Hi!
Nouveau chapitre donc, pour ceux qui ont le courage ou la folie de me suivre - difficile à dire.
En tout cas, je vous remercie du soutien de certains d'entre vous, et incite tous les autres à donner leur avis, positif comme négatif. Tout est bon à prendre. Mais bon, je ne vais pas repartir là dedans...
Sur ce, je vais arrêter de radoter.
Bonne lecture.
Show me where you hide your rose in the forest
Tell me how you grow your grapes
Because I am just a lonely boy in your chorus
My hands were made to hold your waist
Could I release you like a mourning dove
Could I release you like a mourning dove
God knows these things we make hard enough
Could I release you like a mourning dove
I will wait for the right conditions
I will wait for the right time
I will monitor your position
In the shadow of your limelight
In the middle of NYC
In a minute you'll forget me
In the midst of rising stars
Mine is mine and yours is yours
Could I release you like a mourning dove
Could I release you like a mourning dove
God knows these things we make hard enough
Could I release you like a mourning dove
Mourning Dove - Echo And Drake
The Mourning Dove
Elle ne prêtait plus attention à ses pas tandis que la musique résonnait distraitement dans ses oreilles. Elle sentait la proximité des gens qui la frôlaient, la dépassaient, la croisaient, mais elle n'y accorda pas la moindre pensée. Elle était uniquement concentrée sur sa mission du moment, sur la raison de sa présence en ce lieu particulier à ce moment précis. Ses courses.
Poussant péniblement son chariot déjà bien chargé, Bella contourna un badaud, et pénétra dans l'allée suivante. Un coup d'oeil furtif sur sa liste de courses lui confirma qu'elle avait effectivement besoin de racheter du papier toilette… Oui, côté glamour, le monde avait connu mieux. Elle priait alors que personne ne la reconnaîtrait, et qu'aucune photo ne s'ensuive. Car si elle avait tenu à continuer à faire ses achats elle même, et sans personne autour d'elle pour la 'protéger', elle appréciait davantage encore ce petit bonheur simple quand il s'effectuait dans l'anonymat.
Elle finit par se traîner vers la caisse du supermarché, déposant patiemment tous ses articles, uns à uns, ce qui n'était pas une mince affaire. Elle ne sortait pas forcément souvent, alors à chaque fois, c'était le gros plein. D'où un tapis relativement chargé, et le son incessant, et légèrement entêtant, de la machine reconnaissant le code barre. Elle attendit cependant avec bonne volonté, n'étant pas plus pressée que ça. Enfin, du moins, jusqu'à ce qu'elle s'occupe en essayant de reconnaître la chanson que le magasin diffusait à ce moment là, au travers d'une radio local.
Sa nouvelle chanson.
Elle ne perdit pas une seconde, se cachant immédiatement derrière le rideau que formèrent alors ses cheveux. La tête baissée, elle espérait réussir à rester discrète, qu'on puisse ainsi la laisser ruminer ce jour qui la hantait désespérément depuis plus d'un mois maintenant.
Jamais une journée de tournage n'avait été aussi longue. Bon, bien sûr, cela ne voulait pas dire grand chose puisqu'elle avait connu, en tout et pour tout, deux journées de tournage. N'empêche, cette journée là avait bien été la plus longue journée de tournage qu'elle ait pu vivre.
Bien sur, celle-ci avait commencé par une danse. Ce n'était pas tant la danse que la suite du tournage qui avait été une épreuve. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait entre les mains d'Edward, qu'elle se laissait aller sous ses directives, sous son pouvoir. Elle pourrait presque s'habituer à suivre ses mouvements surs, à se laisser entraîner par ses bras musclés, à être serrée contre son torse bien défini. Elle aimait à se sentir portée lors d'un mouvement particulier, leur visages se rapprochant plus que d'habitude, leurs souffles se mélangeant, leurs yeux se défiant. Elle désirait ressentir encore et encore cette tension qui les immobilisait quand la chanson se finissait, et que tout le monde quittait enfin sa pose. Et elle regrettait le moment où elle se séparait de lui, leur lien se brisant alors tandis qu'une personne ou une autre venait les tirer de leur bulle.
Elle n'avait pu que se questionner sur toutes ces émotions quand Jessica l'avait rejoint et s'était chargée de la démaquiller. Elle connaissait à peine l'homme, et pourtant, elle ressentait des choses qui étaient au delà du professionnel, bien loin de son caractère habituel. Devait-elle s'en inquiéter? D'un côté, elle ne pouvait s'empêcher de se châtier d'être ainsi superficielle et si coeur bleu, à défaut d'autres termes. Car comment décrire des sentiments si soudains? D'un autre côté, elle tentait de se défendre en invoquant sa nature, plus qu'humaine, et qui la rendait donc particulièrement vulnérable aux charmes de cet homme et aux différents facteurs de sa débauche. Pouvait-on vraiment la blâmer de craquer pour le danseur?
Ses opinions furent cependant rapidement mises de côté quand Chelsea se chargea de rejoindre la jeune fille, lui indiquant qu'il était temps de rejoindre l'hôtel qui les attendait, pour tourner le reste du clip. Et c'est là que ça coinçait. Sur le script en tout cas. Et elle ne doutait pas une seule seconde que ça serait bien pire encore en vrai. Elle ne s'était pas forcément trompée. Tout dépendait du point de vue.
L'hôtel, en tout cas, était magnifique. Un de ces grands palaces dont l'entrée, monumentale, vous narguait, vous défiant de vous approcher, sachant pertinemment, que vous, pauvres passants ordinaires que vous étiez, n'oseriez pas, vous sentant bien trop insignifiants. C'était du moins ce que Bella ressentait. Ses premiers pas sur le tapis rouge qui la guidait jusqu'à l'intérieur du bâtiment avaient donc été plus qu'hésitant. Bien sur, cela ne l'avait pas aidé à être davantage confiante quand elle se retrouva au milieu du hall, tout aussi gigantesque, entourée par ses clients tous plus fortunés les uns que les autres. Et c'était dans des moments comme celui-ci qu'elle regrettait de ne pas avoir un dressing un peu plus consistant, le jeans ne faisant que pâle figure face aux robes et aux costumes des différents clients.
Se sentant un peu perdue dans un environnement qui n'était pas le sien, elle suivit docilement Chelsea et les différents gardes du corps, ne prêtant pas attention aux rares regards inquisiteurs des hommes d'affaires qu'ils pouvaient croiser. Bientôt, elle se retrouva à l'intérieur de l'un des nombreux ascenseurs, à l'abri, comme protégée, l'espace de quelques secondes, de ce monde qu'elle traversait le temps d'une après-midi. Le 'ding' que produit l'ascenseur pour annoncer son arrêt imminent résonna longtemps dans ses oreilles tandis qu'elle sortait de la cabine, calant ses pas sur ceux de Chelsea, dépassant inlassablement chambres après chambres, une succession de portes toutes aussi semblables les unes que les autres si ce n'était pour le petit numéro doré clouté sur leur bois verni.
Ce ne fut que lorsqu'elle s'arrêta devant le porte bien plus impressionnante que les autres, isolée, au bout d'un couloir qui lui avait semblé être sans fin, portant l'inscription "Suite Impériale", qu'elle prit vraiment conscience de l'ampleur et de la gravité de la situation. Chelsea, et l'équipe de tournage au service de Volturi Organizzazione, avaient été capable de louer une chambre de ce grand hôtel pour le temps d'un clip. Son clip.
Celui où elle allait devoir…
Non, se sermonna-t-elle, mieux vaut ne pas se torturer l'esprit par anticipation, cela viendrait bien assez vite. Elle se força à ne pas penser ce qu'elle avait dans un coin de sa tête, préférant profiter, naïvement, de la chance qu'elle avait de visiter une chambre qu'elle ne pourrait espérer découvrir sous aucun autre prétexte. Après tout, ce n'était pas comme si elle fréquentait ce genre d'établissements tous les jours.
Elle observa, ébahie, la magnificence des lieux, oubliant l'agitation qui semblait habiter les membres de l'équipe technique, installant leur matériel là où bon leur semblait. La jeune fille laissa glisser ses doigts sur le marbre froid des tables, elle étudia les reflets du soleil au travers des innombrables prismes et papilles du lustres, s'approchant de la grande baie vitrée qui lui faisait face, lui offrant une vue dégagée et éblouissante de la ville. Malgré la chaleur ambiante du à un ensoleillement important, et ce depuis des semaines, elle ne put retenir un frisson, resserrant ses bras autour d'elle même, soudainement envahie par un sentiment de mélancolie. Du à cette impression d'être toute petite face au reste du monde, finit-elle par conclure.
"Tu t'entraînes pour tout à l'heure?" La voix taquine, quoique lointaine, de Chelsea la tira de ses pensées, pour son plus grand désarroi.
"Merci de me le rappeler…" soupira la jeune fille, détournant son regard pour se reconcentrer sur ce qui se passait dans la chambre en elle même. Enfin, le salon de la chambre. Ah, les joies d'une suite, en vint à penser Bella.
Elle se rapprocha de sa manager, qui était en pleine conversation avec Alec, concernant des détails du script. Détails qu'elle se força à écouter, pour ne pas avoir à perdre du temps plus tard, ou pire, devoir tourner davantage que nécessaire. Alors elle fut particulièrement attentive aux consignes qu'on pouvait lui donner.
"Bella, il est temps de passer au maquillage et à l'habillage…" l'interpella discrètement Jessica, et Bella ne chercha même pas à retenir son renâcle. Elle n'était pas certaine que le terme "habillage" soit vraiment approprié. Mais bon, pour ce que son avis comptait.
Elle suivit cependant docilement la stylise, qui l'entraîna dans un coin de la pièce principal, où un paravent avait été installé, ainsi qu'un portant et une petite valise. Ce qui était devenu habituel à chaque tournage. Elle se glissa maladroitement derrière l'unique chose qui la protégeait du regard des autres, s'installant sur la chaise pliante qui avait été amené par l'occasion. Oui, elle se sentait particulièrement gâtée, elle devait le reconnaître. Oui, l'ironie et le sarcasme étaient sa façon de prendre sur elle son stress et son angoisse.
Autant dire que cela lui fut fort utile pour faire face à la séance de coiffure imposée par Jessica. Tout ça pour un vulgaire chignon, qui se voulait sophistiqué par son côté négligé, et la fameuse mèche qui tombait le long de son cou. Heureusement pour elle, le maquillage fut gardé au strict minimum, la jeune fille n'ayant plus alors qu'à se changer. Pour son plus grand bonheur. Elle soupira.
Jessica eut la délicatesse de s'éclipser le temps que Bella change de tenue, prenant soin de bien ajuster le paravent. Résignée, la jeune fille retira une à une ses couches de vêtements, dont elle se faisait une fierté, de part leur grande efficacité en matière de camouflage et de protection. Après tout, un vêtement n'était pas là pour tout révéler de son anatomie, bien au contraire. C'est ce que pensait la jeune fille, en tout cas. Et si des gens désiraient se rincer l'oeil, il existait des magazines spécialisés.
Le frisson qui la traversa eut vite fait de lui rappeler la réalité de la situation, Bella s'empressant alors d'enfiler le vêtement qui se trouvait sur le cintre. Très élégant, et très confortable, sans aucun doute. Juste pas dans ce genre de situation. Et quand elle dut admettre qu'elle ne pouvait plus retarder l'échéance, elle inspira fortement, fermant les yeux pour ajouter à l'effet dramatique, avant de se mordre la lèvre et de sortir du cocon que pouvait alors représenter le paravent.
Chelsea eut l'intelligence de ne pas commenter tandis que sa jeune protégée la rejoignait, préférant la diriger vers la chambre en attendant qu'une première scène ne soit tournée. Celle où l'homme entrait dans la suite.
"Tu pourras me remercier! J'ai réussi à convaincre Alec de la logique de ma demande vis à vis de la campagne que je mène par rapport à ton image, bien sûr ça ne posait pas de vrais problèmes, mais bon, ce n'est pas forcément évident pour tout le monde…" déblatéra la manager, avec fierté.
"Et donc?" finit par couper Bella quand elle en eut marre d'entendre la voix de Chelsea en fond sonore, tel un bourdonnement incessant, resserrant une nouvelle fois ses bras autour d'elle même.
" C'est Edward qui se charge du rôle de l'homme." conclut Chelsea, un grand sourire victorieux aux lèvres.
"Edward, Edward… Comme Edward le danseur?" s'enquit, par pur soucis de transparence, la jeune fille, non pas qu'elle doute un instant de la réponse.
"N'as-tu donc pas écouté un mot de ce que je t'ai dit?" nargua la manager.
"Hum… Non!" répondit sèchement Bella, coupant court la conversation.
Edward, l'acteur pour ce clip? L'homme qui… Et qui…
Elle ne put s'empêcher d'invoquer le nom de Dieu, de tous les saints, les prophètes ainsi que toute personne qui pouvait lui venir à l'esprit. Déjà que danser avec lui était en soi une épreuve - agréable, certes, mais une épreuve quand même. Mais alors ça…
Bientôt, les voix de l'équipe technique se firent de nouveau entendre, l'agitation reprenant de plus belle dans le salon, que Bella et Chelsea ne tardèrent pas à rejoindre. La jeune fille se retrouva alors confrontée à l'ensemble des caméras et autres appareils d'enregistrement, qui occupaient la suite, qui l'étouffaient, même. Mais elle se retrouva surtout confrontée à la vision d'Edward en pantalon.
Rectification. Edward uniquement vêtu d'un pantalon.
Elle pouvait l'affirmer sans l'ombre d'un doute. Peut être était-ce la vue de ses bras forts, de son torse qu'elle avait toujours su musclé, de ses pieds nus. Mais c'était surtout la vision de ce jeans, déjà fort bas sur ses hanches, négligemment fermé, dont un bouton, le dernier, ou premier en fonction de comment on voyait les choses, semblait la narguer, refusant obstinément de suivre le même schéma que les autres. Ouvert. Laissant deviner, supposer, sans le montrer, la nudité de ce qu'il était sensé cacher.
Bella détourna rapidement le regard, bien qu'il faille qu'elle admette que ce fut à contre-coeur. Ce n'était pas bon de se laisser distraire ainsi. Ce n'était pas le moment.
Non, celui-ci viendrait un peu plus tard, pensa la jeune fille, hésitant entre l'amertume et l'impatience. Foutues hormones.
L'agitation battait toujours son plein, les caméramans finissant les derniers réglages. Elle se contenta d'observer Chelsea et Alec se chamailler, sans doute au sujet des prises de vues, à en voir les gestes incongrus qu'ils pouvaient effectuer dans le vide, agitant désespérément le script dans leur main. Elle les laissa faire, s'appuyant avec lassitude contre le mur, sachant pertinemment qu'elle aurait à le refaire, mais lascivement. Entre une notion et l'autre, la différence était bien mince.
Mais peu importe ce qu'elle aimait à penser, ou ce qu'elle essayait de croire, tout cela ne ralentit guère le temps, quand vint enfin celui de tourner. Elle se résigna à rejoindre la baie vitrée, resserrant davantage encore, si cela était encore possible, sa tenue.
"Arrête de tirer ainsi sur le tissu, Bella, ses plis ne sont vraiment pas gracieux, et tu risques de le froisser!" la reprit Chelsea, tentant d'adoucir le dit-tissu par un geste vif de la main, avant de retourner près des caméras. "Ca va être à toi de jouer, ma Belle."
La jeune fille ne commenta pas, tournant son regard vers la ville ensoleillée et ses habitants qui poursuivaient le cours de leur vies. Elle entendit les avertissements de l'équipe technique, inspirant fortement avant de relâcher ses épaules. Le silence se fit et la voix d'Alec officialisa la mise en route de l'enregistrement.
Le silence était tel que Bella entendit les pas d'Edward tandis qu'il approchait d'elle, ses pieds nus s'enfonçant dans l'épaisse moquette, sa respiration s'approfondissant dans l'espoir de rester calme. Le mutisme du reste de la pièce était tel qu'elle entendit même le froissement de son peignoir de satin lorsque le danseur posa ses mains sur ses hanches. Enfin, cela serait véridique si le sang ne battait pas si bruyamment dans ses oreilles quand elle sentit la chaleur de ses mains se posant sur sa peau, au travers d'un tissu si fin qu'elle le considérait presque comme inexistant. Puis ce fut le corps tout entier du jeune homme qui se colla contre le sien. Partageant sa chaleur. Témoignant sa dureté.
Bella ne put s'empêcher de se redresser légèrement, se réinstallant plus confortablement dans les bras d'Edward.
Toute sa dureté.
Comme pour dissoudre la tension ambiante, le danseur posa délicatement son menton contre la chevelure de la jeune fille. Bien qu'elle appréciât l'attention, elle ne fut cependant pas convaincue de son efficacité. Son corps se figea davantage encore, ce que le jeune homme sembla sentir puisqu'il tenta de la rassurer en frottant tendrement son bras. Pour ce que ça apportait comme apaisement.
Elle concentra donc son attention sur le paysage, puisque c'était, après tout, le script. Pour ce qu'il y avait de script… Elle soupira, l'étreinte de l'homme se resserrant naturellement autour d'elle, réaction dont elle ne sut que faire. Bien sur, on ne lui demandait pas d'en faire quoique ce soit. On ne lui demandait rien d'autres que de se tenir ainsi vêtu dans les bras de cet inconnu. Qu'elle souhaitait bien moins inconnu.
Sa réflexion hasardeuse fut rapidement interrompue par la voix, particulièrement violente à cet instant précis, d'Alec qui indiquait la fin de la prise, le brouhaha envahissant alors de nouveau la pièce. Elle se retrouva alors retiré des bras d'Edward au profit de ceux de Jessica, traînée à l'autre bout de la pièce. Légèrement désorientée, la jeune fille se laissa faire, un pinceau poudré lui attaquant de nouveau le visage, ses yeux protestant violemment contre l'irritation occasionnée par la laque qui était généreusement renouvelée sur sa coiffure. Ce fut toute aussi conciliante que la jeune fille fut de nouveau traînée au travers de la pièce et des techniciens, pour se retrouver, dans un silence relatif, dans la chambre en elle même, devant l'immense lit. Elle lui faisait face, et préférait rester ainsi. A quoi bon fixer l'objet de sa torture imminente, se rappelait-elle pour se convaincre de ne pas se retourner, et ainsi assister à la fin d'installation des caméras. Sans même l'entendre ou le voir, elle sentit Edward la rejoindre dans la pièce, et le silence s'accentua davantage encore, indiquant l'instant fatidique. Elle souffla, et se redressa, à temps pour entendre la voix d'Alec.
"Action."
Elle se retourna, d'une manière qu'elle voulait délibérément indifférente et savamment sensuelle - tout un programme -, et eut la mauvaise 'bonne idée' de chercher le visage du danseur comme repère, pour ne pas être perdue. Elle en aurait cependant facilement oublier le reste de l'équipe, le lieu et l'instant tandis qu'elle découvrait Edward, lascivement appui contre l'embrasure de la porte, les bras croisés devant son torse nu, les pieds nus croisés, son jeans toujours aussi bas… Si ce n'était pour le voyant clignotant rouge qui la narguait, signalant le fonctionnement de la caméra. Ce fut presque par résignation qu'elle reporta son regard sur le jeune homme, avant de sourire ce sourire que Chelsea qualifiait de mystérieux, et de se retourner, lui permettant ainsi de fermer les yeux, comme pour retenir le peu de courage qui lui restait.
Jetant un regard au dessus de son épaule, elle croisa celui d'Edward, qu'elle ne lâcha pas, tandis qu'elle fit tomber le peignoir.
Elle franchit alors la distance qui la séparait de la salle de bain de quelques pas assurés, sans plus d'égard pour le jeune homme ou la caméra, bien qu'elle sente le regard de l'un et de l'autre sur elle, avant de refermer la porte derrière elle. Et de s'effondrer contre celle-ci.
La chaleur grandissante de ses joues la ramena à la situation présente, devant la banalité de ce tapis de courses. Soulagée que ses cheveux la protègent encore du monde extérieur, elle put prendre un peu de recul sur le souvenir qu'elle avait pu revisiter en l'espace de quelques secondes. Quand elle y réfléchissait, elle était reconnaissante envers le jeune homme d'avoir maintenu le contact visuel avec elle pendant qu'elle s'était dévêtue. Cela avait été déjà bien assez humiliant à son gout d'ainsi s'exposer aux yeux d'inconnus pour se sentir observer et étudier aussi directement. Ce regard avait été presque rassurant, finalement. Heureusement pour elle, la journée s'était plus ou moins terminée sur cette prise, Jessica l'ayant rapidement rejoint, avec des vêtements à enfiler. Quand elle avait fini par recroiser le danseur, celui-ci lui avait souri, avec ce qu'elle pensait être de la tendresse, à moins que ce ne soit de la compassion, puis chacun avait détourné les yeux.
Définitivement gênée, Bella s'agita discrètement, relevant le visage pour voir où en était la caissière. Celle-ci semblait prendre son temps, chantonnant la chanson - sa chanson - tandis qu'elle scannait les derniers articles de la jeune femme. Sentant le regard de la jeune fille sur elle, elle transféra le produit qu'elle avait dans les mains sur l'autre tapis avant de lui sourire.
"Chouette chanson, vous ne trouvez pas?" papota la caissière, sans pour autant laisser le temps à son interlocutrice de répondre. Non pas que celle-ci souhaitait répondre. Loin de là. "Et je ne vous parle pas du clip! Il est diffusé depuis un peu plus d'une semaine, mais on n'arrête pas de le voir partout!" s'exclama-t-elle, enthousiaste. "A ce rythme là, il va finir par devenir une référence, on dirait! Quel couple ils forment, la chanteuse et l'homme de la vidéo! Je me demande pourquoi on ne le voit pas encore au cinéma, lui…"
Bella acquiesçait silencieusement, mais n'écoutait déjà plus la caissière. La diffusion du clip. Majoritairement sur les chaînes musicales. Sur internet, bien sûr, sans aucune restriction. Globalement, Charlie n'avait donc potentiellement aucune chance de tomber sur le clip. La jeune fille l'espérait du fond du coeur, en tout cas. Car elle n'osait imaginer la réaction de son père si celui venait à découvrir à quel point elle devait offrir d'elle même pour sa carrière. Car s'il n'avait pas pourtant été très chaud lorsque Bella lui avait fait partagé sa discussion avec Eleazar, puis avec Volturi Organizzazione, il l'avait soutenu. La jeune fille n'était cependant pas certaine qu'il cautionne la direction vers laquelle la poussait Chelsea. Heureusement pour elle que les probabilités d'une telle confrontation soient donc quasi nulles.
Renee avait par contre bien plus de chances de tomber sur la vidéo. Mais cela n'inquiétait cependant pas Bella. Car si elle venait à recevoir un appel de sa mère concernant un certain clip, elle savait que le débat se porterait plus sur le charme et le sex-appeal du danseur que sur la tenue - ou plutôt l'absence de tenue - de la jeune fille. Ou alors, si cela devait vraiment en venir au peignoir, ce serait pour discuter des qualités et défauts de la soie en comparaison avec le velours ou le coton. Bella ne craignait donc guère le jugement de sa mère. Celle-ci était par ailleurs tellement par monts et par vaux, à suivre Phil dans tous ses déplacements, qu'il était fort peu probable qu'elle allume sa télévision à l'instant précis où son clip était diffusé.
Restait alors tous les autres. Toutes ses connaissances, plus ou moins proches, plus ou moins importantes. Qu'elle croisait plus ou moins souvent. Oui, c'était surtout ça, le critère. Qu'une personne à l'autre bout de la planète puisse ainsi assister à sa débâcle ne la dérangeait pas, puisqu'elle n'était pas là pour faire face à sa réaction. Alors qu'une personne qu'elle rencontrait chaque matin… C'était un peu le même principe que des examens écrits et oraux. Il était bien moins tortueux pour l'esprit de rendre une copie blanche que de se présenter à un oral en ne sachant que dire. Elle en frissonna.
Jusque là, elle avait reçu quelques messages d'amis, pour ne pas parler des centaines de courriers de fans et autres curieux de la chanteuse en elle même, et quelques appels de la famille lointaine. Rien de bien alarmant. Elle s'y attendait, et là encore, la distance, ou la non-proximité, plutôt, aidait son cas.
Bella se pressa de glisser ses achats dans ses sacs, payant son du, avant de rapidement remercier la caissière et de s'éclipser. Elle ne s'attarda pas assez longtemps pour déterminer si l'éclair de reconnaissance qui s'alluma alors dans les yeux de l'employée se confirma ou pas, préférant s'enfuir avant que cela ne devienne embarrassant. Ses sacs la ralentissant plus que sa maladresse ne le faisait déjà, ce fut donc bien plus tard qu'elle finit par rejoindre son appartement, épuisée. Elle fut tentée, pendant quelques secondes, de tout laisser dans l'entrée et de s'affaler dans son canapé pour une bonne sieste, mais elle ne s'autorisa guère cette liberté. La journée était loin d'être terminée, et il valait mieux qu'elle s'occupe l'esprit tant qu'elle le pouvait.
Rangeant patiemment chaque article dans son placard désigné, elle gardait cependant un oeil attentif sur l'heure. Il lui restait juste assez de temps pour finir de ranger son appartement, se doucher, se préparer, et repartir. Elle n'avait pas une minute à elle. Enfin, si, mais pas comme elle l'entendait. Et dire que la jeunesse était la meilleure période d'une vie…
Sa toilette finie, présentable aux yeux du grand public, la jeune fille refermait son appartement derrière elle, avant de rejoindre la voiture qui l'attendait dans la rue. Elle salua le chauffeur, toujours le même, avant de perdre son regard dans le paysage, toujours le même. Elle se retrouva donc bientôt dans cette même salle de réunion que Chelsea réquisitionnait de manière habituelle au sein de la Volturi Organizzazione. Assise sur cette même chaise qu'on lui attribuait à chaque fois, elle fut une nouvelle fois confrontée à un feuillet, bien moins imposant que les dernières fois, nota-t-elle cependant avec soulagement, bien qu'une alarme ne retentisse dans sa tête, appelant à la méfiance.
Un document aussi peu fourni caché sans aucun doute un piège. Qu'elle ne tarda pas à découvrir.
"Déjà?" Bella n'essaya même pas de dissimuler la panique qui colorait sa voix. Après tout, ça devait être écrit sur son visage, dans ses yeux, dans sa gestuelle. Elle n'était que panique.
"Que croyais-tu, ma jolie…" sourit Chelsea, avec une douceur presque écoeurante. "Il est temps que tu entre dans le vif du sujet, tu sais, que tu te mettes enfin à la tâche."
La jeune femme préféra ne rien répondre, ne sachant pas trop si la manager la taquinait encore ou si elle pensait, ne serait-ce qu'un peu, ce qu'elle venait de dire. Elle se contenta de la fixer, l'incertitude toujours inscrite dans ses traits, espérant en apprendre davantage. Non, elle ne pouvait pas y croire, elle ne voulait pas y croire. Elle n'était pas prête. Ca, elle en était certaine.
"Nous attendons encore la majorité des réponses, mais certaines villes ont déjà répondu, et même s'il nous est encore difficile d'établir quoique ce soit de définitif, pour le moment, l'ensemble est très positif…" indiqua l'homme assis en face de Chelsea, à l'autre bout de la table, lui même feuilletant son livret.
Demetri. Tel était le nom de l'homme chargé par l'organisation d'aider Chelsea, et tout autre manager au service de la maison de disques, de planifier tournées, concerts, ou simplement présentations. Tout évènement officiel passait par lui, qui était apprécié et reconnu par son don incomparable pour trouver les salles et les dates qui seraient les plus efficaces. En interne, on aimait dire qu'il traquait le public. Il était donc aussi connu sous le nom du Traqueur des Volturi.
C'était donc lui qui s'était chargé de faire un premier débroussaillage des salles disponibles à travers le pays, avec comme premier critère le prix, puisqu'il s'agissait avant tout de proposer une première tournée rentable, mais accessible. D'où ses premières feuilles où s'alignaient les villes et les contacts des salles, avec les prix et disponibilités quand Demetri avait pu mettre la main sur ces informations.
"Tu as trouvé des salles à Los Angeles?" s'exclama Chelsea tandis que son ongle manucuré survolait les différents noms. "Ce serait bien de pouvoir conclure la tournée sur LA… Ca permettrait d'avoir des tickets plus chers sans que cela ne gêne personne…" Demetri prenait consciencieusement des notes tandis que Chelsea réfléchissait à voix haute. "Il faudrait que ce soit l'apogée, le summum d'un tour complet du pays, voir si l'on part de Seattle pour faire le tour par les frontières et les côtés, ou si l'on traverse par le centre…"
Et pendant que ça discutait chiffons et torchons, Bella se résolut enfin à lire attentivement la liste, plutôt conséquente, qui s'étalait devant ses yeux. Des noms qu'elle connaissait, moins, ou pas du tout. Des villes dont elle n'avait que des idées, des images, des clichés. Qui risquaient donc de bientôt tomber puisqu'elle allait sans doute prochainement les visiter. Bien qu'elle doute qu'on lui laisse suffisamment de temps pour faire du tourisme. Mais bon, une fille peut rêver, non?
"Et pour quand peut-on espérer la première date?" finit par demander Chelsea, après avoir longtemps chipoter sur des détails sur le matériel à transporter ou sur des problèmes de logements.
"C'est une bonne question…" reconnut Demetri, qui parcourut les différentes feuilles qu'il tenait devant lui. "Si on part sur le scénario dont on parlait tout à l'heure, il faut compter les délais pour les différentes réponses puis l'administratif… On parle de plusieurs mois, si on veut bien faire les choses… Ca signifie commencer par une petite date pour pouvoir fignoler les plus grosses dates, vers la fin… Mais pour cela, il faut que toutes les dates soient confirmés. C'est notre seule limite." expliqua le Traqueur, le bruit de son stylo crissant sur le papier concluant sa tirade dans un silence quasi religieux.
"Tu entends ça, Bella? Tu as encore quelques mois pour te préparer!" s'enthousiasma Chelsea, claquant des mains, comme si cela établissait la signature d'un contrat.
Et si Bella mettait un point d'honneur à suivre la réunion jusqu'à sa fin, ce n'était pas par pure passion, décrochant de la conversation au bout d'une minute et quelques secondes de débat. Les détails concernant la recherche des salles et de la publicité qui se ferait autour de la tournée ne l'intéressaient pas pour le moment. Elle prêterait de nouveau attention à Chelsea et Demetri que lorsqu'ils pourraient lui proposer concrètement un programme précis. Pas avant plusieurs semaines, donc.
Elle savait qu'elle pouvait passer pour une enfant gâtée, à ainsi se permettre de ne pas suivre une discussion qui, au fond, la concernait grandement. Mais finalement, elle savait que son avis ne compterait pas, et que de toute façon, son avis n'était légitime que parce qu'il s'agissait d'elle, et non par son l'expérience qu'elle pourrait avoir. Donc elle préférait se taire, et laisser les spécialistes faire leurs boulot. Et puis, après tout, c'était elle la star, non? Un caprice n'allait tuer personne.
Soulagée que la réunion prenne fin, Bella le fut cependant beaucoup moins quand elle reçut une première enveloppe avec les premières propositions de listes, de mises en scène et de thèmes. De quoi lui rappeler que sa tournée était bien une réalité. Elle attendit néanmoins d'être rentrée chez elle, histoire de pouvoir assimiler ce que ces papiers représentaient comme bon lui semblait. Un bon verre d'alcool à la main, donc… Et le reste de la bouteille à proximité. Heureusement qu'Alice comptait passer le lendemain. Peut être même qu'elle trouverait alors de quoi rire de ses prochains mois.
Toute jovialité la quitta toutefois soudainement, et violemment quand elle prit connaissance des désirs de Chelsea pour cette tournée de plusieurs mois. Le déroulement d'un concert dans son entité requérait la présence d'une troupe de danseurs. Celle qui lui était maintenant attribuée.
Dont Edward.
