réponds-moi, Orihime ! lui cria Jin, tremblant de fureur à présent.
Celle-ci découvrit son visage et leva vers lui ses yeux remplis d'eau.
- J-Je…
Que dire ? Oh Seigneur, que dire ?!
- Arrête de bafouiller ! Ne t'avais-je pas INTERDIT de le revoir ?! Vous avez l'air de bien vous entendre d'après la photo !
La princesse regarda encore le magazine, les propos mensongers tournoyant dans son esprit qui n'était décidément pas destiné à trouver le repos.
- Ce n'est pas ce que tu crois, sanglota-t-elle, recroquevillée sur elle-même.
- Je crois surtout que tu aimes te moquer de moi et salir ma réputation ! explosa Jin, les poings serrés. Non mais te rends-tu compte ? Aller dîner en tête à tête avec ton ex alors que tu es mariée, à quoi tu pensais cette fois ! Tout le Japon est maintenant au courant de votre rendez-vous alors que tu es ma femme !
- Jin kun…
- Silence ! Je t'avais prévenue, n'est-ce pas ? Je t'ai prévenue de rester à distance de ce type que tu m'as affirmé ne plus aimer et surtout, je t'ai dit DE NE PLUS JAMAIS ME PARLER DE DIVORCE !
Ses mots percèrent le corps de la beauté auburn dont l'instinct lui hurlait de fuir et vite.
- Je n'ai pas… Aïe !
- Je t'ai dit de la fermer, Orihime ! Seuls des mensonges sortent de ta bouche !
Cette fois, Jin la gifla si fort qu'elle fut projetée au sol. Sentant le goût du sang dans sa bouche, ses larmes coulant à leur guise, Orihime se retourna et s'appuya sur ses coudes pour lui faire face tandis qu'il la dominait de toute sa hauteur, le dos droit, la mâchoire contractée, le regard incandescent. L'air était électrique. L'atmosphère étouffante. La situation sans issue favorable.
- Calme-toi, je t'en prie ! le supplia-t-elle en essuyant le sang au coin de ses lèvres. Ichigo et moi n'avions prévu que de discuter et pas une fois je n'ai dit vouloir divorcer ! Tu dois me croire !
- Chaque fois que tu te retrouves seule avec lui, tu me dis que vous ne faites que « discuter » ! Et puis quoi encore ? s'emballa son mari, des veines sur le front. Discuter chez Arisawa et dans ce restaurant à la vue de tous ?! Ne te fous pas de moi, Orihime ! On n'invite pas son ex-petite amie à dîner dans le seul but de « discuter » avec elle !
- C'est pourtant la vérité, maintint Hime, son corps prit de tremblements incontrôlables. Et ce restaurant n'était pas l'idée d'Ichigo à base, c'est de ma faute et nous n'avons pas pensé que la presse nous tomberait dessus.
- Kurosaki est régulièrement la cible des médias, il l'a fait exprès, j'en suis sûr ! vociféra le brun, ses muscles tendus. Parler ouvertement de te reconquérir et de divorce, exposer votre vie comme ça en public sans vous soucier de qui peut vous entendre ! Vous n'avez aucune considération pour vos proches !
- J-Je…
Elle avait peur, sa joue enflée la lançait, son cœur battait si vite qu'elle en avait mal et sa voix tremblotait à chaque mot articulé.
- Ichigo et moi, on s'est disputés, c'est vrai, mais pas exactement pour les raisons évoquées par cet anonyme et il ne m'a pas touchée de manière… Non, Jin kun, s'il te plaît !
Ce dernier ne l'écoutait plus, préférant la saisir par les épaules, la plaquer sur le lit et la chevaucher. Sa femme savait ce qui allait se passer en le voyant desserrer sa cravate et caresser ses cuisses en soulevant doucement sa nuisette jusqu'à ses hanches comportant quelques bleus. Les coups de colères de Jin étaient franchement terrifiants, mais le voir sourire si peu de temps après sa crise de nerfs et la caresser presque tendrement était juste… tétanisant.
- Orihime, dit-il sensuellement en maintenant ses poignets au-dessus de sa tête auburn.
- Non, ne fais pas ça…, sanglota-t-elle. J-Je ne veux pas, je n'en ai pas envie…
Là, son cœur pompait à une vitesse inhumaine, elle ne serait pas étonnée de mourir d'une seconde à l'autre. En guise de réponse, son mari sourit plus largement et traça sa joue avec l'index de sa main libre, le descendit jusqu'à son cou, s'attarda sur sa poitrine et posa sa paume sur son bas-ventre. Orihime voulait tellement se défendre, le repousser, mais elle ne le pouvait pas ! Pas avec la menace que Jin faisait peser sur elle et ce dont il était capable.
- Toi et moi avons de nombreuses fois parlé d'avoir un bébé et cela fait des mois que nous essayons, lui rappela-t-il, sans ciller.
La guérisseuse déglutit. Il disait vrai, mais Jin ignorait qu'elle avait toujours recours à son moyen de contraception. Pour lui, s'ils n'étaient pas encore parvenus à concevoir un enfant, c'est uniquement à cause de dame nature, et Orihime n'avait pas la moindre intention de lui avouer la vérité. Elle revint sur terre lorsqu'il se mit à caresser son ventre plat.
- Il est temps de relancer l'entraînement et tu reviendras dormir avec moi dès ce soir, décida Jin d'un ton sans réplique. Dès que je t'aurai fait cet enfant, tu ne pourras plus me quitter pour ce salaud de Kurosaki parce que tu seras liée à moi à jamais.
{…}
Près d'une heure plus tard, Jin se tenait dans le salon, occupé à boutonner les manches de sa chemise pour la seconde fois depuis ce matin. Il attrapa sa mallette et s'apprêta à partir pour son cabinet quand quelqu'un frappa à la porte qu'il était sur le point de franchir.
- Bonjour, Arisawa.
- Salut, Jin ! répondit la karatéka.
Visiblement en grande forme, elle venait de faire son jogging quotidien.
- Je viens chercher Orihime pour l'emmener à l'hôpital en voiture, pour le stage qu'elle doit faire si elle réussi tous ses examens. J'ai du temps libre alors je me suis dit qu'avant d'y aller, elle et moi on pourrait…
- C'est inutile, la coupa-t-il en sortant et claquant la porte derrière lui.
Tatsuki fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- Ana san est passée juste avant toi, Orihime se trouve déjà sur le chemin, lui sourit Jin en sortant les clefs de sa superbe et imposante voiture noire l'attendant dans le garage.
- Ah…, fit la championne d'arts martiaux, déçue. J'avais espéré passer un peu de temps avec Orihime, ça fait un petit moment que je ne l'ai pas vue et…
Elle hésita, et Ashimura comprit direct la raison.
- Si tu penses au scandale dû à sa sortie avec Kurosaki, sache que ça me passe au-dessus de la tête, lui assura-t-il, très convaincant.
- Vraiment ? répliqua le garçon manqué, bouche bée.
- Bien sûr ! Orihime est ma femme et m'a assuré qu'il ne s'agissait que d'un simple dîner entre deux anciens amis, et je la crois. Je sais qu'elle est fidèle et ne fera rien derrière mon dos.
Tatsuki l'observa avec surprise et quelque peu impressionnée.
- Eh bien, votre couple est aussi solide qu'il y paraît, la confiance entre vous et la manière dont vous êtes soudés me rendrait presque jalouse, rit-elle en lui claquant l'épaule. De toute façon, tu as raison, tout ça n'est qu'un tissu d'âneries. Certains journalistes sont à l'affût du moindre ragot, façonnent ça à leur façon et le publie dans leurs torchons qui se vendent comme des petits pains, soupira-t-elle en roulant les yeux. C'est même passé à la télévision, c'est du grand n'importe quoi.
- Tu as raison, l'approuva l'avocat qui jetait un œil à sa montre en or.
- Et Orihime, elle en pense quoi ?
- Tu sais, Arisawa, je crois que tu vas devoir te renseigner auprès d'elle car je dois vraiment y aller.
- Ah, OK. Tu commences tôt pour un samedi, releva celle-ci, les bras croisés.
- En effet, une affaire importante m'accapare depuis quelques jours, je préfère ne pas traîner avec.
- Je vois, bon courage alors. Je te préviens, une horde de journalistes est massée devant les grilles de votre propriété.
- Oui, je les ai vus ce matin, répondit le mari d'Orihime en s'éloignant vers le garage. A la prochaine, Arisawa !
Cette dernière le regarda disparaitre à l'angle du mur, puis elle posa son regard sur la porte d'entrée avant de le lever vers le second étage.
- Bon, je n'ai plus qu'à y aller aussi puisque Orihime n'est pas là, je l'appellerai ce soir, déclara la sportive en retournant à sa voiture. Quant à Ichigo, ajouta-t-elle, les yeux sur le ciel, il saura gérer ça. Je me demande tout de même à quoi il joue, cet abruti. Orihime est mariée et j'espère qu'il ne l'a pas oublié, grogna-t-elle.
Là-dessus, elle s'installa au volant et démarra sans se douter que sa meilleure amie, son reiatsu baissé au plus bas, se trouvait en réalité dans la villa et non à l'hôpital. Elle avait trouvé la force d'enfiler son peignoir pour couvrir son corps nu, avant de s'asseoir le dos contre la tête du lit, ses bras entourant ses jambes repliées contre sa poitrine. En raison de sa tête appuyée sur ses genoux, sa chevelure cuivrée s'étalait sur elle telle une couverture, et éclairée par les rayons du soleil semblait incrustée de pierres précieuses.
Cependant, la beauté qu'Orihime offrait n'enlèverait pas la peine à quiconque la verrait dans cet état. Ses sanglots déchiraient le silence en même temps que le cœur, et ses larmes s'écrasaient sur le cadre de la photo de son grand frère reposant sur ses cuisses. Orihime pensait vivre un vrai cauchemar mais ce qu'elle ignorait, c'est que le véritable enfer l'attendait et était prêt à lui ouvrir ses portes. Une fois de plus.
{…}
Il était presque 11 heures quand Ichigo arriva sur son lieu de travail. Il revenait de chez son père chez qui il avait passé la nuit, et quelle ne fut pas sa surprise de trouver une masse de journalistes repoussée par la sécurité devant les portes principales de sa tour.
- Putain, qu'est-ce qui se passe encore, expira-t-il. Bon, vaut mieux me garer ailleurs.
Il opta pour faire demi-tour et regagner le parking sous-terrain bien plus dégagé. Lorsqu'il claqua la portière pour atteindre l'ascenseur qui le mènerait à son bureau, il perçut un mouvement sur sa gauche entre deux véhicules.
- Jin ? reconnut-il, étonné. Qu'est-ce que tu fais là ? Et puis comment as-tu pu avoir accès à ce parking ? demanda-t-il, suspicieux. Il faut un badge pour y entrer et seuls les employés en bénéficient.
- Vous m'en posez des questions de si bon matin.
Ashimura était venu directement ici après avoir laissé Tatsuki, et avait attendu Ichigo plus d'une heure dans sa voiture. L'air que Jin affichait n'avait strictement rien d'amical. Il se plaça à hauteur du jeune PDG qui ne recula pas d'un pouce, nullement impressionné. Ils se fixèrent droit dans les yeux durant plusieurs secondes, le gargouillis des tuyaux au-dessus de leurs têtes comme unique bruit de fond.
- Je n'ai eu qu'à jouer mon rôle d'avocat en prétendant devoir vous remettre un document officiel, et la sécurité m'a laissé passer. Après tout, ça n'a rien d'étonnant étant donné le scandale que vous avez provoqué, cracha Jin. Et je me doutais que vous passeriez par ici, préférant ne pas assumer ce que vous avez fait.
Le roux fronça les sourcils.
- De quoi tu parles ?
L'autre le regarda comme s'il était sur le point de lui sauter dessus.
- Ne vous moquez pas de moi, Kurosaki, l'avertit-il durement.
- Je ne me moque pas de toi, je n'ai pas de temps à perdre pour ça ! lui lança Ichigo qui perdait patience. Si t'as un truc à me dire, dis-le ou bien dégage d'ici.
Jin plissa les yeux comme pour évaluer s'il mentait ou non, puis appliqua sauvagement sur le torse de son rival le même magazine qu'il avait montré à Orihime. Le fils Kurosaki, qui avait reculé d'un pas sous sa force, le lui arracha des mains et en prit connaissance. Ses yeux faillirent tomber.
- C'est quoi ce bordel ?
- Intéressant, c'est exactement ce que j'ai dit en voyant cette couverture ce matin et je ne parle pas de l'article à l'intérieur.
- Je refuse de lire l'article en question, déclara l'ex-petit ami de la princesse en lui rendant le magazine. Ce n'est qu'un ramassis de conneries et j'ai mieux à faire.
- Ou alors vous n'assumez tout simplement pas ce que vous avez fait, déclara sèchement l'avocat, les yeux pleins de hargne. Je ne sais pas pourquoi vous êtes revenu au Japon, mais…
- Tu sais pourquoi, sinon tu ne te sentirais pas menacé au point de venir jusqu'ici, rétorqua le Shinigami.
- Je ne me sens pas menacé par vous, contredit le brun.
- Vraiment ? Alors qu'est-ce que tu fous ici ?
Jin le dévisagea, son poing droit tremblant près de sa hanche.
- Qu'est-ce qui t'emmerde le plus, Jin ? voulut savoir le frère des jumelles avec un sourire volontairement provocateur. Le fait que j'ai dit à Orihime qu'elle vaut mieux qu'un type comme toi ? Que je sois prêt à tout pour la récupérer ? Ou bien que les médias me présentent comme celui pouvant être capable de briser votre mariage ?
L'autre homme serra la mâchoire, ses deux poings fermés à l'extrême.
- Je ne me plierai jamais devant vous, Kurosaki, siffla-t-il entre ses dents. Orihime est ma femme, nous sommes heureux, elle m'aime et il n'y a rien que vous puissiez faire pour changer cela !
L'expression d'Ichigo devint dure.
- Puisqu'elle est si heureuse avec toi, dis-moi quand est-ce que tu l'as vue sourire pour la dernière fois ? lui envoya-t-il, les photos dans leur salon en mémoire. Je parie qu'elle n'a pas esquissé un sourire avant que tu te ramènes ici, je me trompe ? Orihime m'a l'air bien différente depuis le jour de votre putain de mariage.
- Retirez ce que vous venez de dire, lui ordonna Ashimura en le saisissant par le col, ses nerfs flambant.
- Certainement pas, je maintiens chaque mot ! renforça Ichigo sans bouger un muscle, impassible. J'irais même jusqu'à dire que je serais prêt à renoncer à Orihime si je pouvais avoir la garantie qu'elle soit libérée d'un homme tel que toi. Car au fond, ce n'est pas tant la possibilité de la perdre qui t'effraie, c'est plus le fait que ton image et ta réputation se prennent un sérieux revers si ça arrivait.
- Fermez-la, vous ne savez pas de quoi vous parlez !
- Que deviendrait l'avocat de renom, déterminé et ambitieux Ashimura Jin qui parvient à résoudre des affaires et défendre des cas jugés extrêmement complexes, mais qui n'arrive même pas à garder sa femme auprès de lui ? l'acheva avec dégoût l'homme d'affaires comme s'il n'avait pas été interrompu.
La poigne de son ennemi doubla sur son col, serrant presque sa gorge.
- J'aime ma femme ! Ne remettez plus jamais ça en doute, Kurosaki !
Une grosse veine apparut sur la tempe d'Ichigo qui dégagea la main de Jin de son cou d'un geste brusque, et le fusilla du regard. Ce connard se foutait de sa gueule en plus de tester la limite de sa tolérance ? Il prétendait aimer Orihime ?! Saloperie de blague merdique !
- T'es vraiment qu'un enfoiré, écoute-toi un peu quand tu parles ! Tout à l'heure, ton premier réflexe a été de me dire « elle m'aime » et non « je l'aime », il a fallu que je te provoque davantage pour te le faire sortir ! Si tu l'aimerais vraiment, tu la rendrais heureuse en étant là pour elle ! s'irrita Ichigo, les poings très serrés à son tour.
- Comment osez-vous... !
- Ta gueule ! Il ne suffit pas de la couvrir de cadeaux, lui offrir un toit énorme au-dessus de la tête et lui filer ta carte de crédit pour faire son bonheur ! T'as pas encore compris qu'elle n'en a rien à foutre de ça !? Merde, Orihime a perdu du poids, ses yeux ne pétillent pas comme d'habitude et l'aura l'entourant est sombre et triste ! Il faut être con pour ne pas s'en apercevoir !
- C'est à cause de vous ! Vous lui tournez autour sans arrêt en lui fourrant toutes sortes de paroles dans la tête ! s'énerva Jin.
- Mais ouvre les yeux ! J'ai remarqué tout ça avant de discuter avec elle, et tu es responsable, j'en suis persuadé ! Bordel, Orihime est ta femme, non une chose ou ton esclave ! s'égosilla le fils d'Isshin, le sang en surchauffe. Ça te tuerait vraiment de rentrer parfois plus tôt juste pour l'attendre et être avec elle ? Lui trouver une voiture pour lui éviter de se fatiguer inutilement ? L'aider à entretenir cette énorme maison qui est l'un de tes délires de grandeur ? Ce serait la moindre des choses ! Alors oui, pour toutes ces raisons et bien d'autres, je maintiens que tu ne mérites pas Orihime et qu'elle serait bien mieux avec moi, termina-t-il, le regard flamboyant.
Voyant rouge, Ashimura le poussa fortement avec un grognement. Ichigo atterrit sur le capot de la voiture la plus proche, encore un peu et il aurait fissuré le pare-brise lorsque son crâne se cogna dessus. Il lui fallut toute sa volonté pour ne pas cadrer son poing dans la gueule de ce bâtard. Mais Ichigo se disait juste que ses paroles l'avaient atteint et qu'il n'y a que la vérité qui blesse. Il en savait quelque chose lui-même, c'est ce qui le poussa à garder le contrôle de ses poings. Et puis merde, s'il défonçait Jin, Orihime ne le lui pardonnerait pas et creuserait sans doute le fossé entre eux.
- Je vous préviens, Kurosaki, restez à distance d'Orihime, souffla Jin, visiblement prêt à se battre.
Le concerné se redressa, glissa de la voiture et se remit debout en arrangeant sa veste et analysant ce qu'il venait d'entendre. Où donc était passé l'avocat au sang-froid à qui rien ne faisait peur ?
- C'est une menace ou tu cherches à me faire peur ? dit-il tranquillement.
Sa nonchalance soudaine augmenta la tension déjà en hausse de l'avocat. Ses iris verts parurent chercher à réduire le PDG en cendres.
- Prenez-le comme vous voulez, finit-il par répondre à contrecœur.
- Très bien, dans ce cas, je ne prends ni l'un ni l'autre, décida Ichigo.
Il revint se mettre face à Jin qui plissa les yeux.
- Parce que tu ne m'effraies pas et ensuite, parce qu'aucune menace ne peut ébranler ma détermination. La seule personne pouvant me tenir à distance d'Orihime n'est autre qu'Orihime elle-même, expliqua-t-il d'un ton sans faille. Dans le cas contraire, tu me trouveras toujours sur ton chemin, Jin.
Ce dernier passa rageusement une main dans ses cheveux ondulés.
- Vous ne direz pas que je ne vous aurais pas prévenu quand je vous aurai brisé, menaça-t-il, ses yeux émeraude animés d'une lueur féroce. Un seul parmi nous peut se tenir au côté d'Orihime et avancer sur ce chemin avec elle, et c'est moi qui occupe cette place.
- Pour l'instant, répliqua Ichigo, la voix grave et pas rassurante. Et les seules choses qui vont se briser, ce sont tes illusions. Moi au moins, j'ai conscience d'avoir merdé avec Orihime et qu'elle risque de ne pas revenir vers moi. Mais toi, tu te noies dans votre bonheur de façade en persistant à croire qu'elle ne te quittera jamais.
Sa voix devint plus basse, ses yeux perçants.
- J'avoue ne pas piger pourquoi elle reste mariée avec toi mais Orihime n'est pas bête, très loin de là. Un jour, elle te quittera pour de bon et tu n'auras plus que ta réputation et ton ego démesuré pour te tenir compagnie. Et ce jour-là, Jin, ajouta-t-il, ses orbes marron incandescents, Orihime ne m'aura peut-être pas choisi mais je considèrerai avoir gagné en la voyant s'éloigner de toi.
L'intéressé ouvrit la bouche pour répliquer, mais finalement ne dit rien. Après un dernier regard venimeux, Jin se dirigea vers sa voiture. Lorsque les phares de son véhicule noir disparurent à la vue, le roux expira un souffle profond. Merde, ce gars lui sortait vraiment par les yeux, il le haïssait ! Il inspira à plusieurs reprises et marcha enfin vers l'ascenseur pour débuter sa journée de travail qui ne serait pas de tout repos.
{…}
Ichigo marchait dans les couloirs, une main dans la poche de son pantalon, l'autre tenant son portable contre son oreille. A peine avait-il raccompagné jusqu'aux ascenseurs les clients avec lesquels il venait de s'entretenir qu'il s'empressa de l'appeler à nouveau. Lorsqu'il tomba encore sur la messagerie, il soupira et raccrocha. Toute la journée, il n'avait fait que s'inquiéter pour Orihime qui ignorait ses appels. Elle devait lui en vouloir à mort mais Ichigo n'avait pas prévu de l'embarquer dans une telle galère, surtout qu'à la base, il l'avait invitée chez lui. En plus de ça, il avait dû supporter les chuchotements de ses employés qui s'empressaient de se taire à son approche. Ayant des soucis plus importants en tête, leur patron ne fit aucun commentaire.
Le Shinigami entra dans son bureau en laissant la porte ouverte, prêt à se remettre au travail, seulement son portable sonna. Il lut le nom sur l'écran.
- Salut, Chad.
- Bonjour, Ichigo.
Blanc.
- … Rah, vas-y, je t'écoute, s'impatienta le fils Kurosaki.
- Tu sais que je ne prête pas attention à ce qui paraît dans la presse, dit-il de sa voix grave.
Ichigo se laissa aller contre le dossier de sa chaise en se grattant la tête.
- Je le sais, oui.
- Mais je sais qu'il s'est passé quelque chose, continua Sado, très sérieux.
Son meilleur ami fixa le vide un instant puis soupira faiblement. Tss, Chad le connaissait vraiment trop bien.
- Passe à l'appartement ce soir.
- Entendu. A plus tard, Ichigo.
Ils raccrochèrent en même temps au moment où Christie, en tailleur pantalon beige, ses cheveux noués en un chignon, apparaissait dans l'embrasure, un dossier en main. Elle frappa pour annoncer sa présence et pénétra dans le bureau.
- Monsieur Kurosaki, le chiffre d'affaires du mois dernier est arrivé, le prévint-elle en s'asseyant sur l'une des deux chaises face à lui. Nous allons pouvoir nous en servir pour calculer les taux pour nos fournisseurs, établir le graphique et réviser l'étude de marché si nécessaire.
- Ah, j'arrive à temps, constata Lee en entrant à son tour et prenant place à côté de Christie, les yeux sur sa tablette. On peut commencer, Patron, et je crois ne pas trop m'avancer en disant qu'on se débrouille plutôt bien ! s'enthousiasma-t-il.
Ichigo sourit légèrement lui-même mais pour une tout autre raison : il était tout simplement reconnaissant envers ses deux assistants de l'épargner avec des questions diverses, et pour ne pas le juger sur le scandale médiatique.
O
Salut à tous ! Je m'excuse auprès de ceux qui ont reçu l'alerte pour mon chapitre… qu'ils n'ont pas trouvé -_- J'ai rencontré un bug qui me force à le poster en deux parties. Je vais maintenant me pencher sur la partie 2 qui ne va pas tarder ^^
